RENTREE LITTERAIRE 2026

L’épopée des Pasteuriens – y compris la première vaccination de Pasteur contre la rage – la création des Instituts Pasteur à travers le monde aurait suffi à me faire ouvrir ce livre.
Constantinople 1901 -1911 : une autre raison pour le lire.
Troisème raison: c’est une histoire vraie, Paul Remliger (1871 -1964), le personnage principal du roman a vraiment travaillé à Istanbul pendant 9 ans et a dirigé un institut anti-rabique, il a ensuite dirigé l’Institut Pasteur de Tanger de 1914 à 1957. La campagne d‘éradication des chiens errants s’est terminé en 1910 par le massacre de 80 000 chiens sur l’Île Maudite de Sivriada. Cette décanisation revient d’actualité avec une loi passée en 2024 pour lutter contre les chiens errants.
Qu’est-ce donc que « La Méthode » qui donne le titre à cet ouvrage ?
« n’y a pas de projet qui tienne sans méthode, mais il n’y a pas de méthode qui tienne sans moyens. »
Il semble qu’il s’agit de la démarche scientifique, avec toute la rigueur exigée.
« La « méthode Pasteur », cette rigueur obstinée dans l’expérience couplée à des pas de côté »
Méthode pasteurienne à la suite de la méthode expérimentale de Claude Bernard. Croyance dans la primauté de la Science et du Progrès. Méthode scientifique qui se dispense de réflexion sociale ou politique.
« En réalité, Paul s’interdit à peu près d’avoir des opinions sociales ou politiques. Seul lui importe de faire de labonne science. Et la bonne science est expérimentale, la vérité ne se découvre que par et dans l’empirie. Ce n’est pas à lui, scientifique, de décréter ce qui est urgent et important pour la société. »
Méthode applicable aussi bien à la chimie allemande qu’à résoudre les problèmes d’hygiène de la cité posés par la multiplication des chiens errants. Les autorités turques proposent à Paul une opération de décanisation puisque sa spécialité est la lutte anti-rabique, il semble le personnage tout indiqué. Peu importe que les cas de rage dans l’Empire Ottoman soient rarissimes, et hors de Constantinople. Peu importe que la population soit traditionnellement attachée aux chiens des rues.
« Paul, ça fait dix ans que vous me connaissez, je suis essentiellement un pragmatique… Il y a un problème de
chiens errants, je vois les Turcs obsédés par ce problème, je ne comprends pas bien pourquoi non plus, mais je m’en fiche. Le fait est qu’ils sont incapables de le résoudre. Et je vois que notre partenariat scientificoopérationnel peut produire une solution optimisée à ce problème. Il ne manque qu’un feu vert politique discret de la part du DMHP. Le reste, comme je dis toujours, ce n’est que de la méthode. Tout n’est jamais qu’une question de méthode »
Avec méthode, Paul et son associé belge, vont imaginer l’extermination par gazage des chiens. Gaz de ville ou acide prussique, tout est examiné, la capture des animaux, l’équarissage et la valorisation des peaux, des graisses. Tout est calculé. Cette étude, si elle a bien été faite, semble prémonitoire. Logistique parfaite, opération rentable….On imagine le pire.
Le docteur Remlinger propose une méthode de décanisation, car c’est ainsi qu’il faut appeler l’élimination méthodique des chiens. Mais la méthode pour la méthode mène à une impasse. Une décanisation qui n’aurait d’autre finalité qu’elle-même serait vouée à l’échec. Talaat préfère le mot purification, car ce qu’il faut rechercher, c’est la pureté. La pureté est un objectif, une fin en soi. Une purification pas seulement hygiénique,mais symbolique. Et sociale, il n’a pas peur de le dire, car les chiens errants se sont immiscés
Mais, justement ce n’est pas cette « méthode » que les Turcs choisirons. Ils choisirons la déportation des chiens sur l’île déserte de Sivriada. Avec toute la brutalité et la cruauté que cela implique. Encore une opération prémonitoire ! Quelques années plus tard, le Même Talaat Pacha ordonnera la déportation des Arméniens dont on verra les colonnes errer dans le désert syrien.
Sinistres répétitions!
Le XXème siècle, commence avec méthode.