Mes mains pleines de sang – Claude Askolovitch

APRES LE 7 OCTOBRE 

Trois ans déjà! La douleur  toujours vive.

A la douleur du pogrome, s’ajoutela culpabilité de Gaza – dois-je l’assumer?

S’ajoute la recrudescence de l’antisémitisme,

Et l’avancée inexorable de l’extrême droite, la semaine passée en Allemagne, ce matin au Brésil. Et toujours Netanyahou, BenGvir…

Mes mains pleines de sang est le numéro 22 de ma liste « après le 7 octobre » chez Babélio. 

Ce titre provocateur n’a pas plu à tous. Le jour de sa sortie, sur Facebook, je lis : « NOUS COMPARAISSONS DEJA AU BANC DES ACCUSES face à Segolène et Mélanchon. Cela ne suffisait pas, il y a maintenant Askolovitch ». Raccourci facile. Charlie, as-tu lu le livre? Le liras-tu?

Askolovitch est un journaliste familier de nos écrans, habitué de 28 minutes. J’ai toujours plaisir à l’écouter, sur des sujets variés. Dans cet ouvrage, il se met en scène, lui, sa famille, à Paris, et en Israël où vit sa soeur. Il raconte le d’un petit garçon, fils d’un journaliste sioniste qui criait « Pour Israël » en achetant des oranges de Jaffa en 1973.

Passe le temps, passent les guerres. Et cette affirmation « Israël devient un pays fasciste« . Constat douloureux qu’il va falloir justifier, nuancer peut-être. « Des fascistes sont au gouvernement […]mais dans les rues d’Israël, dans le peuple on combat le fascisme ». 

Et dans les clés de l’histoire il remonte à la Torah, à la sortie d’Egypte et il « trouve les Kouachi » ou plutôt un meurtre pour blasphème et son commentaire par Rachi, le fils de Shelomith, lapidé dans le désert.

Autre référence biblique : Amalek

On raconte aujourd’hui – que ne raconte-t-on pas – que le Palestinien est Amalek, qui attaque en traître et dont il faudrait effacer la mémoire. À quel prix ? Nous n’avons pourtant pas effacé la mémoire de l’Allemagne,
ni celle de l’Espagne dont nous fûmes expulsés.
[…]

Que le seul Amalek que je sache parle hébreu, porte cravate ou kippa brodée, et traîtreusement fait de moi un assassin par procuration, et par ses actes me chasse de l’humanité commune ?

Série des persécutions, depuis les Assyriens, Rome, les Croisades, les pogromes en Pologne, en Ukraine jusqu’à la Shoah.

« En contrepartie nous étions innocents »[…] « Notre entêtement, notre patience. Notre orgueilleuse et dérisoire innocence : elle nous gardait »

La vengeance vint à Abba Kovner qui voulait empoisonner six millions d’Allemands pour punir l’Allemagne et n’obtint aucun encouragement en Palestine , les dirigeants sionistes exigèrent la retenue pour ce crime.

« Israël a appelé la mort sur Gaza, dans une disproportion qui échappe à toute littéralité et toute exégèse. Non plus un mort pour un mort, mais pour un mort d’Israël, soixante, quatre-vingts morts gazaouis, plus encore, et
pour les maisons brûlées, combien d’immeubles, d’écoles, d’hôpitaux détruits »

Cette disproportion interroge.

Et si la perte de l’innocence remontait plus loin? A l’Indépendance, à la Nakba, Deir Yacine, et le meurtre moins connu d’une bédouine raconté dans le romand’Adania Shibli. La liste des crimes s’allonge, Kafr Qassem en 1956…Gaza, Liban…

Askolovitch se met en scène :

« je m’imagine pérorant, prêchant devant les miens le soir de la Pâque juive, Pessah, où par tradition nous élargissons le récit biblique pour discuter de notre liberté »

Et puis, en miroir :

« Imaginons que des Palestiniens fêtent le Séder. Quelle libération attendent-ils? Qui est leur Pharaon? Quelles sont les histoires qu’ils se racontent, en attendant le repas? 

Askolovitch se souvient d‘Exodus : « Israël était notre évidence et la réponse à la Shoah ».

Il souligne la prise de parole de Netanyahou, à Yad Vachem, associant les noms des sites nucléaires bombardés en Iran à ceux des camps, Auschwitz, Treblinka Majdanek. « Etait-ce le lieu et le moment? Honorait-on les morts de la Shoah en les conviant à un combat douteux? « 

A l’accusation de génocide, Askolovitch rappelle que ce sont deux juifs de Lemberg qui ont conçu les concepts de crime contre l’humanité (Lauterpacht) et de génocide( Lemkin) . La mort des enfants de Gaza correspond-elle à l’un ou à l’autre (ou aux deux)? Et il cite le poème de Tal Hever-Chybovski « Quand la la destruciton de Gaza commence, je me trouve à Guernica »

1993, instant précieux, Oslo et l’espoir que la rencontre de Rabin et d’Arafat a pu soulever. Les mots de Rabin

Laissez-moi vous dire, Palestiniens, nous sommes destinés à vivre ensemble surle même sol de la même terre.Nous, les soldats revenus des combats, entachés de sang, nous qui avons vu les membres de nos familles et nos amis abattus devant nos yeux, nous qui avons assisté à leurs funérailles et ne pouvons plus regarder leurs parents dans les yeux, nous qui sommes venus d’une terre où ce sont les parents qui enterrent leurs enfants,nous qui nous sommes battus contre vous, les Palestiniens, nous vous disons aujourd’hui d’une voix forte et
claire : « Assez de sang et assez de larmes, assez. »

La mort de Rabin le 4 novembre 1995 précipite Israël dans la violence…après avoir étté maudit par des religieux ultra-nationalistes que Askolovitch appelle zombies.

C’est Leibowitz qui a affirmé en hébreu « yech judéo-nazis »

Je pourrais citer, recopier, paraphraser le livre d’Askolovitch, je n’en suis arrivée qu’à en rendre compte de la moitié. Je préfère conseiller de le lire. Lecture douloureuse, passionnante, loin d’une accusation comme l’annonçait Facebook. Livre personnel, tendre.  Il rend compte non seulement de la politique du Moyen Orient mais aussi de ce qui se joue en France parce que Askolovitch se définit comme un juif français.

 

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Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

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