Kerry James Marshall : The Musée d’Art Moderne de Paris

Exposition temporaire jusqu’au 24 janvier 2027

School of Beauty School of culture 2002

Kerry James Marshall est né en Alabama en 1955, sa famille s’installe à Los Angeles dans le quartier de Watts où des émeutes raciales se déroulèrent en 1963, puis à South Central près du siège des Black Panthers. En 1987 il déménage à Chicago. 

L’exposition est une large rétrospective de l’oeuvre du peintre de 1980 à 2025. Les tableaux trouvent leur place dans la chronologie mais aussi dans les thèmes abordés avec une grande cohérence. Les cartels sont très intéressants, je connais fort peu de choses et les explications ont été nécessaires d’autant plus que de nombreux détails cachés méritent qu’on les pointe. Sans ces précisions je serais passée à côté de l’essentiel.

A l’entrée : l’homme invisible : presque un monochrome noir, dans un coin, le blanc des yeux, et les dents blanches de l’homme noir qu’on ne voit pas dans les tableaux. Impossible de le photographier, sous verre, on remarque les reflets des visiteurs. C’est la lecture du roman « Homme  invisible pour quoi chantes-tu? »de Ralph Ellison, publié en 1952 qui a inspiré Kerry James Marshall. Constatant l’absence de représentation de l’homme noirdans la peinture,   il va le faire apparaître. Deux tableaux le montrent à la manière des caricatures racistes, contorsionniste faisant du Hoola-hop, grimaçant…

invisible man portrait of Nat Turner

Nat Turner (1800-1831) était un esclave prédicateur qui conduisit une révolte d’esclaves. Il faut rester un bon moment devant le tableau, d’abord pour voir apparaître le visage derrière le halo de fumée noire, puis découvrir les visages blancs sur les couvertures de livres qui tapissent le fond .

Painter

Le peintre du tableau plonge le pinceau dans la réserve noire.

Le passage du Milieu : Voyageur

Le passage du Milieu désigne la traversée de l’Atlantique dans la Traite négrière. A bord d’une barque, nommée Wanderer comme le nom du dernier bateau négrier, se trouvent un homme et une femme. La femme est une incarnation de Yemaja, désse de la mer dans la mythologie yoruba et dans le vaudou Sa couleur est le bleu, déesse de la fertilité, dans un carré se trouve le développement embryonnaire. Au fond de l’eau un crâne. Il faut prendre son temps pour découvrir les détails et les signifiants cachés (et lire les cartels)

Passage du milieu : Plunge

Ambivalence de cette peinture qui montre le mode de vie américain, avec la piscine « privée » et qui symbolise également l’océan Atlantique. Où se situe la femme sur le plongeoir dedans ou dehors? Et le nageur dans l’eau? nageur ou noyé?

Un autre tableau montre un baptême, avec un homme à genou, dans l’océan « That Religion is good enough for me » est inscrit .  Syncrétisme:  un mur est occupé par les gravures des orishas.

Peindre la Vie moderne

peindre la vie moderne : Past Times
Un déjeuner sur l’herbe! De la musique s’échappe et les paroles sont inscrites sur les banderoles. Cette exposition a une play-list qu’on peut écouter sur son téléphone. Comme mon téléphone me sert d’appareil-photo je ne l’ai pas téléchargée et maintenant je le regrette. 
Better housing

Promesse de logement social, de jardins. Encore ici, l’ambiguité, l’horizon barré d’immeubles, des taches salissant le tableau. Sur un autre les personnages creusent une fosse : jardinage ou enterrement?

Studio De Style

Dans le salon de coiffure le titre De Style fait un  clin d’oeil à Mondrian (les tiroirs?)

Memories

Memories : dans cet intérieur les portraits de Martin Luther King et des frères Kennedy

je n’ai pas reconnu les visages en haut au plafond. Un caractère religieux dans les ailes dorées du personnage. Plusieurs tableaux rendent hommage aux héros. La salle suivante Panthéon collectionne les portraits de personnages afro-américains et de la lutte anti-esclavagiste. ici encore il faut prendre son temps pour capter les détails, les mains gantées qui installent le tableau sur la cimaise, symbole des gants qui rappellent ceux des nationalistes noirs.

 

Focus Gulfstream fut présenté à la Biennale de Venise 2003

Wake Gulfstream

Une série de « vignettes » souvent des amoureux dans un cadre rose souvent kitsch est peint à la manière de peintres européens célèbres dans une esthétique à la Disney. Et toujours l’attention du regardeur est sollicitée, sans le cartel je n’aurais jamais vu le flambeau de la statue de la Liberté cassé.

Vignette La-La-la 2012 (chercher la statue de la Liberté)

Kerry James Marshall s’est aussi essayé à la BD inventant un superhéro noir. 

Un nouveau regard sur le Passé Africain se trouve en clôture de l’exposition . Regard critique sur le rapt des esclaves par les rois africains : 6 hommes pour 1 cheval dans Six to One

Six to one
et série sur la traversée et le rapt
haul
Cette très belle exposition est une découverte d’un   peintre dont je n’avais jamais entendu parler. Les Afro-Américains ont été récemment à l’honneur à Paris : Henry Taylor au musée Picasso, Mickelene Thomas  au Grand Palais, Faith Ringgold à Picasso, il y a quelques temps. 

Prévoyez au moins deux heures si vous voulez entrer un peu dans les détails!

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Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

Une réflexion sur « Kerry James Marshall : The Musée d’Art Moderne de Paris »

  1. En effet, ton avertissement à la fin est important – dans cette expo’ il faut se laisser du temps pour profiter un max de la richesse des réferences …. plus on reste devant un tableau, plus on y trouve inscrit, transposé. Une très très belle expo’. Je suis sur et certain que tu avais bien reconnu les MalcomX et autres Rosa Parks….

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