Ibrahim Mahama – Le Temps des récoltes – Fondation Cartier

GHANA

Ibrahim Mahama : Fanta

J’ai regretté la fermeture du beau bâtiment de Nouvel, Boulevard Raspail où tant de belles expositions m’ont laissé des souvenirs indélébiles. L’ouverture sur la nature, le jardin..

Le nouveau bâtiment, face au Louvre offre beaucoup plus d’espace pour des installations XXL comme celle d’Ibrahim Mahama, qui, de plus n’expose pas seul mais partage ce Temps des Récoltes avec d’autres plasticiens ghanéens :  Dorothy Akpene Amenuke, Zohra Opoku,(texiles) Gideon Appah (peinture), James Barnor (photographie), une artiste slovène vivant au Ghana : Tjasa Rener et un franco-pakistanais Feda Wardak. Le Cercle d’Art des Travailleurs de Plantation congolaise déborde un  peu du cadre du Ghana.

Tabourets ashanti

Le Temps des récoltes est le Temps des Indépendances – à partir de 1957 avec NKrumah. L’exposition s’intéresse à l’héritage de la colonisation, la transmission des idées semées en ce qui concerne la création artistique mais aussi le patrimoine industriel. Exposition très politique. 

Parliament of Ghosts

On entre dans le Parliament of Ghosts – parlement fantôme, « métaphore d’une démocratie manquée » après le coup d’état de 1966 qui a destitué NKruma. Une sorte d’amphithéâtre ciculaire est meublé de sièges traditionnels ashanti, tabourets ayant apartenu aux différentes familles ashanti. Ces tabourets appartenaient aux rois. On pense qu’une part de l’âme du possesseur passe dans l’objet. Ibrahim Mahama les a restaurés : cette idée de la réparation des objets suggère aussi une réparation de la société. Certains de ces sièges sont présentés dans des musées occidentaux (British Museum, Quai Branly) comme des oeuvres d’art. Se pose le problème de la restitution de ces biens mal acquis : une vidéo de Nii Kwate Owoo : You hide Me (1970) tournée dans les réserves du British Museum pose le problème de la restitution mais aussi du regard des occidentaux qui se posent comme juges et spécialistes de l’Art Africain.

jute

Tabourets royaux, mais aussi jute qui emballait les productions locales. Ibrahim Mahama fait appel à tous les matériaux ainsi qu’aux archives coloniales : cartes, factures….pour faire renaître l’histoire coloniale et post-coloniale

Captain’s lament

Captain’s Lament est un collage sur des archives officielles, on devine la construction des chemins de fer et en haut, plus énigmatiques, des tuyaux auxquels sont suspendues des chauvesouris. La chauve-souris est un  motif récurrent. On voit même des chauvesouris soulever des locomotives

Ibrahim Mahama : (détail) chauve-souris soulevant des locomotives

La construction des voies ferrées fait aussi l’objet d’installation spectaculaire avec les grandes fresques et même la présence d’un rail réel.

Ibrahim Mamama Ghana mann papapaas

Le relief des dessins est impressionnant comme est impressionnant le thème. Une autre activité est figurée avec des panneaux textiles : le caoutchouc et la fabrication des pneus.

Panneau caoutchouc et casseroles

la salle centrale du rez de chaussée est occupée par d’immenses panneaux, certains colorés, d’autres gris caoutchouc, l’un deux à partir de textiles de vêtements est particulièrement séduisant. Des bandes de roulemnt des pneus ont formé un tissage.

Pour rappeler le passé industriel, Ibrahim Mahama a acheté une fabrique de bouteilles et l’a remontée ici : murs vert bouteilles, charpente métallique et au centre une confrontation entre le verre des bouteilles et les poteries traditionnelles.

glass factory

Autour de ces très grandes installations on peut découvrir le travail textile de Zohra Opoku qui s’est également inspirée du Livre des Morts de la Mythologie égyptienne

Zohra Opoku : Textile sur thème du livre des morts égyptien

Elle a aussi exploité la sérigraphie dans de très grands portraits

Zohra Oppoku : sérigraphie

Dorothy Akpene Amenuke a également produit des panneaux textiles très intéressants 

Dorothy Akpene Amenuke

Le tisu est tissé, brodé, cousu, rebrodé, suspendu, replié….

je n’ai pas photographié les très belles photos de James Barnor : avec le smartphone cela n’a guère de sens. Et j’ai dû faire l’impasse sur la galerie minuscule de photos KPodo&Postbox Ghana

Allez-y vous- même, prévoyez un bon moment, c’est très copieux, très beau et très bien contextuallisé dans une histoire africaine que la plupart d’entre nous ignorent.

Avatar de Inconnu

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

Une réflexion sur « Ibrahim Mahama – Le Temps des récoltes – Fondation Cartier »

Votre commentaire