Arrivée à Tortuguero

CARNET DU COSTA RICA

Embarquement pour Tortuguero, le voyage se poursuit en bateau

11h30, au port, de nombreux bateaux conduisent les visiteurs à Tortuguero. Longs bateaux munis d’un toit, deux moteurs puissants qui s’engagent dans un canal très large dans la forêt bordée parfois de hauts palmiers au feuillage très fournis. Des canaux latéraux débouchent dans la mer Caraïbe très agitée avec de gros rouleaux dans un nuage d’embruns. Le bateau file en soulevant une gerbe d’écume. Maurizio, arrête parfois pour nous montrer les animaux. Les crocodiles aiment les espaces ouverts. Nous avons le plaisir d’en découvrir un accompagné de ses petits. Il ne doit pas être très affamés, des oiseaux marchent tranquillement sur son banc de sable.

Le petit singe hurleur

Une petite tête noire sort de l’eau : c’est un singe qui traverse le canal à la nage au risque de ses faire dévorer par les crocodiles ou de ses faire percuter par un bateau. Quand il touche la rive, il est épuisé.

Village de Tortuguero

Au village de Tortuguero

Il faut acheter les tickets d’entrée dans le Parc (15$). Nous en profitons pour visiter le village tout en longueur le long de la rue principale, coincé entre le canal et la plage. C’est un village touristique, très coloré. Les façades rose fuchsia, bleues, violettes ou verte. Des fresques couvrent les murs : tortues géantes, animaux de la forêt, oiseaux…

fresques de Tortuguero

Des statues de bois laqué accueillent le visiteur, rappelant les statues béninoises. Il y a surtout des restaurants, des magasins de souvenirs, quelques supérettes. Le poste de traitement des ordures est très gai – pédagogique. L’école est toute verte ; on y fait cours les portes ouvertes. Au bout : la plage de sable, immense, celle où viennent pondre les tortues marines.

au village de Tortuguero : tortues et cocos

Retour au canot, rencontre avec un petit caïman(vraiment petit), puis sur un tronc avec un basilisc  Basiliscus plumifrons et aux abords du débarcadère d’un petit iguane

Hôtel Turtle Beach

Turtle beach

Après le pot de bienvenue, nous déjeunons . La salle à manger ouverte est organisée autour d’un buffet. Je choisi du porc mariné et des pommes de terre, des crudités variées et des fruits tropicaux. Je vais faire une cure d’ananas !

Notre chambre est située dans un bungalow de bois brut. Elle est très vaste (2 lits de 2 personnes) murs bleus, 2 gros ventilos à longues pales. Une penderie ouverte. Peu d’efforts de décoration. Je suis sous le charme du ventilateur de plafond. Des moustiquaires ferment les baies sur deux côtés. Les rideaux sont retenus par un simple nœud, ils tamisent la lumière douce qui vient du sous-bois. Dans les grands arbres, juste en face de l’entrée, des singes chahutent.

La piscine en forme de tortue
La piscine en forme de tortue

Toutes sortes de végétaux décoratifs ornent le parc de l’hôtel. Mes préférés sont deux arbres du voyageur, éventails décrivant un arc de 60° les crotons colorés sont hauts ; il y a aussi des plantes fleuries dont j’ignore le nom.

Tout juste installées, je plonge dans la piscine en forme de tortue marine ; au centre un bassin assez profond pour nager et quatre palmes bleu clair pour patauger.

La plage où viennent pondre les tortues

Il est impossible (et interdit) de se baigner dans la mer sur la plage de Turtle Beach qui n’est pas surveillée. Les rouleaux puissants m’auraient de toutes façons, dissuadée. Je marche pieds nus sur le sable gris ; la plage est bordée de cocotiers. Des crabes brandissent leurs pinces vers le ciel dans le reflux. De nombreux troncs blanchis jonchent la plage. Un peu plus haut, il y a une petite lagune avec une maison et une moto. Le Parc n’est pas si vide que je le pensais. Vers 4 heures de l’après midi la plage st déjà à l’ombre. Marcher sans craindre le soleil est très agréable. 6 heures, il fait presque nuit. Après dîner(7h) nous trouvons une table à l’écart du bar. Le vent souffle doucement. Le décalage horaire  semble apprivoisé.

 

Sur la route 32, à travers la campagne de San José vers Tortuguero

CARNET DU COSTA RICA

fleur extraordinaire

L’Hôtel Turtle Beach envoie une navette dans les hôtels de San Jose. Un minibus de 15 personnes  nous attend à 5h45. Le jour se lève tôt au Costa Rica : il fait presque jour.

L’ hôtel est excentré, le petit car emprunte une autoroute. Nous découvrons la ville et avec une belle vue sur les volcans. Quelques buildings se détachent. L’urbanisation semble très lâche, on ne sait pas si on est en ville ou à la campagne. J’admire la merveilleuse floraison rose de grands arbres.  6h : le soleil apparaît entre les volcans.

la navette de Turtlebeach

Nous suivons le Paseo Colon qui débouche dans l’Avenida Central. L’église de la Merced avec son clocher pointu servait de repère aux provinciaux qui se déplaçaient à la capitale. La cathédrale est plus imposante. L’architecture est mélangée : buildings en ciment avec de grandes enseignes peintes, petites maisons basses avec des terrasses, , maisons décorées de stuc. Il semble qu’on craigne les voleurs. Les balcons sont protégés par des barres de fer, parfois des barbelés. Parkings grillagés avec des barbelés en rouleaux.

combat de chats sur un toit

Le car fait le tour des hôtels.  Il stationne devant un petit hôtel caché dans la verdure. Sur le toit de tôle deux chats s’affrontent. Ils s’approchent museau à museau, les queues se balancent. Le gris au beau pelage occupe une position dominante. Le noir en dessous est tout hérissé. Son pelage est plus clairsemé. Vont-ils se battre ? Le gris tient bon, le noir recule et descend.

A la sortie de la ville, Marvin, le guide, se présente et va décrire le paysage avec intelligence et clarté. Il parle « spanglish » passant de l’espagnol à l’anglais sans transition. Une phrase commencée en espagnol se termine en anglais ou l’inverse.  Il a à cœur de souder le groupe « nous formons une famille multiculturelle venant de France, de Belgique, Suisse Danemark, Argentine ».

La route 32 reliant San Jose à Limon, le port où arrivent toutes les marchandises par mer est l’axe le plus important du Costa Rica. Il est question de faire du Port de Limon un port de très grande envergure et de cette route une sorte de « Canal sec », en référence sans doute à celui de Panama. Une société hollandaise APM investit dans ce projet. D’ici 6 ans la route 32 doit devenir un axe à 2x2voies. Les travaux se déroulent en saison sèche par une société chinoise. Les travaux causent des bouchons. Tandis que notre minibus est à l’arrêt j’admire les énormes camions rutilants aux chromes brillants et aux pots d’échappement relevés fièrement vers le ciel.  Dans les embouteillages des hommes passent vendant des chips de bananes et des patis (3000 colons =4$).

La route traverse d’abord la Vallée Centrale, très fertile où se concentre 60% de la population costaricienne. Marvin nous montre les plantations de café. Le café fut introduit en 1817 au Costa Rica. Il pousse sur un sol très riche d’alluvions de terres volcaniques. De très grands arbres à floraison orangée : les Erythrines, Erythrina poeppigiana, donnent de l’ombre aux plantations.

Marvin commente la géologie de la Vallée Centrale : sédimentaire contenant des fossiles marins, entre les volcan à la limite de deux plaques tectoniques Caribéenne et Cocos. Le volcan Irazu culmine à 3432 m, est le sommet du Costa Rica, Irazu et Turrialba sont deux volcans jumeaux, Turrialba est actuellement interdit  pour cause d’éruption. C’est un volcan qui connaît des périodes de repos très longues, les éruptions précédentes étaient il y a plus de 100 ans C’est dans la Vallée Centrale que se trouve la limite de partage des eaux entre Pacifique et Atlantique.

A partir de 1160m d’altitude à San Jose, la route 32 fait une grande montée et une interminable descente à travers le Parc National Braulio Carillo. Marvin nous montre les grandes feuilles en forme de parasol Gunnera insignis« sombrillo del pobre » qui poussent au-dessus de 800m et les fougères arborescentes. Sous un pont on peut voir le confluent entre deux rivière, Rio Susio et rio AmarilloOn voit nettement le torrent qui charrie les eaux jaunes colorées par le soufre du volcan et l’eau claire de l’autre rivière.

Plus bas : les champs d’ananas et de manioc s’étendent.

papillons morphos dans la serre

Petit déjeuner à Guapiles dans un restaurant qui a une serre de papillons. Riz mélangé à des haricots noirs, omelette et plantain. Il semble que les plantains costariciens sont plus tendres que les africains. Dans la serre, des plantes colorées et variées. Les papillons morphos ont l’envers des ailes bleues, d’autres sont rouge jaunes et noirs. Ils sont tellement rapides que je n’ai pas le temps de saisir les motifs. Plus facile à photographier : les fleurs.

.

A Siquirres, on quitte la grande route pour la piste qui traverse des bananeraies. Autrefois le Costa Rica était une « république bananière » dominée par United Fruit pendant un siècle (1870 -1970) après la construction d’une ligne de chemin de fer au Costa Rica.  Elle a pris pour nom Chiquita. La culture des bananes est restée aux mains de très grandes entreprises comme Del Monte. C’est une culture à grande échelle. Les bananeraies s’étendent de part et d’autre de la piste bordées par des haies d’hibiscus en fleur.  Les régimes de bananes sont protégés des insectes, pollutions diverses, dans des sacs en plastiques bleus qui servent également de serre individuelle aidant à la maturation du fruit. Un train de banane avance parallèlement à la route : les régimes sont accrochés à un rail qui les emmène tout seuls au conditionnement. Parfois les rails franchissent la route. Marvin descend pour vérifier aue les valises sur le toit du bus ne touchent pas les installations. On a construit un petit aérodrome pour les avions qui pulvérisent les cultures. Le petit avion jaune est garé sous son hangar.

Les villages ont des maisons colorées bleues, violettes ou vertes. Leur auvent abrite des chaises métalliques, parois de confortables fauteuils ou canapés de salon, ou même une moto. Devant, une pelouse bien tondue et des arbres ornementaux.

erythrines

Dans pépinières de plantes ornementales exportées dans le monde entier, on voit nos plantes d’intérieur : Crotons, dieffenbachias….

Elevage : des buffles blancs ou gris se reposent à l’ombre. De véritables ranchs aux barrières peintes en jaune et marron.

Dans un bouquet d’arbres un paresseux est suspendu ; on ne devine que ses pattes qu’il bouge très lentement.

La piste est creusée de nids de poules. Le minibus progresse lentement.

 

 

Créteil/San José : Vol AF 430

CARNET DU COSTA RICA

 

Vol Air France

Voyage Créteil/San José, vol Air France AF 430 – 13h50 – arrivée 18h30 – près de 12heures de vol en comptant le décalage horaire de 7 heures.

Confortable, agréable, Air France oblige. J’ai prévu de dormir avec le tour de cou gonflable, les  bouchons d’oreilles et le masque bleu pour être d’attaque à l’arrivée.

Dormir 12 heures, c’est beaucoup ! Je regarde l’Homme Pressé: Lucchini  fait du Lucchini sans surprise, c’est très bien dans l’avion.  Pas de paysage à admirer, je suis assise au milieu, des nuages sur la France et à l’arrivée au Costa Rica, nuit noire.

Le taxi nous conduit de l’aéroport à Alajuela jusqu’à San Jose, 17 km sur des voies rapides qui traversent des zones urbanisées. Je suis bien trop abrutie pour faire une étude de paysage. L’hôtel prévu est complet, l’agence Trio nous réserve une chambre dans un autre hôtel très luxueux .

Jus de fruit de bienvenue. Remise du Road Book, quelques conseils.  Hop ! au lit, demain on se lève tôt : 5h15

Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris RUMEURS ET LEGENDES – HOUSEAGO

EXPOSITIONS TEMPORAIRES

Houseago

Sitting nude

Sculpteur né à Leeds en 1976, installé à Los Angeles depuis 2003. Présente des sculptures anthropomorphes plutôt monstrueuse, le plus souvent en plâtre (tuf cal) parfois hybridées de bois contenant des tiges métalliques.

Serpent (?)

On peut admirer la puissance du mouvement, de la musculature,  walking man, sitting nude ou standing boy. Dans la sculpture, je prête beaucoup attention à la matière, j’aime caresser (du regard) le marbre, le poli du bronze, ou les veines du bois. Le plâtre n’est pas une matière aimable. Ébauche de plâtre ou d »argile, je veux bien mais pour la sculpture définitive, cela ne me séduit pas vraiment.

Houseago

En 2010, à la Biennale de Venise son homme press installé au Palazzo Grossi a connu une heure de gloire

l’homme pressé

les dessins au charbon sur toile m’ont plus intéressée.

Somatic paintings 2018 Death

Rien à dire des grands tableaux noirs.

En somme, une déception.

Rumeurs & Légendes : un nouveau parcours dans les collections

La dernière fois j’avais parcouru les collections permanentes avec joie, revu les Delaunay, Herbin, Soutine….On les a rangés ailleurs (?) pour rajeunir les collections avec un nouvel accrochage en deux temps (1960 – 2000) et (Depuis 2000).

Le résultat est tout à fait passionnant et j’ai fait la connaissance d’artistes de premier plan que je ne connaissais pas – pas même de nom.

Entre mémoire et temps : le récit sculpté d’Etienne Martin

rhinocéros
rhinocéros

Une passion dans le désert est une nouvelle de Balzac que trois peintres Gilles Aillaud, Eduardo Arroyo et Antonio Racalcati ont illustré par un cycle de 13 tableaux complétés ici par trois tableaux identifiés par chacun des artistes. J’ai bien envie de chercher la nouvelle et de revenir à ces illustrations que j’ai bien aimées.

Le soldat de l’armée de Bonaparte
le soldat et la panthère
x

Bernard Dufour : parcours d’un peintre écrivain 

Est le plasticien qui m’a le plus parlé. Peut être parce qu’il parlait politique?  Le polyptique Holger Meins raconte la mort de faim d’Holger Meins, le prisonnier de la Fraktion Armée Rouge, mort à la suite d’une grève de la faim.

Polyptique Holger Meins

Il raconte aussi son amour pour Martine dans une série des figures du temps de l’agonie de Martine

série de l’agonie de Martine

D’autre peintures politiques m’ont interpellée.

Mythologies individualistes : Annette Messager et Christian Boltanski 

ne sont pas inconnus de moi. J’y reviendrai!

Faites le déplacement au Musée d’Art moderne avant le 14 juillet mais réservez votre temps pour cette deuxième exposition!

pause vacances!

BLOG EN PAUSE!

Demain nous serons dans l’avion pour San Jose, Costa Rica.

Nous espérons bien voir des paysages comme sur la photo!

Je n’emporte pas d’ordi, seulement 3 cahiers de brouillon,  96 pages et mon carnet moleskine, un crayon et une gomme…l’appareil photo, bien sûr, et la liseuse, chargée.

Le blog sera en pause, mais je vous enverrai des cartes postales sur Facebook

 

autour du Talisman de Sérusier au Musée d’Orsay

UNE LEÇON DE PEINTURE!

En 1886, à Pont Aven,  Gauguin, déjà célèbre donna à Sérusier une véritable leçon de peinture

« Un conseil : ne copiez pas trop d’après nature. L’art est une abstraction. Tirez-la de la nature en rêvant et pensez plus à la création qu’au résultat »

Le Talisman, ou Paysage du Bois d’Amour est un tableau de très petit format peint sur un panneau qu’on a parfois attribué à une boîte de cigares. Très coloré, il se trouve à l’éclosion du Synthétisme quand Gauguin et Emile Bernard se sont retrouvés à Pont Aven, caractérisé par simplification des formes, l’utilisation de couleurs pures posées en à-plats et les cernes foncés délimitant les masses.

Emile Bernard : l’arbre jaune
Emile Bernard : Repos sur la falaise

Gauguin au dessus du gouffre, marine avec une vache

De retour à Paris, de 1888 à 1900, le groupe des nabis réunit Bonnard, Vuillard, Maurice Denis, Sérusier, George Lacombe, Verkade . En plus de leur style pictural, les nabis(prophètes en hébreu) faisaient des simulacres de cérémonies religieuses et manifestaient de l’intérêt pour l’ésotérisme et les sciences occultes.

Paul Sérusier : Portrait de Paul Ranson en tenue nabique

J’ai beaucoup aimé tous les tableaux de forêts ou d’arbres colorés dont on voit seulement les troncs

Sérusier : arbres rouges

Japonisantes ces vagues qui me font penser à un plumage de paon

George Lacombe : marine bleue et effet de vague.

George Lacombe : marine bleue et effet de vague.Et bien sûr il ne faut pas oublier Bonnard et Vuillard qu’on a vus en passant avant de pénétrer dans l’exposition Le Talisman

La Conférence des oiseaux – JC Carrière – Guy Pierre Couleau à Ivry

THÉÂTRE DE LA MANUFACTURE DES OEILLETS A IVRY

Le cantique de la conférence des oiseaux

« Nous avons un roi. Il nous faut partir à sa recherche. Son nom est Simorg. Il est le vrai roi des oiseaux. Il est près de nous, et ,nous en sommes éloignés. Le chemin pour parvenir jusqu’à lui est inconnu. Il faut un coeur de lion pour le suivre »

La Conférence des Oiseaux est un conte soufi du Persan Farid Uddin Attar (1142-1220). Les oiseaux partirent en quête du Simorg afin de le prendre pour roi. Après avoir traversé 7 vallées et montagnes, ils découvrirent le le Simorg était en eux…

J’avais vu autrefois la Conférence des Oiseaux mis en scène par Peter Brook et en avais gardé un souvenir ébloui (mais lointain) récemment Shâhnâme au Quai Branly qui montrait le Simorgh. La programmation des théâtres d’Ivry ne m’a jamais déçue. Je me suis rendue avec impatience à la Manufacture des Oeillets et la soirée a été à la hauteur de mes attentes.

Les acteurs portent des masques têtes d’oiseaux élaborés par le facteur de masques Kuno Schlegelmilch. Ce sont des têtes très légères mais très réalistes d’une dizaine d’oiseaux : la huppe qui mène la conférence et qui est la conteuse, le moineau, le canard, le hibou, la perruche…Quand les acteurs sont masqués, leur gestuelle est celle des oiseaux. Adorable petit moineau en blouson de fourrure, rapace (faucon ou aigle) en uniforme militaire, jolie perruche verte dans sa cage symbolisée par un cerceau.

 

Quand ils posent les masques, il redeviennent humains. les voyageurs, fatigués à l’étape, un peu craintifs, migrants. La Huppe qui les guide leur raconte des contes. Ils vont découvrir 7 vallées, On ne verra pas le Simorgh. Le Simorgh était en eux et le voyage une initiation mystique….Humains, migrants, très humains (mais j’ai eu le regret de ces beaux masques qu’ils ont abandonnés).

De retour à la maison, j’ai cherché l’interprétation de Peter Brook sur Youtube et trouvée. J’ai pu mesurer l’oubli de ma mémoire. il restait si peu de souvenirs!

J’ai aussi cherché, et trouvé le texte de la Conférence des Oiseaux qu’on a aussi nomme Cantique des Oiseaux. J’aurais pu acheter la pièce de Jean Claude Carrière, j’ai téléchargé le texte ancien traduit par Henri Gougaud et l’ai commencé sur le champ.

J’ai été étonnée de la proximité  de la pièce et du texte original. L’adaptation théâtrale a sauté la belle introduction poétique qui lraconte la Genèse, compare notre âme à un oiseau, énumère les Pères et les Prophètes jusqu’à Mohamed et fait alterner textes religieux et contes profanes. Le premier « Un jour un chevalier sur un lit de coussin découvrit son épouse avec un inconnu » est franchement comique, il suffit à la femme de glisser un crouton de pain dans la main de son amant pour désarmer le mari!

Le Salut aux oiseaux est une merveille de poésie et d’observation naturaliste :

« Huppe, je te salue, guide des hauts chemins et des vallées profondes, toi qui t’en fus (heureux voyage!) jusqu’au royaume de Saba et revins chanter à la reine à l’oreille de Salomon »

« Et toi, bergeronnette, ô bergère des âmes, que ta flûte fluette annonce k’aube neuve et le réveil de Dieu! »

« Salut, ô perroquet à la robe superbe, toi qui bâtis son nid, au vieux temps de l’Eden dans l’arbre du savoir »

« Salut, faucon royal à l’oeil impitoyable! Jusqu’où va ta violence et jusqu’où ta passion »

La huppe essaie de convaincre les oiseaux d’aller à la quête du Simorgh

« Que la route soit une fête, chantez marchez dansez! »

Les oiseaux cherchent des prétextes pour se défiler.

« L’amoureux rossignol s’avança en premier : Le front haut, l’âme ardente, il semblait à le voir incendié d’amour… »

« Voici le perroquet à la bouche de miel, à la robe pistache, à la gorge dorée, »

je me régale aussi bien avec les oiseaux qu’avec les contes médiévaux qui me conduisent aussi bien à la Mecque qu’à Byzance, histoires de derviches ou de chevaliers, ou simple avare qui enterre son trésor….

Quel joli texte. J’ai vu que Diane de Selliers a édité un de ses beaux livres illustré par des miniatures persanes. Quel beau cadeau!

 

Ma Cabine Téléphonique Africaine – Lieve Joris – Actes sud

INVITATION AU VOYAGE

J’ai reçu Ma cabine Téléphonique Africaine en cadeau au pique-nique de Babélio. Comme je n’avais aucune idée de ce que cachait ce titre original, le livre est resté longtemps dans ma PAL. Quelle bonne idée de l’en sortir!

164 pages, 10 récits, autant de rencontres en Afrique, au Moyen Orient, en Europe de l’Est.

J’aime les écrivains-voyageurs et encore plus  les écrivaines-voyageuses. Après Alexandra David Neel, Mary Kingsley, Isabelle Eberhardt et d’autres, je découvre Lieve Joris  née en Belgique(1953) mais basée aux Pays Bas, donc néerlandophone. Journaliste, boulingueuse elle a écrit de nombreux livres que je compte bien lire!

Ma cabine téléphonique africaine est le titre du premier récit : rencontre avec Bina, receveur des postes dans un village malien en 1996, déjà les touaregs rebelles menacent les autorités ou leurs représentants. La téléphonie mobile n’existe pas dans cette contrée. La cabine de Bina est une institution….Comme j’ai aimé ce récit! Lieve Joris s’efface devant les personnages africains. Elle les campe magnifiquement.

Le second récit, Les Enfants de Mobutu, se déroule au Congo, en 1998, le règne de Mobutu s’ achève, il reste un grand désordre et pourtant l’auteure se promène dans la province qui paraît paisible. Elle accompagne un homme d’affaires qui vend, troque, ou achète un peu n’importe quoi. Elle nous fait imaginer l' »ambiance du poisson » sur le bord du lac, on rencontre des pauvres pêcheurs, des cyclistes qui font des kilomètres de pistes défoncées pour transporter 3 malheureux poissons….Aventure humaine, chaleur africaine…

On passe aussi par Dar-es-Salam ou par Saint Louis du Sénégal .

Lieve Joris a posé ses valises en 1982 au Caire. Elle nous invite dans l’appartement de Madame Taher, sa logeuse, bourgeoise déclassée qui fait survivre un monde féminin, désuet, étriqué et décalé.

Puis elle part à Alep et à la frontière de la Syrie et de la Turquie, rencontre Ismaïl,  Kurde qui préfère disserter sur Baudelaire et les surréalistes que de lui faire rencontrer la réalité, « Baudelaire est sans danger » : rencontre touchante.

Les 50 dernières pages se déroulent en Pologne (1987)et en Hongrie (1990) . Rencontre avec Kapucinski – un écrivain -voyageur que j’aimerais lire. Ils ne parleront pas de l’Afrique que les deux auteurs ont parcouru, Kapuscinski fera découvrir la Pologne grise de la fin du communisme. Enfin Lieve Joris aboutit dans un petit village hongrois  sur la Tisza.  Avec une grande délicatesse, elle nous présente les protagonistes de l’histoire récente, l’idéaliste qui voulait changer le monde, le maire communiste, l’institutrice aux prises avec les enfants tziganes qui ne supportent pas la sédentarisation imposée…Aucun jugement, juste une grande sympathie.

Lieve Joris ne se met pas en avant. Elle ne se vante pas de ses aventures. Elle laisse parler les personnages qu’elle rencontre, nous fait sentir les ambiances, les odeurs, les goûts, les manques aussi. Un tout petit livre, un concentré de saveurs!

 

Un fond de Vérité : Zygmunt Miloszewski – Pocket

POLAR POLONAIS

Avec la Pologne, j’ai toujours quelques réticences, peur de rencontrer un antisémitisme virulent. Et avec ce livre, je tombe pile dessus!

Connaissez-vous la ville de Sandomierz?  Très ancienne ville médiévale, située sur la Vistule, ville pittoresque et touristique, où une importante communauté juive vivait avant la Shoah. Dans une de ses églises se trouve encore un tableau du peintre du XVIIIe siècle, Charles de Prévôt, ayant pour thème le meurtre rituel d’enfants chrétiens perpétré par des juifs. Ce tableau est à peine caché par un rideau. Le meurtre des enfants et la mise en scène du peintre joue un rôle central dans le thriller de Zygmunt Miloszewski.

Thriller addictif où le procureur Teodore Szacki mène une enquête  bien retorse.

Ela Budnik, notable de la ville, femme irréprochable est retrouvée morte, saignée à blanc sur l’emplacement de l’ancien cimetière juif. L’arme du crime trop facilement retrouvée est le couteau d’abattage rituel des bouchers juifs. Coïncidence, nous sommes justement pendant la semaine pascale!

Le procureur qui ne croit pas aux meurtres rituels,  redoute l’exploitation médiatique, et antisémite que la presse peut faire dans cette petite ville. Étrangement, le cadavre du mari d’Ela est retrouvé au dessus d’un tonneau destiné à recevoir le sang…..Szacki se documente sur les rites de la Communauté, sa culture auprès d’un rabbin assez improbable. Il demande à un archiviste spécialisé dans la généalogie de faire des recherches….

Je me laisse emporter dans le thriller, avec  mauvaise conscience. Les polars décrivent une société actuelle (ou passée), de mettent à jour les travers les plus noirs mais j’ai toujours peur de la complaisance et du voyeurisme. Le procureur, un divorcé morose au début du livre, fait des conquêtes inespérées chez ses collègues femmes, était-ce bien nécessaire à l’intrigue? Ces digressions m’ont passablement agacée.

En revanche le refrain « tout le monde ment« , mais il y a parfois un fond de vérité (pas toujours) laisse ouvertes toutes les hypothèses même les plus invraisemblables et permet tous les rebondissements jusqu’à la dernière page.

 

François Maspero – Le Figuier

le figuier maspéro

François Maspero de (1932-2015) est une figure qui m’a souvent accompagnée. Dans ma prime jeunesse , comme tant de lycéens et étudiants, j’ai traîné dans sa librairie, et espéré croiser des révolutionnaires patentés, ou rencontrer une âme-soeur, feuilleté tant de livres. Pas volé comme d’autres, je trouvais cela minable, sans risque! Sa petite collection Maspero a égayé mes étagères. J’aimais ses couvertures aux couleurs vives. Prêtés, pas rendus, égarés, je regrette de ne plus avoir un seul de ces livres. Je ne me souviens plus de tous les titres les Damnés de la terre de Frantz Fanon, Louise Michel, Aden Arabie de Paul Nizan…. A notre premier voyage en Bulgarie, j’ai emporté Balkans-transit de Maspero que j’ai lu pour une seconde fois quand nous sommes allées en Albanie. Ce livre m’a tellement impressionnée que j’y ai consacré 4 billets de mon blog.

 

De retour, j’ai pioché Le Figuier dans la bibliothèque familiale et il a sommeillé dans ma PAL. Quel bonheur de l’en avoir sorti!

Quatre personnages se croisent dans ce roman :

F.G. l’éditeur du Figuier, est une figure énigmatique, connu sous plusieurs identités, ayant vécu des aventures lointaines, chez les Inuits, combattant de la Guerre d’Espagne. Polyglotte, capable de traduire et de citer aussi bien Saint Jean de la Croix (1542-1591) Gongora, qu’Ulysse. Editeur, imprimeur, typo, encore artisan maniant le plomb et le beau papier, imprimeur de poèmes confidentiels comme de brûlots du FLN.

François Serre, le Libraire, propriétaire de La Vigie, librairie militante, au départ collective réunissant des Khâgneux, puis vitrine de l’anti-colonialisme au temps de la Guerre d’Algérie. La Vigie pourrait être considérée comme le personnage principale du roman.

Manuel Bixio, qui assure l’intérim dans la librairie quand son propriétaire sert en Algérie, devient, par militantisme, éditeur. Il est saisit par Lady Sion comme l’a formulé F.G. En 1961, menacé pour ses activités, il fuit à l’étranger et devient journaliste . Indépendance de l’Algérie, Cuba, Afrique de l’Ouest, Amérique Latine, il couvre l’éclosion des Indépendances africaines et les révolutions latines…

Mary Kendale est photographe, de ceux qui s’approchent tant du sujet qu’ils passent au-delà de l’objectif pour vivre les luttes de ceux qu’elle photographie.

 

C’est presque un roman d’aventures. Roman historique et révolutionnaire faisant revivre la Guerre d’Espagne- « mierdroico » plus qu’héroïque. A la suite de  la Retirada, il se présente en Espagnol et se trouve interné au camp de Prats-de Mollo. Guerre d’Algérie, à Paris : deux récits du 17 Octobre 1961, tortures de la police parisienne et menaces de l’OAS…Liesse à Alger, Conakry, Cuba.

Le livre s’achève en 1967 à Athènes avec le coup d’Etat des colonels. Che Guevara est encore quelque part en Bolivie.

Au delà de l’aspect historique, le thème du livre, de son impression à sa diffusion, est central dans Le Figuier. La traduction aussi. Et la poésie, très présente.

Un ouvrage très dense, très riche qui va retourner dans la PAL parce que je suis sûre de le relire!