Comment est-ce possible qu’un enfant soit harcelé au collège parce qu’il est efféminé sans qu’aucun adulte n’intervienne? Harcèlement d’une violence épouvantable, crachats, coups, pendant des années. Ceci m’interpelle en tant qu’enseignante. peut être un tel drame se déroule près de moi à mon insu!
Le roman – témoignage – ne se résume pas à cette problématique. Il décrit une violence permanente dans un contexte de misère qu’on croirait datée du 19ème siècle du temps de Zola. Misère, chômage, travail abrutissant, alcoolisme. Les adultes ne sont guère mieux lotis. Les habitants de ce village picard, dans le début du 21ème siècle vivent sas autre perspective que l’usine ou le RMI. Les filles se marient tôt et ont de nombreux enfants. la télévision comme unique divertissement, avec les apéros qui souvent se finissent mal.
Au moment où l’on discute du bien fondé de la théorie du genre, on voit la fabrique des hommes, fabrique du machisme, de la brutalité. les femmes participent aussi à cette reproduction des mâles, elles en subissent la loi avec colère et courage.
violence du langage, que cite l’auteur en italique, pauvreté de ce langage…
Fabrique des mâles et exclusion de tout ce qui est différent : les pédés, les arabes et les noirs.Les arabes et les noirs, il n’y en a pas au village, haro sur le pédé!
Auteur : Miriam Panigel
3 contes de Flaubert – Herodias – fresques de Matteo Giovanetti à Avignon

J’adore lire des fresques comme des bandes dessinées, d’ailleurs elles étaient destinées à des fidèles qui ne savaient pas lire et qui y trouvaient l’histoire sainte.J’ai découvert un artiste que je ne connaissais pas : Matteo Giovannetti. Cette chapelle Saint Jean est dédié à Saint Jean Baptiste et à saint Jean l’évangéliste.

De l’autre côté du Rhône, à la Chartreuse est également peinte à fresques par Giovannetti.
Cela m’a donné envie de lire le conte de Flaubert Hérodias qui raconte l’emprisonnement de Saint Jean Baptiste et la danse de Salomé.
Plaisir du style de Flaubert qui – dans un conte, on ne se pique pas de réalisme – va donner libre cours à son imagination orientalisante et décrit la vue de la citadelle de Machaerous dans une Palestine rêvée:
« Un matin avant le jour, le Tétraque Hérode-Antipas vint s’y accouder, et regarda.
Les montagnes, immédiatement sous lui, commençaient à découvrir leurs crêtes, pendant que leur masse, jusqu’au fond des abîmes, était encore dans l’ombre. Un brouillard flottait, il se déchira , et les contours de la Mer Morte apparurent. L’aube qui se levait derrière Machaerous épandait une rougeur. Elle illumina bientôt les sables de la grève, les collines le désert, et, plus loin tous les monts de la Judée, inclinant leurs surfaces raboteuses et grises, Engeddi, au milieu , traçait une barre noire; Hébron, dans l’enfoncement, s’arrondissait en dôme: Esquol avait des grenadiers, Sorek des vignes, karmel des champs de sésame; et la tour Antonia, de son cube monstrueux, dominait Jérusalem. Le Tétrarque en détourna la vue pour contempler, à droite, les palmiers de Jéricho; et il songea aux autres villes de sa Galilée : Capharnaüm, Endor, Nazareth, Tibérias où peut être il ne reviendrait plus<; Cependant le Jourdain coulait sur la plaine aride »
Et la danse de Salomé:
« mais il arriva du fond de la salle un bourdonnement de surprise et d’admiration. Une jeune fille venait d’entrer.
Sous un voile bleuâtre lui cachant la poitrine et la tête, on distinguait les arcs de ses yeux, les calcédoines de ses oreilles, la blancheur de ssa peau. Un carré de soie gorge-de-pigeon, en couvrant les épaules, tenait aux reins par une ceinture d’orfèvrerie. Ses caleçons noirs étaient semés de mandragores, et d’une manière indolente elle faisait claquer de petites pantoufles en duvet de colibri.
Du haut de l’estrade, elle retira son voile. C’était Hérodias, comme autrefois dans sa jeunesse. Puis elle se mit à danser.
Ses pieds passaient l’un devant l’autre au rythme de la flûte et d’une paire de crotales. Ses bras arrondis appelaient quelqu’un qui s’enfuyait toujours. Elle le poursuivait,plus légère qu’un papillon, comme une Psyché curieuse comme une âme vagabonde et semblait prête à s’envoler. […] Puis ce fut l’emportement de l’amour qui veut être assouvi. Elle dansa comme les prêtresses des Inde,comme les Nubiennes des cataractes, comme les Bacchantes de Lydie. Elle se renversait de tous les côtés pareille à une fleur que la tempête agite. Les brillants de ses oreilles sautaient, l’étoffe de ses vêtements jaillissaient d’invisibles étincelles qui enflammaient les hommes »

The Grand Budapest Hotel : kitschissime
Comment les Américains imaginent la Mitteleuropa des années 30 et 40? Kitschissime, inventif, crèmeux, rose….carton-pâte et effets spéciaux.
Ce n’est, certes, pas le film de l’année. Je ne crie pas au génie. Après 3 mauvaises expériences enfin quelque chose de léger, de drôle. A condition qu’il ne se prenne pas au sérieux! Que vient donc faire mon cher Stefan Zweig dans cette galère ?
La Citadelle de la Mémoire – Aris Fakinos
Cette citadelle est-elle Paliokastro, nid d’aigle perchée dans les montagnes sauvages d’Épire, assiégée par l’armée ottomane pour soumettre les palikares irréductibles? Est-ce le monastère du Prophète Elie où les moines ont conservé les manuscrits, la langue grecque, les traditions, cachés dans ses grottes qui ont abrité les fugitifs et les résistants?
La mémoire se trouve-t-elle dans les manuscrits, dans le journal d’Isidore, le bibliothécaire du monastère qui a raconté dans les marges de son Évangile la chute de Paliokastro. Ou se trouve-t-elle dans les chants des aèdes, dans les contes que racontent les femmes? Ou dans les pierres, les marbres, les tombes recélés dans la terre grecque?
L’action traverse les temps:
1789, siège de Paliokastro,mais aussi année des Droits de l’Homme, velléités des Philhéllènes occidentaux d’aller au secours des Grecs qui luttent pour la liberté.
Fin du 20ème siècle, au monastère, un écrivain essaie de retracer l’histoire de Paliokastro. Confrontation de la civilisation moderne et marchande à la tradition.
« Il y a des millions de gens dans l’histoire qui se sont battus pour une religion ou une autre, qui se sont sacrifiés pour une idée, pour la liberté ou pour la démocratie. mais a-ton entendu que quelqu’un ait accepté d’endurer prison et tortures, de se faire fusiller pour une banque? »
Temps immémoriaux qui se souviennent d’Homère, des dieux de l’Antiquité.
Roman historique, mais pas que.
Il raconte la lutte sans concession pour la liberté. Il raconte aussi la transmission de la mémoire, de la langue grecque. C’est aussi une réflexion sur la place de la Grèce, charnière entre l’Occident et l’Orient. Critique acerbe de l’Orientalisme, des « Itinéraires », de l’hypocrisie des grandes puissances, et maintenant de la civilisation marchande. En écho à mes lectures récentes de Saïd.
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« Nous croyons que les étrangers respectent notre pays et notre passé parce que nous les voyons venir en masse admirer nos antiquités, parce qu’ils écrivent une foule de livres sur nos ancêtres, qu’ils se réfèrent sans cesse à notre civilisation. Mais tout ce la c’est de la comédie et rien d’autre. Au fond ils se fichent pas mal de nous, mais notre présence les dérange. Oui cela a l’air de te surprendre mais c’est comme ça. Si nous n’existions pas, si nous avions disparu de la face du monde comme tant d e peuples, ils seraient bien plus libres de faire ce qu’ils veulent avec notre histoire, de l’interpréter selon leur, bon plaisir, de la tailler et de la recoudre à leurs mesures, se l’approprier peu à peu. Tu n’as qu’à lire les récits de voyages et autres « Itinéraires » des voyageurs européens qui sont venus visiter la Grèce à partir du XVIIème siècle; et tu verras, tu comprendras…Ils sont toute admiration devantles ruines, ils adorent les paysages grecs, mais ça dérange qu’il y ait encore des Grecs, ils le disent , ils l’écrivent' »
J’ai aimé cette fresque colorée, ces personnalités fortes, ces images saisissantes. L’auteur décrit avec minutie l’installation de l’armée turque, avec ses janissaires mais aussi ses tanneurs et ses bourreliers. Il raconte la vie des palikares et des femmes sur cette terre aride, leurs légendes, qui les rattachent à l’antiquité.
« Nous avons tout essayé pour trouver le salut, tout sauf les contes.
Il faut faire vite. Avant qu’ils ne soient frappés d’interdiction »
Les Echelles du Levant – Amin Maalouf
VOYAGE EN ORIENT
.Adana, Turquie, à la veille de la Première Guerre Mondiale, le père du héros se lie à un Arménien, juste avant le Génocide.
Ossyane devient un héros de la Résistance, on pense à l’Affiche rouge
1947, Ossyane se marie avec Clara, survivante de l’Holocauste. Le couple hésite à s’établir : Beyrouth ou Haïfa?
années 70, c’est la guerre intercommunautaire au Liban qui donne un nouveau tournant à la vie d’Ossyane.
Maalouf raconte une histoire libanaise, mais aussi universelle; Il n’a pas fini de m’étonner
Récit des temps perdus – Aris Fakinos
LIRE POUR LA GRECE
Un très joli récit!
C’est l’histoire de Vanguelis et de Sophia qui se sont éteints en 1970 après une longue existence de 103 ans. L’histoire de leur village, si pauvre du temps de leur jeunesse, que les bulldozers des chantiers détruisent, tandis que s’étend la banlieue d’Athènes.
Entre la vie rurale d’un journalier parti se vendre à un riche propriétaire, une pioche et une besace à l’épaule et la vie moderne…deux guerres mondiales sont passées, des luttes sociales, la vie a bien changé.
J’ai surtout aimé le début, le récit de jeunesse, quand la pauvreté se définissait par la quantité d’huile nécessaire pour allumer la veilleuse. Quand un séisme a asséché les sources du villages et que Yorghis, le sourcier a retrouvé l’eau mais perdu la vue. Quand Vanguelis a trouvé une statuette de marbre et en est tombé amoureux…Le merveilleux se mêlait alors à la vie quotidienne, les superstitions, et même les dieux d’autrefois et les animaux parlaient aux hommes. Quand on crucifiait vraiment le Christ dan les villages pendant la Semaine Sainte..
Vanguelis et Yorghis ont vu la guerre, le front, ils ont parcouru la Grèce avec une charrette.
L’électricité s’est répandue.. le merveilleux a cédé la place à la modernité.
Vincent Van Gogh – Antonin Artaud à Orsay
LE MONDE EN EXPO
De retour de Saint Rémy et d’Arles, c’est d’abord à Van Gogh que j’ai pensé! voir tous ces tableaux réunis, était pour moi une joie annoncée. Après la visite à Saint Paul de Mausole, les promenades sur les lieux où il avait posé son chevalet; cette visite était une urgence. Tableaux connus, comme ces autoportraits ou l’église d’Auvers sur Oise, et d’autres moins connus venus parfois de très loin.
Venue pour Vincent, j’ai découvert Antonin!
Je connaissais l’homme du Théâtre et son double et d‘Héliogabale mais je n’avais jamais vu ses dessins : saisissants! Quelle maîtrise dans ses autoportraits. Je ne connaissais pas non plus son visage. Des extraits de films le montrent dans sa jeunesse. Les plus grands l’ont fait tourner Abel Gance, Dreyer, Fritz Lang et tant d’autres. D’une grande beauté avec un regard ardent. Expressif dans le cinéma muet comme dans les débuts du parlant. Visage ravagé en 1946 après son internement à Rodez.
Les propos d’Artaud à propos de l’Exposition de 1947 répondent précisément à cette interrogation. Sauf qu’en matière de folie, Artaud est un expert et ses réponses sont étonnantes et percutantes!
« Non Van Gogh n’était pas fou, mais ses peintures étaient des feux grégeois, des bombes atomiques, dont l’angle de vision, à côté des autres peintures qui sévissaient à cette époque eût été capable de déranger gravement le conformisme larvaire de la bourgeoisie second Empire et des sbires de Thiers, de Gambetta, de Félix Faure, comme ceux de Napoléon III. »
J’aime qu’une exposition me raconte une histoire. Plus que la réunion d’œuvres d’un même artiste, c’est une cohérence qui rend la visite encore plus passionnante. Et dans le cas de cette exposition au Musée d’Orsay le commentaire d’Artaud est fulgurant. A Saint Rémi je m’étais demandée : Vincent Van Gogh était-il fou? et qu’est-ce que la folie pour un artiste?
Dans une salle de projection, sur tout un mur, se projette le dernier tableau de Van Gogh, Le Champ de blé aux corbeaux avec le texte d’Artaud, lu par Alain Cuny. J’en ai trouvé une autre version sur Youtube.
Et pour le plaisir Kurosawa :
En sorttant de l’Expo, j’ai acheté le texte d’Artaud :
VAN GOGH LE SUICIDE DE LA SOCIETE
laissons la parole à Artaud:
Méfiez-vous des beaux paysages de Van Gogh tourbillonnants et pacifiques
convulsés et pacifiés
C’est la santé entre deux reprises de la fièvre chaude qui va passer.
C’est la fièvre entre deux reprises d’une insurrection de bonne santé,
Un jour la peinture de Van Gogh armée de fièvre et de bonne santé,
reviendra pour jeter en l’air la poussière d’un monde en cage que son cœur ne pourra plus supporter.
En voiture! La route des Crêtes de la Ciotat à Cassis, détour par la sainte Baume
CARNET PROVENÇAL

La météo a prédit du beau temps le matin et une arrivée nuageuse l’après midi.
Nous partons donc tôt à la Ciotat pour voir les Calanques et le Cap Canaille sous le soleil. Nous connaissons déjà la route, par Aubagne, Roquefort la Bedoule jusqu’à la Ciotat. Dans les campagnes, les amandiers fleurissent tandis que sur le littoral, dans les jardins c’est la gloire des mimosas. Un air de printemps !

La route des Crêtes s’élève au dessus de la ville, le panorama sur le port et toute la rade est magnifié par une mer bleu marine un ciel décoré de petits nuages. Première surprise : un petit pont au contact entre le calcaire massif ruiniforme très blanc et l’épaisse couche rouge ocre en petits bancs bien stratifiés. Les rochers blancs ont des silhouettes grotesques, formant des piliers contournés comme des pions d’échecs. On a replanté le massif avec des pins qui sont sagement alignés.

La route s’élève rapidement. Le vent fait onduler la canopée des pins comme blé sous la tempête. A un tournant, on découvre la mer agitée avec de petites vagues d’écume blanche. A chaque arrêt je croque les crêtes, dessin de géologue plutôt que paysages. J’éprouve un grand plaisir à analyser ces paysages tourmentés. Un petit voilier se balance.

Au loin des îles se détachent des calanques. Je reconnais les anses où le bateau nous a promenées hier. Chaque calanque est bien différente. Au Cap Canaille la falaise orange est spectaculaire. Cassis est nichée au creux de sa baie. Un peu plus loin, la pente est travaillée en terrasses pour les vignes.

La Sainte Baume
De Gémenos, nous nous engageons dans l’étroite vallée de saint Pons, très aménagée avec des moulins transformés en restaurants. De nombreuses promenades partent du ruisseau dans la forêt. Le guide signale une chapelle romane que je suis incapable de visiter. Difficile d’apprécier cet endroit si on ne peut pas fait de randonnées. Nous ne voyons pas non plus l’abbaye cistercienne.

La route est étroite et sinueuse, elle monte à l’assaut de la Sainte Baume. Coiffée d’un pain de sucre ou d’une barre de calcaire massif blanc qui se détache sur la végétation verte mais assez rase. Les motards sont très nombreux. Cela doit être un véritable plaisir de sentir le vent, les odeurs de la garrigue et de la forêt, de s’amuser dans les tournants. Dès qu’on s’élève en altitude, les chênes et les hêtres ont leur tenue hivernale. Les pins sont moins présents les chênes verts sont rabougris.

Le col de l’Espigoulier (722m) a un panorama très dégagé sur Marseille et tous ses environs. Je regrette de si peu connaître la région. C’est plus amusant de reconnaître les lieux. Nous restons en altitude en continuant jusqu’au Plan-d’Aups-de-la-Sainte Baume : bourg perché d’où la vue est merveilleuse mais bien vide en ce moment. Nous passons sans nous arrêter devant l’Hostellerie De la Sainte Baume, la montagne est sacrée depuis les Gaulois, Marie-Magdeleine serait venue prier dans une grotte voisine. La montagne n’est pas sainte pour rien. La grande Hostellerie accueille des pèlerins.
La route vers Nans-les-Pins est une jolie route de montagne très étroite et sinueuse (cela ne se voyait pas sur la carte) je l’avais choisie pour éviter une descente trop rapide par Saint Zacharie ou Auriol. Nans les Pins a une belle place avec des platanes et des cafés , la circulation automobile est déviée vers les faubourgs et nous nous faisons un grand détour (qui est aussi l’itinéraire du GR) le long d’un ruisseau (l’Huvaune ?) pour arriver à Sainte Zacharie et Auriol.
Cassis et les calanques
CARNET PROVENÇAL

On traverse Roquevaire, Aubagne qui ont gardé leur caractère de grosse bourgades provençales avec leurs platanes leurs cafés, les restaurants de pizzas, les cultures maraîchères. La proximité de Marseille, le développement industriel, les nombreuses autoroutes qui sillonnent la vallée de l’Huvaune, n’ont pas complètement gâché leur caractère.

A Cassis on se trompe en suivant la route de Marseille par la Gineste au dessus des calanques. Le paysage est rocailleux, les arbustes ras. Juste au niveau de Carpiane, nous trouvons un parking avec des pins, un petit muret pour déjeuner. Vue sur un grand mas carré entouré de prés piquetés d’amandiers en fleurs. A l’horizon les crêtes calcaires se détachent. Pendant le pique-nique, nous remarquons une circulation intense vers les calanques. Une petite route monte, peut être découvrirons nous la mer ? La route est très étroite, des places sont prévues pour se croiser, facile quand il s’agit de deux petites voitures, plus compliqué avec les gros 4×4. Partout il y a des véhicules garés. Certains commencent la randonnée du bas, certains sortent les VTT. Il ya un grand parking sur la crête, ensuite il faut abandonner la voiture. Pour moi, c’est tout vu : une photo d’une falaise rouge qui descend sur la mer et retour en arrière. Je regarde avec envie les randonneurs, une autre fois, peut-être ? Quelle guigne !
A Cassis le centre est très embouteillé. Avec le beau temps, le dimanche après midi, l’affluence est grande. Et par-dessus le marché on tourne un film ! Nous avons de la chance, nous trouvons une place de parking juste quelques minutes avant le départ des bateaux de croisières pour les calanques. 19€ pour 5 calanques et 1h05 de croisières ou 16€ pour 45min. On choisit la plus longue. Je m’installe à l’avant, où on risque d’être trempé et les commentaires sont inaudibles. Je me prive de commentaires pour avoir le privilège de n’avoir personne devant moi et de contempler à loisir les falaises.
C’est une très belle promenade en mer. Près de Cassis un banc calcaire légèrement incliné fournit une sorte de plage surélevée où les gens sont nombreux en maillot de bain (en février) allongés à bronzer. Certains pêchent perchés sur des rochers. Dans une première calanque on voit les restes de carrières de calcaire, un petit port et l’arrivée du GR où les randonneurs se suivent à la queue-leu-leu. Les falaises deviennent de plus en plus hautes et inaccessibles. Comment ces pins aux formes torturées tiennent-ils sur la roche nue ? Le paysage est maintenant presque asiatique avec ces arbres biscornus, ces pics acérés. Parfois la falaise est trouée de fenêtres. Parfois elle est massive et on découvre des stalactites et des draperies. Je pense à la Baie d’Halong… et nous rentrons éblouies au port. Impossible d’envisager un café en terrasse tant la foule est dense.
Dans le Pays de Pagnol : Le Château de Ma Mère
CARNET PROVENÇAL
Matin radieux !
je m’installe sur la terrasse au soleil avec Le Château de ma Mère de Pagnol.
Les cent premières pages racontent la fin des vacances de Marcel à la campagne, et son amitié avec un petit paysan Lili qui l’initie au piégeage des oiseaux. Lili lui fait découvrir les secrets de la colline, les sources qu’on ne doit pas divulguer, les passages secrets, les migrations des oiseaux…Autour de moi, cette même colline, les mêmes arbres, je suis sur le site précis ! Bien sûr ce n’est pas la saison ! Mais le temps estival en février fait presque illusion. Pagnol a une connaissance précise des végétaux, des oiseaux, je me régale de tous ces détails. J’aimerais reconnaître ces cades, ces argeras que je ne connais pas. L’amitié des deux garçons est si entière, si naïve, si touchante.
Septembre s’achève, la rentrée des classes est un séisme. Marcel décide de rester dans la colline, de« devenir hermitte » mais le Grosibou – le Grand duc – qui crève les yeux, a raison sa résolution de vivre en Robinson Crusoé.
Au cours de l’année scolaire, la famille de Marcel retourne à la campagne, par les « châteaux » qui occasionnent le détour…Rencontres avec les gens simples, aussi avec les nobles honnis, compromis aussi.
J’ai moins ri que dans la Gloire de mon père mais je me suis attachée à ces souvenirs d’enfance, tendres qui se terminent par le décès de la mère, de Lili et même de Paul. Mais il ne faut le dire aux enfants…











