A l’entrée de Gümri, d’autres monuments de style soviétique : une colonne géante à section carrée très haute et très large porte l’étoile rouge. En face des statues à taille humaines : trois travailleurs peints en gris mais déjà atteints par l’érosion.
La traversée de Gümri tout au moins de ses quartiers périphériques, laisse une impression étrange. La chaussée est complètement défoncée. De nombreux immeubles sont en ruines ; Abandonnés après le séisme ? D’autres, dans le voisinage sont habités. Difficile de comprendre. Certains quartiers sont rasés. Des gens habitent dans des sortes de baraquements. Le séisme a eu lieu en 1988, il y a maintenant 25 ans et les plaies sont encore béantes. Nous avons déjà traversé une zone sinistrée par un séisme à Izmit (Turquie), un an après le tremblement de terre. Des immeubles étaient effondrés comme des châteaux de carte à côté d’autres intacts. A côté des ruines, on a construit de belles maisons de pierre aux façades finement ciselées et des bâtiments de verre.
Quittant le village, nous passons sous les « arcs de triomphe » du gaz, tuyaux jaunes faisant de hauts coudes à chaque intersection pour laisser passer les camions. Les compteurs individuels sont dans la rue et les petits tuyaux passent par les jardins. Repassant sur la même route qu’hier, nous découvrons entre Haghpat et Sanahine, perchée sur une butte, une forteresse. La vallée est occupée par les complexes industriels qui rouillent et se ruinent. La route franchit la rivère à Alaverdi ; Un téléphérique monte d’Alaverdi à Sanahine.
A Toumanian, la vallée est aussi encombrée d’usines en ruine ainsi que Vanadzor. Cette désindustrialisation spectaculaire est attristante. Que sont devenus les ouvriers ? Cette industrie lourde des années communistes était-elle viable ? Est-ce la fermeture des frontières, des approvisionnements, des marchés qui a causé cet effondrement ? J’ai oublié sur le moment le séisme de 1988.
la récolte des « asperges »
Après Vanadzor, la route M3 continue vers l’ouest. A droite, les montagnes sont très pelées, l’herbe, rase, pas un arbre, pas un buisson. A gauche, vers le sud, il y a des villages et des arbres en fleurs. La route évite Spitak par un tunnel moderne et bien éclairé. Nous entrons dans la Province de Shirak. Nous traversons alors une plaine où l’herbe est très verte et constellée de fleurs blanches. Deux femmes courbées déterrent avec un grand couteau des plantes. Ce sont des tiges très blanches puisque enterrées qui portent des feuilles dentées, épaisses brillantes. Elles sont très gentilles, acceptent de se faire photographier : la plus jeune enlève le foulard et libère une belle chevelure brune et brillante. Difficultés pour communiquer. J’appelle Jack avec notre téléphone arménien, passe l’appareil à une des femmes afin qui’il nous donne le nom de la plante énigmatique. Il traduit spontanément « asperge », « non ! les asperges, nous les connaissons ! » Il fera une recherche plus poussée sur Internet et rappelle : c’est une plante endémique qui ne pousse que dans certaines régions d’Arménie .
Qui connait ces herbes?
Nous passons un col à 2000m où se trouvent encore des névés. Un peu plus loin se trouve une série de monuments (tout en arménien, incompréhensible) deux colonnes, une fontaine et une stèle de basalte gris. Plus loin, un aigle sur un grand monument rouge.
La lumière très belle du matin nous invite à retourner au monastère d’Haghpat. Nous découvrons la grande fontaine (1256) toujours en fonction. Il y a même un miroir pour y faire un brin de toilette. Le fronton triangulaire est soutenu par des colonnes trapues aux chapiteaux carrés formant de belles arcades.
On entre d’abord dans le Gavit avec ses 4 très grosses colonnes. L’église Saint Néchan (Saint Signe) fut bâtie de 976 à 991 par les frères Sembat et Gurgen, fils de la reine Khosrovanouch. Le dôme fut l’œuvre de l’architecte Tiridate d’Ani qui avait réparé celui de Sainte Sophie de Constantinople. Un balcon spécial est réservé à la famille Kiourykian. Ce matin, la lumière est superbe pour admirer les fresques du 13ème : un Christ Pantocrator qui ressemble à celui des églises byzantines, domine dans la coupole au dessus du chœur. Dans les autres fresques on devine une Cène.
A côté de la grande, la petite église Sourb Astvatsatine est très mignonne.
Le Khatchkar où figure le Christ en croix est tout à fait exceptionnel. De plus il est coloré au rouge de cochenille. Cette cochenille aurait été très recherchée dans les cours égyptiennes à Constantinople et en Europe.
Dans la bibliothèque, les jarres enterrées m’avaient intriguée. Les panneaux officiels donnent une autre explication : dans ces jarres étaient entreposés du vin et des produits laitiers. L’atmosphère humide était favorable à la conservation des manuscrits et de la nourriture ; A chaque invasion, les moines cachaient les manuscrits précieux dans des cavernes. Au 13ème siècle les Mongols torturèrent les frères pour connaître les cachettes. Mais les moines ne donnèrent pas les « perles aux cochons ».
Dans le Gavit d’Hamzasp (1257) se réunissait l’assemblée des moines. Deux puits de lumière (erdik) éclairaient le refectoire. Le sol du Gavit est pavé de pierres tombales qui littéralement mettaient les puissants de la famille Kourikyan à nos pieds.
coucher de soleil sur Alaverdi , vue de chez Gayané à Haghapat
Le Monastère d’Haghpat est le jumeau de celui de Sanahine. Même époque, même basalte gris, mêmes commanditaires : la reine Khosrovanouche et les princes Kyourikian- Kyourike et Sembat- représentés tenant la maquette de l’église.
les princes Sembat et Kiouryke
Des nuages ont envahi le ciel. Le basalte se confond avec eux sur fond gris ; les photos seront ratées. Nous reviendrons les faire avec le soleil matinal. Nous ne faisons qu’un parcours rapide et superficiel sans ouvrir le Kaplanian. Néanmoins je découvre des merveilles : les fresques de l’église Saint Signe et les jarres enfouies dans la bibliothèque. Sur le coup j’imagine qu’on y a rangé des livres et des manuscrits. Mais c’est peu pratique, comment les récupérer ensuite ? Kaplanian suggère qu’on y aurait mis des braises pour chauffer. Hypothèse encore plus hasardeuse. Pourquoi tant de jarres ? Devait-on zigzaguer entre les trous ? Y avait-il un plancher ? sans parler du risque d’incendie.
Sophik, prévenue par Jack, rencontrée à la buvette nous conduit à notre gîte « chez Gayané » bien signalé comme hôtel dans tout le village. Une grande maison crépie et quatre petites en pierre claire, encadrent le jardin. Des tables de bois sot protégées par des auvents. C’est là que nous dînerons. Notre chambre est simple mais avec tout le nécessaire (TV-satellite) climatisation inutile au mois de mai, une salle d’eau avec eau froide et eau chaude. En été la piscine doit être très agréable.
Trois femmes font la cuisine dans une pièce ouverte sur l’extérieur. Je pensais me joindre à elles puisqu’un cours de cuisine est au programme de la soirée. Elles ne l’entendent pas ainsi et m’invitent à boire un verre dans le jardin. J’ai tout de même l’occasion de les voir hacher les orties pour la soupe à mains nues. Je demande à l’une d’elles si cela pique. Elle me tape le bras avec une poignée d’orties. Oui ! Elles sont bien urticantes comme les nôtres ! Le bœuf mijote pour le dîner. Problème de communication : elles sont bien trop occupées pour essayer les gestes et les dessins.
Le dîner est servi à 19h30(après il ferait nuit et trop froid). Sur la table deux salades : une verte et concombre malossol accompagné d’une herbe dans la saumure, fenouil peut être. La soupe aux orties est servi avec de l’œuf battu et des pommes de terre. La viande est servie sans sauce juste avec les pommes de terre. Viande et patates sont fondantes imprégnée de paprika et parsemées de coriandre hachée très parfumé. Tisane mais pas de dessert !
Le monastère de Sanahine se trouve sur l’autre rive de la rivière que l’on traverse à Alaverdi dont Sanahine est une banlieue perchée. Barres roses, paraboles à tous les étages, larges rues vides aujourd’hui dimanche. Le monastère est situé en hauteur. Je grimpe un escalier où les marchandes de souvenirs et de chaussettes ont étalé leurs marchandises (il y en a de magnifiques et je regrette mon achat de Noradouz).
Un rideau de grands tilleuls cache l’ensemble monastique. Je suis étonnée par els proportions énormes par rapport aux petites églises arméniennes dont nous avons l’habitude. Le campanile carré (1211) est aussi inédit. Il est surmonté d’un tambour couvert et d’un toit pointu en parapluie couvert de tuiles. Une grande croix rouge en pierre sculptée, de petites fenêtres carrées ou à ogive, ou arc roman décorent la façade de la tour carrée ; Le porche est gardé par deux oiseaux : faucons ou colombes ? la tête est cassée, je ne le saurai jamais. Je suis étonnée de la taille du Gavit (narthex) soutenu par des colonnes trapues très ornées toutes différentes formant trois travées.
Sms : Dominique m’appelle. Une roue à plat ! Le chauffeur d’autres touristes l’a remarqué. Diagnostic: la valve s’est coincée dans l’enjoliveur. Ce n’est pas grave. Pas besoin de mettre la roue de secours. On cherche un garage « MOIKA », écrit en cyrillique, ouvert le dimanche. Pas de problème : il y en a un à la sortie de Sanahine dans le tournant de la route d’Alaverdi. Le mécano est sympa. A peine un quart d’heure, il demande 1000dram (2€) on lui en laisse 2000 comme l’a suggéré Jack au téléphone.
Je remonte visiter le grand Gavit, la bibliothèque et les niches où s’asseyaient les étudiants écoutant le discours du maître dans la galerie. Enfin, derrière la petite église Saint Grégoire portant une rosace en entrelacs sur le porche.
le mig de Mikoyan
Il est trop tard pour visiter le Musée Mikoyan, fermé. J’ai juste l’occasion de photographier le Mig exposé et la sculpture. J’aurais pourtant bien aimé en apprendre un peu plus sur ces deux Mikoyan natifs de Sanahine : le politicien dont je me souviens vaguement, et l’ingénieur qui a donné son nom aux avions de chasse russes.
On reste sur la même rive de la Debed en dominant la vallée et Alaverdi au dessus de complexes industriels monstrueux. La montagne est éventrée. En face, s’échappe d’une cheminée au sommet de la montagne, un panache blanc. Exploitation du cuivre ? Mine ? fonderie ? Ce nuage semble provenir des entrailles de la terre. Inconsciemment je l’associe aux volcans dont les coulées sont bien sûr refroidies depuis très longtemps. Dépassant les zones industrielles nous remontons sur le plateau pour le village d’Haghpat qui s’étage tranquillement à flanc de coteau .
Merci avant toute chose à Claudialucia d’avoir proposé les Fiancés comme lecture commune! C’est une vraie découverte que je n’aurais pas faite seule.
La première surprise fut d’ouvrir le paquet : un gros pavé de plus de 850 pages. Un gros livre peut être promesse d’un plaisir prolongé de lecture mais aussi un long pensum. j’ai vite sauté la préface très savante, et très ennuyeuse pour qui ne connait ni l’auteur ni l’ouvrage. On aurait mieux fait de la mettre en postface. j’y suis retournée.
Cela commence comme du Stendhal dans les Nouvelles Italiennes, un manuscrit ancien… puis une belle description des sommets au dessus du Lac de Côme…puis arrivent les Braves, séides des seigneurs, cap et épée, sicaires… nous quittons Stendhal pour Dumas. Don Rodrigue, tyranneau local, neveu d’un Grand de Milan, a parié avec un de ses cousins qu’il séduirait Lucia, la petite fiancée. Manzoni bataille contre les abus de pouvoir de la noblesse. Un peu plus loin, c’est Diderot et la Religieuse qui a inspiré l’auteur.Chaque épisode introduit un nouveau personnage. Et ces personnages ne sont jamais secondaires, ce sont les véritables héros d’une grosse histoire qui fait oublier les Fiancés Renzo et Lucia, que l’on perd de vue pour les retrouver dans de nouvelles aventures. Si le pouvoir civil est espagnol, le clergé, moines capucins, curés, évêques, cardinaux (et même un quasi-saint Frédéric Borromée) jouent un rôle prépondérant dans la vie du Milanais. On assiste à un presque miracle : la conversion d’un bandit l’Innommé…
L’action se déroule dans le Milanais en 1628. L’Espagne règne sur Milan. Les mauvaises récoltes ont causé la disette puis des émeutes du pain. Casale est assiégée, en France Richelieu fait le siège de la Rochelle, la guerre de succession de Mantoue va voir les troupes étrangères se déverser sur la Lombardie et apporter désolation, pillages et dans leur sillage, la peste. Je lis Les Fiancés comme un roman historique. Manzoni s’est documenté pour raconter les évènements. Il cite ses sources. Les notes (malencontreusement situées à la fin du livre, j’aurais préféré en bas de page) confirment l’authenticité des faits et des personnes. Et surtout Manzoni se livre à une véritable analyse économique quand il explique les effets négatifs de la fixation d’un prix trop bas au pain. C’est un véritable cours d’économie.
Quand il raconte l’épidémie de peste, l’auteur ne nous épargne aucun détail. Il faut se souvenir que la contagion de la peste n’a été découverte que beaucoup plus tard, en 1894, et pourtant il a des intuitions géniales. Il montre l’incurie des services de santé qui nient la réalité de l’épidémie, la laissant s’étendre au lieu de la contenir, les atermoiements, les mesures prises alors, la lâcheté de certains, le courage d’autres, aussi les raisonnements oiseux de Ferrante, l’érudit dans sa tour d’ivoire, qui préfère interpréter la catastrophe par les conjonctions de Jupiter et des planètes, ou par des sophismes, et négligeant de se protéger, contracte la fatale maladie.
D’autres lectures du gros livre sont possibles, une lecture catholique, dont je suis éloignée…. en V.O. il serait intéressant de suivre l’Italien au moment où le Toscan devient l’Italien alors que l’Italie s’unifie. Lecture sociale : lutte des petits contre la tyrannie des nobles, Manzoni écrit peu de temps après le passage de Napoléon en Italie, popularisant les thèses de la Révolution….Il est remarquable que les héros ne soient pas des princes et princesses mais un ouvrier, fileur de soie, et une petite paysanne. Là, cependant, j’ai été un peu frustrée : autant l’auteur s’est appliqué pour raconter le quotidien des moniales, des capucins, du curé de campagne, ou celui des seigneurs-bandits, autant il aurait pu nous montrer les ouvriers du textile au travail. Le livre aurait été encore gros!
Véritable découverte!
Avant, l’association Romantisme et Italie était univoque : Verdi maintenant je penserai à Manzoni!
Nous avons rendez-vous avec un apiculteur du village pour une dégustation de miel et de tisane. Jack au téléphone nous a dit : « cherchez une porte verte, on vous fera signe ! ».
La table est dressée sous l’abricotier. Les enfants apportent une belle nappe et de la vaisselle fine de porcelaine. Dans une coupelle : des fruits confits que je ne reconnais pas, boules violettes de la taille d’une petite prune. Je suis surprise de la consistance très ferme. Je découpe le fruit en deux hémisphères et découvre un motif compliqué qui ne m’avance guère ; La dame a une idée : elle appelle Jack au téléphone pour la traduction. Ce sont des noix ! J’identifie alors les cerneaux. La coquille n’est pas encore durcie : sans doute de très jeunes noix. Conquises, on achète un pot à la dame. Elle a apporté du beurre râpé (sans doute congelé) du pain frais pour la dégustation de miel. La tisane est de la menthe.
Plus qu’une dégustation (rien de commercial) c’est une rencontre. Le monsieur parle Russe – mais pas nous – il a quelques rudiments d’allemand appris pendant son service militaire en DDR de 1977 à 1979. J’essaie de lui expliquer que nous sommes professeurs. Le mot allemand lui est inconnu. Je dessine une classe, le tableau… sans succès. En revanche, quand je prononce le mot « professeur» tout s’éclaire. On communique avec des dessins sur mon cahier, des chiffres. Le monsieur voit très mal. Les produits chimiques de pulvérisation (la dame sort l’engin) l’ont blessé aux yeux. La visite se termine par un tour de jardin. On regarde de loin les ruches. Ici aussi le muguet fleurit pour le 1er mai. J’essaie de lui expliquer la tradition française du muguet du 1er mai. Il nous en offre de petits bouquets.
Départ tardif. Les employés de Paradise Hotel n’arrivent qu’à 9h et le petit déjeuner est servi à 9h15. Un énorme 4×4 nous bloque dans le parking. Le chauffeur arrive, sans se presser, colosse russe à la mesure de sa machine.
La route M8 suit un vallon boisé. Nous retrouvons les écriteaux de la route de la Soie. Dans la région de Lori, nous traversons des alpages, prairies où vaches et chevaux paissent en liberté, non loin il reste quelques névés.
Vanadzor est une grande ville, la 3ème d’Arménie. Tours et barres roses sont bien rouillées. Les bus roulent avec des grandes bouteilles de gaz comprimé sur le toit.
La route M6 de Vanadzor à Tumanian est enserrée dans une vallée très étroite entre la rivière tumultueuse Pambak et la voie ferrée qui court sur d’impressionnants ponts ferroviaires repeints en rouge. Quelques cafés, deux hôtels, pas un village. Le revêtement de la route est crevé de nids de poules. La route tortille. On n’avance pas bien que les distances soient courtes. J’ai hâte d’arriver quelque part. Depuis Vanadzor affleure du granite plus ou moins altéré. Une énorme coulée de basalte, juste avant Toumanyan modèle le paysage. La route la franchit par trois tunnels. Les prismes se superposent. Plusieurs coulées s’empilent- volcanisme spectaculaire !
Odzun
La rivière Debed a creusé une vallée très étroite entre des versants à pic. Les villages sont construits sur le plateau. La route « serpentine » (selon Jack) monte en lacets serrés au village d’Odzun.
Odzun église
Nous trouvons une église très ancienne (580) très grande massive, avec une grande coupole. Nous avons peu le loisir de l’admirer : en restauration, elle est entourée d’un échafaudage métallique. Les tailleurs de pierre découpent des dalles à la scie circulaire dans une poussière et un bruit désagréable. Nous parcourons d’un regard distrait les anges du décor et les ornements végétaux de feuille de vigne et de grappe de raisin autour du porche. Des fleurs bleues poussent sur ls murs de la galerie extérieure à arcade le long de la nef.
la stèle d’Odzun
Un monument énigmatique : la stèle d’Odzun (7ème siècle) est posée sur un piédestal de six marches très hautes. La stèle rectangulaire est percée de deux fenêtres allongées où sont suspendues deux colonnes de roche verte au grain très fin gravées. Selon nos guides y figurerait la conversion de Tiridate. Je n’ai pas reconnu le roi avec sa tête de sanglier comme sur la miniature du Matanadaran.
16h30. Nous avons écrit des cartes postales et demandé au GPS de nous conduire à la Poste. Nous traversons la ville suivant la rue Mianikyan où se trouve le Musée, la Mairie, un amphithéâtre avec gradins et colonnes. Nous allons enfin connaître le cœur de Dilijan ! Nous photographions quelques vieilles maisons de bois aux balcons travaillées qui ont un air russe. La Poste ferme à 18h, elle est éclairée mais il n’y a ni postier, ni postière, ni explication. Les gens autour sont incapables de dire pourquoi.
Nous avons vite traversé la ville ; Au retour j’avise des boutiques ouvertes. Je vais peut être trouver le costume de bain qui me permettrait de profiter de la belle piscine de l’Hôtel Paradise. Dans le premier magasin de vêtements je crois entrer dans un Musée de la mode des années 60. Dans le second, pareil avec d’autres objets anciens. Idem dans le 3ème. Je finis par comprendre que ce sont des articles d’occasion. On ne revend pas d’occasion son maillot de bain. Mais où sont donc les boutiques qui vendent des articles neufs ?
les curistes de Dilijan
Il semble que Dilijan soit endormie . Est-ce parce que début mai, nous sommes hors-saison ?La saison s’est elle arrêtée en 1991 ? Tout est vide et passablement rouillé. Pourtant il y a plusieurs banques, des restaurants. Sur le plan de la ville figurent des hôtels étoilés et des galeries d’art.
Sur ces interrogations nous rentrons profiter du luxe de notre grande chambre, de la télévision qui diffuse TV5. S’amuser avec la douche qui a ses petits jets latéraux.
Dîner-buffet. L’assistance est plus nombreuse qu’hier soir. La musique moins pompeuse, Bee Gees, el condor pasa, whiter shade of pale…On se sert de diverses salades. Choux-carottes est fameuse ! Boulettes avec sauce à la crème, champignons farcis, riz et lentille…c’est moins sophistiqué mais plus animé.
Le GPS reconnait Goshavank : 6.3km sur « Monsieur 4» comme s’obstine à énoncer la voix synthétique féminine. Tournez à droite sur la route sans nom qui monte sous de beaux piliers de grès.
J’en profite pour une promenade matinale sur le bord du ruisseau. Le village de Goshavank est très petit. Un parking pour les visiteurs est occupé par les marchandes d’herbes et de souvenirs et un B&B.
Le monastère, fondé en 1188 prit le nom de son fondateur à la mort de celui-ci. Mekhitar Gosh (1130-1213) fut un chroniqueur, un fabuliste. Les explications des panneaux sont très précises mais il n’est pas facile de se repérer sur les plans Car deux églises s’appellent Grégoire : Grégoire l’Illuminateur et saint Grégoire. Il y a en plus une église dédiée à la virge et une Bibliothèque construite sur deux étages qui fut détruite par un incendie au cours de l’invasion des Mongols au 13èmer siècle. On prétend que les traces noires de l’incendie sont encore visibles (plutôt la suie des cierges !).
Selon le Petit Futé :
– « Juriste, Mkhitar Gosh a rendu hommage aux textes de loi des trois confessions (chrétienne, juive et musulmane) ainsi qu’aux textes bouddhistes en réservant des niches dans les murs de l’église principale. Il s’agissait en même temps de protéger le lieu des razzias musulmanes »
Cherchant les niches, je découvre des nids d’hirondelles un peu partout dans les coupoles. Les murs sont gravés de textes arméniens indéchiffrables pour nous mais hommage appuyés à l’écriture arménienne ? On admire la variété du décor, dentelle de pierre autour du porche de Saint Grégoire, colonnes torsadées, motifs à chevrons, à diamants, stalactites, étoiles de David, entrelacs végétaux…
En face, sur la colline, un clocheton : l’église saint George et le tombeau de Gosh. J’y monte pour faire la photo de Goshavank.
Aghavnarank
Aghavnarank n’est pas à notre programme. Nous le découvrons sur le plan de Dilijan offert par l’hôtel. Le village est tout près de la route. Après il faut abandonner la voiture et poursuivre à pied. « Niet machine ! » un jeune homme nous parle en russe comme si on comprenait, je comprends que le monastère est à 1km. Je pars donc sans mon sac, sans eau, sans téléphone et remonte la rue qui traverse le village. Les maisons sont construites dans de beaux jardins. Partout la literie, couettes et oreillers prennent le soleil sur les barrières de bois ou aux fenêtres. Une Lada bleue me dépasse. Elle ne craint pas les grosses pierres et se gare au bout du village. Je demande si je suis bien sur le chemin du monastère dans mon russe simplifié « manastir davaï ! »Quelques centaines de mètres plus loin, la route est barrée. La barrière est cadenassée « RESERVE DE DILIJAN ». il faut un permis pour entrer. Je rebrousse chemin et retrouve le monsieur de la Lada avec son épouse., étonnés que je sois déjà de retour. La dame – en chaussons – me fait signe de la suivre. Elle me parle en arménien, si on contourne le grillage il ne m’arrivera rien. On passe donc par des broussailles piquantes et des orties. Il y a un passage dans le grillage. Au retour il suffit de se glisser entre les barreaux. Ainsi accompagnée, je me dois d’aller au bout. La Réserve est un arboretum. Les arbres sont étiquetés en latin. Je reconnais Taxus baccata, l’if, le hêtre… Des flèches rouges balisent le chemin. Je dois grimper une bonne demi-heure passer deux fois le ruisseau sur des passerelles de planches (impossible de passer à gué). Enfin, les ruines apparaissent. Il ne reste qu’une tour, la coupole a été décapitée. Les explications en français sont illisibles. Je redescends d’un bon pas. Pas trop vite pour ne pas butter contre une pierre (je ne peux pas me permettre le luxe de me blesser dans cette réserve ou je suis sans permis et sans téléphone). Une bonne heure plus tard, je suis de retour. Ce n’était pas 1kilomètre mais 1 heure qu’il fallait comprendre !
La télécommande ne veut plus ouvrir la Kia. Qu’importe puisque nous avons la clé ! Nous n’avions pas prévu qu’elle déclencherait l’alarme. Nous traversons le village toutes sirènes hurlantes. Notre passage à Aghavnarank ne sera pas passé inaperçu !
Monastère d’Haghartsin
Le monastère d’Hagharstin n’est pas du tout au village du même nom situé sur la route mais à 7km dans la montagne. Facile puisque le GPS le connait ! La forêt est très équipée en coin pique-nique. Tout le long de la route, des auvents avec tables et bancs certains rustiques en bois d’autres en élégant fer forgé, barbecue pour les brochettes, sont occupés par des familles ou des pêcheurs. Ici aussi les vaches vont et viennent librement et s’invitent au déjeuner. Œufs durs (du buffet de l’hôtel) et fruits secs en plaques fines qui ressemblent à du cuir, achetés à Gueghart. A 15 heures nous arrivons au monastère. Trois grands cars nous ont précédées. Les visiteurs sont arméniens et russes.
Ce qui m’étonne tout d’abord, c’est que le monastère est blanc. Ensuite, ses dimensions sont hors de proportions des petites églises que nous avons visitées. Enfin, il paraît tout neuf. Des tailleurs de pierre terminent le pavement en dalles blanches de comblanchien qui prendront peut être une patine beige avec le temps. De nombreuses constructions ont été rénovées avec un tuf plus clair que la pierre d’origine. Colonnes et arcs ont été remontés. Il faut être attentif pour retrouver les fragments d’origine. Les toits de tuiles rouges sur le réfectoire choquent un peu. Non loin de là on a construit un grand bâtiment tout neuf.
Ici, aucune explication. Les panneaux multilingues « sous le contrôle de l’épiscopat d’Etchmiadzine » n’ont pas cours ici.
Je prends le Kaplanian et bizarrement je ne reconnais pas grand-chose. Où est le linteau représentant la Vierge ? Pourquoi rien sur les inscriptions qui occupent toute la surface du porche du Gavit de l’église Saint Grégoire ?
La modernité du réfectoire détonne. On l’a meublé de tables rondes. Troncs et branches de bois brut ont été découpés, des bûches servent de sièges.