Swades, nous le peuple – film d’Agutosh Gowariker (DVD)

SAISON INDIENNE- LECTURES ET CINÉMA

Avant de partir à l’aventure il faut savoir que le temps de Bollywood n’est pas tout à fait le nôtre : plus de trois heures avec de nombreux passages chantés et dansés, les danses aux chorégraphies minutieuses s’étirant parfois hors du décor où se déroule l’action. Il faut s’y faire, les conventions de Bollywood exigent ces intermèdes, incongrus pour un regard occidental.

 

Le jeu théâtral du jeune premier, les minauderies de la jeune fille sont également convenus. Ils me rappellent un peu le cinéma égyptien dont j’ai pu suivre l’action sans comprendre l’arabe.

mohan

Tous ces préambules ne sont pas désagréables : ils augmentent l’impression d’exotisme et le dépaysement. Sortant de la lecture de la biographie de Gandhi, je vois enfin comment on revêt le dhoti! Les allusions au Ramayâna très claires pour les Indiens, sont un peu floue pour moi. heureusement sur la Toile je viens de trouver un article les expliquant : Ici. Et j’ai pu visionner à nouveau les scènes où Gita, l’héroïne appelle Ram et rencontre Ravanna. Les fresques khmères de la pagode d’argent de Phnom Penh me sont revenues en mémoire!

Au delà de la romance et du folklore Swades est aussi un film affirmant le droit des femmes : Gita, l’institutrice, refuse le mari qu’on lui a choisi parce qu’il ne la laissera pas travailler, elle refuse également de suivre Mohan qu’elle aime en Amérique pour rester à l’école du village.

Swades dénonce aussi le système des castes, l’utilisation du prétexte de la culture et de la tradition pour justifier l’immobilisme politique des notables. Mohan, le jeune ingénieur, brahmane va vers les intouchables.

C’est enfin un hommage au cinéma. La séquence que j’ai préférée est la séance de cinéma en plein  air. Tout y est ! la réunion de tout le village, l’impatience de chacun pour voir un classique du cinéma mais aussi cet écran de drap blanc qui sépare en deux le public, les castes supérieures voyant le film « à l’endroit » tandis que les intouchables doivent se contenter de « l’envers de l’écran », la panne d’électricité réunissant tout le monde quand l’ingénieur de la Nasa montre à tous les étoiles dans une séquence dansée et chantée.

 

 

 

 

 

 

Le Dieu des Petits Riens – arundhati Roy

LIRE POUR L’INDE

Ayemenem, Kérala, dans les années 60 ou 70, deux jumeaux Estha et Rahel, 7ans assistent aux funérailles de Sophie Mol, 9 ans. Le roman s’ouvre sur ce drame et près de 400pages plus tard, le lecteur pourra enfin comprendre ce qui s’est passé.

Entre temps, l’auteur distille les indices, souvent minuscules, que le lecteur devra collectionner et la tragédie se construira comme un puzzle. Roman-puzzle. Roman impressionniste. Roman pointilliste. Par touches précises ces petits riens(?), l’atmosphère de moiteur, d’humidité, de chaleur envahit le roman. On croit sentir le parfum des mangues, des bananes, des confitures et des pickles des Conserves et Condiments Paradise, l’usine familiale. On voit voler les guêpes jaunes, les papillons blancs, les mouches et les entonnoirs de moucherons qui entourent les personnages. Étonnante précision de tous ces éléments si triviaux et si quotidiens qui nous transportent en Inde.

L’auteur a choisi d’égarer le lecteurs par des retours en arrières, flash back non datés encore que? Un chapitre raconte que la famille va voir la Mélodie du bonheur sorti en 1965, Estha porte une banane comme Elvis Presley Sophie Mol des pantalons pattes d’éléphant….A quelle époque les Naxalistes furent ils actifs au Kérala?

On se perd aussi dans les relation de parenté de la famille et les sauts dans le temps ne sont pas là pour nous aider. Cette saga familiale relate une série d’amours avortés, de couples brisés, quand Ammu, la mère des jumeaux a-t-elle disparu de la maison? Pourquoi cette mère si aimante qui aime pour deux ses jumeaux élevés sans leur père, pourquoi se sépare-t-elle de son fils en le « renvoyant-à- l’envoyeur » (son père) à l’autre bout du sous-continent? pourquoi les deux jumeaux, si proches, ont-ils perdu tout contact?  Aucune explication cohérente n’est offerte directement.

Il faut se contenter de tableaux, d’épisodes décousus et accepter de s’égarer, de prendre son temps pour renifler les odeurs, goûter les plats, faire des siestes prolongées. Essayer de comprendre comment Touchables et Intouchables cohabitent, voir les politiciens et les syndicalistes manifester ou organiser des luttes sociales, voir arriver les touristes…assister à une nuit de danse kathakali.

Qui est donc ce Dieu des Petits Riens , le Dieu du deuil, qui a donné son nom au titre? la famille des jumeaux est chrétienne, ce dieu n’est sans doute pas Karna, du spectacle kathakali, et si c’était Velutha l’Intouchable, à qui rêve Ammu, qu’aiment les enfants?  souvent l’expression revient dans le récit sans éclairer le lecteur. C’est une vraie manie, chez moi, je veux comprendre pourquoi un auteur a choisi le titre. Il me semble qu’en comprenant le titre je saisirai le sens du livre.

Livre de l’ambiguïté: ambigüité de Chacko, le patron marxiste, le lettré qui a étudié à Oxford mais qui met en bocaux des pickles, le libineux des Besoins Masculins qui est fidèle à la seule femme de sa vie. Ambiguïté des rapports sociaux. Le Kerala est communiste mais les naxalistes vont bouleverser l’orthodoxie. Communistes et chrétiens, mais acceptant le système des castes des hindous.

Livre d’amour aussi. Amours contrariées. Recherche de l’amour de leur mère pour les jumeaux, anxiété terrible à l’idée de le perdre.

Trois cent pages, je me suis laissée porter par le récit sans hâte. Vers la fin, la tragédie s’est précisée. Véritable tragédie. Vrai roman d’amour.

J’ai aussi découvert un auteur : Arundhati Roy n’est pas seulement une écrivaine . C’est aussi une activiste. Plusieurs articles du Courrier International témoignent de ses prises de position. A suivre!

 

 

Gandhi ou l’éveil des humiliés – Jacques Attali

SAISON INDIENNE- LECTURES ET CINÉMA

Aux vacances de Février, nous partirons pour Delhi! J’ai déjà les billets et le circuit. L’Inde est un sous-continent, un monde inconnu à explorer.

C’est à Angkor devant les bas-reliefs hindouistes qu’est venu le désir de ce voyage.

Mais comment aborder l’Inde d’aujourd’hui?

Gandhi est apparu comme une évidence : presque  un siècle de l’histoire de l’Inde.  La décolonisation s’est déroulée de façon exceptionnelle : la non-violence à travers la guerre des Boers et deux guerres mondiales. Le personnage de Gandhi est inséparable de la philosophie indienne, de sa culture. Dans le déchaînement de terrorisme et de violences cette démarche non violente est singulière.

Le gros pavé de Jacques Attali est très bien documenté : 190 titres figurent dans la bibliographie. L’auteur a le soin de replacer chaque événement dans son contexte géopolitique éclairant un fait local par une découverte, une œuvre, une référence occidentale. Ce parti pris alourdit parfois le récit mais il donne toujours une perspective  intéressante. C’est donc un  livre d’histoire que cette biographie. Histoire de l’Inde mais pas que. Histoire de l’Empire britannique, puisque la vie de Gandhi s’est déroulée au Gujarat où il est né, à Londres où il a étudié, en Afrique du sud où il a mené ses premières luttes. Les interlocuteurs de Gandhi furent le général Smuts mais aussi Winston Churchill et Mountbatten… En parallèle Attali fait voir la décolonisation d’une autre partie de l’Empire britannique au Moyen Orient et compare la situation de la Palestine avec la partition Inde/Pakistan.

Leçon d’histoire, mais aussi de philosophie. S’appuyant sur la tradition hindouiste et végétarienne, il lit  Tagore, Thoreau, Tolstoï et correspond avec Romain Rolland.  Il a construit sa démarche non-violente avec la certitude que la fin ne justifie pas les moyens. Le silence, le rouet et le dhoti seraient la réponse indienne à la colonisation, luttant ainsi contre l’influence occidentale, le commerce des textiles qui a ruiné l’artisanat indien et la consommation.Attachement à l’Inde dans son entièreté : opposé à ce divise les communautés  hindouiste, musulmane, ou sikhe tout en étant parfaitement religieux. Héritier de l’hindouisme des castes mais défenseur des Intouchables.

Attali évite de tomber dans l’hagiographie. On a alors comparé Gandhi à Jésus, le Mahatma fut révéré comme un saint de son vivant. Il n’hésite pas à soulever les sujets les plus discutables comme son ignorances des luttes des noirs en Afrique du sud, limitant sa lutte à sa communauté, sa visite à Mussolini et son attitude très ambiguë avec sa lettre à Hitler. Scabreuses aussi ces affirmations de chasteté alors qu’il dort avec de très jeunes filles!

La personnalité de Gandhi, sous tous ces aspects, est fascinante. Intelligence politique et même sens de la communication quand il brandit des symboles inattendus : le rouet ou la marche du sel. Charisme inimaginable quand ses jeûnes font plus que manifestations, violences ou bombes.

Cette lecture a été une rude initiation!

 

Au royaume d’Alexandre le Grand – La Macédoine antique au Louvre

Ne pas se laisser abuser par le titre racoleur! D’Alexandre, nous ne verrons que peu de choses.

En revanche c’est à une découverte de la Macédoine que cette très belle exposition nous convie.Des trouvailles très récentes, des tombes inviolées, sont présentées : des trésors d’or dans un état de fraîcheur extraordinaire. Des couronnes de lauriers mais aussi de chêne avec des glands, des parures et des masques d’or d’une finesse magnifique. Des tanagras peints avec les pigments d’origine, vaisselle funéraire et ornements…

Cette exposition me donne envie d’aller explorer les environs de Thessalonique :  Pella, lieu de naissance d’Alexandre et Aigia.

Pour finir on passe entre deux rangées de marbres antiques rappelant l’Incantanda de Thessalonique dans l’ancien quartier juif de Salonique

Incantandas Salonique

 

The Lady – Besson

TOILES NOMADES

Même si la critique est un peu tiède, même si le film est un peu trop mélo, avec des méchants trop grimaçants…. ce film est à voir!

Leçon d’histoire? Il manque peut être une analyse des forces politiques birmanes, mais qu’importe. Il est parfois suffisant qu’une figure se lève, symbolise la résistance, la force de la lutte non-violente (je viens de terminer la lecture de la biographie de Gandhi et Gandhi apparait en image subliminale ou presque) .Un film, même de plus de 2 heures ne peut rendre compte de 15 ans de luttes..

Très belle histoire d’amour. Bien que séparés, la Dame de Rangoon et son mari sont associés dans la lutte.

Performance d’une actrice Michelle Yeoh, qui est aussi à l’initiative de ce film.

Vol Air France-Roissy/Cotonou

  BÉNIN 2006 : BALLONS DICTIONNAIRES ET BÊTES SAUVAGES

Afrique rose


Hier, invasion des rails de la Gare du Nord par la manifestation anti-CPE. Je panique.

Roissy,9h45 ,l ’enregistrement ne commence qu’à 10h20. Nous sommes les premières, piaffant derrière le chariot. Bernique ! Il ne reste plus de place-hublot.Furieuses ! Oubliée la peur d’être bloquées par les manifestants! Formalités de sécurité très tatillonnes, dix fois, il faut montrer le passeport. Je négocie une nouvelle carte d’embarquement,22A et 22B, nous pourrons voir le paysage!

En vol

La caméra embarquée filme le paysage. Excitées comme des enfants, nous nous promettons d’essayer tous les divertissements. Déjeuner luxueux, menus imprimés : entrée, salade de pâtes, maïs, tomates avec un pavé de chèvre frais, puis poisson au cresson aux trois riz .

J’essaie de suivre le voyage, vexée de ne rien  reconnaître dans la mosaïque de bocage et de bois. Survol de montagnes encore enneigées, lesquelles? Nous arrivons au bord de la mer. La caméra embarquée n’est d’aucune aide. Sur la côte, des lagunes, on dirait Gruissan ! Mais peut être est ce l’Espagne ? Traversons-nous la Méditerranée ? Sommes-nous sur l’Atlantique ? A nouveau le rivage. J’hésite : Algérie ou Maroc ?

Beaucoup plus tard, le pilote viendra en personne nous détailler l’itinéraire : Paris –Perpignan- l’Algérie puis le Niger.

Le Sahara est rose, irréel, flou. Je n’ai jamais vu un environnement aussi rose. Sur le petit écran rose, parfois, des dunes. Plus tard, du rocher noirâtre émergent, des oueds à sec : des nombreuses ramifications forment des dendrites. Le manque de netteté m’étonne : nébulosité ou tempête de sable, peut être ? Le Niger, à la tombée de la nuit, dans une sorte de brouillard. L’Afrique se dérobe.

Au dernier moment : la frange blanche de la plage. Cotonou illuminée, des rues très encombrées..

Cotonou la nuit, chaleur africaine

La chaleur lourde s’abat sur nous. L’aéroport est sans charme particulier, sans bousculade ni impatience malgré la longueur du vol. Un officier de santé, vêtu de blanc, contrôle avec  beaucoup de conscience notre carnet de santé. La délivrance de bagages est laborieuse. Des caisses monstrueuses se présentent sur le tapis roulant. Les valises arrivent après, au compte-gouttes. Tout le monde est bien patient. Des porteurs se proposent, sans insister, les chariots sont gratuits. A la douane, seuls les Africains sont contrôlés.

Deux hommes brandissent un plateau de bois peint artistement de blanc, rouge, vert aux couleurs du Jardin Helvetia. L’un d’eux est le porteur, l’autre, le chauffeur. Le taxi jaune et vert est d’une marque indéterminée, son pare-brise fêlé. Toutes vitres baissées, la température est agréable. Au rond-point,  le chauffeur nous prévient qu’il va emprunter un « chemin de terre » qui longe la mer. Des piétons surgissent dans l’obscurité. Ils marchent tranquillement sans que rien ne les signale. Sur les bords de la piste, des cabanes de bois éclairées par une bougie ou, luxe, par une lampe à pétrole. On devine la misère dans le noir, sans la voir.

Lorsqu’on s’éloigne de l’aéroport, la mer se fait plus présente. Les cocotiers, les paillotes de plage et des restaurants illuminés évoquent des plaisirs balnéaires. Je n’arrive pas à distinguer les constructions de plage des paillotes habitées. Nulle part, lors de nos précédents voyages, nous n’avons vu un habitat si précaire. Les bidonvilles de Bangkok les maisons des Acas de Thaïlande étaient luxueux à côté de ces huttes de palmes. Le taxi fait de grandes embardées pour éviter les nids de poules. Après une dizaine de kilomètres, la cocoteraie devient plus belle, la mer plus proche. Le taxi fait demi-tour pour emprunter un chemin de traverse.

Cotonou : Installation au Jardin Helvetia

BÉNIN 2006 : BALLONS DICTIONNAIRES ET BÊTES SAUVAGES

Au Jardin Helvetia dans la cocoteraie, Thierry, le chauffeur

Heiner, le patron  de l’hôtel Au Jardin Helvetia, nous accueille. Suisse,cheveux blancs fournis, et barbe blanche, vêtu d’une chemisette africaine .

Nous posons nos affaires dans le bungalow sans nous installer et continuons la soirée au restaurant  sous une vaste paillote ronde, au toit très haut, très aérée fermée seulement sur un secteur par le bar. Les  tables sont habillées de nappes en batik vert.

La carte SIM avec notre numéro de téléphone béninois, nous attend. On va chercher le mobile au bungalow : la porte ne veut plus s’ouvrir. Et nos affaires sont enfermées à l’intérieur !

paillote restaurant au Jardin Helvetia

Nous faisons connaissance avec Moronikê, la très jolie et  jeune femme d’Heiner : visage rond aux traits très fins, dents blanches dans son rire si fréquent. Leur fille, métisse, coiffée à l’africaine, avec  des couettes dressées, a un visage clair délié. A six ans, elle parle français, fon, allemand et suisse allemand. Elle a un petit air malin mais très conscient de sa valeur.

La serveuse nous sert une salade de tomates et concombres. Est-ce prudent ? La présence des enfants nous rassure. C’est rafraîchissant. Nous ne faisons pas honneur au plat principal de poisson frit et haricots verts. On s’excuse :
le repas d’Air France était si copieux et si tardif… ».
Je termine avec bonheur de l’ananas frais « tendre, pas une pierre comme en Europe… ».

Heiner installe la puce dans son téléphone mobile et la recharge.
Plutôt que de réparer la serrure, on a transféré nos affaires dans un autre bungalow. Nous nous couchons presque à minuit, dans la fraîcheur du ventilo.

 

premières impressions du Bénin

 

Première nuit africaine

3 heures du matin, arrêt du ventilo et extinction de toutes les lumières.
L’électricité ne revient que vers 7 heures, fournie par un générateur qui fonctionne de 18 h à 24h, de 7 à 10 et vers midi. Exprès pour nous, ils ont laissé le courant plus longtemps cette nuit. Les générateurs supportent mal l’air marin saturé en humidité et en sel qui corrode tout ce qui est métallique. Ce qui explique aussi la mésaventure de la serrure. L’eau est également salée. On se lave les dents à l’eau minérale Potossomé.

Premier matin béninois au Jardin Helvetia

BÉNIN 2006 : BALLONS DICTIONNAIRES ET BÊTES SAUVAGES

les bungalows dujardin Helvetia

notre bungalow

Notre bungalow  au jardin Helvetia est très vaste, haut de plafond avec son toit à double pente doublé de bois. Le lit, couvert de batik brun est surmonté d’un baldaquin de mousseline posé sur deux fils tendus à travers la pièce : la moustiquaire. Le vent de la mer a chassé les insectes, elle est donc inutile cette nuit et sert de décoration.

intérieur du bungalow

Face au lit, une sorte de salon en bois exotique : le bois lourd est sculpté avec des motifs de lions aux accoudoirs mais aussi aux pieds, le dossier est à clair voie. La matière est belle, la sculpture très réussie.

Au dessus, un tableau naïf représente deux tambours mâle et femelle (attributs très explicites) joués par trois tambourineurs chacun armés de sorte de crosses. Plus loin, un village de cases rondes. Dans le ciel, un avion. Sous la fenêtre, un grande table rectangulaire recouverte d’un tissu à grands ramages avec un jeu d’awalé. En face, une armoire de bois contient notre « trésor », coffre-fort tout à fait indispensable puisque nous transportons tout l’argent du voyage en espèces.

En déballant nos sacs,  nous ne savons quels habits choisir. Y a –t- il des moustiques le matin ? Où avons-nous mis les passeports ?

Comment téléphoner ? Mon portable n’accepte pas la carte SIM. Il proteste, « insérer une carte Sim correcte« . Heiner propose de louer un appareil à un de ses employés africains.

la plage

il suffit de traverser la piste pour trouver la plage

Avant le petit déjeuner, nous avons traversé le jardin pour découvrir la plage, magnifique, bordée d’une rangée de très beaux parasols de paille surmontés d’un  pinacle rond, abritant des lits de bois. Le sable est très propre et la vague pas trop effrayante, ce matin. Une femme vêtue seulement d’un pagne long enroulé, les seins pendants, vient à notre rencontre. A l’aide d’un balai en palme de cocotier, elle a nettoyé la plage.

Conversation à bâtons rompus pendant le petit déjeuner

Le petit déjeuner est somptueux : un grand verre de jus de fruit frais, ananas-orange, une mangue découpée en hérisson, délicieuse, à point, fondante. Au choix:  müesli ou omelette. L’omelette aux fines herbes est parfumée, avec des morceaux de tomate.

Gruyère ou Brie complètent le menu ainsi que de la confiture confectionnée par des moines au nord du pays.

paillote restaurant

Heiner nous tient compagnie. Il a travaillé pour un institut de recherche sur la Cécité du Fleuve, maladie parasitaire véhiculée par de petites mouches qui pondent sur la peau des paysans. Des milliers de vers microscopiques s’attaquent au système nerveux, provoquant la cécité. Maladie de pauvres, peu rentable. Si jamais on développait un remède, les pauvres paysans n’auraient pas de quoi payer le médicament.

Expatrié au Bénin depuis 16 ans, il ne voit pas le développement du pays décoller, au contraire !

Il souligne les aberrations du système : on fait le café venir d’Europe, alors qu’il pousse ici. Les  expatriés préfèrent les confitures françaises,  puisque les produits locaux ne se vendent pas meilleur marché. La banque de l’aéroport est ouverte l’après midi quand il n’y a pas d’avion mais elle ferme à 20heures même si le vol d’Air France est retardé.

Pour tolérer la Malarone, on aimerait du lait : il faudra acheter Nestlé ou hollandais, condensé ou en poudre.

Heiner qui essaie de mener son affaire « à la suisse », est contrarié par l’indolence des béninois.

Expédition à Cotonou – La Route des Pêches

BÉNIN 2006 : BALLONS DICTIONNAIRES ET BÊTES SAUVAGES

zemidjans

Thierry, le chauffeur de taxi, vient à 9heures nous chercher avec son taxi jaune (Toyota Corolla) au JardinHelvetia. Moronikê nous accompagne jusqu’à l’entrée de la ville elle prendra un zemidjan (moto-taxi).

la route des Pêches

De jour, la piste paraît moins misérable : les cocotiers sont magnifiques. Sur la plage, une dizaine de pêcheurs tirent un filet. Ce sont eux qui vivent dans les huttes de palmes tressées. Des nattes tressées délimitent des enclos. Dans les cours, on voit les femmes ; du linge sèche. Tant qu’il y a des cocotiers et de la verdure, ces villages sont jolis, pittoresques. A l’approche de l’aéroport, des terrains vagues séparent les groupes de bicoques. Des hommes errent sans but apparent. L’un d’eux « cherche du papier pour se mettre à l‘aise » selon Thierry. Expression sybilline que je ne comprendrai que plus tard

maraîchers

A l’entrée de la ville : les lopins des maraîchers, parcelles de 5x3m environ, avec des plants de carottes, oignons, salades. Des hommes passent portant un arrosoir dans chaque main.

quartiers officiels

Sans transition, l’hôtel Sheraton en face du Siège de la Banque Mondiale, puis la Présidence – en chantier-  des bâtiments officiels, l’Ambassade de France.

Nous retrouvons ensuite des rues encombrées de mobylettes, les trottoirs occupés par de petits étals de fruits soigneusement empilés, des cabines téléphoniques dans une baraque de bois, des pièces de voitures à même le sol. Nous approchons du marché.
Supermarché de la Pointe
Supermarché (pour le lait).  Je vérifie les dire d’Heiner : conserves de pois chiches et de tomates venant de Provence, au rayon des vins fins,on peut trouver du Sauterne ou des grands Bourgogne.

Cartes postales à la Librairie Notre Dame où nous reviendrons pour les fournitures scolaires. En plus des manuels scolaires et universitaires, sur des tables, de la littérature africaine francophone. Mention spéciale pour Aimé Césaire, qui n’est pas africain mais qui semble très lu ici. Si nous restions plus longtemps, si nous étions plus riches, j’achèterais des piles de bouquins.
cathédrale et moquées


Nous passons sans nous arrêter devant la cathédrale carrelée de rouge et blanc. les rayures horizontales me font penser au style pisan, le carrelage aux azulejos portugais. L’ensemble est original sinon beau.

Des mosquées aux minarets neufs lui font concurrence. Les rues principales Clozel et Steinmetz sont noires de mobylettes, motos et pollution. La cause de cette pollution monstrueuse est clairement identifiée : c’est l’essence qui se vend dans des dames-jeannes, des bouteilles d’huile ou de pastis bouchées ou non. C’est de l’essence de contrebande venant du Nigéria très peu raffinée vendue 350 CFA alors qu’à la pompe c’est 450.