De Busseto à Parme: Fontanellato et Don Camillo

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Un coup d’oeil au superbe chateau de Fontanellato   Il vaut le détour!

De l’inattendu : Don Camillo s’invite dans le circuit!  Le village de Guareschi , l’inventeur de son personnage, Brescello et Roccabianca, le village d Don Camillo ne sont pas loin, Fernandel est à l’honneur.

fernandel.1303803013.jpg Déjà à Bologne il était  tête d’affiche d’une superbe exposition-photo sur les Prêtres au cinéma organisée dans le cadre des fêtes des 150 ans de l’Unité Italienne. Un détour sur Internet m’apprend qu’une polémique avait opposé Pasolini à Guareschi quand on avait voulu adjoindre à un de ses films un autre de Guaraschi, pour contrebalancer le point de vue de gauche de Pasolini par un film de droite

Aller à Canossa?

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L’expression aller à Canossa est connue:

« Aller à Canossa, c’est aller demander pardon à son ennemi, s’humilier, admettre la supériorité de son adversaire. »

Henri IV, Empereur du Saint Empire Romain-Germanique, au cours de la querelle des Investitures , le 28 janvier 1077, alla à la  rencontre du Pape Grégoire VII au château de Mathilde de Canossa. après trois jours de pénitence pendant lesquels le pape le fit attendre, l’empereur obtint la levée de l’excommunication.Mais les hostilités reprirent quelques temps plus tard.

Uri Avnery avait repris cette expression  à propos de la viste de Bibi Netanyahou à Obama.

Le château de Canossa est signalé sur la Via Emilia que nous avions empruntée de Parme à Bologne. Cette visite valait le détour!

Suivant le panneau, arrivées à Montechio Emilia, plus d’indication. Le pompiste interrogé nous dit:

-« C’est à Ciano d’Enza, en haut! »

Etonnement de notre part. L’Emilie est toute plate, pas la moindre colline autour de la via Emilia!

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Remontant la vallée d’Enza nous découvrons des collines pointues et ravinées comme dans les tableaux de la Renaissance. Le chateau de Canossa se trouve perché sur un éperon rocheux à 578m dans les contreforts des Appennins. A Ciano d’Enza un chemin des chateaux monte dans un paysage magnifique. Une colline est coiffée d’un château fort que nous coyons être Canossa, c’est celui de Rossena, sur la colline d’en face, une tour carrée…Orchidées, cytises et arbres de Judée éclairent une matinée bien brumeuse.

Du château de  Canossa, il ne reste qu’un pan de mur. on peut gravir les marches en imaginant au paysage en janvier, gel ou neige?

Le moine chroniqueur Lambert d’Hersfeld, adversaire convaincu d’Henri IV, écrit ceci dans ses Annales :

« Les montagnes élevées dont les cimes touchaient les nuages, et par lesquelles passaient le chemin, étaient couvertes de masses de neige et de glace tellement monstrueuses qu’aucun cavalier, aucun homme à pied ne pouvait faire un pas sans danger sur les pentes raides et glissantes… Le roi loua donc quelques personnes qui connaissaient le terrain, des gens du cru, familiers des sommets abrupts, pour marcher devant sa suite sur les rochers escarpés et les immenses névés, et faire tout ce qui était possible pour rendre cet horrible chemin plus facile à parcourir pour ceux qui les suivaient. Ceux-ci avançaient tantôt à quatre pattes, tantôt en s’agrippant aux épaules de leurs guides, parfois le pied de l’un deux dérapait sur le sol verglacé, il tombait en glissant sur une bonne partie de la pente. Cependant, la reine et sa cour furent assises sur des peaux de bœuf et traînées par les guides de montagne. Les chevaux ont pu être, pour une partie d’entre eux, descendus à l’aide de dispositifs spéciaux, tandis que d’autres étaient tirés par les pattes qu’on leur avait attachées. Mais parmi ceux-ci beaucoup succombèrent, beaucoup furent gravement blessés, quelques-uns seulement sortirent indemnes de ce péril »

d’après Wikipédia

Dans les veines ce fleuve d’argent – Dario Franceschini

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A la veille d’un voyage qui doit me conduire de Bologne au Delta du Pô

merci à Dominique qui m’a recommandé ce roman!

 » … Je dois le retrouver. Un matin, à l’école, avant de partir, il m’a posé une question à laquelle  je n’ai jamais répondu… »

se souvient Bottardi quarante-deux ans plus tard, qui commence le voyage à la recherche de son camarade perdu de vue.

Voyage en charrette le long du fleuve, omniprésent. Voyage dans les souvenirs, à travers les villages d’une contrée toute habitée par le fleuve. Peuple du Fleuve, pêcheurs, lavandières  sont les figurants des épisodes qui se succèdent, mais aussi aubergistes et forains ainsi que le charretier Artoli qui emmènera Bottardi le long du chemin de halage au pas tranquille de son cheval.

Baignades et amours sur les plages du fleuves, noyades aussi

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Le fleuve, jamais nommé, mystérieux, puissant est-il réel ou mythique? j’ai dû me faire confirmer par Internet la présence de l’esturgeon dans le Pô. Page 125, j’en ai la confirmation, c’est d’ailleurs la seule occasion de lire ces deux lettres : Pô.

« Tu vois, Primo, tous les jours depuis toujours, je ne fais que ça : aller et venir jusque-là. Pourtant je viens seulement de comprendre que le fleuve est comme la vie. C’est pourquoi – dit-il en le montrant d’un signe de tête – lorsque je vais vers l’amont je regarde l’eau qui coule vers moi et , comme maintenant, je me sens bien. il me semble être plus fort, pouvoir regardeer le fleuve dans les yeux comme si je lui disais « Tu peux bien aller où bon te semble, tu ne m’entraîneras pas avec toivers la fin. Moi, je vais vers le haut, lmà où la vie commence »…. »mais lorsque je vais vers l’aval, je suis envahi par la mélancolie, c’est comme si le fleuve m’aspirait et m’emportait avec luui sans même s’apercevoir de moi et de ma charrette….. »

Musée Guimet : adieu au Cambodge!

 

En rentrant d’un voyage il m’est toujours difficile de tourner la page.Tant reste à découvrir! à lire et même encore à voir. La visite au Musée Guimet est la meilleure conclusion à ce carnet si je me décide de le clore.

L’art khmer occupe la salle centrale du rez de chaussée, les sculptures sont à l’honneur.

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J’avais surtout rendez-vous  avec cette divinité à tête de cheval de Sambor Preikuk ôtée de son pavillon dont l’image m’avais frappé. je m’étais promis d’aller lui rendre visite.

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L’état de conservation des sculptures est admirable, les a-ton restaurées admirablement ou simplement les a-t-on soustraites à l’érosion de la pluie? Je n’avais pas remarqué une telle finesse de décor sur les grès des grands statues. je reconnais un fronton de Banteay Srei. so  histoire m’est inconnue. Prun n’a pas pu nous raconter tout le Ramayana en 3 jours!

En revanche je retrouve avec plaisir Valin et Sugriva. la mort de Valin est  très émouvante?.

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Traces : installation d’Amos Gitaï au Palais de Tokyo

Je ne suis pas fan d’installations. Cinéma, je connais, sculpture et peinture aussi, happening, je fuis… Le plus souvent les installations me déçoivent par leur vacuité.

En revanche, je ne loupe pas un film d’Amos Gitai.

L’affiche dans le métro a accroché mon regard.

 

Le Palais de Tokyo, en ce moment, est un vaste chantier – une friche – dit Gitai dans un interview. On vend les tickets dans une sorte de caravane de chantier.

 

Amos Gitai

Lullaby to My Father

Munio Weinraub Gitai (1909-1970)


Munio mon père
Comme ceux de sa génération
Appliquait à son architecture
La notion de modestie, de retenue
D’obéissance au projet collectif
C’est aussi cela, la tradition Bauhaus
Et pas seulement les bâtiments orthogonaux
Imaginons que je développe un projet de film
Qui s’appuie sur sa biographie
Et sur la géographie
Et sur la géométrie architecturale

Le visiteur s’arrête sur un pallier où sont punaisées des feuilles blanches, que j’ai lues avec attention. Ces Traces  et une vidéo Lullaby pour mon père est un hommage à Munio Weinraub, son père, architecte du Bauhaus, ayant fui les persécutions nazies en

1933 et s’étant établi en Palestine. On voit aussi détaillé un projet de Salle à manger commune pour le Kibboutz Kfar Mazaryk, architecture au projet collectif. Quoi de plus collectif que cet espace où l’on dine, mais aussi où se tiennent les assemblées etla vie sociale?

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Passé ce sas, je me sens agressée par le bruit provenant de diverses projections. Dans la pénombre,  l’installation est logée dans un sous-sol aux piliers de béton brut aux murs, mal équarris, dans des périmètres délimités par des grillages. sur des surfaces brutes sont projetées des vidéos : la silhouette d’une violoniste de profil se détache sur des briques mais j’entends mal le violon parce que juste en face Chava Alberstein chante Chad Gadya tandis qu’une femme pleure, ce chant de Pessah, enfantin est ici d’une infinie tristesse, à côté la greffière dactylographie sur une antique machine l’acte d’accusationtandis qu’un peu plus loin le procès intenté à Munio Weinraub, par les nazis qui l’accusent d’avoir détenu des tracts subversifs. Dans un recoin une bande d’actualité montre la campagne électorale de la fille de Mussolini.

J’aimerais me souvenir de toutes ces images qui se sur-impriment, cette histoire me touche. pour une fois l’installation fait sens. quand l’art contemporain a quelque chose à dire, l’installation se justifie.

 

 

 

touriste dans ma ville? visite à la mosquée de Créteil

Garder les yeux ouverts même dans la banalité de la vie quotidienne!

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Nous l’avons vue construire sur les bords du Lac de Créteil. Plusieurs fois je me suis introduite, furtivement, ne sachant pas trop comment me tenir…Cette journée Portes Ouvertes avec  visite guidée est une aubaine pour faire du tourisme.

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Deux esplanades ouvertes sur la base de loisir : l’esplanade de la fontaine et l’esplanade des oliviers, prétexte pour notre conférencier pour souligner deux aspects  de ce lieu de prière : l’ouverture sur l’extérieur et la convivialité. La fontaine est simle, gaie, charmante; J’ai plus de réserve pour les oliviers:  vieux arbres déracinés de Provence, ils ont bien résisté aux froidure de cet hiver, mais cette mode des oliviers en région parisienne m’agace.

Comme pour s’excuser du minaret (25m), moderne, épuré, le guide explique qu’il est construit symboliquement et qu’aucun appel à la prière n’en retentit. Logique puisque le monument est en dehors de la ville, le long de la RN 186 dont le vacarme assourdirait le malheureux muezzin qui essaierait de faire entendre sa voix.

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On entre dans la grande salle blanche très claire dominée par une coupole décorée de stuc, travail des artisans de Fès  et meublée par un lustre moderne en fer forgé original et de très belle facture,   des zelliges colorées entourent la base des murs, le minbar est très simple. C’est la sobriété de ce lieu de prière qui m’impressionne le plus.

Nous visitons les salles d’étude destinées à l’enseignement du Coran et de l’Arabe mais pas seulement, également au soutien scolaire. Une exposition sur les Sciences Arabes semble d’une bonne tenue.

Nous nous renseignons des heures d’ouverture et des prix  du Hamam où je n’irai sûrement pas (j’ai trop peur de me trouver en tenue légère devant les mères d’élèves ou pire devant mes élèves, c’est pareil à la piscine) et du restaurant dont la carte éclectique ne se contente pas d’exotiques couscous et tagines à un prix raisonnable.

Chaque fois que je découvre un aspect de ma ville, je suis heureuse d’avoir gardé  des vacances un oeil touriste! Et comme il fait un temps merveilleux, j’ai pris mon temps pour faire des photos d’oiseaux et de fleurs pendant mon tour de lac, sur l’allure du flaneur plutôt qu’en foulée de jogging!

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L’Infant de Parme – Elisabeth Badinter

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L’infant de Parme, Ferdinand, fut éduqué pour devenir le « Prince des Lumières » dans les principes des Encyclopédistes, confié à Keralio en 1757 à l’âge de 6 ans, son gouverneur, son mentor puis à Condillac, l’année suivante, comme précepteur.

« D’autant que Condillac est l’inventeur d’une pédagogie originale déduite de sa philosophie et dont il attend des merveilles.. »

L’expérience pédagogique sera suivie par tous les princes et les grands esprits des Lumières. Il publira en 1775 le Cours d’étude pour l’instruction du prince de Parme

« Condillac instaure une nouvelle relation de maître à élève : la coopération se substitue à l’autorité »

L’élève se révèle d’abord doué, avant dix ans il aura lu Racine, Molière Corneille et Voltaire,  aura été initié à Newton aura des notions d’astronomie…à la pointe du progrès scientifique il se fera inoculer. En outre maitrise le Français, la langue espagnole, l’ittalienne, apprend l’anglais et l’allemand.

Et malgré cette éducation brillante, malgré les idées des philosophes, son règne sera celui du « Prince des bigots » . Il rétablira le tribunal de l’Inquisition, les privilèges ecclésiastiques, se brouillera avec les puissants alliés du dûché de Parme : la France et l’Espagne. entre veillées de prières et fêtes paysannes son gouvernement sera l’exact contraire de ce qu’on attendait de lui.

Elisabeth Badinter raconte brillamment l’expérience pédagogique, la situe dans les débats de l’époque : l’opposition entre les Lumières et les bigots, l’espoir de changer par l’éducation la nature humaine, mais aussi ce grand esprit européen des Lumières loin des particularismes. de Madrid à Stockholm et même à Saint Petersbourg échangent les philosophes.

Comment expliquer l’échec de cette éducation? Je préfère citer l’auteur:

A QUI LA FAUTE?

La crise qui vient de s’achever n’a-t-elle été qu’une ruade d’adolescent ou le signe d’une authentique volonté d’émancipation? marque-t-elle la fin de l’enfance ou révèle-t-elle sa véritable personnalité d’adulte? Auquel cas faut-il incriminer la mauvaise nature de Ferdinand ou une éducation  conduite en dépit du bon sens?

Elisabeth Badinter citera Diderot, Helvetieus et Voltaire.

Cet essai, passionnant pour qui s’intéresse au Siècle des Lumières ou à la pédagogie, est très loin du roman historique. Nous ne saurons jamais comment Condillac est parvenu à Parme, ni son équipage, ni comment se déroula le mariage de Ferdinand et de Marie Amélie fille de l’impératrice d’Autriche. Rien non plus de cette étiquette de la cour de Parme que le jeune couple supprima. Tout juste apprendrons nous que dans le parc de son palais de Colorno, Ferdinand fit construire 14 chapelles rappellant ainsi les stations du chemin de croix. Ce livre est un livre d’idées, pas une reconstitution historique. Moi qui cherchait à imaginer la cour de Parme et sa ville, j’en serai pour mes frais… sans aucune déception!

Tous les soleils – film de Philippe Claudel

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Une balade à Strasbourg à solex, évident clin d’oeil à Nanni Moretti, sur son scooter….un air de tarentelle, et de la musique baroque italienne.Gnocchi et pasta… une Italie un peu folklorique.

Un joli film sans prétention,  une bande de copains, Stefano Accorsi en bel Italien cultivé, attentionné, intelligent, (on se demande bien pourquoi toutes les femmes ne lui courrent pas après), un peu possessif, même presque macho (mais pas trop) même le commissaire de police est sympa.Il y a longtemps que je t’aime, précédent film de Claudel était moins superficiel. Tous les soleils est une agréable comédie, ne devons nous aller voir que des chefs d’oeuvres majeurs?

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A voir aussi pour Anouk Aimée, et puis à écouter pour la musique…

Danser le Ramayana – d’après P. Benoit : roi Lépreux

Avant notre voyage , je n’avais jamais entendu parler du Ramayana. La  découverte de la fresque  à la Pagode d’Argent de Phnom Penh fut un enchantement.

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Rama à la Bataille de Langka

Prun, à Angkor-Vat fut un merveilleux conteur devant les bas reliefs. La bataille de Langka, l’épreuve du feu….tout était sculpté sur les murs de la galerie ou sur les frontons du Banteay Srei.

C’est fortuitement, grâce à une amie parisienne, que j’ai appris que le Ramayana se dansait .

Et comme le hasard fait bien les choses, j’étais justement en train de lire Le Roi Lépreux de Pierre Benoit :

« Bientôt, nous atteignîmes au bout de la chaussée, le portique ouvert sur les ténébres béantes du Grand Temple. C’est là que le spectacle allait se dérouler. Des ombres grouillèrent autour d’un cercle de cinquante pieds de diamètre d’un cercle formé par des enfants nus accroupis en rond. Chacun d’entre eux tenait entre les genoux une torche embrasée……

….vous savez que les dansees auxquelles vous allez assister sont la paraphrase vivante du Ramayana, de même que tout près d’ici, les splendides bas reliefs du premier étage d’Angkor-Vat en sont la paraphrase pétrifiée….

Chut! Attention! Voici la flûte et les xylophones qui nous annoncent l’entrée de la belle Sita…

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Ebloui, je regardais la merveilleuse petite idole. Dominé par la t^te droite et dédaigneuse que coiffait le mokot en forme de pagode à longue pointe d’or, le corps n’était qu’une ondulation scintillante de pierreries. Dans l’immobile blancheur du visage, une blancheur impressionnante quasi-chimique, sous les sourcils prolongés au pinceau, sur les lèvres sanglantes, je cherchais vainement la trace de mon sourire de l’avant-veille…

…dans la forêt enchantée de Dandaka, la pricesse fait son entrée douloureuse. Elle songe aux malheurs de son époux, le divin Rama. Ses suivantes bien-aimées participent silencieusement à sa peine. aussi chaste que belle, elle repousse les anvances d’un jeune prince qui a le mauvais goût de choisir une telle minute pour

se venir à ses yeux se déclarer son amant

Il s’en va despéré, et Sita demeure seule. Ah! princesse, alors que on époux, le divin Rama à la face verte, se trouve si loin au fond des  forêts, occupé à protégéer les faibles et les opprimés contre les uppôts du Roi Ravana….Ravana le Roi des Géants, enfin…

Ravisseur de la belle Sita, le Roi des Géants, à pas menaçants pénétrait dans le cercle. Un frisson de tereur parcourait l’assistance. maintenant la lutte s’engageait entre lui et l’allié de Rama, Hanuman, Général des Singes, et c’était un extraordinaire duel rythmé avec de petites épes fulgurantes. Sous l’effroyable masque aux sourcils rouges, aux dents menaçantes, on voyait haleter à travers l’étoffe la fine gorge de la ballerine qui personnifiait Ravana…. »

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les démons de Ravana

Lire pour le Cambodge : Le Roi Lépreux – Pierre Benoit

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Publié en 1927, quelques temps avant la Voie Royale d’André Malraux (1930), ce roman se déroule essentiellement à Angkor. Exotisme, Indochine, archéologie, aventures….on pourrait les rapprocher, ces deux ouvrages sont cependant très différents.

 

Le Roi Lépreux, par certains aspects a mal vieilli. La rencontre des deux amis sur la Côte d’Azur, les confidences alcoolisées, les souvenirs du Quartier Latin, automobiles de luxe, bibelots, mondanités superficielles,  combines peu sympathiques,… passent plutôt mal. Cadre convenu pour introduire le véritable sujet : l’aventure indochinoise.

En revanche dès que le héros quitte Saïgon et découvre le Cambodge, je me régale.

« Tout changea. j’eus la stupéfaction de voir en quelques instants cette immensité humide et lépreuse faire place à une des natures les plus agréables du monde. Les noires plaines marécageuses devinrent des prairies …. La boue se transforma en aimables étangs fleuris de lotus et de lentisques. sur leurs bords, au lieu des hideux marabouts, se promenaient nonchalamment de grands oiseaux blancs, dont les uns, veinés de rose étaient des flamants et les autres, casqués de rouge, des grues Antigone. Les misérables petits pêcheurs fiévreux s’étaient changés en paysans rieurs, dont la vêture plus que primitive laissait apercevoir les beaux corps acajou. Nous venions d’entrer au Cambodge. »

L’arrivée dans le Phnom Penh du roi Sisowath est tout aussi charmante. Je jubile quand  l’étape entre la capitale et Angkor se trouve justement dans des bungalows à Kompong-Thom avec les berges de glaise de l’arroyo (que notre guide a appelé « les quais de Seine »). Comme nous, le héros a rencontré un gecko. les circuits touristiques n’ont pas changé depuis un siècle! Comme nous, l’américaine a fait l’excursion de Sambor. En revanche, nous n’avons pas vu les éléphants royaux en vacances boucher la fenêtre du bungalow….je nous imagine dans une auto de 1920, dans ce décor indochinois qui n’a finalement pas tant changé!

L’arrivée à Angkor- Vat est à Angko-Thom à la tombée de la nuit est plus romanesque que la nôtre

« Au passage, nous entendions, à droite et à gauche, des bruits confus, des craquements obscurs. De rapides points phosphoriescents, des yeux de bêtes s’allumaient pour disparaître ensuite. Ds vols mous, à plusieurs reprises, frôlèrent nos tempes… »

Raphaël, le nouveau conservateur d’Angkor, et Mrs Webb, la touriste américaine, vont découvrir les sites khmers : Angkor-Thom, le Bayon, la Terrasse du roi Lépreux …mais ce n ‘est pas l’archéologue qui fera découvrir les monuments à la visiteuse. C’est l’inverse qui se passe. La grande voyageuse prendra en  main l’éducation khmère du néophyte. On se trouve en plein roman d’amour à l’eau de rose sur décor des temples hindouistes (le bouddhisme n’est pas effleuré) Siva et Indra sont sans doute plus sexy? Pierre Benoit fournit toutes sortes de détails archéologiques passionnants.

Mais une nouvelle intrigue romanesque survient : la jolie Apsara, danseuse du ballet royal, n’est pas seulement ravissante. Princesse birmane, un peu espionne, elle donne au roman un tour aventureux. Rivalités politiques entre l’Empire Britanique et l’Indochine française, trafics d’armes…Raphaël est distrait de ses études savantes….

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Lecture facile, roman léger, les pages n’ont pas le souffle ni le style de la Voie Royale  ou du Pélerin d’Angkor de Loti. En revanche Pierre Benoit accorde beaucoup plus d’importance au décor, aux temples aux oeuvres d’art. Il fournit souvent un commentaire savant  qui m’avait manqué dans la découverte du Banteay Srei par l’archéologue de la Voie Royale. Ce dernier n’avait que peu de considération pour sa danseuse de pierre et ne voyait que la valeur marchande qu’il pourrait en tirer.