Zola – la Conquête de Plassans – la Faute de l’Abbé Mouret

Tome 4 des ROUGON-MACQUART

Cézanne : La Montagne Sainte Victoire

« Plassans est fort curieux, au point de vue politique. Le coup d’État a réussi ici, parce que la ville est
conservatrice. Mais, avant tout, elle est légitimiste et orléaniste, si bien que, dès le lendemain de l’Empire, elle a voulu dicter ses conditions. Comme on ne l’a pas écoutée, elle s’est fâchée, elle est passée à l’opposition. Oui, monsieur l’abbé, à l’opposition. »

Suite à La Fortune des Rougon, la Conquête de Plassans, met en scène les intrigues menées en vue des élections prochaines. Félicité Rougon, comme dans le premier volume, est à la manœuvre, guidée de Paris par son fils Eugène, le ministre. J’avais deviné, en lisant le titre,  que cette conquête serait politique mais je n’aurais jamais imaginé le déroulement de l’intrigue. 

Marthe et François Mouret mènent une vie tranquille de rentiers dans une agréable maison de  ville agrémentée d’un joli jardin. Marthe est la fille de Félicité Rougon tandis que Mouret est apparenté à Macquart. Ils ont deux fils et une fille Désirée, un peu simplette mais si gentille. Mouret s’amuse à surveiller les deux clans, celui de la Préfecture, donc bonapartiste et celui des Rastoil, légitimistes, opposants politiques, ils ne se fréquentent pas mais leurs jardins sont mitoyens au sien. 

Pour  être agréable à l’abbé Bourette, un brave homme, Mouret accepte de louer une chambre à un ecclésiastique arrivant en ville : l’abbé Faujas

« C’était un homme grand et fort, une face carrée, aux traits larges, au teint terreux[…]. La haute figure noire du prêtre faisait une tache de deuil sur la gaieté du mur blanchi à la chaux »

Ce rude personnage est mystérieux vient de Besançon. Par quel mystère est-il arrivé à Plassans? Avec sa soutane élimée, son allure suspecte, il éveille la curiosité de Mouret et de sa femme qui se livrent sans tirer aucun renseignement.

 

« Moi, je te l’ai dit, ce qui me contrarie avec ces diables de curés, c’est qu’on ne sait jamais ce qu’ils pensent ni ce qu’ils font. À part cela, il y a souvent des hommes très honorables parmi eux. »

[…]

Puis, il eut quelque honte. Il était d’esprit fin, sous son épaisseur de commerçant retiré ; il avait surtout un grand bon sens, une droiture de jugement qui lui faisait, le plus souvent, trouver le mot juste, au milieu des
commérages de la province. »

 

L’étonnement est à son comble quand Félicité Rougon convie le  nouveau venu à une de ses soirées qui réunit tout le gratin de Plassans.

« Son salon était sa grande gloire ; comme elle le disait, elle voulait y trôner, non en chef de parti, mais en femme du monde. Il est vrai que les intimes prétendaient qu’elle obéissait à une tactique de conciliation, conseillée par son fils Eugène, le ministre, qui la chargeait de personnifier, à Plassans, les douceurs et les amabilités de l’Empire. »

La présentation de l’abbé Faujas n’est pas une réussite, l’hostilité d’un autre prélat, l’abbé Fénil, et les soupçons des notables lui valent  le rejet de la bonne société.

« L’impression fut défavorable : il était trop grand, trop carré des épaules ; il avait la face dure, les mains trop grosses »

Faujas conforte sa place chez les Mouret. Mouret n’est pas dévot mais il se porte garant de son locataire et passe d’agréables soirées à jouer au piquet avec Madame Faujas, la mère du curé. Sans s’avancer personnellement, il suggère à Marthe une œuvre charitable : une institution pour les jeunes filles. Marthe, dont la seule occupation était le raccommodage et la seule compagnie, celle de Désirée sa fille un peu demeurée, se dévoue corps et âme à cette bonne œuvre. Avec les conseils de sa mère Félicité, elle fonde un comité réunissant toutes les femmes charitables. A la quarantaine, Marthe trouve une nouvelle jeunesse : une nouvelle inspiration. Alors que les Mouret n’étaient pas pratiquants, Marthe devient une véritable bigote. Elle est fascinée par l’abbé qui joue avec elle un jeu pervers, refusant de devenir son confesseur mais l’encourageant dans ses dévotions les plus extrêmes. 

L’abbé Faujas profite de la fondation de l’institution des jeunes filles pour faire venir les Trouche, sa soeur et son mari, comme comptable. Ils s’installent chez les Mouret en véritable parasites.

Sur la famille Rougon, plane l’ombre de la folie de la grand-mère Adélaïde, internée aux Tulettes. La folie guette-t-elle Marthe avec ses crises mystiques ou Mouret, incapable de résister à l’emprise de Faujas et de sa famille qui se cloître dans son bureau et abandonne son rôle de chef de famille. Au risque de spoiler, je préfère arrêter ici et vous laisser découvrir le véritable rôle de Faujas « piloté depuis Paris » afin de gagner les élections. 

Je me suis laissé embarquer par ce roman, un véritable feuilleton avec des rebondissements, de nombreux personnages, des situations tragiques, d’autres comiques. Si tout est du même style, je me vois bien poursuivre la lecture des 20 volumes de la série!

Tome 5 – La Faute de l’Abbé Mouret

« Plus tard, après son ordination, le jeune prêtre était venu aux Artaud, sur sa propre demande, avec l’espoir de réaliser son rêve d’anéantissement humain. Au milieu de cette misère, sur ce sol stérile, il pourrait se boucher les oreilles aux bruits du monde, il vivrait dans le sommeil des saints.

[…]

En entrant dans les ordres, ayant perdu son père et sa mère le même jour, à la suite d’un drame dont il ignorait encore les épouvantes, il avait laissé à un frère aîné toute la fortune. Il ne tenait plus au monde que par sa sœur.
Il s’était chargé d’elle, pris d’une sorte de tendresse religieuse pour sa tête faible. La chère innocente était si
puérile, si petite fille, qu’elle lui apparaissait avec la pureté de ces pauvres d’esprit, auxquels l’Évangile accorde le royaume des cieux. »

J’ai retrouvé avec plaisir Serge, le fils de Marthe et de François Mouret – les protagonistes de la Conquête de Plassans. A la sortie du séminaire, l’Abbé Mouret a choisi une paroisse de campagne, il est accompagné de Désirée qui est entourée de toute une basse-cour. Sur le presbytère règnent une terrible bonne, la Teuse, et  le Frère Archangias imprime une discipline brutale et un catholicisme rigoriste et primitif ; ce dernier  ne tient pas en haute considération des paroissiens:

« y a quinze ans que je suis ici, et je n’ai pas encore pu faire un chrétien. Dès qu’ils sortent de mes mains,
bonsoir ! Ils sont tout à la terre, à leurs vignes, à leurs oliviers. Pas un qui mette le pied à l’église. Des brutes qui se battent avec leurs champs de cailloux »

[…]
Voyez-vous, ces Artaud, c’est comme ces ronces qui mangent les rocs, ici. Il a suffi d’une souche pour que le
pays fût empoisonné. Ça se cramponne, ça se multiplie, ça vit quand même. Il faudra le feu du ciel, comme à
Gomorrhe, pour nettoyer ça. »

L’Abbé Mouret se consacre à la Vierge dont la figure maternelle est une consolation. J’ai lu en diagonale les pages consacrée à cette adoration, pas vraiment ma tasse de thé, en espérant que la Saga des Rougon-Macquart m’offrirait les rebondissements des opus précédents. 

Au cours de sa tournée de médecin, son oncle Le Docteur Pascal  rencontré dans La Fortune des Rougon lui fait rencontrer Le Philosophe un octogénaire nourri de Voltaire et de Rousseau, anticlérical, solitaire dans sa campagne qui a recueilli Albine16 ans, une jeune fille sauvage et ravissante. Dès cette rencontre, il n’est pas difficile de deviner quelle sera « la Faute de l’abbé Mouret » le jeune abbé va tomber amoureux! Aucun doute là-dessus. D’ailleurs,  il cache sa visite à la terrible Teuse et au Frère Archangias qui la devine

« toute sa haine de la femme parut. Il ébranla la table d’un coup de poing, il cria ses injures accoutumées : – Elles ont le diable dans le corps. Elles puent le diable ; elles le puent aux jambes, aux bras, au ventre, partout… C’est ce qui ensorcelle les imbéciles. »

Nous retrouvons ici la faiblesse des Rougon-Macquart, la folie héréditaire qui a conduit Adelaïde et François aux Tulettes et Marthe à ses hallucinations mystiques  Troublé par  la vision de la jeune fille il implore la Vierge de l’aider à rester chaste

Marie, Vierge adorable, que n’ai-je cinq ans, que ne suis-je resté l’enfant qui collait ses lèvres sur vos images !

Oui, je nie la vie, je dis que la mort de l’espèce est préférable à l’abomination continue qui la propage.

Le délire et la fièvre le gagnent.

Le Docteur Pascal le  le confie à Albine capable de lui redonner la raison. Il l’emmène au Paradou château abandonné niché dans un parc luxuriant enfermé de hauts murs. 

La deuxième partie du livre se déroule au Paradou. Albine offre à Serge une véritable renaissance. Il a oublié tout souvenir, se retrouve comme un enfant aux mains de la jeune fille. Il va réapprendre la vie dans une totale innocence. Sa convalescence est racontée dans les moindres détails et c’est la nature, les arbres, les fleurs les bêtes sauvages qui accompagneront les deux jeunes en parfaite innocence. Paradou/Paradis, les deux Adam et Eve, nus, ignorants du sexe et du monde extérieur vont vivre dans le parc enchanté…Albine cherche un arbre magique, on a vaguement conscience que cet arbre provoquera la Chute, on attend la tentation, et le dénouement.

Les énumérations botaniques m’ont fait penser aux descriptions des légumes et victuailles du Ventre de Paris que j’avais beaucoup appréciées. Mais ce Paradou est trop mièvre, trop invraisemblable pour être convaincant. Je commence à imaginer les fleurs, puis je me lasse. D’ailleurs, comment trouver des jacinthes et des roses fleuries en même temps? je vous épargne les variétés horticoles….Zola écrit très bien la truculence, moins bien l’idylle et l’innocence. Exercice périlleux et vaguement ennuyeux! 

Le Frère Archangias mettra fin à leur idylle. 

On imagine la troisième partie du livre….remords et dévotion, retour du délire…

la déception ne m’empêche pas de télécharger la suite!

 

Zola – Le Ventre de Paris (t. 3 des Rougon-Macquart)

« Est-ce que vous connaissez la bataille des Gras et des Maigres ? »

Le marché aux poissons Joachim Beuckelaer

Le Ventre de Paris : ce sont les Halles, nouvellement construites (1853 à 1874) que découvre Florent après 8 ans d’absence

« Et Florent regardait les grandes Halles sortir de l’ombre,  sortir du rêve, où il les avait vues, allongeant à l’infini leurs palais à jour. Elles se solidifiaient, d’un
gris verdâtre, plus géantes encore, avec leur mâture prodigieuse, supportant les nappes sans fin de leurs toits.
Elles entassaient leurs masses géométriques ; et, quand toutes les clartés intérieures furent éteintes, qu’elles
baignèrent dans le jour levant, carrées, uniformes, elles apparurent comme une machine moderne, hors de toute mesure, quelque machine à vapeur, quelque chaudière destinée à la digestion d’un peuple, gigantesque ventre de métal, boulonné, rivé, fait de bois, de verre et de fonte… »

Dans ce ventre de Paris convergent toutes les nourritures : légumes et fruits, marée et viandes, volailles, charcuterie, fromages et même fleurs. Le roman commence avec l’arrivée du tombereau de Madame François, maraîchère de Nanterre !

« tombereau de choux et un tombereau de pois, au pont de Neuilly, s’étaient joints aux huit voitures de navets et
de carottes qui descendaient de Nanterre ; et les chevaux allaient tout seuls, la tête basse, de leur allure continue et paresseuse, que la montée ralentissait encore. En haut, sur la charge des légumes, allongés à plat ventre, couverts de leur limousine à petites raies noires et grises… »

Le tombereau heurte Florent, presque mort de faim, d’une maigreur à faire peur, évadé du bagne de Cayenne, déporté après les journées de décembre 1851 arrêté près de la barricade rue Montorgueil. Florent est recueilli par son frère  Quenu, prospère charcutier, gras et bien nourri comme sa femme Lisa, la belle charcutière.

Les descriptions des dentelles et des soieries des toilettes de Renée Saccard dans La Curée, des décors de l’Hôtel de la Plaine Montceau, m’avaient plutôt lassée. J’avais trouvé que  Zola se complaisait dans des longueurs. En revanche, j’ai eu un véritable coup de cœur pour cette exubérance des légumes et des fruits,  surabondance de la nourriture, énumération des victuailles, les descriptions des étalages de la charcuterie . Le Ventre de Paris plonge le lecteur dans le monde odorant de l’étal de la marée avec ses poissons, ses moules, ses huitres, dans les paniers remplis de plumes des volaillers, ruisselant des grandes lessives, dégoûtant de sang, d’humeurs et d’excréments.

Luis Egidio Melendez nature morte avec pastèques

Et c’est un peintre, Claude Lantier, qui décrit le mieux ces tableaux naturalistes, opposant l’art moderne, le naturalisme. Son art est croquis ou tableau, mais son œuvre suprême, c’est avec des boudins, des langues de bœuf, des jambons jaunes qu’il l’a construite.  Il cherche ses sujets dans le peuple des Halles

« Cadine et Marjolin s’aimant au milieu des Halles centrales, dans les légumes, dans la marée, dans la viande. Il les aurait assis sur leur lit de nourriture, les bras à la taille, échangeant le baiser idyllique. Et il voyait là un manifeste artistique, le positivisme de l’art, l’art moderne tout expérimental et tout matérialiste ; il y voyait encore une satire »

Le naturalisme revendiqué en peinture par Claude, est aussi le style littéraire de Zola. Claude, plus loin, l’étend à l’architecture

 

« Je m’imagine que le besoin de l’alignement n’a pas seul mis de cette façon une rosace de Saint-Eustache au beau milieu des Halles centrales. Voyez-vous, il y a là tout un manifeste : c’est l’art moderne, le réalisme, le
naturalisme, comme vous voudrez l’appeler, qui a grandi en face de l’art ancien… »

Dans la bataille des Gras et des Maigres l’auteur met en scène, dans le rôle des Gras : les commerçants des Halles, poissonnières et charcutières, volaillers et cafetiers, toute une société prospère qui se concurrence, se jalouse, s’observe, s’enrichit…

« C’était le ventre boutiquier, le ventre de l’honnêteté moyenne, se ballonnant, heureux, luisant au soleil, trouvant que tout allait pour le mieux, que jamais les gens de mœurs paisibles n’avaient engraissé si bellement. »

Bonne conscience de la Belle Lisa et de sa concurrent la Belle Normande, travailleuses, honnêtes, bien nourries….Certains personnages sont plus nuancés comme les jeunes Marjolin et Cadine, les enfants Muche et Pauline qui jouent dans la boue. Deviendront-ils des Gras quand il seront adultes?  Et la vieille Saget la fouineuse avec son cabas, qui surveille les autres de sa fenêtres, s’attarde pour écouter les rumeurs et qui colportera les ragots : une Maigre? 

« mademoiselle Saget avait certainement laissé dans sa vie  passer une occasion d’engraisser car elle détestait les gras tout en gardant dédain pour les Maigres »

déclare Claude Lantier. 

C’est cette dernière qui déclenchera la guerre en convoquant les commères pour dévoiler le secret de Florent. Et cette mauvaise action se déroule dans les odeurs de fromage. Les odeurs contribuent à l’ambiance :

Elles restaient debout, se saluant, dans le bouquet final des fromages. Tous, à cette heure, donnaient à la fois.
C’était une cacophonie de souffles infects, depuis les lourdeurs molles des pâtes cuites, du gruyère et du
hollande, jusqu’aux pointes alcalines de l’olivet. Il y avait des ronflements sourds du cantal, du chester, des
fromages de chèvre, pareils à un chant large de basse, sur lesquels se détachaient, en notes piquées, les petites
fumées brusques des neufchâtels, des troyes et des mont-d’or. Puis les odeurs s’effaraient, roulaient les unes sur les autres, s’épaississaient des bouffées du Port-Salut,

 

Comme les tomes précédents de la série des Rougon-Macquart, le Ventre de Paris est un roman politique, qui raconte l’histoire du Second Empire : son avènement avec les barricades et les déportations de 1851 et les oppositions clandestines : les conspirations des révolutionnaires dans les arrières salles du café ainsi que la surveillance des espions et des mouchards, les dénonciations des honnêtes gens qui voient dans l’Empire une stabilité et une prospérité qui garantie leur commerce.

« C’est la politique des honnêtes gens… Je suis reconnaissante au gouvernement, quand mon commerce va bien, quand je mange ma soupe tranquille, et que je dors sans être réveillée par des coups de fusil… C’était du propre, n’est-ce pas, en 48 ? L’oncle Gradelle, un digne homme, nous a montré ses livres de ce temps-là. Il a perdu plus de six mille francs… Maintenant que nous avons l’empire, tout marche, tout se vend. Tu ne peux pas dire le contraire… Alors, »

C’est encore Claude qui aura le dernier mot

Alors, Claude leur montra le poing. Il était exaspéré par cette fête du pavé et du ciel. Il injuriait les Gras, il disait
que les Gras avaient vaincu. Autour de lui, il ne voyait plus que des Gras, s’arrondissant, crevant de santé,

Magistral!

 

Emile Zola – la Fortune des Rougon/ la Curée

LES ROUGON-MACQUART

Emile Zola - Cabaret du chat noir - Musée Orsay

Zola m’a toujours évoqué J’accuse et, pour cela, je lui voue toute mon admiration. 

 

« Historiquement, ils partent du peuple, ils s’irradient dans toute la société contemporaine, ils montent à toutes les situations, par cette impulsion essentiellement moderne que reçoivent les basses classes en marche à travers le corps social, et ils racontent ainsi le Second Empire, à l’aide de leurs drames individuels, du guet-apens du coup
d’État à la trahison de Sedan. »

des Rougon-Macquart, s‘inspirant de la Comédie Humaine de Balzac, Zola raconte l’histoire du Second Empire à travers l’évolution d’une dynastie familiale. Les titres, les noms des personnages me sont familiers, par le cinéma, les souvenirs de lycée, les lectures adolescentes, mais je suis incapable de citer un livre que j’aurais lu en entier. A la suite de nos lectures communes de la Comédie Humaine j’ai décidé de lire les Rougon-Macquart dans l’ordre pour combler cette lacune. 

La Fortune des Rougon

La Fortune des Rougon se déroule à Plassans, ville provençale inspirée d’Aix-en-Provence où Zola a passé son enfance et où il a connu Cézanne et ils étaient amis. Je suis donc allée au Musée d’Orsay chercher des images :

Cézanne, paysan provençal

Avant de devenir des bourgeois, en contractant des alliances avantageuses, les Rougon étaient des paysans, Pierre Rougon- le fondateur de la dynastie fils de paysan avait peut être les traits du paysan peint par Cézanne? C’est l’histoire d’une ambition dévorante d’un jeune homme qui dépouille sa mère et son demi-frère et sœur nés des amours de sa mère pour le contrebandier Macquart. Il se marie avec la fille d’un marchand d’huile, Félicité Puech, tout aussi avide d’ascension sociale. Les affaires végètent mais les parents investissent pour l’avenir en donnant une éducation solide à leurs enfants. Les  garçons Eugène et Aristide étudient à Paris, Pascal sera médecin.

Pendant ce temps-là, la branche illégitime, les enfants du contrebandier Macquart, écartés par Pierre, vivent d’expédients. Antoine nourrit une rancune tenace en revenant du service militaire. Pilier de cabaret, il se lie avec les les révolutionnaires qui promettent la revanche sur les bourgeois

« Dans la bourgeoisie, dans le peuple surtout, l’enthousiasme fut grand au lendemain des journées de février »

La Révolution de 1848 change la donne. Mais c’est surtout 1851 et l’ascension de Louis Napoléon Bonaparte qui va changer le destin des Rougon

« Ces événements fondèrent la fortune des Rougon. Mêlés aux diverses phases de cette crise, ils grandirent sur les ruines de la liberté. »

« Il s’était formé chez les Rougon un noyau de conservateurs qui se réunissaient chaque soir dans le salon jaune pour déblatérer contre la République. »

Conseillé de Paris par son fils Eugène, Pierre Rougon va miser sur l’Empire tandis que les aristocrates timorés hésitent entre légitimistes et orléanistes. Avec l’aide de Félicité, il va prendre la tête de la ville et s’installer à la mairie déserté par ses titulaires.

Alors que les Républicains ont pris les armes dans la campagne provençale Plassans vit dans l’incertitude

Au loin s’étendaient les routes toutes blanches de lune. La bande insurrectionnelle, dans la campagne froide et
claire, reprit sa marche héroïque. C’était comme un large courant d’enthousiasme. Le souffle d’épopée qui
emportait Miette et Silvère, ces grands enfants avides d’amour et de liberté, traversait avec une générosité sainte les honteuses comédies des Macquart et des Rougon. La voix haute du peuple, par intervalles, grondait, entre les bavardages du salon jaune et les diatribes de l’oncle Antoine. Et la farce vulgaire, la farce ignoble, tournait au grand drame de l’histoire.

A la tête des Républicains, porte-drapeau, Miette,  une fillette de 13 ans, vit une belle histoire d’amour avec Sylvère, apprenti charron, cousin des Rougon et de Macquart.

Ce premier tome des Rougon Macquart est centré sur cette année 1851 à Plassans, tremplin de la Fortune de Pierre Rougon, qui va prendre la tête du clan bonapartiste et en être récompensé par une charge de receveur. par la même occasion il va se débarrasser d’Antoine et de Sylvère, les gêneurs de la famille.

Hier Rougon était un Brutus, une âme stoïque qui sacrifiait ses affections à la patrie ; aujourd’hui Rougon n’était plus qu’un vil ambitieux qui passait sur le ventre de son pauvre frère, et s’en servait comme d’un marchepied pour monter à la fortune.

Pierre et Félicité,  Antoine sont des personnages tout à fait antipathiques, il est difficile d’éprouver de l’empathie pour eux. Heureusement les amours de Sylvère et de Miette donnent de la fraîcheur à ces histoires sordides.

La Curée

Paris 1855 vu de l’observatoire (musée d’Orsay)

Tome 2 des Rougon-Macquart, La Curée se déroule à Paris sous le Second Empire. A

« L’Empire allait faire de Paris le mauvais lieu de l’Europe. Il fallait à cette poignée d’aventuriers qui venaient de voler un trône, un règne d’aventures, d’affaires véreuses, de consciences vendues, de femmes achetées, de soûlerie furieuse et universelle. Et, dans la ville où le sang de décembre était à peine lavé, grandissait timide encore, cette folie de jouissance qui devait jeter la patrie au cabanon des nations pourries et déshonorées. »

Aristide est venu à Paris faire fortune, espérant l’appui de son frère,Eugène qui a réussi. Après l’avoir fait lanterné, il le place comme voyer (Chargé d’effectuer des études sur les constructions de la capitale) qui est un poste stratégique alors qu’Haussmann (jamais cité dans l’ouvrage) rénove Paris, construit les boulevards.

Aristide qui a changé son nom en Saccard comprend que sa fortune est assurée s’il s’engage dans les expropriations des maisons destinées à être démolies dans les travaux. Par sa position de voyer il a connaissance des projets urbanistiques, et il a accès aux commissions qui calculent les indemnisations aux propriétaires….mais il faut disposer d’un capital pour démarrer les affaires. Par  chance, Angèle, sa femme décède et il épouse Renée, une jeune fille riche mais embarrassée par une grossesse non désirée. Bien dotée, elle est aussi à la tête de propriétés bien placées 

comment on revend pour un million ce qui a coûté cinq cent mille francs ; comment on paie le droit de crocheter
les caisses de l’État, qui sourit et ferme les yeux ; comment, en faisant passer un boulevard sur le ventre d’un vieux quartier, on jongle, aux applaudissements de toutes les dupes,

On récompensa ses complaisances en lui concédant des bouts de rues, des carrefours projetés, qu’il rétrocédait
avant même que la voie nouvelle fût commencée. C’était un jeu féroce ; on jouait sur les quartiers à bâtir comme on joue sur un titre de rente.

Ces parvenus mènent grande vie dans leur hôtel nouvellement construit au Parc Montceau. Pendant que Saccard est aux affaires, sa jeune femme ravissante Renée fréquente le Tout-Paris, mondain et demi-mondain, bals et promenades au Bois de Boulogne, se ruine en toilettes chez Worms le grand couturier. 

Tissot – Too early

De son premier mariage, Saccard a  un fils interne dans un collège, Maxime qu’il fait venir. Le jeune garçon est « joli comme une fille », charmant et charmeur. Il tient compagnie à Renée qui s’en amuse et l’entraîne partout, chez les couturiers, chez ses amies, au Bois….le jeune homme devient adulte. Maxime et Renée s’amusent ensemble comme deux camarades

« Le père, la belle-mère, le beau-fils agissaient, parlaient, se mettaient à l’aise, comme si chacun d’eux se fût trouvé seul, vivant en garçon. Trois camarades, trois étudiants, partageant la même chambre garnie, n’auraient pas disposé de cette chambre avec plus de sans-gêne pour y installer leurs vices, leurs amours, leurs joies bruyantes de grands galopins. »

Quand Renée et Maxime deviennent amants, l’inceste apparaît comme la dégradation ultime de la morale.

Les affaires de Saccard ne sont pas aussi florissantes que leur train de vie laisserait croire. Il ne peut honorer les factures du couturier et il lui faut trouver de nouvelles ressources : les propriétés de Renée, ou une fiancée bien dotée pour Maxime. Spéculation et cavalerie financière vont aussi avec chantage. La fête pendant laquelle Saccard compte annoncer le mariage de Maxime est une apogée. Après, la dégringolade….

J’ai été très intéressée par cette histoire de spéculation immobilière dans le cadre de la modernisation de Paris, le tracé des boulevard, la construction….En revanche je me suis lassée par les descriptions des toilettes, des décorations intérieurs, boudoirs ou salons particulier, salle de bain luxueuse. Les intrigues amoureuses, les séductions,  trainent en longueur comme dans une mauvaise série télévisée. J’ai l’impression que Zola tire la ligne, gonfle le feuilleton. Je saute des lignes et passe à l’essentiel : la finance.

Zola n’est pas Balzac qui sait ciseler une nouvelle, jamais je ne m’ennuie avec Balzac. Avec Zola, c’est parfois lourd. Lourd

 

Orsay déambulation au hasard

TOURISTE DANS MA VILLE

Cézanne : Achille Emperaire

Si j’étais touriste, j’aurais visité méthodiquement le Musée d’Orsay qui mérite une demi-journée et même plus. Négligente, je me dirige vers les expositions puis je gagne la sortie. Merci à Sonia qui m’a recommandé d’acheter la Carte Blanche qui sert de coupe-file également à l’Orangerie, 3 expositions suffisent à rentabiliser le prix annuel et surtout m’offre l’entrée  aux collections permanentes.

Théodore Rivière : brodeuse tunisienne

Par un dimanche maussade, j’ai flâné sans but dans les deux premiers niveaux et fait de jolies découvertes. Peintures orientalistes : Delacroix, Gérôme, Fromentin… et surprise cette brodeuse tunisienne!

J’ai cherché des souvenirs de la Commune de Paris, et voici la Pétroleuse

Ginotti : La Pétroleuse vaincue

Cézanne a aussi peint des portraits, des scènes dramatiques, cette Olympia moderne, pas de pommes ni de montagne provençale.

Cézanne : Olympia moderne

Il y a aussi en ce moment une petite exposition de vases émaillés (projets, ce sont des aquarelles) de Soyer

Soyer : modèles pour vases émaillés

Au fond du hall, des maquettes de l’Opéra Garnier passionnantes ainsi que des maquettes de décors (Aïda) . on peut marcher sur un plancher de verre au dessus de tout le quartier de l’Opéra. Un énorme tableau montre Paris vu de montgolfière (1855) de Victor Navlet amusant! 

J’aurais pu aller voir les Impressionnistes dans les étages, ou l‘Art Nouveau, les valeurs sûres! J’ai préféré rester au 1er et au 2ème niveau découvrir des peintures et des peintres parfois célèbres parfois oubliés… amusantes rencontres . Tableaux monumentaux et ennuyeux, statues de petits formats du Prince Troubetzkoi.  Il y a tant à découvrir!

Un Autre Monde – Barbara Kingsolver

LE PAVE DE L’ETE

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Frida Kalho et Diego Rivera ont inspiré de nombreux auteurs, Le Clezio, Diégo et Frida (1993), Padura dans L‘Homme qui aimait les chiens (2013) raconte l’assassinat de Trotsky, Claire Berest dans Rien n’est noir (2020) s’est plutôt attachée à la biographie de Frida. Il existe sûrement d’autres ouvrages que je n’ai pas lu. Et pourtant, j’ai dévoré le livre de Barbara Kingsolver! 

Le héros du livre est un écrivain, Harrison William Shepherd fils d’un fonctionnaire du gouvernement américain et d’une aventurière mexicaine qui l’entraine à 12 ans à Isla Pixol, dans l’hacienda  de Don Enrique, un riche pétrolier. L’enfant, livré à lui-même, découvre au cours d’une plongée sous-marine, une grotte La Lacuna qui est le titre du roman en VO et que je préfère au titre français que je n’ai pas bien compris. Il apprend la cuisine avec le cuisinier de la hacienda et particulièrement la confection de pâte pour les tamales, empanadas, et autres pâtés de la cuisine mexicaine. L’enfant consigne toutes ses expériences sur de petits carnets et découvre ainsi son amour des mots, de l’écrit. 

La Mère, aventurière, l’emmène à Mexico puis l’expédie à son père à Washington pour qu’il poursuive des études. Washington, en 1932 subit la Crise, des chômeurs occupent les rues, des vétérans de la Grande Guerre, campent pour réclamer leurs indemnités. Les tensions sociales sont à leur comble. En fait d’études, le jeune Harrison est scolarisé dans une  d’institution militaire pour crétins ou délinquants où il n’apprendra pas grand chose. Plus intéressantes sont les manifestations de rue, la lecture de l’Odyssée et les vadrouilles avec son copain Bull’s Eye à la recherche de son copain Nick Angelino

Bonus Army. Nick Angelino, un cousin de sa mère qui vient de Pennsylvanie. Parfois on arrive à le dénicher dans le village de tentes, parfois non. Ils sont tellement nombreux là- bas maintenant, des hectares d’êtres humains, et les gens qui vivent sous du papier goudronné ont tendance à ne pas rester en place. Nick Angelino s’est rendu célèbre en escaladant la clôture de la Maison Blanche sans se faire arrêter ; il a laissé un cadeau à la porte de Hoover : ses médailles de l’Argonne, et une photo de sa famille.

En 1935, nous retrouvons Harrison Shepherd à Mexico assistant Diégo Rivera à gâcher le plâtre des murales du peintre grâce à ses compétences en cuisine qui lui donne le surnom de Petit pain. Assistant, cuisinier, secrétaire, il s’installe chez Diego et Frida dont il devient le confident. Assiste à l’assassinat de Trotsky.

Compromis, il retourne aux Etats Unis chargé de livrer des tableaux de Frida en 1941. Dans cette deuxième partie du livre, la narratrice, l’archiviste, apparaît. Shepherd devient un écrivain à succès dont les romans historiques se déroulant au Mexique doivent faire l’objet d’adaptation au cinéma. Il échange des lettres avec Frida

« Comme Cortès, je fais mon rapport à ma Reine sur un monde nouveau et merveilleusement étrange. Feliz compleanos, mon amie depuis l’Amérique où l’on fait avec ce que l’on a »

A la suite de la deuxième guerre mondiale, la Commission des activités antiaméricaines se penche sur son cas. La chasse aux sorcières est lancée dans les milieux du cinéma. On demande à Shepherd de signer un formulaire d’allégeance, affirmant sa loyauté au gouvernement des Etats Unis. Le piège commence à se refermer lorsqu’on lui demande de jurer qu’il n’a jamais été communiste. C’est l’implacable chasse aux communistes qui va s’abattre sur le secrétaire de Trotsky qu’on accuse de stalinisme…

La deuxième partie du livre qui se déroule aux Etats Unis raconte cette période sombre. Elle est passionnante. Je vous laisse découvrir les persécutions réservées aux sympathisants communistes….

La plupart de ces gens ne savent pas ce qu’est le communisme, ne sauraient pas le reconnaître dans une file de suspects. Ce qu’ils savent, c’est ce qu’est l’anticommunisme. Les deux sont pratiquement sans rapport.– Vous êtes en train de me dire que l’anticommunisme et le communisme sont sans rapport. Ça n’a pas de sens.– Ça n’a pas de sens pour vous. Vous êtes un homme de mots et, par conséquent, vous pensez qu’il s’agit d’aimer le thon et de ne pas l’aimer, mais ça n’a rien à voir. Nous parlons de thon et de grippe espagnole. »

 

Ce « pavé de l’été » m’a tenu en haleine pendant toute la lecture!

 

La Situation – Karim Miské

MASSE CRITIQUE BABELIO

Thriller politique noir? Dystopie?

Difficile de qualifier cet ouvrage : la Situation désigne une guerre civile déchirant la Région parisienne en 2030. Anticipation, emballement de la situation politique actuelle. Remake de la Commune de Paris. C’est un peu étrange de lire ce roman dans les échos des mortiers d’artifice des émeutes à la suite de la mort de Nahel. 

Un président opportuniste à la tête d’un parti s’appelant Egalité, mène une politique antisociale, ultra-libérale. Fuyant la guerre civile, son gouvernement a fui Paris pour Chartre. Il est prêt à tendre la main aux Ligueurs, l’extrême droite qu’on appelle parfois les Versaillais (comme en 1871). Les Ligueurs ont mené le 6 février (référence au 6 Février 1934) l’attaque de l’Assemblée (comme celle du Capitole) qui s’est soldée par le massacre des députés noirs et arabes et même la pendaison de la Chef du Gouvernement noire. A la suite de la tentative de putsch l’extrême gauche (wokiste, islamiste, gauchiste, trotskistes…) on fait une alliance pour  contrer les Ligueurs.

Le roman s’ouvre par un massacre dans un bar du XIème (rappelant les fusillades des terrasses de 2015)… Tout est outré  mais rien d’invraisemblable.

Lecture haletante.

Beaucoup d’empathie pour le héros de l’histoire, un écrivain sexagénaire qui s’est terré chez lui pour éviter la violence et que le décès dans le bar de son quartier a forcé de prendre parti : il veut voir les criminels prisonniers des Ewoke ( ultra-gauche) qui ont tiré sur

Ahmed, Eminé, Sarah, Gilles, Océane, Kévin Coumba, Denise, Fatima, Mamadou, Bocar, Tijani »

L’analyse simpliste Ultragauche contre Ligueurs ne fonctionne pas. Les luttes de pouvoir compliquent tout. L’écrivain se trouve entraîné dans une véritable épopée…

Là, j’arrête, je ne veux pas spoiler!

J’ai lu ce livre avec beaucoup de plaisir, je me suis amusée à relever les clins d’oeil à l’histoire ou à la politique actuelle. Références littéraires aussi. Exotisme du mélange et métissage des cultures dans le

« polygone Belleville, Goncourt, Père-Lachaise, Parmentier »

et que dire de la dalle d’Argenteuil:

« la visite de Sarkozy est restée dans les mémoires comme le prologue des émeutes les plus violentes que la France n’ait connues depuis mai 1968(et jusqu’à ce que la Situation fasse passer ces périodes de troubles pour d’aimables plaisanteries). La dalle d’Argenteuil, depuis ce temps, c’est l’Esplanade des mosquées de Jérusalem pour un politicien israélien. Tu n’y joues gros bras que si tu penses que le moment est venu de déclencher une énième intifada. »

 

 

L’enfant qui mesurait le monde – Metin Arditi

LIRE POUR LA GRECE

 

Trois jour d’évasion dans un île (fictive) des Îles Saroniques.

Kalamaki est un véritable paradis resté authentique : 1100 habitants qui se tutoient, des pêcheurs, une plage vierge, un théâtre antique qui flamboie sous les coquelicots, un petit chantier naval, un marchand de peinture,  le café Stamboulidis qui réunit les habitants, Kosmas, le pope philosophe….

Île bienveillante qui accueille Eliot, le père endeuillé, architecte, dont la fille est décédée dans le théâtre antique. Île bienveillante qui entoure Yannis,  L’enfant qui mesurait le monde, autiste, que seuls apaisent ses rituels de comptage : arrivée des bateaux pesée des poissons, affluence au café. 

La Crise économique est passée : les entreprises ruinées, le chômage élevé. Un investisseur se présente avec un projet immobilier le Periclès Palace qui va bétonner la plage, installer une marina, défigurer le paysage. Tous, sur l’île y voient une opportunité. Kalamaki deviendra-t-elle une autre Mykonos. Perdra-t-elle son âme? 

Metin Arditi livre une réflexion sur l’harmonie des chiffres que perçoit de manière très aigüe le petit autiste. Son équilibre fragile repose sur la stabilité du monde menacé justement par le projet des promoteurs. harmonie de l’architecture antique reposant sur le Nombre d’Or. Mathématiques comme un ordre idéal. 

Joli livre qui mêle les thématiques de l’autisme, et du surtourisme… dans un cadre méditerranéen avec bien sûr, les figures de la mythologie.

« Zeus respirait la violence. C’est par elle qu’il comptait ramener l’ordre. Était-ce judicieux de le proposer en exemple à Yannis? Non c’était ridicule. L’enfant avait sa propre conception de l’ordre du monde qui était bien différente de celle de Zeus. Bien plus belle, aussi il en mesurait chaque jour les variations de la manière la plus juste, il le restaurait par la grâce de ses pliages. Il n’avait rien à apprendre du mythe des Titans. C’était lui qui détenait la vérité. « 

 

un week end percheron bien rempli : concert à Maison Maugis et fête des potiers à Moulin-la-Marche

BALADE PERCHERONNE

Le Château de Maison-Maugis

En été les évènements culturels, en Perche, sont nombreux. Théâtre, concerts…

Nous avons choisi, pour ce dernier samedi de juillet un concert en l’église  de Maison-Maugis : Le Trio Atanassov : Mozart, Ravel, Schubert et Dvorak. 

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Maison-Maugis se trouve dans une région très vallonnée et boisée dans la vallée de l’Huisne et de la petite rivière de la Commeauche. Après avoir quitté la route droite à Colonard-Corubert, la petite route qui tortille dans le bocage nous offre une belle promenade. Pour les concerts, il vaut mieux réserver à l’avance, l’église n’est pas grande et les places sont attribuées. 

le Trio en sol majeur de Mozart est bien sûr merveilleux. Mozart! tout est dit. 

Le Trio en la mineur de Ravel est composé de quatre mouvements très différents, j’ai bien aimé le premier sur un thème basque, thème du film de Claude Sautet Un cœur en hiver

le Pantoum aussi. Passacaille et le Final animé m’ont paru hétéroclites, allant en tout sens.

l’entracte m’a permis de découvrir les jardins du château accessibles par une porte dérobée dans le chœur de l’église.

le Notturno de Schubert m’a paru bien court, j’en aurai bien redemandé. J’ai aussi aimé le Dvorak Opus 26 

Quoique la fin a été un peu gâchée pour moi par l’appréhension du retour dans le noir dans les petites routes étroites, sinueuses et désertes. Une bonne heure pour parcourir les 29 km, un record de vitesse!

Le dimanche Fête des Potiers à Moulin-la-Marche aux confins de la Normandie. Après Mortagne nous cherchons la Sarthe qui est la frontière  du  Perche. 

la petite ville de Moulin-la-Marche est bien normande avec ses maisons de brique qui diffèrent de l’habitat percheron. La foire des potiers est au commet d’une motte castrale (les ruines ont disparu). Il règne une agréable animation. Une vingtaine d’artisans venus parfois d’aussi loin que la Vendée ou les Charentes présente des céramiques très diverses aussi bien formes, matières, couleurs et sujets. J’ai flashé sur des fleurs en porcelaine blanche

Convivialité : des cuisines improvisées proposent des saucisses-frites, des crêpes ou des pâtisseries. Comme les chaises manquent un peu, on fait connaissance, on se prête les sièges pendant la queue en attendant que d’autres se libèrent. Public très simple, local. Des gens du même village se retrouvent après des années et découvrent qu’ils ont été en primaire ensemble….très différent de l’assistance plus guindée, plus bourgeoise des concerts d’hier soir.

Sallenelles de l’autre côté de l’estuaire de l’Orne

CARNET DE NORMANDIE 2023

Estu

On passe le Canal de l’Orne à Pegasus Bridge (encore un souvenir du Débarquement -Britanniques). Après Ranville nous quittons la route principale pour traverser une campagne très agréable. La Maison de la Nature de Sallenelles est ouverte à 10 heures. Je pars à l’aventure sur un des circuits balisés dans le marais. Au loin on devine le phare de Ouistreham.

Pegasus Bridge sur le Canal de l’Orne

En route je découvre le très joli village de Sallenelles avec des maisons normandes fleuries et une jolie rue commerçante qui le traverse.

maison normande à Sallenelles

Au retour, je visite le centre d’interprétation avec diverses expositions : plancton, faune de l’estuaire…très pédagogique très bien fait pour le grand public. J’ai vu tant de ces centres d’interprétation que je suis un peu saturée.

Sallenelles : Maison de l’Estuaire

Mereville-Franceville est une petite station balnéaire. Le marché perturbe un peu la circulation mais nous trouvons une place sur le parking en face de la plage. Ces derniers jours de classe, elle est envahie de classes et de groupes d’enfants d’âge primaire. Ceci ne me dissuade pas de marcher au bord de l’eau vers l’ouest, vers l’estuaire de l’Orne.

Méréville-Franceville les cabines originales

Je passe devant de curieuses cabines, laquées de blanc qui semblent de vannerie. Un dossier arrondi fait de l’ombre (par beau temps) ou abrite de la pluie un petit banc vert et blanc où deux personnes peuvent se tenir : mobilier original qui ne peut pas remplacer les cabines où l’on se change et où on stocke du matériel. Le sable est assez grossier et il y a de nombreuses coquilles. J’arrive à l’extrémité de la flèche de sable qui se recourbe vers Ouistreham dans l’estuaire. Belle promenade sauvage.

 

 

 

 

 

les Plages du Débarquement : Juno de Courseulles à Luc-sur-mer

CARNET DE NORMANDIE 2023

Luc sur mer : la jetée

J’ai gardé un excellent souvenir de cette promenade le long des Plages du Débarquement que nous avons refaite avec grand plaisir. Variante : la mer est haute, l’eau arrive au ras de la digue. Je n’aurai pas le plaisir de descendre sur la plage avant Saint Aubin.

Le GPS nous a promenées dans la campagne normande par Douvres-la-Délivrande et de petits villages fleuris entre des murs de pierre avant de déboucher sur les immeubles de front de mer de Courseulles, barre de béton et de verre face à Juno Beach, grisâtre sous la petite pluie qui tombe. Guère engageant de prime abord. J’arpente la digue à grands pas tandis que Dominique m’attend à Bernières, plus petite station, plus tranquille séparée de Courseulles par un peu d’espace naturel. Bernières-sur-Mer  est pavoisée comme sa voisine Saint Aubin-sur-Mer. Monuments commémoratifs aux Canadiens mais aussi drapeaux de toutes provenances, pas seulement des alliés. J’ai la surprise de voir le drapeau portugais, celui de Chypre, de Hongrie et de Roumanie, pas vraiment des alliés à l’époque. En revanche pas de drapeau ukrainien, on aurait pu le rajouter. Entre Bernières et Saint Aubin je descends en rebord du Cap Romain avec son affleurement jurassique fossilifère (spongiaires). Je n’ai pas le loisir de chercher des fossiles (c’est d’ailleurs interdit d’en emporter) la mer est au ras de la falaise. Un homme m’avait assuré que cela passait à pied, c’est limite à cette heure-ci.

langrune la plage et un kite vert

Dominique a trouvé un banc tranquille à Langrune-sur-mer pour déjeuner. Cette station est moins animée que les précédentes, moins de terrasses de restaurants et de bars qu’à Saint Aubin, sa voisine. La plage est barrée d’épis, souvent en bois un peu délabrés. Je reste donc sur la corniche. Luc-sur-Mer avec son Casino, ses Thermes chauffés marins, ses cabines de bois est plus animée. Des affiches signalent que la baignade est interdite (elles vont disparaître deux jours plus tard avec l’arrivée des estivants).

Antre Luc-sur-Mer et Lion-sur-Mer, une falaise interdit de continuer près de l’eau. Le GR rentre dans les terres, commun avec la piste cyclable, elle longe la route bien roulante. Au rondpoint à l’entrée de Lion-sur-mer : un blindé de la Seconde Guerre Mondiale nous servira de point de repère pour se retrouver.

Fin de la promenade pour aujourd’hui !

Mercredi 5 juillet : Restaurant La Fabrique à Lion-sur-mer

Cerise !

Dominique a donné rendez-vous à ses cousins à Ouistreham pour déjeuner. Nous cherchons une terrasse sur la mer et trouvons l’établissement idéal à Lion-sur-mer : La Fabrique ; moules au camembert ou au chorizo avec des frites, fish and chips et de très jolis desserts originaux. Une grosse cerise faite de pâte de cerise accompagnée de cerises fraîches. (environ 30€/px avec vin et café). Une bonne adresse à recommander.