Dead man Walking – Jake Heggie – Metropolitan Opera New York

Non! je n’ai pas fait l’aller/retour Paris/New York en avion!

Le Cinéma du Palais de Créteil propose 4 retransmissions Opéra au Palais. Séances festives avec un coupe pétillante à l’entracte. L’an dernier un merveilleux Porgy and Bess et cette année une offre plus classique avec Nabucco, Carmen et La force du Destin. Dead Man Walking est un opéra américain contemporain de Jake Heggie et j’étais très curieuse d’élargir le répertoire et de sortir des œuvres jouées et rejouées. Le Met, un metteur en scène de renommée mondiale :  Ivo Van Hove sont garants d’un spectacle de qualité. 

Le sujet : la dénonciation de la Peine de Mort me tient à cœur, toute initiative en ce sens est à applaudir des deux mains, surtout aux Etats Unis où elle est encore appliquée. L’opéra de Jake Heggie y a été joué 150 fois! 

Je ne savais pas que Dead Man Walking était tiré d’un livre ni qu’un film (Lee Ermey 1995) été adapté du livre. Cette histoire de religieuse qui obtient la conversion in extremis d’un condamné à mort, ne m’a pas convaincue personnellement. J’ai trouvé bien américains, l’argumentation de la bonne sœur et les paroles des parents. Bien américain aussi l’avertissement que certaines images peuvent choquer : le viol et le meurtre filmés mais pas l’exécution. Cette dernière scène filmée longtemps avec une précision chirurgicale m’a paru insupportable. 

On va d’abord voir (et écouter) un opéra pour la musique. Je n’ai pas été  convaincue. En revanche, les performances des acteurs et des chanteurs : Ryan McKinny et Joyce Di Donato sont très bien. Mention spéciale à Soeur Rose Latoonia Moore qui apporte une touche de douceur et de gospel/ 

L’Extinction des Espèces – Diego Vecchio

HISTOIRE DES SCIENCES

Merci à Claudialucia qui m’a indiqué ce titre qui résonne en écho avec des ouvrages sur l’Histoire des sciences : l’Invention de la Nature,d’Andrea Wulf les Arpenteurs du Monde d’André Kehlmann et d’autres…

« Les océans qui avaient été un des lieux les plus agréables de l’univers, devinrent d’une extrême dangerosité. Avant l’Ordovicien précoce, les êtres vivants pouvaient se promener dans toute région sous-marine et profiter des beautés d’un récif corallien ou admirer les formes plumeuses des crinoïdes. C’était désormais inenvisageable. Des mafias de poissons aux mâchoires acérées montaient la garde partout, prêts à planter leurs dents dans le moindre visiteur. les assassinats au grand jour se multiplièrent, même dans les endroits les plus fréquentés, bien souvent gratuits pour le simple plaisir de tuer. Cet accroissement de l’insécurité eut pour conséquence un des faits les plus importants de l’histoire de la vie : la conquête de la terre ferme. »

Histoire de la Terre, Paléontologie, expéditions pour rechercher des fossiles de dinosaures, ne peuvent que me passionner.

Muséographie : le  Smithsonian Institute avec ses musées géants et ses publications ne me sont pas non plus inconnus (surtout les publications et les collections de carottes sur lesquelles j’ai planché autrefois pour ma thèse).

Attention, sérieux s’abstenir! C’est un livre léger, drôle, facile à lire, très divertissant. Surtout pas un livre scientifique de référence. On le lit, le sourire aux lèvres en se demandant parfois où est la science et où est la fiction. Cela ne fait rien. On s’amuse en s’instruisant.

C’est une vision américaine (pas uniquement étasunienne, l’auteur est argentin) . il est beaucoup question de valeur marchande des fossiles (en Europe c’est un aspect sacrilège), question aussi le l’attraction du public par des expositions spectaculaires, de la rentabilité économique d’un musée. Un musée qui n’aurait que peu de visiteurs serait en danger….(cela nous gagne peut-être?)

Vision américaine aussi que cet intérêt pour la « vie primitive » alors que la destruction des prairies, des bisons, et des Indiens, natives. Là aussi, on se demande où est la limite entre la fiction et la science. Ces tribus primitives ont-elles vraiment existé? Pointe aussi la réflexion sur le genre, le rôle des femmes (réflexion XIXème ou XXIème siècle) ? Peu de réponse sérieuse à toutes ces questions?

mais cela ne fait rien, j’ai passé un bon moment de lecture.

Lutz Seiler – Stern 111 – Verdier

FEUILLES ALLEMANDES 2023

Merci à Patrice et Eva Et si on bouquinait qui m’ont fait découvrir ce livre lors des Feuilles allemandes 2022! Les Feuilles allemandes sont une occasion de découvrir la littérature allemande que l’on ne connait pas bien ici. Surtout la littérature contemporaine. 

Un gros pavé 570 pages que j’ai dévoré en 3 jours. Seuls reproches à ce livre : son format et son poids. Bien trop gros pour lire dans le métro sauf à vider le sac à dos de tout le superflu (porte-cartes, porte monnaie, étui à lunettes). Passé 500 pages, l’éditeur devrait vraiment songer à une édition électronique que Verdier snobe (même problème avec le Lilas rouge de Reinhard Kaiser-Muhlecker 700p. proposé en lecture commune).

Lutz Seiler nous embarque dans les derniers jours de la RDA dans une petite ville de Thuringe où la famille Bischoff a vécu une existence ordinaire jusqu’à la Chute du Mur. Carl, 25 ans, se voit confier la garde de la maison et de la voiture, une Shiguli (Lada) tandis que Inge et Walter, les parents,  cinquantenaires quittent le foyer munis de sacs à dos, de chaussures de randonnées et d’un accordéon. Ils partent vers l’Ouest . Première surprise : dans la vie ordinaire, ce sont les enfants qui quittent le logis parental à l’aventure.

Carl restera le temps de manger les provision qu’Inge lui a laissé. Au volant de la Shiguli, il gagne Berlin, fait le taxi clandestin, et atterrit dans le repaire de squatters dans des immeubles désertés de Berlin. Ayant travaillé comme maçon, emportant les outils de son père, il est adopté par la communauté qui s’installe dans des caves une sorte de café Le Cloporte. Animés par une idée confuse A-Guerilla, A pour anarchistes, alternatifs, le Cloporte se dispose à accueillir des travailleurs. Les travailleurs ne s’y bousculent pas, plutôt les marginaux, les russes qui occupent encore la RDA, les prostituées, des artistes et toutes sortes de personnages pittoresques comme le Berger et sa chèvre Dodo, le Bon Peintre… Carl est adopté d’abord comme maçon, puis comme serveur. Il a une autre occupation : il est poète et compte bien être publié. Le Cloporte est aussi une galerie d’art. Carl y retrouve Effy,  une ancienne camarade d’école, peintre graveuse, performeuse. Stern 111 est aussi un roman d’amour. 

Entre temps, le couple des parents vit des aventures à l’Ouest. Accueillis d’abord comme réfugiés dans des camps, ils trouvent d’abord dans des emplois précaires correspondant plus ou moins à leurs qualifications. Inge,  très courageuse, ne dédaigne aucune occasion, femme de ménage, garde malade, rien ne la rebute. Walter surprend les employeurs par ses connaissances en informatique, on lui confie des missions d’enseignement sans le payer à sa juste valeur. Je me suis attachée à ce couple courageux et original. La fin de leur périple est tout à fait extraordinaire, mais je ne révèlerai rien. A vous de découvrir. 

Finalement l’anticonformisme ne se rencontre pas forcément dans les taudis de Berlin qui va progressivement s’embourgeoiser.

Roman touffu, surprenant, parfois érudit, passionnant! Surtout très dépaysant  : il vous fera voir les aspects de la RDA que nous ne soupçonnons pas,  des objets singuliers comme Stern 111, le transistor qui apportait un peu de musique occidentale à l’Est ou la Shiguli, voiture rustique que n’importe quel bricoleur pouvait entretenir lui-même dans son garage. 

 

Fille de Cendre – Ilaria Tuti

LITTERATURE ITALIENNE

Merci à Babélio et à la Masse Critique pour cet envoi que j’ai dévoré.  Mauvais genre? plutôt genre polar addictif qu’on ne lâche pas.  Après, difficile de rédiger une chronique qui ne divulgâche pas….

Comme Sur le toit de l’enfer  l’histoire se déroule dans le Frioul et j’ai le plaisir de retrouver la Commissaire Teresa Battaglia et son assistant Massimo Marini. Policière tout à fait atypique, profileuse, empathique, s’intéressant à la psychologie du tueur en série. Combattive, dans un monde d’hommes avec un supérieur macho, et un mari abusif, elle a gagné ses galons de commissaire de haute lutte. La commissaire livre un autre combat, perdu d’avance, contre la maladie d’Alzheimer qui progresse…

Trois histoires, à trois époques s’entrelacent dans le livre : une enquête « aujourd’hui » le début de l’intrigue «  27 ans plus tôt » et un récit « Au IVème siècle »  du temps de l’Empire romain, quand coexistaient le culte d’Isis, les débuts du Christianisme, et un curieux christianisme égyptien, cultes barbares aussi avec des guerriers Sarmates et leur chamane. J’ai eu l’occasion de découvrir le site d’Aquilée avec des mosaïques mystérieuses.

Un polar que je vous recommande!

 

 

Israël – L’agonie d’une démocratie – Charles Enderlin – Seuil Libelle

LIRE POUR ISRAEL

Ce très petit livre  (55 pages, format -12.5cmx17cm), un peu plus épais qu’un tract, est paru le 29 septembre 2023 alors que des foules manifestaient à Tel Aviv pour la Démocratie . Huit jours plus tard, l’horreur…Beaucoup de choses ont changé mais c’est toujours un livre indispensable.

Charles Enderlin fut le correspondant d‘Antenne2 à Jérusalem de 1981 à 2015. Son visage nous est encore familier et plus encore sa voix. Chaque jour devant la télévision, je peste que les journalistes (même très pros, excellents) se succèdent et changent alors qu’Enderlin assurait une permanence garantissant une analyse approfondie de chaque évènement. 

Cet opuscule livre l’historique des idées qui aboutissent à la mise en place, le 28 mai 2023, d’une Agence gouvernementale de « l’identité nationale juive » par Benjamin Netanyahou aboutissement des théories de son père Bension, adhérant  en 1928 au parti révisionniste de Jabotinsky . Il présente également les théories du messianisme moderne du rabbin Kook, l’idéologie des colons et leur média Nekouda et leurs émules Moshé Koppel, Israël Harel.

Rappel des différentes étapes de la montée de la Droite nationaliste

  • 2011, « loi dite de la Nakba » permettant de refuser toute subvention aux organisations commémorant la Nakba
  • 2014 attaque contre des dirigeants d’ONG comme Breaking Silence (vétérans témoignant contre l’occupation, B’Tselem, et.  associations israéliennes « accusées d’être des taupes complices du terrorismes ».
  • 2016 nouvelle loi sur les financements  » transparence des organisations soutenues par des entités étrangères ». 

Sans parler du jugement rabbinique déclarant Rabin « rodef » légitimant ainsi son assassinat….

  • 2022     entrée en scène  de Smotrich et de Ben-Gvir au gouvernement, ouvertement racistes et suprémacistes à des postes décisionnaires
  • 2023 projet de changement de régime du système judiciaire

« les ânes du Messie se sont rebellés »

Le lendemain, les manifestations de masse se sont organisées et ont continué pendant des mois.

Ceux que je prenais pour de doux rêveurs en costume folkorique, attendant le Messie en priant dans leurs quartiers réservés s’avèrent aussi de dangereux idéologues…glaçant!

42 Degrés -Et si l’eau venait à manquer ?- Wolf Harlander – Hervé Chopin

LETTRES ALLEMANDES

Thriller addictif, j’ai dévoré les 545 pages en moins de trois jours.

Dystopie : et si l’eau venait à manquer en Allemagne et dans l’Union Européenne ? 

Prémonitoire? rédigé en 2019 – 2020, paru en France en mai 2022 à la veille de l’été le plus chaud que les météorologistes ont enregistré. 

Les premiers chapitres paraissent tout à fait réalistes : les cours d’eau s’assèchent, l’eau courante vient à manquer au robinet, la canicule et la sécheresse s’installent sur l’Europe occidentale. Des incendies sporadiques se déclarent. Et si cette situation se généralisait tous les étés?

Si seulement les ressources en eau manquaient, les régies municipales, les compagnies des eaux subissent des bugs dans les systèmes d’exploitation. Les logiciels semblent défaillir les uns après les autres….

Les autorités, par peur de la panique, nient les évidences et laissent s’installer la pénurie. Les premiers réfugiés de l’eau parcourent les routes à la recherche de régions épargnées, de lacs encore à flot…

J’arrête. J’ai peur de spoiler….

Les chapitres courts qui sautent d’une région à l’autre contribuent au rythme haletant de la lecture. Nous assistons à l’emballement de la catastrophe qui nous menace dans la « vraie vie ».

Lisez-le!

Un seul bémol :  la fin est un peu téléphonée, j’avais deviné le coupable bien avant la fin. Ce n’est pas rassurant pour autant!

 

Le Château des Rentiers – Agnès Desarthe

RENTREE LITTERAIRE 2023

Cité sur plusieurs blogs, Keisha, écouté l’auteure à la radio, c’était une occasion de faire connaissance avec Agnès Desarthe dont je n’avais rien lu. 

« Avaient-ils compris que la vieillesse est plus âpre quand elle est solitaire ? Avaient-ils anticipé, avaient-ils prévu qu’il serait beaucoup plus facile de se retrouver pour jouer aux cartes et échanger des recettes de cuisine quand on n’a qu’un couloir à traverser, un ou deux étages à descendre, à monter, grâce aux nombreux ascenseurs ? »

 

Le sujet me plaisait : faire une maison commune pour partager la vieillesse entre amis, une sorte de phalanstère, un béguinage, ou un kibboutz, alternative à la vieillesse solitaire ou pire à l’Éhpad. D’ailleurs, cela existe déjà : les Babayaga de Montreuil ont réalisé cette initiative depuis un moment.

Le contexte me plaisait bien aussi : ces juifs russes avec leur accent yiddish  à la Popeck, je les entends parler, ce sont les parents des copains de l’Hashomer hatzaïr, nostalgie!

A regarder mes grands-parents et leurs amis, on ne craignait pas de devenir vieux. Car vieux ne signifiait pas« bientôt mort ». Vieux signifiait « encore là ».

[…]
Ils avaient survécu. Ils sur-vivaient et conjuguaient ce verbe au pied de la lettre : vivant supérieurement, et
discrètement aussi, à la façon des superhéros, dont les superpouvoirs sont enivrants et doivent demeurer secrets.

De courts chapitres, un roman choral où se mêlent les voix de plusieurs générations, et des souvenirs personnels qu’elle égrène. réflexions sur la vieillesse, mais pas que, sur l’écriture, témoignage impossible ou fiction imagination.

Entreprise sympathique que cette anticipation de la vieillesse, non pas celle des survivants mais des boomers. Sauront-ils aussi bien vieillir ensemble?

« Je me dis que notre génération a vécu dans un confort tel que la vieillesse a cessé d’être un privilège – le privilège de ceux qui s’en sont sortis, qui ont échappé à la mort, dont la santé a permis qu’ils résistent à diverses
épidémies. La vieillesse, pour nous, n’est que déchéance. Notre génération a tout à perdre en vieillissant. J’ai
peur que mon phalanstère ne voie jamais le jour. »

 

Une lecture agréable dont j’attendais sans doute trop pour que ce soit un coup de cœur.

 

 

Tyll Ulespiègle – Daniel Kehlmann – Actes sud

LETTRES ALLEMANDES 

 

 

Daniel Kehlmann est l’auteur de les Arpenteurs du Monde que j’avais beaucoup apprécié. A la suite de la recommandation du blog Et si on bouquinait un peu (CLIC) j’ai téléchargé Tyll Ulenespiègle  dont j’ai bien du mal à prononcer le titre parce que je suis habituée au nom de Till Eulenspiegel. Oubliant les chouettes et miroirs, il est vrai que le jeu de mot est savoureux. 

Le roman historique se déroule pendant la Guerre de Trente Ans (1618 -1648) ravageant toute l’Europe, Impériaux Catholiques contre Princes Protestants, débutant en Bohème  et se terminant avec la Paix de Westphalie. La Peste, la faim et les ruines complètent les cortèges  de ruines. Tyll Ulenespiègle est un acrobate, un jongleur, un menteur, forain se déplaçant avec une troupe de comédiens, musiciens. Il est si doué qu’il est le bouffon attitré du Roi Frédéric de Bohème, le Roi d’hiver nommé ainsi puisqu’il n’a régné qu’une seule saison, puis recherché par l’Empereur Ferdinand III , on le retrouve à Osnabrück.

Ma lecture a été laborieuse parce que je ne dispose pas de la culture germanique et historique.  Je me suis souvent perdue à rechercher les différents personnages. Qui est donc ce Wallenstein? Est-ce celui qui a inspiré Schiller? Et Fréderic V Wittelsbach, Electeur Palatin, le fameux Roi d’Hiver. Les lecteurs germanophones sont sûrement plus familiers que moi et ont donc une lecture plus fluide. De même, Elizabeth Stuart, reine de Bohème est une figure centrale dans le roman. Il a fallu me documenter sur la cour d’Angleterre, la Conspiration des Poudres (1605) . 

L’histoire commence dans un moulin : le meunier Claus Ulenespiègle, le père de Tyll, s’intéresse plus aux anciens grimoires qu’à moudre la farine. Il est convaincu de sorcellerie par un tribunal itinérant. Tyll, encore enfant, s’enfuit avec des comédiens ambulants.

« n’importe quelle maladie, un marchand de fruits, un marchand d’épices, un deuxième guérisseur qui, n’ayant malheureusement pas de thériaque, en est pour ses frais, un quatrième rémouleur et un barbier. Tous ces gens font partie de l’artisanat ambulant. Celui qui les dépouille ou les tue n’est pas poursuivi. C’est le prix de la liberté. Au bord de la place, on aperçoit encore quelques personnages douteux. Ce sont les gens malhonnêtes, les musiciens, par exemple, avec leur fifre, leur cornemuse et leur violon. Ils se tiennent à l’écart, mais Nele a comme l’impression qu’ils ricanent et se paient la tête de Gottfried. Un conteur est assis »

On le retrouve, adulte à la cour du Roi d’hiver. Il est aussi question d’un âne parlant (ventriloquie) d’une vieille qui suit les forains itinérant et d’une jeune fille qui a suivi Tyll… Il est aussi question de draconologie ou poursuite des dragons par des érudits qui se guident plus avec leurs grimoires qu’avec des preuves tangibles. Tout cela est amusant dans un style ironique et plein d’humour. Les horreurs de la guerre ne sont pas épargnées au lecteur, très gore mais amusant! 

« Plus un dracontologue connaît son métier, dit le Dr Tesimond, plus il peut compenser l’absence du dragon par la substitution. La compétence suprême consiste à utiliser non pas le corps du dragon, mais son… quel est le mot ?  Savoir, dit le Dr Kircher. — D’utiliser son savoir. Pline rapporte… »

Une lecture instructive, pleine d’allusions littéraires aussi qui restent légères et font sourire quand on a saisi

 

 

Causse Comtal : Trou de Bozouls et Rodelle – Vallée du Lot : Estaing, Espalion Saint Côme d’Olt

CARNET OCCITAN

Bozouls : trou de Bozouls et village

La route N88 coupe le Causse Comtal en une saignée qui coupe le calcaire qui affleure. Les pelouses sèches à genévriers sont caractéristiques de ces sols mais elles ne sont pas aussi étendues que sur les Grands Causses. On traverse également des pâtures bien vertes, des champs cultivés labourés en ce moment de terre rouge comme sur la route de Conques. Les changements rapides dans le paysage sont fréquents en Aveyron. La complexité de la carte géologique explique ces variations.

L’église Sainte- Fauste sur la falaise

Pour arriver au Trou de Bozouls, Mme GPS nous organise un tour bien plaisant dans la campagne en passant par les Brunes, puis la D581. Nous arrivons directement au Belvédère pour découvrir le canyon découpé par la petite rivière Dourdou formant un cercle presque parfait profond d’une centaine de mètres, découpant le village en deux parties. En face nous voyons le vieux village avec ses tourelles et ses maisons alignées sur la falaise. Par une rue sur le rebord, j’arrive à l’église Sainte-Juste, comme suspendue au-dessus du vide. Pour y entrer un dispositif électrique fonctionne très bien, la porte claque derrière moi. La nef est très haute, très claire, arcs et chapiteaux romans. Une seule nef, longue et étroite. Pour sortir la porte ne veut pas s’ouvrir, une flèche rouge indique le bouton, quel bouton ? Vais-je rester prisonnière dans l’église ? Je tripote partout, un battant s’ouvre (je pensais que ce serait l’autre). Une aire récréative a été aménagée de là, un sentier avec des marches bien hautes et bien glissantes descend dans le canyon où coule le Dourdou. Des petits panneaux expliquent la flore endémique. En bas, un groupe de randonneurs, bonnes chaussures, bâtons de marche, se dirige vers le canyon. Ils vont sûrement voir els grottes et les sources. Combien de temps ? 5  km , selon le panneau, mais est-ce aller et retour seulement aller ? Je préfère emprunter le petit pont qui conduit au village, puis une rampe remonte au belvédère. 2.5 km, 35 minutes. Une dame qui promène son chien m’explique : il y a 3 circuits, je n’ai fait que le petit.

Rodelle et son roc

Rodelle est un minuscule village perché sur un piton rocheux à la manière de sa grande sœur Rodez. Rodelle serait une « petite Rodez » avec ses maisons de pierre regroupées autour d’un bloc rocheux et son église romane. Autrefois, il y avait un château fort, il n’en reste pas grand-chose.

Estaing

Estaing : pont sur le Lot

Par la D20 et la D 22 nous parcourons les deux côtés d’un carré et montons sur la colline pour découvrir la Vallée du Lot. En descendant, les vignes sont de plus en plus présentes. La D22 tortille en descendant jusqu’à Estaing dont nous découvrons le château qui domine le paysage avec son donjon carré, ses nombreuses tourelles qui bourgeonnent et donnent une allure de fantaisie à ce qui aurait pu être une forteresse austère. Promenade dans les rues, ruelles, escaliers…Hautes maisons de schiste en lamelles fines et parfois un moellon marron de grès. Tourelles, toits recourbés, parfois concaves, parfois convexes mais toujours dans le chatoiement de l’argent des lauzes arrondies. En plus du Lot qui passe sous les quais, je découvre un ruisseau : la Coussanne enjambée par de petits ponts. On pourrait la franchir à gué surtout aujourd’hui avec la sécheresse.

Estaing pont sur la coussanne

Déjeuner sur une terrasse au bord du Lot « chez Lilou » au choix : panini ou galette avec une salade composée. Lilou est bavarde, souriante, efficace. Sous le pont de pierre, le Lot forme un miroir dans lequel se reflètent les arbres de la forêt. Sur le pont la silhouette d’une statue que je crois féminine. Non ! c’est un évêque en soutane, de la famille d’Estaing : François d’Estaing évêque de Rodez (1460- 1529).

Estaing donjon

Estaing est une étape sur le Chemin de Saint-Jacques de Compostelle, étape avant Conques pour les bons marcheurs (32 km) (GR 65). Partout, nous rencontrons les pèlerins avec ou sans coquille. Chez Lilou, il n’est question que de marche, d’étape, restaurants et chambres d’hôtes.

L’église Saint Fleuret est perchée sur un monumental escalier aux marches arrondies ? A l’entrée, une très fine croix de calcaire clair est sculptée d’une mise au tombeau et d’un pèlerin de Compostelle.

Juste en face, une rampe conduit au Château d’Estaing (ouvert). Il a été racheté par la fondation Giscard d’Estaing qui l’a restauré. La famille Estaing, une des plus puissante du Rouergue du XIIIème au XVIII ème siècles a donné des cardinaux, des militaires. Le dernier amiral a été guillotiné à la Révolution, le château, vendu. La famille s’est éteinte en 1794. En 1922, le père de Valéry Giscard d’Estaing a « repris » le nom d’Estaing.

L’essentiel de la visite consiste en une évocation de l’ancien président avec e nombreux panneaux à lire, des vidéos à visionner. Leçon d’Histoire récente. Il faut être motivé pour tout lire et tout écouter. L’accent est mis sur la première crise pétrolière (1973) à la veille de l’élection de VGE à la présidence et le choix du Nucléaire (larges interviews du président d’EdF. Je zappe. Zappée aussi la collection des robes d’Anne-Aymone, Chanel, Courrège, Dior…griffes prestigieuses mais garde-robe ennuyeuse.

château Calmont-Olt

L’arrêt suivant aurait dû être Espalion à quelques kilomètres en amont sur le Lot. C’est une petite ville, pas un village. Il y a beaucoup de circulation. L’église renommée sur le Plateau de Perse est accessible à pied mais que faire de la voiture ? A la recherche d’une place de parking nous sortons de la ville et aboutissons au Château de Calmont-Olt perché au-dessus de la vallée. Selon le guide Gallimard, les parties anciennes seraient carolingiennes. Il est bien ruiné, et fermé.

Saint Côme d’Olt

Saint côme d’Olt clocher flammé

Après Espalion, le Lot prend le nom d’Olt, c’est un peu surprenant sur la carte. Saint Côme d’Olt est un charmant village construit en cercles concentriques autour de son église. Ces villages ronds sont nommés « circulades » dans le Languedoc.

L’église construite entre 1522 et 1532 a un curieux clocher tors ou flamme à 8 pans culminant à 45 m avec 7 cloches. Sur les portes de l’église on a planté 365 clous. Les vitraux colorés sont modernes. Sur le parvis, des galets dessinent une coquille saint Jacques, marquant le chemin de pèlerinage.

La prospérité du village est attribuée à la douceur du climat. Il a été construit à la rencontre de deux voies de communication : une draille préhistorique et une voie romaine.

Aux murs des maisons une grande exposition-photos montre des scènes de vie des années 1950-1960, comme la lessive dans le Lot (1951) ou la moisson avec des bœufs. La « cavalcade » ou défilé de chars a été prise en photo en 1920.

La promenade dans les rues n’est pas très longue mais j’ai l’occasion de remarquer des portes et fenêtres très soignées entourées de beau calcaire blanc sculpté. Le château a une tour ronde dont on voit encore les corbeaux tenant le chemin de ronde. La Porte Neuve est ogivale, dans un haut bâtiment de 4 étages.

Encore un village qui mérite le détour !

 

 

 

 

Humus – Gaspard Koenig – les éditions de l’Observatoire

RENTREE LITTERAIRE 2023


Glyphosate, ils ont prolongé l’autorisation européenne de 10 ans contre l’avis des scientifiques sur la foi d’études biaisées et de lobbyistes. Je suis verte de colère!

Raison de plus pour lire Humus! Dix ans de plus pour empoisonner les vers de terre, les sols et les riverains.

en classe!

Je l’avais repéré depuis un moment, les vers. J’en ai élevé dans ma classe dans une ferme à lombrics pédagogique . Enlever les caches noirs chaque matin pour observer les galeries était un moment fort du début de mes cours. Au programme des 6èmes, même les 3èmes me le demandaient. Les vers mélangeaient les différents horizons, terre brune, marne claire sable jaune ou rose en un délicieux gâteau marbré.

J’attendais donc la lecture de ce roman avec impatience, recommandée par nombreuses blogueuses Eimelle, Keisha, Claudialucia, Kathel et j’en oublie.

Deux étudiants sur les bancs d’un amphi de AgroParisTech à Saclay, ont une épiphanie : ils consacreront leur vie aux vers de terre, les réparateurs des sols, les digesteurs du trop-plein de déchets, les sauveteurs de la planète. C’est aussi le début d’une amitié profonde qui va unir deux garçons très différents. Arthur est issu de la bourgeoisie, scolarisé dans les meilleurs lycées parisiens, cultivé capable de citer les philosophes antiques et les bons auteurs. Kevin, venu du Limousin, de parents simples travailleurs agricoles, venu par la voie technique, titulaire d’un DUT mais excellent élément, admis à l’Agro parmi les rares élus d’un filière Pro.

Deux destins se croisent et s’éloignent : Arthur le bobo va tenter un retour à la terre en compagnie d’Anne, diplômée de Sciences Po qui se rêve écrivaine. Fidèle aux lombrics, anéciques et épigés il a le projet de réensemencer des champs stérilisés par l’agriculture conventionnelle et chimique. Justement, son grand-père avait une ferme en Normandie dont il a cédé les terres à un voisin Jobard (quel nom!).

Kevin a choisi pour les vers une autre voie : le lombricomposteur. Tout d’abord il met au point un lombricomposteur d’appartement qu’il cherche à produire et à vendre lui-même. Méprisé par les banques, il ne trouve pas la somme (assez modique) qui lui permettrait de lancer son affaire. Trop simple, pas assez innovant, il faudrait ajouter des capteurs, une appli, le transformer en smart-composteur pour être plus sexy. La rencontre avec Philippine dans une soirée mondaine va lancer le compostage à grande échelle. Il ne s’agit plus de composteur domestique mais de lignes de production pour les déchets industriels, l’Oréal est partie prenante, puis un gourou californien. La petite entreprise devient une licorne. Adulé par les médias, coqueluche des salons parisiens, Kevin, le garçon de la campagne, beau comme un dieu, fréquente cuisiniers étoilés, ministres et même Thomas Pesquet. Bulle capitaliste qu’un scandale fera crever.

L’histoire est moins glorieuse pour l’ensemenceur de vers en Normandie. Les bestioles, pourtant amoureusement chéries refusent de coopérer. Arthur survit grâce à son potager et à un mode de vie plus que sobre. Une chicane du voisin Jobard, la désertion d’Anne, le poussent à un sentiment d’échec qui le conduit à accepter les propositions d’un mouvement éco-terroriste : Extinction-Révolution. Monsieur Darmanin doit être comblé : il exise des éco-terroristes qui veulent faire tout péter. Bien plus fort qu’un petit pipe-line dans le désert d‘Andreas Malm!

J’ai déjà assez spoilé! J’arrête, à vous de lire.

Un roman agréable à lire , tout à fait en prise avec l’actualité, aussi bien les bulles financières des licornes de l’économie 2.0, les préoccupations écologiques brûlantes avec l’invasion des déchets, la dégradation des sols, le greenwashing. Tout autant de problèmes que le roman soulève! Sans parler de la tentation de violence pour ceux qui trouvent la transition écologique inopérante.

Cependant j’ai été déçue par l’analyse des personnages très stéréotypés correspondant exactement à l’idée qu’on peut se faire du bobo-paysan ou de l’arriviste. Pire encore leurs compagnes manipulatrices exploitant les réseaux d’une très haute bourgeoisie très friquées. A peine ébauchées, quelles vilaines filles! Gaspard Koenig se complait dans les réceptions mondaines, se met en scène lui-même, se moque de Pesquet. Trop facile! On sourit au début puis on se lasse de cette complaisance.