Essouhé : l’hôpital

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Au dispensaire, nous sommes reçus par le médecin-chef de l’hôpital (le seul médecin) qui revient d’une tournée de vaccinations (polyo) mais aussi distribution de vitamine A aux petits et vermifuges. Cette campagne est annoncée partout par de grandes banderoles vertes. Cet hôpital n’est pas équipé pour des interventions lourdes : il n’y a pas de bloc opératoire. La prévention joue donc un  rôle primordial.

Le médecin nous distribue sa carte de visite. Une spécialisation VIH est précisée. Laure le questionne à ce sujet. D’après le spécialiste 1 à 2  % de la population du district serait contaminée ce qui, dans l’absolu, représente beaucoup de malades. Ils peuvent fournir un kit gratuit de dépistage et de trithérapies (mais quid du long terme ?). La prévention VIH est mission impossible : la polygamie et la position d’infériorité des femmes qui ne peuvent ni refuser un rapport, ni exiger le préservatif à leur mari, favorisent la contamination. Sans parler des autres occasions de transmettre la maladie : en particulier lors des scarifications en série. On Utilise le même « couteau préparé ». Je lui demande quelle est la pathologie la plus répandue ? – le paludisme qui peut être fatal aux jeunes enfants sous sa forme neurologique ou aux femmes enceintes et aux immunodéficients.

Une question me taraude depuis ce midi. Quelle est sa position vis-à-vis de la « médecine traditionnelle » ? Nous avons tous à l’esprit le petit malade. Sa première réponse est claire. Les guérisseurs et les pratiques traditionnelles sont des obstacles à la médecine. Des villages entiers ont refusé la campagne de vaccination. Mais juste après cet aveu spontané,  il se reprend. « Je suis catholique, mais on ne peut pas vivre au Bénin sans constater certaines choses…. »Il raconte alors des guérisons miraculeuses, des lésions indétectables avec les techniques modernes et même de tumeurs contenant des clous et des morceaux de verre invisibles aux rayons X mais extraits miraculeusement par le guérisseur…

Sans doute, il est sincère. Peut être est il politique ? Son incroyance le couperait de la population qu’il doit soigner.
Nous cherchons un terrain plus neutre : le manque criant de médecins dans les régions rurales, le manque de moyens. « Faisons une vue d’ensemble ! » : photo de famille. Promesse de s’écrire.

 

Fanfare aux funérailles

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Après le marché, on nous a promis des groupes folkloriques. Nous n’aurions jamais imaginé qu’on nous inviterait à des funérailles !
La personne qu’on porte en terre est un personnage assez considérable si on se réfère aux marques des voitures garées à l’entrée du hameau : Mercedes Benz, BMW, gros 4X4 brillants. Du beau monde s’est déplacé !
La musique bat son plein : un orchestre de cuivres et de tambours en tenue bleue de fanfare fait un bruit assourdissant. Une sono avec d’énormes baffles doit prendre le relais de la fanfare. Les funérailles ne sont  ni tristes ni privées. On y danse, on y rit, on y mange sans retenue. Nous, occidentaux, sommes interloqués surtout quand on nous propose de rendre visite à la dépouille de la défunte. D’un commun accord, cette démarche nous semble déplacée. Nos guide se contenteront de présenter nos condoléances aux proches parents de la vieille dame décédée : sa co-épouse nous remercie chaleureusement d’être venus. Je dis un peu sottement à une dame qu’elle a une très belle robe sans savoir que c’est une très proche parente (sa fille).Aucune trace d’affliction ou de deuil.  Moronikê nous l’avait dit. Si c’est quelqu’un de jeune, mort avant l’âge, on est triste. Mais si le défunt était très vieux « Alors ! C’est la fête ! ». Félix ajoute que si c’est un prématuré ou un jeune enfant, il n’y a pas de cérémonie du tout. Finalement, assez gênés, nous quittons les lieux avec soulagement.

 

Fétiches, médecine traditionnelle, oracles

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Fétiche

Guérisseur

Le guérisseur est un homme très maigre, très marqué, avec un œil blanc. Ses fétiches forment un très bel ensemble décoratif. Ils ressemblent à de vieilles bouteilles recouvertes de cuir ou de cire ou de toutes sortes d’offrandes bizarres. Incantations, libations, encore de l’alcool qui circule. On peut filmer ou faire des photos sans problème mais il faudra faire parvenir nos images si nous ne voulons pas décevoir.

Python

pythons

– « avez vous vu les pythons de Ouidah?  » 

  « Comment les avez-vous trouvés ? »
–    « touristiques ?

– Ici, ce sera autre chose ! »

Le prêtre des pythons est vêtu d’un short clair et d’une toque blanche barrée de rouge avec des bracelets de perles. Il revient après les présentations d’usage, avec trois ou quatre serpents enroulés autour de son cou, ses bras, de la taille. Je me porte volontaire pour porter les pythons autour de mon cou. Je suis très fière de moi. Le maître des Serpents propose de faire une « vue d’ensemble » (une photo). Nous sortons donc sur la place. Mon serpent s’agite un peu. Je ne peux pas savoir si c’est sa tête ou sa queue qui me  chatouille. Le guérisseur se plaint que les touristes promettent toujours d’envoyer les photos et le font rarement. Ceci nous motivera à tenir notre promesse.

La Croissance

La Croissance est un élevage de lapins et dindons. On nous montre les cages de bois fabriquées maison et les animaux qui ont des abreuvoirs par cette chaleur. Un lapin plus malin que les autres tient sa boîte de conserve entre ses dents pour monter qu’elle est vide par cette chaleur !

Médecine traditionnelle

le Fâ

Un troisième guérisseur officie non loin de là. Il ne s’agit pas de bénédictions ou de spectacle à notre attention mais d’une véritable cérémonie : deux hommes, torse nu, arborent des taches de peinture blanches. Un jeune garçon aux traits très fins, aux grands yeux affolés est maquillé de même. Le Maître de cérémonie promène une cassolette de braises sur le sol et sur une fourrure d’animal aux pieds du petit garçon. C’est le malade. Nous découvrons peu après d’horribles ulcères sur un pied tout boursouflé et  sur une main. Les sacrifices sont destinés à le guérir.
Après libations, génuflexions, oraisons diverses sur des fétiches disposés sur une estrade garnie de plantes vertes, le prêtre procède au premier sacrifice :  un poulet à qui il coupe le cou et dont il répand le sang sur l’autel. L’animal bouge encore, il tressaute, cherche à s’envoler et atterrit à nos pieds. Sept petites volailles subiront le même sort. Leur sang éclabousse nos habits. Quand arrive le tour des deux chiots et du chaton enfermés dans une cage, c’en est trop nous rejoignons le minibus. Seul Damien restera et filmera. Le sacrifice des volailles m’impressionne peu : c’est de cette manière qu’on tue les poulets et les poules destinés à la cuisine. Nul d’entre nous n’est végétarien. Chats et chien, en Europe ne se mangent pas. Cette barbarie nous révulse.
Mais il y a bien pire. Pendant que nous attendons la fin de la cérémonie ,les quatre filles, avons eu la même pensée pour les blessures horribles du petit enfant.
Avant de procéder à la cérémonie, les parents ont consulté le Fâ. L’oracle a dit que la maladie n’avait pas une origine naturelle, qu’un traitement médical ne ferait que compliquer le travail du guérisseur. L’enfant est victime d’un envoûtement qu’il faut exorciser. Que ce soit Félix – futur médecin-  garçon intelligent et ouvert – qui soutienne cette théorie, me consterne. Quel dommage que parmi nous ne se trouve ni médecin ni infirmier pour poser un diagnostic sur ces ulcères qui déforment le pied de l’enfant qui paraît épuisé, probablement fiévreux.

Le Fâ

Les sacrifices terminés, Félix propose de se faire dire le Fâ. Les quatre filles refusent. Nous n’avons aucune envie de prédictions effrayantes. Damien se prête à l’oracle. Le prêtre lui donne un galet auquel Damien confie le secret de la question qu’il pose au devin. Ce dernier sort d’un sac des chapelets de grosses graines aplaties qu’il secoue et dispose savamment après les avoir mêlés, démêlés, secoués en récitant des formules magiques (à ce que nous devinons). C’est très long. Les prêtres se répondent, se consultent. L’un d’eux traduit. La première prédiction est funeste : Damien sera victime d’un vol. Pour conjurer ce sort, il lui faudra élever un chien à son retour (comme il chuchote, j’avais entendu une chèvre, heureusement que c’est un chien. D’ailleurs un chien est tout à fait approprié pour faire fuir les voleurs !). Le prêtre lui demande s’il souffre du ventre (question bien anodine, sait-il que les Européens sont souvent victimes de la turista ?)Il devra surveiller ses plats pour qu’on ne l’empoisonne pas. Il faudra également qu’il rapporte un souvenir (pas de problème, Damien ne fait que cela : acheter des souvenirs et qu’il l’offre à son père. Enfin l’oracle demande si les prédictions correspondent à la question secrète. « Pas du tout ! » Tant mieux ! L’inverse aurait heurté mes convictions rationalistes !

Azové

Après une matinée si chargée nous aimerions rentrer nous reposer et digérer les émotions. Au marché, les trois jeunes veulent encore acheter des pagnes. Au lieu d’aller au restaurant local (en supplément) et nous contentons de beignets (25CFA l’un) et de bananes (même tarif)et nous installons sur  une terrasse ombragée  appartenant à la famille Essou.

Essouhé : la vie au village

prêt à vendre!

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fabrique de savon

marmite de savon

On nous fait bon accueil. « Bonne arrivée ! ».

Les vieux se lèvent et nous serrent la main. Les petits veulent tous nous toucher.

Sous des auvents dressés sur 4 piquets contournés,  une femme fabrique du savon : dans des calebasses des cendres, de l’huile de palme, des liquides caramel, ambrés, rouges remplissent des bassines. Sur le foyer une pâte cuit, se boursoufle, se craquelle, prenant une teinte grise peu engageante avec des taches jaunes. Ce savon artisanal sera vendu jusqu’à Cotonou dans des paniers.

Gari

 

Gari

Plus loin, on tamise et grille le gari. Une petite fille m’offre une poignée de semoule : c’est bon !

Adolphe nous fait voir sa maison : dans la vaste salle cimentée, trône le poste de télévision.

Filer  le coton!

coton filé au village

Des pelotes de coton blanc brut sont entassées dans la cour voisine. La vieille dame qui file nous fait entrer et nous montre sa quenouille qu’on peut faire tourner soit à la main soit au pied.

Dans chaque cour les greniers de vannerie surélevés sont vides actuellement : c’est le temps des semailles. Comme les greniers, les citernes sont vides pourtant la saison pluvieuse vient de commencer.

 

Essouhé : les sages et le Palais royal

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la bibliothèque de Symplice

les enfants nous prennent par la main pour visiter leur bibiliothèque

Essouhé veut dire « chez Essou ». Nous sommes entourés par les membres de cette importante famille qui a donné son nom au village. Sébastien a tant de frères (ou demi-frères) qu’on ne les compte plus. Le plus grand : Félix, 24 ans, est en Terminale et se destine à la Médecine. Symplice, 20 ans est également en Terminale. Hyacinthe, le « Gros », en 3ème.Ils nous pilotent avec Adolphe, l’instituteur et entraîneur de foot de l’équipe locale, Avec  Laure ils forment un duo saisissant.

Tout le monde chemine dans le village tranquille. Des petits se saisissent de nos mains. Ils sont contents de nous toucher. Symplice nous ouvre la bibliothèque dont Sébastien m’avait parlée et dont tout le village est fier. Sur les murs, des rayonnages portent des manuels scolaires d’un côté. En face sont rangés les romans, la bibliothèque rose, bibliothèque verte et rouge et or. Les livres de mon enfance dédaignés par Elise et Célia, seraient ici lus et appréciés.

Le conseil des Sages

les sages et ...nous

Les Sages du village nous attendent dans une salle ouverte sur un perron et meublée de bancs le long des murs. A la place d’honneur : Essou André, le chef du Village qui assure l’intérim du roi Essou décédé en 1972. Il arbore un costume blanc, fuchsia, bleu et porte une calotte blanche marquant son rang. Les sages sont assis autour de lui sur le banc du fond, ce sont des hommes très âgés. Chacun se présente, explications dynastiques, relations familiales. Curieusement, ils sont aussi avide de savoir qui nous sommes, d’où nous venons, nos professions, le but de notre voyage. Deux sages présentent les doléances du village : le village a besoin  d’un centre de santé. Une parcelle a été choisie mais rien n’a encore été construit. Si nous pouvions les aider … Nous posons aussi nos questions : de quel ordre sont les problèmes résolus par le Conseil des Sages ? – conflits de voisinage, bagarres, peut être vols…Comment le prochain roi sera-t-il désigné? C’est le Fâ qui décidera. Mais ce n’est pas pour demain. Il faudra d’autres cérémonies…Le Chef du village nous donne solennellement l’autorisation de nous promener là où bon nous semble dans le village. Puis on sort pour une photo de groupe.

Palais Royal

On nous conduit ensuite au Palais Royal qui doit être transformé en musée. Plus exactement deux palais sont juxtaposés. Comme à Abomey, le nouveau roi ne s’installe pas dans le palais de son prédécesseur. L’héritier en construit un nouveau avec une orientation différente : le Roi et son fils ne doivent pas regarder dans la même direction. Nous passons à travers de vastes cours où les épineux ont été sarclés au milieu de bâtiments de terre rouge bas couverts de tôle ombragés par de beaux manguiers. Comme à Porto Novo ou à Abomey, une cour est réservée aux 41 épouses qui n’en sortent jamais, y vivent et y cuisinent .

Le « roi par Intérim », Essou André, officie comme prêtre. Il fait des libations de Sodabi, de gin, de bière, de boisson gazeuse. Il fait des incantations, réveille doucement l’âme du souverain défunt. Ce sont des bénédictions de bienvenue en notre honneur. Une écuelle d’eau passe. J’y trempe mes lèvres. Puis un verre de sodabi que je renifle, puis du gin…A l’intérieur du bâtiment se trouve une crypte. Nous allons nous prosterner à genoux, face contre terre, contre la croix sur la tombe du roi Essou. Le palanquin porté par six hommes est bien poussiéreux depuis 1972 !

bénédiction des ages dans le Palais Royal

Après avoir parcouru des cours et des jardins nous passons dans le palais du premier roi. Il a deux tombes peintes de motifs multicolores dont un drapeau français.Le premier roi fut inhumé une première fois sans sa tête. La deuxième tombe contient la tête. Un bel arbre, un faux acajou dépasse des murs du Palais. C’est l’arbre fondateur du village et du palais. Il porte de gros fruits roses qui s’entrouvrent pour libérer des graines brillantes. La pulpe est comestible. Le tronc de l’arbre est complètement creux. Une chèvre noire sort de sa cachette au centre de l’arbre.

les cours du Palais

Essouhé : chez l’habitant

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la cour de la concession, les enfants

Notre logis « chez l’habitant »  est dans la concession de la famille de Sébastien : une longue maison de parpaings avec une salle meublée d’une longue table et 8 chambres de part et d’autre d’un couloir. Dans la chambre : un grand lit ; sur un portant de bois, quelques cintres, une table de bois blanc. Le sol est en ciment. Les deux frères de Sébastien, Félix et Hyacinthe  installent notre  moustiquaire achetée à Cotonou. Ils ont allumé des lampes tempête dans le couloir. Avant que l’obscurité ne soit complète, j’allume un tortillon vert repoussant les insectes, la bougie parfumée à la citronnelle et toute une panoplie de bombes et de crèmes.
La douche « au seau » est très civilisée. J’avais imaginé aller tirer moi-même l’eau au puits de 52m de profondeur et nous balancer mutuellement des seaux. Trois cabines en tôle sur un sol de ciment sont chacune pourvues d’un grand seau plein d’eau et d’une écuelle. Deux écuelles suffisent à se mouiller, on savonne, trois ou quatre écuelles pour se rincer.

Dîner sur la natte

Le dîner est servi de l’autre côté de la place, sur la terrasse de la seule maison à étage qui possède l’électricité. C’est aussi là qu’on chargera les batteries des appareils photo est des téléphones mobiles.

On se déchausse pour monter sur la natte. On prend une assiette et une fourchette. Dans un faitout : du riz, dans un autre de la sauce tomate et oignons, du poisson frit. Dans un plateau : des bananes plantains frites et des ignames bouillis. Je ne me suis toujours pas habituée aux ignames farineuses et étouffantes ? Le reste est excellent. Mention spéciale aux bananes légèrement caramélisées. Pour finir, Hyacinthe, qu’on appelle le Gros malgré une musculature d’athlète – sort d’un sac plastique des oranges pelées d’une très jolie façon côtelées. On coupe l’un des pôles et on aspire le jus parfumé.
Bien fatiguée par cette journée bien remplie, je m’endors malgré le vacarme de la radio allumée et les rumeurs du village. Dormir sous la moustiquaire est en soit une aventure !

Petit matin
La nuit africaine a été fraîche – plus fraîche que sous les ventilos d’Helvetia. Bruyante aussi. Toute la nuit, les tambours et les rumeurs de cérémonies ont résonné. Le petit matin s’est levé doucement. Quelques hommes ont traversé la place, une serviette jetée sur les épaules nues, portant des lampes torches. Une femme a libéré les chèvres qui ont envahi la cour. Dans le matin rose, le village s’éveille. On balaie la cour avec de grandes frondes de palme. Les premières mobylettes s’éloignent.
Comme toujours, en lieu inconnu, je me lève à l’aube pour ne rien perdre du spectacle. Petite frayeur : les chargeurs de batterie et mon téléphone ont disparu. De loin le « Gros » m’a vue. Il sort de chez lui avec tous les accessoires qu’il a mis à l’abri lorsqu’il s’est couché. Mais « Il y a coupû(r)e ! ». il faudra se contenter des quelques heures de recharge du soir.
Pendant que j’écris devant la maison, un très grand personnage se détache à contre-jour.  Adolphe nous servira de guide pendant la matinée. Je n’ai pas bien compris son degré de parenté avec Sébastien.
Au petit déjeuner : nouvel essai gastronomique : la bouillie de maïs à l’eau, ni sucrée, ni salée. Vraiment pas terrible ! Si j’ajoute une cuillerée de confiture d’ananas de Songhaï c’est nettement mieux. Félix verse une bonne quantité de lait concentré sucré. Les mangues « fruits de l’amitié » du CEG1 de Pobé sont délicieuses et améliorent sérieusement le petit déjeuner.

 

Cérémonie à Boppa

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le gardien de raphia

Le gardien de la nuit : une cérémonie à Boppa

Après la visite à la source thermale, nous sommes attendus à une cérémonie du Zambetto : le guetteur de la nuit. La sortie du gardien de raphia n’a lieu qu’après que les musiciens n’aient bien chauffé l’atmosphère. Ils arrivent au son d’un sifflet munis de cloches sur lesquelles on tape avec une baguette. D’autres secouent une calebasse enguirlandée de toute sortes de ferrailles. Il y a également des tambours. Tous les âges sont confondus dans les danseurs, des jeunes enfants aux vieilles femmes. Tout le monde se trémousse en écartant les coudes du corps et en se cambrant. La danse de certains ressemble à l’envol de volatiles dans un  poulailler. D’autres se meuvent d’une façon souple et gracieuse. Des bouteilles circulent. Un jeune homme au torse nu et aux épaules larges et musclées porte sur sa tête un T-shirt blanc savamment installé en travers imitant le bandeau d’un pirate borgne. Il est complètement ivre mais il danse très bien. Le prêtre répand de la farine, de l’huile de palme. Il récite des incantations puis immole deux petites volailles et asperge de leur sang les fétiches. C’est ensuite que sort le masque de raphia qui ressemble à une meule de foin. Il se déplace sur la place devant le couvent, va se planter devant D. assise sur un banc avec les enfants, il lui parle. elle doit lui répondre ; tout le village se prête de bonne grâce à nos photos. Cette cérémonie a été organisée à l’occasion de notre passage, elle est cependant très spontanée et sincère.

70 km séparent Boppa d’Azové, la ville la plus proche d’Essouhé où nous passerons deux nuits. Heureusement la piste rejoint rapidement le goudron. La majeure partie du trajet se fera sur une bonne route traversant Lokossa. Nous sommes fatigués par cette longue journée et je ne prête que peu d’attention au paysage. Notre préoccupation : arriverons nous à Essouhé avant la tombée de la nuit ? Notre retour de Pobè après le coucher du soleil m’avait valu une trentaine de piqûres de moustiques. Il faudra aussi se doucher en plein air « au seau » livrant notre corps aux insectes

Sur le bord du Lac Ahémé

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sur le bord du lac Ahémé

Boppa : déjeuner sur le bord du lac

11h,  le minibus s’arrête devant un joli restaurant de plage : sièges peints en blanc et bleu aux couleurs marines, petits auvents au bord de l’eau, parterres fleuris. C’est un endroit soigné et accueillant.

Des pancartes appellent au respect de l’environnement : « Défense d’uriner dans le lac ». un jumelage avec la fédération Léo Lagrange a construit un monumental urinoir très bien fléché et mis en valeur. Comme nous transpirons beaucoup, nous snoberons cette installation. On nous offre des sièges et un verre de bienvenue : « Possotomé bien sûr ! »Pour moi, une béninoise pour Damien les autres prennent un coca.

Justin, un guide de Sandotours dont m’avait parlé Danielle, nous accueille ici chez lui. Conversation agréable. En attendant le déjeuner, j’ai enfin le temps de dessiner.  Nous regardons les pirogues du lac Ahémé en écoutant  un chanteur local GG Vickey qui chante une simple ritournelle :

« Il est gai de voguer sur le lac Ahémé
Quand le temps est serein
Fredonnant ce refrain… »

Puis une autre dont les paroles nous plaisent moins :

    « Dieu te bénisse, toi qui viens de naître et souris à la vie… »

 

 

Une musique d’ambiance remplace la célébrité locale, Alpha Blondy, du reggae….

On nous présente des cuvettes pour nous laver les mains : une d’eau savonneuse une d’eau claire. Le repas arrive dans des boites isothermes : du riz, dans des petits pots de la semoule de maïs qui ressemble à de la polenta, une sauce à la tomate  et aux oignons douce, le blanc de poulet est tendre. C’est notre premier repas africain.

la guinguette de Boppa

En pirogue avec Justin sur le Lac Ahémé

Justin nous emmène pour un tour en barque jusqu’à l’endroit où aboutit le fleuve Couffo venant du nord. Nous croisons des pêcheurs, un monsieur pêche à pied, immergé jusqu’à la poitrine dans le lac qui n’est vraiment pas profond. Deux enfants qui ont de l’eau jusqu’aux épaules, tirent un filet tendu entre deux bâtons pour pêcher la crevette.

Un pêcheur en pirogue pêche à l’épervier. Nous essayons de le photographier ou filmer le mouvement circulaire quand il déploie son filet. La pirogue passe devant un curieux mât orné de drapeaux. Les fanions ne marquent pas l’emplacement des filets mais un endroit sacré où il est interdit de pêcher. Si on enfreint le tabou, il faut payer une amende : un poulet par exemple.

Le lac se comble avec les sédiments venus des collines. La pisciculture à l’akadja, que nous avons observée à Ganvié est ici interdite. Un village au sud s’est rebellé il y a eu des blessés dans la bataille rangée qui a opposé les villageois aux gendarmes. Les habitants des villages situés plus au nord  comprennent mieux les enjeux écologiques.

Le Couffo marque la limite entre la commune de Boppa et celle d’Allada. En saison sèche, on met le feu aux jachères pour chasser. Sur les deux  rives du Lac Ahémé la même ethnie Aïzo est celle du sud Bénin. Justin nous raconte les guerres livrées par les rois d’Abomey contre les peuples Aïzo vivant autour du lac. Un de es rois Guizo est tombé dans une embuscade, depuis, il est interdit à un roi d’Abomey de s’aventurer sur les terres inondables.

Les habitants des rives du lac peuvent aller à Cotonou soit par Bopa- Comé et la route du Togo, soit par la route du Nord qui passe à Allada. Justin évoque les problèmes de communication. Le train, autrefois était un moyen de transport commode ; Malheureusement vétuste et mal entretenu il a cessé le service des voyageurs. Le fret est encore acheminé par train vers le nord jusqu’à Parakou. Des camions prennent le relais vers le Niger, le Burkina Faso, pays enclavés tributaires du port de Cotonou.

Un héron s’envole, deux petits limicoles bruns se promènent sur leurs hautes pattes parmi les nymphéas. Nous entendons la  voix diffuse de la prière du Vendredi venue d’une mosquée invisible. Nous passons devant un temple de la Divinité de la richesse. Justin nous raconte l’usage de faire l’offrande  d’un repas avec de l’huile de palme, un poulet ou un mouton partagé par tous si les vœux qu’on a faits sont exaucés.

Des femmes naviguent dans une pirogue chargée de marchandises. Justin nous raconte comment les femmes font le tour du lac vendant le poisson  pêché par les hommes. Elles peuvent également le fumer et le vendre au marché. En Août, à la période des pluies le poisson descend le Couffo et abonde.

 

Comme nous terminons la croisière, j’interroge Justin au sujet de l’évolution politique du pays. Un an après la Présidentielle, juste après les Législatives. Le changement annoncé se fait il sentir ? Justin est beaucoup plus circonspect que mes interlocuteurs précédents. Il me fait remarquer que le taux d’illettrisme étant très élevé, les foules sont manipulables. Manipulables et impatientes. Un slogan tel que « tout va changer » mobilise les électeurs impatients qui sont déçus et ne voient rien venir. Justin, pour sa part, voit plus loin. «Il faut laisser sa chance au Président ! », le temps qu’il installe sa politique dans le long terme. Le temps aussi que la justice fasse son travail. Comme on parle de la lutte contre la corruption, je l’entreprends en citant Aminata Traoré et sa théorie de l’appauvrissement de l’état exigé par le FMI qui entraîne l’impuissance des gouvernants. Chez Thierry et Thimoléon, il n’y avait eu aucun  écho. Justin, lui, est cultivé, il la connaît ne dénonce pas sa théorie mais ne souhaite pas s’y attarder.

Nous pourrions écouter Justin qui raconte si bien le Bénin pendant des heures. La pirogue accoste un peu plus loin sous un belvédère où nous montons en traversant un village pittoresque où le plastique et le ciment n’ont pas encore droit de cité. Comme Justin nous accompagne, tout le monde est très amical et nous pouvons faire toutes les photos que nous désirons. Une route en pente nous mène au belvédère sur la colline coiffée d’une église qui semble désaffectée et d’une croix. De là nous avons une vue sur le lac et les deux rivières qui s’y jettent.

Comé – Possotomé

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source thermale : Possotomé

L’aventure avec Sandotours

Un minibus blanc (4 rangées de 3 sièges) est venu nous chercher. Le chauffeur Kamal et notre accompagnateur, Michel. Jusqu’à Ouidah nous connaissons bien la route. Quelle est belle cette Route des Pêches avec ses cocotiers ! Impression d’espace dans notre minibus après la promiscuité (4 à l’arrière du taxi de Thierry). En revanche, du fond, nous n’entendrons pas les commentaires de Michel.

A Ouidah nous trouvons la  route principale qui va de Cotonou au Togo et qui traverse une campagne verte.

Comé
Arrêt photo sur la rive sud du Lac Ahémé en face d’un village lacustre qui n’a rien, d’extraordinaire (il faut dire qu’hier nous avons visité Ganvié)  A Comé, nous quittons le goudron. Les jeunes vont au marché acheter des cassettes de musique béninoise pour égayer la longue traversée.

un arbre magnifique

La piste vers Possotomé suit le lac qu’on aperçoit au loin de temps en temps entre les arbres. Des villages de terre rouge sont nichés dans une végétation luxuriante très verte et très mélangée : des palmiers à huile, du manioc mais aussi une forêt envahie par des lianes. les eucalyptus remplacent les magnifiques fromagers. J’ai peu de sympathie pour les eucalyptus qui fournissent du bois de mauvaise qualité – du bois de chauffe – ils poussent très vite mais ils pompent beaucoup d’humidité, acidifient le sol et appauvrissent la biodiversité. Les fromagers ont un tronc large dans lequel on creuse les pirogues. Ils fournissent une belle ombre et ont un port royal. Nous voyons nos premiers baobabs. Je ne les aurais pas reconnus. Dans la savane du nord, il poussent isolés et se voient de loin. A la même époque, ils étaient défeuillés en fin de saison sèche. Ici, la saison pluvieuse a déjà commencé, ils sont florissants quoique moins mis en valeur. Je demande à Michel s’ils sont sacrés comme à Cuba. Non, c’est plutôt l’iroko qui est vénéré. On n’exploite pas le bois du baobab, spongieux et inutilisable.

Possotomé

La source de Possotomé est célèbre au Bénin. Son nom est synonyme d’eau minérale.  Partout je commande « Un Possotomé plat » même si on m’apporte plus tard une bouteille de Fifa ou une autre marque. Possotomé n’est pas Vichy ou Vittel. C’est quand même une station thermale avec un café aménagé sur le bord du Lac près de la source (captée). La fontaine de la source est une double vasque de ciment Malheureusement, c’est jour de nettoyage nous ne voyons pas l’eau jaillir, chaude à 40°C. Une important nappe baigne toute la région. Trois autres sources jaillissent : l’une d’elles est captée pour couvrir les besoins de la population locale, un Libanais est en train de construire une autre usine d’embouteillage, la quatrième n’est pas exploitée. Nous irons la visiter plus tard dans l’après midi. Quelques hôtels, des villas avec vue sur le lac complètent la petite station thermale.

Au jardin Helvetia : un tourisme intelligent et solidaire

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A la plage

Moronikê et Helvetia

L’an passé, Heiner  nous avait accueillies au jardin Helvetia. Il avait été le passeur, nous avait raconté le Bénin, son Bénin. Il nous avait dispensé tous les conseils pratiques dont nous avions pu avoir besoin. Il ’était, pour notre premier voyage en Afrique occidentale, le garant de notre sécurité. La propreté helvétique est légendaire.
Moronikê, tout d’abord, nous était apparue comme sa femme, jeune et très belle, la mère de ses enfants. Ce n’est que plus tard que nous avons appris par Diane et les autres filles que c’était la Madame qui était la patronne: »la madame » qui règne à la cuisine même si Willy a le titre de cuisinier. Elle est également l’intendante qui fait notre addition et qui règle les locations de téléphone de Willy – Heiner se chargeant de la technique.

Nous avons maintenu le contact par courriel. Comme Heiner s’est absenté de Cotonou Moronikê m’a envoyé un mail et j’ai correspondu avec eux deux.

Avant de partir, nous savions qu’Heiner ne serait pas Au Jardin Helvetia et que Moronikê serait notre hôtesse. Nous avons pu découvrir l’envergure de sa personnalité. Non seulement elle doit diriger l’hôtel mais elle doit aussi conduire Olayémi à l’école ce qui lui prend une bonne heure tous les matins. Hier, un pneu du combi VW a crevé  et elle n’a pas trouvé le cric. Il a fallu se débrouiller ! La petite est partie en zemidjan avec une des filles. Ce matin Moronikê faisait seule le service du petit déjeuner : Willy pas encore arrivé, Diane de repos…et toujours avec le sourire et cette détermination farouche.

Moronikê

Son  personnel très zélé lui est fidèle. Diane, les cheveux courts, n’a pas mis sa barette-fleur, Parfaite est montée en grade. C’est elle qui fait le service à la salle à manger. Les deux filles qui sont chargées du ménage, Josiane et Sandra, Willy, nous les connaissons tous. Ils sont dix auxquels il faut ajouter Thierry, le zemidjan ; Mathias  le petit piroguier. Helvetia n’a que 3 bungalows et 3 paillotes mais fournit du travail à plus de personnels que de clients. Je ne compte pas les pêcheurs qui apportent le poisson frais du village voisin ni ceux qui vivent dans la cocoteraie, récoltant les noix de coco ou tissant les grandes frondes pour faire de magnifiques rouleaux qui serviront de murs aux habitations des pêcheurs. Une toute petite structure hôtelière induit de l’emploi pour tout ce monde !
Le rôle de Moronikê ne se borne pas  à l’activité de patronne de l’auberge. Cette année, elle a acheté une nouvelle pirogue sur la lagune. Mathias le jeune piroguier a quitté l’école au CM2. Il aimerait bien apprendre la coiffure en apprentissage. Mais c’est payant. Moronikê garde une partie de sa paie économisant la somme nécessaire. En attendant, il apprendra le service du restaurant et pourra faire des extras le week end. Elle sert aussi de banquière à Thierry qui « ne sait pas gérer son argent ».
Etre un personnage de la vie locale dans la cocoteraie et sur la route des Pêcheurs, donne également des obligations. Heiner, l’an dernier, nous avait parlé de la contribution pour le fétiche. Moronikê a aussi complété notre envoi de 70€, produit de la vente des programmes à la fête du collège de Dominique, pour l’achat de dictionnaires à l’école la plus proche de Togbin, permettant d’acheter une dizaine de dictionnaire. Elle participe aussi pour 35% à une bibliothèque flottante, l’ancienne pirogue de promenades sur la lagune, 45% venant d’une ONG, le reste étant la part de l’ancien piroguier. Elle aide aussi les petits producteurs de coco à exporter leurs noix vers le Nigeria où elles seront transformées en savon ou cosmétiques.
Ainsi fonctionne la solidarité africaine. Peu d’argent circule. En gagner un peu donne des devoirs vis-à-vis de la communauté.

J’aborde avec Moronikê le sujet  de la position des femmes et de l’avortement illicite ici. « Catholicisme, coutumes.. » résume t elle. Avec beaucoup d’argent une femme peut avoir une IVG dans des conditions satisfaisant mais les avortements clandestins sont encore pratiqués.