31. Mindelo/ Sao Nicolau

CARNET DU CAP VERT 2002

Les azulejos du marché de Mindelo

Le dimanche, Mindélo est endormie. Nous allons prendre en photo les azulejos du marché africain. Baignade très agréable : pas de vagues. Le ciel est couvert,  il fait frais. Après une omelette-salade, en attendant le taxi dans le jardinet de Che Guevara, je passe le temps en faisant de la couture.

A l’aéroport, il nous faut encore attendre deux heures.
Le vol est très agréable. Nous survolons Mindelo, les nuages nous cachent l’île déserte de Santa Luzia et les deux îlots mais ils se dispersent à l’arrivée à Sao Nicolau. Géologie en vue aérienne : des canyons entaillent la montagne. Je devine les accumulations d’alluvions de rivières disparues, érosion du temps où il pleuvait sur le Cap Vert, volcanisme lisible, coulées, prismes de basalte, pics déchiquetés.
Pas de transport collectif pour nous, un taxi pour 2000$. Nous n’avons pas choisi le chauffeur le plus gracieux. Il conduit à toute allure, téléphone en roulant. Nous sommes pressées d’arriver avant la nuit et ne profitons pas du paysage comme il le faudrait. Il y a très peu de verdure. On doit attendre la pluie, les champs beaucoup plus grands qu’à Santo Antao sont prêts pour de nouvelles cultures. Les fermes sont isolées, très peu de parpaing. Les maisons sont jolies, allongées avec des toits en pente, des jardinets et souvent de très beaux paysages.
Les dragonniers sont bien là. Je les attendais, j’en avais déjà vu un au dessus de Passage.
Avant Tarrafal, nous retournons dans le désert de pierre. Le soleil se couche entre deux pitons. C’est notre premier coucher de soleil depuis que nous sommes au Cap Vert.
Le taxi nous dépose au pied d’une bâtisse fermée chez Aquinino. Rien n’indique que nous sommes dans un hôtel. Notre chambre à l’étage est très vaste. Elle a une belle vue sur la mer. L’installation est très simple : un  cabinet de toilette-douche dans la chambre des murs blancs sans décoration, deux grands lits, un cosy, une table de jardin en plastique. Seul élément de décoration : des fleurs artificielles. Beau ventilateur au plafond. Aquinino parle très bien anglais.
Nous partons de nuit explorer le village et trouvons des yaourts à la boutique Shell. Quatre femmes en noir nous souhaitent bonne nuit. Elles se présentent et ont envie d’engager la conversation et veulent savoir si nous sommes des sœurs (c’est une question qui revient souvent).

 

30. Retour à Mindelo

30. CAP VERT 2002 

Le port de Mindelo

Taxi jusqu’à Porto Novo

Après Cova, nous quittons la forêt et retrouvons le désert, les cônes éruptifs, les acacias au feuillage, si léger qu’on ne les voit que quand le Hiace s’approche. Travail titanesque de terrassement pour une végétation invisible !

Nous sommes en avance au bateau
Au bateau : pas de touristes, déménagement des miséreux : vieilles chaises, bidons en plastique, cartons scotchés, bassines plastiques… Pas de vent, la mer est lisse et pourtant la houle fait des vagues que le bateau aborde de côté. Nous avons retrouvé la meilleure place à l’avant sur le pont.

Mindelo Palais du peuple

Nous retrouvons nos habitudes à Che Guevara

Elisabeth nous redonne notre belle chambre avec les poutres qui soulignent la tourelle, les baies vitrées donnant sur deux orientations pour faire courant d’air, le lustre aux pendeloques de verre et la vaste salle de bain. Je vais me baigner puis nous déjeunons d’une salade et d’une omelette. Nous faisons une sieste prolongée avant une nouvelle baignade bien rafraîchissante.

La maison de Cesaria Evora

Promenade à la fraîche en ville

Nous nous promenons à la fraîche dans Mindelo animée seulement par les cortèges de voitures klaxonnant pour deux mariages. Le soir tombe, le port est illuminé, on tire deux fusées rouges.
Quand nous retournons à l’hôtel, tout est fermé. Les propriétaires sont invités à un  mariage. Pas de dîner, nous nous contentons de yaourts.

29. Santo Antao – Cova – la descente aux 77 virages

CARNET DUCAP VERT 2002


A 7h30, l’aluguer de Porto Novo nous emmène à Cova  pour 500$.
Cette route mérite à elle seule le voyage : nous roulons sur les crêtes au dessus d’une mer de nuages. J’avais un peu oublié la route de l’aller ou plutôt, j’avais tout télescopé : le cratère, le chemin de crête… Dans mon souvenir tout était situé dans le même coin et nous aurions pu marcher ensemble sur la route de crêtes après avoir fait le tour du cratère, erreur !  Une dizaine de kilomètres séparent les deux sites. Le cratère est beaucoup plus près de Porto Novo,  dans une belle forêt de pins, cyprès,  tamaris et eucalyptus.
A la descente du HIACE , une douzaine d’ânes gris clair et blanc, très petits et très poilus, passent portant des bidons. Deux enfants galopent pour rejoindre la troupe. Cavalcade sympathique. Nous descendons dans le cratère pour en faire le tour. Mais ce n’est pas une balade occupant toute une journée.
Nous partageons le pique-nique et nous séparons. Je ferai la descente mythique seule et Dominique me rejoindra à Passagem en aluguer.
J’escalade le rebord du cratère sur un mauvais sentier (il en existe un meilleur mais je ne l’ai vu qu’après). Pierres blanches, poussière claire. A mi-pente, je me retourne pour regarder les champs de maïs formant une mosaïque, on dirait la piste d’un cirque, les ânes galopent ; deux cavaliers à cheval semblent sur un hippodrome.
Au petit col, sur le rebord de la crête, je découvre le fameux sentier aux 77 virages. Le panorama est magnifique mais je n’ai  aucune impression de vertige : un parapet en bon état protège le chemin muletier pavé. Si j’avais mes chaussures de randonnée j’aurais pu dévaler la pente, avec mes tennis je sens chaque pavé.  Il n’y a aucun danger. Les gens ont exagéré la difficulté sans doute pour magnifier leur exploit. La est  balade merveilleuse.  Le sentier épouse tellement la paroi qu’on ne le voit même plus quand on se retourne.

Je compte les tournants : au 19ème, trois jolies vaches rousses paissent sur une petite terrasse.   50ème, de magnifiques champs de choux bleutés bien pommés et une levada ruisselante.  Au 60ème, un jeune homme habillé de blanc, cheveux longs bouclés, se présente : « je suis Laurino, ma profession, agriculteur, voici la maison de mon père« . Il me montre fièrement les terrasses. Deux tournants plus tard une petite fille m’offre un bouquet de fleurs rouges et jaunes ressemblant à des giroflées géantes, puis un petit garçon, des capucines. J’apprécie à leur juste valeur les présents, les fleurs sont un véritable trésor dans cet archipel désertique. Après avoir descendu la muraille minérale, je suis dans un jardin fleuri. Les caféiers sont aussi en pleine floraison : bouquets blancs sur des arbustes plus hauts que moi aux feuilles sombres et brillantes. A la première maison, on me propose de l’eau de source fraîche « qui sort de la montagne » dans une bouteille décapsulée. Ce n’est pas gratuit 120$ (en ville le tarif des restaurants est seulement de 100$). Comme je n’ai pas de monnaie, c’est 150$. je n’ose pas la boire pensant m’en débarrasser dès que je verrai la première merceria.
Un petit garçon me conduit chez Sandro qui attend les touristes devant sa porte et me fait monter au premier étage de sa maison rose. Il a envie de bavarder et n’insiste pas pour me vendre les souvenirs qu’il confectionne lui même : des allumettes collées sur des bouteilles qu’il ponce et vernit ensuite et remplit de grogue. C’est très laid. Les napperons brodés de sa copine capverdienne ne valent pas mieux, maladroits, j’en aurais fait autant… Sandro est français, de Hyères. Il me questionne sur notre périple au Cap Vert.

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J’ai mis une petite heure pour rejoindre le premier village (après les 77 tournants). Il reste 8 km pour arriver à la ville de Paul. Sandro m’assure que j’y serai avant Dominique. Je trouve rapidement le village au dessus de Passagem où nous nous étions arrêtées avant hier. Je reconnais le manguier où les enfants jouaient à l’awélé. Au manguier suivant, une petite fille m’offre des mangues que j’achète 20$. Elle est ravie. Je m’installe sur le muret où nous nous étions arrêtées pour manger les fruits mais le parapet  est en pente, une mangue roule, la petite fille accourt m’en donner une autre et les enfants me tiennent compagnie.
Au moment de reprendre la route, je m’aperçois que je n’ai plus mes lunettes. Je remonte le chemin en courant. Peut-être les ai-je laissées chez Sandro ? Les enfants les ont peut-être ramassées. Je suis toute rouge et essoufflée de la remontée quand je trouve Dominique dans un vieux pick up. Nous essayons de retourner chez Sandro. C’est loin. Au village, j’ai l’idée d’appeler Sandro qui m’a laissé sa carte avec son numéro de téléphone. Nous demandons où il est possible de trouver un appareil. Le téléphone se trouve dans une curieuse maison ronde dont les murs sont en bouteilles de bière et le toit en paille. Le propriétaire, blond, européen, anglophone, a toute les commodités modernes : téléphone et ordinateur.
Nous reprenons le chemin connu et déjeunons sous un bel arbre à pain repéré la première fois. Un pick up s’arrête. On nous propose de nous emmener à Ponta do Sol mais nous voulons nous arrêter à Ribeira Grande pour passer à TACV et remplacer les lunettes de soleil perdues.
Un  Hiace transporte des passagers. C’est la poissonnerie ambulante. Nous voyageons à l’arrière avec un carton plein de merlans séchés, des bassines de mangues ainsi qu’une balance. A chaque hameau, le chauffeur klaxonne, des enfants échangent les mangues contre du poisson séché, une femme vient avec un saladier vide qu’on lui remplit pour 50$. C’est très sympa, deux garçons assis avec nous croquent dans les mangues, nous nous arrêtons dans tous les villages. Nous sommes ravies de ce nouveau mode de transport. A Paul, un autre passager monte, souliers cirés, belles fringues. Il propose de parler à Sandro de mes lunettes et de me les faire parvenir.
Sur la corniche, Dominique veut prendre en photo en souvenir de ce voyage sympathique. Je trouve tout de suite des lunettes noires au marché africain pour 500$ mais même avec une pile neuve ma montre ne fonctionne plus. Le vendeur reprend sa pile et ne fait rien payer. Le bureau de TACV est fermé, tout le personnel est à Ponta do Sol pour l’atterrissage du seul avion de la semaine. Dommage, nous avons raté cet événement !
Dominique aujourd’hui a prix six aluguers différents et a confirmé le vol ce matin.

Il fait lourd et humide à Ponta do Sol, ailleurs il faisait beau. Pour me rafraîchir je retourne me baigner avec les enfants sur le port. Je suis la seule blanche.
Pour dîner Fatima nous sert un magnifique garupa, beau poisson rouge à chair délicieuse.

 

28 – Santo Antao _ Ribeira da Torre

CARNET DU CAP VERT 2002

Nous avions prévu de monter au cratère mais les nuages cachent les sommets. La « petite mousson » se prépare. Drôle de mousson qui ne donne qu’un fin crachin pendant quelques minutes. Juste suffisante pour humidifier l’air, pas assez pour laver la poussière. Rien à voir avec celle d’Asie !
L’aluguer nous emmène à Ribeira Grande. Le chauffeur  prétend qu’on ne trouvera rien pour Xoxo et fait le taxi privé pour 700$ (c’est archi-faux, on verra des aluguers toute la journée).
Nous descendons au pied de l’aiguille volcanique fine et verticale comme une tour : est-ce elle qui donne le nom à la ribeira ? Nous sommes venues ici avec Gabriel mais j’avais bien envie de me promener dans cette vallée exceptionnellement arrosée : le chemin est même inondé.

Miracle de l’eau dans ces îles arides. Dans les flaques, des gyrins tournoient à grande vitesse, auto-tamponneuses brillantes aquatiques qui filent. De grosses libellules rouges volettent. Dans les nombreuses citernes cimentées s’ébattent des grenouilles bruyamment. Le chemin pavé monte jusqu’à un hameau perché puis continue dans les bananeraies  jusqu’à un autre, sans fin. Au fur à mesure qu’on monte, les bananes laissent la place à la canne. Sur les petites terrasses, on a planté du manioc avec les cannes. Puis apparaissent les haricots-congos qui forment ici de très gros arbustes presque des arbres. Le manguier donne une belle ombre pour se reposer.

Rencontre sympathique : un jeune homme m’adresse la parole en français :  » je m’appelle Pierre, Pedro, et vous ?« . Son compagnon, sourd muet, me tend une mangue toute astiquée que je refuse. J’ai laissé le porte monnaie à Dominique. Pedro a envie de me raconter sa vie : sa mère demeure en haut dans un village, invisible dans la montagne. Son père est décédé trois mois auparavant. Il monte couper la canne et entretenir les culture de sa mère : « mon patron m’a donné des petits jours pour aider ma mère« . Il fait à pied les 19 km qui séparent Cova où il vit avec ses cinq enfants. Je lui aurais donné 20 ans. Je lui souhaite bon courage. On se serre la main. Il est tout content d’avoir bavardé en chemin. J’emporte avec moi son  histoire triste et émouvante.
Nous repassons devant la piscine. Des grenouilles qui flottent le ventre en l’air, crevées. Cela me paraît bizarre. En regardant mieux, je découvre qu’elles sont accouplées. Le mâle beaucoup plus petit est cramponné sur le dos de la femelle énorme et gonflée sous le poids du mâle. Ils chavirent tous les deux. Je ramasse un caillou et leur jette. Ils esquissent des mouvements de brasse maladroite sur le côté. Ils sont donc bien vivants. Mais une nuée de têtards attaque un cadavre déjà à moitié décomposé. L’accouplement les épuise-t-il au point de les faire mourir ? Dans le ruisseau les pontes forment de minces rubans d’œufs alignés en guirlandes.
Nous nous installons sur un mur cimenté à l’ombre, je peins les sommets pointus au loin, les villages perchés, les terrasses, au premier plan, les grosses feuilles des bananiers et des ignames. En face, une cascade, de temps en temps on libère un bouchon de terre dans une levada, l’eau ruisselle sur une terrasse. Des fougères délicates poussent sur les murs. Dominique descend un peu plus bas devant une jolie trapiche entre de gros rochers. Exceptionnellement, cela sent bon la mélasse. Je suis déçue par la peinture et m’applique au dessin.


Arrêt dans les bananiers au bord d’un ruisselet puis pique-nique en haut d’une murette sous un arbre à pain. Il fait bon.
Le retour est un peu long le long de la route au fond du lit de la rivière crevée de carrières de graviers. Les pick-up et les Hiace soulèvent de la poussière. Nous rencontrons un vieil homme portant une sorte de corde tressée. Nous avions remarqué au marché de telles cordes suspendues avec les saucissons. Je lui demande ce que c’est : du tabac.
Tout à coup, nous entendons parler français, une Capverdienne d’Aulnay sous bois et ses deux filles nous rejoignent. La mère est très bavarde, fière de son village et de son île. Les deux adolescentes ressemblent à nos pires élèves : déplaisantes, râleuses. Le chemin est trop long ; visiblement elles n’apprécient pas la promenade à pied.
Après la douche, lessive à la Capverdienne : dans des bassines avec la planche de bois et le savon bleu. L’eau sale est récupérée dans une autre bassine. On n’a pas le droit de la jeter. Sert-elle pour d’autres usages ? En tout cas, nuitamment et illégalement, elle est balancée dans la rue.

arbre à pain et son fruit

Nous nous reposons, allongées sur le lit. Dominique se lève brusquement et fonce à la fenêtre. Il manque une de ses vieilles Addidas Nastase, introuvables ! Crevées, grisâtres et puantes (garées sur le rebord de la fenêtre pour éviter d’être asphyxiées). Qui a pu voler une seule chaussure ? Et surtout celle là ! Je file à la cuisine exposer le problème à Fatima. Signe de croix, elle sort illico et raconte à qui veut l’entendre l’histoire de la godasse disparue.
Tout le monde est sur le pas de la porte, Fatima, ses bonnes, les jeunes qui réparent une mobilette, les menuisiers qui travaillent de l’autre côté de la rue… Fatima hèle les enfants qui traînent. Nous regardons sous le camping-car poussiéreux et rouillé qui est le domaine réservé d’une chatte noire maigre et hargneuse. Pas de chaussure. Dominique exhibe la deuxième tennis, minable.
C’est une blague, tout le monde en convient. Les enfants cherchent. Dominique en envoie un grimper sur le toit du mobilhome. Puis, idée géniale : nous offrons une récompense à qui la rapportera.
C’est un jeune menuisier qui a l’idée de regarder sous l’essieu du camper. Je sors un paquet de chewing gum qu’il partage avec les enfants. Maigre récompense, nous nous ravisons et lui offrons un fanta au bar.
Happy end. Nous en rigolons rétrospectivement des heures après, regrettant de ne pas avoir pris la photo de la vieille godasse, du vieux camping car et de tout le quartier sur le pied de guerre.

27 . Santo Antao – Paul – Passagem

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Nous profitons du premier aluguer qui emporte les touristes au ferry pour aller à Ribeira Grande (50$) où un autre HIACE nous conduit à Paul (50$) en suivant la corniche. Nous devenons expertes en taxis collectifs. Au passage, nous traversons Synagoga, vilain village de parpaing, qui n’a que son nom d’attrayant. Sur une pointe se trouvent les ruines de ce qui a été une synagogue puis une léproserie, rien à visiter.
Paul est un gros bourg le long d’une plage où déferlent des vagues impressionnantes, une poste, un dispensaire, une promenade aménagée sur le bord de l’océan.
Dans la ribeira règne une grande activité : on extrait des galets et du sable du lit de la rivière, à sec. On tamise sur place sur de la tôle percée à la main placée sur des chevalets. Des hommes transportent de grosses pierres à bras. Il semble que la moitié des hommes en activité sont des maçons !
La route pavée quitte le lit de la rivière pour s’élever vers de jolis villages avec des maisons soignées et bien crépies.

chaumières
chaumières

De part et d’autre de la route, on remarque de nombreuses chaumières très jolies sous des cocotiers et des arbres à pain. Les étables pour des petites vaches noires et blanches, les abris pour les chèvres et les cochons sont coiffés de paille. Près des maisons, des installations pour la distillation de la grogue sont repérables aux grands tas de feuilles de cannes séchées et à la fumée qui s’échappe de l’alambic.
Les cultures sont florissantes dans cette vallée, la canne pousse drue et très haute. Des hommes la récoltent à la main avec des machettes. Ils travaillent en groupe, alignent les cannes débarrassées de leurs feuilles et font des sortes de fagots que les femmes transportent sur leurs têtes. Les enfants, en vacances, circulent un tronçon de canne à la main, mâchonnent et crachent.

Agave
Agave

La route pavée monte vers Passagem. Nous faisons des haltes fréquentes sous les manguiers et les arbres à pain qui sont de grands arbres dispensant une ombre épaisse et fraîche. Sur les bords de la route, canalisée dans les levadas, suintant des roches, en piscines dans des citernes rectangulaires, en flaque dans le lit du ruisseau, partout comme un miracle, la présence de l’eau. Ce sont les ignames avec leur beau feuillage vert vif qui sont les plus gourmands. Les bananiers paraissent plus vigoureux qu’ailleurs. Les régimes sont de belle taille, ce qui n’empêche pas les femmes de grimper allègrement la côte, un régime en équilibre sur le petit coussin porté sur leur foulard. Elles se prêtent simplement à la photo. Notre étonnement les fait rigoler, cela leur paraît si naturel de porter de 35 à 50 kg, pieds nus sur les sentiers grimpant vers leurs maisons.
Dans le fond de la vallée, autre occupation : la lessive. Des draps, couvertures serviettes ou vêtements sont étendus directement par terre sur les galets ou les graviers.

Etranges fruits
Etranges fruits

Les sujets de photo ne manquent pas : fleurs de cactées ou de frangipanier, fruits, maisons couvertes de chaume, sans compter les petites filles qui réclament « photo, photo ». Un hameau aux chaumières basses dispersées parmi de gros rochers nous paraît spécialement joli. Nous y pénétrons et les habitants doivent retenir leurs chiens.
Une petite fille offre des mangues. J’en prends 4 et lui donne 40$. Elle n’avait rien demandé. C’est la saison de la cueillette des mangues, les enfants ramassent celles qui sont tombées, mais elles sont cueillies avec des petits sacs pour éviter qu’elles ne s’abîment. Pas d’échelles. Un homme et son fils grimpent dans un immense manguier. Nous ne les aurions pas remarqués si le jeune ne nous avait appelé « bonjour !« . On cherche celui qui nous interpelle. Il est très haut dans le manguier et saute de branches en branches aussi lestement que les macaques de Tarrafal.
Au loin, sur les terrasses, les hommes binent la terre avec des binettes à très court manche.
Les pick-up montent et descendent, chargeant des sacs de mangues, les fagots de canne. Le poisson est aussi vendu sur la route ? Tandis que je dessine et que Dominique observe la cueillette des mangues, nous voyons passer une assiette de maquereaux.
Cette route est très animée, à côté de ceux qui travaillent aux champs, de celles qui portent ou qui lavent, il y a aussi une pléiade d’enfants qui vont, viennent, nous rendent visite, sont assis sur le parapet. Certains jouent à l’awélé, d’autres aux cartes, deux au baby foot.
Une vieille femme nous tient compagnie tandis que je peins. Attend t-elle l’aluguer ? Elle lui fait signe mais ne monte pas. Surveille t-elle la cueillette des mangues ? Elle parle toute seule, peut-être récite t-elle des prières ?
A Passagem, le jardin tropical est décevant, la piscine est vide. Avec ses bougainvillées, il n’est pas plus fleuri que les maisons aux alentours… Nous nous rapprochons de la muraille rocheuse haute de plus de 1000 m. Le paysage devient plus austère, les terrasses de canne moins fournies, les arbres plus dispersés. Nous redescendons tranquillement, le ciel se couvre. Quand nous pique-niquons quelques gouttes tombent. Le pique-nique est écrasé, les bananes sont en purée peu ragoûtante, Dominique renonce à son sandwich. Le ciel est maintenant tout gris, peut-être allons-nous avoir de la vraie pluie ?
Nous trouvons tout de suite un aluguer direct pour Ponta do Sol à Paul (100$). Deux femmes très pittoresques montent à Ribeira Grande. Elles balancent sur la galerie leurs cuvettes en plastique contenant des carottes, puis bavardent très fort. Elles descendent en même temps que nous sur la place de Ponta do Sol. L’une d’elle nous parle en français. Elle l’a appris à Paris Saint-Germain : « très chic, très cher« . Elle est vêtue d’une minijupe vert brillant d’un  T-shirt de basket et d’un bandana aux couleurs américaines. Nous l’interrogeons. Elle peut porter jusqu’à 35 kg : « cela tient tout seul », puis elle s’éloigne en parlant toute seule. Nous la retrouvons chez Fatima chez qui elle livre ses carottes.
Les nuages sont très bas, la lumière est sinistre : grosse déprime.
Fatima nous fait dîner à 19h30 de poisson bouilli plein d’arêtes. Après le dîner, promenade nocturne. Tout le monde est dans la rue, surtout les enfants et les jeunes. La ville s’anime. Nous restons sur la belle place écoutons les frondes des palmiers qui claquent au vent.

26 .Santo Antao – Fontainhas et baignades

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Au petit déjeuner nous retrouvons une famille française qui était avec nous à l’hôtel Che Guevara .  La femme parle portugais et profite de toutes les opportunités pour rencontrer des gens. Ils nous découragent d’entreprendre la descente de Cova, très longue et très pénible d’après eux.

10 heures – peu tard pour commencer la promenade – Sous le ciel couvert nous ne pensons pas être gênées par le soleil.
Le sentier monte entre le cimetière et les porcheries (odeur infecte) .  Au-dessus du cimetière catholique, dans un enclos, se trouve  le petit cimetière juif. Rien à voir avec les nouveaux chrétiens ou les Marranes (je lis en ce moment une biographie de Christophe Colomb). Les tombes datent du XXème siècle.

Fontainhas
Fontainhas : village perché sur une arête

Le chemin côtier, nettement au-dessus du rivage, domine Punta do Sol. La vue est très belle. Entre temps, les nuages ont disparu. Après un tournant,  le village de Fontainhas est accroché à mi-pente avec ses maisons peintes de couleurs vives, ses fleurs au dessus d’une petite ribeira toute pimpante. Les terrasses sont cultivées de canne à sucre, le fond du ruisseau est occupé par des petits champs d’ignames formant une mosaïque vert très vif, chaque parcelle étant séparée par de petites murettes, rubans allongé s’étalant jusqu’à une petite plage de sable gris dans une crique abritée entre des falaises rouges et noires. Cette eau calme me donne envie de me baigner. Quelques cocotiers et de beaux arbres à pain complètent le tableau.
Fontainhas est fleuri de bougainvillées d’un flamboyant. Ce village perché sur une arête est minuscule mais possède une grande école peinte en jaune et deux mercerias signalées par de discrets écriteaux. Un escalier traverse une rangée de maison mettant définitivement fin à la circulation automobile.

les petites terrasses , citerne et levada
les petites terrasses , citerne et levada

Le chemin longe la ribeira puis retrouve la mer. Une petite descente et une grande montée. Nous ne sommes pas seules : un groupe de femmes et des enfants vont à pied au village suivant : Corvo, portant de lourds paquets sur la tête. Elles nous dépassent avant le col.
Au tournant, un éperon rocheux vertical, une cheminée volcanique forme un mur jusque dans l’eau, cap pointu. La vue est spectaculaire : Ponta do Sol , au loin, avec sa piste d’aviation, porte-avions conquis sur la mer et son port minuscule. De l’autre côté du col, une pente sèche où zigzague un sentier pavé soigneusement et protégé par une murette. Dominique se pose mais cela me démange de continuer le sentier côtier jusqu’à Corvo dont nous apercevons les premières maisons.

Punta do sol village et aéroport
Punta do sol village et aéroport

Je m’accorde une demi-heure pour poursuivre mon exploration, descends facilement assez loin pour découvrir une étroite vallée, avec un ruisseau, un ruban d’ignames, des terrasses de canne et la suite du village. Complètement isolé : on n’y parvient qu’à pied, peut être en barque. Cependant depuis 1999 l’électrification a été achevée. Je remonte plus facilement que prévu. Nous déjeunons rapidement. Le ciel est sans nuage, le soleil tape dur, pas d’ombre, il fait vraiment très chaud.

Dominique redoute le retour avec la grande montée aux heures les plus chaudes de la journée. Elle part en avant plutôt colère, me reprochant mes expéditions. Nous croisons une famille qui monte des caisses de bière, des bouteilles de Coca-Cola, des jus de fruit. Il y a sans doute un bar à Corvo ravitaillé à pied. J’achète de l’eau fraîche à Fontainhas dans une loja, prétexte pour trouver un aluguer. L’épicière propose de téléphoner à Punta do Sol pour en faire venir un.
Un pick up est arrivé sans qu’on le remarque. C’est une camionnette de l’aide alimentaire du PAM (Programme Alimentaire Mondial). Un jeune homme parlant très bien Français nous explique qu’ils distribuent de la nourriture aux plus défavorisés : un sac de farine de maïs, un broc de haricots, une bouteille d’huile. Des femmes et enfants viennent à la distribution. On coche des noms sur une liste. Tout se passe très vite. Le pick-up repart chargé à ras bord de tous ceux qui veulent profiter de l’occasion.
A notre retour,   Fatima fait la sieste sur le divan de l’entrée. Aujourd’hui, elle est très causante. Comme nous lui racontons notre journée et que je lui montre les babioles que nous avons données aux petites filles, elle appelle Alicia et lui donne un sachet contenant des élastiques décorés pour attacher les cheveux qu’Habiba m’a vendus le jour de la fin des cours.
Alicia,  la jeune fille qui sert les repas, longues jambes miel,  n’a que douze ans ; elle est orpheline. Fatima l’a recueillie il y a trois ans et elle travaille à la pension. Je demande si elle va à l’école. Fatima me rassure, ce sont les vacances.

Punta do Sol : port
Punta do Sol : port

J’ai bien envie de me baigner. Le sentier côtier m’a frustrée. Après le port, il y a une petite plage, des rochers plats, une sorte de piscine naturelle d’eau très calme avec un peu de sable gris. Beaucoup d’enfants y barbotent. Je demande conseil à Fatima. Est-ce raisonnable d’y aller ? Elle m’encourage vivement. Puis-je me mettre en maillot ? Au Cap Vert les femmes restent le plus souvent en short et en T-shirt mais je n’ai pas envie de mouiller mes affaires. Nous avons emporté le minimum, le reste est resté à Mindelo. Pas de problème pour le maillot. Les enfants ne sont pas seuls. Il y a des adultes, des mères surtout. Je me trempe. Il fait frais, agréable, mais il y a trop de monde pour nager. Les enfants essaient de capturer de petits poissons. Après une courte baignade je remonte.
J’ai l’agréable surprise de retrouver Judith et Philippe, les Allemands de Fogo, qui viennent d’arriver mais repartent déjà demain.

Nous allons sur le port pour voir le coucher de soleil. Le petit port est protégé par une jetée qui a dû avoir des jours meilleurs si on considère le beau dallage, les escaliers et les grosses boules de pierre qui ornaient la rambarde. Dans la rade, l’eau est calme. Les barques sont tirées à sec sur le ciment, bien alignées. Nous découvrons  la falaise où nous étions ce midi. Des nuages couvrent les sommets, dommage pour la photo qui aurait été belle ! Le ciel a l’air dégagé vers l’Ouest, peut-être aurons-nous Le coucher de soleil des vacances ? Nous attendons, contemplant les rangées de vagues qui se brisent dans une belle couleur turquoise. la mer scintille d’or le soleil pâlit puis s’enfonce dans une brume invisible où il disparaît.

25. Premières visites de Santa Antao avec un chauffeur

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Au petit déjeuner, j’ai résolu l’énigme du pain : on n’en trouve jamais dans les épiceries pourtant, il existe une boulangerie industrielle  dans chaque île. On se demandait bien où on pouvait se le procurer . Ce matin tout le village défile chez Fatima, un torchon à la main pour acheter des petits pains. Les dépôts de pain se trouvent dans des lieux inattendus !

8h, ponctuel, un grand HIACE (15 places) rouge nous attend. Au volant, Gabriel, métis très clair, jeune grassouillet, en jeans. Il parle beaucoup moins bien français qu’on ne  l’avait cru hier, il est ravi que je comprenne un peu le Portugais. A moi donc de faire les efforts de conversation si nous désirons une visite commentée. A Fogo, Albino avait été un guide remarquable mais il était polyglotte ? le prix a aussi augmenté .

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Ribeira : fermer perchée

Pour arriver à Ribeira Grande nous roulons sur quatre kilomètres de corniche au dessus d’une mer agitée de belles vagues blanches. Il n’y a pas de vent du tout, par jour de tempête cela doit être impressionnant !

Ribeira Grande est une agglomération assez laide. Impossible d’en saisir le plan de prime abord : nous passons par une ruelle devant un petit marché, arrivons sur une rue commerçante avec des banques le bureau de TACV, deux hôtels minables. Plus loin un quartier plus moderne, un marché africain installé dans des baraques de tôle grise, beaucoup d’aluguers, un garage. Gabriel stoppe au garage pour voir le loueur de voitures, peine perdue, tous ses véhicules sont occupés. Peut être, n’inspirons nous pas confiance. En voyant l’état des pistes, je le regrette moins.

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Ribeira grande : canne à sucre

Le minibus s’engage dans la Ribeira Grande, vallée assez large et cultivée surtout de  canne à sucre, de manguiers magnifiques, je découvre les arbres à pain. Parmi les légumes du dîner, j’avais trouvé une tranche verdâtre d’un légume inconnu un peu farineux au goût situé entre la patate douce et l’artichaut. Fatima m’avais expliqué que c’était le fruit de l’arbre à pain. Ces arbres sont très grands aussi hauts que les manguiers mais plus larges avec de belles feuilles découpées très décoratives et des fruits vert clair hérissés de piques.

Les maisons sont perchées sur des pentes incroyables, parfois sur des arêtes vives où il y a tout juste la place de construire une maisonnette. Elles sont toutes très fleuries. Les fleurs d’agave –ou de sisal- donnent du pittoresque aux photos. Les plus anciennes sont en pierre noire couvertes de paille (cela se dit pareil en Portugais), les plus soignées sont peintes en blanc, rose ou vert vif, la plupart sont en parpaing.

Cha de igreija : terrasses
Cha de igreija : terrasses

Les hommes façonnent sur place  les briques de parpaing en tamisant les graviers ou le sable prélevés dans le fond de la ribeira en faisant des trous disgracieux. Des cadres métalliques percés de trous faits à la main servent de tamis primitifs. Ils mélangent au ciment le gravier sur le bord de la route et remplissent des moules rudimentaires. Les parpaings sèchent, alignés. Peut être les maçons sont ils des professionnels mais il semble que chacun construit avec l’aide de sa famille ou des voisins sa maison, rehausse d’un étage, rajoute une pièce, tout en habitant les pièces terminées . Cela confère aux villages un aspect inachevé, de chantier perpétuel. Quand il y a du travail aux champs ou du grogue à distiller, quand il n’y a plus de sous, le chantier s’arrête et la maison reste en attente… Les harmonieuses maisons basses aux frontons portugais se transforment en immeubles à étages avec des terrasses hérissées de ferrailles qui dépassent et rouillent, d’escaliers qui ne mènent nulle part . Les animaux, eux, sont logés dans des abris traditionnels souvent arrondis, muret de moellons grossier avec un toit de paille couvrant à moitié l’ouverture ronde.

Les nuages , accrochés aux sommets se détachent. Il fait beau .. Je dois me gendarmer pour ne pas tout prendre en photo . Gabriel s’arrête volontiers (quand la route le permet) Une excursion en voiture est une sorte de torture pour le photographe. Vu de mon siège un cadrage me plaît, descendue sur la route, je ne le retrouve plus. Le premier plan a disparu . dans le viseur, le sujet paraît lointain. et quelconque .

Cha de igreija village
Cha de igreija village

La route s’élève vite à flanc de la montagne. Nous passons devant notre première trapiche (distillerie de grogue) Demi tour à Garça de Cima ..

Point de vue magnifique sur Horta da Cima, village au fond d’une vallée très verte. Puis descente en lacets rapide, la route devient piste et plonge dans un canyon étroit : scènes de western : un cavalier sur un magnifique cheval marron, encore plus insolites ces deux colporteurs très noirs sans doute sénégalais tenant un portoir sur lequel sont accrochés des montres des lunettes, des bricoles, un bandana stars and stripes. Je ne suis pas assez rapide pour sortir l’appareil-photo, dommage …

Pour atteindre Cha da Igreja, le minibus gravit une pente incroyable, nous faisons silence, chauffera ou chauffera pas ? Bravo Toyota! le Hiace est monté sans encombre . J’en fais part à Gabriel qui dit que les Peugeot sont bonnes à Sal ou à Sao Vicente mais qu’elles n’auraient pas supporté l’ascension . Il me montre le thermomètre du compteur.

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Dans la canne à sucre toute une troupe est occupée à construire une levada. J’ai oublié de parler des levadas que nous suivons dans le paysage depuis Ribeira Grande. Certaines sont suspendues sur des ponts très fins  Elles ne ressemblent pas à celles de Madère : ce sont des rigoles d’une vingtaine de cm de largeur et de profondeur avec une fine bordure de ciment de chaque côté . pas de chemin qui les accompagne comme à Madère .Comment travaillent les levadeiros chargés de leur entretien ?

Après la campagne riante, nous traversons une ribeira, et arrivons au village de pêcheurs de Cruzinhas da Garça : un port minuscule abrité par un gros rocher, quelques barques à quai . le village est gris parpaing, noir basalte, très sale et très misérable. La mer envoie des paquets d’écume. Gabriel  propose une promenade à pied. Distribution de crayons . Je descends seule au port . Sur le rocher humide grouillent des dizaines de tout petits crabes.

Nous repassons par Cha da Igreja, le soleil est déjà haut, la lumière moins belle.

Trappiche
Trappiche

Coculi : nous nous engageons dans une petite ribeira cultivée, nous visitons une trapiche. Un jeune commente la fabrication de l’Agua Ardente. La canne est écrasée entre des rouleaux (moteur électrique) le jus arrive dans des barriques stockées dans un appentis. .  Pendant la fermentation, de grosse bulles soulèvent la surface. du liquide grisâtre  .Elle dure plusieurs semaines puis on distille dans alambic primitif. Un four alimenté par des paquets de feuilles de canne chauffe une sorte de chaudron (un bidon métallique) le refroidissement s’accomplit le long d’une gouttière creusée dans du bois où coule l’eau  . Au bout d’un vulgaire tuyau en plastique noir (comme les tuyaux d ‘irrigation) on récupère l’agua ardente. Comment échapper à la dégustation et à l’achat ? le plus simplement du monde : j’explique qu’il est beaucoup trop tôt pour boire et que l’alcool à jeun nous assommerait par cette chaleur (je mime) . je renifle la grogue :cela sent très bon . Ils n’insiste pas du tout. De toute façon la grogue est dans de grosses barriques, si nous avions voulu en acheter il aurait fallu apporter notre propre bouteille.

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Ribeira Grande : bananeraies

Gabriel nous conduit jusqu’au dernier village au bout de la route, croisant des enfants qui sortent de l’école portant leurs cahiers, les objets confectionnés pendant l’année, cartons, tableaux de nouilles ou de coquillages, boutures dans des pots de conserves. C’est le jour des vacances, ils lancent des vivats qui doivent dire que l’école est finie.

Dominique essaie de photographier une petite fille portant une belle bouture sur sa tête, ses copines sont jalouses et se placent devant elle. On a bien du mal à les disposer pour que la « vedette » soit visible.

Nous descendons la piste à pied  .Gabriel nous attend plus bas avec ses copains de la distillerie. Nous déjeunons sous un manguier, à nos pieds une petite levada  . Des gamins nous importunent ‘ »money «  la grande sœur ou la mère les éloigne. Spectacle inattendu : un âne s’est échappé, descend la piste au grand galop poursuivi par un gamin pieds nus.

Sur le gué cimenté, plein de bouteilles de bière cassées, le Hiace se retrouve avec un  pneu crevé. Heureusement Ribeira Grande est toute proche . Gabriel porte le pneu au garage et nous en profitons pour aller changer de l’argent à la banque.

Le ciel s’est couvert, il fait tout gris .

Dernière expédition : la petite Ribeira de Torre qui aboutit à la Ribeira Grande encore plus verdoyante que les autres . Des bananeraies se pressent sur ses flancs . dans son creux, coule de l’eau qui arrose des ignames . les arbres à pain sont encore plus majestueux, je crois reconnaître un avocatier. Fin de la ballade sous un tout petit pic, une aiguille volcanique ( ?) comme un obélisque

Notre lampe de chevet est inénarrable : sur un socle de laiton, la lampe est en porcelaine, un bouquet de fleurs en plastique orange sert d’abat jour . Pas d’interrupteur, quand on tape faiblement sur le socle, la lampe s’éclaire faiblement, au deuxième coup, elle s’éclaire bien, au troisième coup tout s’éteint. D’où provient cette merveille ?