Un grand merci à Sonia de Djerba-Autrement et à Evaneos d’avoir organisé ce merveilleux voyage!
Voyage sur-mesure, à notre rythme, dans des conditions idéales. En parfaite liberté, avec pourtant un timing et une organisation minutieuse. Jamais nous n’avons senti la contrainte d’un emploi du temps trop chargé. Jamais nous ne nous sommes ennuyées. Chaque étape nous a réservé son lot de surprises variées : vie rurale, architecture, Antiquité romaine, gastronomie, désert et mer…
Merci aussi à toutes nos hôtesses, Mbarka, Meissa, Yousr, Salma, Fatima, Latifa, Halima…et aux hôtes, Majdi, Taieb, Salah, Patrick! Tous, des personnalités variées, intéressantes, des personnes d’une gentillesse qui nous a touchée. l’hospitalité tunisienne est merveilleuse.
9h Salah et MBarka viennent nous chercher avec un programme de visites pour la matinée. Nous nous arrêtons pour photographier les Menzels, grosses fermes traditionnelles avec des de longs murs blancs, des bâtiments comme des tours carrées, des coupoles, des dépendances voûtées..Il n’en existe plus tellement à Houmt Souk, l’urbanisation mite le terrain agricole. Partout o construit de grosses villas en ciment.
menzel
On retrouve les structures traditionnelles : la citerne carrée pour les eaux de pluie. Quelques puits ont gardé le V de bois où était accrochée la longe du dromadaire. Les rigoles d’irrigation cimentées ne sont plus fonctionnelles mais on les retrouve dans les épines. L’aire pour batte l’orge est toujours visible. Les écuries et étables ont de beaux plafonds voûtés, les ateliers de tissage leur pignon triangulaire. Il y avait une huilerie souterraine de l’autre côté de la route, récemment on l’a comblée avec du sable, on ne voit plus rien.
La Ghriba
La synagogue de Djerba est peut être une des plus anciennes au monde. Elle a été fondée après la destruction du Temple en 586av.J.C. , pour son ancienneté aussi bien pour la tolérance des Djerbiens c’est une visite incontournable. En avril 2002, un attentat a fait des victimes, elle est maintenant surveillée par des policiers lourdement armés qui vérifient les passeports, il semble que les Tunisiens n’y soient pas les bienvenus. Nous sommes les seules visiteuses. La première salle est carrelée de bleu avec de beaux décors ; Il faut se déchausser et se couvrir la tête pour pénétrer dans la suivante. Son plafond est peint en vert.
Au mur il y a des inscriptions en hébreu à la mémoire de Djerbiens décédés relativement récemment. Dans une vitrine sont exposées des plaques d’argent gravées d’inscriptions hébraïques. Nombreuse sont celles qui ont la forme de la main de Fatima, symbole très courant au Maghreb chez les Juifs comme chez les Arabes. Des très vieux juifs prient à haute voix, d’autres font le ménage. Personne ne prête attention à nous. Sur le chemin du retour j’ai l’agréable surprise de rencontrer Abbas l’Irakien et sa femme au voile rouge vus à Tamrezet chez Monji.
Errhiad, le dimanche, c’est le souk hebdomadaire. Toute une foule l’y presse, arrivés à pied en voiture ou en louage. Nombreux sont ceux qui portent le costume djerbien. Les femmes sont enveloppées dans le grand linge rayé de rouge et sont coiffées du chapeau de paille tressé. Citrouilles, petits pois en tas, tomates, oignons, herbes sont par terre. Les mandarines se vendent à l’arrière des pickups les carottes sont géantes et d’une couleur étrange pas orange mais rose presque rouges. Chacun choisi sa marchandise. Salah choisit une à une ses tomates. Ils font leur marché ici, tous les dimanches et rencontrent de nombreuses connaissances.
Djerbiennes au marché
Au retour nous avons encore un petit moment pour boire un jus sur la terrasse de Dar Saïdi. Le vent a chassé les nuages. Quel dommage de ne pas pourvoir jouir de cette belle journée !
Potirons de collection
Salah nous conduit à l’aéroport. Il pousse notre caddy, remplit les formulaires de police pour quitter le territoire, nous a acheté le timbre et a bloqué pour nous deux très bonnes 15places dans l’avion. Nous embarquons avec le tapis rouge Privilège.
Il nous reste à attendre l’embarquement et manger les mandarines du marché.
Arrivée à Houmt Souk à 16h. Trop tôt pour s’enfermer. On a envie de mer et on fait un tour sur la Cornichequi ne longe pas du tout une plage, mais une lagune barrée au loin par un cordon dunaire. Toujours ces plantes de lac salé, pas mal d’eau et des bandes de flamants roses avec quelques aigrettes blanches. On se dirige vers la zone hôtelière. La proximité de la mer nous réjouit. Les hôtes sont plus luxueux, plus gigantesques que je l’imaginais ; Deux Radisson5* ! Une enclave dans la Djerba tunisienne, zone impeccable, neutre, internationale, désespérante. Mais propre ! Question poubelles, Houmt Souk dépasse ce que nous avons vu précédemment.
Nouvelle interprétation : notre hôtesse incrimine les Libyens. Des réfugiés ? Pas forcément : ils sont nombreux à venir se faire soigner à Djerba. Nous avons remarqué le long de la corniche des cliniques luxueuses des laboratoires d’analyses ou des cabinets de radiologie. Ces riches personnages malades auraient donc jeté ces ordures ? Toutes sorte d’histoires et de rumeurs mettent en scène les Libyens ; Riches hommes d’affaires pour qui Djerba est une base tranquille ou au contraire victimes de la guerre incessante. Trafics en tous genres. Latifa, sur le sentier ce matin m’a livré une histoire plus émouvante. Elle a vu arriver à Douiret des blessés, des femmes enceintes, des bergers poussant leurs troupeaux. « je n’avais jamais vu la guerre. J’en ai pris conscience en voyant ces gens démunis » Les gens de Douiret les ont logés dans l’Auberge de Jeunesse. Certains sont repartis combattre, d’autres sont restés.
Le patio de Dar Zina, royaume des chats
Avec la balade à la mer, nous sommes à nouveau à la limite de la panne d’essence. Le GPS connaît la rue du 20 mars, adresse de Dar Zina. Mais nous n’avons pas le numéro. Je téléphone. Quand nous aurons atteint le cimetière et la Mosquée nous serons tout près et elle enverra une jeune fille nous guider. Ici, les ruelles n’ont pas de nom. Les maisons pas de numéros. Tout un lacis de ruelles et d’impasses portent le nom de la rue principale. Il faut être de Djerba pour s’y retrouver. Le voyant s’allume mais on roule encore. Une première ruelle, un coude, une nouvelle impasse. Les sacs poubelles et les flaques jonchent le sol. C’est ici. Une merveilleuse porte bleue encadrée de deux poteries ;
C’est ici : la famille est au salon. On a recouvert d’une plaque de verre une porte ancienne cloutée et ornée de paons pour faire une table basse Des fauteuils bas en bois garnis de coussins et de tapis. Les enfants regardent Brice de Nice sur un grand téléviseur écran plat. Nous sommes un peu ahuries. Pressées surtout de nous débarrasser de la voiture (pourvu qu’elle veuille bien redémarrer et atteindre une pompe !) Ce n’est qu’un peu plus tard, après des coups de téléphone à Camel Car et à l’Agence que je me tranquillise et que nous découvrons notre chambre de l’autre côté d’un patio blanc. Une banquette blanche recouverte de coussins court tout autour du patio qui semble être le domaine des 2 chats et des trois chatons.
Raffinement design
Notre appartement se compose d’un salon avec une banquette de fer forgé toute simple entourant un grand coffre, d’un fauteuil très confortable et d’un lampadaire très contemporain (bois flotté, ferrailles diverses et abat-jour en raphia). Une niche avec 3 arches contient de belles céramiques. Deux penderies encadrent porte de la salle de bain rehaussé de carreaux de majolique avec une glace habillée de bois à claire voie formant un arc oriental. Symétrique de la salle de bain : une alcôve occupée par le grand lit. La tête de lit est originale, bois et ferronnerie. La literie sophistiquée, drap brodés, camaïeu de beiges, gris contemporains, coussins de lin grège, un mince tapis berbère aux motifs noirs et blancs au pied du lit. Raffinement et bon goût.
Côté chambre
Dîner familial avec notre hôtesse et les enfants. Une soupe de lentilles passée, purée de carottes froide très épicée et vinaigrée décorée de moitiés d’œuf dur. Pot au feu accompagné de courgette et carottes sur un lit de fines pâtes. Au dessert, ces beignets enroulés qu’elle appelle « oreilles de cadi » d’une légèreté in croyable nappée d’un trait de miel.
Notre hôtesse a une conversation aimable ; Elle aime que sa table réunisse toutes origines et croyances. Elle nous explique les différences entre la Tunisie du nord métissée et le sud berbère. Évoquant les élections elle souligne que les vieux ont voté massivement tandis que les jeunes, déçus de la politique préfèrent s’investir dans la vie associative.
Petit déjeuner raffiné : dans la pâte à crêpe, des morceaux de dattes sont incorporés. Présentées saupoudrées de sucre-cannelle on peut les accompagner de confitures présentées dans un plat oblong dans des compartiments en diagonale, harmonie des couleurs de la grenade, coing, abricot en dégradé de couleurs. Œufs mollets, charcuterie de dinde, fromage blancs. Les yaourts à la vanille sortent de la yaourtière. Les oranges sont tranchées et sucrées à la cannelle.
En attendant notre hôtesse, nous montons sur la terrasse, royaume annexe des chats. Le soleil cogne.
Le souk d’Houmt Souk
Houmt souk arcades du souk
Promenade à pied jusqu’au souk. Délaissant le marché alimentaire nous flânons dans les rues anciennes blanches et bleues. Nous entrons dans les caravansérails, l’un d’eux est occupé par une auberge de jeunesse, les autres par des hôtels ont été plus retouchés. Dans le dernier, une piscine dénature un peu le lieu.
foundouk: caravansérail
Une église peinte en crème voisine avec la mosquée. Je cherche des éponges dans les boutiques pour touristes sans trouver la qualité qui me convient. Elles sont souvent brutes plus pour le décor que pour la toilette. Des échoppes sont occupées par des coiffeurs-barbiers, des tisserands ou des vendeurs de rouleaux de soie. Nous nous arrêtons longuement pour regarder travailler deux tisserands occupés à installer la trame d’une soierie : 3500fils très vins, presque invisibles avec des motifs de losanges et zigzag obtenus en croisant les fils ; une patience incroyable.
Un vannier travaille artisanalement, mais son atelier est fermé ce matin.
Certaines boutiques utilisent le savoir-faire des artisans tunisien pour des créations contemporaines. Halima se fournit en linge de maison chez deux Italiennes qu’elle nous fait connaître. Un châle vert mousseux aérien fera un très beau cadeau (35DT), j’ai failli craquer pour des pulls tricotés main de toute beauté (70DT).
L’anniversaire
Bon anniversaire!
14h30 MBarka vient nous chercher devant le cimetière de Taourit, le quartier de Dar Zina.
Le chien Max s’étire et nous reconnaît. Les enfants nous embrassent. La table de la terrasse est au soleil. Les enfants ont préparé une surprise pour l’anniversaire de Dominique : un joli livret avec des fleurs collées, des dessins des poèmes. MBarka apporte le gâteau d’anniversaire. Les enfants brandissent des disques enveloppés dans du papier-cadeaux violet : des plats de cuivre gravés et martelés à nos noms avec des dromadaires et des palmiers ; un beau souvenir !Nous sommes si bien ensemble que nous renonçons à la promenade prévue à El May et Midoun. L’amitié remplace le tourisme.
Mariée djerbienne
A la tombée du jour Mbarka nous embarque chez la maman de Youcef, le copain de Midou. Elle est coiffeuse et « prépare » une mariée qui a déjà passé l’étape du henné :se paumes sont brunes et noires, les ongles peints et le dos de la main est recouvert d’entrelacs imitant la dentelle. Au dessus du henné on a peint une décoration argenté qui imite les broderies de la robe blanche. Les yeux sont lourdement maquillés en bleu foncé. Les cils très allongés. Les mamans sont habillées de robes longues chamarrées de dorures. Halima nous racontera au dîner que même dans les familles les plus modernes on ne rate pas le tour en dromadaire même si on monte après à bord d’une Mercedes.
Coucher de soleil à la marina
Coucher de soleil à la marina
A côté de nombreux bateaux-pirates pour touristes la barque blanche de Salah est à quai. Coucher de soleil derrière les bateaux-pirates.
Diner à Dar Zina
La chorba épicée est accompagnée de salades fraîches : fenouil, petits pois, carottes. Le tagine est coupé en belles parts. Les poulpes nagent dans une sauce épicée. Au dessert, un couscous sucré mélangé de fruits secs pilés, léger, délicieux, décoré par des lanières de dattes.
Nous restons longtemps à table en compagnie d’Halima et d’une dame tunisoise (son mari regarde la télévision, leur fils joue avec sa console). Elles évoquent les élections. Leur opinion est mitigée. Elles évoquent une « régression » après la Révolution. Le pouvoir dictatorial évanoui, certaines personnes se sont mis à faire n’importe quoi, selon elles (comme sortir en babouches et chemise de nuit dans un hôtel de luxe). Sur Internet, les rumeurs et la propagande se sont déchaînés. La pression des années de dictature partie, tout est désorganisé. Du nouveau pouvoir, beaucoup attendent une remise à l’ordre. Toutes ces constatations ne poussent guère à l’optimisme. D’après elles, le sud conservateur a voté Marzouki. Je comprends mieux le flou à Gabès le lendemain main des élections. Nous quitterons la Tunisie avec nos interrogations, nos conjectures et les hésitations. Nous n’avons entendu qu’un son de cloche : celui des professionnels du tourisme qui ont perdu leurs
Nous raccompagnons Latifa à Douiret et prenons la route de Tataouine, petite ville très animée et assez étendue. Tataouine est la ville des cornes de gazelle. Les pâtisseries sont nombreuses. La meilleure, selon Latifa, est Chams. Comme tout est écrit en arabe je renonce à chercher. En revanche, nous nous arrêtons dans une pâtisserie qui est aussi pizzeria et shwarma. On déjeunera d’un « libanais », version tunisienne de ce que nous appelons un « grec ».
De Tataouine à Houmt Souk le GPS annonce 2h de route sur la route 115 toute droite qui ne traverse que deux localités. A la sortie de Tataouine, le sol est sableux planté d’alfa puis els oliveraies deviennent de plus en plus florissantes. Les beaux arbres s’étendent sur u n sol orange, propre et labouré.
Le niveau d’essence baisse dangereusement. Nous n’avons pas vu un seul kiosque sur la route depuis Matmata. (on aurait dû chercher à Tataouine) . Au croisement avec la RN 1 vers Médenine, nous hésitons, demandons à des jeunes qui nous disent qu’il y en a à 50m sur la grande route. Ce n’est pas une station-service, seulement quelques bidons et un entonnoir. Le vendeur ne veut pas nous en vendre (c’est peut être du gasoil, il ne parle pas français) . on réduit la vitesse pour économiser le carburant.
La route traverse une étendue très plate avec les buissons violacés des plantes halophiles : c’est encore un lac salé El Melah. Juste avant la Chaussée Romaine, enfin ! une station service. On mégote et on met 5DT (le minimum).
Houmt Souk
On avait fantasmé sur la Chaussée Romaine. C’est une route surélevée qui relie l’île de Djerba au continent sur 7km. Un nom enchanteur mais peu de poésie. D’un côté une rangée de pylônes conduisant l’électricité et de l’autre une grosse canalisation pour l’eau douce. Ni barques, ni oiseaux. Un trafic intense, des camions. On touche l’île sans s’en rendre compte. Barrage de policiers qui nous font passer sans même nous arrêter.
Sous un beau soleil, Latifa m’entraîne vers l’ancien village abandonné en 1985 – pas tout à fait : deux familles sont restées avec leurs troupeaux. La dame nous salue, le berger retient son chien qui gronde à notre passage. »Il y a des loups dans la campagne, les chiens doivent être féroces » explique Latifa. Les chiens sauvages qui rodent sont aussi dangereux, certain peuvent même être enragés. A passage, Latifa me montre la pompe solaire. Une canalisation apporte l’eau aux habitations. Les oliviers de Douiret sont de grands : on ne les taille pas. C’est même dans les environs que se trouve le plus gros olivier de Tunisie.
Douiret sous le soleil du petit matin
Le sentier s’élève à flanc de la montagne et arrive sur une sorte de plateau arrondi « le dos de la montagne » . Un SMS arrive dans mon téléphone « tiens ici il y a du réseau ! ». La vue est très dégagée jusqu’à Tataouine dont on voit les antennes. Du temps du Protectorat, Tataouine c’était le bout du monde, le bagne.
Dans les creux, on voit de temps en temps un olivier ou deux, un champ fraîchement labouré pour les semis de l’orge. De grosses touffes d’alfa poussent sur le plateau. On en fait toute sorte de sparterie : couffins, paniers, corbeilles. Pour en couper une poignée je dois me servir de mon couteau : c’est du solide ! Nous herborisons. Des buissons d’armoise se blottissent malgré le froid et le vent : « bon pour l’estomac en tisane». Une plante inconnue aux feuilles et aux tiges très épaisses peut remplacer le tabac « C’est pour chiquer, on la mélange avec l’armoise. Ici les vieux chiquent. Les jeunes réfèrent fumer »Des flèches bleues balisent un marathon qui doit être très difficile.
Latifa à la source
A la descente sur Chenini le romarin prospère sur le versant plus ombragé. A l’abri de certains rochers il y a même de la mousse et des lichens, témoins d’une humidité permanente. Nous faisons un détour par une belle source protégée par une arche de ciment. L’eau est claire, froide ; On a construit un abreuvoir rond pour les ânes et une mangeoire.
Au détour du chemin, un minaret blanc flanqué de trois coupoles : c’est la Mosquée des 7 dormants six chrétiens emmurés avec leur chien, qui se réveillent après 300 ans de sommeil après la conquête musulmane et qui se convertirent. Le chien est figuré par un rocher triangulaire en haut de la montagne, veillant sur le monument. Il y a une légende analogue à Ephèse dans une grotte. La petite mosquée est tapissée de nattes de roseaux. Autour de la mosquée, un petit cimetière. Latifa me montre la différence entre une tombe de femme qui porte en son centre un gros caillou érigé. Pas de plaque ni nom, parfois une coupe pleine d’eau (de la pluie d’hier ?)
Chenini
Le village de Chenini occupe les deux versants d’un pic isolé. A son sommet : la forteresse. A mi-pente : la mosquée blanche. Sur les versants de nombreuses maisons ruinées ou pas, encore habitées pour certaines. L’autre côté est envahi par les touristes ; en bas à côté d’un vaste restaurant il y a un parking pour les cars. Comme dans tous les lieux touristiques sévissent les inévitables faux guides, les enfants mendiants cherchant à « changer » quelques centimes d’Euros contre des billets, les marchands des souvenirs affreux, les magasins avec des vraies roses de sables, les fausses géodes et des poteries hideuses.
15h, nous approchons de Douiret dans un décor de western. Des montagnes tabulaires se détachent les bancs de roche plus compacte, agrémentés de quelques palmiers. Sous la pluie, Douiret est désert. Deux femmes en costume rouge enveloppées de leur vaste châle blanc à rayures colorées, quatre hommes dans leur burnous montent sur une piste vers le ksar.
Arrivée sur une plateforme, sous les ruines. Aucune indication. Ici non plus, pas de réseau Orange. Je continue à pied. Au tournant je découvre une maison, une porte ouverte :Latifa nous attendait.
Douiret : les chambres dans le ksar
Elle nous conduit à un escalier qui grimpe à une terrasse. Notre chambre est dans le ksar. C’est une suite troglodyte composée d’une grande chambre avec deux lits et d’une petite avec un grand lit. Nous choisissons cette dernière éloignée de la porte et bien chaude. Des couvertures mousseuses, épaisses et fleuries recouvrent les lits. On en met une deuxième sur le nôtre. Pas de chauffage dans les chambres troglodytes, c’est inutile ! Nous avons même eu trop chaud pendant la nuit et j’ai enlevé mes chaussettes de nuit et le châle indien que j’enroule pour dormir depuis Gabès. Pourtant dehors il gèle presque. On grelottait dans la salle à manger en parka. J’ai alors remarqué la pierre de taille : la salle à manger est ajoutée et non creusée dans la roche.
Deux thèses s’affrontent à propos de ces habitations troglodytiques. Selon l’une, les Berbères s’y enfermaient pour résister aux nombreux envahisseurs, Romains, Vandales, Byzantins, Arabes, Ottomans… Selon Patrick, ce n’est pas une stratégie défensive mais plutôt une excellente adaptation des Berbères à un climat particulièrement contrasté, glacial l’hiver et torride l’été. Il me revient à la mémoire la visite à l’Albaicin à Grenade.
Le dîner est simple et revigorant : chorba piquante à souhait, brick à l’œuf exquis, léger, couscous pimenté mais carottes et navets éteignent le feu de la harissa, j’ai pris du piment vert très fort par erreur.
Latifa arrive après le dîner avec le thé et des cornes de gazelle (invention de Tataouine, rien à voir avec les cornes de gazelles marocaines qui sont sablées, celles du sud-tunisien sont frites et dégoulinantes de miel, fourrées aux amandes, dattes et sésame).
Latifa nous parle de l’Association qui rénove le village en partenariat avec des associations étrangères italiennes, espagnoles et françaises. En plus du projet d’hôtellerie et de la restauration de l’ancien village ruiné, il y a l’irrigation grâce à une pompe solaire (aide espagnole), une bibliothèque et de l’aide à la scolarisation des enfants orphelins ou démunis(France) . L‘association bénéficie aussi de subventions de l’Etat. Elle compte 10 permanents : 8 hommes et 2 femmes (Latifa et sa sœur). En 1985 les villageois ont quitté l’ancien village. 1986, création de l’Association. Il a fallu d’abord obtenir l’accord de tous les propriétaires. Les gens du village s’emploient à la restauration. Pour ne pas commettre d’erreur il faut connaître la culture berbère et employer des matériaux et des techniques traditionnels.
Patrick a cuit le pain du petit déjeuner et déposé deux coupelles mystérieuses en plus du miel, de la confiture de coing et des yaourts. L’une d’elle contient de la halva émiettée, l’autre une pâte couleur terre mouillée, brun foncé grumeleuse d’aspect peu engageant. C’est la bisa, pâte de sésame, lentille, parfumée à ‘anis et au thym. Chaque famille en possède une recette originale et secrète. A la première bouchée le goût de l’anis ressort, mais après une bouchée de pain on sent plus le thym. Le miel de Matmata est épais, coloré et très odorant, on reconnait le romarin. Même dans les chaleurs torrides de l’été, les abeilles trouvent des fleurs de romarin et de sarriette.
Surprise au départ
Nous sommes prêtes pour 8h mais le pare-brise de la voiture est gelé. Pas de raclettes à neige dans le Sud tunisien. On met le chauffage et on attend. Je remarque une curieuse couronne de plexiglas autour du cratère de la cour troglodyte : c’est contre les scorpions attirés la nuit par la lumière qui se laissent tomber dans le patio.
La route vers Toujane
La route de Toujane tourne en épingles à cheveux. Nous roulons vers le soleil levant particulièrement éblouissant ce matin. A l’entrée de la ville un café a installé un mirador pour photographier le village d’en haut : des fumées s’élèvent dans le matin, les terrasses forment une mosaïque blanche, brune et claire.
Toujane
Au village, nous croisons des hommes de tout âge et même des enfants encapuchonnés dans des burnous bruns. Capuche pointue, manches vides pendantes. Nous avons pris pour un manchot le premier que nous avons vu d’autant plus qu’il était bancal et contrefait. Tous ont adopté cette solution pour ne pas se geler les mains. Les kilims tissés à Toujane sont suspendus aux façades malheureusement nous n’avons pas le temps de rendre visite aux tisserands et j’ai peur de me laisser tenter par un kilim rouge aux nombreux motifs qui me fait de l’œil.
La route descend dans la plaine. Elle traverse des cultures maraîchères et des oliveraies irriguées. Nous traversons Metameuret Médenine pour prendre la route de BenGueddache sur le conseil d’un homme que nous avons emmené au marché. Je découvre un peu tard comment programmer Ksar Allouf sur le GPS. Sans notre passager nous n’aurions jamais trouvé le ksar perdu. Les maisons dispersées dans la montagne ont des toits hémicylindriques pittoresques. L’oued a creusé un canyon dans lequel s’engage la route.
Ksar Allouf
»Vous êtes arrivés ! » Clame Madame GPS à une intersection sous une mosquée blanche et un bosquet de palmier. Un homme vient à notre rencontre et indique une piste très raide. Plus haut, elle et cimentée, la voiture grimpe allégrement. Comme un gros nid de guêpes, les loges du ksar s’accumulent sur la crête. Les ksour tunisiens ne ressemblent pas aux châteaux marocains de même nom (comme le tagine à l’œuf tunisien diffère du tagine marocain). Les ksour sont des greniers. . chaque famille possède quatre loges ou gorfas, une pour le grain, une pour l’orge, une pour l’huile et la dernière pour les dattes. Ce ksar a 1300ans et fut abandonné il y a une cinquantaine d’années.
Les loges sont alignées avec le plafond en berceau, des marches d’escalier pour atteindre le niveau haut. Au fond de la cour, il y a une petite mosquée, la maison de l’imam et une huilerie. Dans la mosquée le plafond est décoré de motifs berbères et de versets du Coran. L’huilerie est construite autour d’un pressoir avec une grosse meule de pierre. Un petit dromadaire tournait inlassablement autour du pressoir pour écraser les olives. La pâte était ensuite pressée dans deux petits pressoirs dans des loges latérales. Quand le dromadaire devenait trop grand vers 10ans on l’égorgeait pour en faire un méchoui. Triste destin pour cet animal qui tournait sans jamais voir le jour !
huilerie
Ksar Joumaa
La toute petite route se faufile dans le canyon passe devant une mosquée minuscule dont le minaret mesure à peine 1m signalé par 4 ampoules cylindriques qui dépassent du toit. Perché sur une colline nous reconnaissons le ksar à ses arches et gorfas. Mais comme y monter ? Nous essayons la piste par derrière qui s’arrête dans les vergers à quelques centaines de mètres. Le guide Géo précise que la piste est carrossable. Nous la trouvons à la sortie du village sur la route principale. Un beau panneau coloré annonce un salon de thé, un restaurant et même des chambres d’hôtes. Le ksar a été refait à neuf, restauré, cimenté, chaulé. De belles jarres et des instruments agricoles ont été artistiquement dispersés près des portes des chambres. Salon de Thé et Restaurant sont fermés. Le tout est en parfait état mais le ksar a perdu son authenticité et son charme.
La route de Ghomrassen
Par la grande route et Medenine, 41km, en suivant une flèche 31km seulement. Tout se passe bien, la petite route conduit à un village, puis le goudron disparaît. On interpelle des villageois. Le pouce en l’air indique que c’est la bonne route. Le GPS est d’accord. Nous suivons une grande piste bien tracée, bien lisse ; Des travaux d’adduction d’eau se font le long de la piste : une tranchée, des rouleaux de tuyaux noirs. Tout va bien tant que le sous sol est argileux, la piste est jaune, lisse, bien douce. Dès que le substrat devient rocheux, la petite voiture doit éviter les rochers qui affleurent
Une fourchette nous plonge dans l’incertitude. Le GPS semble nous indiquer de continuer tout droit puis il se bloque, la piste se divise, se ramifie pour disparaitre dans les broussailles. Où sommes-nous ? Pourquoi le GPS est-il inerte ? La solution est la même pour tous les appareils électroniques : débrancher et laisser la machine se réinitialiser. Le triangle figurant la voiture est au milieu de nulle part. Retour à la fourche, on prend la piste de gauche, tout s’arrange, le GPS est content, le dessin de la « route » est repérable sur l’écran. Il reste 7km de piste sans aucune garantie de carrossabilité. Après une bonne demi-heure les maisons de Ghomrassen sont en vue. Mais il commence à pleuvoir. Pour refroidir la voiture et pour se donner du courage, on pique-nique d’un œuf dur, yaourt et une vache qui rit, chips et dattes.
Il pleut à verse quand nous traversons Ghomrassen. La citadelle Kalaa est introuvable, le mausolée SidiArfa inaccessible en voiture. Sous l’averse nous n’avons guère le goût au tourisme aquatique. La falaise est trouée de grotte comme un gruyère. L’urbanisation récente masque els structures anciennes. Partout on construit de grandes villas en ciment de plusieurs étages.
Sur le conseil de Patrick, j’entre à l’Office de Tourisme chercher un guide officiel pour et négocie le prix 12DT.
Le jeune homme qui se présente a une vingtaine d’années. Il se mouche bruyamment dans ses doigts, a un téléphone vissé à l’oreille, ne daigne même pas arrêter sa conversation pour nous parler.
Première visite: une habitation troglodyte. La dame offre du thé, du pain chaud, du miel est dans une coupelle avec de l’huile. Aucune explication de la part du guide à part ces trois phrases : « tu m’écoutes ! – tu dois laisser quelque chose à la famille – « quelques minutes plus tard : « on met les voiles ».
Rien de mieux à l’Hôtel où on a tourné Starwars : cour peinte en jaune criard et blanc. Entrée payante pour voir un costume en plastique et visionner une cassette quelques minutes. L’hôtel sert éventuellement d’Auberge de Jeunesse.
3ème visite : le Musée (3DT) bien fait, avec des explications très complètes punaisées au mur, que je n’ai pas le temps de lire, à cause du guide malappris. Pas de synagogue rupestre bien que nous étions convenus de la visiter. Au bout de ¾ d’heures je suis ravie de me débarrasser du malotru.
Le Gite de Patrick : Trait d’Union
Situé à l’entrée de Tijma, l’entrée est très discrète. Dans la cour carrée s’ouvrent cinq chambres au nom de villes. La nôtre est Gabès, à la décoration choisie, sobre : un filet de pêcheur dans un coin, de belles éponges, les lampes de chevet dans des gargoulettes percées de la pêche aux poulpes. Une petite cavité dans la paroi était utilisée pour les ablutions avant et après les rapports sexuels, sorte de cabinet de toilette privé. Étonnée par la taille et la régularité des chambres j’ai demandé à Patrick s’il les avait élargies : « Surtout pas, ces troglodytes ont été creusées depuis des siècles. Toucher à la structure compromettrait l’équilibre dans le loess. » a-t-il répondu. Les autres chambres sont si très belles qu’un magazine de décoration a envoyé un photographe professionnel en reportage.
Les salles d’eau et la cuisine se trouvent dans la maison accolée aux grottes. Chaque chambre a sa salle de bain particulière. Vaste, simple, douche à l’italienne, bel évier de pierre, une échelle en guise de porte-serviette.
Le dîner du 31 décembre
La salle à manger est allongée, voûtée avec deux niches de grande taille : une salle au fond qui fait un petit salon avec des banquettes taillées dans la roche. La grande salle est occupée par une longue table – la table d’hôtes où nous partageons le dîner avec une famille franco-tunisienne avec 3 enfants, Patrick, Habib et son fils mais sa femme qui a cuisiné ne viendra pas. Le tagine est délicieux avec des herbes odorantes. La chorba est très douce et verte (les autres fois elle était plutôt rouge) parfumée, avec de l’orge et des pois chiches. Les petits morceaux d’agneau sont particulièrement tendres. En plat principal : de l’agneau sur un lit de légumes : pommes de terre, poivron vert, tomates grillées. La viande est si tendre qu’on la croirait confite. « Non, m’assure-t-on, c’est l’agneau du coin qui est particulièrement savoureux » Habib apporte un grand plat de fruits, mandarines, oranges et dattes puis des cornes de gazelles avec du thé.
La famille tunisienne a prévu un réveillon privé : champagne et champomy qu’ils dégusteront dans leur chambre.
Notre programme étant chargé j’avale quelques dattes avant de me lancer dans le village de Tamezret à la recherche du Musée berbère de Monji Bourras sous la mosquée. La mosquée chaulée de blanc se voit de loin mais les ruelles forment un labyrinthe et je perds de vue le minaret. Des flèches à la peinture bleue me conduisent chez Mangi qui, prévenu par Patrick, nous attendait.
Visite polyglotte, en Français, Anglais et Arabe. Sa maison est à moitié troglodytique : on a évidé la montagne en prenant appui sur un banc de roche épais et solide puis déblayé les matériaux qui seront utilisés pour les façades. On ne devine pas tout de suite que des grottes se cachent. Le moulin familial est à l‘entrée de la grotte, tout près le mortier, creusé dans le sol. Sur le linteau de la porte de la chambre, Monji lit une inscription en langue berbère, apparentée aux langues celtiques, selon lui. Cette chambre est située juste sous la mosquée. Ici débouche un tunnel communiquant avec la maison voisine construite sur le même banc de roche. On a déblayé par le tunnel les roches plus minces entre plancher et plafond. Dans la Réserve, les provisions, surtout le grain, sont stockées ans des jarres géantes, si la conservation excède un an, il vaut mieux enterrer la jarre qui sera mieux isolée, la forme pointue d’amphore convient le mieux à ce mode de stockage.
Le plafond de la cuisine est noir de suie, un système de collecte des fumées les conduisait à une cheminée parfois très éloignée des habitations enterrées, indétectables d’un ennemi éventuel.
Les Berbères achetaient parfois des esclaves noirs, leur donnaient leur nom de famille, leur devaient protection mais les esclaves n’avaient aucun droit à l’héritage et les mariages mixtes étaient proscrits. La chambre des esclaves se trouvait à l’écart, un tunnel leur permettait de fuir.
Avant la conquête par les Arabes, les Berbères étaient chrétiens juifs ou animistes. On retrouve des traces dans la symbolique berbère après l’islamisation forcée. Le poisson, symbole de la multiplication, symbole chrétien, figure à l’entrée des maisons, les commerçants enterraient un poisson sous le seuil de la boutique pour attirer la prospérité. Une coutume dans le mariage est le saut au dessus d’un poisson, sept fois, mais le sept serait un symbole juif.
Les voiles des femmes portent ces symboles. Le drap de laine est d’abord trempé dans la chaux pour être ainsi feutré. Il est ensuite trempé dans la teinture jaune en premier, puis rouge puis indigo. On l’a noué à la manière du batik en des points précis pour obtenir des points rouges ou jaunes figurant 3 croix (le Christ et les deux larrons) ou les 4 éléments terre, feu, eau, air). Le voile est ensuite rebrodé/ La teinture est l’affaire des femmes mais les hommes brodent. On retrouve d’autres symboles syncrétiques, les zigzags pour la Trinité, l’étoile de David…Une autre technique consiste à utiliser au tissage coton et fil de lin blancs. Le motif n’apparait qu’après teinture : le coton devient rouge tandis que le lin reste blanc.
La légende de la Reine Berbère, la Kahina qui résista enfermée dans le Colisée d’El Jem est encore vivante dans les motifs de certains voiles et dans les parures de la mariée imitant les arches du Colisée.
Monji raconte avec passion la culture berbère, la langue berbère. Après la Révolution, son fils fut le premier enfant à porter un prénom berbère. Après la visite de la maison-musée, un plateau et une théière sont arrivées comme par magie. Un jeune couple reste, très sympathique. Lui est Irakien et vit à New York. Il parle Arabe mais a des yeux verts et une peau très claire : il est Turkmène. Monji le questionne sur la langue utilisée par les Turkmènes, sur la situation en Irak avec Daech. La conversation est amicale. Nous avons oublié que nous visitons un musée, devisons entre amis en sirotant un très bon thé aux amandes.
Le soleil brille par intermittence. Sur la route du retour vers Matmata, des maisons blanches dans la montagne attirent notre attention. Une route y conduit, défoncée par endroits mais encore carrossable. Je découvre des troglodytes effondrées, d’autres discrets encore occupés, des jardins cachés, des palmiers. On arrive à un oued ? Surprise agréable, pas spectaculaire, un endroit paisible.