Révélation ! Art contemporain du Bénin à la Conciergerie

Exposition temporaire jusqu’au 5 janvier 2025

Prince Toffa , et un peu plus loin sur la photo lui répond un personnage dans une robe et une traine j’aide jacinthes des eaux dans la lagune de Ganvié

Pour une Révélation! Bénin, c’en est une dans le magnifique cadre de la Conciergerie. 

Replaçons l’exposition dans son contexte : celui de la restitution des   trésors du Palais d’Abomey en novembre 2021. Mati Diop a réalisé le film Dahomey sur ce sujet CLIC Film très politique qui mettait en scène la statue-vedette mais surtout les étudiants béninois. Les 26 trésors rendus furent exposés à Cotonou au sein de l’Exposition Révélation! Cette exposition a également fait le voyage à la Martinique. J’ai également de très bons souvenirs de la visites de ces Palais des Rois du Dahomey CLIC

De face Le Roi Béhanzin et sa suite – roméo Mivekanin
A droite appliqué sur toile de Yves Apollinaire Pédé : suite royale

Je n’avais aucune idée de la richesse de l’art contemporain béninois. je savais qu’on dit que le Bénin est le « Quartier Latin de l’Afrique » cette expression est illustrée à l’entrée du parcours par une installation mêlant livres et revues à des affiches et des sculptures primitives. 

Yves Apollinaire Pédé : Legba

On entre dans la première section thématique : Des Déesses et des Dieux 

les principales divinités du Vodun sont présentées par les toiles appliquées de Yves Apollinaires Pédé et les peintures ressemblant aux fresques de Cyprien Tokoudagba qui ont participé à la restauration des bas-reliefs du palais d’Abomey

le vodun et son panthéon Cyprien Tokoudagba

Cette salle est sonorisée avec la voix d’Angélique Kidjo Yémandja (tiré de Three Yoruba songs de Philip Glass). A la suite des gravures et aquarelles de Hector Sonon, je découvre les tableaux de Julien Sizogan : un véritable coup de cœur pour son Epiphanie des initiés célébrant un syncrétisme étonnant : dans une église aux voûtes romanes, un évêque accueille une foule colorée où des femmes arborent des tenues chamarrées tandis qu’une des Revenants, masques et costumes occupent la moitié de la nef, des musiciens nus ou presque se tiennent au bas du tableau 

Julien Sinzogan : Epiphanie des initiés

Dans une salle noire l’installation multimédia de Eliane Aïsso m’a fascinée un long moment : une quinzaine d‘Assen(plateaux métalliques) sonorisés diffusent les paroles projetées aux murs où sont accrochées de très belles photographies en noir et blanc. Chaque Assen raconte son histoire, parlant de descendance et de réincarnation. 

Julin Sinzogan : Le Retour des esprits

La salle suivante réunit des bateaux, voiliers, pirogues et même les caravelles du Retour des Esprits. Ce tableau m’évoque la traversée de la Traite des Esclaves.

Aston – Le Voilier du temps

Le Voilier du Temps exprime des préoccupations plus contemporaines écologiques. En s’approchant, je constate que les voiles sont des sièges en plastique, des douilles d’ampoules sont tassées sur son bord. Tout le voilier est confectionné avec ces déchets domestiques que l’Europe envoie en Afrique. 

Louis Oke-Agbo : la pirogue de la reconnaissance

la pirogue de la reconnaissance exploite une autre thématique.

Gou

Traversant l’exposition de nombreuses sculptures balisent le voyage

Sébastien Boko : voyageur et voile en bois

la section thématique suivante s’appelle : Des Reines et Rois

On y voit la grande photo de Behanzin et sa suite (plus haut), le Prince Tofa descendant du dernier roi de Porto Novo. 

Dominique Zincpé : Déesses et Princesses

Déesses et Princesses introduisent la troisième thématique Des Femmes et des Hommes. Les Reines  ne sont pas oubliées : Tassi Hangbé fut l’unique reine du Dahomey (1708-1711) et fut la fondatrice des Agodjies (Amazones) dont on voit de belles sculptures mais ma photo est floue. 

Moufouli Belio : Reine des Agadjies

Moufouli Belio née en 1987 s’est intéressée à rendre visible le corps féminin et à la déconstruction du patriarcat. 

Marcel Kpoho : Kondo le requin

Un aspect original m’a interpellée : la grande utilisation du recyclage dans les matières utilisées. Kondo le requin est fait de lanières de pneus, Le Prince Toffa est revêtu de bouteilles en plastique vert, ses colliers sont des capsules de nescafé, le voilier d’Aston est entièrement fait de récupération, sans oublier les personnages de fil de fer ou les masques métalliques de Charly d’Almeida. 

Une très belle exposition. Un article du Monde signale que de nombreux plasticiens de premier plan ont été omis. Le Bénin est donc bien riche!

 

Les Arts en France sous Charles VII – (1422-1461) au Musée de Cluny

Exposition temporaire jusqu’au 16 juin 2024

Les emblèmes de Charles VII  : 2 cerfs ailés, bannière de Saint Michel et soleil levant, fleurs : iris, roses

Le règne de Charles VII commence pendant la Guerre de Cent Ans. Jeanne d’Arc conduisit le roi à Reims pour le Sacre en 1429.

1435, le Traité d’Arras signe la réconciliation du Rois de France avec Philippe le Boon duc de Bourgogne

En 1453, fin de la Guerre de Cent ans  après la Victoire de Castillon 

Dans ce contexte politique et économique chaotique, les Arts se développent plutôt dans les Pays Bas bourguignons où les Flamands innovent avec la peinture à l’huile, et en Italie avec la Renaissance (perspective, retour à l’Antique).

Cette exposition suit celle du Louvre autour de la Vierge du Chancelier Rolin (1435) que j’ai vraiment beaucoup aimée.

Couple sous un dais (laine et soie) Tournai 1455-1460

Les tapisseries sont spectaculaires. ma préférée est celle des emblèmes de Guillaume de Jouvenel des Ursins, avec l’ours, sans surprise, et les acanthes qu’on appelle aussi des ursines.

De nombreux manuscrits enluminés sont présentés : Livres d’Heures, missels, mais aussi de Grandes Chroniques de France (1429) et les merveilleuses enluminures du Maître de Rohan

Le mort devant son juge Le Maître de Rohan

On peut « feuilleter » le manuscrit qui a été scanné : » tourner », les pages sur un écran. 3 gros parchemins reliés proviennent d’Italie, Plutarque, Vie des Hommes Illustre, Cosmographie de Ptolémée et une géographie de Strabon.

Jean Fouquet obtient le titre de « peintre du Roi » sous Louis XI mais il est déjà actif sous Charles VII dont il a peint le portrait. Il a aussi illustré le très gros ouvrage des Chroniques de France avec 31 miniatures. 

Retable de l’Annonciation de Barthélémy d’Eyck

Le merveilleux Retable de l’Annonciation peint par Barthélémy d’Eyck originaire de Liège mais Peintre du Roi René, a longuement retenu mon attention. la présentation de l’exposition avec des explications des détails permet une lecture symbolique passionnante. Chaque détail même infime a son importance, la chauve souris sous les chapiteaux comme le singe juste touché par les rayons de la lumière céleste. 

Pleurants du monument funéraire du duc de Berry

N’oublions pas la sculpture. Coup de cœur pour les pleurants!

 

Musée de la Toile de Jouy – l’Histoire de la Manufacture d’Oberkampf

BALADES EN ÎLE DE FRANCE

Chinoiseries à la mode du 18ème siècle;

Nous avons déjà visité le Musée de la Toile de Jouy il y a quelques années et j’avais tant apprécié cette visite que nous avons emmené une amie pour son anniversaire. Je me me souvenais de l’aspect historique et de l’illustration de l’Histoire de France sur les motifs dessinés. Ces dernier ne se bornent pas à être de fades pastorales pour chambres d’enfant roses ou bleus mais sont beaucoup plus élaborés, colorés et variés que cette version populaire.

Oberkampf par Boilly

Depuis cette dernière visite les collections ont été réorganisées en privilégiant l’Histoire de la Manufacture CLIC(1760 -1843) par Christophe Philippe Oberkampf. héritier de teinturiers germanique, il a appris à travailler en Suisse et trouve à Jouy le lieu idéal avec les eaux de la Bièvre, du foncier disponible et la proximité de Versailles. En 1686 un édit interdit l’importation des indiennes, toiles colorées  venant d’Orient par les caravanes d’abord, puis par voie maritime. la prohibition n’empêche pas la mode et les indiennes arrivent en contrebande d’Allemagne et d’Angleterre. 

En 1759 la liberté d’imprimer les tissus est rétablie.

Manufacture de Jouy peinte par la fille d’Oberkampf

Les tissus furent imprimés d’abord à l’aide de plaques de cuivres gravées puis dès 1793 avec des cylindres.

En 1793 , on enlève l’adjectif « royale » à la manufacture

Fête de la Fédération

En 1803 la Manufacture de Jouy était la 3ème entreprise française après les Charbons d’Anzin et Saint Gobain.

En 1805, 1318 employés y travaillaient, 3 dessinateurs, 5 graveurs sur cuivre, 2740 graveurs sur bois. 47% du personnel étaient des femmes. 72 gamins épingleurs étaient embauchés à 8 ans.

Empire : décor des monuments d’Egypte

En 1806, Oberkampf reçu la Légion d’Honneur des mains de Napoléon 1er.

Pastorale : offrande à l’amour

Les dessins de Jean-Baptiste Hueétaient très sophistiquées. On parlait de meubles à personnages 

Oberkampf meut en 1815, lègue l’entreprise à son fils mais la manufacture ferme en 1843 et elle démantelée. En 1870, l’Ecole des Beaux Arts organise une véritable Renaissance, Oberkampf est panthéonisé par la III République symbolisant les valeurs du Travail.

Les étapes de la Fabrication sont détaillées dans le couloir :

1 Blanchissage : La toile brute est d’abord blanchie au chlore

2. Battage : les toiles sont trempées dans la Bièvre puis frappées avec des fléaux.

3. Le séchage : les bandes de tissus séchaient étalées dans les prés, ou sont accrochées au rebord des toitures

4. Grillageafin de brûler le duvet et d’obtenir un tissu lisse

5. Lavage

6. Engallage : bain de noix de galles

7. Sèchage à l’étuve et rinçage

8. Calandrage les bandes de tissu passaient entre des rouleaux pour être bien lisses

8; Mordançage : impression des traits de contour

9. Garançage ou Gaudage : la toile est passée dans un bain de garance ou de gaude qui agissent comme révélateur sur les mordants pour faire apparaître les couleurs

10 bousage : la toile est passé dans un bain de bouses de vache pour éliminer l’excès d’épaississants. puis dans un second bain de bouse pour aviver les couleurs

11 pinceautage: les retouches sont ajoutées à la main par les pinceauteuses qui fabriquent leur pinceau avec des mèches de leurs cheveux..

Ces termes techniques précis me ravissent.

L’appartement Oberkampf

On peut visiter l’appartement des Oberkampf utilisant bien sûr les tissus imprimés!

La Toile de Jouy fut utilisée au XXème siècle. Christian Dior en fit la promotion dans la décoration de son magasin de New York . La toile de Jouy symbolisant la France pour les Américains, donnant une touche exotique remarquable. 

timorous Beasties : Toile des Alpes

Enfin, l’Exposition Toiles Tales de Timourous Beasties  (Exposition temporaire du 9 février jusqu’au 19 mai 2024) donne un regard très contemporain dans l’impression de papiers peints ou de tissus, rideaux, tentures, objets dérivés. Timourous Beasties est un studio de design écossais fondé à Glasgow en 1990 par Paul Simmons et Alistair Mc Auley.

Timourous Beasties Toile de New York

 

la toile de New York est subversive avec le mur vertical qui sépare (avec le symbole du Dollar le deux populations avec la poubelle des repus.

j’ai aussi aimé la Toiles de Londres, curieuse celle de Nike, motifs de golf, motifs fantastiques. De la Toile de Jouy bien loin des pastorales roses!

En plus de visite du Musée de la Toile de Jouy on peut visiter la Maison de Léon Blum. Un sentier de randonnée d’environ 2 km relie les deux musées dans la forêt (mais c’est très escarpé) . On peut aussi longer la Bièvres.

Et pour déjeuner, je vous recommande Le Robin des Bois juste en face de la Gare, service très sympathique, cuisine simple mais bien servie. 

 

Marseille : Mucem et une découverte René Perrot

CARNET PROVENCAL 

Le Mucem occupe tout un quartier, le fort Saint Jean, la tour du roi René, une église, ces sites historiques en belle pierre de taille sont reliés par des escaliers métalliques, des passerelles, des jardins et des couloirs, longue promenade surprenante.

Je suis entrée par le Fort Saint Jean. Un vigile a fouillé mon sac, puis je me retrouve étonnée, un peu désorientée. Il y a bien peu de signalisation. J’entre par la Cour de la Commande, nom qui rappelle La Commanderie des Hospitaliers de Saint Jean du XIIème siècle sur la route des Croisades. De cette époque il reste aussi une chapelle.

Il faut alors grimper un escalier très raide et très haut correspondant à la Montée des Canons pour arriver à la Place d’Armes. On découvre les Fortifications de Louis XIV et la  Galerie des Officiers. La grosse tour carrée est la Tour du Roi René(1447 -1453) surveillant l’entrée du Port. La Tour du Fanal (1644) est ronde et joue le rôle d’un phare.

Je trouve enfin la billetterie : 11€ utilisable toute la journée, une pastille colorée collée sur ma manche en atteste.

Les jardins

Ghadda Amer la voix des femmes est révolution
jardin des migrations

Ce début de visite est une promenade qui travers le Jardin des migrations planté d’espèces méditerranéennes : thym, myrte, absinthe, romarin. Un massif végétal est une « sculpture » de la plasticienne égyptienne Ghada Amer : c’est une calligraphie en arabe qui détourne un proverbe traditionnel « La voix des femmes est une honte » en « la voix des femmes est révolution », il suffit de ne changer qu’une seule lettre. Les lettres sont en tôle remplie de charbon noir encadrées par des petites touffes de thym.

Place d’armes tour du fanal

Je découvre d’autres jardins au cours de ma déambulation : un jardin de salades sauvages et les « figuiers suspendus » sur une autre terrasse. Le Jardin du vent s’est semé tout seul de graines apportées par le vent. Les mauves ont de véritables troncs comme des arbres.

Le J4

Mucem résille en béton

Une passerelle conduit au J4, le bâtiment carré entouré par sa résille spectaculaire que tout le monde connait avant même d’avoir visité Marseille. J’imaginais la résille métallique, elle est en béton fibré, béton très résistant renforcé par des fibres métalliques et en polypropylène de texture très lisse qui se moule et se monte très facilement. Rudy Riciotti, l’architecte, a utilisé un autre béton pour les colonnes qui soutiennent le J4. Je m’amuse avec les ombres projetées et avec ces fenêtres aux contours de pièces de puzzle qui font un cadre intéressant aux photos. Le restaurant sous plafond ajouré me semble particulièrement agréable. Pour descendre à la base du J4 le parcours est compliqué : escaliers, passerelles, long couloirs aveugles toujours dans un contexte métallique avec des échappées sur le quartier du Panier et la grosse pâtisserie bicolore de la Major qui domine le Mucem. Echappée aussi sur le Port de Commerce avec ses bateaux colorés.

Après cette longue promenade, il me reste à visiter les expositions.

Le Grand Mezzé

le Grand Mezzé

C’est une exposition sur le thème de la « diète méditerranéenne » qui met en scène non seulement ce régime alimentaire particulièrement recommandé pour la santé, mais aussi les cultures méditerranéennes, olive, blé, châtaignes, sucreries. Traditions culinaires mais aussi prescriptions religieuses chrétienne, juives et musulmanes. Des vidéos présentent la cueillette des olives, la pêche, les pains…Toutes sortes d’outils sont exposés. J’ai remarqué un curieux écorçoir pour le décorticage des châtaignes avec des chaussures à pointes. J’ai aimé aussi la vitrine dédiée au mastic de Chios avec la vidéo de la collecte des larmes de mastiha. Très réussie !

Il est possible de faire une visite virtuelle du grand mezzé (clic)

Populaire

Des objets du quotidien sont mis en scène afin de « voir l’humain derrière l’objet ». Chaque objet présenté-là a une histoire, il dialogue aussi avec d’autres objets voisins. Il faudrait disposer de beaucoup de temps pour s’arrêter lire les cartels et avoir la patience de  déchiffrer . On voit aussi bien les objets d’usage courant que des icones, des exvotos, dans le chapitre « soutenir les croyances ».

L’exposition est très bien agencée mais les objets sont terriblement hétéroclites.  On pourrait aussi jouer aux différences/ressemblances…mais il y a trop à voir et je suis pressée. Trop de choses si différentes comme cette roulotte à trois roues qu’un paysan avait oublié dans son champ, roulotte de planches devenue sédentaire qui avait même perdu sa troisième roue…Section des images populaires : enseignes, affiches de cinéma, réclames, street art. Je m’arrête devant le tableau de Jacques Villeglé qui me parle Rue de la Fontaine-au-roi, 1er mai, fête du travail réalisé à partir d ‘affiches lacérées où apparaissent les manifestants du 1er mai. Je retrouve avec plaisir Misstic. >Je m’arrête devant des masques grimaçants siciliens.

Je ne suis pas convaincue par cette exposition et sors en me disant que le contenant (le bâtiment J4) est plus intéressant que le contenu. J’avais eu la même impression à Bilbao.

MON PAUVRE CŒUR EST UN HIBOU exposition de René Perrot est un véritable coup de cœur ! Le Mucem propose également une visite virtuelle Clic

René Perrot : mon pauvre coeur est un hibou

Les tapisseries colorées me plaisent beaucoup. Dans une vidéo René Perrot raconte qu’il a apprivoisé un hibou et son amour des bêtes. C’est un film très tendre. Mais il n’a pas seulement dessiné des animaux. Il s’est intéressé aux hommes, et particulièrement aux hommes au travail et a mené une enquête pour le Musée des Traditions populaires de 1942 dans le Jura jusqu’en 1945 dans d’autres régions. Gravures et dessins en noir et blanc impressionnantes avec la force du trait comme les détails et l’originalité des sujets choisis. J’ai adoré ces paysans raclant les taupinières.

René Perrot : la disparition de l’homme

Un tableau marque une césure : la disparition des Hommes à al suite de la Seconde Guerre mondiale. En-dessous, dans les rouges des bêtes sauvages, monstres, loups, au-dessus dans un rectangle bleu des silhouettes noires  à la limites les croix des tombes…

René perrot : taupinières

Belle découverte que ce plasticien sensible et sympathique.

 

 

Sur la route du Midi – étape à Orange

CARNET PROVENCAL

Orange : Arc de Triomphe

L’Hôtel Ibis budget est juste à la sortie 21 de l’autoroute. Il en est séparé par la petite rivière la Meyne et assez à l’écart pour qu’il ne dérange pas du tout.

Orange est une petite ville (30.000 habitants) qui se visite à pied. L’Office de Tourisme fournit un plan avec deux itinéraires : l’Itinéraire Romain avec l’Arc de Triomphe et le Théâtre antique et l’Itinéraire historique. Comme je ne dispose que de peu de temps avant la tombée de la nuit je me dirige par le Cardo maximus (rue Victor Hugo et avenue de l’ l’Arc de triomphe). Illuminé la nuit, il a belle allure.

Sur le chemin de retour, je passe devant un joli camion-pizza « pizzas provençales » pour prendre le flyer, nous commanderons à l’heure du dîner une pizza Napoli, tout à fait différente de ce qu’on trouve en région parisienne. Garnie de beaucoup de sauce tomate aux herbes de beaucoup de fromage et surtout une décoration de pistou et une pâte aux anchois au bon goût d’ail. Délicieuse !

Grosse pluie du matin n’arrête pas la touriste !

Théâtre antique

L’Arc de Triomphe bâti au 1er siècle sur la Via Agrippa à l‘entrée de la ville d’Arausio fut érigé en l’honneur des victoires romaines sur les Gaulois de Germanicus et/ou de Tibère. Un grand panneau vertical présente un amoncellement d’armes, casques et boucliers et au-dessus des petits passages des trophées maritimes, « les dépouilles navales », proues de navires, gouvernails ..Dans les frises en haut, on devine les combats des Gaulois et des Romains.

Pour rejoindre en  voiture le Théâtre Antique, le GPS nous fait contourner le centre-ville le long de la rivière pour éviter les rues et ruelles étroites. C’est plus long que de couper à pied mais il pleut vraiment très fort. Je découvre l’impressionnant Mur extérieur, mur de scène 103 m de long, 37 m de haut, qui dépasse les maisons provençales colorées de l’autre côté de la rue.

Sous la pluie, je cherche vainement l’entrée du théâtre. Tout est bouclé. Je tourne autour de l’Ancien Forum et le site du temple où l’on rendait le culte à l’Empereur. Il y a pourtant des visiteurs dans le théâtre ! je suis prête à abandonner quand je comprends : il faut traverser la rue et prendre un billet au Musée d’Histoire une hôtesse accompagne le visiteur et ouvre la grille.

Pour 12 €, l’audio-guide est commun au Musée et au Théâtre. On peut aussi faire la visite virtuelle (avec casque, j’ai horreur de cela). Dans le théâtre, il y a même un Escape Game.

Musée

Cyclope : acrotère

Salles romaines : au rez de chaussée. Le cadastre d’Arausio est tracé sur de grande plaques de marbre blanc quadrillé en centuries qui mesurent chacune 750 m de côté. Chaque centurie est annotée avec un code d’attribution : aux colons, aux locaux, rendues aux indigènes. Des statues du théâtre antique et d’autres monuments romains sont présentée autour d’une mosaïque. Des acrotères : masques du Cyclope, d’Hercule et de Bacchus sont très réussis. Il y a aussi une sphinge avec six paires de seins.

Au premier étage, c’est toute l’histoire d’Orange qui nous est contée. Dès Charlemagne, les seigneurs d’Orange ont régné sur la petite principauté enclavée dans le Comtat Venaissin dépendant du Saint Empire. Une curieuse tradition, un concours d’arbalète se déroulait chaque année. Le gagnant qui tirait un oiseau était désigné comme « roi ».

En 1544, Guillaume 1er de Nassau devient prince d’Orange ce qui expliquerait le goût des Néerlandais pour la couleur orange. C’est aussi l’origine d’une grande présence protestante à Orange. Pendant les Guerres de Religion, Orange était une ville huguenote. Louis XIV  en a détruit les fortifications. L’annexation par la France fut reconnue en 1713 par les Traités d’Utrecht.

La Fabrique Wetter

La Fabrique Wetter (1757-1802) contribua à la richesse de la ville. Cette fabrique d’indiennes ou toiles peintes employa en 1765   jusqu’à 496 ouvriers. Elle jouissait d’une renommée internationale. De grands tableaux de Joseph Gabriel Maria Rossetti dépeignent le travail dans la fabrique. Une exposition sur les matériaux de l’industrie textile est présentée dans la salle attenante. Lin, laine, soie et produits tinctoriaux sont présentés dans des vitrines. J’ai le plaisir de voir la boule bleue : la coque de pastel à l’origine du pays de cocagne autour d’Albi.

Frank Brangwyn : dockers

Au 2ème étage deux peintres sont mis à l’honneur : Le peintre britannique Albert de Belleroche (1864-1844) ami de Toulouse-Lautrec, Renoir, Degas. Ses « femmes décoiffées » selon Renoir, ne m’ont pas impressionnée mais j’ai gardé la photo de l’Enterrement de Zola puisque je suis en train de lire Le Docteur Pascal dernier épisode de la série des Rougon-Macquart. En revanche j’ai beaucoup aimé les dessins et gravures de Frank Brangwyn(1867-1956) surtout quand il dessine les hommes au travail, dockers ou halant un bateau. Comme d’autres artistes du mouvement Arts and Crafts, Brangwyn s’est intéressé aux arts décoratifs. De beaux meubles marquetés ainsi que des céramiques de facture épurée accompagnent les tableaux. J’ai aussi remarqué une gravure d’un bateau échoué et une vue en Noir et blanc de Venise m’a plu. J’adore ces découvertes de peintres au hasard de musées de province.

Théâtre antique

Une belle averse a abrégé ma visite. Malgré les cascades qui dévalaient les gradins j’ai réussi à escalader les marches en suivant les flèches « visite panoramique ». en revanche j’ai fort peu actionné l’audioguide sous la pluie. Il y avait quand même une famille téméraire s’essayant à un Escape-Game aquatique. Ce théâtre nous est familier par les retransmissions des Chorégies d’Orange à la télévision. Je me promets d’être attentive l’été prochain. Je suis surprise par les dimensions. Ce théâtre n’a pas arrêté d’être utilisé pendant des siècles !

Cagnac-les-Mines et le Chemin des mineurs

CARNET OCCITAN

Cagnac-les Mines est situé à 6 km au-dessus de Lescure d’Albigeois en direction de Carmaux.

Depuis le Moyen Âge le charbon est exploité où il affleurait alors. Une famille noble locale de Solages obtint en 1724 le privilège d’exploiter les mines et resta aux commandes jusqu’à leur nationalisation. Déjà en 1806, 18 mineurs travaillaient à Carmaux, 1000 en 1860. La production atteint ses records en 1918. En 1985, l’Etat lança un grand projet d’extraction à ciel ouvert sur 600 ha. Fin de l’exploitation minière en 1997.

Six mineurs à la retraite ne se résignèrent pas à la disparition des traces du passé minier du bassin de Cagnac-Carmaux. Il se mobilisèrent pour arrêter les démolitions et reconstituèrent dans une galerie de 350 m les différents aspects de l’exploitation minière. En 2007 le département du Tarn prit le relai pour en faire un musée départemental. Des travaux de rénovation ont été entrepris récemment le le musée a réouvert ses portes à l’été 2023 avec des expositions temporaires.

La visite sous terre est accompagnée. J’ai visité les expositions temporaires en attendant les autres visiteurs :

BLEUE  de Cathy Conan : « de l’intime individuel à la richesse du collectif »

Bleu comme la toile des bleus de travail. « Entre les fils apparaissent les déchirures et les usures soutenues par l’inlassable rapiéçage, reprisage, ravaudage des femmes »

Des broderies au fil rouge décorent les bleus transformés en vêtements de fête, en robe de mariée…Le fil rouge relie les broderies aux portraits des femmes au travail sur une photographie ancienne. Fil rouge de la solidarité comme le clament les bleus suspendus ensembles.

C’EST AVEC EUX QUE J’AI COMPRIS de Erik Sather Jorgensen et Clara Mouillesseaux

CLIC

Est une exposition de portraits de mineurs, en très grand format accompagnés des témoignages. Une pleine page raconte le parcours professionnel des dernièrs mineurs. Pas ceux de Zola mais ceux qui ont travaillé à la fin du XXème siècle, embauchés en 1955, 1975…Attachement aux valeurs de solidarité.

MINE DE RIEN du Collectif EPONYME

Expose en plein air une série de photographie couleur, parfois très loufoques prises dans le site abandonné de la laverie de Blaye-les-Mines CLIC. On y effectuait les opérations de triage, lavage et criblage du charbon. Friche industrielle abandonnée, bâtiments rouillés, taggés où des silhouettes étranges prennent la pose. Mes recherches sur Internet m’ont appris qu’il existe aussi un film « Mine de Rien » de Mathias Mlekus (2020) tourné dans une mine abandonnée. A voir….

Des Expositions permanentes pédagogiques traitent de divers sujets :

Très belles coupes géologiques du bassin d’Albi-Cagnac-Carmaux, origine du charbon et fossiles, frise des temps géologiques, échantillon de houille et charbons….

La Grève de Carmaux de 1893 est illustrée de photographies d’époque. JB Calvignac, ouvrier mineur,, fut élu Maire de Carmaux. Le directeur des mines, le Marquis de Solages, également député du Tarn, voyait d’un très mauvais œil le développement des idées socialistes. Prétextant des absences au travail et l’incompatibilité de la fonction de maire avec le travail à la mine, Calvignac fut licencié. Les ouvriers se mirent en grève (1892 – 1895) La grève de Carmaux fut un des épisodes fondateurs de la prise de conscience de la force collective de la classe ouvrière. C’est aussi l’émergence de la carrière politique de Jean Jaurès CLIC. A l’époque, le charbon était la seule énergie utilisée dans les transports et l’industrie ; un arrêt de la distribution de charbon provoquait l’arrêt de l’économie, production et transports.

La Visite de la Mine

La visite de la mine débute sous le chevalement du puits n°2 où l’on voit la cage « de jour », la cage « du fond » étant 230 m au fond. On se familiarise avec cette opposition entre « le fond » et « le jour ». Dans la Salle des Machines, le Machineur était aux commandes de la « cage » (l’ascenseur). On peut voir le siège du machineur, les manettes de contrôle, les tableaux indiquant l’emplacement de la cage de jour et de la cage de fond, la guide explique les codes employés pour le transport des hommes, des cadres, des wagonnets, et même des chevaux.

Salle des machines, câbles enroulés

Nous sommes donc prêts à descendre. La cage du puits n°2, petite, ne charge que 8 mineurs. Elle descendait les hommes à la vitesse de 6m/s, les wagons 12 m/s. Les chevaux étaient trop grands pour entrer dans la cage, ils descendaient suspendus, harnachés, saucissonnés. Dans Germinal, Zola donne un très beau récit de l’arrivée du Cheval.

« Cependant ; les manœuvres continuaient dans le puits, le marteau avait tapé 4 coups, on descendait le cheval et c’était toujours une émotion, car il arrivait parfois que la bête, saisie d’une telle épouvante, débarquait morte. En haut, lié dans un filet, il se débattait éperdument ; puis dès qu’il sentait le sol manquer sous lui, il restait comme pétrifié, il disparaissait sans un frémissement, l’œil agrandi et fixe. […] Bientôt Trompette fut couché sur les dalles de fonte comme une masse. Il ne bougeait toujours pas, il semblait dans le cauchemar de ce trou obscur. On commença à le délier, lorsque Bataille dételé depuis un instant, s’approcha, allongea le cou pour flairer ce compagnon, qui tombait sous terre…. »

Ces animaux restaient 12 ans sans remonter. La conférencière raconte avec beaucoup d’empathie les conditions de travail des mineurs aux différentes époques. Depuis Germinal, les techniques ont, heureusement, beaucoup évolué. Nous suivons les progrès techniques jusqu’aux machines modernes équipées de vérins hydrauliques qui attaquent la veine, soutiennent le toit et à l’arrière comblent avec des roches la galerie exploitée. Une animation nous fait imaginer le travail de cette machine et son bruit effrayant.

Excavatrice moderne

Une autre animation simule un coup de grisou et un feu de poussière qui se propage à la vitesse du son, brûlant tout sur son passage. Les reconstitutions sont très bien réalisées. On visualise les ruines une fois que le souffle de l’explosion est passé.

Certains visiteurs qui m’accompagnent ont été eux-mêmes mineurs ou proches de mineurs. La guide a échangé avec les témoins de ce passé récent. Elle sait très bien faire passer les émotions. Elle nous raconte aussi comment les derniers mineurs licenciés ont été envoyés en Inde comme instructeurs de ces machines sophistiquées.

Cette visite ressemble à celle que j’ai fait récemment en Sardaigne à Carbonia. L’avantage de la visite en Français est la richesse du vocabulaire de la mine et des mineurs. Chaque travailleur occupe un poste précis désigné par un métier précis, machineur, herscheuse, galibot, porion….Lisant Germinal en même temps, je me suis familiarisée avec ce vocabulaire.

Le Chemin des Mineurs

D’après Visorando (6.2 km, 1h30)

Après un rapide pique-nique près du Musée, je descends le chemin des mineurs qui emprunte la Voie Verte (cyclable et piétonnière) reliant Albi. Dominque m’attendra sur le Parking de la Voie Verte près de la Déchetterie de Lescure d’Albigeois.

Avantage de parcourir une voie verte : extrême simplicité, impossible de se perdre, arrivée bien matérialisée, pas de surprise.

Inconvénients : marcher sur une route dure, en plein soleil pendant la première moitié. Des petits arbustes ont bien été plantés pour faire une haie mais il faudra encore attendre plusieurs années pour qu’ils donnent de l’ombre. Autre inconvénient : les cyclistes sont rois, les piétons n’ont qu’à se garer.

Le sentier descend une pente très raide. A droite : une vaste implantation de panneaux solaires. A mi-chemin l’église Saint Delmaze est bien à l’ombre sous un bosquet d’arbres.

La fin de la randonnée est plus agréable parce qu’à l’ombre de grands arbres.

 

 

 

Faith Ringgold – artiste féministe et engagée au Musée Picasso

Exposition temporaire jusqu’au 2 juillet 2023

Autoportrait 1965

Découverte d’une artiste afro-américaine puissante !

Parcourir l’exposition rétrospective Faith Ringgold c’est découvrir une plasticienne  marquante utilisant diverses techniques . C’est aussi parcourir 60 ans de l’histoire américaine, de 1963 où fut proclamée la fin des discriminations raciales et où Martin Luther King a prononcé son fameux discours « I Have a Dream« 

Série Black light : invisible woman 1968

Black is beautiful : En 1968, Faith Ringgold  peint sa série Black Light 

Dans cette série, elle peint 6 portraits presque identiques sur une sorte de nuancier où le fond passe du brun foncé au beige

American peopleSerie US Postal Stamp commemorating the Advent of Black Power (1967)

les créations de Faith Ringgold illustrent les luttes de Black Power (1967)

En novembre 1970 : The People ‘s Flag show , exposition à Judson Memorial Church où le drapeau américain et la carte des Etats Unis furent détournées, les organisateurs, dont Faith Ringgold furent arrêtés pour profanation du drapeau national. 

1971 AMERICA FREE ANGELA (papier découpé)

Angela Davis fut emprisonnée en 1970. Un autre collage est ouvertement féministe. les couleurs Rouge/Vert/Noir sont les couleurs panafricanistes. 

WOMAN FREEDOM NOW (1971)

 Faith Ringgold découvre à Amsterdam les peintures sur tissu tibétaines et népalaises qui l’inspirent pour une série textile où elle peint Martin Luther King et abord la question de l’esclavage dans la série de Tankas  Slave Rape 

1974 tanka Slave Rape

Elle utilise la tradition des Quilts (patchwork) que les femmes américaines réalisent en famille et coud des bordures autour des peintures sur tissu, autour des bordures un texte très dense raconte l’histoire de la peinture dans Bitter nest

Quilt : french collection les demoiselles d’avignon

la French collection est aussi une série de Quilts dont celui des Demoiselles d’Avignon

Quilt french collection Café des artistes

Dans le café des artistes on peut reconnaître Toulouse Lautrec, Utrillo, Gauguin, Van Gogh en compagnie d’artistes américains et Faith Ringgold elle-même.

Gospel performance raconte la mort d’un couple d’Afro-américain, couple de mannequins et des endeuillés . 

Gospel Performance : the flag is bleeding (1997)
Certaines œuvres sont très colorées comme les tournesols 

Faith Ringgold est aussi impliquée dans le mouvement plus récent Black Lives Matter. Le combat pour les Droits Civiques n’a toujours pas abouti! 

Kimono au Quai Branly

Exposition temporaire jusqu’au 28 mai

Le kimono est un des symboles de la culture japonaise.

Pendant l’ère Edo (1603-1868) , le kimono est associé au « monde flottant » avec  divertissement et érotisme  ; le kimono est  un moyen d’afficher son statut social.

« monde flottant » divertissement sur l’eau

Les kimonos atteignent un tel degré de sophistication que des des lois somptuaires ont été édictées pour freiner les surenchères. Broderies, fils d’or, paysages illustrant des poèmes connus comme le « Temple d’Ishiyima »

Au temple d’Ishiyama
La lune éclairant
Le petit lac de Grèbe
est aussi merveilleuse
Qu’aux baies de Suma et Akashi

Les broderies ou les teintures sont variées. il existe des kimonos masculins et féminins, des kimonos d’été légers et des sur-kimonos.

Le Japon est fermé-théoriquement – au commerce, les échanges uniquement par l’intermédiaire  des Néerlandais, pourtant certains tissus ont parcouru une longue distance de Coromandel (Indes), par la Thaïlande et même parfois d’Angleterre. Les kimonos sont présentés avec un luxe d’accessoires en laque ou écaille ou métaux travaillés : peignes, boites pour maquillage, peignes, aiguilles à chignon. Des estampes illustrent la toilette

une élégante à sa toilette

1859 : ouverture du Japon au commerce extérieur avec l’ère Meiji les hommes adoptent le costume occidental et le kimono devient un apanage des femmes gardiennes de la tradition. En même temps, le kimono devient à la mode en Europe et aux Amériques. Victoria et Albert firent l’acquisition d’un kimono en 1891, représentation de Madame Butterfly (1904) et déclinaison du kimono en toutes sortes de modèles pour l’exportation : robe de chambre  pour l’Ecosse (bien chaude) robe imitant un kimono

Robe ou kimono?

Ces kimonos sont présentés avec un luxe d’explications techniques : matières, teintures, broderies (teinture à la pâte de riz, par ligature…) .

Surkimono rouge de la mariée brodé de grues

La dernière partie de l’exposition est résolument moderne. On y découvre l’usage actuel du kimono : essentiellement rituel : mariages, ou présentation d’enfants au temple shinto

kimonos d’enfant

A côté des kimonos dédiés à la tradition et aux cérémonies, toute une section de l’exposition montre l’inspiration très moderne dans le monde du spectacle et de la haute couture. Des stars comme David Bowie, Björk, Freddie Mercury ont porté des costumes de scène très japonisants. Sans parler de Starwars

le kimono au cinéma : Starwars et Kurosawa

Enfin nous assistons à un défilé Haute Couture avec Galliano (entre autres) et des créations modernisant le kimono pour en faire un article ultra-moderne comme un kimono « camouflage » ou l’obi est remplacé par une ceinture de cuir, ou une version costume et toutes sortes de variations

Défilé de mode contemporain

j’ai beaucoup apprécié la chimère Waxafrica

Waxafrica

Un de mes préférés

Sur les routes de Samarcande – Merveilles de Soie et d’Or – à l’Institut du Monde Arabe

Exposition temporaire jusqu’au  4 juin  2023

Ikats

De Soie et d’Or sont les maîtres-mots de cette exposition, si vous attendiez des caravanes à travers les steppes de l’Asie Centrale, des khans ou l’ombre de Gengis Khan et de Tamerlan vous resterez peut être sur votre faim. 

Broderies or sur le Chapan de l’émir

Cette exposition célèbre les textiles prestigieux de Boukhara, Samarcande, Tachkent, manteaux d’apparat, souzanis, tapis et bijoux. 

Dès l’entrée nous sommes accueillis par les dorures des tenues d’apparat des émirs de Boukhara : Shah Murad (1785-1800), Mohammad Alim Khan, Nasrulla Khan et du dernier Mohammad Amir Khan (1911-1920). Le titre de la section est : Pouvoir et Apparat. les Chapans étaient de lourds manteaux de tissus précieux, velours, brocard, soie, rebrodés d’or et incrustés de pierreries. la sériciculture fut rétablie en Ouzbekistan au 8ème siècle et les brodeurs travaillaient dans l’atelier de la citadelle d’Ark de Boukhara. La Broderie était un art exclusivement masculin, on disait que l’or se ternit des mains et du souffle d’une femme. 

Apparat équestre

En plus des chapans somptueux, tout un apparat équestre rappelle que l’émir de Boukhara s’inscrit dans la tradition des grands conquérants. Les selles de bois peint, les dagues incrustées de pierres précieuses, les boîtes à Coran décorées de cornaline, les harnachements du cheval argent et turquoise sont d’un luxe inouï

harnachement de cheval : turquoise, argent et or

les bottes de cuir, les calottes sont brodées d’or

 

Chapans colorés des femmes. Réalisés à la fin du 19ème siècle le premier m’évoque un peu l’Art Nouveau. 

Pour les femmes moins d’or mais des couleurs suivant un code établi selon l’âge, les jeunes filles en rouge, après 30 ans bleu ou vert, les femmes âgées en couleurs plus ternes.

Nous entrons alors dans l’univers des femmes, dans le domaine de la maison avec les Suzanis qui sont de grands panneaux décoratifs brodés à l’aiguille par les femmes réalisés au sein du foyer

Suzani

la réalisation des suzanis peut prendre des années entières. Le résultat témoigne de la patience et de la créativité de la future mariée

les motifs le plus souvent végétaux varient selon les provenances

Suzani de Tachkent

En plus de ces panneaux brodés, les femmes réalisent aussi des tapis : le nouage des tapis est exclusivement féminin. Différentes techniques et styles sont exposés comme les tapis à poil épais, les tapis velours, les tapis brodés et même les tapis feutrés des éleveurs nomades.

le tapis ci dessus est réalisé avec de longues et fines bandes cousues, le métier étant très étroit.

j’ai été étonnée de ne pas retrouver les « tapis Boukhara » rouges et noirs . j’aurais bien aimé savoir pourquoi ils ne figurent pas dans cette exposition.

Toujours en restant dans l’univers féminin les bijoux sont présentés dans des vitrines: souvent argent et cornaline, parfois or, turquoises pour les plus sophistiqués.

L’exposition se termine par un feu d’artifice coloré : le travail de la soie (vidéo passionnante) et installation des Ikats soieries teintes.  Ikat est un mot indonésien voulant dire « attacher » ou « nouer » En Ouzbekistan o n nomme Abrbandi et c’est un des symboles de l’identité ouzbèke. la teinture est réalisée quand le fil de trame est installé sur le métier. On procède à des ligatures de plusieurs fils. La teinture qui en résulte est un peu floue, « nuageuse » 

Ikats

En plus des textiles,  des tableaux de peintres du début du XXème siècle sont intéressants, certains cubistes, d’autres fauves.

Musée de Cluny : Rénovation!

TOURISTE DANS MA VILLE

La Dame à a Licorne

Les Provinciaux et Touristes étrangers visitent Paris mieux que les Parisiens! C’est souvent à l’occasion d’une de leur arrivée que je visite les collections permanentes d’un musée. pour les expositions, l’urgence me presse. C’est donc la visite de Claudine et Francis qui m’a décidée à retourner aux Thermes de Cluny devant lesquels je passe avec indifférence. 

Et ils viennent d’être rénovés!

Je suis passée avec beaucoup de scepticisme par la nouvelle entrée en ferronnerie contemporaine rouillée comme il se doit, en râlant que la jolie cour gothique de l’Hôtel des abbés de Cluny avait quand même plus d’allure!

Frigidarium

Et c’est injustifié parce que cette rénovation met en valeur les Thermes que j’avais toujours négligés. Il est d’ailleurs judicieux de descendre directement au Frigidarium où sont exposés les antiquités romaines : remarquables Piliers des Nautes Les thermes font un hall d’exposition extraordinaire (comme à Rome où j’avais vu dans les Thermes de Dioclétien les œuvres d’Henry Moore). 

Têtes des rois de Juda

Des vestiges provenant des églises et des monastères de la Région Parisienne sont mis en valeur. Ces têtes géantes de Notre Dame de Paris ont été retrouvée relativement récemment. Elles avaient un temps servi de bornes. Toute une série de chapiteaux romans me fascinent.

tissu copte

le parcours est chronologique, logiquement, après les Gaulois et les Romains, la Salle 2 propose un véritable trésor des couronnes d’or et de pierreries du trésor wisigothique  de Guarrazar(7ème siècle) suspendues sont entourés de vitrines contenant des merveilles orientales comme les tissus byzantins ou coptes et surtout les ivoires finement ouvragés.

Ivoire

le XIème -XIIème,  entre Roman et Gothique,  livre ses trésors. mais c’est avec les vitraux qu’on a les plus belles surprises : c’est rare de pouvoir les contempler à hauteur d’homme, généralement on se dévisse le cou sans distinguer les détails que les verriers de l’époque ont soignés.

vitraux

Il faudrait de nombreuses visites pour s’attacher à chaque style, chaque provenance. La Sainte chapelle (1241-1248) nous enchante.

Nous sommes restés longtemps à admirer un coffret en ivoire : l’Assaut du Château d’Amour d’une finesse exceptionnelle et que le sujet profane nous a séduit

L’Assaut du château d’Amour
l’Assaut du Château d’Amour

Ces ivoires (parfois os) sont pour moi un véritable coup de cœur

 

 

 

 

 

 

j’ai aimé ces Saintes Barbe si douces et ces Vierges

Sainte Barbe

Tant de sculptures, lesquelles choisir?

Le chef d’oeuvre du musée est bien sûr la tapisserie de la Dame à la Licorne mais ce n’est pas la seule tapisserie. j’ai bien aimé ces départs à la Chasse

Départ à la chasse

ou les vendanges

Vendanges

et le bain qui racontent la vie quotidienne

Le bain

la tapisserie de la licorne est si merveilleuse qu’elle mériterait à elle-seule un billet de blog. Et que dire de la Tapisserie de Saint Etienne que j’ai tout juste entraperçue, j’était fatigué, comme repue. Il me faudra revenir!