Pique-nique à ‘entrée de la presqu’ile de Quiberon à marée basse. Deux heures de route sur la 4 voies bretonne gratuite qui contourne Lorient. Nous arrivons sous le soleil à Audierne. Après avoir longé les quais nous posons la voiture sur un grand parking à l’entrée du port? Promenade sur une longue digue empierrée jusqu’à un petit phare blanc et rouge : la Jetée de Raoulic. La marée monte; Des surfeurs s’élancent sur la vague qui déferle sur le port longuement comme un mascaret.
Le port d’Audierne
Des panneaux émaillés racontent l’histoire d’Audierne.
Port marchanddès le XVème siècle exportant au loin sel et marchandises. Puis vint le temps de la pêche. Du XVIIIème au début du XXème siècle, la sardinefit la richesse d‘Audierne. Dès le début du XXème siècle les bancs de sardines se sont raréfiés. Les pêcheurs ont alors pêché la langouste dont les effectifs ont aussi décliné, remplacés par le thon. Ces reconversions m’ont rappelé les analyses d’Anita Conti sur la prédation de la ressource.
Plus loin j’ai découvert la ville, ses commerces, la Mairie et les halles.
Notre gîte est à Esquibien, sur la route de la Pointe du Raz. En 1960 j’avais fait un camp de Petites ailes dans l’école d’Esquibien qui avait laissé le souvenir d’un petit village. Avec Leclerc, Biocoop et Liddl , je découvre plutôt une banlieue d’Audierne. Nous logeons dans une maison moderne dans un lotissement, le Cabestan, allée Surcouf. maison modeste, moderne mais bien typique crépie de blanc avec des volets bleus. A l’intérieur, pas de chichis, c’est clair, fonctionnel. A l’arrière un carré de jardin, tables et des fauteuils en plastique et de très confortables chaises longues. C’est parfait.
Depuis le 12 juillet 2025, les Alignements de Carnacsont inscrits au Patrimoine Mondial de l’UNESCO, . La précédente visite, en 2010, sous la pluie, CLIC n’avait pas laissé un souvenir impérissable, les menhirs se voyaient de la route dans une végétation assez dense, mal mis en valeur.
10h, à l’ouverture du Musée de la Préhistoire au centre du bourg, j’espère trouver une visite accompagnée. Elle est à 15 h hors saison, et il faut s’inscrire en ligne. Musée de la Préhistoire et Maison des Mégalithes sont deux entités séparées.
Comme tous les grands sites, les alignements sont encadrés de grands parkings arborés, d’un petit train touristique, bus à impériale. En saison, il doit y avoir la foule mais fin septembre, même le dimanche, l’affluence est raisonnable.
La Maison des Mégalithesse trouve sur place hors de Carnac. Une vidéo prépare la visite individuelle balayant les mythes et les idées fausses comme celle des pierres tombées du ciel, les théories astronomiques sont aussi mises de côté. Une nouvelle hypothèse : les stèles formeraient une barrière stratégique ceinturant un territoire. Il faut aussi tenir compte des variations du zéro marin au Néolithique (4800 – 2500 av. JC), de nombreuses stèles se trouveraient immergées. La vidéo montre aussi les fouilles du tumulus Saint Michel : une seule tombe contenant du mobilier de prestige. Le sel était déjà une contrepartie d’échange mais on ne peut pas parler de commerce, plutôt des cadeaux diplomatiques. Une belle exposition de photographies des années 50 et 60 montrant une grande familiarité des habitants de Carnac qui se sont tiré le portrait en famille assis sur les stèles, les enfants grimpés sur les menhirs. Certains sont en costume local.
Alignements de Ménec
Un sentier piétonnier longe le grillage. le circuit est d’une dizaine de km (8 + un détour pour voir le Géantet le Quadrilatère de Manio en forêt). Il part de la Maison des Mégalithes, passe par le village de Menec où les blocs se dressent presque dans les maisons. Les plus grands sont mis en valeur par l’herbe rase. Plus loin, ajoncs et genets gagnent.
Des cartels racontent l’histoire des aménagements du site. Les habitants n’ont pas toujours vu d’un bon œil ces installations : les expropriations et les grillages. Une association Menhirs libres a contesté ces grillages ainsi que la construction de belvédères d’observation. Il s’en est suivi une gabegie financière : enlèvement des grillages, destruction des belvédères, un véritable feuilleton local. Sans parler de l’histoire ancienne quand on réemployait les blocs pour la construction. D’autres avertissements décrivent la fragilité du site : le déchaussement des stèles justifie leur protection. En revanche, rien sur l’archéologie. Il aurait fallu aller au Musée de la Préhistoire. Carnacmérite plus qu’une matinée ! Sans parler des sites voisins à Locmariaquer (Table des Marchandsetc…)
Le géant
Promenade très agréable sur un chemin sablé, parfois des planches avec une partie en sous-bois pour le Géant et le Quadrilatère de Manio. Les champignons colonisent les souches.
Le soleil a dispersé les nuages, le retour sous une lumière vive offre de nouvelles perspectives. Je pense aux autres sites mégalithiques en Corse, en Sardaigne, à Malte ou au Musée de Rodez…Plus j’en visite et plus le mystère s’épaissit et plus je suis ravie d’en découvrir de nouveaux
Colocation transgénérationnelle: Anna la trentaine, journaliste pigiste, vient habiter chez Madame Simone, soixante dix ans. La cohabitation se passe à merveille et dure quatre ans. Madame Simone est une dame alerte, encore secrétaire médicale du docteur Habib, soignée, sportive et très discrète. Moments de tendresse partagée. Un jour elle a lancé ; « Warde, je veux être enterrée à Jérusalem » et a ajouté « je te confie cette volonté parce que tu vis dans mon cœur ».
Au décès de Madame Simone, le Docteur Habib organise la Shiv’ah et réunit les proches. Occasion d’évoquer la défunte, ses lectures, son goût pour le théâtre. Sa dernière volonté : d’être inhumée à Jérusalem a été négligée. S’en suit un scandale quand le Consistoire intervient.
Quelques mois plus tard, Anna reçoit un appel de Jérusalem. Elle doit faire le voyage pour entrer en possession d’un appartement que Simone lui aurait légué. Anna débarque donc en Israël désertée de ses touristes en pleine guerre.
Pour ne pas spoiler je ne vous raconterai pas les secrets de Madame Simone.
Si le début parisien du roman ne m’avait pas passionnée, la suite en Israël est tout à fait intéressante. Anna va découvrir le pays sous tension. Elle va vivre le quotidien d’habitants de la banlieue de Tel Aviv. A Jérusalem, fera la connaissance d’un soldat souffrant de stress post-traumatique, qui raconte sa guerre à Gaza.
Anna rejoint Ramallah et subit les check-points. Toute une aventure que de s’y rendre en autobus. Elle rencontre un peintre palestinien traumatisé par une incarcération …
En découvrant les secrets de Madame Simone que je ne dévoilerai pas (bis) le roman raconte la vie de ces Mizrahim, juifs orientaux confinés dans des quartiers périphériques, évoque les Panterim (Black Panters séfarades dans la fin des années 60), évoque la frontière entre Jérusalem jordanienne d’avant la Guerre des Six Jours, et après… Et tout cela est bien intéressant.
J’ai seulement regretté que l’héroïne du roman, journaliste, n’ai pas exercé son métier pour construire un reportage. Mais ce n’était pas le sujet. Plutôt que sortir, elle préfère capter les journaux télévisés. Marie Semelin, justement a été correspondante au Moyen Orient, pour Radio-France et aurait pu faire d’Anna une journaliste plus impliquée.
Le 7 octobre, le trou dans son cœur s’est réveillé. Elle a entendu les nouvelles. Elle s’est dit : voilà, c’est fini. La plaque tectonique s’est fendue. Elle bougeait, elle s’entrechoquait, elle frottait. Elle a été secouée, malmenée, des microfissures la rongeaient de mille façons. Elle tenait. Elle n’était pas détruite. Il y avait encore un fil, pas épais mais tout de même, un espace commun, on pouvait circuler, aller d’un coin à l’ autre. C’est fini. La plaque s’est fendue. Détachée. Il n’y a plus, il n’y aura plus de retour en arrière. Le massacre et sa vengeance. Les douleurs vont plonger si profond, dans des puits si sombres, qu’aucune main tendue à sa surface ne pourra nous en sortir. Il fait trop noir. Il faut partir de trop loin.
Proposé par les algorithmes d’Amazon, ce livre semblait cocher toutes les cases de mes lectures de l’été : le Booktrip en mer, La Révolution française (à la suite des Onze), l‘histoire des Juifs. Plaisir de retourner au Cap Vert répondre à cette interrogation lors de notre voyage au Cap Vert: le lieu-dit Synagoga CLICm’avait étonnée, je comptais sur cette lecture pour lever ce mystère.
A bord de la « Jolie Nanette » voguant vers la toute jeune république américaine se retrouvent David, Esther et son fils Momo, Juifs du Comtat Venaissin, Marie la fiancée de David, Hemings le cuisinier de Jefferson, esclave mulâtre, Dalayrac un violoniste qui a joué à la cour, Liquier fils d’un armateur bordelais négrier, Camboulas vétéran des guerres d’Indépendance américaine. Bonne compagnie musiciens, lettrés « honnêtes hommes » ayant le goût de la conversation et de la musique. La cuisine de Hemings apporte une touche gastronomique à ce voyage qui s’annonce très agréable.
Tout d’abord, échanges de très haute volée où Voltaire, Olympe de Gouges, Lessing sont cités. La Fayette, Mirabeau, Robespierre et les révolutionnaires, sujets d’actualité. La présence de Heming, fin cuisinier, violoniste, mais esclave de Jefferson, introduit une réflexion sur l’esclavage. La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, n’implique-t-elle pas l’Abolition de l’esclavage? La situation des Juifs et des Noirs, également opprimés est sujet de leurs discussions. Bien sûr, la place des femmes n’est pas oubliée. Passionnants ces débats? Un peu longs et scolaires. Laurence Benveniste ne laisse rien de côté, développe les idées, creuse son sujet. Tant d’érudition finit par lasser.
La croisière se gâte, mort suspecte du Capitaine qui est remplacé par un personnage très antipathique, mort du Coq…aménagements suspects en cale. Mutinerie…les passagers deviennent otages, le navire change de destination. L’heure n’est plus aux discussions philosophiques ni aux concerts de violon. Suspens haletant. Ma foi, fort bien mené. Arriveront ils au Cap Vert? (on se doute que oui d’après le titre) et après….ils passeront par Synagoga, bien sûr!
Très bien documenté, mais la lecture de ces 391 pages est un peu laborieuse. .
Lu à la suite de Jules Verne contre Nemo de Céline Ghys qui avait lancé une allusion transparente :
« Disons que je prendrai un époux quand je verrai un rayon vert à la place du soleil couchant. «
En effet, le personnage principal est – une fois n’est pas coutume – une jeune fille intrépide, Miss Campbell, jeune écossaise que ses oncles veulent marier à un jeune scientifique Aristobulus Ursiclos qui, outre son nom ridicule, est parfaitement ennuyeux.
Tu ne veux pas te marier ? dit le frère Sam. – A quoi bon ? – Jamais ? … dit le frère Sib. – Jamais, répondit Miss Campbell, en prenant un air sérieux, que démentait sa bouche souriante, jamais mes oncles… du moins tant que je n’aurais pas vu… – Quoi donc ? s’écrièrent le frère Sam et le frère Sib. Tant que je n’aurai pas vu le Rayon-Vert. »
Et voilà Miss Campbell, ses deux oncles Sam et Sib, ainsi que leurs fidèles serviteurs, partis pour le littoral écossais, côte ouest bien sûr. Nous allons les suivre dans leur périple qui va les conduire dans la station balnéaire d’Oban, dans les îles de Mull, Kerrera, Seil, Staffa…îles Hébrides. Périple touristique sur des vapeurs puis sur un yacht loué. Vacances écossaises classiques. Rien à voir avec les aventuriers de certains romans et encore moins 20.000 lieux sous les mers ou de la Terre à la Lune. Vacances tranquilles où ‘on s’occupe à de belles promenades ou au jeu de croquet. On surveille le baromètre qui promet (ou non) un beau coucher de soleil.
Du tourisme plutôt que de l’aventure! Mais avec beaucoup d’humour. On sourit beaucoup. Pas de technologie révolutionnaire, encore moins de science-fiction. D’ailleurs la science, en la personne d’Aristobulus Ursiclos, est ridiculisée.
C’était un « personnage » de vingt-huit ans, qui n’avait jamais été jeune et probablement ne serait jamais vieux. Il était évidemment né à l’âge qu’il devait paraître avoir toute sa vie.
Un collier de barbe encadrait ses joues et son menton – ce qui lui donnait une face quelque peu
simiesque. S’il avait été un singe, c’eût été un beau singe – peut-être celui qui manque à l’échelle des
Darwinistes pour raccorder l’animalité à l’humanité.
[…]
risible, mais peut-être s’en riait-on, parce qu’il était ridicule. Personne n’eût été moins digne que ce faux
jeune homme de s’approprier la devise des francs-maçons anglais : Audi, vide, tace. Il n’écoutait pas, il ne
voyait rien, il ne se taisait jamais.
Rayon vert ou pas, comment la pétillante Miss Campbell pourrait le prendre pour époux? Surtout qu’elle est très romantique. Etrangement, Jules Verne écrit le Rayon Vertun roman d’amour romantique avec nombreuses allusions à Walter Scott,Ossian et les légendes folkloriques écossaises.
Romantisme du gouffre de Corryvrekan
« Le gouffre de Corryvrekan, justement redouté dans ces parages, est cité comme l’un des plus curieux endroits de l’archipel des Hébrides. Peut-être pourrait-on le comparer au raz de Sein, formé par le rétrécissement de la mer entre la chaussée de ce nom et la baie des Trépassés, »
Romantisme aussi de la Grotte de Fingal où ils vont bivouaquer.
Romantisme de la tempête qui s’y déchaînera….mais je m’arrête ici de peur de spoiler.
C’est une lecture facile, distrayante, différente des romans que Jules Verne a livré. Et en plus cela se lit vite!
Agnès Riva raconte la naissance d’une Ville Nouvelle : Créteildans les débuts des années 70 quand grues et pelleteuses étaient au travail. Ces débuts m’amusent beaucoup puisque je me suis installée à Créteil en 1980. Presque tout était en place, tout beau, tout neuf avec l’optimisme de construire une nouvelle vie.
« C’est du jamais-vu », pensa Gilles ébahi en découvrant face à lui le quartier de la Haye-aux-Moines, un ensemble de résidences, de tailles et de volumes différents, agencées comme une casbah, dotées de terrasses créées çà et là dans les angles par d’habiles décrochés cubiques, et bâties avec des matériaux modernes laissant présager des appartements dernier cri. »
Le héros de l’histoire, Gilles, est un jeune étudiant qui s’installe dans le Quartier de la Haye-aux-Moines. Il est embauché par le Maire comme animateur pour la promotion de la ville nouvelle avec la mission de sonder les habitants et d’animer une vie de quartier. Gilles tombe amoureux d’une secrétaire à la Mairie. Il imagine un projet avec l’école primaire du quartier : retaper un bateau qui naviguera sur le Lac de Créteil à peine aménagé…
Disons le tout de suite. L’histoire d’amour entre Gilles, godiche, et Aline, la brunette pétillante n’est pas passionnante.
En revanche, je me suis bien amusée de trouver l’ancien magasin Carrefour avant la construction de Créteil-Soleil, d’apprendre que
« C’est le premier McDonald’s qui a ouvert en France, et il a choisi de s’installer à Créteil, »
et que le Cinéma de Créteil Village était le Gémini. Tous ce qui n’existe plus et ce qui existe encore éveille mon intérêt de Cristolienne. L’opposition entre les pavillons de Bord de Marne et les constructions moderne est bien vue. L’ambiance antillaise aussi avec l’attraction de l’Hôpital Henri Mondor. Dans ma tour (construite en 1946) elle était très sensible aussi avec les Postiers. En revanche, le Mont-Mesly barres et tours des années 60, pour accueillir rapatriés d’Algérie et travailleurs maghrébins, n’est pas du tout évoquée.
Intéressante anecdote sur un avortement au Planning Familial (ou était-ce le MLAC) . Aline qui y a accompagné une amie se fait journaliste pour témoigner.
Je me suis amusée mais je ne suis pas sûre que les lecteurs qui ne connaissent pas ma ville prennent autant de plaisir à cette lecture. A moins que la découverte de la banlieue ne devienne un sujet exotique… j’ai remarqué d’autres parutions dans ce genre.
Ce gros roman (650 p en Poche) m’a accompagnée pendant ces vacances en bord de Manche. Il a guidé mes rêveries en passant devant les rochers, les îlots et les îles, flux et reflux des marées…
Cézembre est une île en face de Saint Malo. Une île chauve, un caillou, une île martyrdont l’histoire est tragique. Fortifiée par les Allemands, elle a subi un pilonnage monstrueux de la part des Alliés. Elle exerce une fascination pour le héros du roman
« J’ai toujours aimé la beauté des ruines ; mais celles-ci, sous leur vêtement de graminées, de mousses et de lichens, ne s’étaient pas tout à fait départies de leur violence originelle. À Cézembre, la nature n’avait pas éteint le souvenir de la bataille sans merci qui s’y était livrée : elle en avait simplement apaisé l’horreur. »
Yann de Kérambrun, le narrateur, est historien. Il enseigne à la Sorbonne et rédige une thèse sur les pirates de la Méditerranée du temps de l’Empire Romain. En instance de divorce, il vient de perdre son père. Son fils part en Allemagne. Il demande un congé sans solde et s’installe dans la maison familiale Les Couërons sur le Sillon à Saint Malo. Il y trouve un véritable trésor : les archives de la Société de propulsion nautique malouine créée en 1905 par son aïeul Octave. Cette société les « vedettes bleues » assuraient les traversées entre les Îles anglo-normandes et Saint Malo. Octave avait pour associés un homme d’affaire de Jersey et un avocat Sainte Croix, très actif dans la politique locale.
Parmi les divers dossiers, il retrouve plusieurs dizaines de carnets des « livres de raison » comptes journaliers, mais pas que. L’historien qui sait déchiffrer de telles archives se lance dans une entreprise au long cours : reconstituer la saga familiale de cette famille d’armateurs malouins. A première vue, l’entreprise s’est transmise de père en fils et a prospéré, Octave a fait construire une belle maison de maître qui est restée dans la famille. Mais des secrets de famille le troublent. Entre temps, on retrouve un squelette à Cézembre, l’entreprise familiale est elle mêlée ? Yann se livre à une enquête minutieuse qui va mobiliser les cousins éloignés qu’il avait perdu de vue. je retrouve les mêmes ressorts qui m’avaient tenue en haleine dans 555, le manuscrit de Scarlatti.
Entrelacées avec l’histoire familiale, les tragédies qui se sont déroulées sur l’île : avant d’être occupée par l’armée allemande, Cézembre fut une colonie pénitentiaire. C’est aussi un site idéal pour la contrebande. Pouvait-on s’échapper de Cézembre à la nage?
Yann se lance le défi de faire la traversée à la nage.
Mais je rêve de plus en plus souvent à cette traversée, que je voudrais réussir en solitaire. Comme si atteindre l’île par mes seuls moyens pouvait me permettre de replonger dans ces époques lointaines dont nous parlait Étienne, lorsque la géométrie des terres et des sables était si différente que les îles Anglo-Normandes n’étaient qu’une péninsule. Je m’imagine, marcheur gagnant le couvent des Récollets, traversant une forêt de chênes baignée par le vent maritime. Ceux que la marée avait saisis, couchés, minéralisés, chassant au fil des siècles la sève et la fibre du bois pour y loger son sel, son fer, sa silice.
Le livre est aussi traversé par l’histoire de la joggeuse mystérieuse, la femme au K-Way turquoise, Rebecca, dont Yann va tomber amoureux. Pas la partie que j’ai préférée.
Et toujours la présence de la mer, de sa puissance, de naufrages comme d’entrainements à la nage. Saint Malo et ses légendes. J’ai adoré la légende de la forêt de Scissy, forêt enfouie sous le rivage depuis des millénaires, fossilisée
On a retrouvé des arbres fossilisés, enfouis dans le sol inondé, qui datent du néolithique. On appelle ça des couërons. — C’est de là que vient le nom de la maison ? — Sans aucun doute. On les reconnaît parce qu’ils sont couchés à l’horizontale, avec des racines qui forment un angle à quarante-cinq degrés avec le tronc. Ce qui veut dire que ces arbres ont commencé à pousser avant la submersion, […] À l’emplacement du Sillon, il n’y avait pas une forêt qui allait jusqu’à Cézembre ? Étienne a souri. — Ah, la fameuse forêt de Scissy ! Ou Querckelonde selon d’autres sources. Hugo l’appelait la « forêt druidique » … Elle aussi, elle fait partie de la légende.
Roman de la mer, saga des armateurs malouin, histoire du XXème siècle, de la guerre…Aussi relation père-fils. Les thèmes abordés sont nombreux et ce roman est décidément très riche.
J’ai eu le plaisir de rencontrer Hélène Gestern à la manifestation littéraire, Créteil en poche. Je lui ai dit tout le bien que je pensais de son livre. Mais comme je n’ai pas l’esprit d’à-propos, je ne lui ai pas demandé de photo. Quand je suis revenue, elle avait disparu!
Visiter une exposition comme jouer à faire des paires!
Les arbres bleu Klein rencontrent la forêt aux arbres bleus de Fernand Léger. Tout au long de la visite, je continue le jeu des correspondances
Arman – Birds (1981) accumulation de pinces métalliques formant une nuée d’oiseaux, murmuration solide
Birds d’Arman figure près de la Composition de deux oiseauxde Fernand Léger. Correspondance, dialogues anachronique : Léger est mort en 1955, il n’a pu voir les oiseaux d’Arman. Et pourtant cela fonctionne très bien
Fernand Léger : composition avec deux oiseaux (1940)
L’exposition Tous Léger propose un dialogue entre l’école des Nouveaux Réalisteset l’œuvre de Fernand Légerqui a ouvert la voie en peignant la réalité urbaine dans sa trivialité. La première partie est consacrée aux Cinq Eléments : Air, Eau, Feu, Terre auquel on ajoute la Couleur. Fernand Léger enregistre les mutations de l’époque moderne tandis que les Nouveaux réalistes poussent la critique de la surconsommation, de l’obsolescence programmée, la gestion des déchets.
La vie des objets
May Wilson : Untilted
Ces accumulations de d’objets du quotidien May Wilson correspondent à cette critique comme les objets piégés de Spoerri, l’accumulation des pinces métalliques d’Arman et les ciseaux de Niki de Saint Phallepris dans le plâtre
Niki de Saint Phalle Ciseaux/ Fernand Léger
« pour moi la figure humaine, le corps humain n’ont pas plus d’importance que des clés ou des vélos. C’est vrai. Ce sont paour moi des objets valables plastiquement et à disposer selon mon choix »
« il n’y a pas de beau catalogué, hiérarchisé. Le beau est partout, dans l’ordre d’une batterie de casseroles sur un mur blanc aussi bien que dans un musée… »,
Fernand Léger
Lichtenstein Interior with chair
Fernand Légera séjourné longtemps aux USA et a exercé son influence sur Lichtenstein
Lettres – tampons – affiches
Cette section s’organise autour de Métro Arts et Métiers de Villeglé qui trône au centre de collages encadrés par les tampons et cachets d’Arman
Fernand Léger – L’Homme au chapeau bleu
Continuons le jeu des paires avec le Chapeau bleu de Spoerri cachant les œufs d’un éventuel larcin qui correspond au tableau de Fernand Leger
Martial Raysse Nissa Bella
toujours le jeu avec Nissa Bella de Raysse avec le Petit témoin au visage vert de Niki de Saint Phalle
Niki de Saint Phalle Le petit témoin
Acrobates et cyclistes rapprochent Niki de Saint Phallede Léger
Léger a beaucoup peint des cyclistes célébrant ainsi les congés payés.
Niki de Saint phalle : Footballers
La couleur dans l’espace est le thème de la dernière salle où les oeuvres monumentales de Fernand Léger sont confrontées au Jardin des Tarotset au street-art de Keith Haringtandis que Miles Davis très coloré tient la vedette.
Une exposition très riche aux œuvres très variées et aux thèmes passionnants. Pas très facile cependant : de nombreux artistes ne sont pas connus du « grand public« , plasticiens, écrivains, musiciens et cinéastes se croisent, font parcours ensemble.
Baldwin par Beaufort Delaney
Pour les écrivains c’est plus facile : deux grandes figures Baldwin et Edouard Glissant. Ce dernier sert d’axe central autour duquel tournent les différentes sections aussi bien, le Retour vers l’Afrique avec Césaire, Senghor et le concept de négritude, nous conduisant à la section Paris-Dakar-Lagos et, toujours en partant de Glissant on parvient à la Caraïbe, à la mémoire de l’esclavage, Antillesfrançaises, Cuba.
Umbral : Wilfredo Lam (Cuba)
On peut aussi choisir un parcours musical : de nombreuses œuvres ont pour sujet la musique et les musiciens. Jazzmen américains mais africains aussi
Cotton club
Entre Cotton Club et Saint Germain des prés, Amstrong, Duke Ellington, mais aussi Auric…j’ai aussi bien aimé les musiciens béninois de Paul Ahyi
Paul Ahyi : Les Musiciens
Une autre piste serait celle des luttes anticoloniales et révolutionnaires
josé Legrand : sans titre 1975
le grand diptyque de José Legrand, un peu dans le style d’Ernest Pignon-Ernest commémore les massacres de mai 1967 en Guadeloupe, évènement peu connu en métropole que j’ai découvert récemment en passant à Pointe-à Pitre .
Georges Corran : Délire de Guerre et paix
Et pourquoi pas, laisser de côté tout concept intellectuel et ne pas se laisser séduire par la beauté picturale de tableaux colorés, de matières variées, de tableaux, tapisseries ou sculptures
Victoire Ravelonanosy Repiquage du Riz à Madagascar
Découvrir des plasticiens originaux, des personnalités marquantes comme Delanney, Sekoto Wilfredo Lam, José Castillo..
Gotène- Congo : Femme perdue au cimetière
Impossible pour moi de donner une version totale de la visite tant elle a été surprenante.
Nanterre : Laurent Kronental « les yeux es Tours »
Banlieues chéries tente de donner une image positive de la « Banlieue«
pour commencer, définissons ce concept de banlieue : historiquement « à une lieue du ban » , un espace mis sous la protection de la ville »
Chronologiquement, Banlieues douces-amères, commence du temps de Zola qui décrit la Banlieue comme une campagne où les Parisiens viennent s’amuser dans les guinguettes, canoter sur la Seine. Ces banlieues douces sont illustrées par deux tableaux de Monet et un de Jongkind à Argenteuil. En vis-à-vis un film Le Croissant de Feu (2021) de Rayane Mcirdi ICIfilmé à Asnières dans le quartier des Mourinoux à l’occasion de la destruction de la barre d’immeuble Les Gentianes.
Atget
Entre la campagne et les rénovations urbaines, un siècle et demi d’histoire : La Zone : bande inconstructible, zone de tir à canon, devant les fortifications, est occupée par des « zoniards » ou des « zoniers » vivant dans la précarité aux portes de Paris. Cette Zone fut immortalisé par les photographies d’Atget (1913 1927), de Chifflot. Puis l’habitat précaire s’est étendu en immenses bidonvillescomme celui de Nanterre dans les années 1960 clichés de Pottier et Monique Hervo
Bidonville de Nanterre
De nombreuses photographies en Noir et Blanc présentent aussi les habitants dans une salle s’intitulant De l’intime à l’Esprit de Quartier
Des familles posent :devant l’objectif de Patrick Zachmann camerounais, russes ou ukrainiens, grecs ou vietnamiens. En face de cette exposition de photos de famille, des intérieurs souvent coquets sont reconstitués avec des meubles vernis, de douillettes chambres à coucher…
Banlieues engagées
les banlieues rouges des les années 20, des pavillons se construisent sans conforts, et les communistes prirent la défense des « mal lotis ». De ces années 1924 -1925 , l’exposition présente les croquis de Le Corbusier, de quartiers de maisons individuelles toutes identiques modulaires .
maquette de Nanterre
Les maquettes m’ont beaucoup intéressée, j’aurais même aimé en voir plus! La Cité de la Soie à Vaulx-en-Velin et surtout les maquettes de Nanterre. Ces tours-nuages ou Tours Aillaud ont également inspiréLaurent Kronental
Jurg Kreienbühl : Cimetière de Nanterre
Au chapitre, Les luttes en héritage une chronologie des luttes sociales est illustrée par des affiches
Police personne ne bouge
1979, grève au foyer Sonacotra de Garges les Gonesse
année 80 : âge d’or du rock
1983 marche contre le racisme
1990 : le rap rythme les émeutes urbaines
2000 émeutes de Clichy Montfermeil (Zyed et Bouna)
Les plasticiens de banlieue colorent leurs images. Ils s’approprient la ville et se représentent . Je retrouve des artistes que j’ai rencontré par ailleurs Mohamed Bourouissa (photos) et les broderies de Cindy Bannani qui ont pour thème la Marche de l’égalité de 1983 également présentées au Palais de Tokyo, ici elle sont installée sur la trame de keffieh .
Cindy Bannani
l’Exposition part aussi dans l’analyse des déplacements (RER B) et de la rénovation urbaine.
Beaucoup de thèmes sont abordés. Beaucoup d’œuvres intéressantes, surtout les photos. Cependant la scénographie est plutôt confuse, je peine dans l’accumulation. J’aurais préféré moins d’informations mais plus d’œuvres marquantes. Peut être la plage de temps aurait dû être réduite, ou peut être aurait-on plutôt du choisir un thème moins vaste?