une Aventurière au Musée – Alexandra David Néel –

EXPOSITiON TEMPORAIRE AU MUSÉE GUIMET 

jusqu’au 22 mai 2017

Je lis toujours avec beaucoup d’intérêt les récits et les écrits des grands voyageurs. Mais les exploratrices me passionnent encore plus. J’attendais avec impatience l’exposition du Musée Guimet qui vient tout juste de commencer. Il ne s’agit pas d’une grande exposition mais seulement dans la Rotonde du 2ème étage (décor prestigieux avec cariatides).

 

Alexandra David Néel (1868-1969) féministe, anarchiste, exploratrice, écrivains et « dame-lama » trouve toute sa place au Musée Guimet puisque c’est à la suite de la visite de ce musée après sa création en 1889 qu’elle découvre le bouddhisme. En 1891 Emile Guimard organisa des cérémonies bouddhiques au Musée et Alexandra David Néel adopta le bouddhisme en 1892. 

A cette époque elle se consacrait au chant lyrique. De belles photos et sa tenue de cantatrice datent de la décade 1890-1900.

L’exposition se compose surtout de photos de ses deux grands voyages en Asie de 1911 à 1925. Son voyage à lhassa (1923-1924) en hiver est le plus aventureux, à 56ans elle effectue ce voyage clandestin dans une région interdite aux étrangers et non cartographiée, 2000km à pied et souvent de nuit se faisant passer pour une tibétaine. . Dans des vitrines on voit aussi ses petits carnets et des lettres rédigées avec une impeccable calligraphie.

Elle légua au Musée 8 panneaux peints de toute beauté, des objets. On voit aussi des objets provenant de Digne-les Bains où elle passa ses dernières années entre autre deux masques effrayants et une belle statue à tête de lionne.

En 1959 Marie Madeleine Peyronnet entre à son service. Elle a contribué à l’élaboration de deux bandes dessinées retraçant ses aventures par Fred Campoy et Mathieu Blanchot ed Grand Angle. Je ne suis pas très fan de BD et je n’ai pas beaucoup aimé leur graphisme.

En revanche je garde un souvenir ébloui de L’Inde où j’ai vécu que j’ai lu il y a quelques temps en rentrant des voyage au Rajasthan.

 

 

Desorientale – Négar Djavadi

TÉHÉRAN/PARIS

 

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Désorientale : quel beau titre! Orient comme exotisme, désorientée comme exilée, désorientée dans ses identités de fillette persane qui quitte sa tribu pour Paris à 11 ans, qui cherche son identité sexuelle, alors qu’en Iran elle est assignée, promise à une vie d’épouse et de mère, désorientée dans ce service de Procréation Médicalement assistée où elle attend enfin une insémination artificielle….

Le titre m’a tout de suite accrochée.

C’est un roman passionnant abordant de nombreux  thèmes . L’histoire contemporaine de l’Iran au cours de tout le 20ème siècle est racontée avec la saga des Sadr, famille aisée, cultivée et francophone. On voit vivre à l’iranienne cette grande famille où les oncles sont si nombreux que les enfants les nomment par leur numéro dans la fratrie.

On voit aussi le couple que forment les parents de la narratrice, couple de militants, d’opposants qu’elle compare même à Bonnie & Clyde, tant l’action politique est plus forte même que la prudence.

Roman de l’exil, du douloureux voyage, de la réception bien décevante des autorités françaises, alors que la France et sa culture étaient idéalisées…. les réactions des parents et des trois sœurs sont variées. L’exilée peut choisir de vivre dans un Iran rêvé ou de s’intégrer complètement, une option est aussi le cosmopolitisme…

Roman de la maternité, renoncer à faire des enfants paraît impensable à l’héroïne, même lesbienne. Récit détaillé des procédures et du protocole que doivent subir les candidats à la Five…

Ce roman est donc très riche et complexe. L’auteure a compliqué à plaisir le récit avec des flash-backs, retours en arrière dans le temps et l’espace, tournant autour de l’EVENEMENT qu’elle n’ose pas aborder de face.

Les romans compliqués ne me posent pas de problème. Le style, oui. Il manque un je ne sais quoi pour me convaincre et me séduire pleinement. Témoignage ou roman? Fiction sans doute largement autobiographique.

 

Yeruldelgger – Ian Manook

POLAR EXOTIQUE

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Yeruldelgger est un roman policier qui se déroule en Mongolie. 

J’ai dévoré en trois jours ce pavé de 630 pages haletantes et addictives  en moins de trois jours avec appétit mais aussi mauvaise conscience parce que c’est un policier vraiment très violent. Pour  certaines lectures, je consulte mon smartphone, pour voir un tableau, consulter une date ou une carte de géographie, pour Yeruldelgger j’aurais dû prendre un carnet et un crayon et noter le nombre de victimes, de tirs dans les jambes ou les genoux, de viols…. je serais arrivée à un total impressionnant. Je n’aime pas la violence gratuite encore moins les meurtres d’enfants, deux petites filles en sont victimes dans le livre.

Je n’aime pas non plus que l’enquêteur use de rapport de force, de l’intimidation, de la torture, ni des coups superflus.Je préfère généralement qu’il utilise son intelligence avec subtilité. Les machos invincibles ne me font pas rêver, ni les superman, batman et autres tarzan. Voilà pour ma mauvaise conscience!

Ce roman foisonnant est  complexe! Yeruldelgger est un policier d’exception,incorruptible, homme blessé, il poursuit ses enquêtes en cours malgré toutes les intimidations. Ses partenaires, le médecin légiste et sa plus proche collaboratrice, sont des femmes douées et belles, parmi les premières victimes, trois chinois et deux prostituées, presque la parité! Elles sont loin de n’être que des faire-valoir aux machos.

Ce polar exotique nous emmène en Mongolie entre Chine prédatrice des terres rares et des richesses du sous-sol, et Corée capitaliste où les touristes coréens se paient des treks dans les steppes encore sauvage.  Le souvenir de l’Union soviétique est encore très présent. la corruption des politiques et policiers  et les luttes d’influences de ces riches voisins seront la toile de fond de l’intrigue.

Exotisme encore, la vie dans les yourtes avec les traditions des nomades qui perdurent. Gastronomie mongole : les raviolis d’agneau frits, et la marmotte rôtie., sans  parler des tartines de confiture de myrtille et de crème!

Mystères aussi des chamans nomades et des bonzes combattants qui sont dignes des meilleurs films chinois.

Tout ce mélange fait que la lectrice se laisse emporter dans la steppe et les montagnes de l’Altaï….à cheval, en moto, en quad et en voiture.

Polar ethnographique? Pas sûr, l’auteur Ian Manook est un écrivain français :Patrick Manoukian, journaliste et grand voyageur.

Jade, des empereurs aux arts déco. au Musée Guimet

LE MONDE EN EXPOS

Exposition terminée le 16 janvier 2017

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Le Jade est à l’honneur au Musée Guimet, principalement le jade chinois qui fut collectionné par les empereurs de la dynastie Qing (1723-1795)

montagne avec un arbre et deux cervidés
montagne avec un arbre et deux cervidés

Trois minéraux existent sous cette appellation :  jadéite, trémolite et kosmochlor. Ce sont des silicates Ca et Mg du groupe des Amphiboles pour la jadéite nephrite, Na et Al du groupe des Pyroxènes pour la jadéite. Le kosmochlor est le Jade de Birmanie. Sa dureté sur l’échelle de Mohs est de 6.5 à 7(diamant =10) en fait une pierre qu’on taille assez facilement. La première salle est ornée de très belles illustration d’un manuel de taille du jade, découpé à la corde et au foret, poli ….Son contact est très agréable:  on incite le visiteur à toucher l’échantillon. 

A l’époque des empereurs de la dynastie Qing la Chine atteignit sa plus grande extension vers l’Ouest, ayant alors accès à de nouveaux gisements de jade  aux frontières du Turkestan.

En introduction : un crapaud-presse papier.  André Breton en avait placé deux sur sa table. Des anneaux, disques polis trouvés en Bretagne et datant de 4500 av.JC témoigne de la fascination qu’exerce ce minéral au delà des frontières chinoises…

feuilles de lotus et tortues
feuilles de lotus et tortues

Les objets des collections des Empereurs chinois sont de toute beauté, la finesse du travail est époustouflante. Les usages du jade sont très variés : tablettes officielles, coupes et vases décoratifs ainsi que tout le matériel des lettrés : « lave-pinceaux », « repose-bras » pour les plus anecdotiques. A l’occasion on montre le goût naturaliste du cabinet du lettré au 18ème siècle. De nombreux objets sont ornés d’animaux et de plantes finement rendus en plus des thèmes typiquement chinois de dragons. Les objets les plus spectaculaires sont sans doute ces « montagnes » avec rochers, végétaux mais aussi animaux.

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Les couleurs du jade sont beaucoup plus variées que je ne l’imaginais : vert, bien sûr, mais aussi presque blanc, avec parfois des nuances de rose ou brun. La géologue remarque que certaines oeuvres taillées comme du jade sont faits de cornaline(jade de feu), d’opale ou même de lapis-lazuli ou de cristal de roche. (jade d’eau).

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Au delà des frontières chinoises le jade fut travaillé et apprécié par les Mongols, en Asie Centrale ou en Inde, une section montre l’art islamique du travail du jade. On voit les objets de jades offerts à Tamerlan.

 

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tigre

A côté des objets très précieux et très sophistiquées une salle présente des jades très anciens avec des anneaux polis du

j'ai beaucoup aimé ce petit cochon
j’ai beaucoup aimé ce petit cochon

Néolithiques analogues aux anneaux bretons  et des plaques à motifs animaliers qui m’ont beaucoup plu.

 

Le jade était un cadeau prestigieux. Une salle est intitulée « jade à Fontainebleau« , y est présenté un rosaire géant ayant appartenu à Eugénie et les cadeaux de l’empereur de Siam à Napoléon III me rappellent le tableau de Gérôme immortalisant la visite des ambassadeurs de Siam, exposé en ce moment à Orsay.

Une salle Art Déco montre des objets, nombreuses pendules et bijoux de Cartier utilisant cette matière.

pendule Cartier
pendule Cartier

L’exposition se termine avec le magnifique paravent de Coromandel 12 panneaux magnifiques que je n’ai pas réussi à photographier parce qu’il était dans l’ombre.

 

 

Dans les jardins de Malabar – Anita Nair

SAISON INDIENNE

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Un voyage dans le temps et dans l’inconnu de l’Inde au 17ème siècle… avant les Anglais, roman historique, et roman d’aventure, avec aussi des histoires d’amour.
Découverte de la paternité et de l’attachement d’un père – nomade invétéré – pour un fils inconnu qui lui ressemble. Inde des castes où le destin de chacun est fixé par sa naissance et auquel il faudra se soumettre.
Idriss, marchand somalien, aimerait ouvrir l’esprit de son fils qu’il emmène avec lui faire partager ses aventures, et surtout qu’il échappe à la vendetta cruelle et séculaire qui le menace. Idriss, l’éternel nomade apprend toutes les langues, négocie épices, textiles et même pierres précieuses, sert d’intermédiaire entre souverains et marchands, se met aussi bien au service des autorités que des navigateurs néerlandais ou portugais.
la traversée d’une rivière en crue. Marchands, marins et même mineurs des diamants de Golconde : de belles rencontres!
Les animaux ne sont pas oubliés, le chien fidèle, le chat Musa, le boeuf et même la belle jument turkmène!

 

Dans les eaux du lac interdit – Hamid Ismaïlov

LA ROUTE DE LA SOIE

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 « Comme un train dans la steppe, comme la conscience d’un Kazakh, comme l’élan révolutionnaire impulsif d’un pays vers un avenir quelconque, mon histoire ne cessait de foncer de plus en plus en avant… »

Dans un train, traversant la steppe kazakhe, le narrateur rencontre Yerhzan qui joue merveilleusement du violon. Yerzhan a l’aspect d’un enfant de 12 ans mais son passeport en atteste 27. Yerzhan raconte son histoire. Une histoire d’enfant qui a vécu dans une de ces gares perdues dans la steppe qu’on nommait étape peuplée uniquement de deux familles de cheminots. Une histoire d’amour pour la petite Aisulu d’un an moins âgée. Une histoire de Wunderkind au violon. Une histoire de chasse au renard….

A côté d’un conte khazak, d’une histoire de musique et d’amour, il y a la présence trop proche de la Zone : zone contaminée où l’Union Soviétique faisait ses effets nucléaires. Effets que la population ressent et accepte. Shaken, l’ingénieur, le père d’Aisulu répète :

« C’est notre devoir absolu, non seulement de rattraper mais de surpasser les Américains »

Une sortie scolaire est même organisée au « réacteur expérimental » où on explique aux enfants la réaction en chaîne et au lac mort

« Shaken emmena les enfants au lac mort. « Ne buvez pas l’eau et ne la touchez pas ». C’était un lac magnifique qui s’était formé après l’explosion d’une bombe atomique. Un lace de conte de fées, au beau milieu de la steppe plane et régulière. une étendue d’au verte émeraude où se reflétaient les rares nuages égarés. Ni mouvement ni vagues, ni rides ni tremblotement – rien qu’une surface luisante, vert bouteille….. »

Un lac comme une tentation…

le souffle

Sur le même sujet, j’avais été éblouie par le magnifique film Le Souffle d‘Alexander Kott

Tigres de papier – cinq siècles de peinture en Corée – au Musée Guimet

LE MONDE EN EXPOS

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Exposition temporaire du 14 octobre 2015 au 22 février 2016.

De la Corée, je suis bien ignorante, en dehors de mon téléphone Samsung qui m’accompagne partout, de quelques films (Poetry m’avait laissé un bon souvenir)….

C’est donc sans idées préconçues que j’ai abordé la très belle exposition du Musée Guimet et que me voici subjuguée par la finesse et la délicatesse de cette peinture que je découvre.

Montagnes de diamant
Montagnes de diamant

Paravents, peinture sur soie ou papier précieux. Surtout des paravents aux motifs variés. Paysages de montagnes très escarpées aux cascades vertigineuses et aux forêts accrochées aux versants. Récits historiques prodigieusement détaillés comme cette fête à Pyongyang entourée de remparts. Paravents aux fleurs et oiseaux. Aux poissons. Papillons.  Chasses au tigre …

Maître Kong (Confucius)
Maître Kong (Confucius)

Panneaux colorés des nombreuses divinités, bouddhisme, confucianisme, taoïsme, aussi chamanisme. L’éventail des divinités et croyance est très ouvert. Je me perds un  peu dans le panthéon asiatique. Une divinité de la Petite Vérole m’intrigue. L’importance accordée aux bibliothèques, pinceaux de calligraphes, rouleaux de papier dénote un peuple lettré. J’aurais peut être besoin d’un guide pour identifier les dieux et démons, les symboles.

Inlassablement je photographie les animaux, admirant la finesse de l’observation, la simplification des tracés, quelques coups de pinceau de calligraphe suffisent pour traduire le vol d’un oiseau. Infinie délicatesse des pivoines ou chrysanthèmes. Tronc des arbres d’une plastique merveilleuse.

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paravent fleurs coq et poule

J’aurais envie de revenir copier les silhouettes des animaux. Quelle maîtrise du trait!

Une halte au restaurant du Musée au sous-sol. C’est un peu sombre et un peu froid mais dans le quartier d’Iena, rien à espérer de mieux. Pour 19€ : un menu entrée+plat ou Plat+dessert et une carte variée. J’ai pris une salade royale, sur de la salade verte des lamelles de poulet, de crevettes roses, carottes râpées, un petit pavé d’ananas frais, des noix de cajou. Rien d’extraordinaire, mais c’est frais et très bien présenté. Le bar à la vapeur servi avec des lamelles de gingembre de ciboulette, est excellent, une sauce l’accompagne très fine, ni trop salée ni forte. Riz blanc dans un bol de porcelaine. mais la carte est variée, les vermicelles au poulet étaient délicieux ainsi que le flan au coco.

livres bibliothèques, intérieur d'un lettré
livres bibliothèques, intérieur d’un lettré

la Carte Blanche à Lee Bae, plasticien contemporain,  sur le thème du charbon : des fagots de charbon mis en place sur du papier blanc, ne m’a pas convaincue. Une vidéo présente l’artiste, le montre en train de travailler, de calligraphier en noir et blanc, de jouer avec les encres et peintures noires…puis on voit le rite coréen de la mise à feu de la Maison de la Lune au nouvel an, feu de la Saint Jean asiatique. Les charbons exposés en proviennent-ils? Je ne le saurai pas.

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Un peu plus loin, au 19 av. d’Iena, une autre exposition Intérieur coréen, oeuvre de In-Sook Son présente des textiles, patchworks,broderies et costumes traditionnels. Magnifiques parures, c’est la troisième exposition, je sature un peuet n’apprécie pas ces objets à leur juste valeur.

 

Les cavaliers – Joseph Kessel

LA ROUTE DE LA SOIE

cavaliers 

« …Il parlait de Zarathoustra comme s’il avait été son disciple, d’Iskander, comme s’il l’avait suivi de conquête en conquête, de Balkh la mère des villes, comme s’il en avait été citoyen; et des carnages de Gengis Khan comme s’il avait trempé dans le sange des peuples massacrés et enseveli sous les cendres et les ruines des forteresses… »

Quel merveilleux conteur que Kessel !

Il entraîne le lecteur sur les sommets de l’Hindou Koush et dans la steppe dans des aventures haletantes à la suite d’un  cavalier, de son merveilleux cheval Jehol et de son palefrenier. Parti jouer pour le roi à Kaboul le bouzkhachi – jeu équestre afghan – Ourouz, le champion est blessé et rentre par  des pistes vertigineuses. De tchaïkhana en bivouac ou sous la yourte, ils font des rencontres hallucinées avec  des princes ou des nomades, en transhumance, avec une djat, une gitane et son singe,ou dans un incroyable cimetière… L’épopée tourne mal.

Et je les suis, fascinée dans ce récit hors du temps même si camions et automobilistes me rappellent qu’il se déroule au 20ème siècle tandis que ces cavaliers auraient pu être ceux Tamerlan.

Récit viril. Pendant le premier tiers du roman nous ne croisons qu’une seule femme : l’infirmière étrangère qui a soigné Ourouz à l’hôpital et dont l’intervention déclenche l’aventure d’Ourouz et du palefrenier Mokkhi. Puis dans un bivouac, une vieille gitane, à moitié sorcière, qui entraîne son singe – apparition fugitive. La tragédie se nouera avec la rencontre de Mokkhi et de la petite nomade Zéré. Histoire d’amour ou d’intérêt?

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On ne sait ce que pense l’auteur

« ...Alors il était juste, il était bon que Zéré fût dehors comme une chienne assoiffée, affamée, tandis que eux, les hommes…?Non pas Zéré…Mais pourquoi elle seule? Mokkhi derrière celle qu’il aimait aperçut la file sans fin de ses soeurs déshérités et se sentit coupable d’une faute dont il ne savait rien saur qu’elle avait la moitié de la race humaine pour victime... »

Dénonce-t-il l’injustice faite aux femmes? Pas sûr.

Le rôle de Zéré est d’introduire le trouble dans le monde des hommes, pas seulement le désordre,  de pervertir le naïf Mokkhi, de le pousser jusqu’au meurtre. Chez les hommes règnent l’ordre, et  la coutume faite de hiérarchie, d’honneur et de dignité. De violence aussi. 

« Dans un jeu – et celui-là était le jeu essentiel, mortel de la dignité et de l’honneur – la vraisemblance ne comptait point, pourvu que fusse respectées la règle et la coutume. « 

C’est un monde violent, un monde d’hommes et de chevaux, de combats de chameaux, de béliers, de paris. Un monde où la cravache peut blesser sans remords le visage d’un enfant, tuer un étalon. Où le sexe se traduit par un viol. Seule l’extrême vieillesse apporte une note apaisée. 

La nature, les montagnes, les lacs, les étendues de la steppe sont magnifiquement décrits.

« C’était la steppe dans son élan sans limite et son fleuve d’herbes qui ondulait aussi loin que portait la vue, et son soleil plus large et plus fier, et son ciel plus haut et plus vaste qu’ils n l’étaient ailleurs dans le monde et ses nuages ailés qui filaient sous le vent, et son parfum, son parfum surtout, la fleur de l’absinthe amère et d’une liberté merveilleuse et sauvage. « 

La Perle et la coquille – Nadia Hashimi

LA ROUTE DE LA SOIE

la perle et la coquille

Merci à Babelio et aux éditions Milady pour cet ouvrage qui tombe à pic dans le fil de mes lectures, juste après le Grand Jeu de Peter Hopkirk et la Voie Cruelle d’Ella Maillart se déroulant en Afghanistan. Reçu de retour d’Ouzbékistan, j’ai pu imaginer la vie dans les palais avec mes souvenirs des harems et des citadelles ark en ouzbek, arg en Afghanistan.

la Perle et la coquille sera-il- le bestseller de l’été à emporter sur les plages?
C’est en tout cas une lecture fort agréable, les  histoires de deux femmes, Shakiba et Rahima,  s’entrelacent, on veut savoir ce qui va leur arriver, comment elles vont s’en sortir, et on tourne les pages. J’ai ouvert ce livre de près de pages jeudi matin, et je l’ai posé le vendredi soir. Impossible de le quitter.

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C’est un témoignage (?) très instructif, sur la condition des femmes en Afghanistan.

 

 

Shekiba, au début du 20ème siècle, Rahima en 2007 . Même problématique, si peu a changé pour les deux héroïnes en un siècle.  Même malédiction de naître fille dans une maison où il n’y a pas de garçon, mêmes mariages forcé d’adolescentes tout juste nubiles, même impuissance à prendre en main son destin.
Encore que, Shekiba et Rahima (ainsi que la tante Khala Shaima) ont une forte personnalité et une volonté de forcer le destin. Elles ont aussi un atout que peu de filles possèdent : elles savent lire et écrire.

« ....Tu pourras faire des tas de choses que tes soeurs ne sont pas autorisées à faire. on changera ta garde-robe et on te donnera un autre prénom. Tu pourrras aller à l’école sans avoir peur d’être embêtée par les garçons, jouer à des jeux. qu’est-ce que tu en dis? »

C’était le paradis, voilà ce que j’en disais!

Shaima et Rahima ont aussi goûté au privilège d’être un garçon, Shaima en femme-homme, garde du harem travestie, Rahima en basha posh, fille-garçon, avant d’atteindre l’adolescence. Dans une tradition où le monde des femmes et celui des hommes sont cloisonnés, ces travestissements sont étonnants, comme le traitement des transgenres en Iran comme je l’ai vu dans le film « Une femme iranienne ».
Autre rôle très ambigu, celui de la Belle-Mère, celle qui a donné un fils, et qui règne sur les femmes de celui-ci, despote brutal.
L’auteur nous plonge dans le monde des femmes, elle nous fait vivre dans  l’intimité d’une famille de paysans pauvres,  dans la tribu d’un seigneur de la guerre et même dans le harem royal. Nous allons de dépaysement en découvertes.

Khiva 1910
Khiva 1910

Toutefois, je reste sur ma faim quant au contexte historique et politique du pays. J’aimerais en savoir plus sur les enjeux politiques, aussi bien au début du siècle dans le Grand Jeu, que dans cette guerre menée par la coalition occidentale. Je me doute bien que les femmes n’ont guère accès à l’actualité. Mais quand même! On interdit aux jeunes femmes du Parlement de regarder la télévision dans leur chambre d’hôtel, mais elle doivent quand même avoir une certaine idée de l’actualité. Le climat de violence si bien rendu dans Singué Sabour ou dans les Cerf volants de Kaboul semble ici  occulté.

Je m’interroge toujours sur l’origine des titres des livres, un poème a répondu à mon questionnement.

Il y a un baiser que l’on désire de tout son être

La caresse de l’âme sur le corps

L’eau de mer supplie la perle de briser sa coquille.

Étrange poème d’amour, dans un monde où l’amour est si étranger du quotidien des femmes, dans un pays enclavé si loin de la mer!

Les empires nomades – Gérard Chaliand

Les empires nomades de la Mongolie au Danube

5ème siècle av. J.-C. – 16ème siècle 

les empires nomades

 Plus d’un millénaire d’Histoire racontée sous un éclairage original : les guerres entre nomades et sédentaires. le champ de bataille est immense, Partis de Mongolie, d’Asie Centrale et déferlant sur la chine, la Perse, l’Inde, l’empire romain puis byzantin, la Russie, la Pologne, Lituanie….et bien sûr, la Hongrie, la Bulgarie, jusqu’en Espagne, les hordes nomades se succèdent se sédentarisent, se pourchassent.
De retour d’Asie Centrale j’ai plaisir à retrouver Gengis Khan, Tamerlan, à comprendre l’origine de l’histoire du « prêtre Jean« , les Polovtsis du Prince Igor (Borodine). Les Chinoises des fresques du palais d’Afrosiab prennent toute leur signification, je peux enfin situer les Sogdiens que j’ai découvert à Samarcande.
Et surtout les cartes!

Gengis khan
Gengis khan

J’avais commencé mes lecture par l’excellent Tamerlan de Lucien Kehren et j’avais ramé en l’absence de cartes lisibles (il y en avait mais petites). Les cartes sont ici nombreuses, on peut s’y arrêter pour mieux comprendre le texte.

Tamerlan
Tamerlan

Une belle conclusion à toutes mes lectures de la « route de la Soie »