Un roman policier avec Cap Canaille pour titre m’a tout de suite attirée.
« Drôle d’endroit pour mourir. La beauté des lieux l’avait saisi. Il ne pouvait s’empêcher de s’émerveiller. Malgré les quatre hommes qui l’entouraient, le flingue qui le menaçait et la peur qui lui trouait le bide. La lune était de sortie pour éclairer les dernières heures de sa courte vie. Elle lui permettait de voir comme en plein jour les falaises qui le dominaient et la mer qui l’aspirait. Qui l’espérait. 390 mètres plus bas. Magnifique endroit pour mourir. »
Policier classique qui commence avec un « barbecue marseillais » : cadavre calciné retrouvé dans une voiture brûlée. C’est le corps de la Carlton une truande de haut vol, braquages Place Vendôme, habituée des Palaces comme l’Intercontinental de Marseille (anciennement Hôtel-Dieu), se déplaçant sur une moto de rêve….
Enquête classique, sans grande originalité à part peut être l’excès d’acronymes spécifiques à la police, peu gracieux et indigestes pour le lecteur. Des traits d’humour assez lourds, utilisation systématiques de citations archiconnues, un peu agaçantes
L’humour potache de la PJ prend souvent le dessus dans ce genre de débats. Larrivée tape du poing sur la table pour rétablir le silence. Les flics ont l’humour léger, mais le sens de la hiérarchie.
Des enquêteurs sympathiques, avec ce qu’il faut de faiblesses pour les rendre humains. Une histoire d’amour qui tombe bien. Des courses poursuites dans Marseille. Un match de l’OM. Des trafiquants plutôt minables. Des légionnaires virils. Classique.
Mauvaise chance pour ce livre, je viens de terminer trois polars remarquables de Jean Claude Izzo, la classe! Cap Canaille se trouve relégué au niveau des séries policières régionales de Fr3 qui se regardent et s’oublient.
Son portrait présidait en majesté sur le Centre des Arts de Pointe-à-Pitre en ruine, squatté par des artistes, des graffeurs, des musiciens.
Sa Traversée de la Mangrove et Moi, Tituba, sorcière m’avaient servi d’introduction à notre voyage en Guadeloupe.Nul besoin de projet de voyage aux Antilles pour apprécier ces deux œuvres qui se défendent toutes seules.
Avant un voyage en Afrique j’avais également lu et apprécié Segou.
Pour lui rendre hommage, je vous propose une lecture commune
l’un de ces trois titres bien connus, et disponibles dans les bonnes bibliothèque (quoique parfois en réserve) ou d’autres parce qu’elle a beaucoup écrit.
« Condamné, c’était peut-être ça la seule réponse. La réponse à tout. Ne plus vouloir revenir dans cette société, ce n’était pas de l’impuissance. Seulement une grande fatigue à vivre après tant d’heures et d’heures de misère. La mort de Titi. Les colères de Dédé. Les silences de Félix. Pourquoi tenter de remonter à la surface des choses ? »
Le Soleil des mourants paru en 1999 est le dernier livre de J.C. Izzo décédé en 2000. Ce n’est pas un roman policier comme la Trilogie de Fabio Montale.
Ce roman s’attache à des hommes et ces femmes SDF : Titi, trouvé mort de froid dans le métro parisien, Rico, son copain, veut fuir le froid et retrouver le soleil et ses souvenirs heureux à Marseille, Marjana, la bosniaque a vu sa famille massacrée par un ami de la famille et vit sous la menace de son passeur/mac et, enfin, Abdou, jeune mineur algérien orphelin des violences du FIS, déjà toxico.
Roman empathique. On suit les galères de Rico qui veut rejoindre Marseille et le soleil. Rico a été un cadre commercial à Rennes, il a vécu une existence bourgeoise, est père de famille et tout s’est écroulé à son divorce. A Avignon, il partage quelques temps un abri avec Marjana, la bosniaque, survivante d’un massacre, déjà fantôme….
Je te l’ai expliqué, Rico, je suis comme si j’étais morte. Toi, je ne sais pas où tu es mort. Ni quand. Mais tu es
comme moi, ça, je le sais. On se trimballe avec nos vieilles peaux. Nous ne sommes plus que des emballages
vides.
A l’arrivée à Marseille, Izzo promène son héros dans le décor familier du port, du Vieux Port et du Panier.
Place des Moulins, dans le Panier – le vieux quartier, proche du port –, Rico découvrit que Marseille était une ville de collines. Léa lui avait fait grimper les marches de la montée des Accoules. – C’est seulement en marchant, en flânant, que l’on peut prendre conscience qu’ici on n’arrête pas de monter, de descendre, de remonter.
Ces ruelles aux noms chantants, et qui l’émerveillaient : rue du Refuge, rue de Lorette, rue des Pistoles, rue du Petit-Puits… Place de Lenche, un orage violent les surprit, et ils se replièrent chez Léa.
Miriam : « J’ai lu Proust étant adolescente et il est temps de faire une lecture adulte? J’aime bien me lancer dans l’aventure d’une lecture intégrale »
Claudialucia : « Personnellement je m’étais initiée à Proust quand j’étais au lycée; je n’avais pas aimé et j’en étais restée là ! Enfin pas vraiment ! J’ai essayé d’entrer par la petite porte, en lisant beaucoup autour de Proust et de larges extraits.
Mais peut-on rester en dehors toute sa vie de ce monument de la littérature française quand on aime comme nous l’aimons tous la lecture, amis blogueurs ? Certes, Proust intimide mais les incursions que j’ai faites dans ses œuvres m’ont bien persuadée qu’il n’est pas rébarbatif et même qu’il a beaucoup d’humour. »
Donc si vous ne faites pas partie de CQLD : de Ceux Qui Le Détestent : Anatole France : « la vie est trop courte et Proust, trop long», rejoignez-nous : Miriam dans son blog Carnet de voyage et notes de lectureet Claudialucia dans Ma Librairie.
La recherche du temps perdu
Il est toujours temps de lire Proust ! C’est en partant de cette affirmation que nous vous proposons un défi : lire A la recherche du temps perdu du premier au dernier volume.
A partir du mois d’Avril 2024, lançons-nous dans la lecture des sept volumes de Marcel Proust dans l’ordre : 1) Du côté de chez Swann 2) A l’ombre des jeunes filles en fleurs 3)Le côté de Guermantes 4)Sodome et Gomorrhe 5) La prisonnière 6) Albertine disparue 7) Le Temps retrouvé
Si j’en crois Keisha, La Proustolâtre, il faut se donner une décennie pour les lire et recommencer ! Bon, on va y arriver un peu plus vite, j’espère ! Mais sans pression! Du coup nous ne mettons pas de date pour clore notre défi. L’important est donc de participer au moment où l’on a envie et d’arriver au bout.
On peut s’inscrire pour cette Lecture commune ou préférer la faire en solitaire car il n’est pas question que cela devienne un marathon et chacun pourra choisir de rejoindre la LC ou de lire à son rythme.
Du côté de chez Swann pour le 15 Mai
Les livres autour de Marcel Proust
Pour ceux et celles qui ont déjà lu La Recherche et qui veulent nous
accompagner, pour tous ceux qui veulent approfondir leur lecture, nous
présentons aussi une liste non exhaustive de livres à lire autour de Marcel Proust et il y en a pour tous les goûts. On les lit quand on a a envie, au rythme que l’on préfère. Et là aussi vous mettez un lien et le logo en direction de vos blogs. Nous proposerons de temps en temps une récapitulation de vos participations.
Proust roman familial –Laure Murat
L’herbier de Marcel Proust de Dane Mc Dowell (Editions Flammarion) Claudialucia ICI
Le manteau de Proust – Lorenza Foscini(Quai Voltaire)Claudialucia ICI
Les enquêtes de Marcel Proust : Pierre-Yves Le Prince– Editions Gallimard Claudialucia ICI La madeleine et le savantBalade proustienne du côté de la psychologie cognitive André Didierjan Keisha ICI Claudialucia ICI
Un humour de Proust avec Denis Podalydès et Jean-Philippe Collard Concert-Lecture Claudialucia ICI
La petite cloche au son grêlePaul Vacca: ( à propos de Marcel Proust)
A la recherche de Robert Proust Diane Margerie –Flammarion Claudialucia ICI
Le musée imaginaire de Marcel Proust Tous les tableaux de A la recherche du temps perdu Eric Karpeles keisha ICI
Proust et les autres Christian Péchenard – Proust à Cabourg, Proust et son père – Proust et Céleste (Edition La petite vermillon) Keisha ICI
Proust contre La déchéance de Jospeh Czapski ( Les éditions Noir sur
blanc ) Keisha ICI
Dictionnaire amoureux de Proust Jean-Paul et Raphaël Enthoven (Plon Grasset) Keisha ICI
Chercher ProustMichaël Uras (livre de poche ) Keisha ICI
Une saison avec Marcel Proust de René Peter (Editions Gallimard)
Une jeunesse de Marcel Proust Evelyne Bloch-Dani (Editions Stock)
Un été avec Marcel Proust Antoine Compagnon...(Editions des Equateurs)
Le Proustographe Proust à la recherche du temps perdu en infographie de Nicolas Ragonneau (Editions Denoël)
Le grand monde de Proust Dictionnaire des personnages de la Recherche du temps perdu de Mathilde Brézet(Editions Grasset)
Monsieur Proust souvenirs de CélesteAlbaret (Editions Laffont)
L’important c’est de nous dire quand vous publiez votre billet en mettant un
lien dans le blog de Miriam et de Claudialucia. vous trouverez d’autres logos chez Claudialucia.
« Écoutez, c’est moi, le port de Marseille, qui vous parle. Je suis le plus merveilleux kaléidoscope des côtes. Voici les coupées de mes bateaux. Gravissez-les. Je vous ferai voir toutes les couleurs de la lumière ; comment le soleil se lève et comment il se couche en des endroits lointains. Vous contemplerez de nouveaux signes dans le ciel et de nouveaux fruits sur la terre. Montez ! Montez ! Je vous emmènerai de race en race. Vous verrez tous les Orients—le proche, le grand, l’extrême.[…] Je vous ferai voir des oiseaux qui plongent et des poissons qui volent.
Embarque-toi ! Embarque-toi ! »
Albert Londres est le père du journalisme d’investigation. Grand voyageur, il s’est embarqué de Marseille pour ses voyages lointains en Asie, Inde, Chine et Japon… Eté 1926, aprèsl’Exposition Coloniale de 1922 Albert Londres écrit une série de reportages réunis dans ce livre qu’il dédie au Gardien du phare du Planier.
« En résumé, une porte monumentale, où passeraient, flux et reflux, les cent visages du vaste monde. Passer ! Le mot convient à la ville. On va à Lyon, à Nice. On « passe » à Marseille.
Il y a les sédentaires de Marseille et puis le flot des nomades qui va de la gare au port ou du port à la gare. Si vous ne faites partie ni des sédentaires ni du flot vous n’êtes plus rien. Vous êtes le badaud. Vous gênez la circulation. »
Pour Albert Londres,Marseille est avant tout un port où entrent et sortent personnes et marchandises et ceci depuis 2500 ans avec l’arrivée des Phocéens. Entrée des marchandises coloniales, sortie des colons qui partent peupler l’Algérie ou l’Indochine. Et inversement arrivée des marins en transit vers les ports du monde entier et qui se rencontrent autour d’un verre avant de repartir. Arrivée aussi des émigrants s’installent . En 1926 Marseille est italienne, grecque et arménienne…
« Marseille était bien dans un département qui s’appelait les Bouches-du-Rhône. J’ai fermé la géographie. Le lendemain, je l’ouvris de nouveau. Marseille était dans les Bouches-du-Rhône, cependant les Bouches-du-Rhône devaient être en Italie. Eh bien ! Non, ce département était en France. Je repris courage et, comme nous étions au matin de cette journée d’expérience, je sonnai la femme de chambre. Elle arriva. C’était une Italienne. « Alors,
lui dis-je envoyez-moi le valet. » C’était un Italien. « Faites monter le sommelier ! » Il était italien ! J’empoignai mon chapeau, ma canne, mon pardessus. Je sortis de ma chambre. J’appelai l’ascenseur. Le garçon de l’ascenseur lisait Il secolo ! Je brûlai le hall jusqu’à la porte. Là, je m’adressai au portier et j’eus comme un espoir : le portier était anglais… »
Même si le propos est connu, le livre est original par le ton amusant. Lecture jubilatoire.
J’aurais pu choisir pour illustrer ce billet des conversations de bistro, rencontres de commerçants qui se donnent rendez-vous après avoir fait le tour de la planète. Chaque chapitre, chaque annecdote
La trilogie est composée de trois romans à lire de préférence dans l’ordre : Total Kheops,(1995), Chourmo(1996) Solea(1998) que j’avais lus séparément il y a bien longtemps. Une relecture donc, avec beaucoup de bonheur à l’occasion de notre semaine de vacances à Marseille.Pas pris une ride et (malheureusement) toujours actuel…
C’est le meilleur guide touristique que j’ai trouvé pour me promener dans Le Panier, où Fabio Montale,le narrateur a passé son enfanceauxGoudes où il se réfugie dans le cabanon légué par ses parents, et dans les cités des Quartiers Nord où il exerce comme policier. J’ai donc mis mes pas dans ceux du héros et cela décuple le plaisir de la touriste!
« La répression du grand banditisme est à Marseille une priorité. La seconde, c’est le maintien de l’ordre dans les quartiers nord. Les banlieues de l’immigration. Les cités interdites. Ça, c’était mon job. Mais, moi, je n’avais pas droit aux bavures. »
TOTAL KHEOPS
Fabio Montale est policier. Il a été relégué au maintien de l’ordre dans les quartiers nord. C’est un enfant de Marseille. Fils de l’immigration italienne. Avec ses copains, à l’adolescence, il aurait pu devenir voyou braquer des pharmacies. Une fois, une de leurs expéditions a mal tourné. Il a fui, s’est engagé, Djibouti, en rentrant, policier. Ses copains ont eu un autre destin. Quand s’ouvre Total Khéops, Manu, l’espingouin, est mort, exécuté. Ugo sous les balles de ses collègues, une bavure? Trois mousquetaires et Lole, dont ils sont tous les trois amoureux. Fabio va chercher à comprendre ce qui est arrivé à ses amis, ses frères. Et cela tournera à la tragédie…C’est un roman d’amitié, de fidélités, de trahisons accompagné de jazz et de rap marseillais, de poésie aussi.
CHOURMO
« Le chourmo, en provençal, la chiourme, les rameurs de la galère. À Marseille, les galères, on connaissait bien.
Nul besoin d’avoir tué père et mère pour s’y retrouver, comme il y a deux siècles. Non, aujourd’hui, il suffisait
seulement d’être jeune, immigré ou pas. Le fan-club de Massilia Sound System, le groupe de raggamuffin le
plus déjanté qui soit, avait repris l’expression. Depuis, le chourmo était devenu un groupe de rencontres autant
que de supporters ».
Fabio Montale a donné sa démission après le massacre qui clôt Total Khéops.Il vit dans son cabanon des Goudes,va à la pêche
les Goudes
« Les Goudes. L’avant-dernier petit port avant les calanques. On longe la Corniche, jusqu’à la plage du Roucas-Blanc, puis on continue en suivant la mer. La Vieille-Chapelle. La Pointe-Rouge. La Campagne-Pastrée. La Grotte-Roland. Autant de quartiers comme des villages encore. Puis la Madrague de Montredon. Marseille s’arrête là.[…]Ma maison, c’est un cabanon. Comme presque toutes les maisons ici. Des briques, des planches et quelques tuiles. Le mien était construit sur les rochers, au-dessus de la mer. »
Et nous sommes allées aux Goudes en suivant l’itinéraire indiqué par Izzo etcomme nous nous sommes plu nous y sommes retournées…
Sa belle cousine, Gélou débarque un jour, son fils Guitou a disparu. Fabio Montale part à sa recherche. Il a gardé des contacts chez ses anciens collègues. Une autre énigme se greffe, devant ses yeux dans une cité, Serge, un ancien animateur de quartier se fait tuer sous ses yeux. Avec l’aide des gamins du quartiers qui l’ont apprécié quand il exerçait son métier de policier de proximité, il mène une nouvelle enquête.
SOLEA
Dernier livre de la trilogie.
Soléa est la musique jouée par Miles Davis qui accompagnera le roman. Solea est associé à Lole, partie à Séville.
« La Solea, m’avait-elle expliqué un soir est la colonne vertébrale du chant flamenco »
Voila pour la tonalité.
Fabio Montale est devenu la cible de la Mafia.Son amie, la journaliste, Babette est partie en Italie pour un reportage sur la Mafia. Explosif! Se sachant menacée elle a choisi de disparaître. Des proches de Fabio Montale sont exécutés dont une jeune femme avec qui il avait ébauché une relation, un ancien copain boxeur…Fabio craint surtout pour Honorine et Fonfon, ses voisins des Goudes qui lui tiennent lieu de famille.
Paysages urbains, musique et beaucoup cuisine. J’ai souligné avec soin les recettes:
Je m’étais mis à la cuisine tôt le matin, en écoutant de vieux blues de Lightnin’ Hopkins. Après avoir nettoyé le loup, je l’avais rempli de fenouil, puis l’avais arrosé d’huile d’olive. Je préparai ensuite la sauce des lasagnes. Le reste du fenouil avait cuit à feu doux dans de l’eau salée, avec une pointe de beurre. Dans une poêle bien huilée, j’avais fait revenir de l’oignon émincé, de l’ail et du piment finement haché. Une cuillerée à soupe de vinaigre, puis j’avais ajouté des tomates que j’avais plongées dans l’eau bouillante et coupées en petits cubes. Lorsque l’eau s’était évaporée, j’avais ajouté le fenouil.
Honorine avait une manière incomparable de faire des poivrons farcis. À la roumaine, disait-elle. Elle remplissait les poivrons d’une farce de riz, de chair à saucisse et d’un peu de viande de bœuf, bien salée et poivrée, puis elle les déposait dans une cocotte en terre cuite et elle recouvrait d’eau. Elle rajoutait coulis de tomate, thym, laurier et sarriette. Elle laissait cuire à tout petit feu, sans couvrir. Le goût était merveilleux, surtout si, au dernier moment, on versait dessus une cuillerée de crème fraîche.
Thriller, guide touristique de Marseille, analyse socio-politique….cuisine méditerranéenne.. quelques aspects de cette trilogie. J’ai oublié la musique, les livres..et la célébration de l’amitié, de la chaleur humaine.
« Non, il s’agit d’un souvenir d’enfance juive, il s’agit du jour où j’eus dix ans. Antisémites, préparez-vous à savourer le malheur d’un petit enfant, vous qui mourrez bientôt et que votre agonie si proche n’empêche pas de haïr. O rictus faussement souriants de mes juives douleurs. O tristesse de cet homme dans la glace que je regarde. »
Ce court livre (225 p)donne la parole à cet enfant de 10 ans, percuté par l’antisémitisme alors qu’il aller fêter son anniversaire.
c’est pas ton pays ici, tu as rien à faire chez nous, allez, file, débarrasse voir un peu le plancher, va un peu voir à
Jérusalem si j’y suis.
Amoureux de la France, cocardier, vouant un véritable culte patriotique avec un « autel à la France » le rejet du camelot le touche infiniment.
Albert Cohen,dans sa vieillesse se souvient de l’errance de l’enfant dans Marseille et tout le livre se déroule en une journée, la « journée du camelot » qui déambule au lieu de rentrer chez lui
Mon héréditaire errance avait commencé. J’étais devenu un juif et j’allais, un sourire léger et quelque peu hagard aux lèvres tremblantes.
Soudain, j’aperçus un Mort aux juifs à la craie sur le mur. Je frissonnai et je m’enfuis. Mais au tournant de la rue, un autre Mort aux juifs.
Un long monologue, une déambulation, Albert Cohen 70 ans plus tard écrit un texte tendre, tragique, mais ne désespère pas. Il n’appelle pas à la vengeance mais à l’intrinsèque bonté qu’il veut trouver dans les humains,
« Dites, vous, antisémites, haïsseurs que j’ose soudain appeler frères humains, fils des bonnes mères et frères en nos mères, frères aussi en la commune mort, frères qui connaîtrez l’angoisse des heures de mort, pauvres frères en la mort, mes frères par la pitié et la tendresse de pitié, dites, antisémites, mes frères, êtes-vous vraiment heureux de haïr et fiers d’être méchants ? Et est-ce là vraiment le but que vous avez assigné à votre pauvre courte vie »
Si vous avez aimé Le livre de ma mère il est de la même veine!
Besoin de lire, d’écouter des voix amies, familières, je me précipite sur toute lecture amie, Delphine Horvilleur, dès la sortie de son livre, Valérie Zenatti aussi, et puis Albert Cohen, Ô vous, frères humain.
Des soupçons. Soupçons d’antisémitisme dans ce que je considérais être ma famille politique, soupçons de connivence avec l’impensable, impensable à Gaza pour les otages, impensables massacres.
Delphine Horvilleurécrit :
« Moi par exemple, j’avais l’habitude, sur les réseaux sociaux, d’être une « sale gauchiste, trop libérale, qui
manquait de respect aux traditions ». Je m’y étais faite. Et là, je ne comprends plus rien. L’arbitre a dû changer,
parce que soudain je suis devenue une « raciste, sioniste, complice de génocide ». Parfois, je poste des messages »
Les réseaux sociaux me rappellent sans cesse ce cauchemar. Liker? utiliser cet imoticone qui pleure. Dire que cela ne va vraiment pas, comment?
« Oy a brokh’… À mes oreilles d’enfant, ces trois mots suscitaient une étrange conscience d’appartenance. Non
pas à un judaïsme dont je me fichais pas mal, à une tribu ou un groupe religieux, mais à une sorte de confrérie humaine : une fraternité de la poisse, une confédération internationale du pas-de-bol, dans laquelle quoi qu’il arrive je pourrais toujours m’engager. »
Si éloignés des discours martiaux, ces trois mots yiddisch qu’on aurait pu reléguer à un temps révolu. Pas révolu du tout l’antisémitisme qui surgit là où on l’attendait le moins.
« Depuis le 7 octobre, c’est comme si nos langages ne parvenaient plus à dire, nous trahissaient constamment ou se retournaient contre nous. Les mots qu’on croyait aiguisés ne servent à rien, et ceux qu’on croyait doux n’apaisent personne. Les images, caricaturales et manipulables, ont pris le relais, sur nos écrans. Les yeux
subjugués abrutissent un peu plus nos oreilles et nos cerveaux. »
Malgré les trois citations que j’ai copiées, ce n’est nullement un livre pleurnichard, il est parfois amusant, toujours instructif comme ces références aux textes quand Jacob devient Israël, et boiteux…
Ce volume termine le cycle des Rougon-Macquart à Plassans là il avait commencé 25 ans plus tôt.
Pascal, le troisième fils de Félicité,le seul qui ne soit pas monté à Paris faire fortune comme Eugène, le ministre de Napoléon III ou Aristide – Saccard, l’homme d’affaires. Médecin des pauvres mais dans le livre, il a presque cessé d’exercer et se consacre à la recherche médicale. Il cherche à fabriquer avec des cervelles de mouton, une sorte de panacée qu’il injecte à ses patients pour leur donner des forces. Son remède est-il au point? La visite du médecin et ses injections semble avoir des effets miraculeux. Effet placebo? Il s’avère qu’il injecte de l’eau pure.
« Ce qui avait amené le docteur Pascal à s’occuper spécialement des lois de l’hérédité, c’était, au début, des travaux sur la gestation. […]mettant surtout en observation sa propre famille, qui était devenue son principal champ d’expérience, »
« Il avait, pour sa famille, d’abord dressé un arbre logiquement déduit, où les parts d’influence, de génération en génération, se distribuaient moitié par moitié, la part du père et la part de la mère. »
Son second axe de recherche s’oriente sur l’hérédité et comme Zola il dresse un arbre généalogique de la famille élargie des Rougon-Macquart assorti de fiches décrivant les caractères de chacun et la transmission possible des tares de la famille : alcoolisme, folie, ou débilité. Les Rougon-Macquart semblent assez nombreux pour fournir un bon échantillonnage.
Le docteur Pascal a recueilli Clotilde , sa nièce, la fille d’Aristide Saccardqui l’appelle « Maître » et qui l’adore. Evidemment, ils vont tomber amoureux. Mais comme cette liaison presque incestueuse pourrait choquer, Pascal attendra que Clotilde ait 25 ans. Il est rempli de scrupules et renoncera à elle quand il sera ruiné pour qu’elle mène une vie plus confortable auprès de son frère Maxime dont on a fait connaissance dans La Curée. Les histoires d’amour chastes et pures ne sont pas ce que j’ai préféré dans la Série des Rougon-Macquart. Il me semble que Zola excelle dans la méchanceté et le vice et qu’il s’affadit dans la vertu.
Nous retrouvons de nombreux protagonistes de la saga : l’ancêtre, Adelaïde, centenaire vit toujours dans l’asile des Tulettes. Mutique et desséchée, la folie l’a quittée. Antoine, l’alcoolique s’est aussi assagi, il a sa ferme des Tulettes et coule une vieillesse sereine. Félicité, toujours aussi manipulatrice, détient le pouvoir sur la famille. Elle craint que les recherches généalogiques de Pascal ne s’ébruitent et qu’elles ne jettent l’opprobre sur la famille. Pascal, le scientifique libre-penseur est en contradiction avec les convictions catholiques qu’elle professe.
« Veux-tu que je te dise mon Credo, à moi, puisque tu m’accuses de ne pas vouloir du tien… Je crois que l’avenir de l’humanité est dans le progrès de la raison par la science. Je crois que la poursuite de la vérité par la science est l’idéal divin que l’homme doit se proposer. Je crois que tout est illusion et vanité, en dehors du trésor des vérités lentement acquises et qui ne se perdront jamais plus. Je crois que la somme de ces vérités, augmentées toujours, finira par donner à l’homme un pouvoir incalculable, et la sérénité, sinon le bonheur… Oui, je crois au triomphe final de la vie. »
Cependant le personnage de savant positiviste, libre-penseur, apparait un peu faible. Dans Germinal, La Terre, la Bête Humaine, L’Argent, et d’autres… Zola livre une analyse fouillée du milieu dans lequel évoluent les personnages, tandis que Pascal dans son laboratoire est plutôt désincarné. Zola avait il eu connaissances des recherches de Mendel à Brno? Des recherches de Pasteur? La première vaccination contre la rage a eu lieu en 1885, le Docteur Pascal a été publié en 1893
D’autres personnages sont évoqués comme l’abbé Mouret et leParadou. Maxime avec sa jeunesse dissolue est presque un vieillard alors qu’il n’a pas la quarantaine. Son fils illégitime, Charles beau comme un ange, est complètement dégénéré. On le confie à la garde d’Antoine et même d’Adelaïde….
Quatre générations de Rougon-Macquart peuplent ce dernier livre, consignés dans l‘arbre généalogique qui est la pièce-maîtresse de l’intrigue. Si l’analyse politique et sociale du Second Empire s’achève avec la Débâcle qui aurait pu être la conclusion de l’histoire. Ledocteur Pascalen est plutôt un épilogue ou un post-scriptum.
Si vous ne connaissez pas la Maison de Balzac, rue Raynouard Paris XVIème, c’est une excellente occasion d’y faire une visite. Choisissez plutôt une journée ensoleillée pour profiter du jardin et de la vue sur la Seine et la rive Gauche. Si vous êtes familier de la Maison de Balzac, c’est une jolie exposition. Daumier est vraiment chez lui parmi les personnages de la Comédie Humaine
.
Daumier est chez lui chez Balzac même si rien n’atteste qu’ils se fréquentaient. L’esprit caustique, l’observation acérée, le goût du détail… tout les rapproche.