Rachel et les siens – Metin Arditi

Depuis longtemps j’ai envie de lire Metin Arditi  et découvrir cet écrivain. La sortie de Rachel et les Siens est aussi l’occasion d’un voyage littéraire dans ce Proche Orient. Ce livre est dédié A la mémoire de Martin Buber ce qui a piqué ma curiosité. 

Saga familiale qui s’ouvre à Jaffa en 1917 et qui se déroule à Tel Avivjusqu’en 1938, puis à Istanbul pendant la Guerre, et enfin à Paris, Genève  pour s’achever à Jaffa en 1982.

Quelle personnalité singulière que celle de Rachel : 

Elle était née en Palestine ottomane. Elle avait vécu son adolescence et une partie importante de sa vie d’adulte
sous mandat britannique… Lorsque l’État d’Israel s’était constitué, elle avait déjà émigré de Turquie pour la
France

Juive de langue arabe, ayant passé son enfance dans une maison où cohabitaient deux familles pour une même cuisine, les parents de Rachel et ceux de Mounir, des Arabes chrétiens. Mounir et Rachel, frères et soeur de lait et inséparables. La première crise correspond à l’arrivée d’Ida, la petite orpheline de colons ashkenazes, suivie de l’avancée des Anglais. L’harmonie et la coexistence entre Juifs et Arabes de Jaffa est menacée. Les parents de Rachel doivent quitter le quartier. Ils se réfugient dans un kibboutz où ils apprennent l’hébreu, découvrent le sionisme et le théâtre. La vision égalitariste, le travail manuel ne les séduisent pas spécialement, le théâtre, en revanche sera la vocation des deux sœurs ; Rachel qui aimait raconter des histoires sera dramaturge, et Ida, actrice! Au kibboutz, théâtre et agitprop se confondent souvent. Les pièces de Rachel seront politiques et dérangeantes! Rachel ne sera pas un auteur à succès en Palestine. 

« Elle n’était pas faite pour le succès. Son monde était celui des naïfs, de ceux qui s’accrochent à des principes
plutôt qu’au goût du jour. À ce qui dérange plutôt qu’à ce qui plaît. Il fallait qu’elle pense à faire autre
chose, au lieu de gratouiller en vain des piles de cahiers dans l’espoir de voir un jour l’une de ses pièces montée. »

Le sujet qui lui tient à cœur est la coexistence des Juifs et des Arabes et elle adapte le sujet des Perses d’Eschyle

Pour raconter le retour de Xerxès en Perse après sa défaite à Salamine, Eschyle crée le théâtre contemporain : il
se met dans la peau du vaincu. Il veut comprendre ses émotions, son humanité. Il m’a semblé intéressant de
décrire les réactions d’un groupe de Juifs qui s’apprêtent à monter la pièce d’Eschyle, de comparer la situation
des Grecs après la bataille de Salamine à celle qui pourrait un jour être celle des Juifs en Palestine.
…….
Et si ce sont les Palestiniens qui perdent la guerre, comment les traiterons-nous ? Avec l’humanité de ceux qui
ont connu l’exil ? Ou avec l’arrogance des vainqueurs, dont parle Eschyle ? »

Avec son mari Karl, elle suit la mouvance intellectuelle de Martin Buber et Brit Shalom :

« Ce n’était pas une question. Brit Shalom, le mouvement de Martin Buber, qui prônait la constitution d’un État
binational, avait été un échec.

Karl, ils étaient des dinosaures de la cohabitation entre Juifs et Arabes, elle le savait. Le mouvement avait tenu
quelques années. Puis, avec l’afflux d’immigrants et le succès d’une Tel-Aviv toujours plus grande, plus forte,

les velléités de coexistence avaient été balayées. Elle n’arrivait pas à écrire autre chose que des pièces à contre-
courant. « 

Cet aspect du livre m’a beaucoup intéressée. Il m’importe de ne pas occulter cette histoire des idées, le sionisme n’a pas toujours été monolithique, ses mises en cause ne sont pas vraiment mises en évidence.

Vient le drame (non! je ne vous raconterai pas tout!) et Rachel suit Maurice Saltiel à Istanbul. C’est là qu’elle découvre l’antisémitisme et la persécution qu’elle n’imaginait pas . L’Empire Ottoman avait été accueillant pour les Juifs des siècles durant…Mais il s’agit de nationalisme turc, et de persécution des minorités.

De la déportation de son mari, elle tirera encore une pièce difficilement représentable.

Elle se marie à Paris avec un ancien collabo, un homme délicieux, mais…antisémite.

Elle écrira l’histoire d’un homosexuel qui a aimé un allemand. Encore un sujet difficile! …

Décidément Rachel se trouve souvent en porte-à-faux. Sa vie et son théâtre seront  toujours à contre-courant.

Et l’amour? je ne vous en dirai rien, il faut lire le livre.

 

Les Illusions perdues – H de Balzac

« Voilà là-bas, à côté de Coralie, un jeune homme… comment se nomme-t-il ? Lucien ! il est beau, il est poète, et,
ce qui vaut mieux pour lui, homme d’esprit ; eh ! bien, il entrera dans quelques-uns de ces mauvais lieux de la
pensée appelés journaux, il y jettera ses plus belles idées, il y desséchera son cerveau, il y corrompra son âme, il y commettra ces lâchetés anonymes qui, dans la guerre des idées, remplacent les stratagèmes, les pillages, les incendies, les revirements de bord dans la guerre des condottieri »

 

Les Illusions perdues racontent l’histoire de Lucien, Lucien Chardon ou Lucien de Rubempré comme il aimerait s’appeler. Lucien, fils d’apothicaire d’Angoulême qui monte à Paris avec un recueil de poèmes et un roman à la manière de Walter Scott, chercher la gloire.

 Il se vit, dans Angoulême, comme une grenouille sous sa pierre au fond d’un marécage. Paris et ses splendeurs,
Paris, qui se produit dans toutes les imaginations de province comme un Eldorado, lui apparut avec sa robe d’or,
la tête ceinte de pierreries royales, les bras ouverts aux talents. Les gens illustres allaient lui donner l’accolade
fraternelle. Là tout souriait au génie.

Il est aimé de Louise, Madame de Bargeton, qui règne de son salon sur toute la noblesse d’Angoulême. Lucien imagine que Madame de Bargeton lui ouvrira les portes des salons de Paris.Le personnage de Louise (Naïs) est intéressant : jeune fille lettrée, curieuse, ambitieuse, mariée à un homme plus âgé, plutôt balourd qui s’étiole dans sa province?

Elle adorait lord Byron, Jean-Jacques Rousseau, toutes les existences poétiques et dramatiques. Elle avait des
larmes pour tous les malheurs et des fanfares pour toutes les victoires. Elle sympathisait avec Napoléon vaincu,
elle sympathisait avec Méhémet-Ali massacrant les tyrans de l’Égypte. Enfin…

Et elle croit avoir découvert un génie, un jeune poète, beau et doué : Lucien.

C’est aussi l’histoire de David Séchard, imprimeur, l’ami de Lucien qui se ruine pour soutenir les ambitions parisiennes de Lucien.

Lucien perdra vite ses illusions de succès comme poète et écrivain, mais il réussit une belle carrière comme journaliste, séduit Coralie, une actrice en vogue… tout semble lui réussir. Balzac en profite pour décrire le milieu du journalisme, comment se font et se défont les réputations, comment politique et journalisme s’entremêlent. C’est ce qui m’a le plus intéressée dans ce gros roman.

Une voix lui cria bien : « L’intelligence est le levier avec lequel on remue le monde. » Mais une autre voix lui
cria que le point d’appui de l’intelligence était l’argent.

Lucien a pour capital sa beauté,  de l’esprit et la capacité d’écrire poèmes ou articles de journaux spirituels, mais il est pauvre et roturier, même si sa mère a pour nom de jeune fille de Rubempré. Plus dure sera la chute….

A Angoulême, David Séchard vivote dans son imprimerie convoitée par des concurrents terrible. Mais il a une idée, une invention : il va révolutionner la fabrication du papier….

Journalisme, imprimerie, papeterie, sont liés et Balzac nous fait découvrir les mécanismes de l’époque. C’est passionnant!

En revanche, je me suis bien ennuyée quand il s’appesantit  sur l’élégance, les costumes, les couturiers et tailleurs. La description des tenues à la mode tient une place démesurée dans le récit.J’avais surtout lu des romans courts (ou de longues nouvelles), ce gros roman de plus de 500 pages m’a parfois découragée.

Et puis, ce Lucien est vraiment tête à claques!

 

 

Trois Maîtres : Balzac, Dickens, Dostoïevski – Stefan Zweig

BALZAC

Balzac par Rodin

Je ne suis jamais déçue par les biographies de Stefan Zweig! 

Court essai ( 80 pages, environ parce que je lis sur liseuse électronique) paru en 1908. Vous n’y lirez pas d’anecdotes croustillantes, peu de détails sur la vie de Balzac. Zweig ne s’appesantit ni sur la cafetière, ni la canne, ni sur les déboires avec les créanciers. Pour la petite histoire, chercher une autre biographie! En revanche, pour la littérature, Zweig est un maître!

Zweig aurait pu choisir Victor Hugo, auteur considérable, il a préféré  Balzac. En compagnie de Dickens et Dostoïevski, il  distingue Balzac dans

Un projet unitaire vise à montrer les trois grands et, à mon sens, les seuls romanciers du XIXe siècle comme des » types » qui, précisément à cause des contrastes entre les personnages se complètent et élèvent le concept de romancier, de créateur épique d’un monde ….

Chacun de ces artistes façonne une « loi de la vie », une conception de la vie à travers la multitude de ses
personnages, dans une perspective si unitaire qu’il est en fait à l’origine d’une nouvelle forme de monde. »

Balzac, démiurge en somme….

 » simplifie le monde pour pouvoir ensuite le dominer ; il comprime l’univers qu’il a ainsi dompté dans le
grandiose carcan de la Comédie humaine. »

Ce monde n’est pas imaginaire ni déconnecté de son époque, au contraire! Il s’inscrit dans les bouleversements de la Révolution et de l’Empire. Zweig souligne que :

« 1799, l’année de la naissance de Balzac, est le commencement de l’Empire…..

Pour quelqu’un prenant une part si intense à tout ce qui se passe autour de lui, pour un Balzac, il ne peut être indifférent que les seize premières années de l’éveil à la vie coïncident précisément avec les seize années de l’Empire « 

Napoléon inspire Balzac

qu’un homme sans appui, tout seul, un étranger, ait conquis de ses mains nues Paris, puis la France et puis l’univers, voilà un prodigieux caprice de l’histoire universelle que le jeune Balzac apprend à connaître…...

« ce n’est pour rien que sous un portrait de Napoléon : « Ce qu’il n’a pu achever par l’épée, je l’accomplirai par la plume. »

« Ses héros sont comme lui. Tous ont l’ambition de conquérir le monde… »

D’après Zweig, pour Balzac qui a travaillé dans l’étude d’un notaire, l‘argent est le moteur de la Comédie Humaine :

« Depuis que les privilèges de l’aristocratie sont abolis, depuis le nivellement des différences, l’argent est devenu
le sang, la force agissante de la vie sociale. »

 

« Tous ces héros calculent, comme nous le faisons malgré nous dans l’existence quotidienne. »

« .... de bonne heure il assista à cet extraordinaire bouleversement des valeurs, aussi bien intellectuelles que matérielles.
Il vit les assignats, qui, revêtus du sceau de la République, portaient engagement pour cent ou mille francs,
s’égailler au vent, comme des bouts de papier sans aucune valeur. Sur la pièce d’or brillant dans sa main, il voyait tantôt l’obèse profil du roi décapité, tantôt le bonnet jacobin de la liberté, tantôt la figure romaine du Premier Consul ou encore Napoléon en habit d’empereur. »

Sans donner tellement de détails Zweig décrit le processus de création comme de la chimie, il décrit un Balzac au travail :

« enfermé dans son hallucination comme dans une prison ; il était cloué comme un martyr à sa table de travail »

« On a rempli tout un livre d’anecdotes montrant combien, dans l’ivresse du travail, il croyait à l’existence de ses
personnages. »

Quelle riche et fine analyse! Maintenant il me reste Dickens à finir et Dostoïevski à découvrir.

Maison de Balzac – La Comédie Humaine par Arroyo

TOURISTE DANS MA VILLE 

Balzac par Arroyo

La Maison de Balzac a été rénovée récemment, je me suis dépêchée d’aller visiter  l’exposition Comédie Humaine par Arroyo qui se termine le 16 Août.

Maison de Balzac

La Maison de Balzac est situé rue 47 Raynouard, à mi-pente sur la colline de Chaillot, à la limite entre les villages d’Auteuil et de Passy. Construite sur une terrasse d’où il y a une belle vue. Un jardin y est installé et un café qui semble très accueillant. Promenade tranquille. Wikipédia raconte que Balzac s’y était installé sous le pseudonyme de Monsieur Breugnol pour fuir ses créanciers et qu’il avait chois cette demeure parce qu’elle disposait de deux entrées (l’autre au 24 de la Rue Berton). J’aime bien ces anecdotes. Balzac occupa cette maison de 1840 à 1847.

la cafetière de Balzac en porcelaine de Limoges

Le musée conserve peu de souvenirs personnels : la cafetière en porcelaine de Limoges,  la canne ornée d’or et de turquoises. Cette canne a inspiré un roman à Emilie de Girardin qui est  disponible gratuitement en lecture électronique et que j’ai téléchargé de retour à la maison. Cette canne aurait  été acquise à la suite du succès d’Eugénie Grandet, ce serait un objet magique conférant l’invisibilité à son porteur. Seul le cabinet de travail est meublé avec son bureau, son fauteuil, une bibliothèque et la  cheminée au manteau sculpté de noyer et tilleul.  

manteau de la cheminée de Balzac noyer et tilleul

En revanche, les images, bustes, têtes de Balzac me fourniront assez d’images pour les futures lectures communes de la Comédie Humaine et aussi de lectures personnelles.

Balzac par David d’Angers

Une salle est entièrement couverte de citations d’écrivains ou critiques : une lettre de Marie d’Agout (1857), des textes de Simenon, Marguerite Duras, Cendrars, Mauriac, Proust,  Henry Miller….

Plaque pour la gravure de Pierrette;

Une autre pièce contient une bien intéressante exposition : les manuscrits, épreuves corrigées et différentes éditions revues par l’auteur de Pierrette. On voit les rajouts dans les marges des épreuves qui augmentaient le texte de moitié. Cette recherche de la perfection exigea 13 épreuves.

Une autre salle est couverte de vitrines présentant les plaques des gravures qui ont servi à illustrer la Comédie Humaine. toutes utilisent la même technique de gravure sur bois et étaient imprimées en même temps que le texte.

la vendetta

2500 personnages apparaissent dans la Comédie Humaine; pas étonnant que je n’en connaisse qu’une toute petite fraction! Les érudits doivent se régaler.

Arroyo Elisabeth Baudoyer

Je découvre Eduardo Arroyo,  plasticien espagnol. Né en 1937 à Madrid, il quitte l’Espagne franquiste en 1958 pour Paris. A la suite d’une exposition à Madrid : les quatre dictateurs, il ne peut plus retourner en Espagne avant la mort de Franco et ne s’y réinstallera qu’en 1977. Les cartels parlent plutôt d’une rêverie-promenade  dans le monde de Balzac et d’Aragon où littérature et peinture se fondent.

 

Arroyo le père Goriot

j’ai surtout été étonnée par la technique des collages que le plasticien a employée. Mosaïque ou marqueterie? Les pièces collées sont des photographie découpées qui forment un puzzle. Le plus souvent du noir et blanc, parfois sépia, plus rarement en couleur. je m’approche, je cjerche l détails qui ne sont pas anodins. le résultat est bluffant.

Balzac et madame Hanska

Il a réuni Balzzac et Madame Hanska pour un collage original (noter que la dame n’est pas madame Hanska mais une élégante anonyme)

Et pour finir un peu d’humour : tout le monde connait Jean Mineur Balzac 0001 des publicités du cinéma

Balzac 0001

Dix sept ans – Eric Fottorino

« Le jour s’étire comme un vieux chat. Je me suis engagé à pied dans l’avenue Jean-Médecin, loin de l’état civil et
de ses papiers introuvables. Une odeur de citronniers me poursuit depuis la place Masséna. Je te vois mieux à
présent que je respire l’air de tes dix-sept ans. L’imagination est un fil solide. Tu as actionné un tourniquet de
cartes postales dans une rue étroite d’où tu aperçois la façade massive du Ruhl. Tout est imprimé en noir et
blanc, sauf cette vue sur la coupole rose du Negresco. »

Eric Fottorino, cinquantaine,  nous emmène à Nice sur le lieu de sa naissance en 1960 à la recherche du mystère de cette naissance. 17 ans, c’est l’âge de Lina, sa mère, qu’on a envoyé accoucher en secret cacher cette grossesse hors mariage.

J’avais déjà suivi Fottorino à Fès sur les traces de Moshe,son père biologique, au cimetière juif et dans le mellah dans Le marcheur de Fès que j’avais trouvé très émouvant et qui faisait revivre cette communauté juive marocaine qui maintenant a presque disparu. je l’ai pris pour guide dans mes promenades…

Dans l’Homme qui m’aimait tout bas

Il raconte son père adoptif, Michel, évocation sensible et affectueuse de cet homme qui lui a donné son nom et sa Tunisie natale.

« J’étais passé d’un père à l’autre, je les avais additionnés. Ma mère, elle, avait fait les frais de l’opération. Je l’avais encore reléguée au rayon des êtres en souffrance. Dans ma grammaire intime le masculin effaçait le féminin. »

Dans 17 ans, Fottorino répare cette omission. Il part à la recherche de cette mère qu’il a d’abord appelé par son prénom. On voulait oublier sa bâtardise en la faisant passer pour sa sœur…il découvre d’autres secrets encore cachés. Toujours avec tendresse et sensibilité, il livre le troisième volet du roman familial.

Toujours attentif aux sentiments et au décor, senteurs de Nice, citrons et cuisine niçoise.

Adieu Jérusalem – Alexandra Schwartzbrod

LIRE POUR ISRAËL

C’est le troisième livre d’Alexandra Schwartzbrod que je lis.  Les personnages 4récurrents sont  Eli Bishara, le commissaire de police arabe israélien, Landau son homologue juif, Ana Güler, la libraire stambouliote….que je commence à connaître et auxquels je me suis attachée.

Politique-fiction, dystopie : une épidémie de peste se déclare à La Mecque pendant le pèlerinage. Dans la panique une rumeur se répand : les Juifs auraient empoisonné les puits. Dans  le monde musulman une vague antisémite déferle. A Jérusalem, la situation devient explosive. Des attentats meurtriers endeuillent Israël. Andreï Sokolov,  homme d’affaire russe  candidat à la Mairie de Jérusalem, veut exploiter la situation et déporter les Arabes hors d’Israël. 

A New York, aux Nations Unies les autorités paniquent : l’épidémie peut-elle être contenue? Comment réagir à la véritable guerre civile au Moyen Orient?

L’idée est intéressante. Le pitch  crédible : guerre bactériologique ou épidémie, le risque de contagion mondiale est sévère, les réserves d’antibiotiques et de vaccins sont au plus bas. Manque de masques et de protections. J’ai entamé cette lecture avec intérêt et tourné les pages pour savoir la fin.

Cependant, j’ai moins accroché que dans les deux autres livres  : trop de personnages, trop de lieux différents. On saute de Kazan à La Mecque, de New York à Istanbul, à Dubaï (au sommet de la tour Burj Khalifa) et bien sûr Tel Aviv et Jérusalem. J’ai un peu le tournis. Si les ambiances israéliennes sont bien rendues, les autres villes sont survolées. Beaucoup de personnages, un secrétaire des Nations Unies estonien , une diplomate américaine, un journaliste, des médecins égyptiens, tunisiens, des pèlerins de toute provenance. Difficile de s’attacher à toute cette foule! Qui trop embrasse mal étreint.

La fin paraît bâclée, les Etats Unis lâcheront-ils Israël? La peste restera-t-elle circonscrite à la Mecque?

Le Chef- d’oeuvre inconnu – Balzac : leçon de peinture

Étrangement c’est à l’Orangerie, à l’Exposition de Paula Rego, que j’ai entendu parler la première fois de cette oeuvre.

Court roman, longue nouvelle?

Porbus : henri IV

Balzac nous transporte à la fin de 1612 en compagnie de Nicolas Poussin jeune, dans l’atelier de Porbus portraitiste de Henri IV et auteur .  Un vieux peintre Maitre Frenhofer, élève de Mabuse ( peintre belge Jan Gossaert (Maubeuge, 1478 – Anvers, 1541) donne à Poussin et à Porbus une leçon de peinture.  Bien sûr, je connais Poussin mais pas Porbus, ni Mabuse. J’aime quand un livre me conduit à chercher des tableaux sur Internet. Ces découvertes fortuites m’enchantent. 

Adam de mabuse

 

« Ni le peintre, ni le poète, ni le sculpteur ne doivent séparer l’effet de la cause qui sont invinciblement l’un dans
l’autre ! La véritable lutte est là ! Beaucoup de peintres triomphent instinctivement sans connaître ce thème de
l’art. Vous dessinez une femme, mais vous ne la voyez pas ! Ce n’est pas ainsi que l’on parvient à forcer
l’arcane de la nature. Votre main reproduit, sans que vous y pensiez, le modèle que vous avez copié chez votre
maître. Vous ne descendez pas assez dans l’intimité de la forme, vous ne la poursuivez pas avec assez d’amour
et de persévérance dans ses détours et dans ses fuites. »

Maître Frenhofer donne aux deux plus jeunes peintres, une leçon de peinture, il joint le geste à la parole :

Porbus alla chercher palette et pinceaux. Le petit vieillard retroussa ses manches avec un mouvement de
brusquerie convulsive, passa son pouce dans la palette diaprée et chargée de tons que Porbus lui tendait ; il lui
arracha des mains plutôt qu’il ne les prit une poignée de brosses de toutes dimensions, et sa barbe taillée en
pointe se remua soudain par des efforts menaçants qui exprimaient le prurit d’une amoureuse fantaisie. Tout en
chargeant son pinceau de couleur, il grommelait entre ses dents : — Voici des tons bons à jeter par la fenêtre
avec celui qui les a composés, ils sont d’une crudité et d’une fausseté révoltantes, comment peindre avec cela ?

En plus de cette leçon, le Chef d’oeuvre Inconnu traite également du rapport du peintre et du modèle. Poussin amie Gillette, une très belle femme. Il parvient à persuader Gillette de poser pour Maître Frenhofer afin de terminer sa Belle Noiseuse, son chef d’oeuvre auquel il travaille depuis 10 ans et que personne n’a vu. Le Chef d’Oeuvre inconnu, c’est cette Belle Noiseuse qui a inspiré Rivette pour son film. 

Pour ne pas spoiler, je ne raconterai pas la chute; seulement l’intérêt de Picasso et cette phrase de Fumaroli : 

« Le Picasso du XVIIe siècle a fini par créer un dripping de Pollock »

Les Lumières de Tel Aviv – Alexandra Schwarzbrod – Rivages/Noir

LIRE POUR ISRAËL

Anticipation et dystopies ne sont pas mes lectures favorites. L’histoire et la géographie  me suffisent ; les mondes imaginaires m’intéressent rarement. Néanmoins, depuis contagions, épidémies et confinement je me suis tournée vers des récits d’anticipation. 

Dans un futur non précisé, la géopolitique a suivi des tendances qu’on devine aujourd’hui. Sous l’effet des nationalismes, les états se sont fracturés : Tel Aviv a fait sécession du Grand Israël ultra-orthodoxe sous protection des Russes

La société israélienne s’était réfugiée dans la religion quasiment sans s’en rendre compte. Lassés par la querelle
sans fin avec les Palestiniens, épouvantés par l’arrivée des djihadistes aux portes du pays puis par les guerres
fratricides des pays arabes, déboussolés par la perte d’influence de l’allié américain et la montée en puissance du
partenaire russe, de nombreux jeunes en quête de valeurs s’étaient enfermés dans l’étude de la Torah.

En revanche les laïcs – les Résistants – se sont concentrés à Tel Aviv :

La cité côtière était devenue un vaste caravansérail où les laïcs de tous horizons, juifs en majorité mais aussi
chrétiens et musulmans, venaient retrouver l’utopie des premiers kibboutznikim

Pourtant, Tel-Aviv n’était pas le premier exemple de sécession dans le monde. La Californie venait de se séparer
du reste de l’Amérique, on y vivait désormais en autosuffisance au sein de communautés qui tentaient de raviver
l’esprit hippie et le folklore des années 1970. L’Écosse, la Catalogne, le Pays basque mais aussi le Tyrol….

Le réchauffement climatique n’était plus un chiffon rouge mais une réalité, les pays du Sud étouffaient et ceux du
Nord se cadenassaient pour bloquer l’afflux des réfugiés.

Le monde était devenu une succession de murs et de cloîtres. On ne se voyait plus, on ne se parlait plus.

 

Un nouveau mur parfaitement étanche sépare les Ultra-religieux des Résistants de Tel Aviv. Tandis que les Israéliens se consacrent à la prière, leurs alliés russes protègent le Grand Israël et lui fournissent un arsenal de drones programmés pour tuer les fugitifs ou les infiltrés.

Des robots tueurs ? Je pensais qu’il s’agissait juste de nous équiper de drones sophistiqués. Cela signifie que la
décision de tirer ne dépendra plus des humains ?

Haïm, un conseillé du Premier Ministre prend la fuite juste avant la mise en fonction de ces drones-tueurs dotés du pouvoir d’éliminer sans intervention humaine,  grâce à l’intelligence artificielle. Révolté par ce procédé, il veut confier les plans de la surveillance électronique aux Résistants de Tel Aviv. Son successeur Isaac aura les mêmes problèmes de conscience.

Les Arabes palestiniens ont été déportés du Grand Israël, Moussa et Malika se cachent dans des grottes. Ils se joindront à Ana, la femme de Haïm pour fuir vers Tel Aviv. Il est urgent qu’ils rejoignent l’autre côté avant que les drones ne soient activés. Nous suivrons donc l’exode de ces fuyards.

Avec l’arrivée de Haïm à Tel Aviv, nous découvrons la cité utopique, multiculturelle et égalitariste, féministe. Privée de ressources financières les habitants sont retournés à la débrouille et  au troc. Expérience chaleureuse mais non dénué de conflit. Des extrémistes de la laïcité « ni voile ni perruque » menacent la paix civile. Le flic Eli (arabe malgré ce prénom qui sonne juif) est chargé d’une mission secrète et doit passer le Mur…

C’est donc un thriller avec une histoire d’amour où Ana joue une rôle central. Si l’analyse politique m’a intéressée, je suis moins convaincue par la psychologie des personnages. La personnalité d’Ana ne m’a pas parue crédible et celle des personnages masculins un peu simpliste.

 

La Peste – Camus

CONTAGION

Hartung

« les fléaux, en effet sont une chose commune, mais on croit difficilement aux fléaux lorsqu’ils vous tombent sur la tête. Il y  a eu dans le monde autant de pestes que de guerres. Et pourtant pestes et guerres trouvent les gens toujours aussi dépourvus. »

la Peste fait partie de ces classiques que tout le monde a lu ou croit avoir lu, étudié au lycée….une évidence en période d’épidémie. L’ai-je vraiment lu dans mes études? Peut-être, je me souviens de ces rats qu’on ramassait à la pelle, mes souvenirs n’allaient pas plus loin. Lecture de circonstance donc.

Comme aujourd’hui, l’épidémie fut abordée avec incrédulité : les grandes épidémies ne concernent pas une ville moderne au milieu du XXème siècle, Moyen Âge, contrées asiatiques lointaines….Qui penserait à la peste? Le vieux docteur Castel qui a fait une partie de sa carrière en Chine

« Seulement, on n’a pas osé donner un nom, sur le moment. L’opinion publique, c’est sacré : pas d’affolement, surtout pas d’affolement. »

[….]

« quelques cas ne font pas une épidémie et il suffit de prendre des précautions »

Une fois, la peste identifiée et admise, il faudrait prendre des mesures. Un sérum existe mais

« Savez-vous, lui dit ce dernier que le département n’a pas de sérum? »

Et comme le sérum mettra du temps à arriver de Paris, au lieu de peste  on parle de « fièvre à caractère typhoïde« , il convient d’attendre….

A l’allure où la maladie se répand, si elle n’est pas stoppée, elle risque de tuer la moitié de la ville avant deux mois. Par conséquent; il importe peu que vous l’appeliez peste ou fièvre de croissance. Il importe seulement que vous s’empêchiez de tuer….

Atermoiements, contestation de l’efficacité du sérum (qu’on n’a pas), cela ne vous dit rien?

On va installer des salles « spécialement équipées« , des quarantaines…..jusqu’à ce que la ville entière soit isolée du monde et que les habitants soient réduits à être séparés, exilés, prisonniers. Tout l’art de Camus est de faire vivre ce monde séparé, d’analyser les réactions des personnages. C’est un roman et non pas une étude épidémiologique!

Les personnages sont vivants, divers avec des occupations diverses et des préoccupations bien à eux. Le Docteur Rieux est happé par son travail à l’hôpital, mais il entretient aussi des relations de camaraderie voire d’amitié avec ses collaborateurs.

s’agit pas d’héroïsme dans tout cela. Il s’agit d’honnêteté. C’est une idée qui peut faire rire, mais la seule façon de
lutter contre la peste, c’est l’honnêteté.

Grand, le bureaucrate sort de ses obsessions depuis que la peste a donné un sens à son travail.

Cottard va tirer profit de l’épidémie, c’est un personnage assez mystérieux dont le secret restera caché.

En somme, la peste lui réussit. D’un homme solitaire et qui ne voulait pas l’être, elle fait un complice. Car
visiblement c’est un complice et un complice qui se délecte. Il est complice de tout ce qu’il voit, des
superstitions, des frayeurs illégitimes, des susceptibilités de ces âmes en alerte ; de leur manie de vouloir parler
le moins possible de la peste et de ne pas cesser cependant d’en parler ;

Rambert veut fuir à tout prix pour rejoindre la femme qu’il aime…..

Les personnages secondaires sont, eux-aussi, bien individualisés . On s’attache à chacun d’eux. 

Une interrogation, cependant : Oran se trouve bien en Algérie? Comment se fait-il que Camus n’ait animé que des Européens? les plus exotiques sont d’origine espagnole. Rien que des catholiques! Les Arabes et les Juifs étaient-ils vaccinés ou transparents aux yeux des colons?

A lire et à relire, même en dehors de l’épidémie. Un grand livre, mais tout le monde le sait

Diotime et les lions – Henry Bauchau – Actes Sud

CONTE ANTIQUE

Lions Géants

Henry Bauchau sait raconter des histoires, mythes, légendes avec son style envoûtant. Je l’avais suivi avec Oedipe sut la Route et Antigone, je cherchais depuis longtemps Diotime et les lions.

Grecque ou Perse?

 

Diotime est fille de Kyros et petite fille de Cambyse. Kyros est-il Cyrus, le Roi des Rois, fondateur de l’empire Perse qui s’étendait jusqu’à l’Indus? Mais il y a eu au moins deux Cyrus et deux Cambyses…Il ne faut peut être chercher à coller à l’histoire et rester dans le domaine de la poésie. La mère de Diotime, elle est grecque. Des Grecs, elle cultive la modération et la mesure humaine contre la folie des Barbares. Diotime est un prénom grec.

Les Lions

Cambyse et Kyros, ont pour anciens ancêtres les lions et chaque année les hommes se livrent à une chasse rituelle, les lions jouent aussi un rôle initiatique. Pour faire partie de la tribu et épouser Diotime, Arsès, le grec devra affronter un lion dangereux et puissant.

Diotime, adolescente suit Cambyse qui lui apprend à monter à cheval, à chasser au faucon. Elle veut participer à la chasse rituelle, malgré l’interdit traditionnel qui exclue les filles et malgré l’opposition de sa mère. Sous le patronage de Cambyse elle brave les interdits….

La chasse est violente, sang, danse, bûchers….Ce très beau texte tragique va inspirer théâtreux et danseurs qui en, tirent des spectacles dont je n’ai vu que les extraits de Youtube.