La Messe de l’Athée – Balzac

LECTURE COMMUNE BALZAC 

Courte nouvelle dans les Scènes de la Vie parisienne qui peut se lire d’un trait. Grande sobriété  : deux personnages principaux , deux médecins, le célèbre chirurgien Desplein et son jeune collègue Horace Blanchon. Desplein professe un athéisme convaincu et une pleine confiance dans la science. Et pourtant, Blanchon le surprend à Saint Sulpice à la messe, non pas une seule fois mais à plusieurs reprises. Comme Blanchon, le lecteur est intrigué….

naturellement pris de curiosité, l’interne qui connaissait les opinions de son maître, et qui était Cabaniste en dyable par un y grec (ce qui dans Rabelais est u

Il vous faudra lire la nouvelle pour résoudre ce mystère!

Balzac vous tiendra en haleine, comme d’habitude. Mais contrairement aux autres œuvres de l’auteur, pas de cynisme ni de malignité. Balzac bienveillant? Il vous surprendra encore.

Comme il m’a étonnée par l’emploi de locutions originales que je recopie ici

« Ni puritain ni sermonneur, il jurait de bonne grâce en donnant un conseil et faisait volontiers un tronçon de chière lie quand l’occasion s’en présentait. »

Lire également les avis de pativore maggie claudialucia,  Rachel

Arbre de l’Oubli – Nancy Huston

FEMMES

Depuis très longtemps Nancy Huston est une référence féministe et je me suis toujours promise de faire connaissance avec l’œuvre de cette autrice. Le billet de Jostein, et surtout le titre qui me rappelait Ouidah (Bénin) m’ont attirée.  Dès que je l’ai trouvé à la médiathèque, je l’ai emprunté. 

Ce livre féministe militant a tout pour m’intéresser :  l’Afrique et à l’esclavage, les études féministes et les clins d’œil à Sylvia Plath, Hélène Cixous, Luce Irigaray, Julia Kristeva et j’en passe…Diversité ethnique,  la Shoah avec les parents juifs de Joel, l’amie Haïtienne, au vaudou et à la santeria à Cuba, émeutes raciales à Baltimore, La GPA, toutes les thématiques que la droite qualifierait de « woke »!

Seulement, chacun de ces thèmes mériterait un roman! Mélanger le tout en 305 pages ne peut que donner le tournis à la lectrice qui souhaiterait qu’on s’arrête pour approfondir chacun de ces sujets. On saute d’un personnage à l’autre, d’une époque à une autre sans transition.

J’aime m’attacher à un personnage, le suivre… Je n’ai éprouvé d’empathie pour personne. Jenka, la mère juive, est caricaturale comme Eileen, la mère de Lili Rose. Lili Rose est peu sympathique, on se demande comment elle passe de son enthousiasme pour les bikinis à une thèse universitaire, des relations avec des adolescents plutôt ploucs au féminisme radical. Shayna ne m’a pas plus séduite non plus. Je n’arrive pas à  l’imaginer,  à part sa couleur de peau « marron » et ses rondeurs » là où il faut« , elle est peu incarnée. Le seul que j’arrive à suivre c’est l’anthropologue très calé pour décrypter les cérémonies préhistoriques, mais si peu perspicace quand il se promène avec sa fille métisse à Cuba qu’on prend pour une prostituée. L’enfer est pavé de bonnes intentions!

Ouidah, porte du non-retour

Malgré cette déception je vais continuer à lire Nancy Huston parce que ses thématiques m’intéressent.

Exposition autour du Chef d’Œuvre Inconnu à la Maison de Balzac

Exposition temporaire jusqu’au 6 mars 2022

Bension Enav – édition du chef d’oeuvre inconnu

Le chef d’œuvre Inconnu traite de peinture, il n’est donc pas surprenant qu’il ait inspiré de nombreux peintres et plasticiens. Il y a quelques temps j’ai lu cet ouvrage et visité la Maison de Balzac

C’est toujours avec grand plaisir que je retourne Rue Raynouard , en balcon dominant les quais de Seine où l’on peut descendre la Falaise de Passy par de raides escaliers du square de l’Alboni, Rue des Eaux, ou la pittoresque rue Berton étroite et pavée.

Nous avons revu les collections permanentes, manuscrits annotés, bustes de Balzac, son bureau, sa canne….Je me suis longtemps attardée devant les figures de la Comédie Humaine gravées sur 250 plaques typographiques pour chercher les personnages que j’ai rencontrés récemment lors de mes lectures.

L’exposition temporaire est situé en dessous. On entre d’abord dans une salle dédiée à la Belle Noiseuse – film de Rivette (1991) dont on peut visionner un extrait et où se trouve les tableaux de Dufour qui figurent dans le film. 

Michel Piccoli joue le peintre, Emmanuelle Béhart le modèle.

Dufour – la belle noiseuse
Je n’aime pas cette peinture et m’étonne qu’elle puisse être le « chef d’oeuvre inconnu ». Des goûts et des couleurs….
édition du Chef d’oeuvre inconnu de Balzac par Vollard, illustration Pablo Picasso

La salle suivante est consacrée à l’édition de Vollard qui a demandé à Pablo Picasso de l’illustrer. Picasso n’a pas illustré l’histoire à la lettre et a dessiné à son idée autour du motif de la peinture, du peintre et de son modèle. Comme il dessinait des taureaux et minotaures à cette époque, on les voit figurer ici. Pour notre plus grand plaisir.

Picasso : peintre modèle

Dans la troisième salle je retrouve le tableau de Paula Rego qui m’avait donné envie de lire le livre, je retrouve également Arroyo. Un peu plus étrange ce Chef d’Oeuvre inconnu d’Anselm Kiefer qui ne représente pas un portrait de femme mais une salle vide, dessin d’architecture. 

Paula Rego

Et je n’en ai sûrement pas fini avec Balzac!

 

Un Episode sous la Terreur – Honoré de Balzac

Guillotine – boucles d’oreilles musée Carnavalet

Une nouvelle, 45 pages , qui se lit d’un souffle.

Avec Balzac, on peut s’attendre à toutes les surprises, et il y en aura.

L’histoire commence le 22janvier 1793, sous la Terreur (pas d’étonnement: le titre l’affirme). Une femme marche dans la nuit, seule,  dans la neige ; elle se sent suivie. C’est la terreur ordinaire, celle d’une femme suivie dans les rues désertes. Elle se réfugie dans une boulangerie encore ouverte. L’impression de terreur s’installe.

La femme est âgée, l’homme qui la poursuit ne cherche pas à attenter à sa vertu. Un espion? Je me souviens alors de l’époque. Cette dame est une ci-devant qui a oublié les civilités d’époque : aurait dû  dire « citoyenne » .

La vieille femme se cache dans une bicoque chancelante….

De peur de gâcher le suspens, je m’arrête-là!

Lisez la suite!

Lire aussi Maggie

Baudelaire, la modernité mélancolique,à la BNF

Exposition temporaire jusqu’au 13 février 2022

Baudelaire jeune ‘(23 ans)par Emile Deroy

La BNF célèbre le bicentenaire de la naissance de Baudelaire.

A côté des manuscrits, lettres, épreuves corrigée de la main de Baudelaire comment mettre en scène la poésie? 

« Baudelaire vivait avec Hamlet » affirme Theodore de Banville

Sur les murs de son appartement il avait la collection de 13 Hamlet par Delacroix

Delacroix : Hamlet et le crâne de Yorik

Odilon Redon a illustré « interprété » Les Fleurs du mal. 

Odilon Redon

Courbet est aussi présent : il a dessiné un homme sur les barricades de 1848 qui a servi de frontispice au journal Le Salut public, éphémère journal révolutionnaire fondé à Paris le  par Charles BaudelaireJules Champfleury et Charles Toubin.

Courbet : homme sur une barricade

Courbet a aussi peint un portrait de Baudelaire

Courbet : portrait de Baudelaire

On peut aussi voir Médée, tableau de Delacroix, des dessins de Daumier, des photographies et caricatures de Nadar

Caricature de Baudelaire par Nadar

Au gré de la déambulation dans l’exposition on peut entendre des lectures de l’Albatros, l’invitation a voyage de Duparc ou s’asseoir pour écouter des morceaux choisis de Baudelaire. Les visiteurs curieux pourront déchiffrer des lettres manuscrites…

Encore une exposition intéressante à la Grande Bibliothèque!

Chaudun – trois ouvrages racontent le destin de ce village des Hautes Alpes abandonné

 

Estive

Monsieur le Ministre, Nous soussignés, habitants de la commune de Chaudun […] avons l’honneur de vous
adresser respectueusement la requête suivante. Il n’est douteux pour personne qu’un des tristes privilèges
conférés par la nature au département des Hautes-Alpes est celui de compter parmi les plus pauvres et parmi
ceux où les conditions de l’existence sont les plus rudes et les plus précaires. Les montagnards alpins, sans cesse
aux prises avec les difficultés les plus lourdes et les plus imprévues, disputent péniblement à un sol rebelle et à
un ciel peu clément les chétives ressources qui suffiront à peine à nourrir leur famille. Pour ces déshérités de la
nature, le combat de la vie est terrible, continuel et souvent fatal.

Privé de toute communication avec les villages environnants, enfoncé dans les replis abrupts de rochers dénudés,
Chaudun est éloigné d’environ 19 kilomètres de son centre d’approvisionnement. L’élévation des montagnes,
l’extrême déclivité de leur pente, le mauvais état des sentiers rendent le parcours du pays excessivement difficile
et périlleux. 

Vaincus par l’indigence, nous avons l’honneur de proposer au gouvernement l’achat du territoire de notre
commune. »

p. 44  du livre de L Bronner

Chaudun évoque tant de promenades en montagne en Dévoluy où j’ai passé mes vacances d’été pendant plus de trente ans.

Col de Rabou

Chaudun, c’était à l’ombre du Pic de Bure, entre Dévoluy et Champsaur,  une montagne sauvage au delà du col du Noyer du  col du Rabou où je n’ai pas eu le courage d’aller seule tant l’endroit est perdu. Vague souvenir d’une randonnée accompagnée il y a si longtemps.  Je m’y suis installée souvent au-dessus du Col de Rabou avec mes jumelles cherchant mouflons et chamois ou surveillant les rapaces : une fois j’ai même vu un aigle chassé par un vol de choucas agressifs. J’aurais dû emprunter le sentier des bans en balcon au dessus du vallon.  Chaudun est resté le graal, inatteignable pour la randonneuse solitaire. 

Dès que j’ai vu le titre « Chaudun, le village sacrifié » de Jean Luc Fontaine je l’ai téléchargé dans la liseuse, sans me douter qu’il existait un autre livre « Chaudun, la montagne blessée » de Luc Bronner (Seuil) que j’ai également téléchargé sans même m’en rendre compte. Un troisième ouvrage Le destin brisé d’un village français de Pierre Bussière raconte l’histoire de ce village que les habitants, qui,  dans une pauvreté extrême, l’ont cédé à l’Etat et ont dû  abandonner leurs maisons en laissant la porte de leur maison ouverte. 

Chaudun, le village sacrifié de Jean-Luc Fontaine 

J’ai  commencé par le livre de Jean-Luc Fontaine : Les trois premiers chapitres se déroulent à Chaudun

« Ce village de bouscatiers têtus est l’un des plus pauvres du canton, il est bâti là, coincé entre ces hauts sommets enneigés une grande partie de l’année.

(…)

Pour survivre les habitants n’ont d’autre solution que de continuer inlassablement à couper des arbres. »

Alimenter en énergie les machines de la Révolution Industrielle. a la fin du siècle, ils ont tout déboisé:

« Là où il y a encore quelques années la forêt prospérait, rien ne repousse, sans les racines qui s’ancrent sous terre et maintiennent le sol, les éboulements deviennent fréquents, les sangliers, chamois et bouquetins s’en vont ailleurs, privant les chasseurs d’un gibier bienfaiteur. Arides, les versants deviennent dangereux. »

En dehors du bois, quelques troupeaux et de pauvres champs. Mauricette, petite bergère, privée d’école parce que fille, a appris seule à lire et rêve de liberté et de grands horizons. Avec son amoureux Elzéard, ils s’enfuient à Marseille avant que le village ne soit déserté. La suite du roman raconte les amours de Mauricette et de sa fille , Marie,  née en Argentine revenue à Marseille en 1939 juste avant que n’éclate la guerre. Résistance, déportation, Marie, se cache à Chaudun sous la garde d’ Elzéard.

Je suis un peu déçue, pas assez de vie en montagne. Le roman s’est éparpillé dans la romance.

Une belle surprise tout de même :  déplorant le déboisement, Mauricette a semé des glands, Elzéard poursuit les semis de la bergère, et rencontre un certain Jean Giono . Elzéard serait-il le héros de L’Homme qui plantait des arbres que j’ai tant aimé? 

Chaudun, la montagne blessée de Luc Bronner (Seuil)

Contrairement au roman précédent qui est une fiction, le livre de Bronner est une enquête historique rigoureusement menée sur tous les témoignages que l’auteur a pu trouver, au cimetière et à l’Etat Civil, dans les registres de l’armée, dans les documents de la paroisse et de l’évêché, les rapports de l’Inspection Académique, des Eaux et Forêts…  et dans la Presse de l’époque.

Et le résultat est passionnant! Nous imaginons la vie du village dans ses moindres détails, de la naissance à la mort des habitants. Nous connaissons leurs noms (quelques familles), le nom des maires, des curés ou des instituteurs. L’auteur a même retrouvé l’inventaire du mobilier de la pauvre église. Nous connaissons la taille, la forme du menton et du nez des conscrits pour le Service militaire (l’armée est une bureaucrate tatillonne).

Pas de roman, pas de fiction, mais tant de détails de la vie.

L’Homme qui plantait des arbres n’est pas  un berger-ermite. Il n’aurait pas pu rencontrer Giono dans sa randonnée, c’est un fonctionnaire des Eaux et forêts :  Le Vérificateur général du Reboisement. On ne planta pas au hasard des promenades des glands dans des trous mais on fit appel à des équipes de planteurs, parfois des italiens

« la République veut effacer le désastre des humains ; la République va donc replanter des arbres par milliers, en réalité par millions, une fois l’homme parti.

Les équipes de planteurs se composent généralement de 30 à 40 personnes,

63 000 feuillus et 3 363 280 résineux, des mélèzes, des pins noirs, des épicéas, des pins cembros, des pins à crochets, des pins sylvestres.

Chaudun, ce sont des millions d’arbres qui ont été plantés après le départ de l’homme… »

 

Renaissance de la montagne :  en l’absence d’activités humaines, la nature a retrouvé ses droits, la biodiversité est remarquable, le loup est revenu, une orchidée rare pousse. Un territoire difficilement accessible est devenu une réserve intégrale. Et l’auteur nous livre avec gourmandise l’inventaire de ces richesses nouvelles, flore et faune.

Il existe un troisième ouvrage racontant l’histoire de Chaudun : c’est le livre de Pierre Bussière : Le destin brisé d’un village français (pocket) je l’ai inscrit dans mon pense-bête de babélio, pour plus tard! 

 

Rouge Impératrice – Léonora Miano

LIRE POUR L’AFRIQUE

J’ai rencontré Léonora Miano dans Télérama qui lui a consacré un long article avec ce titre: 

Léonora Miano : “Je déplore la tendance du féminisme à vouloir tout coloniser” 

J’ai été interpellée par cette phrase et par ses accusations envers les féministes de victimiser les femmes africaines. J’ai voulu en savoir plus et j’ai chercher un de ses livres.

Au hasard, j’ai téléchargé Rouge Impératrice. 600 pages, 11 jours d’une lecture laborieuse.

C’est une dystopie : le roman se déroule au XXII ème siècle dans un état-continent Katiopa, sans doute l’Afrique mais sans plus d’indication géographique. Je suis mauvaise lectrice pour les dystopies : j’ai du mal avec la géographie inventée, les langues inventées, les diverses innovations techniques. Leonora Miano a prévu un glossaire, je m’y suis souvent référée, ce qui a ralenti la lecture. J’espérais retrouver des ambiances africaines, des saveurs, des animaux, les arbres…l’univers est aseptisé, dans cette Katiopa moderne on se déplace en superTGV qui traverse le continent, un tramway et des bicyclettes électriques, et des passerelles électrifiées sont installées dans des villes piétonnières où seuls les privilégiés ont des véhicules personnels…pas très exotique. 

Rouge Impératrice est un roman d’amour : Boyadishi, la quarantaine, universitaire, évidemment, très belle, très séduisante, très libre, est remarquée par Ilunga qui est le chef d’état de Katiopa. Ilunga aussi est très intelligent, très beau, très puissant (puisqu’il règne) ; il n’est pas aussi libre, il est marié mais ce n’est pas un problème puisque la polygamie est la règle et qu’il vit séparé de sa femme lesbienne. Les deux quadragénaires parfaits filent le parfait amour. Trop de perfection nuit à la littérature, à mon goût tout au moins. Et les passages érotiques m’ennuient prodigieusement. Heureusement il y a des méchants, Sheshamani, la lesbienne et Igazi, le ministre de l’Intérieur (cela ne s’appelle pas comme cela à Katiopa). il y a aussi l’amant que Boyadishi a éconduit et qui veut se venger….

Rouge Impératrice peut aussi être lu comme fable politique. Katiopa s’est libérée du colonialisme vient  de s’unifier et à vit en autarcie dans le rejet total des anciens colons. Par une inversion (que je ne suis pas arrivée à éclaircir) l’Europe est anéantie et les anciens colons deviennent des réfugiés : les Sinistrés. Quelle politique adopter vis à vis de ces Sinistrés : les expulser ou chercher à les intégrer? 

« Cependant, il pouvait se révéler néfaste pour la société d’abriter en son sein un groupe humain amer et revanchard. »

Au cours d’une allocation télévisée Ilunga fait cette déclaration:

« Katiopa, tu l’aimes ou tu le quittes.

Cela sonnait bien, et on avait en effet les moyens d’une telle politique. »

Cela ne vous évoque rien?

« Elles refusaient que ces étrangers fassent l’objet d’un rapatriement forcé, mais se satisfaisaient de les voir mordre la poussière, faire l’expérience de l’infériorité, de l’invisibilité, du silence. Ce n’était pas le comportement le plus charitable, mais c’était ainsi, le passé avait laissé des traces. Sans se l’avouer, on se réjouissait de voir les maîtres de l’ancien monde réduits à leur plus simple expression humaine, passés de premiers à derniers. Cette petite revanche n’avait pas encore duré assez longtemps pour que l’on en soit repu. Le mokonzi devait tenir compte de cela. »

Un autre groupe se distingue, des sortes de hippies, babas cools qui ont fondé des communautés qu’il convient de surveiller  mais qui s’avèrent peu dangereux.

Malgré les lourdeurs du style pompeux, malgré mon désintérêt de l’histoire d’amour, les aspects politiques, les rapports des hommes et des femmes m’ont assez intéressée pour que je poursuive cette lecture.

Lecture curiosité plutôt que lecture -plaisir.

 

La plus secrète mémoire des hommes – Mohamed Mbougar Sarr

RENTREE LITTERAIRE 2021

« Soyons francs : on se demande si cette œuvre n’est pas celle d’un écrivain français déguisé. On veut bien que la colonisation ait fait des miracles d’instruction dans les colonies d’Afrique. Cependant, comment croire qu’un Africain ait pu écrire comme cela en français ? »

Comment classer cet ouvrage : Rentrée littéraire 2021 ou Francophonie?

Mohamed Mbougar Sarr, né à Dakar est-il un romancier sénégalais comme le présente l’article de Wikipédia ou un écrivain de cette rentrée littéraire parisienne? Ce serait un détail si cette distinction n’était pas un des thèmes de ce roman. Diegane Faye est un écrivain africain vivant à Paris qui a publié un petit roman au tirage confidentiel. Il s’attache à faire sortir de l’oubli TC Elimane, écrivain maudit, qui a publié en 1938 un chef d’œuvre disparu dans des circonstances étranges.   Marème Siga , « l’ange noir de la littérature sénégalaise »  lui confie un exemplaire du livre introuvable, lecture éblouissante. L’écrivaine, cousine d’Elimane, ne l’a pas connu ;comme Diegane, elle se consacre à sa recherche . Elle a eu une relation passionnée avec une poétesse haïtienne, amante d’Elimane. 

« Quelle est donc cette patrie ? Tu la connais : c’est évidemment la patrie des livres : les livres lus et aimés, les livres lus et honnis, les livres qu’on rêve d’écrire, les livres insignifiants qu’on a oubliés et dont on ne sait même plus si on les a lus »

[…]
« Oui, disais-je, oui : je serai citoyenne de cette patrie-là, je ferai allégeance à ce royaume, le royaume de la bibliothèque. »

 

La plus secrète  mémoire des hommes mêle les voix de ces trois narrateurs.trices, et reconstruit l’histoire de la famille d’Elimane dans un village sérère du temps de la colonisation, de son père qui disparaît dans la Grande Guerre, tirailleur sénégalais, du scandale littéraire causé à la parution du livre d’Elimane, de l’errance de ce dernier jusqu’à 2018 quand Diegane retourne au Sénégal en pleins troubles sociaux. Longue histoire qui se déroule pendant plus d’un siècle sur trois continents. 

Histoire embrouillée parce que je n’ai pas toujours identifié les narrateurs : il m’a fallu parfois plusieurs pages  pour deviner qui a pris la parole : Siga? Diegane? la poétesse? parfois le père de Siga. Je me suis perdue  à plusieurs reprises. Le style très dense, touffu parois sans ponctuation ni respiration n’aide pas franchement le lecteur. Si j’ajoute encore que le narrateur principal, l’écrivain, est souvent prétentieux, verbeux et peu sympathique, cela n’incite pas à continuer la lecture du pavé (448 pages seulement mais cela m’a paru bien plus).

« Je sais que tu ne seras pas d’accord avec ce que je te dis : tu as toujours considéré que notre ambiguïté culturelle était notre véritable espace, notre demeure, et que nous devions l’habiter du mieux possible, en tragiques assumés, en bâtards civilisationnels, bâtardise de bâtardise, des bâtards nés du viol de notre histoire par une autre histoire tueuse. Seulement, je crains que ce que tu appelles ambiguïté ne soit encore qu’une ruse de notre destruction en cours. Je sais aussi que tu trouveras que j’ai changé, moi qui estimais que ce n’est pas le lieu d’où
il écrit qui fait la valeur de l’écrivain, et que ce dernier peut, de partout, être universel s’il a quelque chose à dire.
Je le pense toujours. »

Et pourtant c’est un roman très intéressant d’une part pour la réflexion sur l’écriture et la décolonisation, et pour l’aspect historique. Par ailleurs, la vie au village, les coutumes anciennes sont très agréables à lire. Si je n’ai pas accroché avec les personnages masculins que j’ai trouvé antipathiques, les femmes au contraire sont des personnages forts.

La Plage noire – François Maspéro

« Dans les villes de l’exil, te souviens-tu, se répète Alberto, nous parlions de l’avenir. toute ma vie, j’ai cru au progrès. Le sens de l’histoire éclairait notre attente, et même  nos plus mélancoliques nuits étrangères. César a tort, le monde n’est pas foutu. Et pourtant, comment le nier, je sens ici que mon monde à moi est détruit.

Sur la plage, de plus en plus, Alberto se parle seul, à haute voix »

Je connais Maspéro depuis une éternité.

Editeur : Etudiante, je collectionnais les petits livres aux couvertures colorées : Nizan, Frantz Fanon, Louise Michel…égayaient mes étagères, égarés depuis, j’aurais tant aimé les retrouver.

Libraire : sa libraire était un repère de gauchistes, d’étudiants, lieu de rencontre de rendez-vous. Certains emportaient des livres sans les payer, on ne les aurait pas dénoncés. J’ai toujours trouvé minables ces larcins. Pour la lecture gratuite, il y a des bibliothèques.

Auteur : je ne l’ai lu que plus tardivement, Le Figuier m’a captivée. 

Balkans-Transit, lu et relu, avant les voyages en Bulgarie, en Albanie, en Grèce, Roumanie.

Les Passagers du Roissy-Express, offert, prêté, chaque fois qu’amis ou connaissances se trouvent en panne de lecture.

Et voici que je trouve sur ma table de nuit de la chambre d’hôtes à Mauzé-sur-le-Mignon, La Plage Noire comme s’il m’était personnellement destiné!

Ce court livre se lit d’une traite (160 pages). C’est le plus littéraire des livres de l’auteur que j’ai lu. Une fiction qui se déroule dans un pays imaginaire. On pense à l’Amérique Centrale ou Latine. Un homme attend un visa pour partir rejoindre sa femme française à Paris. Il vit avec leur fille dans une maison de famille sur le bord de la plage noire, isolé, loin de tout. Ecrivain, journaliste, opposant politique, il n’ignore pas la menace mais se résout pas à l’exil.

Roman nostalgique, tropical, envoûtant.

Après les chiens – Michèle Pedinielli éditions de l’aube

POLAR NICOIS

Comme j’ai bien aimé la Patience de l’Impatience, polar corse, villageois j’ai eu envie de retrouver Diou Boccaneradétective et de la suivre dans une nouvelle aventure à Nice et dans les environs, jusqu’à la vallée de la Roya. 

Il est bien sûr question de chiens, du chiot Scorcese, mais pas seulement. Et d’une vétérinaire suédoise qui intervient. Il y a aussi une histoire de passeur, passeur des Juifs pendant l’Occupation. Et comme c’est un roman policier, un cadavre et une disparition.

Le corps, trouvé par le chiot( il faut bien une cohérence) est celui d’un jeune Erythréen qui a été passé à tabac. La disparue s’appelle Melody, lycéenne, tout juste majeure. Fugue ou enlèvement? Sa mère confie l’enquête à Diou qui est détective privé.

Comme je ne veux pas spoiler, vous n’en saurez guère plus.

Mais si je dois en rajouter pour vous convaincre de le dire, sachez que Diou (comme moi) est fan de Camilleri   et qu’elle lit Le Tour de la Bouée quand elle ne peut pas dormir.  Vous rencontrerez des crapules (normal dans un policier) mais aussi de bien braves gens, un SDF allemand muet, et que le livre est dédié « Aux solidaires de la vallée de la Roya, d’Italie, de Nice, du Briançonnais et d’ailleurs »