CARNET OCCITAN

Lescure-d’Albigeois
Notre gîte se trouve à Lescure d’Albigeois à trois kilomètres à vol d’oiseau d’Albi de l’autre côté du Tarn. En voiture, 11 km par des chemins de campagnes, à travers le bourg puis des zones commerciales. Grande maison à la campagne proche de la rivière, cultures maraîchères, prairies, un environnement très calme. Nos propriétaires, très accueillants, me font visiter leur jardin, plans de tomates, courgettes, poivrons….mais le puits est à sec cet été.

Lescure d’Albigeois possède un centre-ville avec sa Tour de l’Horloge des vestiges de fortifications et du castrum, fief pontifical qui a joué un rôle dans la lutte contre les Cathares et plus tard pendant les Guerres de Religions. Au centre du village, la place sous de grands marronniers réunit les habitants au boulodrome l’après-midi et le mercredi un joli marché. Une Poste, une Supérette donnent un peu d’animation à ce village tranquille. Après une promenade agreste le long des remparts nous retrouvons une zone commerciale hideuse aux portes d’Albi.
Albi, petit matin ensoleillé :
9h, nous arrivons sur les bords du Tarn avec une lumière merveilleuse. Dominique gare la voiture près du Pont « neuf », Pont du 22 Août 1944, et je découvre la ville dominée par les tours rose de la Cathédrale. Le Tarn est enjambé par 3 ponts : le neuf, le vieux et le pont ferroviaire. Homogénéité de la brique sur les deux berges de la rivière.
Une heure avant l’ouverture du Musée Toulouse-Lautrec, je découvre Albi à pied. J’arrive assez vite au Marché Couvert, halles style Baltard, métal, brique et verre avec un plan triangulaire original. Deux niveaux, en haut produits locaux plutôt luxueux, en-dessous, à l’enseigne Utile, marché classique.

La Cathédrale est à deux pas au milieu d’une grande place vide tôt le matin. Un marché aux livres est en train de s’installer. Les grandes tentes du Rotary Club pour le don de sang encombrent un peu pour la photo. La rue Castelviel coupe le quartier de Castelviel jusqu’à la Place du Château. Le quartier est animé par une brocante ; ce déballage est plaisant avec la foule qui baguenaude. Au bout de la rue : une fontaine très moderne en pierre blanche. Des travaux interdisent d’aller plus loin. On construit une passerelle piétonnière appuyée sur le Pont de Chemin de fer.

Le creux d’un vallon est occupé par les parkings. Sous les arcades du pont le bâtiment des Abattoirs paraît abandonné. Malgré les barrières décourageant les passants, je longe le Tarn sur un sentier puis remonte un escalier au pied des remparts à la limite du palais épiscopal et découvre un joli portique roman qui barre le sentier : quelques arcades finement ouvragées d’un ancien cloître. C’est tout ce qui reste de l’ancienne cathédrale romane.

10 heures, je rejoins le Palais de la Berbie qui loge le Musée Toulouse-Lautrec en passant par la rue de la Temporalité dont le nom rappelle l’édifice de la Temporalité, tribunal des affaires civiles qui permettait à l’Evêque, aussi seigneur d’Albi, de rendre la justice au nom de son pouvoir temporel.
L’après-midi, avec mon Albi City Pass je me suis inscrite par Internet à une visite guidée de la Cité épiscopale. Nous ne sommes que 5, c’est presque une visite privée. La conférencière replace la construction de la Cité épiscopale dans son contexte historique à la suite de la Croisade des Albigeois dans les jardins du Palais de la Berbie
Palais de la Berbie
La « Berbie » est une déformation du mot occitan qui désignait l’Evêque. Rien à voir avec les moutons. C’est le Palais Episcopal. Palais très impressionnant avec un donjon de briques, massif faisant écho à la Cathédrale toute proche, entouré de fortifications. La Cité Episcopale regroupe la Cathédrale, le Palais de la Berbie et l’ensemble urbain XIIIème siècle. D’une parfaite cohérence architecturale, elle a été inscrite au Patrimoine de l’Humanité de l’UNESCO en 2010. La brique a été employée pour la construction de ces édifices imposants parce que les carrières de pierre étaient éloignées tandis que l’argile est abondante dans le Tarn. Une vingtaine de briqueteries bordaient la rivière. Avant le XIIIème siècle on construisait aussi en pierre. La base du Pont Vieux (1035) est en pierre comme l’église romane détruite et l’église Saint Salvi. Le palais de la Berbie était fortifié mais l’austère forteresse a été aménagé ultérieurement avec des ajouts Renaissance et la Place d’armes a été plantée d’un jardin à la française fleuri et coloré tandis que les fortifications seront surmontées d’une promenade sous une tonnelle de vigne agrémentée de statues.

Revenons au XIIIème siècle : cet impressionnant palais est un lieu de pouvoir. Pouvoir triomphant de l’Evêque qui est également seigneur de la ville d’Albi. Ce double pouvoir est la conséquence de la Croisade des Albigeois. Au XIIème siècle, les Cathares étaient nombreux en Occitanie. Ils prônaient une observance plus simple et plus radicale du Christianisme, réprouvant le faste et la richesse de l’Eglise Catholique. Ils utilisaient la langue populaire, langue d’Oc et non le latin.
A propos « Cathares » un podcast passionnant de Radio France Le cours de l’Histoire : Hérétiques est un complément intéressant.
Dans le Comté de Toulouse du temps du Comte Raymond VI (1156-1222) la tolérance religieuse régnait envers les Cathares et les Juifs. C’était le temps des Troubadours. Le Pape, ému par l’hérésie cathare écrivit au roi de France, Philippe Auguste pour faire cesser ces pratiques. Ce dernier hésitait à s’aliéner son vassal toulousain. En 1208, Innocent III envoya un légat pour enquêter. Comme ce dernier mourut, le Pape soupçonna le Comte de Toulouse d’être à l’origine de l’assassinat. Ceci déclencha la guerre contre les Cathares et les Seigneurs du Nord. Trencavel était seigneur d’Albi, de Béziers et de Carcassonne. Après un siège de 15 jours de Carcassonne Trencavel se constitua prisonnier pour sauver les habitants de la ville. Il fut enfermé dans ses basses-fosses et y mourut sans héritier. La seigneurerie fut donnée à l’Evêque d’Albi tandis que Béziers et Carcassonne furent intégrées au domaine royal en 1226. Bernard de Castenet, nommé en 1276 décida la construction de la Cathédrale Sainte Cécile et du Palais de la Berbie. Fortifiés, d’allure imposante. Volonté politique de se démarquer, il choisit un architecte militaire catalan. Le donjon du palais était aussi impressionnant pour lutter contre les hérétiques : Pouvoir de l’Inquisition.
Nous continuons la visite à l’arrière de la Cathédrale . Commencée en 1282 – terminée en 1480, la Peste et la guerre de 100 ans expliquent ces délais. Nous pouvons observer le style, gothique méridional, se distingue par l’absence de transept, une nef unique et des chapelles rayonnantes. Les plans initiaux ont été respectés Elle contraste par son allure massive, la sobriété de ses formes, avec cathédrales gothiques du nord. Pas d’arc boutants, les tours cylindriques pleines et des piliers supportent le poids de la voûte et font contreforts. La guide nous montre les traces des échafaudages. Le clocher culmine à 78 m. Un couple de faucon s’est installé, le nichoir est surveillé par vidéo. Ils ont un très beau territoire de chasse et l’avantage est qu’ils font fuir les pigeons.

La porte Dominique de Florence (évêque d’Albi début XVème siècle) en fine pierre blanche avec son baldaquin ciselé dominant un majestueux escalier se détache sur la brique rose. C’est le seul ornement (ou presque) parce qu’une série de gargouilles sont alignées. Elles n’ont rien de médiéval. La toiture étant en mauvais état, un élève de Viollet Leduc avait pensé ajouter des clochetons et ces gargouilles au cours de la restauration. La population a protesté pour les clochetons mais les gargouilles sont restées. Une controverse s’élève entre les visiteurs autour de la personnalité de Viollet Leduc et mes collègues visiteurs ont continué à discuter même après que nous sommes entrés dans la nef.

L’intérieur de la nef est entièrement peint : 18 000m2 de peintures. La partie Ouest représentant le Jugement dernier a été commandité par Louis 1er d’Amboise (évêque d’Albi) à la fin du XVème siècle. Je vais retrouver Louis 1er d’Amboise dans la Mise au Tombeau de Monestiès. Cette peinture immense est peint sans enduit a tempera sans doute l’œuvre d’un atelier parisien (la banderole est écrite en langue d’oil). Remarquons qu’elle est orientée à l’ouest, du côté du soleil couchant symbolisant la mort. Sur le registre inférieur les sept péchés capitaux étaient représentés, mais on a pratiqué une ouverture au milieu, il n’y en a plus que six.
Au plafond : Le Grand décor commandité par Louis II d’Amboise a été réalisé par des artistes italiens de 1509 à 1512 en lazurite extrêmement résistante. A l’époque Albi était prospère grâce au commerce du pastel. Le pastel, or bleu, était cultivé entre Albi et Toulouse. On en confectionnait des boules appelées « coques » et cette région du pastel est appelée « pays de cocagne », par extension pays prospère. Il était exporté dans toute l’Europe entre 1450 et 1566. L’indigo, moins cher, a mis fin à ce commerce. On retrouve dans les « tours d’orgueil une autre manifestation de cette prospérité.
Quartiers médiévaux : Castelviel et ses maisons à colombages avec la rue qui menait au château des Trencavel – détruit au XIIIème siècle. Castelnou. Nous nous arrêtons devant la Maison du Vieil Alby : dans un quartier de négociants du pastel. Les maisons possèdent au dernier étage des soleillous terrasses couvertes et aérée où l’on pouvait faire sécher des denrées. Les hôtels possèdent des tours hautes pour montrer la prospérité de leurs propriétaires
La promenade continue dans le cloître de l’église Saint Salvi, Eglise du Xème siècle, donc en pierre puis par la suite de brique avec des arcs brisés gothiques. La place du cloître Saint Salvi était autrefois la place du marché.






























