Vers le Sud : étape à Avignon

COTE D’AZUR 

Avignon : Le Palais des Papes un soir de Mistral

Paris-Lyon : itinéraire tant parcouru sur la route des Alpes, hiver comme été, sempiternelles aires de repos, je croyais m’ennuyer. Je redécouvre l’Auxerrois, Epoisses sur sa colline, le Canal de Bourgogne. A la limite de 0°C, l’herbe est givrée, les silhouettes  de grands chênes, les sapins verts se détachent. Au dessus des villages fortifiés s’élèvent des colonnes de fumée. Je suis surprise de ma surprise, ravie. Le Morvan est hivernal et glacé. Nous avions quitté un « presque-printemps » avec des haies fleuries, des prunus roses pour trouver ici des arbres défeuillés et austères. Nous ne retrouverons les floraisons que bien au sud de Lyon. 

Donzère Mondragon

Péage de Vienne : le vignoble, les collines escarpées  nous invitent à quitter l’autoroute. Sortie 18 après Montélimar pour rejoindre Donzère. Nous pique-niquons au barrage de Donzère-Mondragon sur le pont qui franchit le Canal de Donzère. Je remarque, amusée, que le grand tablier métallique a notre âge (1951). Dommage qu’il ne soit pas prévu d’explications techniques en plis du panneau pour la flore et la faune (site Natura2000). Wikipédia m’apprend que le canale de 24 km a été aménagé avec l’aide du plan Marshall (1946-1953) pour réguler le cours du rhône mais aussi pour le refroidissement de la Centrale nucléaire de Tricastin. le barrage de Donzère-Mondragon produit assez d’électricité pour l’équivalent de la consommation de la ville de Lyon. Le Mistral souffle, j’ai remis mon anorak.

Nationale 7 jusqu’à Pont Saint Esprit, jolie vue sur le vieux pont médiéval et ses clochers. 

Les remparts d’Avignon et la Porte Saint Roch

15h30 arrivée à Avignon . Ibis Budget se trouve juste après le pont moderne. Très bien situé devant les remparts sur le bld Saint Dominique où passe un petit tramway blanc. Il est un peu tard pour les visites de musées que j’avais prévues. il fait si  beau que je n’ai pas envie de m’enfermer et préfère marcher dans les rues de la ville close.

Passant par la Porte Saint Roch, je découvre des rues étroites, presque des ruelles, résidentielles. Pas un seul commerce alimentaire. La rue Raspail est  rectiligne, plantée de platanes. La Rue de la République  concentre les enseignes inévitables  FNAC MacDo, l’Occitane; Carrefour-contact…Uniformisation des commerces, quel ennui!

D’un côté, la Gare, de l’autre la Place de l’Horloge, plus loin le Palais des Papes. Un square derrière une église est juste derrière la rue Fabre « l’Homère des insectes« , cette dénomination m’enchante. 

Au Petit Palais l’heure de fermeture est avancée à 17h en hiver. Il est 16h20 et on ne vend déjà plus de billets.

Sur la Place de l’Horloge, une Ukrainienne chante a-capella  entourée d’une douzaine de jeunes portant des panneaux jaunes et bleus. Une vidéaste filme, quelques passants s’arrêtent. Aujourd’hui 25 février, ils sont bien clairsemés.  Avec le Mistral il n’y a personne aux terrasses des cafés.

Le vaste parvis du Palais des Papes balayé par le vent est désert. La lumière est parfaite pour les photos.

Avignon Pont Saint Benezet

Le Jardin des Doms, sur le rocher, célèbre Jean Vilar avec une exposition de photos. je reconnais Philippe Noiret et Sylvia de Montfort. La vue sur le Rhône est saisissante sur le Pont Bénezet. Le vent souffle si fort que mes photos seront floues. 

Je me réfugie dans la jolie église Notre Dame de Doms d’où je suis chassée par une bonne sœur « on ferme!« .

Je cherche le coin le moins venté pour attendre Claudine et nous nous réfugions à l’intérieur d’un beau café Place de l’Horloge. J’avais fantasmé un verre en terrasse entre le vieux manège, le théâtre et l’Hôtel de Ville. Ce sera un café bien serré pour me revigorer. Plaisir des retrouvailles. Avec nos blogs, j’ai l’impression que nous ne sommes jamais éloignées.

 

Pionnières – Artistes dans le Paris des années folles au musée du Luxembourg

Exposition temporaire du 2 mars  au 10 juillet 2022

Suzanne Valadon : La chambre bleue

Il y a 100 ans déjà, dans le Paris des années 20, les femmes qui avaient gagné leur liberté en remplaçant les hommes dans les usines, les transports… Dans l’euphorie de la paix retrouvée, Paris était une fête et de nombreuses femmes artistes venues de tous les horizons ont été pionnières aussi bien dans la peinture, la sculpture, la photographie, le cinéma, les arts décoratif, la danse ou la littérature.

les Droits des Femmes

marevna : La mort et la Femme

L’exposition du Luxembourg est ambitieuse parce qu’elle tente de replacer ces pionnières dans le contexte de la société. En introduction à l’exposition : un document vidéo montrant les femmes travaillant dans une usine d’armement, conduisant un autobus, agentes de voierie…Faisant face à l’écran : une carte qui montre les origines de toutes les artistes présentées dans l’exposition, de la Russie, à l’Amérique, l’Inde et toute l’Europe. Un tableau montre aussi les luttes pour le droit de vote refusé par trois fois au Sénat, le droit de se syndiquer (1920).

Chana Orlof ; moi et mon fils

Comment les avant-gardes se conjuguent au Féminin

mela Muter : femme au chat

De nombreuses femmes connues ou oubliées maintenant sont proposées : littérature et cinéma : comment Sylvia Beach et Adrienne Monnier ouvrent chacune une librairie, cinéma de Germaine Dulac et courts-métrages de Loie Fuller,

Vivre de son art

Sophie Taueber : marionnette le roi cerf

Vivre de son art est la condition première de l’indépendance des femmes. Certaines ont inventé de fabriquer des marionnettes, des poupées-portraits (Sophie Taueber, Marie Vassilieff, ou des tableaux textiles d’Alice Halicka, sans parler de Coco Chanel

Marie laurenin : portrait de coco chanel

Représenter les corps autrement

De nouveaux modèles féminins apparaissent comme les Garçonnes, les sportives (1919 premier match de football féminin, Suzanne Lenglen) . De nouvelles stars comme Joséphine Baker, ou Suzy Solidor brillent dans le monde du spectacle.

Les femmes se représentent chez elles sans le regard du désir masculin, chez soi sans fard.

Tamara Lempicka

Une salle entière est dédiée à Tamara  Lempicka qui revendique un regard érotique sur le désir des femmes pour des femmes. 

Claude Cahun

Pionnière aussi pour le Troisième Genre avec les photos de Claude Cahun et les tableaux de Gerda Wegener mettant en scène son mari Lili Elbe, trans. 

Gernda Wegener : la sieste

Pionnières de la Diversité

Pionnières venues du Brésil : Tarsila Do Amaral ou d’Inde, des Etats Unis.

l’exposition se termine sur un feu d’artifice avec American Picnic.

C’était une exposition très dense (trop dense) très riche qui aurait peut être mérité un peu plus d’espace que les salles étroites du Luxembourg. Orsay ou Grand Palais (Petit?) avec la disparition des jauges Covid, on se bouscule. j’aurais aimé rester plus longtemps pour tout lire, mieux regarder les documents vidéo mais il y avait vraiment trop de monde de 15h à 16h. chosir un autre créneau.

Nueve Cuatro – Nicolas Laquerrière – Harper Collins

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

le pont de Choisy

Quand Babélio a proposé Nueve Cuatro roman policier se déroulant dans le 9-4, je me suis précipitée. J’aime lire des polars. Le 94 c’est chez moi! L’auteur est de Choisy-le-Roi , j’y vais presque tous les jours me promener au Parc interdépartemental des Sport, ou sur les bords de Seine.

Au premier abord, Henri le héros, retraité 71 ans, ancien comptable, heureux occupant d’un pavillon proche de la Seine, grand lecteur de policiers, diabétique au bout du rouleau, aurait pu être un enquêteur atypique qui ne pouvait que m’intriguer. Sa voisine, Clara, lycéenne disparaît. Henri se met en campagne pour le retrouver.

Suspectant un enlèvement ou un trafic louche, il part dans les quartiers louches de Ratigny (banlieue s’étendant de part et d’autres de la Seine, parcourue par l’A86, pavillons et cité). Je retrouve une géographie familière.

J’étais donc dans les meilleures dispositions pour passer un bon moment. Au bout d’une cinquantaine de pages, cela déraille. Un bestiaire de lapins, crocodile, cheval, traverse la ville, cela se veut fantastique, c’est raté. Henri se trouve propulsé dans un monde de petites racailles, de trafics d’extorsions de fonds, de traites de femmes.

Tout ce monde-là parle verlan, un dialecte djeun pas très inventif que l’auteur orthographie comme les Sms ce qui rend la compréhension difficile. Par exemple : « caillera » on comprend, « kaïra« , c’est déjà plus difficile. Parsemer les dialogues de whesh et wallah, cela fait peut être exotique pour les Parisiens, c’est facile et cela n’apporte pas grand chose. C’est même d’une pauvreté affligeante. L’argot pourrait être riche, créatif, imaginatif, drôle, le « djeun » simplifié est juste répétitif.

L’intrigue n’avance pas, les personnages stéréotypés, simplifiés, juste capable de se battre, de s’insulter, et dès que des armes entrent en jeu de se massacrer. Combats de coqs sans panache. Je m’ennuie. je m’ennuie même beaucoup.

Par politesse, je me sens obligée de lire le livre jusqu’au bout. Quelle punition, quelle corvée! Henri devient le superhéros avec sa voiture pleine de carabines, de moins en moins crédible. Et en dehors des luttes de pouvoir entre les divers truands, il ne se passe strictement rien. Les cadavres s’accumulent sans aucune conséquence, d’autres bandes surgissent, bien identifiées, elles serviront de cibles. on se dirait dans un jeu vidéo….

Je suis désolée de faire une critique si négative, je remercie l’éditeur et babélio pour le livre. Suis-je ingrate?

le pays des autres – Leila Slimani – folio

MAROC


Mekhnès, 1946 – 1955, Mathilde, une jeune alsacienne, enceinte vient rejoindre son mari, Amine, qu’elle a épousé en Alsace à la fin de la guerre. Officier de l’armée française, prisonnier de guerre dont le rêve est de faire fructifier la terre que son père a acquis à 25 km de Mekhnès. Mathilde rêve d’aventure ; très amoureuse d’Amine, elle ne sait pas ce qui l’attend au Maroc.

La ferme est isolée, la terre ingrate, Mathilde se trouve bien solitaire. Etrangère dans la famille traditionnelle de son mari qui vit dans la médina. Moquée et méprisée par les Français de la ville européenne. Heureusement, Mathilde est inventive, pleine d’énergie et mère de deux enfants Aïcha et Selim. Aïcha étudie dans une école catholique, son intelligence aiguisée lui donne un statut de première de classe alors que ses petites camarades la snobent.

Au fil des années, la ferme se développe. Mathilde soigne les femmes dans une sorte de dispensaire. Amine a trouvé un débouché à l’exportation pour les fruits de ses vergers. La vie pourrait être plus douce si les luttes pour l’Indépendance ne devenaient pas de plus en plus pressantes.

« Il fut un temps pas si lointain où nous appelions terroristes ceux qui sont devenus des résistants. Après plus de quarante ans de protectorat, comment ne pas comprendre que les Marocains revendiquent cette liberté pour laquelle ils se sont battus, cette liberté dont nous leur avons transmis le goût, dont nous leur avons enseigné la valeur… »

Cette famille mixte ne sait plus où se situer. Comme les colons, ils ont un domaine et des ouvriers agricoles. Amine était fier de son statut d’ancien combattant .

« Non, à cet instant, ils appartenaient tous les deux à un camp qui n’existait pas, un camp où se mêlaient de manière égale et donc étrange, une indulgence pour la violence et une compassion pour les assassins et les assassinés. Tous les sentiments qui s’élevaient en eux leur apparaissaient comme une traîtrise et ils préféraient donc les taire. Ils étaient à la fois victimes et bourreaux, compagnons et adversaires, deux êtres hybrides incapable de donner un nom à leur loyauté. Ils étaient deux excommuniés qui ne pouvaient plus prier dans aucune église et dont le dieu est un dieu secret, intime, dont ils ignorent jusqu’au nom.. »

Cette ambiguïté, cette ambivalence se trouve aussi dans son statut de femme. Comment se définir parmi les femmes de la famille de son mari? Mathilde se sent proche de sa bonne, berbère, mais si différente, illettrée et peu soignée, elle voudrait aussi être l’amie de Selma, la petite sœur de son mari qui cherche à s’émanciper mais qui devra faire un mariage de convenance.

Suites byzantines – Rosie Pinhas-Delpuech –

ISTANBUL ANNEES 1950-1960

.

J’ai découvert Rosie Pinhas-Delpuech avec Le Typographe de Whitechapel  et j’ai eu envie de mieux connaître cette auteure, aussi traductrice de l’Hébreu, polyglotte, native d’une Istanbul cosmopolite et multiculturelle. 

Avec les Suites byzantines, je ne pouvais mieux tomber : suite de nouvelles formant un roman d’apprentissage : une petite fille décrit la perception de son environnement familial, la découverte de son quartier stambouliote, et des îles où elle passe ses vacances. Enfin, son parcours scolaire, entre l’école élémentaire turque, « école aimée de Dame Nénuphar » où elle apprend à écrire et lire le Turc qu’elle ne parlait pas, puis son entrée au Lycée français de Jeunes Filles, Notre Dame de Sion conditionnée à un apprentissage du Français écrit, qu’elle parle et lit.  

La future traductrice vit dans un univers polyglotte, elle passe d’une langue à l’autre à la maison tandis que la Turquie d’Atatürk a révolutionné la langue turque, « faisant le ménage des vieux mots arabo-persans » et allant rechercher des sonorités turkmènes et mongoles évoquant la steppe. L’acquisition du turc, chez les minorités juives, grecques ou arméniennes est une question politique, sous la contrainte.

Quelle est ta langue mère? demandent entre eux les enfants à l’école. Question embarrassante qui laisse l’enfant sans réponse. Elle n’a pas de langue mère. Sa langue mère est la langue père mais cela ne se dit pas. il n’y a pas de langue paternelle, il n’y a de langue que maternelle[…]Ni le juif espagnol ni l’allemand de la mère ne répondent à ces critères. L’un est domestique, l’autre une greffe contre nature. Les Juifs ont-ils une langue maternelle? […]par une nostalgie grandissante pour cette impossible langue l’enfant se prend d’amour pour une mythique Asie centrale et le turc qui en émane. Une langue qu’elle apprend à mesure qu’elle l’écrit… »

Juif-espagnol de la mère et de la Grand mère, allemand, français, mais aussi hébreu. La petite fille est fascinée par l’œil de la radio de ses parents qui diffusent aussi du grec (que les voisins parlent), du bulgare (que les parents comprennent). Très jeune, elle joue avec les sonorités voisines (ou pas) l’étymologie des mots. Richesse aussi des multiples cultures, contes de Grimm ou d’Andersen, fables d’Esope, récits de la Bible …l’imaginaire de la petite fille est nourri à diverses sources et tellement riche. 

Très jeune, elle prend conscience du statut de minorité dans un environnement très nationaliste, elle détecte le mensonge des parents au recenseur, elle comprend l’importance du drapeau turc qu’il faut suspendre dans la rue. Soumission au buste d’Atatürk à l’école. Manifestations pour la partition de Chypre et émeutes intercommunautaires.

La première partie : Suite byzantine est centrée autour de la petite fille tandis que la deuxième Entre les îles met en scène différents personnages, Esma la folle, Ahmet l’éboueur, Alfred le clochard. La tonalité est plus grave, plus mélancolique et nostalgique. Le charme reste entier. 

Quelle lecture charmante!

 

Mahmoud ou la montée des eaux – Antoine Wauters – Ed Verdier

LITTERATURE FRANCAISE- BELGIQUE (2021)

Mais à part ça, rien.

Juste la parole d’un vieillard sur une barque.

Et personne qui l’écoute, qui l’entend.

C’est ici, dit le vieux sage, au bord de l’Euphrate, que l’homme est né et a grandi il y a des millénaires.

Et c’est ici qu’il meurt, dit-il encore, cependant que tout le monde le croit fou.

Elmachi !

 

Lac El Assad

Mahmoud Elmachi plonge dans les eaux du lac qui ont englouti le village de son enfance. Il plonge dans ses souvenirs et fait surgir ses histoires d’amour, ses enfants, son passé que le barrage a noyé.

Je dois me souvenir, demain, d’aller au jardin d’Hassan Pour acheter des prunes vertes et des abricots.

Je dois me souvenir de très vite sortir chaque papillon Qui tombe dans l’eau.

Je dois me souvenir de ne pas faire la moindre
chose

Qui puisse blesser la loi de la terre.

Je dois me souvenir que je suis seul. 

Ce roman est un long poème en vers libres qui emporte le lecteur. Mahmoud est poète. Autrefois, il était professeur de littérature. Dans la guerre qui menace le barrage et qui est perçue assourdie, ses enfants, sa femme a disparu. il ne reste que les souvenirs et les mots.

Moi, j’étais jeune.

Je croyais dans les livres.

Je comprenais la tristesse des fleuves, mais aussi les révolutions
voulant asservir la nature, pour notre bien. Pour le bien de tout le monde.

C’est un très beau livre, très doux, surprenant.

De Syrie, les journaux, la télévision ne diffusent que des images de violence et de guerre, de fureur et de sang. Mahmoud célèbre la vie, la vie fragile du papillon qu’il faut sauver de la noyade, le goût des abricots et des prunes vertes. Le goût de l’arak. De ses années de prison, il ne dira que ses cheveux blanchis, ses dents absentes, ses fossettes disparues. De la dictature de Hafez puis de Bachar, il témoignera de la censure, des poèmes de louanges qu’on l’a forcé d’écrire. De la Révolution de 2011, il retiendra l’enthousiasme de ses enfants. Tout est suggéré. Les atrocités, les viols ne sont pas passés sous silence. Il faut les dire, mais ne pas s’y complaire.

Je me suis allongé sur le miroir des mots.

L’eau des mots.

J’ai plongé.

L’écriture comme une barque entre
mémoire et oubli.

 

la Maison Fournaise, Chatou, Exposition Renoir – l’Île des Impressionnistes

PEINDRE SUR LES BORDS DE SEINE

Le Déjeuner des Canotiers à la Maison Fournaise – Auguste Renoir

La maison Fournaise était un établissement recevant les Impressionnistes venus se réunir entre amis, peindre sur le motif, canoter sur la Seine. Renoir, Monet, Caillebotte ont fréquenté cette ginguette. 

Chatou : la maison fournaise

Comment faire revivre cette maison d’artistes si cotés que des originaux sont trop onéreux?

Autrefois j’avais vu une exposition Ziem moins célèbre que les peintres cités ci-dessus, peintre orientaliste avec de beaux tableaux de Venise, exposé en 2008. 

Ziem

Actuellement le Musée Fournaise présente Auguste Renoir de manière : virtuelle. J’ai décliné les casques de réalité virtuelle (j’ai horreur de me sentir harnachée) mais j’ai regardé avec plaisir un diaporama qui présentait les œuvres de Renoir confrontées à des tableaux célèbres du Louvre que Renoir connaissait sûrement. 

A l’étage, Alphonse Fournaise, le fondateur de l’Hôtel-Guinguette nous accueille assis dans le canot aux extrémités pointues et raconte l’histoire de son auberge. Auguste Renoir, ou plutôt son hologramme nous fait une leçon de peinture, parle des expositions, de son marchand Durand-Ruel, de ses amis, il nous fait aussi visiter son atelier. Les tableaux sont projetés sur des écrans, commentés avec intelligence. Il y a même des tablettes avec une sorte de jeu des sept erreurs à propos du Déjeuner des canotiers ; le jeu permet d’observer finement le tableau . 

Visite intelligente. Bien sûr, le contact avec la peinture réelle est indispensable mais les écrans et commentaires sont intéressants et je ne regrette pas du tout le voyage (une heure d’embouteillages pour arriver et autant pour rentrer.

Comme il était midi, nous avons déjeuné au bord de l’eau au restaurant Les Rives de la Courtille au bord de l’eau : cadre merveilleux, joli décor mais carte un peu chère pour rien d’exceptionnel. 

promenade en bord de Seine

Après déjeuner j’ai voulu faire le tour de l‘île des Impressionnistes qui edst formé de deux îles réunies par une digue autrefois pour le mécanisme de la Machine de Marly destinée à pomper l’eau de la Seine pour alimenter les Grandes Eaux de Versailles. Cette île très longue n’est heureusement que peu construite à l’exception d’un grand centre de Recherche de EDF. Le parc des Impressionnistes – un espace vert soigné et des installations sportives (tennis, équitation), occupe l’extrémité de la petite île tandis que la grande île comporte un golf et encore de nombreuses friches vers Carrières-sur-Seine. La promenade est étonnante.

Sur la rive de l’autre côté du Bras de Marly, j’admire d’abord de très belles maisons, villas et presque des manoirs à Chatou et Rueil, puis les berges de Seine deviennent plus industrielles avec des montagnes de graviers, gravats, puis des énormes réservoirs de carburants. Je passe sous le viaduc de Carrières puis deux ponts ferroviaires. Les tours de Nanterre dépassent et au loin, se profilent celles de la Défense. C’est étonnant de se trouver dans un endroit si sauvage à proximité des tours!

 

 

Le Retournement – Manuel Carcassonne

IDENTITE JUIVE

Je suis entre les deux bords. Comme j’ai toujours vécu : entre. Ni ici, ni plus loin. J’habiterais sur le Jourdain,
alors que mon destin, si j’en avais eu un, m’aurait incité à un mariage à Bagatelle avec buffet et traiteur « all
inclusive ».

Une minorité à deux enchâssée dans les minorités : « La vraie communauté est le Sinaï de l’avenir. » Qui a écrit
cette phrase ? Nadia Tuéni ? Non : Martin Buber.

Vu de la montagne libanaise, à quelques pas de la frontière israélienne, Manuel Carcassonne, éditeur parisien, marié à une Libanaise, Nour, et père d’un petit Hadri, cherche son identité juive. 

Je ne suis pas entrée immédiatement dans le livre qui ressemble plutôt à un catalogue de philosophes et d’intellectuels juifs : Martin Buber, Yosef Haim Yerushalmi, Derrida, Levinas, Benny Levy, Alain Finkielkraut, Amos Oz…penseurs qui méritent chacun une lecture attentive et savante. De ces références il a tiré le titre du livre « Le Retournement »

Retour vers le passé et les origines?

« Le plus grand danger n’est pas tant l’oubli de ce qui advint dans le passé, que l’oubli de l’essentiel, comment le passé advint », résume l’historien Yosef Yerushalmi dans Zakhor. »

Passé de l’Histoire Juive, en revenant à l’Antiquité et aux Guerres Juives, à Bar Kokhba et l’Empereur Hadrien

La révolte nationale sera un désastre en Judée. Martin Buber, dans L’Esprit de l’Orient et le judaïsme, insiste sur« cet événement qui a coupé en deux l’histoire du judaïsme »

Retour sur les origines familiales, sa mère, son enfance dans le XVIème arrondissement…

ou Retour vers la religion comme pour Benny Levy « la Pensée du Retour »

« Soit s’agit-il d’un retour, d’un revirement, d’un repentir, au sens de l’hébreu « techouva » : le juif qui s’ignore est une sorte d’Ulysse, qui après avoir bourlingué rentre chez lui fourbu, retrouve pleinement la douceur oubliée de sa Nation »

ou ce retournement plus énigmatique :

Le Juif religieux va vers son unité. Il rejoint son être. Le mien est divisé, et quoi que je fasse, je serai à la fois
mouvant et immobile, amoureux de Nour et persécuté sur sa terre, ici et là-bas, scindé en deux.

[…]

J’ai été « retourné », comme on le disait avant la chute du mur de Berlin. Comment me retourner dans l’autre
sens ?

J’ai lu tous ces arguments avec curiosité sans vraiment suivre avec empathie Carcassonne.

En revanche, j’ai été très intéressée par son analyse de Sabra et Chatila et les écrits antisémites de Jean Genêt ainsi que  les prises de positions israéliennes et américaines. 

Carcassonne s’attarde aussi sur le cas de Benny Levy, personnage marquant de Mai 68 et du maoïsme retourné à la religion.

Si toute cette théorie ne m’a pas vraiment convaincue, j’ai vraiment beaucoup aimé son retour vers les racines de sa famille et les Juifs Provençaux-comtadins, les Carcassonne d’Avignon, les rabbins ce Lunel, Maïmonide, les « carrières » (ghettos) de Carpentras, Avignon, Cavaillon ou l’Isle-sur-la Sorgue où se succédèrent ses aïeux forment un récit historique bien documenté, vivant et émouvant. J’ai découvert toute une « aristocratie juive » parlant provençal, négociants en tissus, médecins ou lettrés. De même quand il décrit les diamantaires, son témoignage est passionnant.

La dernière partie du livre est plus intime puisqu’il met en scène Nour, sa compagne, et l’histoire récente du Liban et l’explosion du 4 Août 2020, les ruines et le statut des chrétiens d’Orient qu’il compare aux Juifs de Provence.

« Les chrétiens d’Orient occupent dans la représentation musulmane la fonctions symbolique que la société européenne a longtemps assignée aux Juifs » Jean-François Colosimo

Lire aussi l’avis de Vagabondage autour de soi qui m’a convaincue de télécharger le livre

 

 

Vivre avec nos morts – Delphine Horvilleur

PETIT TRAITE DE CONSOLATION

Qui aurait pensé que la laïcarde, anticléricale aurait été enchantée par le livre d’une rabbine?

Qui aurait pensé que la voyageuse, bien matérialiste, éloignée de toute préoccupation funéraire aurait choisi un titre comme « Vivre avec nos morts« ?

Et pourtant c’est un véritable coup de cœur que ce livre !

Delphine Horvilleur est une merveilleuse conteuse. Une de ses fonctions de rabbine est d’accompagner au cimetière les familles avec le kaddish, et quelques paroles pour les vivants. Aucune formule toute faite. Une évocation toute en humanité de celui ou celle qui a quitté ce monde.

11 chapitres.

Le premier Azraël, l’ange de la mort, nous entraîne en salle de dissection. Avant d’être rabbine, Delphine Horvilleur a étudié la médecine. Elle démontre que la mort se trouve au cœur de la vie, avant même la naissance, in utero, la mort cellulaire est nécessaire à la formation des doigts de la main…

« La biologie m’a appris combien la mort fait partie de nos vies. »

Les autres chapitres ont pour titre un prénom, ou deux, et présentent une personne  : Elsa Cayat « la psy ce Charlie » 

« je vous présente Delphine, notre rabbin. Mais ne vous inquiétez pas, C’est un rabbin laïc! »

Cérémonie rappelant les attentats de Charlie Hebdo, occasion de rappeler la place dans le judaïsme de la laïcité et de la place d’une juive non croyante. Occasion aussi de raconter des traditions juives, comme celle de déposer un caillou sur les tombes.

Marc, l’homme du 3ème chapitre est un anonyme. A son propos, Delphine Horvilleur nous raconte des histoires de fantômes, histoires de revenants dont la tenue blanche rappelle le linceul. Et elle nous enseigne les traditions d’inhumations et la vieille légende du Dibbouk. Merveilleuse conteuse qui allie souvenirs d’enfances, textes bibliques, et histoire juive récente.

Sarah et Sarah évoquent le « panier des générations » ou comment se transmet l’histoire familiale. Histoire qui pourrait être tragique puisque Sarah est née en Hongrie avant guerre et se trouve déportée à Auschwitz.  Jamais le récit ne cède  au pathos il est allégé par des blagues juives;

Marceline et Simone, les « fille de Birkenau » est sans doute mon chapitre préféré, leçon de vie illustrée par la Légende de Skotzel, avocate des femmes auprès du Tout-Puissant portée par la pyramide des femmes.

Je ne  peux résumer en quelques ligne chaque partie du livre, ni m’étendre sur les référence à la Bible, comme la mort de Moïse et les interprétations rabbiniques.

j’ai été très touchée par le récit de la journée qu’elle a passé avec son ami le jour de la mort de Rabin et son rapport à la terre d’Israël et à l’hébreu. Pouvoir des mots, rapport du sacré

« Et si, interroge-t-il (Gershom Sholem) en s’imaginant rendre profane un langage ancestral religieux et apocalyptique, on enclenchait un processus inévitable, le retour de la violence messianique? « 

Cette violence se traduit dans l’attentat de Hébron dans le caveau des patriarches, le jour de Pourim

« Dans son geste et à coup de mitraillette, tentait-il de réveiller Abraham, Isaac et Jacob de leur repos éternel pour qu’ils assistent à la scène? N’avait-il pas déjà convié Esther pour qu’ils assistent à al scène? […] toute une littérature messianique se joignait à la fête pour propulser la fin du monde. C’était écrit, il restait à faire… »

Le livre se termine par Edgar, l’oncle de la conteuse qui place cette histoire sous le signe de la conscience et les vers de Victor Hugo de la légende des siècles . Elle nous conduit dans le petit cimetière alsacien de Westhoffen où son oncle Edgar repose. Cimetière profané le 3 décembre 2019.

Une très agréable lecture : une belle surprise!

 

 

 

 

La Messe de l’Athée – Balzac

LECTURE COMMUNE BALZAC 

Courte nouvelle dans les Scènes de la Vie parisienne qui peut se lire d’un trait. Grande sobriété  : deux personnages principaux , deux médecins, le célèbre chirurgien Desplein et son jeune collègue Horace Blanchon. Desplein professe un athéisme convaincu et une pleine confiance dans la science. Et pourtant, Blanchon le surprend à Saint Sulpice à la messe, non pas une seule fois mais à plusieurs reprises. Comme Blanchon, le lecteur est intrigué….

naturellement pris de curiosité, l’interne qui connaissait les opinions de son maître, et qui était Cabaniste en dyable par un y grec (ce qui dans Rabelais est u

Il vous faudra lire la nouvelle pour résoudre ce mystère!

Balzac vous tiendra en haleine, comme d’habitude. Mais contrairement aux autres œuvres de l’auteur, pas de cynisme ni de malignité. Balzac bienveillant? Il vous surprendra encore.

Comme il m’a étonnée par l’emploi de locutions originales que je recopie ici

« Ni puritain ni sermonneur, il jurait de bonne grâce en donnant un conseil et faisait volontiers un tronçon de chière lie quand l’occasion s’en présentait. »

Lire également les avis de pativore maggie claudialucia,  Rachel