Voyage vers le Sud! de Créteil à Albi par l’A20

CARNET OCCITAN 

Jeudi :23 Septembre :  Voyage Créteil/Albi

Bruniquel village perché au dessus de l’Aveyron

679 km

6h30, autoroute déserte dans la nuit. On pourrait rouler plus vite si la prise en main de la voiture était évidente. Voiture sans clé, c’est  jouable. Sans frein à main, sur l’autoroute pas de départ en côte. Surtout une « assistance à la conduite » déconcerte ; des voyants s’allument sans raison apparente. On s’arrête au péage à Saint Arnoult pour découvrir que ces voyants apparaissent quand on change de file sans prévenir ou si on s’approche d’une ligne blanche. Quand on a compris, on fait comme s’ils n’existent pas. Mais ce n’est pas tout, le volant se bloque à un changement de direction non anticipé, si on clignote cela va. Très désagréable !

Lever du soleil sur la Beauce avant Orléans.

Sologne : l’A 71 traverse des forêts de résineux. De petites « bouffées de brume » surmontent les étangs, mares et ruisseaux de la Sologne. 10° C, c’est aujourd’hui l’automne : tous les arbres sont encore verts mais quelque chose nous dit que l’été est fini. Péage à Vierzon : 21€. Jonction avec l’A20, gratuite.

On passe le Cher, la campagne berrichonne est plus ouverte. Les prés en Creuse sont très secs. De nombreux arbres sont roussis et desséchés- automne ou sécheresse – certains ont l’air morts.

Haute Vienne, altitude 328 m, pas très haut, mais on se croirait en moyenne montagne. Le ciel est chargé, il tombe quelques gouttes. La vallée de la Gartempe est pittoresque avec un relief contrasté, des forêts. Nous traversons le Limousin sous d’épais nuages et du crachin. Parfois une très belle maison de pierre grise se dresse dans une prairie vallonnée. Autour d’Uzerche, l’A20 est très encombrée (travaux) le GPS nous entraîne sur des routes de campagne vers Donzenac où nous nous serions volontiers arrêtées. Nous retrouvons les péages autour de Brive-la Gaillarde. Même vues de l’autoroute les paysages de la Corrèze sont pittoresques, vallonnés entaillés par la Vézère, Corrèze, Dordogne que l’autoroute franchit sur de hauts viaducs. Après plusieurs tunnels, nous trouvons le Lot près de Cahors .

Nous quittons la grande route à Caussade, charmante petite ville occitane. Les constructions de briques, parfois mélangée avec de la pierre nous paraissent dépaysantes. Goût du voyage : découvrir un habitat nouveau qui ne ressemble à rien de ce que nous connaissons.

Une rue en pente à Bruniquel

Comme il est tôt ; 14 heures, nous faisons le détour pour visiter notre premier village perché : Bruniquel.  Village de Tarn-et-Garonne dominant les Gorges de l’Aveyron à la limite entre le Quercy et le Rouergue. Habité depuis la Préhistoire. Son nom est dérivé d’une légendaire reine Brunehaut exécutée en 613. Conquis en 1176 par les Comtes de Toulouse sur les Trencavel. Je vais retrouver ces familles à plusieurs reprises dans la suite de notre séjour. Les pèlerins de Compostelle ont contribu é au Moyen-âge à la prospérité du village.

Bruniquel château neuf

Courte étape dans ce village pittoresque blotti à flanc du rocher ; promenade à pas pressés dans les petites rues en pente décorées de poteries, fleur et feuillages. La vigne vierge déjà aux couleurs de l’automne, monte sur les façades. Je n’ai malheureusement pas le temps de visiter les deux châteaux, le château vieux XIIIème siècle et le château jeune (XVème- XVIIème) où l’on peut voir aussi une exposition sur l’occupation pendant la Préhistoire.

La Joie de Vivre – Emile Zola

LES ROUGON-MACQUART t12

Nicolas de Staël 1952 – marine

Nous retrouvons Pauline, la fille de la belle Lisa, la charcutière du Ventre de Paris, orpheline à 10 ans, confiée à Bonneville près d’Arromanches à des cousins les Chanteau 

« Chez le juge de paix, j’ai fait désigner, pour le conseil de famille, trois parents du côté de Lisa, deux jeunes
cousins, Octave Mouret et Claude Lantier, et un cousin par alliance, monsieur Rambaud, lequel habite Marseille

[…]
Alors, dans la première séance, ils ont nommé le subrogé tuteur, que j’avais choisi forcément parmi les parents de Lisa, monsieur Saccard… »

Elle est très bien accueillie par les Chanteau. Petite fille aimable et gaie qui sait tout de suite se faire apprécier des parents et de leur filsLazare. Elle est émerveillée par la mer qu’elle découvre. Le chien Mathieu et la chatte Minouche complètent la compagnie. Elle apporte avec elle sa fortune, provenant de la vente de la charcuterie de ses parents.

Pauline figure vraiment la Joie de Vivre, garde malade sensible, elle reste auprès de son oncle quand la goutte le fait souffrir. Elle gambade auprès de son cousin Lazare, plus en frère cadet qu’en jeune fille. Ensemble, ils font de la musique, explorent les plages et les falaises, se baignent….

Lazare a toujours des projets grandioses. il se rêve en compositeur de musique. Part à Paris étudier la médecine.  Revient enthousiaste après la rencontre avec  un chimiste avec le projet de construire une entreprise :

« d’exploitation des algues marines qui devrait rapporter des millions, extraire des cendres la soude puis séparer les bromures, les iodures… »

Pour construire l’usine, il a trouvé un associé mais il lui faut des capitaux. Pauline lui offre une partie de sa fortune qu’il accepte sans trop de scrupules. Il fera fortune et lui remboursera! Madame Chanteau a une autre idée : marier les deux jeunes gens, les capitaux de Pauline reviendront au ménage. Pauline est bien jeune, le mariage est sans cesse retardé.

« Enfin, Lazare, poussé par Pauline, dont le désir était de le rejeter dans l’action, venait d’avoir l’idée de tout un
système d’épis et d’estacades, qui devait museler la mer. Seulement, il fallait des fonds, une douzaine de mille francs au moins.

L’espoir de vaincre la mer l’enfiévrait. Il avait conservé contre elle une rancune, depuis qu’il l’accusait
sourdement de sa ruine, dans l’affaire des algues. »

Après l’échec de l’entreprise de chimie, il vient à Lazare une nouvelle lubie : construire des épis  et une estacade qui protègeront les maisons des pêcheurs détruites à chaque grande marée. Il est sûr du concours des autorités du conseil général. Pour hâter les travaux, il aura encore recours à la fortune de Pauline qui se trouve déjà bien écornée. Et les digues ne tiendront pas contre la puissance de la mer.

Et puisque Pauline puise dans sa cagnotte, madame Chanteau n’hésite pas à faire appel à elle pour régler la facture du boulanger, du boucher….la rente des Chanteau et la pension de Pauline ne suffisent pas. La fortune de Pauline décline.

Pauline est bourrée de qualités, elle n’a qu’un défaut : la jalousie. Et justement Louise, fille d’un notable de Caen vient passer ses vacances à Bonneville. Louise est jolie, elle a les manières de la ville, et surtout une dot importante. Madame Chanteau manigance pour jeter Lazare dans les bras de Louise. Le mariage de Pauline et Lazare s’en trouve compromis. Ces deux-là sont comme frères et soeurs tandis que Louise sait provoquer le désir…..

« Tout ce qu’elle entendait, tout ce qu’elle voyait à présent, lui restait dans la gorge et l’étranglait : les
conversations du soir où la jeune fille était mangée, les rires furtifs de Lazare et de Louise, la maison entière
ingrate, glissant à la trahison. Si elle était montée sur le coup, quand une injustice trop forte révoltait son bon
sens, elle aurait tout rapporté à la convalescente « 

A vous de découvrir la suite…

La Joie de Vivre, personnifiée par Pauline, n’est pas un roman à l’eau de rose. La maladie de monsieur Chanteau apporte dès le début une ombre au tableau. La misère des pêcheurs et villageois de Bonneville n’est pas éludée. Les maladies s’abattent sur les protagonistes : du temps de Zola, les médecins sont souvent impuissants. Les velléités de Lazare confinent à la folie.   De nombreuses pages sont très sombres.

Et pourtant, Pauline possède le don de la Joie de Vivre malgré l’adversité :

« Comment vivre, demanda-t-il, lorsque à chaque heure les choses craquent sous les pieds ? Le vieillard eut un élan de passion juvénile. – Mais vivez, est-ce que vivre ne suffit pas ? La joie est dans l’action. Et, brusquement, il s’adressa à Pauline, qui écoutait en souriant. – Voyons, vous, dites-lui donc comment vous faites pour être toujours contente. – Oh ! moi, répondit-elle d’un ton de plaisanterie, je tâche de m’oublier, de peur de devenir triste, et je pense aux autres, ce qui m’occupe et me fait prendre le mal en patience. »

 

 

Yasmine Chami – Casablanca Circus – ACTES SUD

MAROC

Une bonne pioche de la Masse Critique de Babélio que je remercie ainsi que l’éditeur ACTES SUD !

196 pages, un court roman qui se lit facilement. 

May et Cherif se sont connus à Paris, étudiants. May est historienne, Chérif architecte. Ils ont un petit garçon Elias, et au début d’une deuxième grossesse décident d’élever leurs enfants à Casablanca d’où ils sont natifs.

Avant leur retour au Maroc, Chérif veut finaliser son projet dans la Cité des Bosquets :  reconquête des territoires perdus de la République en repensant les espaces communs de cette cité-ghetto. Rêve d’architecte se basant sur le travail ethnologique documenté par May. Faute de soutien et de volonté politique, il n’aboutira pas.

A Casablanca, une nouvelle opportunité s’offre à Chérif : Nassim, un promoteur, cousin de May lance une vaste opération immobilière : l’aménagement de la corniche dominant l’Atlantique et le recasement des habitants du bidonville dans un « lotissement pilote » à l’extérieur de la ville dans le cadre du programme Villes sans bidonvilles Deux autres chantiers s’offrent : la construction d’un écovillage dans le sud et celle de la villa du promoteur.

May se lance dans une recherche concernant la population du bidonville, le Karyane El Bahirine, elle fait la connaissance des habitants, met en évidence les relations de ceux-ci avec la proximité de l’océan, leurs moyens de subsistance – tout ce qu’il vont perdre avec leur « recasement ». Elle noue des amitiés, s’investit émotionnellement et s’éloigne des plans de son mari qui suit le promoteur. Le projet du couple perd, au fil des concessions, sa consistance. 

Je ne suis pas entrée dans le roman dès le début. L’auteure a eu l’idée de dédoubler le récit à deux voix, distinguées par deux polices de caractère : le récit et un monologue de May qui s’adresse à sa fille-fœtus tout au long de sa grossesse. Ce procédé artificiel m’a dérangée. Les états d’âme de la femme enceinte m’ont un peu ennuyée.

La présentation de  la famille de May et de Chérif m’a bien intéressée : analyse de la société marocaine aisée, bourgeoisie intellectuelle – médecins ou avocats – et parvenus « m’as-t-vu ». Apparition des absents, fantômes de la colonisation, français mais aussi juifs qui ont quitté le Maroc. Les positions politiques féministes et anticoloniales de May et de Chérif au langages radical en France se heurtent à la vie marocaine et des contradictions se font jour. Gouffre entre le mode de vie des classes aisées et des habitants du Karyane que May découvre….Solidarités entre femmes, inattendues aussi. J’ai beaucoup aimé  cette analyse ethnographique très fine et je me suis laissé emporter par le reste du récit.

Au Bonheur des Dames – Emile Zola

LES ROUGONS-MACQUART t11

Valloton Bon marché

 

« de l’autre côté de la rue, ce qui la passionnait, c’était le Bonheur des Dames, dont elle apercevait les vitrines, par la porte ouverte. Le ciel demeurait voilé, une douceur de pluie attiédissait l’air, malgré la saison ; et, dans ce jour blanc, où il y avait comme une poussière diffuse de soleil, le grand magasin s’animait, en pleine vente. Alors, Denise eut la sensation d’une machine, fonctionnant à haute pression, et dont le branle aurait gagné jusqu’aux étalages. Ce n’étaient plus les vitrines froides de la matinée ; maintenant, elles paraissaient comme chauffées et vibrantes de la trépidation intérieure. Du monde les regardait, des femmes arrêtées s’écrasaient devant les glaces, toute une foule brutale de convoitise. Et les étoffes vivaient, dans cette passion du trottoir : les dentelles avaient un frisson, retombaient et cachaient les profondeurs du magasin, d’un air troublant de mystère ; les pièces de drap elles-mêmes, épaisses et carrées, respiraient, soufflaient une haleine tentatrice ; tandis que les paletots se cambraient davantage sur les mannequins qui prenaient une âme, et que le grand manteau de velours se gonflait, souple et tiède, comme sur des épaules de chair, avec les battements de la gorge et le frémissement des reins. »

Le personnage principal est bien sûr le magasin qui grandit au dépend des commerces du quartier, gonfle, respire, séduit….

Deux figures traversent le roman : Octave Mouret qui était le commis du magasin et qui a épousé Madame Hardouin, la veuve du propriétaire dans Pot-Bouille. Déjà, dans ce roman, il avait pour projet d’agrandir Au Bonheur des Dames, d’acheter la boutique voisine. Au début de Au Bonheur des Dames, ce n’est plus une boutique mais un bazar et le simple commis est devenu un capitaine d’industrie qui risque tous ses bénéfice pour faire grossir l’affaire.

« Vois-tu, c’est de vouloir et d’agir, c’est de créer enfin… Tu as une idée, tu te bats pour elle, tu l’enfonces à
coups de marteau dans la tête des gens, tu la vois grandir et triompher… Ah ! oui, mon vieux, je m’amuse ! »

Denise débarque de Valognes, à peine vingt ans mais mûrie par la responsabilité de l’orpheline sur ses deux jeunes frères. Son oncle, Baudu possède une boutique en face du Bonheur des dames. Il ne peut l’embaucher mais sera une bonne référence. Les débuts de Denise comme vendeuse ne sont pas faciles. Moquées par ses collègues, il lui faut une volonté de fer pour tenir bon. Denise a du caractère. Elle saura imposer ses compétence et gravir la hiérarchie malgré jalousies et cabales. Elle ne se laissera jamais aller à se laisser entretenir. Quand à la morte saison, elle se retrouve renvoyée du magasin, elle trouve de l’aide chez les petits commerçants du quartier mais elle comprend qu’ils sont condamnés à court terme. Mouret lui donne une deuxième chance. Il est fasciné par la personnalité droite et irréductible de Denise….

Le lecteur aura droit à un véritable cours de commerce, ou de marketing.  . On pourrait imaginer le dépérissement des commerces de Centre ville concurrencés par les grandes surface. Mouret a tout inventé, les promotions, les soldes, les évènements, la publicité. On voit émerger la société de consommation. Les femmes sont choyées pour les pousser à acheter plus. Du côté du personnel, la productivité est mesurée avec des primes à la clé, dortoirs et cantine sur place, vendeurs et vendeuses sont sur place, paternalisme et surveillance.

Passionnant et encore actuel!

Histoires Vraies – MacVal

Exposition temporaire collective jusqu’au 17 septembre 2023

Croa croa croa 1.0.3 collective

Apprécier l‘Art Contemporain n’est pas toujours une évidence pour moi. Parfois, je ne sais même pas trouver l’œuvre dans la galerie, ni le cartel qui y correspond.

Une bâche de toile cirée blanche, une théière perchée, une clé c’est l’installation  d’un plasticien Farès Hadj-Sadok’s, le titre « le Moyen Remplacement » est un détournement de la notion du Grand Remplacement de l’Extrême Droite.  

Mehryl Levisse : Le lectrice

Et ces personnages masqué(e)s, aux tenues bariolées, perché(e)s sur de très hauts talons, déambulant un livre à la main ou couché(e) sur un banc, au genre indéterminé, femmes, travestis, drag-queens? Ce sont les personnages à animer de Mehryl Levisse installation vivante qui me met un peu mal à l’aise. Ce même plasticien expose aussi des têtes colorées qui ressemblent plus à une œuvre que ces « personnages » muets. Le nom de l’œuvre Le Lectrice (non! ce n’est pas une coquille).

Heureusement, aujourd’hui, Journée du Patrimoine, le MacVal propse des visites guidées et le conférencier (ci-dessus devant le tableau Croa croa croa a choisi de décrypter quelques œuvres emblématiques pour les béotiens de mon genre. C’est l’œuvre d’un collectif de 3 plasticiens qui ont choisi de détourner le logo d’une fameuse marque de commerce en ligne : le résultat peut être interprété comme un vol de corbeaux menaçants comme dans les Oiseaux de Hitchcock, ou ceux de Van Gogh, « matérialisant la menace de l’omnipotence des  GAFAM sur l’humanité ».

Jordan Roger : » burn them all »
Aurélien Mauplot : Moana Fa’a’aro

Jordan Roger : « burn them all » : Au premier plan un château imitant l’univers rose et sucré de Disneyland, des flammes orange s’attaquent à la construction en multiples incendies. Il figure une bataille entre les forces révolutionnaires et réactionnaires de La Maison d’Armaggedon et de la Maison des Uranistas. Cet univers m’est plutôt indifférent. 

Aurélien Mauplot : Moana Faa’a’aro En revanche, au mur, une collection de photographies, objets naturalistes dans des cadres et des boîtes, cartes…figurent un cabinet de curiosité comme l’aurait exposé un des explorateurs de cette île de l’Océan Pacifique, découverte à deux reprises, perdue… symbole de la construction historique des fake-news.

Suzanne Husky : Les Oiseaux semant la vie

Les œuvres sont très variées et nombreuses. J’en ai sélectionné quelques unes. Les Oiseaux semant la vie de Suzanne Husky est une charmante tapisserie, contrepoint à Croa Croa touche optimiste où les oiseaux reconstituent le sol, sèment des graines et survolent un champ d’éoliennes. Suzanne Husky se définit comme éco-féministe. 

Mary Sibande : Her Majesty Sophie

Mary Sibande sud-africaine,  se représente elle-même en un personnage Sophie, robe élégante et tablier de soubrette, archétype de la servante du temps de l’apartheid, rayonnante. Elle  cristallise ainsi l’histoire des femmes, leur colère, leurs causes. 

Régine Kolle – Trahison de Betty Draper

Le grand tableau de Régine Kolle raconte l’histoire de la trahison du psychanalyste qui racontera au mari de Betty ce qu’elle a livré sur le divan. parfaite illustration du thème de l’exposition « Histoires vraies »!

Aurélie Ferruel et Florentine Guédon : S’éclater le gésier

les deux plasticiennes ont construit une improbable motocyclette en fibres végétales accidentée et dont le « gésier » éclaté germe en jolies figures de verre coloré. Métaphore d’une renaissance?

Les œuvres en vidéo sont aussi nombreuses: un improbable Simblic de Sylvie Ruaux m’a fait sourire. un western canadien où les Indiens seraient les vainqueurs, avec un héros/héroïne « Miss Chief Eagle Testickle » … Yan Tomaszewski se filme en trans-coréen , la K-pop me laisse indifférente…

Véronique Hubert : Culture de la Crainte

Arrivée sceptique, je suis sortie ravie de cette visite!

Pot-Bouille – Emile Zola

LES ROUGON-MACQUART t.10

Portrait de Zola par Manet

Rue de Choiseul, un immeuble bourgeois neuf de quatre étages,  pierre de taille, escalier luxueux de faux marbre chauffé, 

« …la maison est très bien, très bien….Mon cher vous allez voir…et habitée par des gens comme il faut! »

Le propriétaire de l’immeuble y loge, Monsieur Campardon architecte a loué la chambre du quatrième à Octave Mouret qui est apparenté à sa femme, une cousine de Plassans. Les Josserand sont moins à l’aise, caissier dans une cristallerie, ils ont deux filles à marier, et tiennent leur rang pour les marier comme il faut. Les Pichon sont de petits employés mais « d’une éducation parfaite ». Le concierge, M. Gourd veille à la bonne tenue de l’immeuble :

« Non, voyez-vous, monsieur, dans une maison qui se respecte, il ne faut pas de femmes, et surtout pas de ces
femmes qui travaillent. »

Pas de femmes et surtout pas d’ouvriers!

« Vas-y donc, pourris ta maison avec des ouvriers, loge du sale monde qui travaille !… Quand on a du peuple chez soi, monsieur, voilà ce qui vous pend au bout du nez »

Des ouvriers, il y en a deux, un menuisier qui ne peut même pas recevoir son épouse, domestique à ses jours de libertés puis une piqueuse de bottines, que M. Gourd a chassée pour cause de grossesse :

« Une maison comme la nôtre affichée par un ventre pareil ! car il l’affiche, monsieur ; oui, on le regarde, quand il entre ! »

Respectabilité est le grand mot d’ordre de cette maison de la rue Choiseul!

Sous les toits, accessibles par l’escalier de service, les chambres des bonnes. Parce que, même si on oublie de les présenter, de nombreux domestiques vivent ici. Adèle, Lisa, Clémence, Hyppolite, Rachel forment tout une société exploitées par les maîtres, bien vivante, au langage fleuri (plutôt ordurier) qui colporte les ragots et font circuler toutes sortes d’histoires. Dans le couloir des chambres de bonnes, certains messieurs très bien entretiennent une sexualité débridée, droit de cuissage des maîtres, ou initiation de leurs fils.

Pot-Bouille est une charge contre l’hypocrisie du mariage bourgeois : on se marie par intérêt, pour l’argent. On marie ses filles en menant une affaire d’argent. Evidemment ces couples ne sont pas heureux. Encore, les hommes vont voir ailleurs, maitresses entretenues, ou bonniches et cela ne tire pas à conséquence dans la morale de l’époque. Les frustrations des femmes sont plus exacerbées. Scènes de ménages violentes chez les Josserand ou adultères scandaleux. 

 

Octave Mouret, le jeune commis de belle prestance a décidé d’arriver à une position sociale intéressante par les femmes. Il courtise ses patronnes et console les esseulées. Un premier scandale est évité de peu mais un second éclaboussera tout l’immeuble, largement amplifié par le chœur des bonnes. Etrangement (ou pas) il n’en pâtira pas : les hommes peuvent se le permettre!

« C’est plein de cochonneries sur les gens comme il faut. Même on dit que le propriétaire est dedans ;
parfaitement, monsieur Duveyrier en personne ! Quel toupet !… »

Sous le masque de la respectabilité toute cette société fermente, les couples se défont, la violence couve. L’histoire que conte Zola est addictive, je n’ai plus lâché le roman. Alors que je m’étais un peu ennuyée chez dans les salons des femmes du monde de La Curée et dans ceux des courtisanes de Nana,  cette société bourgeoise et des domestique est tout à fait vivante et distrayante. J’ai envie de connaître la suite et j’ai commencé Au Bonheur des Dames à peine Pot-Bouille terminé. 

Un volume très réussi!

LECTURE COMMUNE avec Claudialucia 

Nicolas de Staël – MAM

Exposition Temporaire jusqu’au 21 janvier 2024

1953 Agrigente

Je me suis précipitée hier, le premier jour de l’Exposition au MAM, 15 septembre, impatiente. Je ne pouvais pas attendre. Grand coup de cœur pour Nicolas de Staël l’an passé à Antibes au Musée PicassoPour l’affiche : Agrigente chère à mon cœur, véritable fascination pour la Vallée des Temples où nous sommes retournées plusieurs fois. Enormément d’attente, et aucune déception, énormément d’émotion. 

1953 Agrigente (encore)

Retour sur des tableaux connus que j’ai revus comme des amis retrouvés.

1953 Sicile

Découverte de ceux que je ne connaissais pas.

Eblouissement.

Comme il est juste ce jaune de soufre qui me rappelle les mines de soufre proches d’Agrigente peintes par Guttoso

1948 – Lavis et encre

Rétrospective chronologique qui couvre toute la carrière de Nicolas de Staël depuis ses voyages marocains (1936), ses tableaux abstraits . Ses compositions où les formes se déclinent, s’épurent, s’empâtent dans une salle appelée Condensation

1950 Composition

les tableaux sombres s’éclaircissent. les à-plats épais se fractionnent en tesselles de tableaux mosaïques,

1951 La ville blanche

Mon préféré dans la salle présentant ces Fragmentations est un bouquet de fleurs si transparentes et si épaisses que je les avais prises pour des glaçons

1952 Fleurs

Je zappe les footballers du Parc des Princes archi-connus pour m’intéresser  à une série de marines et de ciels qui s’éloignent complètement de l’abstraction, petits cartons aux formats de poche ou tableaux plus grands. 

1952 Ciel à Honfleur,

ou ces très petits du Lavandou

.
..

 

 

 

 

 

Surprise par une très grande composition, théâtrale, symphonique. on se croirait portée sur une scène d’opéra. Illusion. Ce sont des bouteilles

1953 Bouteilles dans l’atelier

Eté 1953, Nicolas de Staël entreprend un voyage vers le sud : Provence sur le conseil de Char, puis Italie et Sicile. je n’ai pas eu la patience de suivre la chronologie pour présenter ces toiles lumineuses.

En 1954, il s’installe à Antibes . Je retrouve les toiles mystérieuses où apparaît une femme, Jeanne, son amante. Simplification des motifs, on dirait presque du Morandi. 

merveilleuse exposition!

 

Nana – Emile Zola

LES ROUGON-MACQUART t.9

Nana est la fille de Gervaise et de Coupeau de l’Assommoir. Nous l’avons quittée en apprentissage de fleuriste sous la garde de sa tante, très dégourdie, elle a déjà un protecteur plus âgé. 

Nana,  au début du roman, a une vingtaine d’années,  est mère d’un petit garçon chez une nourrice. Actrice à succès au Théâtre des Variétés. 

« La Blonde Vénus sera l’événement de l’année. On en parle depuis six mois. Ah! mon cher, une musique! un
chien!… Bordenave, qui sait son affaire, a gardé ça pour l’Exposition.

Et Nana, l’étoile nouvelle, qui doit jouer Vénus, est-ce que tu la connais? Nana est une invention de Bordenave. Ça doit être du propre! »

 

Le roman s’ouvre au  Théâtre des Variétés.  Zola nous fait découvrir la scène, les loges, les répétitions, les acteurs, les coulisses, les éclairages. Les journalistes aussi, les auteurs, les jalousies et petits arrangements…Et parmi les spectateurs, les messieurs qui viennent dans les loges comme au bordel. D’ailleurs Bordenave, le directeur du théâtre nomme ainsi son théâtre.

« Paris était là, le Paris des lettres, de la finance et du plaisir, beaucoup de journalistes, quelques écrivains, des hommes de Bourse, plus de filles que de femmes honnêtes; monde singulièrement mêlé, fait de tous les génies, gâté par tous les vices, où la même fatigue et la même fièvre passaient sur les visages. »

Nana est une piètre actrice

« Jamais on n’avait entendu une voix aussi fausse,
menée avec moins de méthode. Son directeur la jugeait bien, elle chantait comme une seringue. »

Et pourtant elle a un succès fou :

« cette grosse fille qui se tapait sur les cuisses, qui gloussait comme une poule, dégageait autour d’elle une odeur de vie, une toute-puissance de femme, dont le public se grisait. »

Plus qu’une actrice, Nana est une courtisane qu’hommes d’affaires comme le banquier Steiner, aristocrates comme le Comte Muffat ou Le Comte de Vandeuvres, et bien d’autres, sont prêts à se ruiner pour elle. Sa fidèle bonne Zoé place tous les prétendants dans des pièces différentes pour qu’ils ne se croisent pas, c’en est cocasse. Il y a peu de sentiments, de l’intérêt. Et pourtant, même dans ses plus grands succès Nana est à cours d’argent pour payer les extravagantes dépenses. Elle est souvent à la recherche d’expédients

Elle tombe amoureuse  d’un comédien qui la traite très mal. Un jeune homme, presque un adolescent réussi à l’émouvoir ; il consentira à tout pour garder ses faveurs. Ses plus fidèles amitiés seront féminines, sa bonne Zoé prête à tous les artifices, Satin, une rouleuse du boulevard qu’elle a retrouvée dans la dèche lui sert de compagne.

Difficile d’avoir de l’empathie pour cette fille, souvent superficielle, capricieuse,  toujours intéressée, qui dévore des fortunes sans aucun scrupule et n’est même pas affectée par les tragédies dont elle est la cause.

Pourtant on sent surtout la rage de la petite fille de l’Assommoir qui n’oublie jamais d’où elle vient et  qui venge les humiliations, les privations qu’elle a connues. Elle prend sa revanche dans son hôtel rue de Villiers. Et pourquoi devrait-on la juger? Ce sont les hommes qui sont les cochons et qui se pressent auprès d’elle.

« Nom de Dieu! ce n’est pas juste! La société est mal faite. On tombe sur les femmes, quand ce sont les hommes qui exigent des choses… Tiens! je puis te dire ça, maintenant: lorsque j’allais avec eux, n’est-ce pas? eh bien! ça ne me faisait pas plaisir, mais pas plaisir du tout. Ça m’embêtait, parole d’honneur!… »

Dans le monde des Rougon-Macquart, cet épisode entraine le lecteur dans le demi-monde et le grand monde qui se mêlent. Nous découvrons donc le théâtre, les restaurants à la mode, les courses et les paris, les soirées brillantes…mais la rue n’est pas loin, ni les rafles de la police qui ramasse les prostituées, les encarte et les emprisonne. 

Sarah Bernhardt Clairin 1876

J’ai, présente à l’esprit, la merveilleuse Exposition Sarah Bernhardt au Petit Palais. Sarah Bernhard a vécu dans ce monde, encartée à la police, protégée du Duc de Morny. Mais, elle était bourrée de talents et a su rapidement s’élever au-dessus de sa condition. 

Plus que les intrigues embrouillées ou les histoires sentimentales, j’ai apprécié la description de la vie mondaine et les analyses sociétales de Zola.

Tenir sa langue – Polina Panassenko

Lu d’un trait, en une chaude après midi, 186 pages.

Polina raconte son combat et son procès contre l’administration pour récupérer son prénom russe, francisé en Pauline à sa naturalisation française demandée par ses parents alors qu’elle était mineure. Elle est née en URSS, nommée Polina, utilise ce prénom et se sent niée en ne pouvant pas le porter sur ses papiers officiels. Pourtant, dans sa famille, du côté maternel, juif, tous portent un double prénom : Rita s’appelait Rivka, Issaï , Isaac, Grisha, Hirsch « Pour ne pas nous gâcher la vie »

Elle raconte les allers-retours entre Moscou, où résident ses grands-parents et Saint Etienne où elle vit pendant l’année scolaire. Arrivée en France très jeune, elle doit affronter l’école alors qu’elle ne maîtrise pas le français. Adolescente, elle se définit comme Russe, se voit en patriote russe mais n’envisage pas de retourner définitivement dans sa  ville natale.

Histoire d’exil, d’apprentissage, de recherche d’identité,  de double culture… à hauteur de petite fille, puis d’adolescente. Touchante.

Histoire de langue apprise, de langue interdite (en Russie)

Françoise Pétrovitch – Aimer.Rompre au Musée de la Vie Romantique

Exposition temporaire jusqu’au 10 septembre

Intriguée par le titre et par l’affiche, j’attendais une occasion pour retourner au Musée de la Vie Romantique. 

L’exposition est logée dans deux salles à l’écart de la maison principale : l’une L’imagination fait le paysage fait alterner des lavis d’encre sur papier représentant des îles imaginaires, désertes et inquiétantes que j’ai appréciées et des personnages : adolescentes le plus souvent au regard éteint derrière des paupières baissées. Cette filles aux chevaux verts est-elle une noyée tirée de l’eau par un personnage dont on ne devine que les mains et les bras? Toutes les filles semblent incapables de tenir sur leurs membres et sont soutenues par des inconnus. Cette évanescence me met mal à l’aise.

A l’étage au-dessus, L’espace entre eux présente de grands tableaux à la verticale, deux diptyques se font face tandis que trois tableaux occupent le mur. On y voit des couples de très jeunes gens qui fument. Ils ne se regardent pas, ne se touchent pas. Ce ne sont pas des portraits, les traits sont impersonnels, souvent les yeux clos. Grande froideur. 

Je ne vois pas le « romantisme » annoncé, mystère de BD ou de publicité!

Les autres œuvres sont dispersées dans les collections permanentes dans la maison d’Ary Scheffer remplies de souvenirs de l’Epoque Romantique : au rez de chaussée on traverse une salle Ary Scheffer avant d’arriver aux souvenirs de George Sand représentée sur divers portraits, une jolie sculpture, les bijoux de George Sand sont dans deux vitrines, on voit aussi des images de Nohant

George Sand peignait aussi : paysages d’aquarelles et dendrites (j’ignorais cette technique). Une salle est consacrée à Pauline Viardot et à sa soeur La Malibran avec divers portraits, une autre à Renan qui épousa la fille d’Ary Scheffer. Une autre illustre le Romantisme : scènes peintes d’Atala de Chateaubriand, de Walter Scott, de Shakespeare, Victor Hugo.

Parmi ces œuvres fortes, et les très beaux meubles d’époque on a accroché les tableaux que Françoise Pétrovitch a peint exprès pour cette maison : le rose flashe sur les tentures dorées et les meubles patinés par le temps. La figure féminine qui fume est une évocation de George Sand, symétrique une évocation rose et androgyne de Maurice Sand pas en costume contemporain pas plus réussi que sa mère. 

j’ai eu grand plaisir à retrouver les objets authentiques des collections permanentes et comme il faisait très beau, nous avons terminé l’après midi dans le jardin attablées au salon de thé. Un vrai bonheur!