Traversée de la Baie du Mont Saint Michel à partir de Saint Léonard

BALADE NORMANDE

le Mont Saint Michel à l’arrière du Couesnon; On devine la foule des pélerins qui traverse

Les traversées de la Baie ne se ressemblent pas, selon les saisons, la météo, l’heure,  la lumière mais aussi le coefficient de marée. Par petites marées, le départ est à Saint Léonard, non loin d’Avranches.

C’est bien sûr la marée qui impose ses horaires. Départ 13 heures, retour 19 heures.

les salicornes plantes pionnières

Traversée gourmande qui commence par la cueillette des mûres le long du chemin qui descend du parking près du village à la Maison de la Baie (800m). On entre dans les herbus – prés salés . Marcher pieds nus sur l’herbe rase est très agréable. Après l’herbe verte, les plantes pionnières halophiles  salicornes, soude et obione aux feuilles arrondies. On goûte : les salicornes sont bien charnues, la soude fleurit en ce moment, plus coriace. Nicolas, le guide, apprécie la bonne chère et nous explique qu’il ne faut pas manger trop tôt les agneaux de prés-salés, à Pâques, ils n’ont pas encore profité des herbes aromatiques, il vaut mieux attendre l’été. Après ce ne sont plus des agneaux….

Soude fleurie

Il vante aussi les qualités de la tangue argile appréciée en massage ou en masques. La tangue est glissante. Eviter de se mouiller les pieds de peur que la plante ne devienne vraiment glissante. Préférer les endroits secs. A ma dernière traversée (à partir des Genêts) j’avais trouvé la marche fatigante (voire pénible) quand on s’enfonçait dans la vase molle qui aspirait les pieds qu’il fallait dégager à chaque pas. Aujourd’hui, rien de semblable. Nous progressons sur un sol sec qui ressemble au sable du désert. De petits grains ronds parsèment la surface : ce sont les tortillons très petits de vers qui s’enfoncent pour rester dans un substrat humide. En découpant une motte on peut  deviner leurs fins tunnels. 

Les épisodes les plus amusants sont les traversées de la Sée-Sélune, deux rivières qui convergent vers Avranches et qui se déploient en larges boucles dans la baie. Comme il fait bon ce sont presque des baignades : pour moi  tout au moins, les grands avancent avec de l’eau aux genoux. Le guide teste à l’avant pour ne pas faire tomber le groupe dans un trou (il y a des tourbillons et parfois presque des gouffres de plusieurs mètres de profondeur) . Tantôt on traverses, tantôt on suit le petit fleuve. les divagations de la Sée-Sélune et du Couesnon modifient sans cesse la morphologie de la baie, parfois la marée montante coupe un méandre et le cours d’eau est modifié, laissant de côté un bras mort. A marée basse, on retrouve ces vestiges de lits que le fleuve a abandonné. Il reste parfois de l’eau sous la surface et cela induit le phénomène des sables mouvants. Phénomène spectaculaire, et dangereux qui pimente notre promenade : quand on piétine, le sol se liquéfie et on s’enfonce très facilement et rapidement profondément. Les enfants et les jeunes se prêtent volontiers à l’expérience. Je préfère repérer des trace d’anciens lits, des berges fossiles… Le dernier passage à gué est celui du Couesnon, élargi par la Sée-Sélune dont les eaux ne se mêlent pas vraiment, plutôt se côtoient. Mon short est bien mouillé quand nous nous approchons des remparts du Mont.   

45 minutes de pause, mais pas de visite. L’entrée est complètement embouteillée, impossible de s’entendre au téléphone tellement il y a de vacarme. La passerelle est comble. Les vélos adossés à la muraille, j’ai du mal à trouver un peu d’ombre. Grande queue aux toilettes payantes.

L’aller a pris 3h15. Nous bouclerons le retour en moins de 2h. Le niveau des rivières a beaucoup baissé avec la marée. Le guide fait moins de pauses sauf celle qui permet d’observer les goélands se nourrir : les oiseaux piétine le sol gorgé d’eau, ils pédalent un moment jusqu’à ce que coque ou telline ne s’approche de la surface. Ils gobent le coquillage entier, leur gésier broie la coquille. Près du lieu de la capture on voit un petit tas blanc et les traces du piétinement.

Nous avions craint l’orage (vigilance jaune) nous avons eu de la chance et une promenade splendide.

vers la Pointe de Barfleur : Coutances, Saint Vaast la Hougue, Barfleur

BALADE NORMANDE

le Port de Barfleur

Traversée du Cotentin, du Sud-Ouest au Nord-Est par Coutances et Valognes (environ 110 km aller)

Jusqu’à Coutances, la route est une 2×2 voies très roulante dans une campagne boisée très verte. Les villages aux sévères maisons de pierre présente un homogénéité architecturale étonnante. Peu de constructions contemporaines défigurent l’ensemble. Seule concession au XXIème siècle : les ronds-points.

Cathédrale de Coutances : transept

La Cathédrale de Coutances se voit de loin, perchée sur sa colline. Y accéder en voiture est un peu compliqué. Il faut tourner autour de la vieille ville avant d’arriver sur la grande place située entre la Mairie et le parvis de la Cathédrale qui est aussi la Place du Marché. La Cathédrale est impressionnante. Elle peut se visiter guidée ou individuellement avec un audioguide (après 10h du matin). Je me contente d’une courte visite dans la haute nef très lumineuse, prodige du gothique en Normandie. Après avoir admiré piliers et arcades d’une hauteur vertigineuse et d’une grande finesse, je découvre les vitraux anciens très colorés.

Coutances vitrail

Selon le Guide Vert, Geoffroy de Montbray acheva la nef en 1056 grâce à la générosité des fils de Tancrède de Hauteville, les conquérants de la Sicile et des Pouilles. Non loin d’ici : le Château de Hauteville-la Guichard loge le musée Tancrède. Ce nom de La Guichard me rappelle le petit port grec de Fiscardo à Céphalonie qui doit son nom justement à un des fils de Tancrède né à La Guichard.

Le ciel est barré de gris puis la route de Valognes entre en plein brouillard. Le Château de Gratot n’est pas loin mais invisible de la route. L’Abbaye de Lessay, en bordure de route, mérite la visite mais nous n’avons pas le temps. Nous traversons Valognes : l’hôpital occupe un véritable château. Les hôtels qui bordent la rue principale sont construits avec un soin particulier et de belles pierres de taille claires qui contrastent avec le style des maisons de la Manche que nous avons vu, petits moellons de schiste gris rosé. La ville est très fleurie, les rondpoints débordent de dahlias, géraniums et œillets d’Inde.

Saint Vaast-la-Hougue

port de Saint Vaast et île TAtihou

A la sortie de Valognes, il reste encore 7 km pour arriver à la côte à Quettehou qui touche Saint Vaast-la-Hougue que nous découvrons sous un ciel gris et bas qui nous étonne en ce mois d’Août de canicule sur le reste de la France. Le guide Vert conseille d’abord la visite du port. Déception, la plaisance a chassé les bateaux de pêche : une forêt de mâts qui se balancent. Nous continuons la route et arrivons à l’abri de remblais herbus bien verts, protection contre les vagues submersives, mais pas de vue ! Demi-tour. A l’autre extrémité du port, derrière un petit chantier naval où sont réparés de beaux bateaux de bois. Derrière, la Chapelle des Marins, vestige de l’église du Xième siècle : portail roman et des modillons sous la corniche. A l’intérieur les murs sont couverts de plaques gravées aux noms des marins morts en mer. A côté une plateforme surélevée permet de découvrir la jetée conduisant au phare à l’entrée du port et plus loin l’Île Tatihou qu’on pourrait rejoindre à pied à marée basse. Comme la mer est haute, une curieuse embarcation amphibie, bateau à roue, bleue et blanche fait la navette pour emporter les touristes.

Symétrique au fort de l’Île Tatihou, le fort de la Hougue est construit par Vauban sur la presqu’île de la Hougue au bout de la Grande Plage. Construites après la bataille de la Hougue (1692 défaite de Tourville.) en 1695.

Saint Vaast la Hougue

Nous assistons à un curieux ballet à la sortie du port, course entre les gros bateaux de pêche lourds et colorés et une flottille de petits bateaux blancs à moteur qui suivent les grands puis les dépassent. Les petits partent-ils à la pêche ou sont-ils des plaisanciers suiveurs ? Ces embarcations ont attendu la marée et sortent tous en même temps. Le long de la jetée un gros bateau a le pont couvert de caisse plastiques contenant des bulots. Je surprends une conversation ; le bulot n’aime pas l’eau chaude, le réchauffement de l’océan leur sera-t-il fatal ? Chez les poissonniers les prix des mollusques ont grimpé en flèche, maintenant le bulot est devenu un produit de luxe.

Saint Vaast la Hougue : fort de la Hougue

Parcourant la digue au-dessus de la Grande Plage qu’on ne voit pas à marée haute j’arrive à la Hougue (1.5 km) . De l’autre côté de la digue, il y a de l’eau calme comme celle d’un lac et plein d’oiseaux. La visite du Fort de la Hougue est fléchée. Fermée le matin, visite possible l’après-midi. Je me contente de faire le tour des remparts sur un bon chemin à l’abri d’épineux, ronces et prunelliers qui forment un tunnel. Ce sentier est d’abord très confortable et je ne comprends pas les avertissements l’interdisant aux poussettes. Je le comprendrai quand le cheminement sera au sommet d’une muraille large de 50 cm sans aucun garde-fou se prolonge au-dessus de l’eau ; la dame devant moi est bloquée et a le vertige. La balade sur l’eau est facile mais impressionnante. Heureusement tout le monde le suit tranquillement amis que se passerait-il si un touriste indiscipliné arrivait à notre rencontre : un peu étroit pour se croiser.

Etroit passage entre deux eaux

Pour le pique-nique nous trouvons un emplacement « avec vue » après Réville sur la route de Barfleur en suivant la côte au-dessus de la petite anse de Landemer. Les maisons de pierre sont fleuries et pittoresques. Des marches descendent à l’anse. Quelques algues brunes n’empêchent pas un homme de nager. Après la salade de pommes-de-terre/anchois, j’hésite à me baigner. Le ciel s’est dégagé, je me laisse tenter et suis bien récompensée. Dans la crique, l’eau est lisse, même pas une ride. Un peu fraîche, mais nager réchauffe. Un vrai bonheur.

Barfleur

Barfleur église saint Nicolas

Barfleur est un tout petit port de pêche et pratiquement pas de plaisanciers. Curieuse, je regarde sur les ponts les chargements de bateaux : l’un d’eux croule sous les caisses d’araignées ; certaines sont énormes.

L’église Saint Nicolas (17ème siècle) semble fortifiée avec sa tour carrée trapue ; pas vraiment un clocher. Si on en fait le tour on découvre la mer. La rue principale est bordée de maisons de pierre, fleuries décorées par un céramiste qui a émaillé les plaques des rues et les numéros des maisons, fabriqué d’amusants oiseaux vernissés posés sur les toits. La promenade devient un jeu à la recherche de ces éléments du décor. Heureusement les boutiques de souvenirs ont oublié de s’installer et le village reste authentique.

A l’horizon on devine le très mince et très haut phare de Gatteville : 12 étages, 365 marches, un défi pour les touristes. Il marque la Pointe de Barfleur. Nous voici arrivées à la Pointe Nord du Cotentin.

La côte Nord du Val de Saire qui arrive à Cherbourg est recommandée par le Guide Vert. L’heure tourne et il nous faut penser au retour. Je sélectionne le minuscule Port Pignot et le Cap Levi et son phare qui ne sont distants que de 25 minutes à pied sur le sentier côtier (très fréquenté).

En route de Créteil à Granville par la Nationale – Falaise

BALADE NORMANDE

Par l’autoroute, 362 km et moins de 4 heures.

Parties vers 6h30, et arrivées en moins d’une heure à Mantes la Jolie.

Nous décidons de quitter l’itinéraire prévu et de traverser la Normandie par la route. A la sortie de Mantes, je remarque une jolie petite mosquée puis la route passe par la forêt. Une statue géante(4.30 m) en marbre blanc de Sully accueille les voyageurs à Rosny-sur Seine elle était  destinée à orner le pont devant la Concorde à la place des généraux de Napoléon prévus antérieurement. Comment est elle arrivée ici ?

La RN 113 monte sur le plateau, on devine les boucles de la Seine et les falaises de craie. Notre Dame de la Mer est le nom absurde d’un village situé bien à l’intérieur des terres. La route descend à Pacy-sur-Eure, la statue de la Prudence veille : ce n’est pas un vœu pieu pour la sécurité routière mais un monument dédié à Aristide Briand. Décidemment la route réserve des surprises aux voyageurs peu pressés ! On traverse ensuite Evreux peu attirante malgré sa belle église toute en dentelle. Zones commerciales, prison, quartiers périphériques sinistres. Certains noms des villages sont vraiment pittoresques : Tournedos-bois Saint Hubert, Sainte Colombe-la -Commanderie.

Ecardenville : église

La petite église d’Ecardenville-la-Campagne nous fait de l’œil pour une pause. C’est un petit village (475 habitants) à côté du Chemin de la Messe qui mène logiquement à l’église, se trouve une Rue aux Juifs. Pour me dégourdir les jambes, je parcours les rues bordées de grands murs. Derrière  se trouvent de belles propriétés, des fermes imposantes.

Avant Bernay, la route descend dans une vallée verte. Elle est ensuite bordée d’une double rangée de sycomores dans la campagne plate plantée de betteraves, blés moissonnés.

Arrivées dans le Calvados les vergers de pommiers, les prairies et les vaches normandes, forment un décor typique. Nous passons près de Lisieux et de son énorme basilique. LaD511 tortille entre des haies à travers de nombreux haras. Les prés sont très verts, pas de sécheresse ici ! La Vallée d’Auge a de jolis villages fleuris à pans de bois. Arrêt-photos à Saint Julien-le -Faucon. A Saint Pierre-sur-Dives, grande église. Nous passons sans nous arrêter devant le château de Carel. Le bocage laisse la place à une campagne ouverte de tournesols fanés et de blés moissonnés.

Falaise : le château et la vallée de l’Ante

Falaise est dominée par son grand château sur un éperon fortifié de remparts.

Au pied des murs, coule l’Ante, petit ruisseau autrefois bordé de plusieurs moulins animant la minoterie et une industrie textile de bonneterie. Nous grimpons sur la route Panoramique qui nous conduit en ville.

Guillaume le conquérant est né à Falaise en 1027. Sa statue se trouve sur la place entre la Mairie, l’Office de Tourisme et   lEglise de la Trinité dont la fondation remonte à 840. Après le rattachement de la Normandie au Royaume de France en 1204 et l’occupation anglaise en 1417 pendant la Guerre de 100 Ans, et les destructions, l’église fut reconstruite au XIIIème et au XIVème siècle puis le chœur fut agrandi en Gothique Flamboyant et à la Renaissance. Une arche pittoresque enjambe la rue.

Guillaume naquit dans le château féodal et c’est son fils Henri 1er  Beauclerc qui fit ériger le grand donjon carré en 1133. Le donjon a été restauré, couvert précédé d’un pont-levis en ciment et ferraille. Cette reconstruction contemporaine offre une visite historique numérique avec une tablette confiée à la billetterie gratuitement (billet 9.5€) . Sur les murs sont projetés les personnages parlants de Mathilde et Henri 1er qui racontent leur histoire . En face se dresse l’arbre généalogique de Rollon (911-932) accompagné de la citation suivante :

« Il me semblait pendant mon sommeil qu’un arbre sortait de moi si grand, si long, si droit, si merveilleux qu’il atteignait le ciel

Et au-dessus de nous son ombre s’étendant sur toute la Normandie, la mer et la Grande Terre d’Angleterre »   

Par la suite, nous faisons connaissance avec Aliénor d’Aquitaine et Henri II Plantagenet qui eurent 8 enfants dont Richard Cœur de Lion et Jean sans Terres devenu roi d’Angleterre. Arthur fils de Richard réclama la couronne et fut enfermé à Falaise par Jean sans Terres. En 1214 après le désastre de Bouvine ce dernier fut obligé d’accepter la magna Carta.

 

Dans une autre pièce sont énumérés les sièges de Falaise

1027 : Assiégeants, les Normands. Assiégés les Normands

1138 : Assiégeant le Comte d’Anjou Geoffroy Plantagenet : assiégés les Normands et Anglais.

1204 : Assiégeant Philippe Auguste. Assiégé Louvrecaire, capitaine de Falaise

1417 :  Assiégeants anglais ; assiégés Français ? la garnison française capitule

1450 : Assiégeants Français, Assiégés Anglais. Les Anglais capitulent.

1590 : Assiégeant armée royale Henri IV assiégés Ligueurs. Capitulation et pendaison des Ligueurs.

 

Pont de pierre d’Ouilly

Ouilly le Pont de pierres sur l’Orne

C’est un beau pont de pierre de schistes sur l’Orne dans la campagne très vallonnée de la Suisse Normande. Les berges sont fleuries. Sur l’eau : activités nautiques canoë et kayak. Nous nous arrêtons pour pique-niquer.

La route continue par Vire et Villedieu-les-Poêles et nous arrivons vers 15 heures à Granville. Samedi 19 Aout, la ville est bondée. Difficile de trouver une place de parking. Je me fraie un chemin dans la rue Lecampion piétonnière parmi la foule. Cette affluence nous dissuadera ensuite d’y retourner.

 

Une Page d’Amour – Zola

LES ROUGON-MACQUART t.8

Munch près du lit de la morte

Une Page d’Amour se déroule à Passy entre la Rue Vineuse, la Rue de Passy, la Rue Raynouard et le Passage des eaux un quartier que je connais de mon enfance. Un quartier alors plein de jardins secrets qui s’est urbanisé au début du XXème siècle mais dont on peut encore deviner le charme en visitant la maison de Balzac. Des fenêtres de l’appartement d’Hélène et sa filles, la vue est magnifique sur la Seine, les toits et les monuments de Paris. Zola se fait un plaisir de la décrire à toutes les heures du jour. 

Le roman met en scène la bourgeoisie aisée de Passy : Hélène Granjean, veuve,  Henri Deberle, médecin réputé, sa femme Juliette, mondaine, superficielle et toute une société d’amies des Deberle. Un prêtre et son frère sont les convives des mardis d’Hélène. Rosalie est la bonne d’Hélène, son bon ami le soldat Zéphyrin. Chez les Deberle, on reçoit dans le jardin d’hiver ou dans sous les ormes du joli jardin clos, on organise des fêtes, un bal costumé d’enfants est particulièrement brillant. Juliette passe l’été à Deauville, à la mode!

« Madame Deberle était touchée. La religion lui plaisait comme une émotion de bon goût. Donner des fleurs aux
églises, avoir de petites affaires avec les prêtres, gens polis, discrets et sentant bon, venir en toilette à l’église, où elle affectait d’accorder une protection mondaine au Dieu des pauvres, lui procurait des joies particulières,
d’autant plus que son mari ne pratiquait pas et que ses dévotions prenaient le goût du fruit défendu. »

Nous sommes très loin de la critique sociale ou des spéculations financières dans ce milieu très à l’aise qui fait la charité à la mendiante Madame Fétu en glissant des pièces blanches. Seule évocation historique : la Question d’Orient qui anime les conversations à la mode.

Il faut tout le talent de Zola pour que je poursuive plus de 400 pages alors que les romans d’amour ne me passionne pas plus que cela. Quelle gourde cette Hélène! Elle perd son mari à leur arrivée à Paris et reste cloitrée dans son appartement douillet sans même chercher à visiter la ville. La vue de la colline de Chaillot lui suffit! Seule sortie : les bonnes œuvres du curé Jouve.

Mariée sans amour, Hélène  se consacre uniquement à Jeanne, 12 ans, sa fille de santé fragile qui ne va pas à l’école, ne fréquente pas d’enfants de son âge, sort très peu. Jeanne à la figure de petite chèvre n’est pas avantagée par Zola. A la suite d’une crise de convulsions particulièrement impressionnantes, Hélène va chercher le Docteur Deberle. Elle tombe amoureuse, croit vivre une passion platonique puisque le Docteur est marié et que sa femme lui témoigne confiance et amitié. Ces émois improbables et chastes me semblent passablement ennuyeux. Mais voici que par désœuvrement Juliette prend un amant. Hélène conçoit d’abord une machination machiavélique puis cède aux ardeurs charnelles dans les bras du Docteur.

Dire qu’elle s’était crue heureuse d’aller ainsi trente années devant elle, le coeur muet, n’ayant, pour combler le vide de son être, que son orgueil de femme honnête! Ah! quelle duperie, cette rigidité, ce scrupule du juste qui l’enfermaient dans les jouissances stériles des dévotes! Non, non, c’était assez, elle voulait vivre!

La tragédie de la jalousie viendra de Jeanne (et non de Juliette cocufiée). La fillette ne supporte pas d’être délaissée par sa mère et sa santé se dégradera. jusqu’à en succomber.  Remords de la mère qui renoncera à l’objet de sa passion et se mariera avec le très sage frère du curé.

Alors que j’ai senti la vie animer les femmes du peuple, les vendeuses des Halles, les blanchisseuses, ou les demi-mondaines, ces bourgeoises sont bien fades. En revanche Zola sait illustrer cette histoire mièvre de décors intéressants.

 

 

Zola – L’Assommoir

LES ROUGON-MACQUART tome 7

« J’ai voulu peindre la déchéance fatale d’une famille ouvrière, dans le milieu empesté de nos faubourgs. Au bout de l’ivrognerie et de la fainéantise, il y a le relâchement des liens de la famille, les ordures de la promiscuité, l’oubli progressif des sentiments honnêtes, puis comme dénouement la honte et la mort. C’est la morale en action, simplement. »

Le titre est tout un programme. Dans la préface, ci-dessus,  Zola s’explique. Il n’y aura pas de surprise, le dénouement est contenu dans ce mot l’« Assommoir« . Le lecteur doit s’attendre à un Zola très noir : âmes sensibles s’abstenir, rien ne sera épargné dans la déchéance de Gervaise et de Coupeau

Contrairement aux opus précédents  datés très précisément et dont l’action se déroulait en une courte période, L’Assommoir s’étale sur une vingtaine d’années.

Au début,  Gervaise, 22 ans, est la fille d‘Antoine Macquart et, la sœur de Lisa, la belle charcutière du Ventre de Paris. Elle a quitté Plassans avec Lantier et leurs deux enfants. Le roman s’ouvre sur la désertion de Lantier et une terrible bataille au lavoir entre Gervaise et Virginie, la sœur de la nouvelle maîtresse de Lantier. Morceau d’anthologie entre ces deux lavandières qui se frappent avec le battoir. Gervaise est courageuse,  blanchisseuse, excellente ouvrière, jolie ; elle refait sa vie avec un ouvrier zingueur, Coupeau. Le ménage vit dans une relative opulence entouré de famille, d’amis et voisins très proches. L’un d’eux Gajet, un forgeron,  avance le financement de la boutique de Gervaise.

« Mais c’était toujours à la barrière Poissonnière qu’elle revenait, le cou tendu, s’étourdissant à voir couler, entre
les deux pavillons trapus de l’octroi, le flot ininterrompu d’hommes, de bêtes, de charrettes, qui descendait des
hauteurs de Montmartre et de la Chapelle. Il y avait là un piétinement de troupeau, une foule que de brusques
arrêts étalaient en mares sur la chaussée, un défilé sans fin d’ouvriers allant au travail, leurs outils sur le dos, leur pain sous le bras ; »

 

L’Assommoir se déroule  entre la Goutte d’Or et la Porte Saint Denis dans le milieu ouvrier. L’art de Zola est de faire vivre ces différents ouvriers en décrivant les ouvriers au travail : le lavoir et le repassage des blanchisseuses (tri du linge, repassage fin de chemises d’hommes, de bonnets…On voit Coupeau  à l’ouvrage de zingueur sur le toit, et l’accident qui va changer la fortune du ménage. Frappante description de la fabrique de boulons, duel des forgerons au marteau pour fabriquer une pièce à la main alors que les machines commencent à remplacer le travail artisanal, et la paie des boulonniers diminue.

« Un homme magnifique au travail, ce gaillard-là ! Il recevait en plein la grande flamme de la forge. Ses cheveux courts, frisant sur son front bas, sa belle barbe jaune, aux anneaux tombants s’allumaient, lui éclairaient toute la figure de leurs fils d’or, une vraie figure d’or, sans mentir. Avec ça, un cou pareil à une colonne, blanc comme un cou d’enfant ; une poitrine vaste, large à y coucher une femme en travers ; des épaules et des bras sculptés qui paraissaient copiés sur ceux d’un géant, dans un musée. Quand il prenait son élan, on voyait ses muscles se gonfler, des montagnes de chair roulant et durcissant sous la peau ; ses épaules, sa poitrine, son cou enflaient ; il faisait de la clarté autour de lui, il devenait beau, tout-puissant, comme un bon Dieu. »

 

Cependant, ce roman est loin d’être un catalogue des métiers : chaque personnage a une personnalité complexe qui évolue avec le temps. Gervaise, même abandonnée avec deux enfants par Lantier est une battante qui ne se laisse pas décourager, elle a de l’énergie et du charme, un bon métier et toutes les chances de réussir un nouveau départ avec Coupeau. Autour de Coupeau gravitent sa famille, sa mère, ses soeurs et cousins. Tout ce monde se fréquente, se jalouse, se retrouve pour des ripailles réjouissantes.

Avant de boire, on mange, et on mange la boutique!

« Lorsqu’on a un homme qui boit tout, n’est-ce pas ? c’est pain bénit de ne pas laisser la maison s’en aller en
liquides et, de se garnir d’abord l’estomac. Puisque l’argent filait quand même, autant valait-il faire gagner au boucher qu’au marchand de vin. »

Autant les beuveries dans les estaminets, à l’Assommoir sont déprimantes, autant les grandes tablées à l’occasion de la fête de Gervaise ou de la communion de Nana sont réjouissantes. Zola nous décrit les emplettes, les préparatifs, les plats qui se succèdent. Toute la famille est conviée, les ouvrières, les voisins, et à la fin tout le quartier profite des réjouissances. Une visite au Louvre des convives est tout à fait comique.

C’est aussi le roman des amitiés, fraternités d’atelier, de bistro, la familiarité de Copeau et de Lantier s’explique par cette convivialité. Entre femmes aussi, on s’entraide, on s’amuse. Evidemment, jalousie, ragots sont aussi de mise quand la bonne fortune de Gervaise a tourné et quand la misère s’installe.

Nana, adolescente, voit ses parents sombrer:

 

« C’est que, dans le ménage des Coupeau, le vitriol de l’Assommoir commençait à faire aussi son ravage

[…]
quand un père se soûle comme le sien se soûlait, ce n’est pas un père, c’est une sale bête dont on voudrait bien
être débarrassé.

[…]
des heures et sortant de là avec les yeux hors de la tête. Lorsque Nana, en passant devant l’Assommoir,
apercevait sa mère au fond, le nez dans la goutte, avachie au milieu des engueulades des hommes, elle était prise d’une colère bleue, parce que la jeunesse, qui a le bec tourné à une autre friandise, ne comprend pas la boisson. »

Viendra finalement la déchéance. Conséquences ultimes de l’alcoolisme, la folie et la clochardisation.

Je croyais lire un roman très sombre. La fin, certes, est noire, mais avant quelle vie!

 

Zola – Son Excellence Eugène Rougon

LES ROUGON-MACQUART tome  6

Eugène Rougon est un personnage-clé dans la série des Rougon-Macquart quoique qu’il n’apparaisse qu’en filigrane dans les précédents récits : fils de Pierre Rougon qui l’a envoyé faire son Droit à Paris, il est devenu un des artisans du coup d’Etat du 2 décembre et il a téléguidé la première conquête de Plassans par son père, en 1851 dans le premier tome : La Fortune des Rougon en lui donnant des conseils avisés par lettres. Il a aussi aiguillé son frère Aristide, dans La Curée, en le plaçant comme voyer sur la spéculation immobilière. Dans La Conquête de Plassans il a tiré les ficelles de la manipulation électorale avec une correspondance avec sa mère.

« Poizat parlait amèrement de tout ce que Rougon et lui avaient fait pour l’Empire, de 1848 à 1851, lorsqu’ils
crevaient la faim, chez madame Mélanie Correur. Il racontait des journées terribles, pendant la première année surtout, des journées passées à patauger dans la boue de Paris, pour racoler des partisans. Plus tard, ils avaient risqué leur peau vingt fois. N’était-ce pas Rougon qui, le matin du 2 décembre, s’était emparé du Palais-Bourbon, à la tête d’un régiment de ligne ? »

Il a fallu attendre le tome 6 pour faire plus ample connaissance avec ce personnage considérable, Ministre, Président du Conseil, bras droit de l’Empereur. Personnage plutôt antipathique, c’est un homme de pouvoir dont toute la personnalité est concentrée dans cet unique but, conserver la faveur de l’Empereur, les honneurs et intriguer pour placer comme des pions ses fidèles supporters. Homme politique comme un chef de bande!

« Un prétendant n’était qu’un nom. Il fallait une bande pour faire un gouvernement. Vingt gaillards qui ont de gros appétits sont plus forts qu’un principe ; et quand ils peuvent mettre avec eux le prétexte d’un principe, ils
deviennent invincibles. Lui, battait le pavé, allait dans les journaux, où il fumait des cigares, en minant
sourdement M. de Marsy… »

Parmi ses partisans, ses obligés, certains originaires de Plassans comme le couple de Charbonnel qui comptent sur Rougon pour gagner un procès qui leur rendra un héritage, d’autres cherchent à placer fils (non bachelier), jeune fille à marier sans dot à doter, d’aucun cherchent un ministère, ou un bureau de tabac….La politique décrite par Zola ressemble  à des intrigues sans fin pour placer ses pions dans l’administration. Le pouvoir se mesurant à l’aune des pistons.

Rougon, dans son salon, réunit ses courtisans plus ou moins dévoués. Une personnalité brille et se détache du lot : la belle Clorinde, aventurière ou comtesse italienne? brillante, originale, jouant de sa séduction pour régner. Elle défie Rougon qui la préfère associée, mariée à un de ses fidèles. A vrai dire, les manœuvres, les séductions, les chantages, les prébendes ont vite fait de m’ennuyer. Mesquineries, coups tordus donnent une idée médiocre de la politique. La « bande » pourra-t-elle ramener aux affaires Rougon qui a démissionné et semble s’en désintéresser? Ces manœuvres sont compliquées et me fatiguent.

En revanche, une autre lecture de la saga des Rougon-Macquart est autrement passionnante : c’est la lecture historique. Zola brosse des tableaux instructifs : une séance à la Chambre, les fêtes organisées en l’honneur du le baptême de l’héritier impérial (14 juin 1856), un week-end à Compiègne, dîner et chasse à courre, l’inauguration d’un tunnel ferroviaire Niort….L’attentat à l’Opéra Garnier (14 janvier 1858) est l’occasion d’un tournant dans la politique : Rougon revient aux affaires, ministre de l’Intérieur, il renforce la répression, exile d’ancien républicains au bagne, exerce son autorité avec une sévérité maximale.

« venait de l’armer de cette terrible loi de sûreté générale, qui autorisait l’internement en Algérie ou l’expulsion
hors de l’Empire de tout individu condamné pour un fait politique. Bien qu’aucune main française n’eût trempé dans le crime de la rue Le Peletier, les républicains allaient être traqués et déportés ; c’était le coup de balai des dix mille suspects, oubliés le 2 décembre. On parlait d’un mouvement préparé par le parti révolutionnaire »

Cependant, en 1860 avec le « grand acte du 24 novembre » des décrets assouplissent la politique répressive , introduisent une libéralisation de la Presse et Rougon justifie cette nouvelle politique en se contredisant sans vergogne : 

« Parcourez nos villes, parcourez nos campagnes, vous y verrez partout la paix et la prospérité ; interrogez les
hommes d’ordre, aucun ne sent peser sur ses épaules ces lois d’exception dont on nous fait un si grand crime. »

Malgré les longueurs dans l’action, ces tableaux pittoresques sont une illustration parfaite de l’Histoire du Second Empire et je suis ravie de m’instruire !

 

 

 

Zola – la Conquête de Plassans – la Faute de l’Abbé Mouret

Tome 4 des ROUGON-MACQUART

Cézanne : La Montagne Sainte Victoire

« Plassans est fort curieux, au point de vue politique. Le coup d’État a réussi ici, parce que la ville est
conservatrice. Mais, avant tout, elle est légitimiste et orléaniste, si bien que, dès le lendemain de l’Empire, elle a voulu dicter ses conditions. Comme on ne l’a pas écoutée, elle s’est fâchée, elle est passée à l’opposition. Oui, monsieur l’abbé, à l’opposition. »

Suite à La Fortune des Rougon, la Conquête de Plassans, met en scène les intrigues menées en vue des élections prochaines. Félicité Rougon, comme dans le premier volume, est à la manœuvre, guidée de Paris par son fils Eugène, le ministre. J’avais deviné, en lisant le titre,  que cette conquête serait politique mais je n’aurais jamais imaginé le déroulement de l’intrigue. 

Marthe et François Mouret mènent une vie tranquille de rentiers dans une agréable maison de  ville agrémentée d’un joli jardin. Marthe est la fille de Félicité Rougon tandis que Mouret est apparenté à Macquart. Ils ont deux fils et une fille Désirée, un peu simplette mais si gentille. Mouret s’amuse à surveiller les deux clans, celui de la Préfecture, donc bonapartiste et celui des Rastoil, légitimistes, opposants politiques, ils ne se fréquentent pas mais leurs jardins sont mitoyens au sien. 

Pour  être agréable à l’abbé Bourette, un brave homme, Mouret accepte de louer une chambre à un ecclésiastique arrivant en ville : l’abbé Faujas

« C’était un homme grand et fort, une face carrée, aux traits larges, au teint terreux[…]. La haute figure noire du prêtre faisait une tache de deuil sur la gaieté du mur blanchi à la chaux »

Ce rude personnage est mystérieux vient de Besançon. Par quel mystère est-il arrivé à Plassans? Avec sa soutane élimée, son allure suspecte, il éveille la curiosité de Mouret et de sa femme qui se livrent sans tirer aucun renseignement.

 

« Moi, je te l’ai dit, ce qui me contrarie avec ces diables de curés, c’est qu’on ne sait jamais ce qu’ils pensent ni ce qu’ils font. À part cela, il y a souvent des hommes très honorables parmi eux. »

[…]

Puis, il eut quelque honte. Il était d’esprit fin, sous son épaisseur de commerçant retiré ; il avait surtout un grand bon sens, une droiture de jugement qui lui faisait, le plus souvent, trouver le mot juste, au milieu des
commérages de la province. »

 

L’étonnement est à son comble quand Félicité Rougon convie le  nouveau venu à une de ses soirées qui réunit tout le gratin de Plassans.

« Son salon était sa grande gloire ; comme elle le disait, elle voulait y trôner, non en chef de parti, mais en femme du monde. Il est vrai que les intimes prétendaient qu’elle obéissait à une tactique de conciliation, conseillée par son fils Eugène, le ministre, qui la chargeait de personnifier, à Plassans, les douceurs et les amabilités de l’Empire. »

La présentation de l’abbé Faujas n’est pas une réussite, l’hostilité d’un autre prélat, l’abbé Fénil, et les soupçons des notables lui valent  le rejet de la bonne société.

« L’impression fut défavorable : il était trop grand, trop carré des épaules ; il avait la face dure, les mains trop grosses »

Faujas conforte sa place chez les Mouret. Mouret n’est pas dévot mais il se porte garant de son locataire et passe d’agréables soirées à jouer au piquet avec Madame Faujas, la mère du curé. Sans s’avancer personnellement, il suggère à Marthe une œuvre charitable : une institution pour les jeunes filles. Marthe, dont la seule occupation était le raccommodage et la seule compagnie, celle de Désirée sa fille un peu demeurée, se dévoue corps et âme à cette bonne œuvre. Avec les conseils de sa mère Félicité, elle fonde un comité réunissant toutes les femmes charitables. A la quarantaine, Marthe trouve une nouvelle jeunesse : une nouvelle inspiration. Alors que les Mouret n’étaient pas pratiquants, Marthe devient une véritable bigote. Elle est fascinée par l’abbé qui joue avec elle un jeu pervers, refusant de devenir son confesseur mais l’encourageant dans ses dévotions les plus extrêmes. 

L’abbé Faujas profite de la fondation de l’institution des jeunes filles pour faire venir les Trouche, sa soeur et son mari, comme comptable. Ils s’installent chez les Mouret en véritable parasites.

Sur la famille Rougon, plane l’ombre de la folie de la grand-mère Adélaïde, internée aux Tulettes. La folie guette-t-elle Marthe avec ses crises mystiques ou Mouret, incapable de résister à l’emprise de Faujas et de sa famille qui se cloître dans son bureau et abandonne son rôle de chef de famille. Au risque de spoiler, je préfère arrêter ici et vous laisser découvrir le véritable rôle de Faujas « piloté depuis Paris » afin de gagner les élections. 

Je me suis laissé embarquer par ce roman, un véritable feuilleton avec des rebondissements, de nombreux personnages, des situations tragiques, d’autres comiques. Si tout est du même style, je me vois bien poursuivre la lecture des 20 volumes de la série!

Tome 5 – La Faute de l’Abbé Mouret

« Plus tard, après son ordination, le jeune prêtre était venu aux Artaud, sur sa propre demande, avec l’espoir de réaliser son rêve d’anéantissement humain. Au milieu de cette misère, sur ce sol stérile, il pourrait se boucher les oreilles aux bruits du monde, il vivrait dans le sommeil des saints.

[…]

En entrant dans les ordres, ayant perdu son père et sa mère le même jour, à la suite d’un drame dont il ignorait encore les épouvantes, il avait laissé à un frère aîné toute la fortune. Il ne tenait plus au monde que par sa sœur.
Il s’était chargé d’elle, pris d’une sorte de tendresse religieuse pour sa tête faible. La chère innocente était si
puérile, si petite fille, qu’elle lui apparaissait avec la pureté de ces pauvres d’esprit, auxquels l’Évangile accorde le royaume des cieux. »

J’ai retrouvé avec plaisir Serge, le fils de Marthe et de François Mouret – les protagonistes de la Conquête de Plassans. A la sortie du séminaire, l’Abbé Mouret a choisi une paroisse de campagne, il est accompagné de Désirée qui est entourée de toute une basse-cour. Sur le presbytère règnent une terrible bonne, la Teuse, et  le Frère Archangias imprime une discipline brutale et un catholicisme rigoriste et primitif ; ce dernier  ne tient pas en haute considération des paroissiens:

« y a quinze ans que je suis ici, et je n’ai pas encore pu faire un chrétien. Dès qu’ils sortent de mes mains,
bonsoir ! Ils sont tout à la terre, à leurs vignes, à leurs oliviers. Pas un qui mette le pied à l’église. Des brutes qui se battent avec leurs champs de cailloux »

[…]
Voyez-vous, ces Artaud, c’est comme ces ronces qui mangent les rocs, ici. Il a suffi d’une souche pour que le
pays fût empoisonné. Ça se cramponne, ça se multiplie, ça vit quand même. Il faudra le feu du ciel, comme à
Gomorrhe, pour nettoyer ça. »

L’Abbé Mouret se consacre à la Vierge dont la figure maternelle est une consolation. J’ai lu en diagonale les pages consacrée à cette adoration, pas vraiment ma tasse de thé, en espérant que la Saga des Rougon-Macquart m’offrirait les rebondissements des opus précédents. 

Au cours de sa tournée de médecin, son oncle Le Docteur Pascal  rencontré dans La Fortune des Rougon lui fait rencontrer Le Philosophe un octogénaire nourri de Voltaire et de Rousseau, anticlérical, solitaire dans sa campagne qui a recueilli Albine16 ans, une jeune fille sauvage et ravissante. Dès cette rencontre, il n’est pas difficile de deviner quelle sera « la Faute de l’abbé Mouret » le jeune abbé va tomber amoureux! Aucun doute là-dessus. D’ailleurs,  il cache sa visite à la terrible Teuse et au Frère Archangias qui la devine

« toute sa haine de la femme parut. Il ébranla la table d’un coup de poing, il cria ses injures accoutumées : – Elles ont le diable dans le corps. Elles puent le diable ; elles le puent aux jambes, aux bras, au ventre, partout… C’est ce qui ensorcelle les imbéciles. »

Nous retrouvons ici la faiblesse des Rougon-Macquart, la folie héréditaire qui a conduit Adelaïde et François aux Tulettes et Marthe à ses hallucinations mystiques  Troublé par  la vision de la jeune fille il implore la Vierge de l’aider à rester chaste

Marie, Vierge adorable, que n’ai-je cinq ans, que ne suis-je resté l’enfant qui collait ses lèvres sur vos images !

Oui, je nie la vie, je dis que la mort de l’espèce est préférable à l’abomination continue qui la propage.

Le délire et la fièvre le gagnent.

Le Docteur Pascal le  le confie à Albine capable de lui redonner la raison. Il l’emmène au Paradou château abandonné niché dans un parc luxuriant enfermé de hauts murs. 

La deuxième partie du livre se déroule au Paradou. Albine offre à Serge une véritable renaissance. Il a oublié tout souvenir, se retrouve comme un enfant aux mains de la jeune fille. Il va réapprendre la vie dans une totale innocence. Sa convalescence est racontée dans les moindres détails et c’est la nature, les arbres, les fleurs les bêtes sauvages qui accompagneront les deux jeunes en parfaite innocence. Paradou/Paradis, les deux Adam et Eve, nus, ignorants du sexe et du monde extérieur vont vivre dans le parc enchanté…Albine cherche un arbre magique, on a vaguement conscience que cet arbre provoquera la Chute, on attend la tentation, et le dénouement.

Les énumérations botaniques m’ont fait penser aux descriptions des légumes et victuailles du Ventre de Paris que j’avais beaucoup appréciées. Mais ce Paradou est trop mièvre, trop invraisemblable pour être convaincant. Je commence à imaginer les fleurs, puis je me lasse. D’ailleurs, comment trouver des jacinthes et des roses fleuries en même temps? je vous épargne les variétés horticoles….Zola écrit très bien la truculence, moins bien l’idylle et l’innocence. Exercice périlleux et vaguement ennuyeux! 

Le Frère Archangias mettra fin à leur idylle. 

On imagine la troisième partie du livre….remords et dévotion, retour du délire…

la déception ne m’empêche pas de télécharger la suite!

 

Zola – Le Ventre de Paris (t. 3 des Rougon-Macquart)

« Est-ce que vous connaissez la bataille des Gras et des Maigres ? »

Le marché aux poissons Joachim Beuckelaer

Le Ventre de Paris : ce sont les Halles, nouvellement construites (1853 à 1874) que découvre Florent après 8 ans d’absence

« Et Florent regardait les grandes Halles sortir de l’ombre,  sortir du rêve, où il les avait vues, allongeant à l’infini leurs palais à jour. Elles se solidifiaient, d’un
gris verdâtre, plus géantes encore, avec leur mâture prodigieuse, supportant les nappes sans fin de leurs toits.
Elles entassaient leurs masses géométriques ; et, quand toutes les clartés intérieures furent éteintes, qu’elles
baignèrent dans le jour levant, carrées, uniformes, elles apparurent comme une machine moderne, hors de toute mesure, quelque machine à vapeur, quelque chaudière destinée à la digestion d’un peuple, gigantesque ventre de métal, boulonné, rivé, fait de bois, de verre et de fonte… »

Dans ce ventre de Paris convergent toutes les nourritures : légumes et fruits, marée et viandes, volailles, charcuterie, fromages et même fleurs. Le roman commence avec l’arrivée du tombereau de Madame François, maraîchère de Nanterre !

« tombereau de choux et un tombereau de pois, au pont de Neuilly, s’étaient joints aux huit voitures de navets et
de carottes qui descendaient de Nanterre ; et les chevaux allaient tout seuls, la tête basse, de leur allure continue et paresseuse, que la montée ralentissait encore. En haut, sur la charge des légumes, allongés à plat ventre, couverts de leur limousine à petites raies noires et grises… »

Le tombereau heurte Florent, presque mort de faim, d’une maigreur à faire peur, évadé du bagne de Cayenne, déporté après les journées de décembre 1851 arrêté près de la barricade rue Montorgueil. Florent est recueilli par son frère  Quenu, prospère charcutier, gras et bien nourri comme sa femme Lisa, la belle charcutière.

Les descriptions des dentelles et des soieries des toilettes de Renée Saccard dans La Curée, des décors de l’Hôtel de la Plaine Montceau, m’avaient plutôt lassée. J’avais trouvé que  Zola se complaisait dans des longueurs. En revanche, j’ai eu un véritable coup de cœur pour cette exubérance des légumes et des fruits,  surabondance de la nourriture, énumération des victuailles, les descriptions des étalages de la charcuterie . Le Ventre de Paris plonge le lecteur dans le monde odorant de l’étal de la marée avec ses poissons, ses moules, ses huitres, dans les paniers remplis de plumes des volaillers, ruisselant des grandes lessives, dégoûtant de sang, d’humeurs et d’excréments.

Luis Egidio Melendez nature morte avec pastèques

Et c’est un peintre, Claude Lantier, qui décrit le mieux ces tableaux naturalistes, opposant l’art moderne, le naturalisme. Son art est croquis ou tableau, mais son œuvre suprême, c’est avec des boudins, des langues de bœuf, des jambons jaunes qu’il l’a construite.  Il cherche ses sujets dans le peuple des Halles

« Cadine et Marjolin s’aimant au milieu des Halles centrales, dans les légumes, dans la marée, dans la viande. Il les aurait assis sur leur lit de nourriture, les bras à la taille, échangeant le baiser idyllique. Et il voyait là un manifeste artistique, le positivisme de l’art, l’art moderne tout expérimental et tout matérialiste ; il y voyait encore une satire »

Le naturalisme revendiqué en peinture par Claude, est aussi le style littéraire de Zola. Claude, plus loin, l’étend à l’architecture

 

« Je m’imagine que le besoin de l’alignement n’a pas seul mis de cette façon une rosace de Saint-Eustache au beau milieu des Halles centrales. Voyez-vous, il y a là tout un manifeste : c’est l’art moderne, le réalisme, le
naturalisme, comme vous voudrez l’appeler, qui a grandi en face de l’art ancien… »

Dans la bataille des Gras et des Maigres l’auteur met en scène, dans le rôle des Gras : les commerçants des Halles, poissonnières et charcutières, volaillers et cafetiers, toute une société prospère qui se concurrence, se jalouse, s’observe, s’enrichit…

« C’était le ventre boutiquier, le ventre de l’honnêteté moyenne, se ballonnant, heureux, luisant au soleil, trouvant que tout allait pour le mieux, que jamais les gens de mœurs paisibles n’avaient engraissé si bellement. »

Bonne conscience de la Belle Lisa et de sa concurrent la Belle Normande, travailleuses, honnêtes, bien nourries….Certains personnages sont plus nuancés comme les jeunes Marjolin et Cadine, les enfants Muche et Pauline qui jouent dans la boue. Deviendront-ils des Gras quand il seront adultes?  Et la vieille Saget la fouineuse avec son cabas, qui surveille les autres de sa fenêtres, s’attarde pour écouter les rumeurs et qui colportera les ragots : une Maigre? 

« mademoiselle Saget avait certainement laissé dans sa vie  passer une occasion d’engraisser car elle détestait les gras tout en gardant dédain pour les Maigres »

déclare Claude Lantier. 

C’est cette dernière qui déclenchera la guerre en convoquant les commères pour dévoiler le secret de Florent. Et cette mauvaise action se déroule dans les odeurs de fromage. Les odeurs contribuent à l’ambiance :

Elles restaient debout, se saluant, dans le bouquet final des fromages. Tous, à cette heure, donnaient à la fois.
C’était une cacophonie de souffles infects, depuis les lourdeurs molles des pâtes cuites, du gruyère et du
hollande, jusqu’aux pointes alcalines de l’olivet. Il y avait des ronflements sourds du cantal, du chester, des
fromages de chèvre, pareils à un chant large de basse, sur lesquels se détachaient, en notes piquées, les petites
fumées brusques des neufchâtels, des troyes et des mont-d’or. Puis les odeurs s’effaraient, roulaient les unes sur les autres, s’épaississaient des bouffées du Port-Salut,

 

Comme les tomes précédents de la série des Rougon-Macquart, le Ventre de Paris est un roman politique, qui raconte l’histoire du Second Empire : son avènement avec les barricades et les déportations de 1851 et les oppositions clandestines : les conspirations des révolutionnaires dans les arrières salles du café ainsi que la surveillance des espions et des mouchards, les dénonciations des honnêtes gens qui voient dans l’Empire une stabilité et une prospérité qui garantie leur commerce.

« C’est la politique des honnêtes gens… Je suis reconnaissante au gouvernement, quand mon commerce va bien, quand je mange ma soupe tranquille, et que je dors sans être réveillée par des coups de fusil… C’était du propre, n’est-ce pas, en 48 ? L’oncle Gradelle, un digne homme, nous a montré ses livres de ce temps-là. Il a perdu plus de six mille francs… Maintenant que nous avons l’empire, tout marche, tout se vend. Tu ne peux pas dire le contraire… Alors, »

C’est encore Claude qui aura le dernier mot

Alors, Claude leur montra le poing. Il était exaspéré par cette fête du pavé et du ciel. Il injuriait les Gras, il disait
que les Gras avaient vaincu. Autour de lui, il ne voyait plus que des Gras, s’arrondissant, crevant de santé,

Magistral!

 

Emile Zola – la Fortune des Rougon/ la Curée

LES ROUGON-MACQUART

Emile Zola - Cabaret du chat noir - Musée Orsay

Zola m’a toujours évoqué J’accuse et, pour cela, je lui voue toute mon admiration. 

 

« Historiquement, ils partent du peuple, ils s’irradient dans toute la société contemporaine, ils montent à toutes les situations, par cette impulsion essentiellement moderne que reçoivent les basses classes en marche à travers le corps social, et ils racontent ainsi le Second Empire, à l’aide de leurs drames individuels, du guet-apens du coup
d’État à la trahison de Sedan. »

des Rougon-Macquart, s‘inspirant de la Comédie Humaine de Balzac, Zola raconte l’histoire du Second Empire à travers l’évolution d’une dynastie familiale. Les titres, les noms des personnages me sont familiers, par le cinéma, les souvenirs de lycée, les lectures adolescentes, mais je suis incapable de citer un livre que j’aurais lu en entier. A la suite de nos lectures communes de la Comédie Humaine j’ai décidé de lire les Rougon-Macquart dans l’ordre pour combler cette lacune. 

La Fortune des Rougon

La Fortune des Rougon se déroule à Plassans, ville provençale inspirée d’Aix-en-Provence où Zola a passé son enfance et où il a connu Cézanne et ils étaient amis. Je suis donc allée au Musée d’Orsay chercher des images :

Cézanne, paysan provençal

Avant de devenir des bourgeois, en contractant des alliances avantageuses, les Rougon étaient des paysans, Pierre Rougon- le fondateur de la dynastie fils de paysan avait peut être les traits du paysan peint par Cézanne? C’est l’histoire d’une ambition dévorante d’un jeune homme qui dépouille sa mère et son demi-frère et sœur nés des amours de sa mère pour le contrebandier Macquart. Il se marie avec la fille d’un marchand d’huile, Félicité Puech, tout aussi avide d’ascension sociale. Les affaires végètent mais les parents investissent pour l’avenir en donnant une éducation solide à leurs enfants. Les  garçons Eugène et Aristide étudient à Paris, Pascal sera médecin.

Pendant ce temps-là, la branche illégitime, les enfants du contrebandier Macquart, écartés par Pierre, vivent d’expédients. Antoine nourrit une rancune tenace en revenant du service militaire. Pilier de cabaret, il se lie avec les les révolutionnaires qui promettent la revanche sur les bourgeois

« Dans la bourgeoisie, dans le peuple surtout, l’enthousiasme fut grand au lendemain des journées de février »

La Révolution de 1848 change la donne. Mais c’est surtout 1851 et l’ascension de Louis Napoléon Bonaparte qui va changer le destin des Rougon

« Ces événements fondèrent la fortune des Rougon. Mêlés aux diverses phases de cette crise, ils grandirent sur les ruines de la liberté. »

« Il s’était formé chez les Rougon un noyau de conservateurs qui se réunissaient chaque soir dans le salon jaune pour déblatérer contre la République. »

Conseillé de Paris par son fils Eugène, Pierre Rougon va miser sur l’Empire tandis que les aristocrates timorés hésitent entre légitimistes et orléanistes. Avec l’aide de Félicité, il va prendre la tête de la ville et s’installer à la mairie déserté par ses titulaires.

Alors que les Républicains ont pris les armes dans la campagne provençale Plassans vit dans l’incertitude

Au loin s’étendaient les routes toutes blanches de lune. La bande insurrectionnelle, dans la campagne froide et
claire, reprit sa marche héroïque. C’était comme un large courant d’enthousiasme. Le souffle d’épopée qui
emportait Miette et Silvère, ces grands enfants avides d’amour et de liberté, traversait avec une générosité sainte les honteuses comédies des Macquart et des Rougon. La voix haute du peuple, par intervalles, grondait, entre les bavardages du salon jaune et les diatribes de l’oncle Antoine. Et la farce vulgaire, la farce ignoble, tournait au grand drame de l’histoire.

A la tête des Républicains, porte-drapeau, Miette,  une fillette de 13 ans, vit une belle histoire d’amour avec Sylvère, apprenti charron, cousin des Rougon et de Macquart.

Ce premier tome des Rougon Macquart est centré sur cette année 1851 à Plassans, tremplin de la Fortune de Pierre Rougon, qui va prendre la tête du clan bonapartiste et en être récompensé par une charge de receveur. par la même occasion il va se débarrasser d’Antoine et de Sylvère, les gêneurs de la famille.

Hier Rougon était un Brutus, une âme stoïque qui sacrifiait ses affections à la patrie ; aujourd’hui Rougon n’était plus qu’un vil ambitieux qui passait sur le ventre de son pauvre frère, et s’en servait comme d’un marchepied pour monter à la fortune.

Pierre et Félicité,  Antoine sont des personnages tout à fait antipathiques, il est difficile d’éprouver de l’empathie pour eux. Heureusement les amours de Sylvère et de Miette donnent de la fraîcheur à ces histoires sordides.

La Curée

Paris 1855 vu de l’observatoire (musée d’Orsay)

Tome 2 des Rougon-Macquart, La Curée se déroule à Paris sous le Second Empire. A

« L’Empire allait faire de Paris le mauvais lieu de l’Europe. Il fallait à cette poignée d’aventuriers qui venaient de voler un trône, un règne d’aventures, d’affaires véreuses, de consciences vendues, de femmes achetées, de soûlerie furieuse et universelle. Et, dans la ville où le sang de décembre était à peine lavé, grandissait timide encore, cette folie de jouissance qui devait jeter la patrie au cabanon des nations pourries et déshonorées. »

Aristide est venu à Paris faire fortune, espérant l’appui de son frère,Eugène qui a réussi. Après l’avoir fait lanterné, il le place comme voyer (Chargé d’effectuer des études sur les constructions de la capitale) qui est un poste stratégique alors qu’Haussmann (jamais cité dans l’ouvrage) rénove Paris, construit les boulevards.

Aristide qui a changé son nom en Saccard comprend que sa fortune est assurée s’il s’engage dans les expropriations des maisons destinées à être démolies dans les travaux. Par sa position de voyer il a connaissance des projets urbanistiques, et il a accès aux commissions qui calculent les indemnisations aux propriétaires….mais il faut disposer d’un capital pour démarrer les affaires. Par  chance, Angèle, sa femme décède et il épouse Renée, une jeune fille riche mais embarrassée par une grossesse non désirée. Bien dotée, elle est aussi à la tête de propriétés bien placées 

comment on revend pour un million ce qui a coûté cinq cent mille francs ; comment on paie le droit de crocheter
les caisses de l’État, qui sourit et ferme les yeux ; comment, en faisant passer un boulevard sur le ventre d’un vieux quartier, on jongle, aux applaudissements de toutes les dupes,

On récompensa ses complaisances en lui concédant des bouts de rues, des carrefours projetés, qu’il rétrocédait
avant même que la voie nouvelle fût commencée. C’était un jeu féroce ; on jouait sur les quartiers à bâtir comme on joue sur un titre de rente.

Ces parvenus mènent grande vie dans leur hôtel nouvellement construit au Parc Montceau. Pendant que Saccard est aux affaires, sa jeune femme ravissante Renée fréquente le Tout-Paris, mondain et demi-mondain, bals et promenades au Bois de Boulogne, se ruine en toilettes chez Worms le grand couturier. 

Tissot – Too early

De son premier mariage, Saccard a  un fils interne dans un collège, Maxime qu’il fait venir. Le jeune garçon est « joli comme une fille », charmant et charmeur. Il tient compagnie à Renée qui s’en amuse et l’entraîne partout, chez les couturiers, chez ses amies, au Bois….le jeune homme devient adulte. Maxime et Renée s’amusent ensemble comme deux camarades

« Le père, la belle-mère, le beau-fils agissaient, parlaient, se mettaient à l’aise, comme si chacun d’eux se fût trouvé seul, vivant en garçon. Trois camarades, trois étudiants, partageant la même chambre garnie, n’auraient pas disposé de cette chambre avec plus de sans-gêne pour y installer leurs vices, leurs amours, leurs joies bruyantes de grands galopins. »

Quand Renée et Maxime deviennent amants, l’inceste apparaît comme la dégradation ultime de la morale.

Les affaires de Saccard ne sont pas aussi florissantes que leur train de vie laisserait croire. Il ne peut honorer les factures du couturier et il lui faut trouver de nouvelles ressources : les propriétés de Renée, ou une fiancée bien dotée pour Maxime. Spéculation et cavalerie financière vont aussi avec chantage. La fête pendant laquelle Saccard compte annoncer le mariage de Maxime est une apogée. Après, la dégringolade….

J’ai été très intéressée par cette histoire de spéculation immobilière dans le cadre de la modernisation de Paris, le tracé des boulevard, la construction….En revanche je me suis lassée par les descriptions des toilettes, des décorations intérieurs, boudoirs ou salons particulier, salle de bain luxueuse. Les intrigues amoureuses, les séductions,  trainent en longueur comme dans une mauvaise série télévisée. J’ai l’impression que Zola tire la ligne, gonfle le feuilleton. Je saute des lignes et passe à l’essentiel : la finance.

Zola n’est pas Balzac qui sait ciseler une nouvelle, jamais je ne m’ennuie avec Balzac. Avec Zola, c’est parfois lourd. Lourd

 

Orsay déambulation au hasard

TOURISTE DANS MA VILLE

Cézanne : Achille Emperaire

Si j’étais touriste, j’aurais visité méthodiquement le Musée d’Orsay qui mérite une demi-journée et même plus. Négligente, je me dirige vers les expositions puis je gagne la sortie. Merci à Sonia qui m’a recommandé d’acheter la Carte Blanche qui sert de coupe-file également à l’Orangerie, 3 expositions suffisent à rentabiliser le prix annuel et surtout m’offre l’entrée  aux collections permanentes.

Théodore Rivière : brodeuse tunisienne

Par un dimanche maussade, j’ai flâné sans but dans les deux premiers niveaux et fait de jolies découvertes. Peintures orientalistes : Delacroix, Gérôme, Fromentin… et surprise cette brodeuse tunisienne!

J’ai cherché des souvenirs de la Commune de Paris, et voici la Pétroleuse

Ginotti : La Pétroleuse vaincue

Cézanne a aussi peint des portraits, des scènes dramatiques, cette Olympia moderne, pas de pommes ni de montagne provençale.

Cézanne : Olympia moderne

Il y a aussi en ce moment une petite exposition de vases émaillés (projets, ce sont des aquarelles) de Soyer

Soyer : modèles pour vases émaillés

Au fond du hall, des maquettes de l’Opéra Garnier passionnantes ainsi que des maquettes de décors (Aïda) . on peut marcher sur un plancher de verre au dessus de tout le quartier de l’Opéra. Un énorme tableau montre Paris vu de montgolfière (1855) de Victor Navlet amusant! 

J’aurais pu aller voir les Impressionnistes dans les étages, ou l‘Art Nouveau, les valeurs sûres! J’ai préféré rester au 1er et au 2ème niveau découvrir des peintures et des peintres parfois célèbres parfois oubliés… amusantes rencontres . Tableaux monumentaux et ennuyeux, statues de petits formats du Prince Troubetzkoi.  Il y a tant à découvrir!