Patrimonio, Saint Florent, Nonza et la Côte occidentale du Cap Corse

CARNET CORSE  de BASTIA à BONIFACIO

Traversée du Cap Corse de Bastia à Saint Florent : 24 km

Saint Florent/Nonza : 19 km

Patrimonio, le vignoble

Traversons rapidement Bastia sur la T11 : voie rapide en front de mer. D81 jusqu’au Col de Teghime (536m). Des bancs de brume masquent de temps en temps le panorama ; les nuages s’accrochent sur le sommet Serra di Pigno 960 m. Au Col de Teghime, le monument aux morts porte une curieuse inscription que je n’arrive pas à déchiffrer. Ce sont les noms des goumiers marocains qui prirent le col aux Allemands en octobre 1943. Plus tard à saint Florent nous avons trouvé un enclos blanc, cimetière musulman. Ceci contraste avec l’inscription « Islam fora » qui salit un mur près de notre gîte. Sur la route D81 ce sont les les français qui sont visés « French Go home », encore plus loin la mafia « mafia fora ! »Le barbouillage semble être un sport local répandu.

Anna, une amie corse, m’avait dit :  « vous irez sûrement à Patrimonio où l’on fait le meilleur vin de Corse ». Patrimonio est sur notre route. Village viticole, on ne peut rater les caves et les dégustations sur les domaines. Nous ne sommes pas intéressées mis ne pouvons que constater l’importance de la production viticole qui draine un tourisme important et modèle le paysage : des carrés de vigne bien ordonnés sont à l’avant de collines découpées en dents de scie. Dans les échancrures, on voit briller la mer. Au loin, d’autres montagnes pointues forment des lignes de crêtes qui s’étagent .

Eglise de patrimonio

A Patrimonio, le Guide Vert signale l’église juchée sur une butte et une statue-menhir.

 

L’église Saint Martin, en schiste avec son haut clocher, a une allure austère qu’aucun décor n’adoucie avec ses épais contreforts et sa pierre rugueuse.

La Statue-menhir est encagée derrière de solides barreaux. Qui songerait à emporter ce menhir haut de 2.29 m en pierre très blanche.

Le soleil sort des nuages lorsque nous arrivons à Saint Florent. Longeons une longue plage de galets en passant devant des hôtels en front de mer. Nous nous arrêtons sur un parking à l’arrière de la Citadelle bâtie par les Génois en 1439 avec un donjon circulaire. Petite citadelle ronde, trapue, recouverte d’un enduit beige rosé entaillé de nombreuses inscriptions.

la citadelle de Saint Florent

A la base du parking un escalier descend à un restaurant au-dessus d’une crique minuscule entaillée dans des rochers de calcaire blanc. L’eau cristalline st tentante. Il faudrait sauter des rochers (sauter n’est pas un problème, remonter est plus difficile). Une rue piétonnière dallée de pierres blondes et lisses mène à l’église par des rues aux boutiques chic. La placette derrière l’église est occupée par les terrasses des restaurants. L’église est petite et toute simple. Il en existe une autre : la Cathédrale, à l’extérieur de la ville. Derrière l’église, se trouve le port de plaisance assez important. De nombreux bateaux-taxis conduisent les touristes aux plages inaccessibles du désert des Agriates : Lotu ou Saleccia.

Nous nous contenterons d’un tour en voiture jusqu’à la Plage de la Roya . Plage de sable qui fait face à Saint Florent. Nous déjeunons le long de la plage de galets assistes sur le parapet en face d’une pâtisserie où j’achète des canistrelli au vin.

Sainr Florent vu de la Plage de la Roya

Nous consacrons l’après-midi à explorer la côte occidentale du Cap Corse très sauvage, escarpée, rocheuse et déserte avec de rares marines pour me baigner. A la marina de Farinole, à l’arrière de la Tour Génoise, on aurait pu déjeuner. Belle plage de sable avec beaucoup de posidonies.

Tour génoise

La Marina de Negru est aussi gardée par sa tour génoise à côté d’une maison pittoresque sur une petite baie coincée entre des falaises sombres. Galets sombres et sable grossier. Le parking est vide et le café fermé. Une belle maison, à l’écart a organisé une belle terrasse avec des transats, un jacuzzi. Servent-ils un café ? Non, c’est une maison d’hôte. Il n’y a personne sur la plage. Chaussée de mes chaussons bleus je traverse les galets et me décide à nager. L’eau est bien fraîche mais dès que je m’agite je me réchauffe. Les galets confèrent à l’eau une teinte émeraude d’un vert foncé rare. Quel plaisir de traverser la petite anse dans l’eau tranquille.

Nonza vue de la Tour Paoline

Nonza est perchée sur la falaise. La tour paoline domine le village, juchée sur un rocher. Elle n’est pas ronde comme la plupart des tours génoises mais carrée. Les seigneurs Avogari y bâtirent leur château au XIIème siècle, il fut détruit par les Génois. En 1760, Paoli fait construire cette tour de guet. Pour y parvenir, il faut traverser la placette en face de l’église, passer sous un porche et découvrir des maisons fleuries de magnifiques massifs d’hortensias et de bougainvillées. On grimpe encore un bon nombre de marches. Juste sous la tour, un restaurant a aménagé des terrasses ombragées (prix prohibitifs). Enfin, on parvient à la tour dont la terrasse est équipée de panneaux racontant l’histoire de Nonza.

L’église Sainte Julie est perchée sur une haute volée de marches. Elle est crépie en rose orangé, son fronton est triangulaire et le clocher jaune. L’intérieur est somptueux : le maître-autel est en marbre blanc incrusté de pierres dures polychrome 1694 (travail florentin), belles fresques baroques. Une statue de la Vierge en marbre se trouve devant le tableau naïf de Sainte Julie crucifiée. Selon la légende, Sainte Julie naquit en 420 ap.JC à Carthage, elle fut vendue comme esclave à un commerçant syrien qui fit escale à Nonza pendant une fête païenne. Julie fut enlevée mais refusa de participer aux sacrifices païens fut fouettée puis crucifiée. Julie est la sainte patronne de la Corse. Selon une version corse, ses bourreaux lui coupèrent les seins et de sa bouche sortit une colombe.

promenade des terrasses

Après ma promenade dans le village aux terrasses de cafés colorés et fleuris, à la fontaine de Paoli je m’engage dans une promenade fléchée « promenade des terrasses ». Ces terrasses étaient cultivées avec des jardins et des vergers. La culture locale est celle des cédrats. Il ne reste que quelques terrasses entretenues, la plupart son envahies par le maquis. Cette promenade débute à la route en face de la boutique. Des marches bien entretenues se descendent facilement jusqu’à la plage de Nonza. Un petit détour conduit à la Fontaine de Julie. A l’emplacement où elle aurait été crucifiée, aurait surgi une source. Le sentier descend « à pas d’âne » : les marches sont espacées et hautes ; On ne peut pas les descendre comme un escalier ordinaire. Les plaques de schistes sont tassées verticalement. Ceci forme des marches solides mais pas très confortables. En dehors de l’inconfort c’est une promenade magnifique et fleurie avec des immortelles de Corse jaunes, des coquelicots rouges, des œillets roses. Les terrasses boisées s’échelonnent.

 

  Côte orientale du Cap corse, déjeuner à Tamarone

CARNET CORSE JUIN 2021 de BASTIA à BONIFACIO

Lavasina : sa plage de galets et son sanctuaire

Le long de la D80, l’urbanisation se fait moins dense, les maisons s’espacent un peu jusqu’à Miomo qui devait être notre premier arrêt. Nous la ratons première halte. Impossible de garer la voiture. Ceci sera une constante au cours de la journée. Ne pas chercher à s’arrêter à s’arrêter dans un site précis. Laisser la voiture où on peut, et, revenir sur nos pas à pied. De toutes les façons, les panoramas seront magnifiques et on fera des trouvailles inattendues.

Lavasina est célèbre pour son sanctuaire qui attire les foules pour son pèlerinage au mois de septembre. Le campanile en béton, très haut se voit de loin et dépasse tous les toits. L’église de dimension plus modeste n’a rien qui puisse attirer la mécréante. Où s’arrête pour profiter de la plage de galets ? (refrain)

Villages perchés

A l’entrée de Lavasina, une petite route part en épingle à cheveux. Nous la ratons, revenons en arrière. Le virage est alors trop serré, il faut s’y prendre une troisième fois pour une nouvelle tentative. La  D54 monte dans un épais maquis vers les villages perchés de Poretto et Pozzo. Une église isolée dans la verdure avec un haut clocher, est précédée d’un vaste parvis entouré d’une banquette de pierre. Est-ce le couvent des capucins annoncé par le Guide Vert ? Je n’aurai pas le loisir d’approfondir le sujet, Un gros chien noir s’approche, menaçant. j’ai juste le temps de remonter en voiture.  Une autre route  monte au Monte Stello et se faufile entre deux coupoles surgissant de la verdure, chapelles ou tombes ?

perdue dans la montagne la grande église

Un parking est le départ pour la randonnée du Monte Stello, le plus haut sommet du Cap Corse (1306 m), randonnée difficile avec 1000 m de dénivelée, 7h10 de marche selon Visorando. Seule, je ne me lancerais jamais dans une telle expédition ! Cependant le parking est plein. A partir du 1er juin, le petit village de Pozzo est interdit à la circulation. Il est particulièrement calme et pittoresque. A la porte d’un hôtel, un tas de vieilles chaussures de montagne, des bûches et un vieux vélo. Devant une buvette, des packs d’eau sont empilés pour les randonneurs imprévoyants et assoiffés. Belles maisons de pierres. Toits de lauzes. Un clocher dans la verdure.

Nous descendons vers Erbalunga par le hameau de Castello. Le château est invisible. La chapelle Notre-Dame-des-Neiges est  très jolie avec son toit de lauzes. La petite chapelle est l’arbre qui cache la forêt ; à savoir une énorme église que je découvre en tournant autour de la chapelle. La taille et le nombre d’édifices religieux au Cap Corse qui me paraît si désert sont des sujets d’étonnement. A Erbalunga, bien disciplinées, nous garons la voiture au parking. Le long de la route se trouvent toutes les commodités (Mairie, cafés, Spar, pharmacie). Plus bas des ruelles conduisent à des placettes pittoresques. J’arrive à la Tour Génoise située directement sur le rivage puis me promène sur le mignon petit port.

la plage de Tamarone

Dominique a réservé au restaurant U Paradisu sur la plage de Tamarone à midi et demie. Nous traversons sans nous arrêter la Marine de Sisco,   la Marine de Pietracorbara, et celle de Porticciolo sans nous arrêtons et admirons au passage deux tours génoises.

Macinaggio est un village très touristique avec un port de plaisance important, de nombreux restaurants et hôtels. Madame GPS nous envoie dans des petites routes bordées d’hôtels jusqu’à un camping. Le goudron s’interrompt alors ; la piste poussiéreuse fait des montagnes russes avec des nids de poules en prime. La Plage de Tamarone de sable blanc est baignée d’une eau limpide turquoise. En s’approchant on reconnait les tas argentés des lanières de posidonies. Ce ne sont pas des « saletés », au contraire ! les herbiers des posidonies sont les milieux de vie de nombreux poissons, mollusques et crustacés. Il est essentiel de les préserver. Evidemment quand l’eau en contient beaucoup la transparence est altérée mais cela n’a rien d’une pollution quelconque.

Les baigneurs (3 dans l’eau) sont concentrés, à une extrémité où il n’y a pas de posidonies. Je les rejoindrai. La présence d’autres nageurs me rassure quand je ne connais pas la plage.

U Paradisu

U Paradisu est le seul restaurant de plage : un auvent de bois, un parquet, ni mur ni porte. Une jauge de 55 couverts. La table réservée se trouve dans un angle contre la plage< ; Le serveur et le patron sont aux petits soins ; Pour éviter les 3 marches pour Dominique, ils lui proposent de passer par la cuisine. Saint Pierre accompagné de légumes pour Dominique.  salade de poulpe grillé et chorizo pour moi. Le mariage poulpe et chorizo est très réussi servi sur un lit de salade verte avec des quartiers de tomates des lamelles de poivron rouge.  Les assiettes sont tellement bien garnies que nous renonçons au dessert alors que le soufflé glacé aux châtaignes nous tentait.

L’eau est bien fraîche pour la première baignade de l’année. Je commence à marcher dans l’eau jusqu’à la cheville puis aux mollets. Timidement j’avance face aux vaguelettes paresseuses qui ondulent. Je rejoins une dame mouillée jusqu’aux cuisses. « C’est la première fois ? » On s’encourage mutuellement, la vague mouille le bas du maillot. Je finis par me décider et la dame m’imite. C’est tellement bon après avoir été privée cet hiver de piscine ; Au-dessus des posidonies l’eau est peu profonde. Je regrette de ne pas avoir apporté mon masque. A l’ombre il fait 25°C mais au soleil bien plus. Je sèche vite.

De Macinaggio à Rogilano, le sentier des douaniers longe la côte. Je marche entre lentisques (les plus communs), arbousiers qui portent leurs fruits en pompons, bruyères et myrtes fleuris . Pour les senteurs, œillets, immortelles sont en pleine floraison. Il y a aussi des petite mauves (Malva neglecta selon l’appli Plantnet). Trois îles sont très proches de la pointe du Cap corse. L’un d’eux porte une ruine. Plus loin se profle une autre plage blanche déserte.

11

Dernière étape : le village de Tomino à 4km de Macinaggio. A la sortie du village la D353 monte dans un maquis très touffu. Elle serpente complètement à l’ombre de grands arbres. On ne devine le village qu’au dernier moment. La route bifurque, d’un côté la Mairie, de l’autre l’église. De loin se profilent les silhouettes massives de deux tours, l’une ronde, l’autre carrée. Encore la menace d’un chien féroce interrompt la prise de photos.

Direction de l’église Saint Nicolas XVIIème baroque, façade jaune rythmée de colonnes cylindriques blanches, le clocher allégé d’arcades et coiffé d’une coupole. L’église se dresse à l’arrière d’une grande esplanade en balcon. Quelques mûriers très élagués sont alignés pour former des arcades. Je traverse l’esplanade pour admirer le panorama. C’est le Campo Santo – le cimetière – qui a la plus belle vue sur la mer. Une table d’orientation montre les îles italiennes visibles par temps clair et même les carrières de marbre de Carrare. Des hirondelles me survolent avec des cris suraigus, formant comme un essaim agressif.

 

Un dimanche à Bastia

CARNET CORSE 2021 de BASTIA à BONIFACIO

Le vieux port de Bastia

Courses à Bastia

L’emplacement du cottage est exceptionnel, en pleine nature. 750 m plus bas se trouve un centre commercial avec Géant Casino, où nous trouvons tout le ravitaillement de base pour la semaine. Un peu plus loin, nous arrivons au Port de Toga, port de plaisance faisant suite au port des ferries . Le port de plaisance est bordé des terrasses des bars et des restaurants qui me font bien envie mais déserts à cette heure matinale. Des plongeurs embarquent du matériel et enfilent leurs combinaisons de plongée.

Un peu plus loin, quelques femmes portant des serviettes et des matelas de plage se dirigent vers les deux petites plages de galets.

Nous reprenons la voiture en direction du Centre-ville, passons devant le Terminal des ferries, à quai il y en a jaune de Sardinia et Corsica Ferries.

Place Saint Nicolas

Bastia place Saint Nicolas

L’Office de Tourisme est ouvert ce dimanche matin. Nous garons la voiture dans un grand parking situé entre la voie rapide et la grande place Saint Nicolas où se tient une grande brocante.

Au coin de la place je remarque la reproduction du sous-marin Casabianca  qui a participé à la Résistance en Corse après avoir échappé au sabordage de la flotte à Toulon(27 novembre 1942) et à la libération de l’île (11 septembre 1943, Ajaccio et 4 octobre Bastia). La cloche du sous-marin est devenue le symbole de la Résistance, elle se trouve au musée de Corte. De nombreuses stèles et monuments nous rappelleront ces épisodes tout le long de notre séjour.

La brocante est bien achalandée. De très jolis objets sont mis en vente. €Je trouve deux petits verres gravés (les 4 pour 1€). Plus loin, sur une sorte marché aux fripes je trouve une robe de plage.

Des cafés et restaurants ont déployé leurs terrasses le long de la place sous les platanes. Trop tôt pour l’apéro !

L’après-midi, je reviendrai pour admirer l’élégant kiosque à musique fleuri de petites roses roses. Le Monument aux morts massif œuvre des sculpteurs bastiais Peckle et Patriarche qui honore les morts de la Première Guerre mondiale mais qui représente une scène des guerres d’Indépendance. Une veuve ayant eu deux fils tués offre son 3e enfant âgé de 16 ans au Général Paoli. Symétrique par rapport au kiosque, Napoléon est représenté en empereur romain en marbre de Carrare, d’abord destiné à orner une place de Livourne. Je n’échapperai pas à Napoléon, cette année ni en Corse, ni à Paris mais je me soigne, en antidote j’ai téléchargé trois livres sur la Commune de Paris.

Déjeuner sur la table de jardin : filets de rougets, pommes de terre et fraises pour le dessert.

Les nuages ont couvert le ciel, la pluie menace quand je pars à pied à la découverte de Bastia. La ville est resserrée, les distances ne sont pas grandes mais elle est très pentue. Je descends et monte un nombre incalculable de marches.

Je quitte le chemin de Furcone pour la rue H Tomasi qui passe devant un groupe scolaire au nom de Charpak. Cela me fait très plaisir qu’un juif polonais soit honoré ici après être passée devant des bombages à la peinture noire « Islam Fora ! » et même « Français Fora ! ». Un sentier, dans la verdure et les escaliers, mène dans un quartier de jolies villas fleuries, puis après un escalier j’arrive rue César Campinchi et par la rue Miot à l’extrémité de la Place Saint Nicolas. La rue Napoléon est piétonnière, elle est bordée de boutiques pour touristes, souvenir et gastronomie.

L’Oratoire Saint Roch est richement décoré, c’était l’Oratoire d’une confrérie d’adolescents. L’Oratoire de l’Immaculée Conception est fermé, je ne peux qu’admirer sa façade décorée d’angelots qui n’ont rien à envier aux putti siciliens.

Descendant la rue Saint Baptiste je débouche sur le Vieux Port. La rade est remplie de bateaux de plaisance, les quais de terrasses de restaurants. A l’entrée deux phares, l’un coiffé de rouge, l’autre de vert font face à la grande église Saint Jean Baptiste. Il est 15 heures quand j’arrive et les terrasses sont pleines. Il règne une ambiance musicale (spontanée ou organisée ?) tout le port bruisse de chansons en italien et en corse reprises par l’assistance.

 

Longeant les quais, j’arrive au bel escalier qui monte au Jardin Romieu qui est étagé sur plusieurs niveaux sur la pente de la citadelle. Cela embaume les immortelles corses largement épanouies. Par un tunnel, je découvre un escalier très raide accédant à la Citadelle. Je n’ai pas fini d’emprunter des escaliers et des tunnels ! J’arrive sur une placette. Selon un écriteau, sur la place de la Chiappa se tenait un marché. Les commerçants qui faisaient faillite étaient exhibés déculottés « le cul nu sur la pierre du scandale ».

En face, le Palais du Gouverneur est une grande bâtisse jaune à la façade sobre. Au fond de la cour bordée d’arcade se trouve le musée (5€). Un ascenseur monte au 5ème étage au jardin suspendu. Pelouse verte entourée de lantana (jaune et orange) et de romarin corse très touffu. Des graffiti des conscrits et des prisonniers rappellent le passé militaire de la Citadelle. Un parcours d’escaliers avec de très belles échappées sur la mer, le vieux port et la ville reconduit au musée qui raconte l’histoire de Bastia.

La première salle raconte le passé antique de la Corse (emporium d’Alalia – Aléria) et les échanges méditerranéens avec le Trésor de Bastia (une amphore contenant un trésor monétaire contenant des pièces de Rome, Constantinople, Antioche…) céramiques grecques, étrusques ou de Campanie d’Apulie…

La Corse médiévale passa de la souveraineté des Vandales, de Byzance, des Lombards…en 750 propriété pontificale, au 11ème de Pise, puis de Gènes, Aragon 1297. En 1357 les Génois s’installent à Bastia.

La Bastia, la forteresse qui donna son nom à la ville, fut édifiée de 1378 à 1380.

Divers tableaux racontent la vie à Bastia, la plupart ont pour sujet la Citadelle ou le Vieux Port.

Bastia, capitale de la Corse génoise est marquée par l’influence ligure : architectes génois, maçons génois. Les éléments architecturaux : impostes, entablement décors de portes sont exposés. J’ai bien aimé les coffres de marins peints.

Les dernières salles contiennent la collection Fesch avec des maîtres napolitains ; j’ai remarqué la Peste d’Ashdod de Nicolas Poussin et Le Joueur de billard de Carlo Amalfi.

Nicolas Poussin la peste d’Ashdod

Les rues étroites de la Citadelle sont différentes de celles de la ville basse. La Cathédrale est ouverte mais il y fait bien noir. Comme je suis saturée de visite je ne tente pas de l’allumer avec la boîte prévue à cet effet. J’en ressors en faisant bien attention aux « éléments de corniche qui risquent de tomber ». Je descends en passant devant le Couvent des clarisses très austère de l’extérieur.

Un petit fortin est aménagé, dominant la mer, mais désert. De là, je découvre la Spassimare, piste cyclable et piétonnière qui longe la route du front de mer, passe sous un tunnel carré sous les remparts pour rejoindre la Jetée du Dragon qui porte le phare rouge. Selon mon plan, un tunnel passerait sous l’entrée du Vieux Port mais je ne le trouve pas. Le retour le long du front de mer est moins agréable que je ne l’imaginais. La circulation sur la voie rapide est bruyante, les terminaux du port des ferries assez désagréables.

 

 

 

Voyage et arrivée à Bastia

CARNET CORSE de BASTIA à BONIFACIO

Bastia : le Magnifique cottage

vol

Le voyage s’est très bien déroulé. Depuis la Pandémie l’aéroport d’Orly est réservé aux voyageurs munis de leur carte d’embarquement. Les formalités d’embarquement sont à peine ralenties par la lecture des documents sanitaires. L’avion est loin d’être plein. Nous sommes deux sur une rangée de trois. Malheureusement, le ciel est nuageux et on ne voit rien jusqu’aux Alpes. L’avion amorce sa descente avant même de survoler la Méditerranée. Les premières images de la Corse seront celle du lac Biguglia voisin de l’aéroport Poretta.

Location de la voiture

Sixt et Hertz ont fermé leurs guichets dans le Hall des arrivées, leurs bureaux sont à l’extérieur. Sixt nous a envoyé un lien vers un appli sur le téléphone KIRRK qui est censée nous indiquer le numéro du parking où notre véhicule nous attend. Pour créer un compte il faut scanner passeport, permis de conduire et carte de Crédit, prendre un selfie. Cela nous a pris presque une matinée ! Avantage :  court-circuiter l’impressionnante queue de touristes imprévoyants. Inconvénient : aucun contact humain, aucune réclamation n’est possible, aucun conseil pour la mise en route. « Si le véhicule est défectueux, si la carrosserie est  rayée, prendre une photo avec le smartphone ! ». La DS3 qui nous est attribuée ne correspond pas à notre réservation : nous avions demandé une voiture de catégorie A (type 108, C1 ou Smart, la DS3 est catégorie B, nous avions demandé une voiture manuelle. Celle-ci est automatique. Débrouillez-vous ! Une chance qu’elle ne soit pas électrique, la recharge est un cauchemar pour les malchanceux, les bornes tout à fait insuffisantes.

Arrivée au « Magnifique Cottage »

L’application Booking.com a un lien vers le Googlemaps qui nous guide presque jusqu’au portail dont nous avons les codes. Presque ! Je suis forcée d’appeler le propriétaire après avoir tourné trois fois dans le quartier malgré la série de photos qu’il nous a envoyées.

Magnifique cottage

jardin du magnifique cottage

Le « Magnifique Cottage » est un grand studio blotti dans la verdure à mi-pente sur la colline au-dessus de Bastia. On quitte le Chemin de Furcone à une épingle à cheveux pour s’engager dans un sous-bois barré par un portail métallique qui s’ouvre sur une propriété fleurie. Le studio donne sur un péristyle de colonnes de béton carrées avec des massifs de lantanas – buissons à petits pompons rose, oranges et jaunes hauts d’un mètre et très touffus. Un bougainvillée rose s’adosse au coin de la maison. Trois grandes portes-fenêtres en arcades s’ouvrent sur la façade. Sous un oranger, une table ronde turquoise et deux chaises de jardin assorties, à l’arrière un banc de bois patiné.

Plutôt qu’à un « cottage » on penserait à une orangerie (mais en Corse ce n’est pas vraisemblable, les agrumes poussent en pleine terre) ou à un atelier d’artiste, une chambre d’ami, dépendance de la grande maison rose aux fenêtres bleues bâtie au niveau inférieur qui a une merveilleuse piscine avec vue sur la mer, mais en travaux.

lantana

La grande pièce est étrangement agencée, encombrée de grands canapés orange autour d’une table basse en acajou, style bateau. Le lit est très grand à baldaquin, sans les rideaux, les montants en solides rondins. Un meuble un peu étrange porte une très belle lampe à abat-jour original. Décoration de bon goût avec des tableaux modernes intéressants. La cuisine, en revanche st minuscule. Des panneaux coulissants cachent un frigo et un micro-ondes. Les plaques de cuisson à induction sont à côté de l’évier. Un autre panneau cache des placards. Dans un si petit volume, sont agencés tous les ustensiles (cafetière, bouilloire, casseroles, passoires). Il faut être agile pour utiliser la bouilloire cachée derrière la cafetière et se hisser sur la pointe des pieds pour atteindre les casseroles. Etrange quand même : l’absence de table chaises ou tabourets pour prendre les repas ! la seule table est encombrée de bougies énormes, cierges XXL faux, ils sont électriques.

Le studio est beau, luxueux mais pas du tout fonctionnel. On imagine, un week-end en amoureux, une fête entre copains plutôt qu’un séjour d’une semaine que nous projetons. S’il fait beau on vivra dans le jardin.

J’ai oublié de mentionner la salle d’eau, douche vaste luxueuse, originale.

Le soleil des Landes

ESPAGNE ATLANTIQUE – RETOUR

Vieux Boucau, plage de Messange

Temps magnifique. Avant d’aller à la plage, nous traînons dans les rues commerçantes. Au marché, je trouve les sandales de mes rêves des Méphisto à  50 Euros. J’ai de gros doute sur l’authenticité, elles sont agréables à porter. J’ai surtout envie de trouver un remplaçant à mon maillot de bain « Deauville 1920 » si possible un deux pièces.

Belle journée à la plage sous le parasol.
Les vagues sont très fortes, presque comme au Cap Vert. La plage est surveillée. Au premier essai, les maîtres nageurs rappliquent en voiture pour nous déloger de l’eau, deux gamins et moi. Seuls les surfeurs restent dans la zone non surveillée. Le mazout est très présent. On voit des galettes sur le sable mais aussi dans l’eau. Je ressors toute tachée, cela gâche le plaisir. Le plus agaçant est qu’on a l’impression que rien n’est fait pour avertir les vacanciers, ni pour expliquer comment s’en débarrasser ou nettoyer. Nous avions pris l’habitude en Espagne des grands panneaux citant l’entreprise chargée du nettoyage, des affichettes destinées aux baigneurs et de la présence des escouades blanches. Les plages étaient plus propres qu’ici. Je viens de lire dans le Monde que le Plan Polmar avait été suspendu fin juin de peur d’effrayer les touristes. C’est vraiment prendre les gens pour des imbéciles.

Contrairement au Cap Vert où nous avons été très imprudentes avec le soleil, nous ne nous méfions pas assez et négligeons de nous cantonner à l’ombre du parasol et de nous tartiner. Quand nous levons le camp vers six heures mon dos me chauffe. Ce n’est qu’après une douche laborieuse (aceite y frotar ) , j’ai les seins tout noirs sous le maillot noir, que nous découvrirons les coups de soleil.

Promenade et dîner le long du lac marin.
Dominique a le haut de la cuisse complètement brûlé, c’est l’unique fois qu’elle a enlevé le short des vacances, la peau n’était pas préparée. Impossible d’envisager une nouvelle journée de plage. Nous rentrerons demain matin à Créteil.

 

 

 

 

 

Pluie sur le Pays Basque / Berméo- Guernica arrivée dans les Landes

ESPAGNE ATLANTIQUE 2003

Bermeo sous les nuages et la pluie

Réveil dans le brouillard. Il pleut. Nous nous promenons sur le port et sur la digue de  Berméo .Le vieux port est installé dans une jolie rade nichée entre les maisons Les maisons du port sont étroites, hautes et colorées avec toujours ces vitrines. Elles se reflètent dans l’eau. Des bateaux blancs et des barques colorées dansent. Le port plus récent est vaste et contient de plus gros bateaux de pêche. De très gros bateaux sur des cales attendent la réparation. S’il avait fait beau, nous aurions pu faire de nombreuses promenades. Sous cette pluie, nous songeons au retour si bien que nous retournons faire précipitamment les valises avant midi.

Guernica

Terroristes ?
A midi, nous sommes en voiture, direction Guernica. J’avais imaginé cette ville rasée par les allemands, certains beaux bâtiments anciens avec des arcades bordent les rues. A la sortie de Guernica : embouteillage. Nous croyons à un accident, mais la file n’avance pas, les gens sortent des voitures, téléphonent, beaucoup font demi tour. « Que  pasa ? » « Une bombe dans un restaurant » (on apprendra ensuite que c’est à l’aéroport). La route est bouclée, on nous conseille d’essayer la route côtière.

Nous remontons vers l’océan le long de la Ria, traversons Artéaga puis de belles forêts dans les collines. Jolies vaches grises, beaux jardins. Encore des petits ports entourées de maisons colorées, une plage de sable jaune très profonde. Le village suivant est à 13 km. De nombreux marcheurs suivent la route. La plupart portent un parapluie. La pluie ne semble pas les effrayer. D’ailleurs, elle a cessé. Encore un petit port, c’est la fête locale, les voitures encombrent les bas côtés de la route, impossible de stationner. Pourtant, nous aimerions au moins acheter du pain.

Guernica4

Tapas à Delia
Délia est le dernier village avant l’autoroute, encore un port, des maisons en hauteur, des bateaux de pêche… deux plages de sable. Je ne trouve pas la boulangerie. J’entre dans un bar et achète les plus jolis bocadillos, les plus raffinés : tortilla au lard thon et piment, champignons confits  escalope panée au piment. Dans de tout petits pains frais. Ce sont des mini sandwich à consommer en tapas, j’ai du mal à convaincre le barman de  les emballer « para llevar ».
Pour ce beau pique-nique, il nous faut un bel endroit ! Justement un mirador est aménagé avec des bancs, une table d’orientation  et une lunette. Les falaises de flysch gris se succèdent dans une mer grise sous un ciel gris. Belle vue mais photo tristounette, qu’on ne prend pas.

Irun, la frontière
Autoroute jusqu’à Irun, arrêt courses au poste frontière. Il règne un désordre inhabituel à cette heure de sieste. Les gens remplissent des caddies entiers d’alcool.

  Vieux Boucau
Retour en France, les montagnes s’éloignent, les nuages se séparent. Arrivées dans les Landes, il fait très beau.
Nous trouvons un bel hôtel à Vieux Boucau près de Souston : l’Hôtel de la Côte d’Argent ** situé sur une rue piétonnière. Non seulement il reste des chambres, mais le prix est raisonnable 45 euros. Notre chambre n’est pas grande mais elle est claire, vue sur parking (nous sommes mal habituées) papier peint pastel, belle salle de bain et téléphone. La plage est assez loin, il faut traverser le quartier piétonnier, contourner le lac marin puis de grosses résidences (bien fichues, en Espagne la construction  était vraiment laide), je trouve une certaine élégance à ces immeubles modernes aux volumes variés, surtout ils paraissent finis et léchés. Je crois que la dimension y est pour beaucoup : ils n’ont que trois ou quatre étages ; beaucoup moins que les immeubles espagnols ?. Au déboucher du lac, nous trouvons la dune, bien haute et bien pénible à gravir. Derrière, l’océan avec de jolies vagues (drapeau jaune). Nous sommes sur une plage déserte – baignade interdite- au retour, nous verrons des écriteaux « plage interdite : pollution ». La marée noire est ici, non pas deux ou trois bouettes comme en Espagne mais des galettes de l’ordre du décimètre alignées sur le sable mouillé.

Beaumarchais – Un aventurier de la liberté – Erik Orsenna – Stock

Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie !…Noblesse fortune, un rang des places tout cela rend si fier ! Qu’avez vous fait pour tant de biens? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus. Du reste homme assez ordinaire ! 

                              Le Mariage de Figaro, acte V scène 3

 

Erik Orsenna est l’auteur de biographies sympathiques, joyeuses et très agréables à lire : André Le Nôtre : Portrait d’un homme heureux, Pasteur: La vie, la mort, la vie. Celle de Beaumarchais est de la même veine. Orsenna  décrit Beaumarchais comme un séduisant personnage capable d’attirer la sympathie des Grands par ses talents variés : génial horloger, harpiste et maître de musique des  filles de Louis XV. Ce roturier, fils d’horloger, est introduit en Cour à  ans. Joli garçon il épouse et monte dans l’échelle sociale, s’achète un brevet de noblesse, fait des affaires. A la façon dont Orsenna raconte, il semble vivre en s’amusant. Et la lectrice s’amuse également. Il commet des pièces un peu ratées, peu importe, on s’amuse. Il a des ennemis aussi, des jaloux, on le traîne en justice mais il a tant d’esprit pour se défendre qu’on retiendra plus ses écrits piquants que la honte d’un jugement. 

Carmontelle : Ange-Laurent de La Live de Jully jouant de la harpe

Orsenna s’amuse lui aussi a faire des allusions à la vie contemporaine faisant de Beaumarchais le champion du « En Même Temps ». La lectrice sourit. En même temps diplomate, un peu espion, à Madrid et à Londres. Courtisan et frondeur, plutôt insolent que frondeur.

Le talent d’Orsenna est de rythmer son récit de citations du Mariage de  Figaro et du Barbier de Séville, dialogues piquants illustrant parfaitement le propos. Qui a plus d’à-propos, Orsenna ou Beaumarchais? Et la lectrice s’amuse (refrain).

Carmontelle : Louise-Marie-Thérèse Bathilde d’Orléans

Beaumarchais s’implique aussi dans des entreprises risquées : il veut prêter main forte aux Américains dans leur lutte pour l’Indépendance, affrète une véritable flotte. Il se fait imprimeur pour publier Voltaire. 

Amusant : il fait construire un palais en 1788 avec vue sur la Bastille, aux premières loges des manifestations ! Encore une fois, la lecture s’amuse (refrain).

C’est donc un ouvrage amusant léger, distrayant. Les grincheux diront peut-être, superficiel : en tout juste 200 pages, il n’y a pas la place pour une analyse approfondie. Moi qui ne suis pas spécialiste, j’y trouve mon miel.

Ivo & Jorge – Patrick Rotman – Grasset

« Autant Montand paraît spontané, au risque d’être brouillon, autant Semprùn est réfléchi, mesuré, au risque de paraître froid. Mais il faut se méfier des apparences. Il arrive que la répartition des rôles s’inverse : la réserve un peu mystérieuse de Jorge peut s’ouvrir en une chaleureuse disponibilité affectueuse. Montand qui paraît d’une pièce dans son truculent costume de Méridional flamboyant est taraudé par une inquiétude existentielle qui l’amène par instants à s’enfermer en lui-même, absent aux autres. Ces deux-là se déchiffrent d’instinct. Vingt-sept ans de compagnonnage complice, de dialogue ininterrompu, à cultiver les affinités électives qui fondent leur amitié. « 

Ivo Livi est Yves Montand, fils d’ouvrier communiste de Toscane qui a fui les faisceaux mussoliniens en 1924, et qui s’est installé à Marseille. Jorge Semprùn Maura est le fils d’un aristocrate madrilène, élevé dans le luxe entre des gouvernantes allemandes, des visites au Prado et une éducation soignée à la maison. Qu’est-ce qui a pu rapprocher ces hommes si différents?

Le roman s’ouvre à Moscou en 1990 où l’on projette le film L’Aveu, le film de Costa Gavras adapté du livre de London dont Semprùn a rédigé le scénario où le rôle principal est interprété par Montand. Tout un symbole que cette projection, 20 ans après la sortie du film!

Allers et retours entre Moscou, Madrid et Marseille, Paris, Saint Paul de Vence,  pour raconter la vie de ces deux héros qui nous sont familiers et qui nous ont accompagné. De la Guerre d’Espagne, à la Perestroïka, en passant par la Résistance, Buchenwald, les Procès de Prague, Budapest 1956… Une histoire du XXème siècle vécue par le militant communiste et le compagnon de route, la clandestinité et les feux de la rampe. Une histoire de solidarité, de fraternité. Des regrets d’être « passé à côté de l’essentiel » : pour Montand en ne rejoignant pas la Résistance, pour Semprùn en ayant cautionné les procès staliniens. De belles rencontres aussi pour le lecteur : Edith Piaf, Simone  Signoret, Marilyn et Miller, et tant d’autres….

Leurs histoires auraient pu se croiser, j’ai attendu leur rencontre : elle a eu lieu en 1963,

« Entre Montand et Semprùn, naît une amitié nourrie de leurs histoires respectives, de la recherche d’un idéal perdu, de complicités personnelles.

Ces deux émigrés de l’histoire ont partagé les grandeurs et les désillusions d’une génération. Au début de leur « liaison » amicale, les deux hommes en sont au même point idéologique : Montand et Semprùn sont des communistes critiques qui ont perdu leurs illusions mais ont gardé leurs espérance[…]ils espèrent encore débarrasser le communisme de la perversion stalinienne. Dans cette quête impossible, Semprùn va devenir la conscience de Montand… »

Le chanteur va s’impliquer dans des films politiques, le duo deviendra trio avec Costa Gavras . Ivo & Jorge nous emmène au cinéma! 

 

Les Carnets de Salonique – Ivan Nilsen – ed. Marie Barbier

LIRE POUR LA GRECE

« Salonique ou Thessalonique ? Bien qu’antiquisant, j’opte résolument pour le premier : c’est plus court et plus
joli ; ce sont les Grecs (byzantins) eux-mêmes qui ont abrégé le nom, il y a près de mille ans ; c’est le nom
qu’employaient les Juifs de la ville et ce n’est pas mal de s’en souvenir ; quoique philhellène, je n’ai aucune
raison d’épouser le nationalisme grec le plus obtus qui prétend effacer tout corps étranger de l’histoire de la ville
et jusqu’au nom utilisé par les Juifs comme par les Turcs. Voilà donc une affaire tranchée. »

Je saute sur toute occasion de faire un tour en Grèce, Matatoune  a chroniqué cet ouvrage et derechef, je l’ai téléchargé et lu! Salonique est une ville chère à mon cœur, départ d’une exploration en Macédoine et en Thrace. Jérusalem des Balkans, ville brillante jusqu’en 1917, où les quartiers juifs furent incendiés, la communauté juive fut déportée en 1943 et pratiquement exterminée.

Cette lecture fait suite à d’autres, mémorables: Vidal et les siens d’Edgar Morin que j’ai lu et relu. Gioconda de Nikos Kokantzakis, délicieux roman d’amours adolescentes et histoire vraie, témoignage de la déportation.   Le Cahier volé à Vinkovici de Dragan Velikic et le Sarcophage et la douleur du Vendredi Saint de Yorgos Ioannou mettent en scène la ville.

Les Carnets de Salonique commencent comme une intrigue policière : une femme, Judith, est assassinée à Thessalonique en 1975, victime d’un attentat organisé par l’extrême-droite grecque à la chute du régime des colonels. L’enquête a conclu qu’elle avait été abattue par erreur, victime d’une balle perdue. Vassili Korassov, son compagnon est persuadé que Judith n’est pas morte par hasard, qu’elle était visée par les tueurs. Vassili tente de dénouer le mystère avec l’aide de Gabriel, un archéologue, fils d’un archéologue qui a collaboré avec les policiers en qualité de traducteur. 

Il sera donc question d’archéologie, le père de Gabriel spécialiste du siècle de Périclès a aussi fouillé à Pella, ville de Philippe, le père d‘Alexandre le Grand. Les méthodes de l’archéologue sont analogues à celles du  détective:

« Que vaut l’archéologie si elle ne parvient pas à extraire d’une couche de débris informes, d’un vulgaire
amoncellement minéral, d’un terrain montueux mâtiné de pierrailles, ce qui bientôt donnera une figure, un
visage à un édifice oublié, suscitera la curiosité du visiteur et fera revivre une civilisation entière dans l’esprit
des hommes ? »

Vassili évoque l’histoire de Judith et de sa famille originaire de Smyrne . Son père Costas est un commerçant grec, sa mère Déborah – juive d’origine livournaise. A la suite de la Grande Idée,  « megali idea« , le rêve grec de reconquête de territoires en Anatolie qui aboutit à La Grande Catastrophe, exode des Grecs d’Asie Mineure et incendie de Smyrne, le couple émigre à Salonique, où leurs affaires prospèrent, leurs enfants ont la meilleure éducation en Français et en Italien. A la suite de la Crise de 1929, la montée des fascismes et de l’antisémitisme incitent Costas et Déborah à l’exil à nouveau à Marseille. Rattrapé par la Guerre et l’occupation Allemande, ils poursuivent leur errance jusqu’aux Etats Unis

 » Je suis le non-juif errant » disait-il (Costas) avec ironie. A peine établi à ses aises, il lui fallait s’arracher à ce qu’il avait tenu pour un asile et qui se révélait, une fois encore, une fausse promesse, un cul de basse-fosse…. »

Cette lecture est une leçon d’Histoire, histoire  grecque, à travers le XXème siècle, Résistance des andartes de l‘ELAS contre les Allemands en Epire, et exil de ces derniers, chute du régime des Colonels et opposition des militaires avec parfois complicité de l’Eglise Orthodoxe…

Judith, bercée dès l’enfance à cette histoire, devient historienne et part à la recherche des biens juifs spoliés. Encore un thème passionnant!

Par ces thèmes multiples, les Carnets de Salonique sont intéressants. Cependant ce livre de moins de 90 pages, les survole. J’aurais aimé plus de profondeur. J’aurais aimé m’attarder à Smyrne, me promener plus longuement rue Egnatia ou dans les ruelles qui grimpent à la citadelle de Thessalonique. J’aurais aimé humer l’air de la mer Egée sur le port de Salonique et voir les personnages s’installer à Marseille. J’aurais aimé plus d’archéologie, en  savoir plus sur les fouilles de Pella, sur Philippe et Alexandre le Grand.

Cette lecture agréable et  facile me laisse un peu sur ma faim. Les personnages secondaires sont esquissés plutôt que présents. 

 

A l’ombre du brasier – Hervé Le Corre – Rivages/Noir

LA COMMUNE DE PARIS

 » Un monde nouveau s’imprimait chaque jour, les rêves se lisaient enfin noir sur blanc, en plein jour, enfin évadés des nuits, de leurs brouillards et de leurs terreurs. C’était le
printemps de la vie, tout cela, et les rosiers qui escaladaient les murs et débordaient sur les trottoirs, versant
parfois leurs parfums sur eux, ne disaient pas autre chose. »

Les dix derniers jours de la  Commune de Paris du 18 Mai 1971 au 28 Mai 1971 qu’on nomme aussi la Semaine Sanglante. 

Dans ce roman touffu, nous suivons Nicolas et ses deux frères d’arme Adrien et Le Rouge, soldats fédérés du 105ème, qui courent de barricade en barricade pour ralentir l’avance des Versaillais qui sont aux portes de Paris, Caroline, la bonne amie de Nicolas, ambulancière qui soigne les blessés. Des personnages louches profitent du désordre : Monsieur Charles, le photographe d’un genre « un peu spécial », Pujols qui lui procure de jeunes modèles pour ses photos érotiques, Clovis, le cocher complice de Pujols dans l’enlèvement des jeunes filles. Antoine Roques, ouvrier relieur a été élu commissaire de police du Xème s’attache à résoudre cette affaire d’enlèvements, il doit traverser Paris dans les combats pour délivrer une prisonnière.  On s’attache aux personnages : Communards idéalistes, courageux ouvriers dévoués aux rêves d’un avenir meilleur. Au cours de l’action, les caractères s’affirment, se complexifient. La solidarité du peuple de Paris, des inconnus soutiendra les fédérés jusqu’au bout. Avec l’avance des Versaillais les massacres sont effroyables…

Roman noir, roman historique? Histoire des anonymes, du peuple des ouvriers, des artisans , l’auteur évoque en filigrane quelques figures connues au fil des conversations, le Général Dombrowski ou Louise Michel.

Roman de guerre, sur les flaques de sang, l’odeur de la poudre, des cendres des incendies. Interminables traversées de Paris du fort d’Issy par le Bois de Boulogne et les quartiers de l’ouest de Paris abandonnés par les bourgeois, aux barricades de la Rive Gauche, du XVème au Quartier Latin, finalement les derniers jours tous se replient vers la Bastille, Château d’Eau, et l’Est de Paris. L’errance de Nicolas et Caroline se terminera vers Bagnolet ou Montreuil où les Prussiens campent encore. Beaucoup de combats, de faits d’armes, d’héroïsme qui finissent par lasser le lecteur qui sait que les Versaillais seront impitoyables.

Histoire des femmes aussi, des ouvrières qui se réunissent pour faire valoir leurs droits, féministes activistes.

Et bientôt, les filles n’auront plus besoin de demander la permission pour tout, pas vrai ? C’est toi qui me l’as
dit, une fois. Qu’la Commune et tout ça, ça changerait la vie des femmes.

 

Accessoirement, histoire de la photographie, Charles Gantier rêve d’être un des premiers reporters de guerre avec un procédé de sa façon.

La guerre sera bientôt dans la rue, sous nos fenêtres, et j’en veux enregistrer toutes les convulsions ! Mes confrères
photographient ces imbéciles posant sur leurs barricades, devant leurs canons, bravaches, triomphants ! Mais
moi, je les prendrai sous le feu, face à de vrais soldats, dans la fureur du combat, et l’on verra qui alors est le
plus brave, de cette mégarde nationale, de ces bonimenteurs à képis, ou des régiments de ligne menés par nos
meilleurs officiers. Alors la vérité sautera aux yeux de l’Histoire.

Roman policier avec l’enquête des enlèvements….

J’ai suivi avec beaucoup de sympathie l’Odyssée de Nicolas du Bois de Boulogne aux Grands Boulevards . J’ai un peu décroché pendant les faits d’armes qui traînent  en longueur. Sans doute était-ce nécessaire de maintenir le lecteur dans les bombardements et le sang. Mais je me suis accrochée et ne l’ai pas regretté.