» Ce fut une soirée mémorable. Je l’appellerai la soirée du Grand-Paon. Qui ne connaît ce superbe papillon, le plus gros de l’Europe, vêtu de velours marron et cravaté de fourrure blanche ? Les ailes, semées de gris et de brun, traversées d’un zigzag pâle et bordées de blanc enfumé, ont au centre une tache ronde, un grand œil à prunelle noire et iris varié, où se groupent, en arcs, le noir, le blanc, le châtain, le rouge-amaranthe [….]
Or le 6 mai, dans la matinée, une femelle quitte son cocon en ma présence, sur la table de mon laboratoire aux bêtes. Je la cloître aussitôt, tout humide des moiteurs de l’éclosion, sous une cloche en toile métallique. D’ailleurs, de ma part, aucun projet particulier la concernant. Je l’incarcère par simple habitude d’observateur, toujours attentif à ce qui peut arriver.
Bien m’en prit. Vers les neuf heures du soir, la maisonnée se couchant, grand remue-ménage dans la chambre voisine de la mienne. À demi déshabillé, petit Paul va, vient, court, saute, trépigne, renverse les chaises, comme affolé. Je l’entends m’appeler. « Viens vite, clame-t-il ; viens voir ces papillons,
Combien sont-ils ? Une vingtaine environ. Ajoutons-y l’appoint des égarés dans la cuisine, la chambre des enfants et autres pièces de l’habitation, et le total des accourus se rapprochera de la quarantaine. Ce fut une soirée mémorable, disais-je, que celle du Grand-Paon. Venus de tous les points et avertis je ne sais comme, voici, en effet, quarante amoureux empressés de présenter leurs hommages à la nubile née le matin dans les mystères de mon cabinet….. »
Pendant des années, nous avions étudié en classe ce texte suivi du compte-rendu détaillé de toutes les expériences auxquelles le naturaliste s’est livré pour identifier le stimulus attractif. Le récit de ses expérimentations est raconté avec précision et rigueur. Modèle de méthode expérimentale. Les élèves devaient le résumé avec des schémas. Certains faisaient de véritables bandes dessinées. J’ai photocopié celle de Pierre V. et j’ai gardé sa BD dans mes archives précieusement pendant des décennies.
Quelle a été mon émotion quand j’ai pu découvri Saturnia pyri, hier au cimetière de Créteil, à l’ombre et dans la fraîcheur d’une chapelle familiale. La conservatrice du cimetière qui l’avait repéré et qui nous l’a montré avait fait une photo avec sa main pour donner l’échelle.
un papillon géant presque de la taille d’une main
Surprise, le papillon n’est plus seul : ils sont deux, accouplés. A côté de la tombe pousse un cerisier, tout à fait favorable pour y installer la ponte.
Ce n’est qu’aujourd’hui, alors que je suis retraitée que j’ai le plaisir de cette rencontre avec le papillon vivant!
Les Souvenirs entomologiques de Fabre sont facile à télécharger (en plus c’est gratuit). Je vais les relire. C’est un livre délicieux!
Pour des renseignements détaillés et récents sur cliquer ICI un article qui raconte l’élevage de ce papillon géant.
Le Chemin des Rosesest un parcours piétonnier ou cyclable sur l’emplacement de la voie ferrée du Train des Roses qui reliait Verneuil-l’Etang à la Gare de la Bastille. Elle fut ouverte en 1853 et achevée en 1892. Ce « train horticole » transporta jusqu’à 85 tonnes de roses pour le seul mois de juillet 1900. La guerre de 14-18 mit fin à ce transport, les pratiques horticoles ayant changé. Le trafic voyageurs fut fermé en 1953, et le fret dans les années 80.
Les gares de Mandres-les Roses( sur la Tégéval), de Brie-Comte Robert bordent encore la voie, celle de Grisy- Suisnesloge un petit Musée de la Rose avec une jolie roseraieet celle de Coubert, un musée ferroviaire( je ne les ai jamais vus ouverts en semaine,seulement le dimanche). Le parcours est jalonné de panneaux explicatifs et de plans. Après Soignolleset Solers on passe l’Yerres qui est une rivière assez large. Sur le pont une plaque de marbre commémore un accident ferroviaire qui endeuilla le transport de troupes en 1918. Il faut faire un détour pour passer de l’autre côté du TGV, la campagne devient plus agricole et la promenade se termine au village de Yèbles, joli village briard.
le chemin des roses ombragé
C’est donc un parcours bien plat, facile, sur une piste confortable en cailloutis blanc entre les haies ou les arbres d’essences variées. Les plus plaisants sont les acacias et les sureaux fleuris au mois de mai. En juin on pourra goûter aux cerises acides. Et par temps de canicule, il y a des parcours ombragés. La voie ferrée était bien isolée de la RN 19 qu’on ne coupe qu’une seule fois.
la cueillette des fraises
Un petit détour, quelques centaines de mètres après avoir traversé la route, on aboutit à un rond-point décoré d’une botte d’asperges. Un chalet vend des asperges en saison. De l’autre côté de la RN 19 se trouve la Cueillette de la Grange de Coubert. On peut y cueillir des fraises ou d’autres fruits selon la saison, des salades, des choux, des épinards, radis, pommes de terre courgettes, aubergines ou tomates plus tard dans la saison.
les pivoines sont de toute beauté
Il y a aussi des fleurs. Les pivoines étaient de toute beauté. Il faut apporter son matériel (sécateurs et couteaux) et,ses emballages (covid oblige). Des brouettes sont à disposition. Les fraises hors-sol sont faciles à cueillir mais pas extraordinaires au goût. Les prix sont comparables à ceux ce la grande distribution, la fraîcheur incomparable en plus et le plaisir de cueillir soi-même surtout pour les familles avec des enfants. Les asperges sont vendues en bottes, les cueilleurs massacrant les pousses et ne coupant que les bourgeons. Elles sont délicieuses!
une gare du chemin des roses
Pratique: Parking facile à Servon derrière Léon de Bruxelles et La Criée, le départ est tout proche, parking facile également à l’ancienne Gare de Brie Comte Robert. En revanche la ballade est longue pour un aller/retour pour le retour il existe un autobus 21 se renseigner des horaires ou prévoir deux voitures.
« les fléaux, en effet sont une chose commune, mais on croit difficilement aux fléaux lorsqu’ils vous tombent sur la tête. Il y a eu dans le monde autant de pestes que de guerres. Et pourtant pestes et guerres trouvent les gens toujours aussi dépourvus. »
la Peste fait partie de ces classiques que tout le monde a lu ou croit avoir lu, étudié au lycée….une évidence en période d’épidémie. L’ai-je vraiment lu dans mes études? Peut-être, je me souviens de ces rats qu’on ramassait à la pelle, mes souvenirs n’allaient pas plus loin. Lecture de circonstance donc.
Comme aujourd’hui, l’épidémie fut abordée avec incrédulité : les grandes épidémies ne concernent pas une ville moderne au milieu du XXème siècle, Moyen Âge, contrées asiatiques lointaines….Qui penserait à la peste? Le vieux docteur Castel qui a fait une partie de sa carrière en Chine
« Seulement, on n’a pas osé donner un nom, sur le moment. L’opinion publique, c’est sacré : pas d’affolement, surtout pas d’affolement. »
[….]
« quelques cas ne font pas une épidémie et il suffit de prendre des précautions »
Une fois, la peste identifiée et admise, il faudrait prendre des mesures. Un sérum existe mais
« Savez-vous, lui dit ce dernier que le département n’a pas de sérum? »
Et comme le sérum mettra du temps à arriver de Paris, au lieu de peste on parle de « fièvre à caractère typhoïde« , il convient d’attendre….
A l’allure où la maladie se répand, si elle n’est pas stoppée, elle risque de tuer la moitié de la ville avant deux mois. Par conséquent; il importe peu que vous l’appeliez peste ou fièvre de croissance. Il importe seulement que vous s’empêchiez de tuer….
Atermoiements, contestation de l’efficacité du sérum (qu’on n’a pas), cela ne vous dit rien?
On va installer des salles « spécialement équipées« , des quarantaines…..jusqu’à ce que la ville entière soit isolée du monde et que les habitants soient réduits à être séparés, exilés, prisonniers. Tout l’art de Camus est de faire vivre ce monde séparé, d’analyser les réactions des personnages. C’est un roman et non pas une étude épidémiologique!
Les personnages sont vivants, divers avec des occupations diverses et des préoccupations bien à eux. Le Docteur Rieux est happé par son travail à l’hôpital, mais il entretient aussi des relations de camaraderie voire d’amitié avec ses collaborateurs.
s’agit pas d’héroïsme dans tout cela. Il s’agit d’honnêteté. C’est une idée qui peut faire rire, mais la seule façon de lutter contre la peste, c’est l’honnêteté.
Grand, le bureaucrate sort de ses obsessions depuis que la peste a donné un sens à son travail.
Cottard va tirer profit de l’épidémie, c’est un personnage assez mystérieux dont le secret restera caché.
En somme, la peste lui réussit. D’un homme solitaire et qui ne voulait pas l’être, elle fait un complice. Car visiblement c’est un complice et un complice qui se délecte. Il est complice de tout ce qu’il voit, des superstitions, des frayeurs illégitimes, des susceptibilités de ces âmes en alerte ; de leur manie de vouloir parler le moins possible de la peste et de ne pas cesser cependant d’en parler ;
Rambertveut fuir à tout prix pour rejoindre la femme qu’il aime…..
Les personnages secondaires sont, eux-aussi, bien individualisés . On s’attache à chacun d’eux.
Une interrogation, cependant : Oran se trouve bien en Algérie? Comment se fait-il que Camus n’ait animé que des Européens? les plus exotiques sont d’origine espagnole. Rien que des catholiques! Les Arabes et les Juifs étaient-ils vaccinés ou transparents aux yeux des colons?
A lire et à relire, même en dehors de l’épidémie. Un grand livre, mais tout le monde le sait
Henry Bauchau sait raconter des histoires, mythes, légendes avec son style envoûtant. Je l’avais suivi avec Oedipe sut la Route et Antigone, je cherchais depuis longtemps Diotime et les lions.
Grecque ou Perse?
Diotime est fille de Kyros et petite fille de Cambyse. Kyros est-il Cyrus, le Roi des Rois, fondateur de l’empire Perse qui s’étendait jusqu’à l’Indus? Mais il y a eu au moins deux Cyrus et deux Cambyses…Il ne faut peut être chercher à coller à l’histoire et rester dans le domaine de la poésie. La mère de Diotime, elle est grecque. Des Grecs, elle cultive la modération et la mesure humaine contre la folie des Barbares. Diotime est un prénom grec.
Les Lions
Cambyse et Kyros, ont pour anciens ancêtres les lions et chaque année les hommes se livrent à une chasse rituelle, les lions jouent aussi un rôle initiatique. Pour faire partie de la tribu et épouser Diotime, Arsès, le grec devra affronter un lion dangereux et puissant.
Diotime, adolescente suit Cambyse qui lui apprend à monter à cheval, à chasser au faucon. Elle veut participer à la chasse rituelle, malgré l’interdit traditionnel qui exclue les filles et malgré l’opposition de sa mère. Sous le patronage de Cambyse elle brave les interdits….
La chasse est violente, sang, danse, bûchers….Ce très beau texte tragique va inspirer théâtreux et danseurs qui en, tirent des spectacles dont je n’ai vu que les extraits de Youtube.
Lorsque que le périmètre des promenades se rétrécit et que l’horizon est tout proche, mieux vaut aiguiser son regard et s’arrêter aux détails passés inaperçus pendant des décennies. La floraison d’une nouvelle fleur devient un événement notable.
jonquilles (01.04.2020)
Après un mois de février très pluvieux et un début mars à peine mieux voici que les beaux jours sont arrivés dès le début du confinement et que les jonquilles ont devancé le printemps. Les jardiniers de la ville ont dispersé muscaris et narcisses au hasard (sans doute étudié) dans les pelouses. Ils ont également fait des massifs en forme de larges ondulations où narcisses, tulipes, primevères et pensées fleurissent . Au cours des jours qui vont suivre certaines fleurs plus discrètes vont occuper l’espace au fur et à mesure que d’autres se fanent.
24avril : tulipes myosotis derrière le Palais
Attentive également aux buissons : jaune éclatant et précoce des forsythias, blancheur fragile des magnolias, les camélias sont sur la fin de la floraison.
Les cerisiers blancs sont éblouissants
cerisiers (fin mars)
la splendeur du début d’avril : les cerisier roses aux pompons fournis
Splendeur éphémère, un coup de vent et les pétales jonchent le sol. Quand tulipes et narcisses fanent le iris, les giroflées et les grosses boules d’ail garnissent les bordures du Mail des Mèches
dans les buissons les azalées et rhododendrons flashent
Vers la fin avril je remarque les tamaris bien cachés sur les bords du parking de la fac de Droit
Hier 23 avril j’ai senti les premières grappes d’acacia au parfum sucré et entêtant
Le Mail des Mèches est décoré des grosses boules rondes de l’ail
Quel bonheur cet inventaire floral et merci aux jardiniers de la Ville de Créteil pour ce cadeau !
Angelo partit à quatre heures du matin. Les bois de hêtres dont lui avait parlé le garçon d’écurie étaient très beaux. Ils étaient répandus par petits bosquets sur des pâturages très maigres couleur de renard, sur des terres à perte de vue , ondulées sous des lavandes et des pierrailles. Le petit chemin de terre fort doux au pas du cheval et qui montait sur ce flanc de la montagne en pente douce serpentait entre ces bosquets d’arbres dans lesquels la lumière oblique de l’extrême matin ouvrait de profondes avenues dorées et la perspectives d’immenses salles aux voûtes vertes soutenues par des multitudes de piliers blancs. Tout autour de ces hauts parages vermeils l’horizon dormait sous des brumes noires et pourpres….
Épidémie de choléraen Provence en 1830, lecture de circonstance dans la série inaugurée avec LaPeste Ecarlateet l’Année du Lion.
Traversée de la Provence pendant un été torride et l’arrivée de l’ automne dans des paysages superbement décrits.
la chaleur pétillait sur les tuiles. Le soleil n’avait plus de corps : il s’était frotté comme une craie aveuglante sur tout le ciel ; les collines étaient tellement blanches qu’il n’y avait plus d’horizon
Roman historique : Angelo, le héros, colonel de hussards piémontais a tué en duel un espion qui dénonçait les carbonari aux autorités autrichiennes, il s’est réfugié en Provence et veut rejoindre son frère de lait Giuseppe, carbonaro, cordonnier à Manosque.
Roman d’aventure, Roman de cape et d’épée: les routes sont barricadées, ceux qui tentent de fuir l’épidémie sont enfermés en quarantaine. Angelo tente d’éviter les patrouilles en coupant par la colline, ou livre bataille aux soldats, enfermé il s’évade. Réussira-t-il à rejoindre Giuseppe? Suspense garanti.
Roman d’amour ou presque, quand il rencontre une belle inconnue qui fera la route avec lui.
J’ai fait durer la lecture tant Giono écrit bien. J’ai goûté avec grand plaisir ses descriptions des paysages provençaux. Giono fait ressentir la chaleur, le soleil de craie, mais aussi les parfums des pinèdes. Les oiseaux et les papillons et même les abeilles adoptent des comportements inquiétants pendant l’épidémie……Il décrit aussi les affres de la maladie, pas très appétissante.
Si vous connaissez la campagne d’Aix en Provence à Manosque, Gap et Théus vous goûterez encore plus le voyage.
En léger différé, quelques jours après Pessah -étrange Pessah : commémoration de l’Exode alors qu’on est confiné- j’ai lu ce court et sympathique roman (158 pages) du petit format de Zulma.
Avec retours en arrière, le récit duSeder et de ses préparatifs chez Salomon qui a perdu récemment sa femme Sarah. Sarah encore très présente autour de la table familiale – souvenirs d’autres repas familiaux. Une famille ordinaire. Salomon, veuf, a connu les camps et traîne ses blagues concentrationnaires.Les deux filles -Denise et Michelle, les gendres Patrick a des faiblesses intestinales, Pinhas est séfarade expansif et folklorique, les deux petits enfants Tania et Samuel. En plus, Leyla, la correspondante allemande de Tania.
Livre de l’absence, du deuil. Comment Salomon conduira-t -il le Seder sans Sarah?
Traditions, et interprétations familiales. Nous assistons à toutes les étapes de la cérémonie, interrompues par des incidents prévisibles ou non.
Salomon inflige à tous ces blagues des camps, humour très grinçant que seuls les survivants peuvent utiliser sans équivoque. Ma préférée, la plus courte : Salomon et Sarah visitent à Drancy une exposition sur la Déportation, ils rencontrent un ancien déporté :
A mesure que j’approchais, son rire devenait de plus en plus insistant, des gloussements morbides que j’aurais reconnus parmi cent autres. Je me plaçais à côté de lui et m’esclaffai à mon tour. C’était contagieux, il s’adressa à moi sans me regarder : « Struthof? » – « Auschwitz… » – « Prétentieux! »
Il en raconte d’autres, bien pires!
Humour ravageur quand il parodie le texte
Sept ça doit être le nombre de rouleaux de papier toilette que Patrick peut utiliser en une soirée. Avec sept pour essuyer ses angoisses judaïques, les Six histoires de Pinhas qui font sortir Michelle de ses gonds, et mes Cinq doigts que je ne contrôle plus. Je ne suis plus certain d’aller au bout de la soirée, des Quatre coupes et de leur Trois faces affolées, je ne suis pas sûr de protéger mes Deux petits-enfants de ces adultes incontrôlables, alors je n’ose imaginer ce qui se passera dans Une maison où ce petit monde restera dormir après les dîner.
Et termine
Me rassurer en imaginant les voix douces de Tania et Samuel égrénant une autre mélodie cumulative : Had Gadia
Quand tout est fini, Salomon retrouve l’absence, le deuil.
Un livre drôle tout en mélancolie et en tendresse.
En ces temps de confinement où tous les jours se ressemblent et où aucun projet de voyage, visite, invitations ou même promenade n’est envisageable, les lectures communes donnent un un but, une date buttoir, et un sentiment de rencontre pour briser l’aridité de ces journées qui s’égrènent. Merci donc à celles qui les ont initiées et à ce partage : Claudialucia, Maggieet peut être d’autres.
Pierrette n’est pas un des ouvrages les plus connus. Avec Le Curé de Tourset la Rabouilleuse il forme la trilogie Les Célibataires appartenant aux Scènes de la Vie de Province. On peut le télécharger à peu de frais.
Provins, 1828 le compagnon menuisier Brigaut vient chanter une aubade à son amie d’enfance, Pierrette 14 ans, recueillie par deux cousins riches, anciens merciers retirés dans leur ville d’origine.
Les célibataires sont Sylvie et son frère, la quarantaine passée, parvenus qui cherchent à se faire admettre dans la bonne société provinciale. Balzac n’est pas tendre avec Sylvie – la vieille fille qui surprend la fuite de Brigaud
Y a-t-il rien de plus horrible à voir que la matinale apparition d’une vieille fille laide à sa fenêtre? De tous les spectacles grotesques qui font la joie des voyageurs quand ils traversent les petites villes, n’est-ce pas le plus déplaisant?
Horribles, grotesques, laids. Nous voici prévenus. Il ne manque que la méchanceté au tableau.
En préambule, l’auteur présente ces protagonistes en racontant leur carrière de négociants besogneux, dont l’univers se résumait à la boutique, bornés, bêtes :
La bêtise a deux manière d’être : elle se tait ou elle parle/ la bêtise muette est supportable, mais la bêtise de Rogron était parleuse…
Pour éblouir la bonne société de province, les Rogron ont dépensé des fortunes dans l’aménagement de leur maison. Là aussi, Balzac s’emploie à décrire l’ameublement prétentieux avec une plume acérée :
-Les rideaux des fenêtres?…rouges ! les meubles?…rouges! la cheminée?…marbre rouge portor montés en bronze d’un dessin commun, lourd ; des culs-de-lampe romains soutenus par des branches à feuillages grecs. Du haut de la pendule, vous êtes regardés à la manière des Rogron, d’un air niais, par ce gros lion bon enfant, appelé lion d’ornement, et qui nuira pendant longtemps aux vrais lions. Ce lion roule sous ses pattes une grosse boule, un détail des mœurs du lion d’ornement ; il passe sa vie à tenir une grosse boule noire, absolument comme un Député de la Gauche.
Je sais que certains lecteurs sautent les longues descriptions balzaciennes, moi pas, je me régale! Quelle ironie, mais aussi quelle méchanceté!
Balzac démonte le rouages de la politique locale, les manœuvres des notables qui veulent un siège de député, un avancement au tribunal, gazette locale, potins et médisance. Chacun avance ses pions dans les différentes coteries. Intérêts d’argent. Mariages de convenances ou d’amour? Ces célibataires peu attirants tissent leur toile. Sylvie, la vieille fille s’y croit et même subit les affres de la jalousie.
Et Perrette, la fillette bretonne, naïve et gentille? Les deux cousins se serviront d’elle comme d’appât dans la bonne société, l’habilleront, lui apprendront à lire et à écrire. Dès qu’elle ne servira plus leurs plans, elle deviendra souffre-douleur de Sylvie. De remontrances continuelles, d’esclavage domestique aux sévices, le pas est franchi.
Tout le long du roman, les intrigues continuent. Le calvaire de Pierrette sera même le sujet d’un procès retentissant. Les méchants seront-ils punis?
C’est du grand art!
Gravure à l’acide de cette société provinciale. Balzac excelle pour notre plus grand plaisir.
Elizabeth Barillé nous conte une rencontre, un amour, entre Amadeo Modigliani et Anna Akhmatova . Est-ce une fiction? une biographie?un essai double sur la peinture à Paris et sur la poésie russe? Lecture à la fois facile et savante. Facile parce que le roman est court, fluide. Savante si on veut approfondir la recherche en suivant les pistes offertes.
Modigliani : Akhmatova
De cette rencontre, peu de preuves tangibles subsistent : un dessin que la poétesse a conservé toute sa vie, un court essai rédigé près de 50 ans plus tard, une tête de pierre sculptée par Modigliani surgie dans une vente qui a inspiré Barillé pour écrire cette histoire….Les lettres qu’Amadeo a écrite à Anna sont perdues, comme les quinze autres dessins de lui qu’elle possédait.
Une rencontre? une amitié? une liaison? un amour? Anna avait 21 ans quand elle a rencontré Amadeo, mariée depuis trois semaines.
Modigliani : tête sculpté, Akhmatova ?
Les histoires d’amour me touchent assez peu, les ragots encore moins. En revanche je suis très curieuse de l’intense vie artistique dans le Paris des années 1910.J’aurais dû prendre un crayon et faire la liste de tous les artistes et parfois plus précisément des œuvres : Picasso et Braque bien sur, mais aussi Soutine, Kremegne, Brancusi, Zadkine, Duchamp ou Fernand Léger… pour les plus connus mais aussi des Russes que je ne connais pas comme Natalia Gontcharova et le mouvement « valet de Carreau », Alexandra Exter, Nadejda Hazin (future Madame Mandelstamm) Altman.. J’interromps souvent la lecture pour avoir une idée des tableaux sur le petit écran du téléphone, ou sur l’ordinateur.
Altmann : Anna Akhmatova
Autre pôle : la poésie russe. Essai intéressant bien que je sois totalement ignorante. L’auteure nous emmène sur les lieux de l’intelligentsia à Saint Petersbourg ou à la campagne dans des lieux tchékoviens.
Allusions aussi à ce qui va suivre, stalinisme et persécutions, goulag. Mais c’est une autre histoire!
Jeudi 25 juillet : Le Touquet – Abbaye de Valloire – canicule et orage
Le Touquet
L’abbaye n‘ouvre qu’à 10h30.
Nous avons le temps de passer au Touquet distant de moins de 10 km de Merlimont-plage. La route traverse Stella-plage et Cucq.
Lorsqu’on arrive au Touquet, c’est un autre monde ! Même l’asphalte a changé de qualité et de couleur. Nous roulons par une belle ombre sous des plantations d’arbres. Nous entrons dans la ville par le golf – chic ! Des pancartes annonçant les évènements de l’été sont luxueuses, bien peintes, blanc sur vert anglais : Alexandre Tharaud joue dans une autre catégorie que le duo accordéon/violoncelle d’hier soir. Les villas sont cachées dans de profonds jardins. Elles sont dispersées dans la forêt. Au centre les constructions sont plus denses : beaux immeubles modernes en périphérie, villas de pierre à pignons pointus et balcons tarabiscotés plus u centre ; Marché, et Mairie en pierre de goût éclectique (1931) , l’église de pierre fait pendant. Nous cherchons la maison du Président, pas trouvé.
Nous roulons une trentaine de kilomètres sur une crête qui sépare la vallée de la Canche de celle de l’Authie, entre chaumes des blés et champs de betteraves et de maïs. Nous traversons le village au nom évocateur Le Vieux Moulin. La route s’enfonce dans la vallée de l’Authie. Une crêperie est inst allée au bord de l’Authier dans un moulin à eau. Un emplacement de pique-nique est aussi installé au bord de l’eau. Pourquoi ne l’avons-nous pas emporté ?
Nous garons la voiture sur un parking ombragé devant les grilles de l’Abbaye. Les bâtiments sont construits en arc de cercle. Ceux qui sont proches de la grille sont fleuris de roses. A l’arrière d’un parterre se trouve une élégante construction XVII – XVIIIème siècle.
La visite est guidée, le conférencier tout à fait spirituel et charmant.
De l’abbaye médiévale cistercienne fondée en 1158, il ne reste rien. Des restaurations au XVII et XVIII ème siècle ont remplacé les constructions médiévales par un ensemble classique et baroque. Au Moyen Age, l’abbaye comptait cent moines suivant la règle de Saint Benoit et 200 ou 300 convers qui travaillaient pour le monastère. Au XVIIème siècle, les convers ont été remplacés par des paysan dont on rémunérait les services. L’effectif des moines a aussi fondu à 28 puis 9 moines qui n’étaient pas mal logés ! Conformément à leurs vœux de pauvreté, l’architecture était « sobre et austère » relativement, sans aucune décoration. Devenue Bien national à la Révolution, elle fut vendue puis cédée à des basiliens (communauté laïque belge, effectuant des travaux manuels entre autres facture d’orgue).
le vieux poirier
En 1922 Thérèse Papillon, infirmière-major pendant la Grande Guerre installa un Préventorium qui accueillit des enfants jusqu’en 1976.. Pendant la Seconde Guerre mondiale Thérèse Papillon s’est opposée à l’entrée des Allemands qui cherchaient les enfants juifs qu’elle a caché et a gagné ainsi l’honneur d’être Juste parmi les Nations. Maintenant c’est un Institut Médico-Pédagogique thérapeutique qui héberge des enfants confiés par les services sociaux et juridiques. Des personnes âgées résident aussi dans les communs.
L’Abbaye est aussi un hôtel luxueux. On peut y organiser des mariages, séminaires ou autres évènements. Il se déroule aussi des évènements culturels. Les jardins sont aussi magnifiques !
Après une introduction à l’extérieur, en face d’un vénérable poirier (1756) contemporain des moines, nous visitons la Salle Capitulaire – où les moines se réunissaient – ici pas de silence – ils assistaient à la lecture d’un chapitre de la Règle de Saint Benoit. La salle était voûtée en arêtes en hommage à ‘l’ancienne salle du chapitre médiévale.
Valloires : le cloître
Le cloitre, au centre de l’abbaye était le lieu de déambulation. Le lavabo, bassin-fontaine était alimenté par l’Authie canalisée. Le cloître complet avec peu de décor. Dans le jardin il existe un cloître végétal.
Valloires : boiseries dans le grand salon
Le grand salon est lambrissé et parqueté de chêne. Les boiseries l’œuvre du baron autrichien Simon-Georg von Pfaffenhofen (1715-1784) réfugié à l’abbaye à la suite d’un duel, et sculpteur habile.
l’église de l’Abbaye : ferronnerie
L’église baroque et rococo fut aussi ornée par les sculptures de Simon Pfaff qui réalisa le buffet de l’orgue énorme qui fonctionne encore. La grille, faisant office de clôture, fut réalisée par le ferronnier Jean Baptiste Veyren . Le conférencier décrypte pour nous les symboles qu’elle contient : le blason de l’évêque et les poires, symboles de la prospérité de l’Abbaye. On y confectionnait un alcool de poire réputé qui était exporté. Simon Pfaff décora le maître-autel en marbre et en plomb doré. Autant le reste du couvent est sobre, autant l’église témoigne d’une mise en scène extravagante : la crosse eucharistique avec le ciboire suspendu à la crosse à 3 mètres du sol avec des anges en papier-mâché – autrefois polychromes. Au plafond est représenté une morille, allusion à la fondation de l’abbaye dans un champ de morilles.
chœur de l’église : maître-autel et crosse eucharistique
Les jardins créés en 1987 créés par le paysagiste Gilles Clément pour y mettre en valeur la collection de 5000 arbres et arbustes d’un pépiniériste du Pas de Calais.
Le cloître végétal
Cinq jardins d’ambiance ont été dessinés : le cloître végétal qui rappelle les jardins des moines avec des ifs taillés rappelant les arcades du cloître qui se trouve symétrique à l’intérieur de l’abbaye. Le jardin des îles ces « îles » sont des motifs d’arbres, arbustes ou plantes herbacées regroupées par couleur « île d’argent », « île d’or » .. « île des épines douces », ces « iles » émergent d’une pelouse. Le jardin des cinq sens sollicite aussi bien l’odorat que le toucher et même le goût puisqu’on invite parfois le visiteur à déguster feuilles et fleurs. Le jardin de Lamarck illustre l’Evolution des plantes sur terre, avec des plantes très anciennes comme prêles, fougères, gingko …Dans la Roseraie on découvre deux roses locales : la Rose de Picardie et la Rose de Valloires. Le jardin de Marais longe le petit canal, dérivation de l’Authie existant déjà du temps des moines qui avaient besoin d’eau. Une allée ombragée est plantée de plantes qui aiment cet environnement humide.
L’allée des cerisiers. Ouf! de l’ombre!
La promenade y est particulièrement agréable en cette journée qui s’annonce caniculaire. En revanche, la traversée des grandes pelouses est une épreuve et on ne peut pas s’attarder dans le cloître végétal qui n’a pas d’ombre.
La météo a annoncé plus de 40°C en Île de France, à peine moins dans la Somme. Après la visite du jardin, et un repas rapide à ‘ombre du parasol de la cour, la seule activité raisonnable c’est la sieste. Prévoyantes, nous avons emporté le ventilateur dans nos bagages et nous en félicitons.
Ce n’est qu’après 17 heures qu’on peut envisager une baignade pour se rafraîchir. Des nuages encombrent le ciel. Comme la mer est étale je nage tranquillement quand des gouttes commencent à s’abattre. La plage se vide de toute urgence. On replie parasols, sièges entoilés, serviettes. Pour ma part, je prends le temps de la baignade, mouillée pour mouillée. Quand je sors, le ciel est noir, menaçant, nous avons tout juste le temps de rentrer au gîte.
A la nuit, l’orage se déchaîne, tonnerre, éclairs. Après cette journée accablante c’est un soulagement et un vrai spectacle. Notre logeuse nous apporte des bougies, au cas où l’électricité sauterait.