Les voisins de Dieu – film de Meni Yaech

TOILES NOMADES

 

Je ne serais pas allée de moi-même voir ce film après avoir lu les critiques. On m’y a poussé. Plaisir d’écouter de l’hébreu et de le comprendre encore. Par ailleurs, je savais que je me sentirais agressée par ce film violent.

Même filmé très près avec beaucoup (trop?) d’empathie et de tendresse (on pense à Rengaine) les héros sont insupportables. film de petits mecs, de petits fachos qui font terrorisant  le quartier à coup de battes de base-ball ou pire. Ordre religieux en punissant celui qui a gardé sa boutique ouverte quelques minutes après le début du Chabat. Ordre moral en chassant le vendeur de DVD-X. Ordre des mecs en décidant de la longueur des shorts des filles. Ordre raciste quand il s’agit de faire une ratonnade contre les Arabes de Yaffo, et éventuellement contre les Russes qui ne sont pas de leur bande.

Ils sont étonnants ces trois copains, Avi, Kobi et Yaniv – s’ils ne portaient pas la kippa voyante blanche crochetée, ils ressembleraient comme des frères à ces Arabes qu’ils pourchassent et à nos racailles de banlieue. Même dégaine, joints et musique hip hop un peu orientale à plein tube, foot et Thora. Enfin, pour ce qui est de l’exégèse, ils laissent cela à leur rabbin charismatique qui les entraîne dans la danse. Plutôt la transe que l’étude!

Nous ne sommes pas à Jérusalem dans une yeshiva traditionnelle mais à Bat Yam, banlieue de Tel Aviv. Ce ne sont pas des érudits blafards mais un vendeur de légume d’origine turque, un copain marocain, et leur spécialité est plutôt le chechè-bech (jeu de tric trac oriental.

Pourtant le film fonctionne bien, il y a une jolie histoire d’amour avec une fille qui n’est pas religieuse mais qui a assez de personnalité pour s’opposer à la violence des trois héros.  Avi fera sont introspection – plutôt une prière gueulée au bord de la mer. Mais Miri, elle aussi fera des concessions, vestimentaires, et même religieuses. Complaisance?

 

Hyènes – film de Djibril Diop Mambety 1992 (DVD)

FESTIVAL SÉNÉGALAIS

 

Préparant notre voyage au Sénégal, j’ai emprunté à la médiathèques plusieurs DVD sénégalais. Chaque fois : une surprise. De madame Brouette, à Guelwaar, en passant par Naye, ou récemment au cinéma la Pirogue, des productions, des styles très divers. Je n’aurais jamais imaginé une telle diversité.

Hyènes est un film flamboyant, théâtral, très original, avec une bande-son magnifique.

 

 

 

 

Quand j’écris théâtral, je ne fais pas seulement référence au scénario qui est l’adaptation africaine d’une pièce de Dürrenmatt : La visite de la Vieille dame, ma à la mise en scène du film haute en couleurs, loin de la réalité et du quotidien, aux costumes qui auraient plus leur place sur une scène que dans la vie de tous les jours : les soldats portent des costumes d’opérette rouges aux manches arrachées, les mendiants sont vêtus de sacs de jute, Linguène Ramatou est hiératique, raide avec ses prothèses en or, ses suivantes auraient plus leur place dans le chœur d’une tragédie antique que dans la banlieue de Dakar. Que dire de la japonaise aux lèvres trop rouge porteuse de menottes?

Loin de toute réalité les attractions de foire, clinquantes, les cabriolets-coupés de deux-chevaux rouge et noires qui surgissent dans le désert.

 

 

Animaux de légende contribuent à l’atmosphère de légende et de mythe dans laquelle baigne l’histoire de la vengeance de la petite bonne Ramatou engrossée par Draaman Drame, chassée du village,  devenue richissime, « plus riche que la banque mondiale, » vient acheter la condamnation à mort de Draaman en déversant des largesses sur Colobane et ses habitants, comparés aux hyènes. La solidarité des habitants est rapidement mise à l’épreuve de la corruption. « le monde a fait de moi une putain, je veux faire du monde un bordel »

 

 

 

 

 

La vieille dame aux pieds d’or symbolise-t-elle l’aide occidentale à l’Afrique avec son cortège de corrompus, de hyènes?

lire aussi ICI

 

little Senegal – Rachid Bouchareb 2001- DVD

FESTIVAL SENEGALAIS

Deux semaines avant le départ pour Dakar, ce tire a attiré mon attention, mais je me suis retrouvée au Etats Unis. Du Sénégal je ne verrai que Gorée, en prologue et en épilogue.

Film sur la traite des esclaves? Au début oui, Alloune, ancien guide de la Maison des Esclaves de Gorée,  du part à la recherche des esclaves de sa famille dans les archives américaines et parvient malgré les difficultés à reconstruire un arbre généalogique et à retrouver  des descendants encore vivants.

Rapidement l’action bifurque. New York, Alloune retrouve son neveu et un « Little Senegal », émigrés africains tentant le rêve américain. Les descendants des anciens esclaves ne sont pas tendres avec les nouveaux émigrés. Ils se considèrent pleinement américains et n’ont que mépris pour les Africains.  Alloune parvient à se faire embaucher par la dernière descendante des Robinson qu’il a identifié dans ses recherche généalogique.

A nouveau, le film prend une nouvelle tournure; On découvre la dureté de la vie Newyorkaise, sa violence, la primauté de l’argent, les combines, la délinquance. Alloune, le sage met de l’ordre dans sa « famille ». Une autre histoire se greffe sur la famille d’Alloune celle de Karim (Reschdy Zem) qui contracte un mariage blanc pour avoir des papiers américains. On ne comprend pas bien ce que cela vient faire là.

Film un peu foutraque, bien sympathique, plein de surprises porté par la présence magnifique de Sotiguy Kouyaté. De belles vues de New York, mais on ne saisit pas très bien le propos. Le thème de l’esclavage est à peine abordé et les bons sentiments opposant une solidarité africaine à l’égoïsme américain sont un peu simplistes.

 

Singué sabour film d’Atiq Rahimi

L’ INÉPUISABLE RÉSISTANCE DES FEMMES

Qui aurait pu imaginer la capacité de cette femme à faire face au malheur?

Son mari dans le coma, abandonnée par sa famille, sans argent, sans eau, seule avec ses deux filles dans les bombardements et les exactions de soldats. On imagine d’abord une épouse soumise, toute entière consacrée aux soins de celui-qui ne parle pas, ne souffre pas, respire avec entêtement, seule preuve de vie. On voit la mère de deux fillettes qui préfère les confier à une tante, se privant de leur affection. La femme qui traverse la ville telle une ombre cachée sous sa burqa moutarde….elle pleure, se plaint mais ne capitule pas.Elle résiste et même sourit….

Qui aurait pu imaginer que cette femme simple, mariée sans son consentement à un portrait et à un poignard puisque son mari était un combattant, recluse ou presque, aurait pu avoir des secrets.

Elle parle, parle, à la pierre de patience qu’est l’homme dans le coma, qui ne peut répondre, qui sans doute n’entend pas, entend-il? Elle va lui servir toute sa révolte, tous ses secrets. Et ses secrets seront beaucoup plus nombreux qu’on ne peut l’imaginer.

Inépuisables ressources des femmes, qui doivent inventer la résistance, inventer le plaisir qui leur est dénié, inventer des ruses incroyables pour survivre. Inventer même une théologie et une interprétation féministe du Coran. Inventer aussi la beauté et la séduction.

Lucidité implacable envers les valeurs des hommes, de leur honneur leur virilité mal employée, leur ignorance.

Quand on ne sait pas faire l’amour, on fait la guerre!

J’avais été éblouie par la fulgurance du livre, sur l’ambiguïté de la fin, j’avais dû faire’ une seconde lecture pour confirmer ce que j’avais cru lire. Le film ne m’a pas déçue, porté par l’étonnante performance de Golshifteh Farhani dont le visage peut prendre les expressions des facettes de la personnalité de l’héroïne qui parle, parle…une Shéhérazade dont le but ne serait pas de charmer le sultan mais au contraire de délivrer une parole libératrice.

 

Niaye film de SEMBENE Ousmane 1964 dvd

FESTIVAL SENEGALAIS

noir et blanc – 35 mn 4/3

Film d’un autre temps?

d’un village ou les cases sont de bois et de paille, de canisses les palissades. Où les traditions ancestrales semblent régner.

Pourtant les cases vides qui s’effondrent témoignent déjà de l’exode rural. comme le trône du chef du village, un transat de toile, les anciens ont encore en mémoire la noblesse des castes. mais on sent la décomposition.

Le griot raconte la honte répandue sur le village : le chef a conçu un enfant incestueux à sa fille. La mère ne supportera pas l’opprobre. Son fils est rentré fou de la guerre coloniale. il arpente la place en uniforme avec son drapeau au pas militaire. la musique militaire « au près de ma blonde «  couvre la musique du griot… les catastrophes se succèderont jusqu’à ce que la petite fille soit chassée avec son enfant.

http://www.africanfilmlibrary.com/Movies/Video/9317/988/Niaye

Wajdja – de Haifaa Al-Mansour :1er film saoudien

LES PETITES ET LES GRANDES VICTOIRES DES FEMMES

Que le premier film saoudien soit réalisé par une femme, c’est déjà une belle avancée pour les femmes! Qu’il raconte l’obstination de Wajdja 12 ans qui veut acheter le vélo de ses rêves pour faire la course avec son ami Abdallah et qui va tout faire pour l’obtenir. C’est aussi une victoire de la voir rayonnante pédaler en tête de course, en jeans et converses!

Que ce soit un bon film qui a la pêche, c’est encore mieux. Elle est géniale, Wajdja, avec ses converses, ses combines, son casque pour écouter la même musique que toutes les petites filles du monde, son aplomb face à la terrifiante directrice de l’école des filles. Aucun apitoiement  sur la condition féminine, même quand le chauffeur, pourtant émigré sans papier, se permet de rudoyer les femmes qu’il conduit. Surtout quand le beau mari s’enfuit de la maison pour un second mariage. Elles ne pleurent pas, se réconfortent, et se construisent un avenir mère et fille,  belles, fières, actives.

Guelwaar – film de Sembène Ousmane dvd – 1992

FESTIVAL SÉNÉGALAIS

 Bien que sorti en 1992, ce film dont le titre complet est Guelwaar, légende africaine de l’Afrique du XXIè siècle est encore d’une criante actualité. C’est un  film magnifique.

Pierre-Henri Thioune doit être enterré au village. Il a demandé une messe en latin. Tout le village est présent pour ses obsèques qui ne peuvent avoir lieu parce que le corps du défunt a disparu à la morgue. Négligence? Méprise?

Barthélémy, son fils, venu de France s’adresse à la police. l’adjudant Gora finit par retrouver la trace du corps qui a été enterré par erreur dans un cimetière musulman. Confrontation entre les deux communautés? Les guerres de religion sont évitées grâce à  la sagesse de l’Abbé et la modération de l’Imam qui parviennent à grand mal à contenir leurs ouailles. Les anciens des deux villages se connaissent bien, s’apprécient.

l’aide alimentaire

L’arrivée du député accompagné du préfet et celle des camions de l’Aide Alimentaire font prendre une tournure politique au film : Pierre Henri Thioune, appelé Guelwaar est mort dans des circonstances troubles après avoir pris la parole dans un meeting contestant la pertinence et la distribution de l’aide internationale alimentaire. La disparition du cadavre a peut être des raisons politiques.

Le discours de Guelwaar est d’une virulence extraordinaire : les paysans ne veulent pas être des assistés recevant une aide qu’ils n’ont pas demandée.  Surtout, cette aide est confisquée par les élites politiques pour leur bénéfice personnel ou électoral. On ne saisit que les grandes lignes du discours  en wolof (sous-titré) comme la plupart des dialogues du film. Seuls l’émigré et les officiels parlent en français que les paysans ne comprennent pas . Ce parti pris du réalisateur participe aussi sans doute de l’orientation politique du film. Barthélémy le « français » qui arbore son passeport fièrement, a un ton très agaçant, plein de morgue et de vulgarité contrastant avec le parler de l’adjudant Gora et avec le ton du député.

http://www.dailymotion.com/swf/video/xb96t5<br /><a href= »http://www.dailymotion.com/video/xb96t5_guelwaar-discours-sur-la-cooperatio_news &raquo; target= »_blank »>GUELWAAR, Discours sur la coop&eacute;ration Nord/Sud</a> <i>par <a href= »http://www.dailymotion.com/lolo2401&Prime; target= »_blank »>lolo2401</a></i>

En plus du contenu politique fort du film, c’est une découverte pour moi que ce film dans la société encore rurale où les traditions sont encore très prégnantes. Traditions funéraires différentes selon les communautés. Rôle des anciens. Rôle aussi des jeunes qui sont partis et financent par l’émigration pour Barthélémy et par la prostitution à Dakar pour Sophie, la survie de la famille au village.

Veillée funèbre en l’absence du défunt

L’histoire est bien contée, le suspens ménagé, les rebondissements nous tiennent en haleine. Les personnages secondaires sont intéressants et s’affirment au cours du récit. Les images magnifiques. Encore, un grand film!

 

Madame Brouette – film sénégalais de (DVD)

FESTIVAL SENEGALAIS

Mati – madame Brouette – vend toute sorte de marchandises au marché avec sa brouette.

Au début du film une scène nous interpelle : d’un  taxi, un homme travesti en femme en robe rouge le visage peint comme un masque, débarque dans la chambre et veut voir son enfant. Mati le met en joue. Le coup part. Accident ou crime passionnel. la police et un journaliste de télévision effectuent la reconstitution.

Les femmes prennent le parti de Mati tandis que les hommes l’accusent. Un groupe de griot chante comme un chœur antique

 

 

Mati est-elle capable de tuer Naago, son amant,  le policier corrompu, le dragueur, le père de son enfant qui a préféré faire la fête que d’assister à la naissance?

Certes Mati ne se laisse pas faire. Elle tire son amie des coups de son mari. les deux femmes décident de vivre sans les hommes, de se débrouiller seules, de monter une affaire, une gargote, promesse d’indépendance et de richesse. A peine ont elles pris la décision de s’installer ensemble que Mati tombe amoureuse de Naagot, et rapidement enceinte.

Désillusion, Naagot installe Mati dans un hôtel borgne, amant infidèle sûrement, maquereau peut-être? Forte femme, elle réagit ,  mène une affaire de contrebande pour réunir les fonds nécessaire à l’achat de sa gargote. Enfin, Mati réalise son rêve. Sa fille est très touchante, le très joli duo avec le gamin du quartier m’a ému. Le bonheur est-il à portée de main? Arrive le drame.

 

 

Film enlevé, des acteurs sympathiques, de la bonne musique, les couleurs africaines, de l’humour.

 

 

 

 

 

 

 

 

Blancanieves – film de Pablo Berger

TOILES NOMADES

Blancanieves, c’est Blanche-Neige.

Heureusement que les distributeurs n’ont pas traduit le titre en français, la snob que je suis n’aurait sans doute pas choisi ce film! Adaptation très libre dans l’Espagne des années 1920, celle du cinéma muet.

Nous voici transportés à Séville pour du grand spectacle! Pas de roi ni de reine ni de princesse. Le roi est un torero célèbre, la reine une danseuse la marâtre est infirmière. Les images splendides semblent avoir été filmée du temps du  cinéma muet. Séville est magnifique ainsi que la campagne espagnole. Pas de dialogue donc, de rares cartons fond noir, typographie d’époque. La bande-son est parfaite : on danse beaucoup dans le film, la mère de Carmencita-Blancanieves est une artiste célèbre, la grand mère mourra en dansant, et la petite Carmencita danse quand elle ne torée pas avec la lessive qui sèche.

Je n’aime pas la corrida (qui occupe un moment privilégié dans le film) mais je pardonne au cinéaste parce qu’ on ne voit pas de mise à mort. Deux fois le taureau est épargné, . En revanche, le coq subira un sort tragique, ce n’est pas un film à l’eau de rose!

Ce n’est qu’au mitant du film que je retrouve le conte de Grimm : quand les nains qui l’ont recueillie l’appelle Blancheneige. Ces nains sont très espagnols, plutôt ceux de Goya ou de Velázquez que de Walt Disney. Leur roulotte est pittoresque. on devine qu’on verra bientôt la pomme. Mais quand? Berger a déjà pris beaucoup de distance avec la trame initiale et nous fera partager d’autres aventures espagnoles.

Un spectacle parfait: images, son, acteurs et même suspens, même si le conte est archi-connu.

Tabou – film portugais de Michel Gomes

TOILES NOMADES

Film attendu de longues semaines, film encensé par la critique, film de cinéphiles….

Je suis entrée dans la salle avec une certaine appréhension, les chefs d’œuvres trop annoncés déçoivent parfois une trop grande attente.

Je me suis laissée emporter par la douceur de la voix portugaise (que je ne comprends pas mais que je goûte avec plaisir), par l’exotisme du prologue, l’explorateur d’un autre siècle, son attirail dévoré par un crocodile. La première partie se déroulant à Lisbonne, est déconcertante. Ces femmes paraissent d’un autre temps, pourtant elles prennent le thé dans un centre commercial bien actuel. Aurora, ses fantômes, son crocodile, sa culpabilité… Santa, l’Africaine, la domestique d’un autre temps, très digne et maternelle, mais sur la réserve. Pilar, la bonne, la pieuse, la dévouée.

La partie africaine, sous-titrée Paradis Perdu, est d’un exotisme parfait. Afrique coloniale telle qu’on l’imagine. Les héros jeunes,  virils sont trop beaux pour être vrais, des acteurs de cinéma! Magnifiques paysages, on pense à la Ferme Africaine d’Out of Africa, mais en noir et blanc quand les Africains cueillent le thé. Parfois la pellicule d’un film d’amateur est rayée . Le noir et blanc, la bande son très rétro sont à l’unisson. Une histoire d’amour comme dans les films des années 50?

Je regrette de ne pas avoir la culture cinématographique pour jouir de tous les clins d’œils annoncés par la critique (un excellent article du Monde). Le crocodile a pour nom Dandy : facile! J’ai loupé le  parallèle voulu  par Gomes avec Le Fleuve de Renoir : je n’ai pas encore vu Le Fleuve!

l n‘y a pas de crocodile dans le fleuve de Renoir, mais c’est la même chose : le fleuve, le crocodile, c’est le temps qui passe, qui continue, avec des gens qui naissent, qui meurent, des amours qui commencent et finissent. C’est ça Renoir. Ici, dans la rivière, il y a un crocodile. (…) Le crocodile, c’est le cinéma : de la mémoire, des gens qui passent, des histoires d’amour et des empires qui commencent et finissent. «