Assouan : le collège de l’Île Eléphantine

PREMIER VOYAGE EN EGYPTE 2002

 

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Vers 15h30 nous retournons par le ferry à l’île Eléphantine (1LE pour deux) .Nous déambulons tranquillement dans les ruelles du Village Nubien. C’est un endroit enchanteur, celui que je préfère à Assouan. De grands arbres à feuilles étroites, longues et épaisses, exhalent un parfum très agréable. La fraîcheur est accentuée par la présence de l’eau dans de petits canaux. J’aimerais photographier les belles jarres brunes vernissées disposées soit sur des portoirs métalliques soit dans des tous creusés dans une simple planche. Elles sont fermées par un couvercle sommaire, au dessus est posé un gobelet. Sont-elles destinées aux passants assoiffés ? Servent-elles à désaltérer les bêtes ? Est ce la réserve d’eau de la maison ? On les trouve partout, même en ville.

Des femmes toutes de noir voilées, très belles, de type africain, sont assises sur des banquettes de terre. Certaines épluchent leur salade (elles découpent au ciseau des feuilles qui ressemblent à de la luzerne). D’autres font de la vannerie très colorée en mêlant à la paille de la laine. D’autres, enfin, surveillent de petits étals de souvenirs.

Par hasard, nous découvrons l’école. Un groupe de touristes français la visite, camescope en action. Nous entrons donc à leur suite dans la cour toute pavoisée de papiers découpés colorés. Aux murs, toutes sortes de panneaux éducatifs bricolés très ingénieusement : un œil disséqué, des miroirs figurent les rayons lumineux, des tuyaux en plastique rouge et bleus expliquent la circulation du sang. Tous ces panneaux sont faits avec les moyens du bord avec beaucoup de couleurs, de goût et d’invention.
Les classes sont ouvertes. Nous entrons d’abord dans la salle informatique. Les trois ordinateurs sont protégés de la poussière par des housses plastiques. Aux murs, encore des panneaux bricolés expliquent le maniement de la souris « THE MOUSE »  imitée en polystyrène avec les icônes habituelles.

Je rencontre mes collègues, les professeurs de bio et de physique, je demande à quels enfants sont destinés les panneaux du cycle de l’eau et ceux de la reproduction humaine , – 11 à 13 ans- comme chez nous, les programmes ne semblent pas très différents ;
Nous assistons à un cours de maths, le professeur, barbu en galabieh beige – la même que celle des paysans –  écrit des équations au tableau. Les gamins n’ont ni cahiers ni crayons. Tout se passe à l’oral dans le plus grand enthousiasme et le plus grand calme. Facile, ils ne sont que cinq élèves ? cette école scolarise 120 enfants. Au centre de la cour : une table portant une boite pour récolter les donations des touristes. Je laisse 20 livres avec un peu d’hésitation, c’est si peu pour nous. Peut être aurais je dû me montrer plus généreuse ?

Nous flânons dans les jardins et atteignons l’autre rive du Nil. Tout est calme. Beaucoup d’habitants sont sortis prendre l’air. Les enfants et les vieilles femmes quémandent des « bonboni ». On distribue de très bonne grâce les chewing gum que nous avons dans nos poches ? Une femme très belle se laisse filmer par des touristes, elle nous propose « photo-bakchich », cela paraît un peu indécent, nous l’évitons.

Les nuages se sont enfin dissipés. La lumière du soir est très belle. Dommage qu’Assouan ne soit pas très photogénique défigurée par un hideux bâtiment en hauteur, l’immeuble de la police, et surtout par les bateaux de croisière massifs et très laids. Les felouques sont nombreuses.

Nous reprenons le ferry (1 LE). Sur un banc de la Corniche, nous regardons passer les bancs de nuages roses et orange, saumon, violets au dessus des montagnes de la rive en face.

Assouan : achats au souk

PREMIER VOYAGE EN EGYPTE 2002

 

Assouan – achats au souk épices

 Dans la première boutique nous achetons deux coupelles d’albâtre pour 10 euros.

Les marchands d’épice ont allumé des morceaux d’encens qui fument. Les odeurs d’épice et d’encens se mélangent dans un parfum très fort. Pour nous appâter, un commerçant dépose une pincée de poudre dans la main et  fait deviner. Nous reconnaissons l’anis, le cumin (facile !) mais nous calons devant une masse grisâtre de racines et de tiges emmêlées : c’est du lotus. Si nous la plongeons dans l’eau elle reprendra son volume et dégagera son parfum.Cela se vend au poids et vaut quelques piastres le gramme. Sur la balance deux pieds atteignent 20 LE. Il ne faut pas oublier de marchander, nous les emportons pour dix. Cela vaut sans doute moins et qu’est -ce que cela donnera de retour à la maison ?  Mystère !

nappes

J’ai envie d’une nappe damassée . La mise à prix est de 19 euros, on arrive à s’entendre pour 20 euros les deux nappes. Malheureusement le marchand n’a pas en magasin le bleu foncé que je souhaite. Nous renonçons – pensant trouver du bleu ailleurs – quoique le vert foncé et le jaune me plaisent bien,. Bien que le souk soit grand, il y a peu de marchands de nappes. Un autre commerçant veut faire affaire. Il assure « du bleu, il y en a ! » nous discutons du prix, il demande 35 livres, je maintiens mon offre à 20 Euros les deux. Nous nous en allons, il ne nous rappelle pas. Nous cherchons ailleurs. Puis revenons, acceptons un compromis 20 euros et 5 LE. Il nous offre des chaises et nous plante seules dans son magasin. Il y a plein de bondieuseries coptes très kitsch, un crucifix électrique comme veilleuse, des fioles à parfum, des animaux sculptés. On pourrait tout embarquer. On nous fait confiance. Au bout de dix minutes, il revient bredouille, il a cherché des nappes bleues chez tous ses collègues. Dommage ! En tout cas je me suis bien amusée.

D’Assouan à Gournah en convoi

Premier voyage en Egypte 2002

Fleurs rouges

 

 

Photos des arbres en fleurs
Pour la première fois depuis notre arrivée en Egypte, le ciel est sans un nuage. Lumière idéale pour les photos. Nous devons patienter une demie-heure le départ du convoi. Aujourd’hui, les militaires sont particulièrement consciencieux. L’un d’eux passe un miroir emmanché sur une longue tige sous les véhicules pour examiner sous le chassis des voitures et des cars.

Je pars photographier les arbres aux grosses fleurs rouges. Je découvre, en passant, le Club des Officiers, l’endroit le plus luxueux de la ville, entouré de  jardins très bien entretenus. Les arbres rouges sont beaucoup plus loin que je ne le pensais. Je surveille l’heure à ma montre. Quand je reviens au car, D,très énervée,  me dit  que j’ai failli retarder le convoi.

Voyage en convoi
Le voyage dure trois heures.  Les gens, en famille dans les champs, coupent la luzerne à la main.  La  récolte de la canne à sucre bat son  plein, elle est mécanisée, elle. Des douzaines de tracteurs avec des remorques pleines attendent devant la sucrerie de Kom Ombo. Les tractoristes dorment sur leurs sièges. Cette faculté qu’ont les Egyptiens de dormir n’importe où  me sidère : les felouquiers, les cochers des calèches, les chauffeurs de taxi dorment sur place dès qu’ils ont un moment. Peut être est ce la chaleur ?

Les hérons gardes-bœufs (ou des aigrettes) sont très nombreux quand un fellah laboure son champ, ils sont peu farouches.
L’oasis le long du Nil est vraiment une bande très étroite. Tout est cultivé merveilleusement mais quelquefois la largeur n’excède pas quelques centaines de mètres.

Nur el Gournah : Tombes des Nobles

 

 

Nous arrivons à midi avec grand plaisir à Nur El Gournah. Nous rentrons « à la maison ».
Les billets d’avion sont bien là dans la valise que nous avons laissée. J’ai eu drôlement peur!  Il faut confirmer le vol par téléphone. Le numéro est au Caire. Impossible de téléphoner de chez Mahmoud, le téléphone est restreint aux appels locaux. Ashraf m’emmène à Medinet Habou à la cabine et me prête sa carte de téléphone.

Tombes des Nobles

tombe de Ramôsé

Après une petite sieste, nous visitons deux tombes de Nobles : Nakht et Ména.
En  route, nous trouvons un petit guide de treize ans. Il parle bien Anglais et il exerce son autorité sur une bande de gamines qui nous assaillent. Il a beau être tout petit et maigrichon, avec une coupe de cheveux enfantine et un sourire d’ange, il a déjà une grande prestance. Nous distribuons chicklets aux fillettes qui se disputent. L’une d’elle vient avec deux Euros, et veut huit livres, ce qui est un change correct. Nous lui disons que nous n’avons pas la monnaie ?
Les tombes sont très belles.La vie aux champs, les vendanges, un vol de canards y sont représentés ainsi que des musiciennes et des chanteuses. Il y inflation dans le prix du bakchich depuis la semaine dernière, 5 livres contentaient un gardien qui avait fermé les yeux quand nous avions pris des photos, le gardien ici est furieux et demande de rajouter deux livres.

Comme je n’ai plus de monnaie, la fillette de tout à l’heure survient fort à propos, elle propose de changer mon billet de 10 livres, un euro et six livres. Cela arrange bien nos affaires et les siennes. Les touristes donnent des pièces d’un euro aux enfants qui sont contents parce que cela fait quatre fois plus que le billet d’une livre ensuite ils ne savent plus quoi faire de nos pièces.La banque ne leur échangera pas la petite monnaie. Le petit guide est vexé que je ne lui donne que 4 LE, il me rend les billets avec dégoût. Il reviendra bien vite les rechercher.

Soirée
Nous rentrons à pied par l’agriculture en prenant les colosses de Memnon pour repère. A la tombée de la nuit un vent fort soulève des nuages de poussière.

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Gournah : Deir El Bahari, temple d’Hatshepsout

Premier voyage en Egypte 2002

 

Montgolfière
7 heures, un curieux bruit me tire du lit : comme un souffle puissant juste au dessus de nos têtes.  Une énorme bulle verte – une montgolfière – survole la maison. La flamme s’élève dans un bruit de chalumeau.

le temple d’Hatshepsout à Deir El Bahari.

L’ édifice en terrasse est vraiment impressionnant.Dans un cirque  de falaises roses, les terrasses s’enchâssent, comme naturellement, dans la roche.
Pas un nuage, il fait très chaud. Nous grimpons les rampes très bien (trop ?) restaurées pour arriver aux colonnades. La troisième terrasse est interdite, on nous dit que Moubarak doit venir demain (ce n’est pas vrai, il est à Washington).

Une conférencière commente les fresques et les bas reliefs protégés par une barrière, dans l’ombre, qui racontent l’expédition d’Hatshepsout au pays de Pount. La végétation  est luxuriante, les animaux, africains : girafes, éléphants et babouins. Il y aussi des soldats, des marins. Les barques sont chargées de marchandises. La pesée des trésors sur une balance, ressemble à celle d’Osiris – la pesée des âmes – sauf qu’ici la plume de Maat et le cœur sont remplacés par trois bœufs d’un côté et de l’autre un monceau de trésors.

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Malheureusement on ne voit guère la reine. Son successeur Thoutmosis a fait marteler ses traits et il ne reste plus que le fantôme de sa silhouette dans les fresques représentant les divinités.

Dans une aile : le temple d’Hathor, la vache y est représentée sous diverses formes.

Il fait vraiment très chaud à onze heures sous un soleil sans nuages. Nous rejoignons la Vallée des Artisans par un sentier qui passe par un petit col. La promenade n’est pas bien longue, deux kilomètres environ. Quitter les sites contrôlés, et marcher au jugé dans la montagne thébaine,  a un petit goût d’aventure.

Gournah : l’école derrière le gîte de Mahmoud

Premier voyage en Egypte 2002

 


Dernier après midi

Sur notre terrasse, simplement le bonheur de se reposer devant le paysage, maintenant familier, les colosses de Memnon. Dans la salle à manger d’été sur les banquettes à l’ombre. Je commande un dernier kerkadé.

L’école
Des voix enfantines ânonnent en chœur. On dirait une école ! Juste derrière nous, derrière le mur de terre qui jouxte l’enclos des chèvres et le wc du restaurant.
Les enfants  sont assis par terre. Seul mobilier scolaire : deux tableaux noirs encastrés dans le torchis.

Des dizaines d’enfants sont arrivés là sans qu’on s’en rende compte. Les deux maîtres en galabieh claire, étonnamment silencieux, s’occupent des plus petits. Un groupe de fillettes se tient  face à un tableau  couvert d’écriture. L’une d’elle tient une badine et suit le texte, les autres lisent à haute voix. Une autre la remplacera A l’ écart, les garçons les plus grands assis en tailleurs par petits groupes, lisent le Coran, chacun a le sien.
Dans l’encadrement de la porte, les « parents d’élèves »attendent, accompagnés d’autres enfants et des femmes de la maison de Mahmoud. Tout le monde suce de la canne à sucre.  Une femme m’ en offre un tronçon,  et me l’épluche avec ses dents.

D  fait des photos et distribue des dragées de chewing-gum-gum. Si j’étais à la place du maître, je ne serais peut être pas ravie de notre intrusion. Les deux instituteurs ne manifestent aucun signe d’agacement. Étrange école, sans table, sans bancs, sans cahiers ni livre. Est-ce  l’école coranique ? En plus de l’école d’Etat,? Est-ce l’étude ? Personne ne nous renseigne. Dans les écoles les enfants sont en uniforme, pas ici.

Dernière soirée à Louxor

Premier voyage en Egypte 2002

 

 Nous hâtons les adieux. Il faut traverser le Nil avant la fermeture du pont à six heures.

Musée de la Momification

Le musée de la Momification est moderne, cher, bien présenté: de belles vitrines bien éclairées dans une pièce sombre. La visite n’est pas bien longue.

    Son et lumière à Karnak

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Nous prenons une calèche pour aller à Karnak.     Le parcours est commenté de façon grandiloquente, c’est la loi du genre. Si on ne fait pas trop attention au texte pompeux, c’est une occasion magnifique de revisiter le temple.
Ensuite nous allons poireauter de longues heures.Courts intermède : derniers achats de Halva et de gâteaux dans le quartier des souks très animés, c’est là que nous aurions dû aller plutôt que de rester sur la corniche déserte !
Salle d’embarquement, les boutiques hors taxe font diversion, on achète pour trois fois rien des fioles à parfum. Une boutique a la très bonne idée de passer des vidéos sur l’Egypte Antique : ultimes révisions.

Agora – peplum d’Amenabar (DVD)

Le film était sorti juste avant notre voyage à Alexandrie, le DVD  paraît ces jours-ci

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De l’Alexandrie antique, du Phare, de la Bibliothèque… il reste finalement peu de choses en regard de la grandeur de la cité antique : la colonne Pompée, les catacombes…
Ce film est un peplum intellectuel.

Intellectuel, puisque l’héroïne est Hypatie, philosophe ayant vraiment existé, personnage oublié. Elle enseigne les théories de Ptolémée, d’ Aristarque, la géométrie…

Peplum grandiose avec des reconstitutions « pharaoniques » magnifiques, colorées et inspirées. Peplum, les scènes de foule, d’émeute quand les chrétiens abattent la statue géante de Sérapis et brûlent la Bibliothèque.

Il fait revivre une période qu’on connaît assez peu : la montée du christianisme dans l’Empire Romain, de proscrits clandestins, esclaves ou anonymes surgit une armée sous l’autorité de ses évêques qui dictera sa loi au Préfet romain baptisé mais dépassé.
Relire le livre passionnant de Lacarrière : les Hommes Ivres de Dieu.
Le film délivre un message humaniste de tolérance, montrant le fanatisme des chrétiens triomphant, la manipulation des Écrits Saints (épître de Saint Paul terrifiante).On commence par abattre les statues, mais on  ne s’arrête pas en chemin, les Juifs sont persécutés, puis on veut voiler les femmes,  on accuse Hypatie de sorcellerie et on fait plier l’autorité romaine laïque.

Si les intentions sont louables, si la reconstitution historique est fouillée, cela ne fait pas d’Agora un grand film. Intello, historique, mais surtout peplum avec grandiloquence et lourdeur. Que font les vues aériennes dans une mise en scène sans finesse?

Femmes du Caire, de Yousry Nasrallah

Les films se répondent parfois, résonnent en une polyphonie, il y a trois jours j’ai vu Les Secrets,film tunisien, Femme du Caire vibre ensemble. Pourtant ce n’est pas une redite : les femmes des Secrets étaient modestes un peu frustres, Hebba est une star, une présentatrice vedette de la télé qui évolue dans un monde moderne occidentalisé très glamour

Le générique commence avec de belles images de tomates au coeur noir, d’oignons roses, citrons translucides. la femme est elle toujours vouée aux arts ménagers? Le film semble hésiter dans un appartement de rêve. Ils sont riches, ils sont jeunes, ils sont beaux et amoureux évoluent dans les hautes sphères des médias.

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Karim, le jeune mari, attend une promotion dans la Presse officielle, Hebba évoque des sujets provocateurs dans un talk show embarrassants pour la carrière de son mari. Est-ce la demande de se dernier d’abandonner les émissions politiques ou la rencontre inopinée avec une vendeuse dans un très chic magasin de parfumerie, Hebba quitte les actualités pour une emission consacrées aux femmes, à l’amour, à la sexualité. Hebba fait venir sur le plateau des femmes qui racontent des histoires singulières. Le titre en version originale est Sheherazade. Elles sont instruites, belles, institutrices, dentiste…mais toutes victimes de la mysogynie et elles se rebellent à leur manière. Il est intéressant de noter que toutes les anecdotes correspondent à un fait divers qui s’est déroulé dans la vraie vie.

http://abonnes.lemonde.fr/cinema/article/2010/05/04/femmes-du-caire-quand-scheherazade-conte-la-vie-des-egyptiennes_1346391_3476.html