MITTELEUROPA : UN MOIS A TRAVERS L’AUTRICHE, LA HONGRIE ET LA CROATIE
Buda : auberge
Il fait déjà bien chaud le matin. Les rues de Buda sont encore vides et nous admirons les façades des vieilles maisons peintes de toutes les couleurs, ornées de festons, guirlandes, enseignes, et grilles de ferronnerie.
Buda : église Saint Mattyas
Les cars ont déchargé leur cargaison de Français et de Japonais qui se dirigent vers l’église Saint Mattias, fermée jusqu’à 13 heures pour cause de messe dominicale. Tant pis pour les touristes qui avaient prévu d’entendre la messe, ils sont refoulés comme les mécréants.
D’une vieille synagogue du XIVème siècle, il ne reste plus grand chose en dehors de deux peintures sur un mur : un arc brandi vers le ciel et une étoile de David.
Musée de la Musique
Buda : Musée de la Musique : l’Atelier du luthier
Un vaste palais du XVIIIème siècle où a séjourné Beethoven a été transformé en musée de la musique. Nous sommes bien accueillies par les vieilles employées en tablier. De nombreux instruments sont présentés, des harpes ouvragées, des pianos, pianoforte, clavecins, piano carré ( ?) en bois clair, plusieurs cymbalums. L’atelier du luthier est reconstitué avec les violons mis à sécher Dans des vitrines, des flûtes, des hautbois, mais aussi des instruments paysans, des cithares grossières, une cornemuse bizarre. Une partie de l’exposition est consacrée à Bela Bartók : photos de ses recherches sur le folklore, vieil appareil enregistreur, partitions manuscrites, corrections …
Buda : Musée de la Musique cymbalum
petit musée de l’hôtellerie et du commerce
Buda : Colonne de la Peste
Les touristes restent aux abords du Bastion des Pêcheurs entre la place Diesz Teret celle de l’Eglise avec sa tour de la Peste(encore !). Dans les petites rues nous sommes bien tranquilles.
Les rues de Buda
Dans le petit musée de l’Hôtellerie et du Commerce nous sommes plongées dans l’époque 1900-1935. Prospectus et photos de l’exposition du Millénaire 1896, époque du tourisme de luxe où l’on se déplaçait train en (horaires de trains), on descendait déjà au Gellert (une chambre) et chez Gerbeau qui vendait des chocolats de voyages et des biscuits dans des boîtes en fer. On emportait des malles et des boîtes à chapeaux. Vieux guides touristiques de l’époque ainsi que cartes postales de Budapest avant la circulation automobile et quand les cafés étaient dans leur plus grande splendeur. Le Danube bleu et d’autres musique d’époque nous accompagnent.. On a aussi reconstitué des vitrines de commerce, celle de l’épicerie 1930 est particulièrement réussie avec toutes les boîtes en fer et le comptoir.
Promenade sur les remparts
Buda : Bastion des Pêcheurs
Nous retournons à Diesz terpar la promenade des remparts qui offre de belles vues sur les collines, certaines sont rocheuses et vierges de toute construction.
Déjeuner à la terrasse d’un café d’une salade César sous de grands arbres avec une belle vue sur le Danube. La vaisselle et le service sont raffinés et le prix raisonnable.
L’église Mathias
A 13 heures visite de l’Eglise Mathias, une surprise nous attend : une chorale de petites filles japonaises d’Hiroshima robes rouges, chemisier blanc qui chantent en latin, elles sont très mignonnes et peuvent avoir 8 ou9 ans. L’intérieur de l’église est complètement recouvert de fresques, malheureusement trop 19ème à mon goût. L’effet est surprenant.
Bains Lukacs
Nous terminons l’après midi aux bains Lukacs.
Le Palais de la Commission Européenne du Danube à Sulina
A la suite de Danube de Claudio Magris où j’ai trouvé la référence du livre, et du Pilote du Danube de Jules Verne, j’arrive à la Mer Noire. Inutile de chercher Europolis sur l’Atlas. Je pense d’abord à une ville fantôme ou à une ville de Science-Fiction. Non, Europolis était la ville de la Commission Européenne.
Europolis est l’humble Sulina roumaine, petite ville de littoral et grand port sur le Danube, siège de la Commission européenne du Danube….
….après la Guerre de Crimée, la Turquie ne pouvant pas et la Russie ne voulant pas assurer la navigation sur le fleuve, les grandes puissances qui avaient besoin du blé roumain avaient organisé après la guerre de Crimée la fameuse Commission européenne du Danube
Selon Wikipedia, À la fin du xixe siècle, elle affichait une population de 4 889 habitants dont 2 056 grecs pontiques, 803 roumains, 553 lipovènes, 444 arméniens, 268 turcs, 211 austro-hongrois, 173 juifs, 117 Albanais, 49 allemands, 45 italiens, 35 bulgares, 24 maltais britanniques, 22 tatars, 22 monténégrins, 21 serbes, 17 polonais, 11 français, six danois, cinq gagaouzes, quatre indiens britanniques et trois égyptiens.
Sulina était donc une ville cosmopolite, comme tous les ports de commerce, porte de l’Europe vers l’Orient, entrée aussi du trafic fluvial sur le Danube, le plus grand fleuve européen. La communauté la plus importante était celle des Grecs à cause de la présence historique des Grecs autour de la Mer Noire et aussi à cause de l’importance des armateurs Grecs dans le trafic maritime et le commerce.
« C’est que les Grecs ont, à leur manière, raison lorsqu’ils se prétendent les hôtes les plus anciens de ce littoral. Dites-moi, n’y a-t-il pas eu ici des colonies grecques ? Avez-vous oublié l’histoire et l’expédition des Argonautes qui cherchaient par ici la Toison d’or ?
Critiques ouvertes, discussions violentes, car tout Grec naît marin ; nonobstant son métier, il est en outre capitaine… de navire, de caïque ou de barque. »
Les personnages du romans sont pour la plupart grecs et le Grec apparait « dans le texte » du roman écrit par ailleurs en Roumain. C’est l’histoire du retour d’un enfant du pays expatrié en Amérique. L’histoire commence avec la réception de la lettre annonçant ce retour. Dans l’imaginaire de tous, les Grecs font fortune en Amérique ; Nikola, le frère de Stamati, le cafetier, ne peut être que millionnaire. Chacun spécule sur cette fortune et chacun rêve de s’associer pour investir dans un projet mirifique.
L’Américain fut célébré comme un authentique héros de l’Antiquité, de retour dans sa patrie après une longue odyssée.
Nikola n’arrive pas seul, il est accompagné de sa fille Evantia, noire de peau et d’une grâce telle, qu’elle acquiert le surnom de Sirène noire. On se dispute sa compagnie aussi bien dans la communauté grecque qu’au Palais de la Commission Européenne tous les marins et les officiers de marine la convoitent. La déception de le découvrir sans le sou sera très cruelle.
Europolis est aussi une histoire d’amour. Il est beaucoup question d’amour chez ces marins qui font escale à Sulina. Ce n’est pas l’aspect le plus plaisant du livre : la misogynie qui s’étale sans fard est difficile à lire pour la lectrice de 2020. L’amoureux transi moqué par ses camarades, le séducteur, Don Juan sans scrupule, les amours vénales des marins qui font relâche au port. On devine dès le début que la belle jeune fille naïve est promise à la déchéance. Il faudrait pouvoir sauter les chapitres entiers où les marins échangent ces considérations machistes.
Europolis est aussi une très belle évocation du delta, de l’ambiance de cette ville écrasée de chaleur l’été, prise dans les glaces l’hiver, du fleuve :
Vous allez voir l’un des spectacles les plus grandioses de la nature. Observez la couleur de l’eau. Deux nuances bien distinctes. Nous sommes en mer, mais nous voguons déjà dans les eaux du Danube. Tenez, la surface est toute bleue jusqu’à l’horizon, et uniquement dans la direction que nous suivons, une large bande couleur café partage le miroir d’eau. C’est l’eau douce, boueuse, du fleuve, qui passe au-dessus de l’eau salée et limpide de la mer sans s’y mêler à ce stade. Deux domaines, deux forces formidables de la nature se rencontrent ici sous nos yeux. Le fleuve dominateur, qui n’a pas connu d’obstacles dans son cours et que nulle force n’aurait pu arrêter, n’interrompt pas sa course, il continue en haute mer jusqu’à ce qu’il y perde son eau et son nom. C’est ici que la personnalité du Danube disparaît après avoir englouti l’eau de cent trente rivières, après avoir baigné sept pays, cinquante ville, coupé l’Europe en diagonale.
J’aurais aussi pu évoquer les pirates qui volent le blé, le transportent dans des chalands à double cale…cette lecture est pleine de surprises.
MITTELEUROPA : UN MOIS A TRAVERS L’AUTRICHE, LA HONGRIE ET LA CROATIE
Concert Liszt
Franz Liszt à l’opéra
Nous mettons nos plus beaux atours et partons à l’avance pour avoir les meilleures places au concert Liszt. Deux trams, en un quart d’heure nous sommes sur place.
Il faut acheter une nouvelle Budapest Card puisque la nôtre expire ce soir. Ibusz est fermé le samedi, à la gare, un bureau de change nous en vend.
La salle de concert est pleine, il y a surtout des vieilles dames endimanchées mais aussi des enfants avec leurs parents. Certains sont venus avec des sacs en plastique de supermarché contenant une serviette éponge pour la piscine.
La pianiste est une grande et grosse blonde aux cheveux crêpés, très maquillée, en robe longue grenat. Elle a passé sa tête entre les rideaux et a l’air morte de trac. Comme s’il ne faisait pas assez chaud, on ferme fenêtres et rideaux. Je dégouline. La pianiste commence à massacrer Beethoven, la Pathétique. Dominique qui l’a jouée, relève les fausses notes, et met certaines sur le compte des doigts qui glissent avec la chaleur. Ensuite au programme, la grande Polonaise, Dominique me donne des coups de coudes, « c’est trop difficile, elle n’y arrivera jamais« . Malgré le lieu mythique nous n’assistons pas à un concert exceptionnel. Viennent ensuite des pièces de Kodaly que nous ne connaissons pas, Dominique a envie de partir, moi, je veux attendre Liszt. On se sauve entre deux mouvements et écoutons la fin du concert dans l’entré e où la fenêtre ouverte donne un bon courant d’air. Bizarre impression, quand on ne voit plus la grosse dondon avec ses chairs molles qui tremblent, la musique est plus belle. Bains Gellert
Bains Gellert : hall art déco
Le hall d’entrée des bains Gellert est rempli de touristes, beaucoup de Français mais aussi des Espagnols, des Italiens. Nous payons prix réduit avec la Budapest Card mais nous nous retrouvons dans un vestiaire collectif avec des consignes pleines et une employée désagréable. Dans les bains les plus sélects on doit se déshabiller devant tout le monde. Heureusement! on a pris nos précautions !
Bains Gellert décor extérieur
Après avoir parcouru de longs couloirs (encore !)Nous arrivons à la piscine extérieure entourée de marbre rose avec un mur en petites pierres et carrelage Art Nouveau, sculptures et colonnes, un filet d’eau descend en cascade d’une série de vasques en escalier. Le décor est somptueux mais il y a vraiment foule.
Bains Gellert pis cine découverte
Nous préférons la piscine intérieure recouverte d’une verrière coulissante beaucoup plus calme et surtout plus belle. Le bassin est entouré d’une colonnade en céramique crème a motifs Art déco géométriques rappelant la mer. Le bord est de marbre rose, les murs bleu marine sont décorés de potiches de porcelaine de chine. Au fond une vasque avec une naïade qui porte dans ses bras des canards. Des lions crachent de l’eau.
Bains Gellert piscine couverte Art déco
Derrière une porte verrouillée qui s’ouvre discrètement quand on sonne, le hammam des femmes. On peut quitter son maillot et se baigner nue dans des piscines chaudes (38° ou34°). Au mur des mosaïques bleues roses et dorées, des pavés de verre laissent passer le jour donnant une lumière très douce comme dans les bains turcs.
Bains Gellert Hammam des femmes
Budapest by night
Nous avions prévu une croisière sur le Danube mais devant l’affluence des touristes qui arrivent en troupeaux pour le week-end nous nous ravisons et décidons de marcher sur les quais du Danube côté Pest.
la Bastille
Sur le quai d’en face, l’Institut français a construit une Bastille bleue Blanc et rouge, installé un podium décoré de ballons tricolores pour fêter le 14 juillet.
Nous attendons que la nuit tombe et que les lumières s’allument sur la colline du château. Le Pont des Chaînes s’illumine de toute une guirlande. Plus loin le bastion des Pêcheurs. Nous longeons le fleuve, il y a vraiment beaucoup de monde. Soudain une barge s’immobilise au milieu du Danube, une fusée explose et nous assistons au plus beau feu d’artifice du14 juillet donné en spectacle par l’Institut français.
C’est vraiment une jolie surprise, nous aurions pu choisir n’importe quel autre soir pour notre promenade nocturne.
Dominique n’a vraiment pas de veine, elle se relève de la pelouse où nous étions assises avec le short complètement trempé, il y avait une flaque ! Le retour se fait un peu sauve -qui -peut.
MITTELEUROPA : UN MOIS A TRAVERS L’AUTRICHE, LA HONGRIE ET LA CROATIE
Andrassy ut
Andrassy Ut. Atlantes
Promenade III du Guide VISA :4Andrassy. Dominique reste dans le métro jaune. Nous avons fixé deux rendez vous, l’un à la maison de Liszt, l’autre à la place des Héros.
le métro jaune
Le petit métro jaune circule près de la surface. Les stations sont carrelées de blanc avec des bordures marron avec les mêmes carreaux que le métro parisien autrefois. De mon côté, je longe de beaux immeubles qui ont des entrées monumentales : caryatides, colonnes et portes ouvragées. J’entre sous des porches et découvre marbres et fresques. Opéra
L’Opéra est une copie de celui de Vienne, en beaucoup plus petit. Les statues des musiciens debout sur la corniche sont assez amusantes. Liszt a une position privilégiée sous une coquille, en habit d’abbé.
Maison de Liszt
maison de Liszt
La promenade est délicieuse, il fait encore frais. Nous sommes les seules visiteuses dans l’appartement de Liszt. La dame de la caisse parle français. Elle nous renseigne très aimablement. Nous achetons une brochure qui détaille tous les éléments du mobilier et les portraits. Bien sûr, on voit de nombreux pianos, dont certains très curieux : un piano miniature à quatre octaves, ses cordes sont remplacées par des lames de verre.
Le bureau où Liszt composait possède un tiroir renfermant un clavier à trois octaves. Dans un autre pièce, un harmonium a deux claviers, l’un pour l’harmonium, l’autre pour le piano. Demain on donnera un concert comme chaque samedi à 11 heures. Nous nous promettons de revenir.
Andrassy ut
Je continue seule ma promenade sur Andrassy qui a maintenant, une contre allée ombragée, les immeubles ressemblent à des palais, l’un d’eux est recouvert de mosaïque dorée.
Place des Héros
Place des Héros : arrivée des Magyars
Nous nous retrouvons sur la Place des Héros, immense quadrilatère dallé de noir et de blanc, en son centre, une haute colonne avec d’énormes statues : c’est le monument du Millénaire commémorant les 1000 ans de l’installation de tribus hongroises en 896. Au fond une colonnade comportait des statues, celles ci ont disparu. Pourquoi ?
Musées
Cet ensemble grandiloquent est bordé sur les deux côtés de musées ressemblant à des temples grecs. L’un d’eux est polychrome avec des dorures sur les chapiteaux, c’est plutôt kitsch !
Comme les musées sont gratuits nous entrons au Musée des Beaux Arts, celui dont le fronton imite celui du temple de Zeus. Dans des salles immenses les tableaux sont accrochés rapprochés les uns contre les autres recouvrant tout l’espace disponible. Les chefs d’œuvre sont mélangés avec des œuvres mineures (si ce n’est quelconques) Il y en a tant qu’on a du mal à s’y retrouver. L’abondance donne un résultat très indigeste.
Je cherche dans chaque salle le tableau qui me plaît, je suis déçue par le Greco mais ravie par le Breughel. Un Canaletto représentant Venise me plaît bien.
Bains Széchenyi
Nous achetons des brochettes pour manger dans le parc du Varosliget.
les Bains széchenyi sont dans un véritable palais
Les Bains Széchenyisont installés dans un véritable palais avec des coupoles vertes. On entre par un escalier majestueux. L’employée est habituée aux touristes : pour un forfait de 1500 forint nous pourrons aller partout où il nous plaira, on nous donne un jeton qu’on glisse dans la fente d’un portillon. Dédale de couloirs qui mènent dans des lieux mystérieux dont la destination est écrite en Hongrois. Trouver les cabines est une aventure. Si nous entrions par erreur dans le hammam des hommes ? ou dans un lieu de traitement médical ?Après les vestiaires nous poursuivons notre parcours initiatique par des couloirs et des salles de repos, les bassins d’eau thermale très chaude, des piscines de formes variées dans lesquels trempent des hommes et des femmes d’âges divers.
Bains széchenhyi : décors de mosaïques
Enfin nous atteignons l’extérieur à la sortie d’un escalier en colimaçon trois grandes piscines dans un décor baroque. Murs peints en jaune comme à Schönbrunn, moulures blanches, balustres, festons et guirlandes. Au milieu d’un bassin rond, une vasque, sur le rebord de la piscine, des divinités marines juchées sur des dauphins nous surveillent.
bains széchenyi : piscine découverte
Il y a beaucoup de monde mais les installations sont si vastes que l’on trouve facilement une place. On peut nager sans se gêner. L’ambiance est différente des piscines de France : pas de cris, pas de bousculade ou de plongeons. Il faut dire que les enfants sont rares et les ados absents. La majorité du public est d’âge respectable. Un maître nageur à chaque extrémité de chaque piscine siffle les nageurs sans bonnet. Nous avons donc un moment de détente et de calme. Je nage dans ce cadre royal dans la piscine à 25 ° longue d’au moins 50 m/.Un peu plus loin, une piscine ronde a des bulles et un courant giratoire, des jets d’eau, tous les enfants réunis dans cette sorte de manège, suivent un géant poilu mais au crâne rasé à la silhouette d’haltérophile qui porte une jeune fille brune aux longs cheveux à bout de bras et émet des imprécations dans ne langue slave (russe, bulgare ?)
Dans la piscine d’eau très chaude on joue aux échecs assis dans l’eau.
Bois de Ville
Nous rentrons tranquillement en faisant le tour du château composite sur le bord du petit lac: il reproduit sur chaque face un site connu de la Hongrie, nous reconnaissons la chapelle de Jak, la façade de Fertödun autre château Renaissance, un clocheton de bois à toiture compliquée et une tour moyenâgeuse. L’ensemble est kitsch et peu intéressant. C’est un précurseur du château de la Belle au bois dormant d’Eurodisney.
Galerie d’Art moderne
La Galerie d’art Moderne est logée dans le temple antique polychrome. Contrairement au musée d’en face, peu de tableau sur les murs blancs, mais ce qui est mis en valeur n’offre que peu d’intérêt. En revanche on a tassé un Picasso, 3 Modigliani et deux Kandinsky dans une même salle.
Dans une dernière salle une exposition sur le thème des collections de Gertrud Stein avec des copies de Picasso de Braque ou de Cezanne sur des matériaux divers : chaises, caisses avec des couleurs fanées.
Pest
Le petit métro nous conduit place Vörôsmartydans le quartier piétonnier et chic de Pest : je lorgne le Café Gerbeau mais Dominique déclare que nous sommes mal fringuées et surtout, manger un gâteau à la crème ne lui dit rien (à moi si !). Nous arrivons au Danube devant les grands hôtels Hyatt, Mariott… qui font un front de fleuve très moderne et très quelconque (mieux que le front de seine du Xvème)Sur le bord du Danube il y a de belles terrasses de café, beaucoup de promeneurs , sur le corso les rails du tram nous séparent du quai en contrebas.
Pont des chaînes
Le fameux pont des Chaînes gardé par des lions sans langue, est un des symboles de Budapest. Il est long de 235 m. En face le funiculaire grimpe au château, tout petit en bois peint en jaune, très cher . Passé six heures, les musées sont fermés mais la lumière est très belle, il y a peu de monde et une relative fraîcheur ? Nous déambulons dans le palais grandiose. Des clarinettistes plutôt jazz et un violoniste nous donnent un concert de plein air.
Une rampe pavée nous conduit au Danube. Le 86 un bus direct nous ramène très vite chez nous.
J’ai dévoré ce livre, une fois commencé je ne l’ai plus laissé. Merci à Babélioet l’éditeur du TempsPrésent
« Et bien, votre fils Sioma…en deux mots c’est un Don Quichotte tragique… un héros antique, en quelque sorte » […]…mais inspiré par un vieux philosophe, un hassid, sans doute, qui lui apprit que « sans l’espérance, nous ne trouverons jamais l’inespéré » « .
Lecture passionnante : un demi-siècle de révolutions, 1904-1946 , d’Odessa à la Guerre Civile espagnole, aux camps du Vernet de Djelfa, en Palestine. Sioma, le père d’Alexandre Thabor, raconte sa vie à son fils après une longue séparation. Ce livre qui se lit comme un roman d’aventures, est le témoignage d’un combattant révolutionnaire. C’est aussi une merveilleuse histoire d’amour de deux enfants juifs d’Odessa 15 ans et 13 ans qui se sont aimés jusqu’à ce Tsipora ne soit réduite en cendres quelques jours avant la libération d’Auschwitz.
Révolutionnaire depuis sa plus tendre enfance :
« C’est à six ans que mon père m’a ouvert les yeux sur le monde dans lequel nous vivions, nous les Juifs : un monde de pogroms, d’incendie, de pillage, de viols, de dévastations, de massacres perpétués par les Cent-Noirs »
….
C’est juste après l’assassinat de Stolypine, l’organisateur des Cent-Noirs un jour de Septembre 1911, que mon père a jugé bon de commencer mon éducation politique. […]Il m’a raconté le dimanche sanglant de 1905 à Saint Pétersbourg, les grandes grèves d’Odessa, la mutinerie des marins du Cuirassé Potemkine…
Révolutionnaire et juif, révolutionnaire parce que juif?
Son père tenait une école où l’on enseignait le Russe avec Gogol et Pouchkine, l’Hébreu avec la Torah, …et les prophètes : Amos, le premier révolutionnaire ouvrier, Isaïe très présent tout au cours du récit. Malgré les violences, les récits de guerre, les références aux textes juifs sont présentes.
Chagall : la Guerre
Sioma, adolescent à Odessa, vit dans une ambiance de violence extrême. Le récit d’un pogrom est insoutenable. Après la Révolution de 1917, Odessa est le théâtre d’affrontements entre l’armée Rouge, les armées blanches et les nationalistes ukrainiens. La communauté juive est, elle-même, partagées, certains juifs soutiennent l’Ukrainien Petlioura, pourtant antisémite. Sioma choisit les komsomols où il acquiert une éducation politique et militaire.
Chaghall : le salut
Ce n’est qu’après le pogrom de Jitomir (1919) que son ami Gedeon l’entraine à une réunion du Poalé-Zion sioniste. Il entend parler Kalvarisky , un proche de Martin Buber partisans d’une entente entre les Arabes et les Juifs en Palestine. L’idée de quitter Odessa pour Eretz Israel ne le tente d’abord pas du tout. Pendant de longues années, se succèdent affrontements et massacres. Ce n’est qu’en 1924, avec Gedeon et Tsipora qu’ils iront s’installer à Nahalal dans la ferme de leurs amis Olga et Youri.
Jamais, Sioma et Tsipora n’ont adhéré au slogan « Une terre sans peuple, un peuple sans terre » . Déjà, à Odessa, ils connaissaient la situation : deux peuples condamnés à vivre ensemble sinon , selon Martin Buber, il s’en suivrait une Guerre de Cent Ans.
« partisans de la création d’un Etat commun binational, nous étions certains que cet espoir serait comblé un jour ou l’autre. De ce point de vue, nous nous sentions pleinement révolutionnaires »
L’installation à Nahalal au printemps 1924 se fait dans l’enthousiasme jusqu’à ce qu’une famille palestinienne ne vienne cultiver les terres qu’on leur avait volées et qu’un membre du moshav ne tue le père.
« Sioma ressent sa vie en Eretz Israel entachée par ce crime. Il éprouve désormais l’obligation d’empêcher pareilles injustices »
Après avoir protesté, devenus indésirables, ils sont chassés du moshav et déménagent à Haïfa où ils militent pour l’entente avec les Arabes avec qui avait fondé avec Martin Buber, Brit Shalomqui lui fait connaître le maire de Haïfa et les grandes familles arabes. Sioma rencontre aussi Yitzhak Sadeh qui l’a accueilli au Bataillon du travail tandis que Tsipora travaille avec Sarite la sœur d’un communiste arabe Nadjati Sidki dans une école bilingue accueillant enfants juifs et arabes. Ils soutiennent les revendications et les grèves des travailleurs arabes
« Ils deviennent des traîtres, des vendus à la cause arabe »
Tandis que les émeutes, les violences intercommunautaires et antibritanniques s’intensifient. En 1936, à la suite d’une décision de la Histadrout de bannir les travailleurs arabes, la grève se transforme en lutte armée. Sioma est arrêté par les Anglais et emprisonné à Saint Jean d’Acre. Il est expulsé de Palestine et rejoint les Républicains espagnol dans leur lutte contre le fascisme.
Il ne part pas seul, 25 militants antifascistes juifs et 2 arabes forment
« mon unité, mes Palestiniens »
Jose Garcia de Ortega
dans les brigades internationales. Il retrouve d’anciennes connaissances d’autrefois quand il était dans les komsomols et furent
« accueillis par André Marty, le héros de la mutinerie de la marine de guerre française dans la rade d’Odessa »
Le récit de la Guerre d’Espagne est détaillé sur 75 pages, de bravoures, de tueries, d’occasions ratées, de défaites sanglantes et aussi de coups tordus. Bataille de Madrid, de Saragosse, de Teruel pour finir par la Retraite, la Retirada. Impression de gâchis. Les ordres de Moscou sont contradictoires. Chaque clan livre bataille de son côté, quand ce n’est pas les uns contre les autres. Exécutions sommaires de déserteurs. Déserteurs ou opposants politiques? Les communistes semblent plus occupés à décimer les anarchistes et les trotskistes qu’à gagner la guerre civile. Exécutions aussi de militants communistes chevronnés, hauts gradés qui ont déplu à Moscou. Jeanne, une journaliste qui a publié un article sur la commune des femmes libres de Calanda (anarchistes), Lucia Cordoba, une chirurgienne dont le seul tort est d’avoir soigné un officier franquiste, périssent dans d’étranges accidents, enlèvement, guet-apens. Et pourtant, malgré tout cela, Sioma continue persuadé de la justesse de leur lutte anti-fasciste.
1939, Sioma est interné dans des conditions très dures au camp du Vernet d’où il s’évade pour retrouver Tsipora à Paris. Il est repris sous les yeux de son fils et de sa femme renvoyé au Vernet puis en Algérie à Djelfa jusqu’en 1942. Après le débarquement des Alliés en Afrique du Nord les anciens des Brigades furent libérés et un émissaire soviétique vient chercher Sioma pour l’envoyer en Palestine.
Chagall : à la Russie, aux ânes et aux autres
Détour par Moscou, où chaque clan autour de Staline avance ses pions. Béria pense l’utiliser dans un comité juif, le CAJ, cherchant à lever des fonds d’aide à l’Armée Rouge. En contrepartie, l’URSS soutiendrait la création de l’Etat d’Israel. Protégé par sa mission soviétique, il peut retourner en Israël d’où il était banni. Occasion de retrouver Haïfa, sa mère et ses camarades de combat.
1946, la guerre est finie mais la libération des camps a changé la donne. Ben Gourion, la Haganah préparent les forces du futur Etat d’Israël. Où se trouve Sioma le jour de l’Indépendance? Ce n’est plus le sujet. A Paris il apprend la mort de Tsipora.
Témoignage sur la Révolution Russe à Odessa, sur la vie du Yichouv de 1924 à 1936, récit de la Guerre d’Espagne. C’est aussi un récit très poétique entrecoupé des versets d’Isaïe ou de Jérémie, de poèmes écrits par ces poètes yiddisch qui vont disparaître en 1952 lors de la purge de Staline.
Un récit, parfois touffu, où je me suis un peu perdue, mais passionnant.
En bonus : la préface d‘Edgar Morin. Une postface très intéressante : Ils rêvaient de binationalisme signée Dominique Vidal
MITTELEUROPA : UN MOIS A TRAVERS L’AUTRICHE, LA HONGRIE ET LA CROATIE
Halles de Budapest
Halles centrales
Tram 17, jusqu’au Pont Marguerite, le tram 4 jusqu’à Moskva ter, puis le métro, ligne rouge puis ligne bleue jusqu’aux Halles Centrales.
La structure métallique du marché est élégante, les échoppes colorés, les guirlandes de paprika séché alternent avec celles d’ail. les charcuteries proposent des saucisses, encore des saucisses, et du foie gras. Aux légumes des piles de poivrons de toutes les teintes allant du vert acide jusqu’au jaune oranger en passant par toute la gamme du jaune. Choux, choux-fleurs, choux raves, radis, radis noirs, carottes en bottes et navets. A l’étage des broderies fines très chères. C’est un marché de luxe où nous nous promenons avec plaisir.
Synagogue
Le saule du souvenir devant la Synagogue
A la Synagogue, une mauvaise surprise nous attend : une queue serpente sur toute la place, c’est le premier jour de l’Exposition Chagall. La queue n’avance pas, je me renseigne, on doit passer sous un portique de sécurité et on fouille tous les sacs. Dans la file, une majorité d’Israéliens qui sont habitués à cette situation, parlent fort, s’interpellent, s’organisent, vidant leurs poches à l’avance des pièces et des clés. Cela dure bien trois quarts d’heure mais personne ne s’impatiente.
style mauresque
Dans la Synagogue, je profite du commentaire en hébreu de la conférencière. Elle date d’environ 1850 et est de style « mauresque », aucun rapport avec une communauté séfarade, c’était simplement le style à la mode. La Guide souligne les éléments copiant une cathédrale chrétienne : même chaire, même tribunes dans l chœur. Différence quand même les galeries en bois sur deux étages pour les femmes et les lustres impressionnants. Pendant la guerre, les nazis ont utilisé la synagogue comme centre de communication, sachant que les Américains ne la bombarderaient pas. C’est aussi le lieu où ont été rassemblés les Juifs partant pour les camps. Estée Lauder a financé la restauration.
Budapest Synagogue
Musée Juif
Au musée juif, les vitrines sont intelligemment présentées sur le thème des fêtes. Celle de Kippour montre de beaux shofars, la table du Séder est dressée avec des plats à Matzot magnifiques, les Haggadot et toute l’argenterie. Au fond une salle tapissée de photos sur l’extermination de la communauté hongroise. L’émotion très forte se dégage, on a beau connaître ces images cela fait quand même quelque chose.
Chagall
L’exposition Chagall est organisée par l’Institut français, beaucoup de tableaux proviennent du Midi de la France, j’ai plaisir à montrer à Dominique ces tableaux qui sont bien dans leur contexte ici.
Le saule du Souvenir
Dans un petit jardin ombragé, des plaques debout comme des tombes, portent toute la même année 1945, accumulées sous les grands arbres, cimetière vide. Le saule pleureur du souvenir,au milieu d’une cour pavée, porte sur chaque feuille métallique le nom d’un disparu au milieu d’une cour pavée. Arbre métallique isolé, image poignante . Les touristes qui se font tirer le portrait agacent Dominique, moi, je les comprends, ils rapportent à la famille, aux amis une preuve de leur passage, en pèlerinage.
Le Guide VISA nous invite à faire une promenade dans l’ancien quartier juif : nous voyons des façades noircies délabrées d’immeubles qui ont été décorées de guirlandes de statues, d’angelots ou de chevaliers du Moyen Age, gloire ancienne d’une communauté qui a été très prospère. Visite des Bains Kiraly
Bains kiraly
Quels bains choisirons nous ?
Le tram 17 passe devant les bains Lukacs(1 étoile)près du pont Marguerite se trouvent les bains Kiraly (3*)Nous optons pour Kiraly et marchons le long du Danube. Au détour d’une rue calme nous voyons les coupoles de l’établissement de bains. Des petites coupoles turques vertes surmontent des murs antiques, adossés à une maison de deux étages verte coiffée d’une toiture qui fait un auvent.
Kyraly intérieur
L’accueil est le même qu’à Balf, liste de prix en Hongrois, l’hôtesse en blouse blanche ressemblant à une infirmière ; les couloirs ripolinés il y a bien longtemps ont de vilaines couleurs terne hôpital. Je mime les gestes du nageur, une employée qui parle anglais se rapproche, ici, il n’y a pas de piscine, mais elle propose un ticket de visite pour 220 forints. On ouvre une cabine à clair-voie pour ôter les chaussures, on aurait aussi pu enlever nos vêtements puisque nous avons pris la précaution de mettre les maillots en dessous. Notre hôtesse, pantalon blanc, blouse blanche, nous précède sur des sortes de caillebotis en plastique et nous montre le Hammam, nous passons très vite dans la pièce chaude et arrivons dans la pénombre sous la coupole éclairée seulement par les trous (qui nous permettaient de reconnaître les hammams en Turquie). Sous la coupole, une piscine d’eau chaude, des femmes à moitié nues, ou complètement, prennent leur bain, sur les côtés quatre piscines rectangulaires plus petits sont remplis d’eau fraîche. Nous sommes ridicules, habillées dans la moiteur . Je regrette en voyant les piscines d’avoir seulement le ticket de visite. Dominique est horrifiée par les corps vieillis offerts au regard des autres. Ambiance calme, personne ne parle, très différente de la joyeuse activité des marocaines. Pas de savon ni d’argile, ici, ce sont des thermes médicaux, pas le décrassoir.
Bains Lukas
Bains Lukacs
Nous allons à pied aux bains Lukas. L’entrée est monumentale, des colonnes de marbre encadrent une fontaine, comptoir ancien où l’on vend l’eau au verre. bâtiments du siècle dernier sont peints en jaune ornés de statues, guirlandes, chapiteaux surmontés de balustre. Dans la cour il y a des grands arbres et des bancs. Cet établissement thermal a plus d’allure que l’hôpital de Balf .Au mur, des plaques de marbre ressemblent à des ex voto, remerciements de riches curistes. L’une est en allemand, une autre en arabe(en lettres latines) au nom d’un prince égyptien.
Accueil habituel, on prend des entrées-piscines avec cabine, le garçon de bain, heureusement n’est pas déguisé en infirmier, il est joyeux, il nous pilote, ouvre nos cabines, nous dit d’y laisser nos affaires. Pour les photos, c’est interdit, mais il ferme les yeux nous recommandant de faire discrètement.
Les piscines ne datent pas du siècle dernier ! elles sont carrelées et pimpantes. Il y en a trois, une froide, une à 25°C et une chaude. Au premier abord je rentre dans la piscine classique à 25° et fais des longueurs. Dominique m’appelle et nous descendons dans la piscine chaude. Sa forme est bizarre, il y a une partie rectangulaire et une autre ronde où un couloir fait le tour du bassin, dans ce couloir les baigneurs se suivent à la queue leu leu, nous y allons, un courant très fort nous entraîne, on attrape le rebord et on se laisse dériver à toute allure. C’est rigolo, on peut marcher, nager ou simplement s’asseoir en se tenant par les bras. Parfois on se cogne en riant. Pour quitter le tourbillon il faut bien calculer sa sortie sinon on repart pour un tour. L’autre partie de la piscine comporte des attractions : une douche puissante, cinq ou six personnes sont debout sous le jet qui cingle le dos ou les épaules. Difficile d’y rester longtemps. Une sorte de plage avec des arceaux permet de se coucher et de se laisser masser par des bouillonnements. Après .un certain temps, nouvel amusement : des sources bouillonnantes surgissent au milieu de la piscine, le courant giratoire et la plage bouillonnante s’arrêtent alors . Nous nous amusons bien et restons jusqu’à six heures.
….. »Ilia Brusch comprit le danger. Faisant pivoter la barge d’un énergique coup d’aviron, il s’efforça de se rapprocher de la rive droite. Si cette manœuvre n’eut pas tout le résultat qu’il en attendait, c’est pourtant à elle que le pêcheur et son passager durent finalement leur salut. Rattrapée par le météore continuant sa course furieuse, la barge évita du moins la montagne d’eau qu’il soulevait sur son passage. C’est pourquoi elle ne fut pas submergée, ce qui eût été fatal sans la manœuvre d’Ilia Brusch. Saisie par les spires les plus extérieures du tourbillon, elle fut simplement lancée avec violence selon une courbe de grand rayon. À peine effleurée par la pieuvre aérienne, dont la tentacule avait, cette fois, manqué le but, l’embarcation fut presque aussitôt lâchée qu’aspirée. En quelques secondes, la trombe était passée et la vague s’enfuyait en rugissant vers l’aval, tandis que la résistance de l’eau neutralisait peu à peu la vitesse acquise de la barge. »
Quel plaisir de s’évader au fil de l’eau à bord de la grosse barque du pêcheur Ilia Brusch, champion de la Ligue Danubienne des Pêcheurs au concours 1876 de Sigmarigen à Routchouk. Ilia a imaginé ce périple comme une véritable opération de communication : annonçant ses étapes par voie de presse, vendant aux enchères le produit de sa pêche.
Depuis plusieurs mois, en effet, les rives du Danube étaient désolées par un perpétuel brigandage.
Les voleurs, très mobiles, sont insaisissables et la police fluviale délègue un fin limier Karl Dragoch pour les arrêter. L’enquêteur, incognito, s’invite à bord de la barge d’Ilia Brusch. Jusqu’à Vienne c’est une véritable partie de pêche et de plaisir. Tout se complique quand le pêcheur fait escale dans la Capitale et que de nouveaux personnages s’immiscent dans la navigation. Véritable imbroglio d’identités, Ilia Brusch est-il le paysan Hongrois qu’il prétend?
A l’escale suivante, en Hongrie, une villa est dévalisée, une tempête chahute la barque et Karl Dragoch tombe dans le Danube…C’est un roman d’aventures!
L’action se déroule en 1876 avec les guerres d’indépendances des patriotes bulgares contre la Turquie, trafics d’armes, pirates du Danube.
Il y a aussi un une romance.
Tous les ingrédients pour un polar aventureux très réussi.
MITTELEUROPA : UN MOIS A TRAVERS L’AUTRICHE, LA HONGRIE ET LA CROATIE
Le Danube et la colline de Buda
De Szombathély à Budapest, trois heures sur une bonne route, vide au début puis un peu encombrée de camions, passant par des champs de blé, puis par des herbages dans une région plus vallonnée. Près du lac Balaton, la silhouette des volcans. Des fleurs des bas côtés, coquelicots et bleuets ; un chevreuil traverse un champ puis hésite devant la route, nous l’avons bien vu avec ses jolis bois pointus.
arrivée à la Capitale
La grande synagogue
Arrivée à Budapest : la circulation est infernale, nous sommes portées par le flot des voitures jusqu’au centre en essayant de suivre les panneaux « i « . Je tente de suivre sur le plan et de nous repérer. Heureusement que nous l’avons étudié avec soin hier ! Se garer est toute une histoire, le parking payant, ce n’est pas ne surprise, mais il est surtout impossible sur les grandes artères. Si on fait le tour du pâté de maison, on se retrouve 500 m plus loin. Nous déposons la voiture dans la rue de la Grande Synagogue et cherchons le bureau de tourisme autour de l’hôtel Astoria.
J’entre dans un magasin de gants, chapeaux et sacs à mains, puis dans une banque, puis chez McDo. Tout le monde comprend à peu près l’Anglais mais personne ne peut me renseigner. Dernier recours : l’hôtel Astoria, je traverse le passage souterrain, retrouve le panneau « i » marche encore 500m et trouve le bureau d’Ibuszdans un très bel immeuble, très noir.
Trouver une chambre : Ibusz
La dame est souriante – Budapest n’est donc pas complet !
Quand je précise que nous avons une voiture, sa figure s’altère. Puis elle se souvient. Elle a ce qu’il nous faut! Pour 8000 forint la voiture sera dans le jardin.
Je suis ravie et cours annoncer la nouvelle à Dominique que j’ai plantée devant l’hôtel Astoria. Mais il faut remettre de l’argent dans le parcmètre! Dominique part en direction d’Ibusz et moi vers la voiture, sans les clés de la 205, je fais donc demi tour. Il me semble faire une course de relais sur Rakoszi utca et Kossuth utca en plein midi, j’ai dû parcourir au final 5 km.
13h : nous avons notre logement et la Budapest Card qui nous assure les transports en commun gratuits ainsi que les musées. Nous trouvons assez facilement Becsi ut 9, notre adresse et le propriétaire nous accueille chaleureusement, sa fille parle bien anglais. notre appartement près de l’île Marguerite
Notre appartement à Buda se trouve près de l’île Marguerite dans une maison de deux étages au crépi orange sale avec un petit balcon arrondi garni de fleurs. Il a une belle entrée carrelée avec une cabine de douche, la cuisine a une cuisinière et tout ce qu’il faut pour les repas mais pas l’eau qui se trouve dans les W-C. La chambre est vaste, toute blanche, soulignée par une baguette brune, l’ameublement est un peu désuet en bois clair verni. Tout est propre et clair .Le prix est correct 240 F, beaucoup moins que ce que nous comptions mettre dans une pension ou dans un hôtel.
Notre quartier, malgré la circulation bruyante, a l’air tranquille, presque campagnard avec des maisons basses et des rues pavées, une petite église et beaucoup de verdure . Les façades de maisons basses cachent un centre commercial ultra moderne où je trouve des plats préparés, schnitzel et salades. Le tram 17 passe dans notre rue et conduit au pont Margit..
Tour de Budapest en Tramway
tram de Budapest
Tour de Budapest en tramway d’après le guide VISA Hachette.
Les trams de Budapest sont sur le même modèle que ceux de Vienne mais jaunes et plus branlants. . A Vienne, le machiniste annonçait les stations et les correspondances. Ici, pas d’annonce, ce qui, de toutes façons, ne servirait à rien puisque nous ne comprenons pas le Hongrois. En montrant notre plan aux voyageurs nous obtenons toute l’aide que nous souhaitons. Nous sommes quand même parties deux fois dans la mauvaise direction !
Au cours de ce premier tour de Budapest nous trouvons nos repères : les correspondances, les places principales et essayons de regarder le paysage : quelques beaux immeubles parmi d’autres grisâtres. Budapest n’est pas Vienne, tout le patrimoine architectural n’est pas entretenu, les façades sont noircies, les stucs partent en lambeaux laissant affleurer la brique.
Promenade à pied le long du Danube
Du Mont Gellert, le long du Danube. Sur la carte, on imaginait un parc. La réalité est toute autre : d’un côté, la falaise, de l’autre, une double voie rapide nous assourdit ; le trottoir ne permet pas la flânerie. Nous passons devant les Bains Rudas, la coupole est en cuivre oxydé : on reconnaît bien un hammam turc.
L’hôtel Gellert est gardé par un employé qui barre le passage, il est 6h1/4, l’accueil des bains s’arrête à 6h, il me laisse consulter les tarifs, 2200forint,c’est encore abordable pour un endroit mythique.
Pest
Nous passons le Danube et nous retrouvons sur les Petits Boulevards de Pest. Arrêt à DeakTer, correspondance importante du métro, j’aimerais boire quelque chose. C’est un de mes rêves que de paresser à la terrasse d’un café, malheureusement, il est sept heures et tous les magasins ont fermé leur porte, il ne reste plus que Pizza Hut et cela ne correspond pas à mon rêve !
Métro
Métro de Budapest : escalator vertigineux
Nous retournons à la Synagogue, à Astoria, de là on reprend le métro pour Moskva Ter .le métro nous surprend : l’escalier roulant est impressionnant : il dévale à pic au moins cinq étages. Les rames sont confortables, sièges en velours propre, un affichage électronique annonce la station suivante et les correspondances. .De MoskvaTer un microbus le Varbusz qui nous conduit au Château de Buda, de là on voit les rues anciennes pittoresques mais il déjà tard. Nous installons au meilleur endroit de la ville : au café du bastion des Pêcheurs pour voir Budapest au coucher du soleil. Le Danube est pastel, le Parlement prend une elle teinte orangé. J’attends la serveuse avec impatience , j’ai toujours envie d’un coca ! mais la serveuse ne viendra pas.
MITTELEUROPA : UN MOIS A TRAVERS L’AUTRICHE, LA HONGRIE ET LA CROATIE
Arrivée 9h à Kőszeg, sur la frontière autrichienne, sous un beau ciel bleu . Nous n’avons pas voulu utiliser la vaisselle de notre location pour le petit déjeuner, nous prenons donc un café en terrasse et des gâteaux dans une pâtisserie.
Petite ville ancienne
Koszeg
Promenade dans les rues médiévales aux maisons colorées. Les caves à vin ont de belles enseignes ; on peut déguster le vin sur des tables dans le jardin ou sous les porches où il doit faire bon, les jours de grosse chaleur, dans le courant d’air. Kőszeg ressemble à Sopron, construites selon le même plan : deux rues circulaires entourent la ville ancienne, on parvient à la place en passant sous une arche.
Deux églises jumelles
Koszeg :
Ici, curieusement deux églises se touchent, Saint Emeric et Saint Jacques, l’une hongroise, l’autre autrichienne. Un petit musée est aménagé dans une maison : les ateliers des différents corps de métiers sont reconstitués avec beaucoup de soin l’échoppe du coiffeur, du relieur, l’horlogerie, le laboratoire du photographe, Le nom et la photographie des artisans figurent, certains étaient encore vivants en 1980. Ancienne synagogue fermée
Nous découvrons l’ancienne synagogue en brique avec des tours qui encadrent les tables de la loi. La grille est fermée. Le jardin est une jungle, le bâtiment à l’abandon. Mon cœur se serre à la pensée des milliers de juifs hongrois déportés, ici on n’a même pas mis une plaque comme à Sopron ou à Szombathely, je photographie.
Le château fort où Soliman fut repoussé
Visite au château fort qui a résisté à l’assaut de 20 000 (ou 60 000, selon les guides) turcs en 1532, arrêtant l’avance de Soliman sur Vienne, je fais le tour des remparts et monte au donjon.
Pour compléter la visite de la ville, je monte à pied par un chemin de croix à une chapelle baroque d’où on découvre un beau panorama. Je suis ravie de cette promenade sur le chemin très raide mais ombragé, il fait déjà très chaud. La chapelle est fermée, elle trône sur un piédestal avec un escalier très élégant orné de statues, des tilleuls sont plantés sur la placette, dans les vignes.
pique nique
Un étang est aménagé pour le canotage à la sortie de la ville, c’est un leu de pique-nique idéal, nous déjeunons en compagnie de quelques canards. Les nuages arrivent rapidement, à notre retour à Szombathély, le ciel est très menaçant.
village musée de Szombathely
28
Le village-muséerassemble des chaumières de toute la région, certaines sont slovènes, d’autres croates ou allemandes mais il n’est pas précisé s’il s’agit de territoires avant ou après le traité de Trianon, la brochure explique que ces maisons ont été démontées pour une Exposition Universelle sans précision de date.
Les chaumières sont toutes des bâtiments en longueur perpendiculaires à la route. Toutes sont chaulées de blanc, seules différent les toitures : le chaume est retenu par une sorte de tréteau de bois à l’envers, bâtons en X, dans d’autres une grosse ficelle de chaume relie les bottes et s’enroule sur des pignons pointus aux extrémités.
A l’intérieur la pièce la plus proche de la rue est la pièce d’habitation avec un gros poêle de faïence, des lits très hauts couverts de tissu bleu de Pappa, les tables et les chaises sont sculptées, un curieux accessoire, le tire-bottes.. Les jardins sont enclos dans des barrières tressées. Les treilles de vignes, les géraniums aux fenêtres seraient très photogéniques s’il y avait du soleil, Des gouttes énormes tombent, l’orage gronde, nous avons juste le temps de nous réfugier dans la voiture avant le déluge.
Nous nous garons dans un parking sous la grêle, nous rentrons « à la maison » pour préparer notre visite à Budapest. Nous étudions soigneusement plans, guides et prospectus, oublions le cadre sordide de l’appartement. Finalement l’orage est tombé au bon moment.
Je me suis laissé entraîner dans cette équipée à vélo, chevauchée effrénée de ces deux Haïdouks, cyclistes et nomades qui remontent la route du Danube de l’Orient vers sa source sur les pas des envahisseurs Huns, Avars, Magyars, Péchenègues, Turcs….et ceux des migrants Syriens ou Afghans.
« Vous allez rouler à contresens de Napoléon, d’Hitler et de l’expansion Européenne, mon pauvre ami! Et vous avez bien raison quand on pense comment ces aventures ont terminé! »
Aventure cycliste, sportive, mais aussi littéraire. Emmanuel Ruben écrit comme il roule : à perdre haleine dans les pistes et les chardons, paresseusement, prenant le temps d’un coucher de soleil ou de l’envol d’un héron. Il connait :
l’extase géographique, le bonheur de sortir de soi, de s’ouvrir de tous ses pores, de se sentir traversé de lumière.
Ambitieux, devant la copie de la Colonne Trajane de Bucarest:
il faudrait écrire un livre qui s’enroule comme la colonne Trajane, l’hélice de l’Histoire s’enroule en bas-relief où sont gravées les aventures de l’empereur Trajan et du roi Decebale sur les bords du fleuve – oui je voudrais une sorte de rouleau original du Danube, un rouleau sans ponctuation, sana alinéa; sans paragraphe, un rouleau sans début ni fin, un rouleau cyclique, évidemment car c’est cela aussi le Danube.
Partis d‘Odessa, les deux compères veulent goûter à la steppe comme les envahisseurs d’autrefois. Ils traversent la steppe, le delta ukrainien sur des routes dangereuses ou sur des pistes poussiéreuses, traversent la Moldavie
« cinq minutes en Moldavie, une demi-heure à ses frontières »
En Roumanie à Sulina (=Europolis)
Sulina
« Au kilomètre zéro du Danube, à la terrasse du Jean Bart, le dernier café sur le fleuve, le capitaine Hugo Pratt buvait une bière. Cela se passait en juillet de l’année 2*** »
imagine-t-il comme incipit de son futur livre.
A Galati et Braila il évoque Panaït Istratiet ses romans Nerrantsoula et Tsatsa Minnka ainsi que Mihail Sebastian , « trop juif pour les Roumains, trop roumain pour les Juifs »et son roman prémonitoireL’accident. Dans le Baragan, le vent les freine, projetant les fameux Chardons du Baragan (mon livre préféré de Panaït Istrati). En Bulgarie, à Roussé, ils visitent la maison d’Elias Canetti transformée en studio ou répètent des groupes de rock local.
les chardons de la steppe
Géographie et histoire:
En Bulgarie, il évoque aussi le Tsar de Bulgarie Samuel 1er(1014). Leur passage à Nicopolis est l’occasion de raconter la « grande déconfiture » selon Froissart, défaite des Croisés en 1396. Souvenirs d’un voyageur Evliya Celebi(1611 – 1682). Visite en Hongrie du cimetière de la bataille de Mohacs (1687)….
La bataille de Nicopolis : la Grande déconfiture des Croisés
Leur voyage est aussi fait de rencontres : Raïssa, lipovène parle Russe avec eux. Vlad, le compagnon de l’auteur est Ukrainien, Samuel (le héros) se débrouille en Russe, en Serbe, en Turc et en Italien. Tant qu’ils sont en Roumanie, en Bulgarie et en Serbie, ils se débrouillent bien et ont de véritables échanges avec les piliers de bistro, les passants de hasard qui les aident pour réparer les vélos. Ils passent des soirées mémorables à boire des bières de la tuica ou rakija, ou à regarder le coucher de soleil avec l’accompagnement d’une trompette de jazz tzigane. Rêve d’une île turque disparue Ada Kaleh, Atlantide qu’ils ne devineront pas, même en grimpant sur les sommets.
la scène la plus kusturiciene de ce voyage : trois tsiganes dans une charrette tractée par deux ânes remorquent une Trabant
Les routes sont parfois mauvaises. Ils se font des frayeurs avec les chiens errants
Ces chiens sauvages sont les âmes errantes de toutes les petites nations bientôt disparues d’Europe. Le nationalisme est une maladie contagieuse qui se transmet de siècle en siècle et les clébards qui survivront à l’homme porteront le souvenir de cette rage à travers les âges.
Comme Claudio Magris, ils s’arrêtent longuement à Novi Sad en Voïvodineou ils ont des amis de longue date, du temps de la Yougoslavie. mais contrairement à Magris qui part à la recherche des Allemands venus en colons peupler les contrées danubiennes, Ruben reste à l’écoute du Serbe, du Croate, des Tsiganes à la recherche des Juifs disparus dans les synagogues en ruine ou dans le cimetière khazar de Celarevo. Au passage je note dans les livres références Le Dictionnaire khazar de Milorad Pavic, La treizième tribu d’Arthur Koestler (que je télécharge). Je note aussi Le Sablier de Danilo Kis. Inventaire des massacres récents ou moins récents, victimes du nazisme en 1942, ou bombardements de l’OTAN (1999)
« délires nationalistes de la Grande Serbie, Grand Croatie, Grande Bulgarie, Grande Albanie….etc d’où découlèrent les guerres balkaniques, La Première guerre mondiale et les guerres civiles yougoslaves. La balkanisation est un fléau qui touche chaque peuple et son voisin, une maladie contagieuse qui se transmet de siècle en siècle et de pays en pays : la maladie de la meilleure frontière »
L’arrivée en Hongrie coïncide avec les pluies du début septembre qui les contraignent à traverser la puzsta en train. difficulté de communication, les Hongrois parlent Hongrois (et pas nos deux compères) les rencontres se font plus rares. De même en Slovaquie, en Autriche, en Allemagne, les deux cyclistes n’ont que peu de contacts avec la population germanophone. En revanche, ils ont le don de trouver des guinguettes, bars ou restos où officient Croates, Kosovars ou Serbes avec qui ils sympathisent immédiatement.
Altedorfer
Les pistes cyclables (communautaires) sont plus confortables quand ils traversent l’Autriche mais elle n’ont plus la saveur de l’aventure. Ils croisent même un grand-père de 78 ans et son petit fils de 9ans. Un couple de retraités maintiennent la même moyenne que nos deux champions, grâce à l’assistance électrique. Leurs visites de musées et châteaux se font plus touristiques. Près de Vienne musée Egon Schiele (mort de la grippe asiatique). Visite du Musée d’Ulm: musée de la colonisation des souabes. Toujours consciencieux ils ne zappent pas le musée de Sigmaringen, ni les autres curiosités touristiques mais l’élan d’empathie n’y est plus. Legoland à Audiville, Europa-park!
Egon Schiele : Durch Europa bei Nacht
Le périple se termine devant les drapeaux du Parlement Européen à Strasbourg. En route ils ont découpé les étoiles du drapeau européen
un voyage d’automne dans le crépuscule d’une Europe qui a perdu ses étoiles en traquant ses migrants
Il s’agissait bien de parler d’Europe, de faire surgir une autre Europe de cette traversée d’Est en Ouest. En route, en Slovaquie, un monument de ferraille représente le cœur de l’Europe. mais pour l’auteur :
Le cœur de mon Europe bat au sud-est entre Istanbul et Yalta, Novi Sad et Corfou dans l’ancien empire du Tsar Samuel…