Vacances dans le Caucase – Maria Iordanidou

LITTÉRATURE GRECQUE

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incipit:

« Par un jour de juillet 1914, Anna quitta quitta Constantinople pour se rendre en Russie. Elle laissa derrière elle la Ville Vénérable du siècle passé, […]la Constantinople indolente des portefaix et des arabadjis, avec son quartier des Romii…. »

Quel livre charmant! Voyage dans le temps ,  dans l’Orient et la Russie.

Anna, élève de 16 ans va passer ses vacances avec Claude, la femme de son oncle Aleksos qui finance ses études. Claude, française, a été préceptrice en Russie, au temps ou chaque famille russe se devait d’enseigner le français.

Le voyage jusqu’au Caucase est compliqué, partant à bord du Sicilia, elle franchit le Bosphore pour arriver à Batoum, de là il faudra prendre le train, changer à Vladikavkaz et à Kavkaskaïa, pour atteindre enfin Stavropol, 1200 km en train. C’est la mobilisation générale, les trains sont bondés. Dans la foule, Anna perd sa tante Claude, échoue dans une gare de campagne quelque part avant Kavkaskaïa, puis dans la campagne.

la vie est tranquille à Stavropol. Depuis la déclaration de guerre, on s’intéresse à l’Angleterre, alliée de la Russie. Anna qui a étudié l’Anglais au collège américain d’Istanbul sera préceptrice anglaise des enfants Otchkov. Mais il faut qu’elle rejoigne Stavropol! L’amie de sa tante Claude la retrouve dans un hôpital militaire pour malades contagieux en compagnie de soldats tchèques et autres déserteurs.

Elle passera toute la Première Guerre mondiale à enseigner l’anglais et à essayer de suivre ses études en Russie pour revenir diplômée, la guerre finie à Constantinople.

C’est donc le récit de la vie dans le Caucase pendant la guerre. Témoignage ou roman? Maria Iordanidou raconte son histoire, mais soixante ans plus tard. Quelle est la part de la mémoire et celle de l’imagination? Toute jeune et avec l’aide de Madame Fourreau, elle s’adapte parfaitement à la vie russe qu’elle nous décrit en détail. Quel bonheur que ces descriptions de la vie russe, comment on boit le thé, comment on se distrait! Intelligente, elle apprend très vite comment enseigner, gagne bien sa vie et se rend indépendante et libre malgré son jeune âge.

Vient la Révolution et surtout les horreurs des guerres civiles, la faim, les cosaques….Témoignage ou roman?

J’ai adoré ce livre je cherche Loxandra du même auteur, épuisé. Qui me le prêtera?

Ce qui reste de la nuit – Ersi Sotiropoulos

1CAVAFY A PARIS EN 1897

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Il y a si longtemps, fascinée par le Quatuor d’Alexandrie de Lawrence Durell, j’ai rencontré Cavafy, le poète d’Alexandrie. Et quand j’ai visité la ville, j’ai cherché à marcher sur les traces de Justine, visité de Cecil hôtel, traîné devant les cafés, cherché les terrasses de cafés, cherché des traces grecques sur les vieux murs délavés…

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un café d’Alexandrie

Plus tard, au cours de nos voyages dans les Iles grecques, souvent avec Durrell pour guide, j’ai retrouvé Cavafy. Éblouissement que son Ithaque que j’aime entendre en Grec, que j’ai écouté en boucle. Puis découverte En attendant les Barbares….

Cavafy me fascine.cavafy-portrait

Et voici que, par les hasards de Facebook, je trouve sur le blog de L’ivresse Litteraire  le titre Ce qui reste de la nuit, sur les pas de Cavafy à Paris. Je l’ai téléchargé en négligeant l’avis très mitigé de Sandrine qui ne l’a pas beaucoup apprécié.

Certains livres, même si ce ne sont pas des chef d’oeuvres littéraires, tombent à pic dans l’humeur du moment. Constantin Cavafy et son frère John passent quelques temps dans le Paris de l’Affaire Dreyfus, en 1897. Autre sujet qui m’intéresse. Encore une coïncidence, je suis en train de suivre le MOOC Oscar Wilde. Ce dernier sorti de prison est justement venu en France, est ce que Cavafy le rencontrera dans le roman? Il aurait pu. En tout cas, les considérations esthétiques du jeune poète rencontrent celles de l’auteur du Portrait de Dorian Gray. 

« Wilde avait été le précurseur de l’anti-mimesis[…]l’archiprêtre de l’anti-mimésis »

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Dans ce Paris de la Belle époque, la vie artistique est brillante et les deux Alexandrins, pilotés par un compatriote, Mardaras, secrétaire du poète symboliste Jean Moreas, vont traîner du Boulevard des Italiens, à Montmartre, des Tuileries à la Place Clichy, à la recherche des endroits où il faut être où dînent ou soupent les célébrités.

« C’est ici-même, au rat mort que Rimbaud avait poignardé Verlaine en présence du poète Charles Cros… »

Quelles émotions pour un poète!

Baudelaire, Rimbaud, Hugo, vous me broyez. « Votre stature m’écrase »

« Et la merveilleuse métaphore de Baudelaire allant de l’oiseau marin au Poète » [….] « Tout homme, et pas seulement le Poète, ne se voyait-il pas condamné à vivre cloué au sol. » inspire le jeune Constantin qui a hâte de rentrer dans a chambre d’hôtel pour écrire des vers qu’il déchire, le matin venu.

Promenades dans Paris, allusions à Alexandrie, bien présent. Recherches poétiques. Mais aussi déchirures dans la société causées par l’Affaire Dreyfus, curieusement comparées aux querelles byzantines :

« Iconomachie. Iconolâtres et iconoclaste. Une fumée épaisse montait de l’atrium de SAinte-Sophie« […] « vois-là une preuve supplémentaire de ce fanatisme qui animait l’Empire byzantin »

Etudes pour les poèmes de Cavafy, image empruntée au blog de Thierry Jamard http://thierry.jamard.over-blog.com/2016/11/exposition-cavafis-lundi-7-octobre-2013.html
Etudes pour les poèmes de Cavafy, image empruntée au blog de Thierry Jamard
http://thierry.jamard.over-blog.com/2016/11/exposition-cavafis-lundi-7-octobre-2013.html

L’amour des garçons sous-tend le récit, amour coupable, inavoué et inassouvi. Tension insoutenable après la rencontre avec un jeune danseur russe. Scène très pénible (pour la lectrice dans une pissotière). Un aspect interlope comme cette visite dans une Arche, lieu de perdition mondain où les hommes de la bonne société s’encanaillent après avoir traversé la zone. 

Une lecture très riche, qui tombe au bon moment!

Et encore une coïncidence, sur un blog ami je viens de trouver un très long article sur une exposition Cavafy à Athènes très bien illustrée.

 

 

 

 

 

 

 

L’Ultime Humiliation – Rhéa Galanaki

LIRE POUR LA GRECE

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Un roman féministe?

Tiresias, le devin aveugle de Thèbes qui apparut à Ulysse était hermaphrodite, Tiresia, l’une des héroïnes de l‘Ultime Humiliation est femme et devineresse…Rhéa Galanaki choisit aussi de féminiser le Minotaure.  Dans l’appartement athénien,  ne vivent que des femmes : Tiresia et Nymphe, deux professeures retraitées, Danaé l’assistante sociale,  Catherine  leur sert de chaperon et Yasmine  vient faire le ménage.Les fils feront une apparition tardive : Oreste et Takis et le petit Ismaël. Un lointain patriarche exerce une influence occulte….

Un roman historique?

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Athènes,  12 février 2012

Le Monde 13 février 2012 raconte :

« Pendant que les députés débattaient et votaient des nouvelles mesures d’austérité, dimanche 12 février, Athènes brûlait. Près d’une vingtaine d’immeubles ont été incendiés après la dispersion d’une grande manifestation hostile au nouveau « mémorandum » que la Grèce s’engage à appliquer auprès de ses partenaires européens. Dans la nuit de dimanche à lundi, l’Attikon – un magnifique cinéma à l’ancienne du centre de la capitale – était encore ravagé par les flammes, tout comme un immeuble désaffecté à quelques dizaines de mètres. Les pompiers continuaient leur intervention au siège d’Alphabank, d’où les flammes avaient cessé de sortir…… »

C’est autour de ce fait précis, autour de cette manifestation que s’organise le récit. Tiresia et Nymphe, ulcérées par les coupes dans les retraites, menacées d’être expulsées de leur appartement,  décident de se joindre aux manifestants.

Rhéa Galanaki raconte cet épisode dans le style de la tragédie antique :

« Athènes est au sens propre une tragédie : voilà ce qu’avaient écrit sur les banderoles les gens défilant par vagues  interminables. Il ne semblait pas y avoir de cas isolés ou de rôles à part dans cette tragédie moderne : c’était au sens propre; l’âme d’une ville qui expirait devant elles; Seul le chœur de cette tragédie contemporaine conservait quelques éléments de son origine antique. En effet les deux femmes ne cessaient d’entendre le choryphée[….] et le chœur des temps modernes les (les slogans) répétaient adoptant une voix rythmée et une démarche cadencée…. ».

La place (Syntagma) « elle était devenue une double place, mais aussi une place à double sens ».

A la manifestation pacifique succède l’émeute, où les deux femmes sont piégées. Parmi les hommes-en-noir, les émeutiers casqués,  elles croient reconnaître Takis et Oreste. Après les affrontements, après l’incendie du cinéma elles s’écroulent et sont incapable de retrouver le chemin de l’appartement.

incendie cinéma Attikon

Un roman politique

« Tragédie et démocratie sont les enfants d’une même mère…. »

Rhéa Galanaki décrit les partis qui s’affrontent : Aube dorée qu’a choisi Takis, le fils de Catherine, la Crétoise et d’un policier défunt, les groupes anarchistes ou gauchistes où milite Oreste. Elle compare ces affrontements à la révolte des étudiants de l’Ecole Polytechnique en novembre 1973, Nymphe et le père d’Oreste en étaient les héros. Les deux générations s’opposent, les héros, sont ils devenus corrompus? La crise que traverse la Grèce leur est-elle imputable? J’ai déjà lu des allusions à ces politiciens dans les livres de Petros Markaris. Rhéa Galanaki et Markaris ont travaillé ensemble, entre autres au scénario d’un film de Theo Angelopoulos.

Catherine, elle aussi s’interroge :

« c’est ainsi qu’elle eut pour la première fois la possibilité de s’interroger sur les différents types des gens de gauche, et l’opportunité de se demander si les membres de la gauche actuelle étaient différents ou non, de la génération d’autrefois. »

Venant d’un village martyr des nazis pendant la seconde guerre mondiale, elle ne peut accepter les analogies entre Aube Dorée, le parti fasciste où milite son fils, et les agissements des Allemands. Une très belle scène, par la suite raconte comment les vieux Crétois ont chassé Aube Dorée du village.

Une fresque antique

Après la représentation des événements du  février 2012, dans le style de la tragédie antique, l’errance de Nymphe et de Tiresia, incapables de retourner chez elle,vivant dans la rue avec les SDF, est une véritable Odyssée.

L’Ultime Humiliation est-elle la déchéance de tous ces Athéniens paupérisés par la Crise et réduits à la condition de clochards sans droits, sans identité, mendiants dans la jungle urbaine?

« A leur manière les sans-abri d’Athènes sont aussi les révoltés de notre temps. »

Rien n’est moins sûr! L‘Ultime Humiliation est aussi le nom donné à une icône appelée aussi « le Christ de pitié« . C’est d’ailleurs par une allusion à cette icône que s’ouvre le roman. On peut lire le livre à la lumière d’Homère et de l’Odyssée mais il ne faut pas oublier la composante orthodoxe de la culture grecque.

Un roman d’une grande richesse

On peut s’attarder à l’analyse politique de la Grèce en crise en 2012, on peut s’attacher à la mythologie. Mais ce n’est pas tout.J’ai remarqué une allusion àCavafy, des vers du Facteur chanté par Moustaki, qui est un poème de Manos Chadjidakis  (ce que j’ignorais),un chapitre entier dédié à Théo Angelopoulos à l’occasion de l’incendie du cinéma Atikon… et bien d’autres pépites…

 

le fils du concierge – Ménis Koumandaréas

LIRE POUR LA GRECE

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Merci aux éditions esperluète pour ce cadeaux dans le cadre de la Masse Critique de Babélio!

Joli cadeau, joli livre tout fin (42 p.) beau papier épais, illustrations de Michel Barzin, bleu et blanc (comme il se doit sur le bord de la Méditerranée) . Une nouvelle, parue  en grec en 1996.

Il me plait d’imaginer un salon à l’ancienne, de barbier-coiffeur, où tout le quartier passe en relayant des nouvelles, des ragots ou des secrets qu’Euripide gardera pour lui. Un détail montre que le coiffeur est quand même à la page : la coupe à l’iroquoise que le jeune Zissis demande!

Le vieux concierge Prokopis, croit reconnaître son fils Yiannis en Zissis. Que cache cette méprise? Contre toute attente, Zissis fait preuve de gentillesse et d’humanité et propose de raccompagner Prokopis. Zissi et Yiannis sont-ils un seul et même personnage?

Délicatesse des sentiments, ironie, finesse. J’ai aimé passer un moment chez ce coiffeur.

La clarinette – Vassilis ALEXAKIS

LIRE POUR LA GRECE , ET LE LUXEMBOURG?

Alexakis, photo Paris Match
Alexakis, photo Paris Match

« Par moment deux drames, le tien et celui de la Grèce ne faisaient qu’un dans mon esprit : ta chambre à l’hôpital Saint Joseph était une cellule de prison où on avait enfermé mon pays pour dettes. » 

C’est un livre d’amitié, amitié qui lie le narrateur, auteur grec francophone, et son éditeur qui est aussi son ami. Ce sont aussi ses allers-retours entre Paris et Athènes dans la Grèce sinistrée par la crise. Narrateur de l’entre-deux, entre-deux langues, polyglotte oserais-je écrire pour employer un mot d’origine grecque, qui écrit en Français se traduit lui-même en Grec, ou l’inverse. Choix des mots. Entre-deux pays, l’exil est-il à Paris où l’auteur vit depuis presque cinquante ans,  auteur reconnu et primé, ou à Athènes? ou à Tinos dont il parle trop peu. 

Je lis toujours avec grand plaisir Alexakis, écrivain attentif aux mots depuis la Langue Maternelle, le Premier Mot….qui, en Français nous fait aimer la langue grecque. La plus belle trouvaille est cette vérité aletheia dont le contraire ne serait pas le mensonge mais l’oubli, ce Lethé, fleuve des Enfers, fleuve de l’oubli. La mythologie n’est jamais loin. Ni Œdipe, ni Sophocle.

Pourtant c’est un « roman » plutôt noir, où il est question de vieillesse, de maladie et de deuil. D’oubli aussi puisque le titre La Clarinette vient d’un oubli de ce mot, perte de mémoire qui inquiète le narrateur.

Noir  le constat de la pauvreté des Grecs. Pauvreté qui exacerbe l’égoïsme plutôt que la solidarité. Crise impitoyable qui met à la rue des milliers de Grecs – ou non-grecs d’ailleurs. Le narrateur est particulièrement attentif aux SDF et au clochards, grecs ou parisiens, il se documente sur les initiatives pour leur venir en aide.

Attentif aussi aux idées politiques, exilé de la Junte autrefois, il sait reconnaître le fascisme,  l’égoïsme des armateurs grecs qui ne paient pas l’impôt. Sévère avec l’Eglise orthodoxe: Ap. J.-C est le roman  que j’ai préféré.

Retournera-t-il définitivement à Athènes?

 

 

Psychiko – Paul Nirvanas

LIRE POUR LA GRECE

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Les éditions Mirobole éditent ce court texte paru en 1928 sous forme de feuilleton.

Roman policier? Certes, on découvre le corps d’une inconnue, tuée à l’arme blanche dans un ravin et recouverte de pierres. On ne connaîtra qu’à la fin du roman son identité. Son assassin court. Le motif n’est pas le vol. Le journaux s’emparent de ce fait divers. Énigme autour d’un crime, mais pas de policier, ni de détective. Roman policier?

Nikos, jeune désoeuvré, héritier d’une bonne famille a abandonné ses études de médecine pour mener une vie oisive et passablement débauchée. Il imagine tirer gloire de ce crime non élucidé en se faisant passer pour le meurtrier.

« En somme,  notre héros ne vivait plus que das l’univers onirique de son crime imaginaire »

Je n’ai pas accroché tout de suite à cette histoire, qui m’a semblé désuète et mélo. Je me suis laissé prendre au ton ironique et aux références littéraires.

s’agissant de l’arrivée de Nikos en prison, ses compagnons de cellule ne le prennent pas au sérieux : « en somme, Molochanthis ne leur paraissait pas « compétent »  »  pour un criminel l’auteur note. Après l’avoir dépouillé de ses économies et de ses cigarettes, ils veulent entendre l’histoire de son  crime. L’auteur note avec humour :

« sans le savoir, ces détenus appliquaient les lois de l’hospitalité grecque antique : après avoir pris soin de leur hôte, ils l’invitaient tout doucement à leur expliquer les raisons de sa présence parmi eux »

Son arrestation, exploitée par la Presse lui rapporte la gloire escomptée, la prison devient le rendez vous des élégantes qui sont séduites par cet assassin romantique et élégant au nom de fleur Molochanthis désigne la mauve sauvage ou la guimauve. On le gâte, lui propose des livres:

« Vous me ferez un immense plaisir si vous parvenez à me dénicher le Nietzsche de Zarathoustra. J’ai lu beaucoup de titres de Zarathoustra mais son Nietzsche me semble bien supérieur aux autres oeuvre. Auriez vous également l’obligeance de me trouver des livres de Cours, Précis, Manuel et Abrégé? Ce sont mes écrivains préférés. »

Plus loin, des allusions à Oscar Wilde « chacun tue ce qu’il aime«  comble les mondaines qui se sont entichées de lui…. « ton crime, comme dirait Oscar Wilde, est une oeuvre d’art ». 

Dans la Postface, le traducteur note que l’auteur brocarde le sensasionnalisme de la presse de son temps il écrit qu« on retrouve déjà dans Psychiko la critique acerbe des médias grecs qui sera celle de Markaris ». 

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La destruction du Parthénon – Christos Chryssopoulos

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Lu juste après le Palmyre de Veyne , La destruction du Parthénon, m’évoquait les destructions du Patrimoine mondial comme celles des antiquités du musée de Mossoul ou des Bouddhas de Bâmiyan… il est parfois assez étrange qu’on pleure plus les destructions d’antiquités que les hommes, femmes et enfants sous les bombes. J’étais partie sur une mauvaise piste. 

Éliminée la piste terroriste, j’imagine un fou, mégalomane, en mal d’une célébrité monstrueuse.

« La première chose à laquelle j’ai pensé, ou plutôt non, la première chose que j’ai imaginée nettement, réellement ce sont les conséquences; Le retentissement de l’événement à la Une des journaux […..]l’acte suspendu au dessus de la ville qui se propulse en un raz-de-marée par dessus les immeubles et les avenues. […]l’acte devenu information L’acte dont tout le monde parle. L’acte devenu nôtre. Le plaisir de pouvoir se l’approprier en secret. « 

L’examen de la personnalité de l’artificier qui a miné systématiquement colonnes et structures de soutien, ne colle pas avec ce monstre en mal de publicité. C’est un jeune homme effacé, poète, un esthète qui va à la recherche de la beauté. Puisque le Parthénon en est le symbole le plus universel

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« Certains l’aiment parce qu’il est simple, léger, pur, sans fioriture. mais où sont-elles la simplicité,la légèreté, la pureté, l’élégance dans leurs vies? « 

« la beauté, c’est une affectation et une hypocrisie » répond-il.

Ce livre est à la fois une déclaration d’amour au monument et une recherche esthétique. Interrogation aussi de l’identité de la ville noyée dans la lumière orange de l’éclairage urbain, le corps de la ville. 

Le court roman, paru en Grec en 2010 ne se réfère pas tant à l’actualité immédiate qu’à un étrange appel à la destruction de l’Acropole datant de 1944 d’un cercle surréaliste Les Annonciateurs du chaos et de la Proclamation de Yorgos Makris  poète, passablement fou, qui s’est jeté de sa terrasse en 1968.

« … cercle d’amis devant qui il proclamait (non dans un esprit nihiliste mais au contraire, dans l’esprit d’un renouvellement des orientations philosophiques de l’entre-deux-guerres et relayant l’écho tardif du dadaïsme en Grèce) : « Faisons sauter le Parthénon! Son influence sur la philosophie est néfaste ».

Roman  comme un essai philosophique?

Ce roman est étrange, hétéroclite, composé de monologues de témoins divers, du coupable, d’un soldat, de proclamations, d’une liste tronquée.

« Le contenu de cette Proclamation utopique est non seulement tout à fait justifié, mais aussi prophétique, quand on pense au développement phénoménal de l’industrie touristiques et à ce qui est en train de devenir la misère idéologique ne matière de voyage et de tourisme. » 

La piste socio-économique, la place de la Grèce dans l’Europe, autre facette des réflexions que ce kaléidoscope peut suggérer et que revendique l’auteur dans cette vidéo :

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Publicité meurtrière – Petros Markaris

LIRE POUR LA GRECE

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Athènes, 2005, l’année suivant les Jeux Olympiques,

Deux événements se télescopent : le ferry crétois est détourné par des terroristes et des stars de la publicité sont abattus à bout portant.

Pendant une bonne moitié du livre les enquêtes piétinent et la vie familiale de Kostas Charitos est bouleversée par le détournement du bateau où sa fille est retenue en otage.

Je suis toujours avec grand plaisir les enquêtes de Charitos, sa vie de famille et ses errances dans les embouteillages athéniens. Comme avec Brunetti et Montalbano, je m’attache autant à la personnalité du policier, à son entourage qu’à l’intrigue elle-même, je savoure les rougets barbets grillés ou les haricots cuisinés par Adriani, je me promène dans les rues d’Athènes (sans souffrir de la canicule).

Dès que Charitos suit la piste du pistolet allemand Luger, il remue  l’histoire ancienne,  l’occupation allemande, la résistance communiste de l’ELAS, la prison de Bouboulina …C’est dans ce domaine que Markaris est très intéressant. Les criminels ou les témoins ont une histoire dans la grande histoire, ils s’inscrivent dans un contexte que l’auteur analyse.

Analyse critique de l’influence de la publicité dans l’audiovisuel. La publicité « actionnaire principal » des chaines de télévision….Encore une facette intéressante!

Si cet opus n’est pas mon préféré de la série, mention spéciale à Pain, éducation, liberté et à l’Empoisonneuse d’Istanbul, c’est néanmoins très réussi.

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Patrick Leigh Fermor : The Broken Road

LE VOYAGE EN ORIENT

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Une nouvelle édition rassemblant les trois récits du voyage de Fermor de Londres à Istanbul vient de paraître!
J’ai lu le Temps des Offrandes et  Entre Fleuve et Forêt il y a bien longtemps. j’attendais la suite depuis des années.

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Patrick Fermor – 18 ans – est parti de Londres en décembre 1933 à pied vers Constantinople.
Fermor est décédé en 2011.

Surprise : en 2013, la fin du voyage est enfin parue : The Broken Road

J’ai choisi de la télécharger en anglais sur ma liseuse. Je préfère lire en VO, même si le texte est littéraire et comporte tout un vocabulaire choisi que je ne possède pas. Magie de la liseuse : je clique et les dictionnaires m’aident.
c’est donc une lecture, lente, savoureuse, jubilatoire.

Fermor quitte la Serbie et les Portes de Fer, arrive à Sofia.

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Rila

Au monastère de Rila il fait connaissance avec une étudiante de son âge qui l’invite à Plovdiv. Puis, il  marche dans la campagne, entre dans une épicerie à Tarnovo, le fils est étudiant également, ils sympathisent. De Routschouk – ville natale de Canetti – il traverse à nouveau le Danube et rejoint Bucarest où il est reçu dans la meilleure société…puis longe la Mer Noire et arrive pour la nouvelle année à Istanbul, dont nous n’apprenons presque rien.
Le périple n’est pas terminé puisqu’il se poursuit au Mont Athos.
C’est un livre de randonnées, Fermor raconte ses aventures. il raconte surtout ses rencontres.
De la haute société de Bucarest, francophone, proustienne et snob il passe à une grotte occupée par des pêcheurs grecs et des bergers bulgares avec leurs troupeaux avec le même bonheur – et pour le nôtre! Nous ferons enfin connaissance avec des moines russes, bulgares ou grecs…

 

Le Gouverneur de Morée – Bruno Racine

LIRE POUR LA GRECE ET POUR VENISE

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1711-1715 la république de Venise nomme Sagredo, gouverneur de Morée. Il s’installe à Nauplie et se consacre à la construction d’un fort imprenable. L’architecte Lassalle est chargé des travaux.

Sagredo tient son journal pendant ces années.

Occasion de retourner à Nauplie, de chevaucher jusqu’à Corinthe, dans un Péloponnèse – en apparence – pacifié.

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Occasion surtout de rêver à Venise, ses vénérables palazzi, ses bals maqués, les bouches de lions pour les lettres de dénonciation, de se pencher sur la politique subtile et parfois retorse de la Serenissime.

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Le gouverneur se livre, sans se découvrir, se méfie autant des Vénitiens que des Grecs ou des Turcs. Prudence diplomatique, défiance, les échanges avec la population locale sont réduits à l’achat de marbre auprès d’un entrepreneur complaisant, ou service d’un ancien pirate gracié devenu le domestique du gouverneur.

Sagrédo nommera son fort Palamède et nous livre une évocation de ce héros mythologique. Réussira-t-il à édifier la chapelle, touche personnelle qui signera son oeuvre ajoutée aux fortifications de Lassalle?

Confidences en finesse.

Un livre léger, délicat agréable à lire