Georges Mathieu – Geste Vitesse Mouvement – à la Monnaie de Paris

Exposition temporaire jusqu’au 7 septembre 2025

La bataille de Bouvine (250cmx600cm)

Mathieu est un plasticien familier par le Logo d’Antenne2, le revers de la pièce de 10F, les Affiches d’Air France, le trophée des 7 d’Or

Revers de la pièce de dix francs

C’est aussi le personnage mystérieux qui habitait Rue Léopold II dans un hôtel élégant devant lequel je passait en allant au Lycée Molière, dont nous guettions les apparitions et les voitures somptueuses.

 

 

Cette rétrospective à la Monnaie de Paris me semblait tout à fait à sa place mais je ne soupçonnais pas l’œuvre monumentale. Les trois énormes tableaux de 6 m de longueurs qui occupent la plus vaste salle : La Bataille de Bouvine, Les Capétiens partout, La victoire de Denain m’ont étonnée.

Capétiens partout

 Je n’imaginait pas une telle résurrection de la peinture d’histoire et surtout pas dans cette version abstraite  d‘Abstraction lyrique. Autre originalité : ces tableaux ont été peints en public, en un temps record, avec des mises en scènes spectaculaires. Pour la Bataille de Bouvine; Mathieu était costumé et a fait traverser Paris au tableau sur une carriole.

La victoire de Denain

Le happening a été filmé. On voit Mathieu sauter brandir de très longs pinceaux, comme des lances ou des épées et danser une étrange chorégraphie. Les thèmes m’interpellent comme cet Hommage à Louis XI.Un peu plus loin, une salle entière, L’Attrait du Grand siècle rend hommage au Maréchal Turenne, à Delalande à Vauban, et toute une composition présente Louis XIV  en majesté dans l’appartement de la Rue Léopold II

Louis XIV

Dans la salle intitulée Limbes les œuvres sont plus anciennes des années 40 montrent la proximité avec le dripping de Pollock et avec l’allemand Wols. Un voyage au Japon inspire des calligraphies presque orientales, beaucoup plus sobres noir et blanc avec parfois une touche de rouge. 

la Tour de Villebon

Frédéric Rossif a réalisé un portrait du peintre, lui donnant largement la parole pour qu’il explique sa création et sa théorie de l’abstraction lyrique. Il l’a filmé peignant un tableau : la technique est corporelle et très physique? Il commence à se frotter à la toile imprimant deux bandes colorées de son corps, puis il imprime de grands motifs tournant, sorte de calligraphie. Des gants de toilettes en guise de pinceaux XXL pour des tracés épais, des pinceaux de peintre en bâtiment puis des pinceaux plus fins montés sur de longues tiges. il saute, recule, avance. Enfin il écrase des tubes de couleur (acrylique ou gouache) pour donner du relief. Ecrase, recommence, frotte…C’est une gestuelle surprenante. Improvise-t-il ou a-t-il un plan préconçu? 

La Libération d’Orleans par Jeanne d’Arc, presque figurative

Je suis perplexe : impressionnée par ces oeuvres puissantes Impressionnée mais pas franchement convaincue. D’abord je n’ai aucune empathie pour le personnage imbu de lui-même. Presque à l’égal de Dali.  C’est peu dire! Le génie en moins. C’est aussi répétitif. Décoratif mais répétitif. De plus, l’exaltation des batailles médiévales, du faste des rois, n’est en rien ma tasse de thé. Par tradition, ou par provocation, Mathieu s’affirme royaliste. je fais fonctionner à fond mes convictions anti sectaires, et ouvre mon esprit. Cela ne fonctionne pas avec moi!

En revanche, l’exposition Street Art où 4 plasticiens actuels ont peint les cimaises présentant des oeuvres de plus petites tailles de Mathieu, fonctionne bien.

promenade sur la Butte aux Cailles

TOURISTE DANS MA VILLE

Le Boulevard Blanqui, métro Corvisart, la Rue Barrault à l’ouest, la Rue de Tolbiac au Sud et la Place d’Italie délimitent le  périmètre d’un quartier charmant : La Butte aux Cailles avec des rues pentues, parfois pavées entre des maisons basses, souvent agrémentées de verdure. 

Le Street art décore les façades, décors très variés : quelques grands graffs colorés mais finalement assez peu, beaucoup de petits éléments, mosaïques ou pans de miroirs posés en relief, des pochoirs 

La Rue de la Butte aux Cailles est bordée de terrasses de cafés, restaurants, mais aussi d’une bibliothèque, d’un atelier de poterie et arts plastiques, une librairie…des affiches vantent un Théâtre, proposent des improvisations. Rue vivante, sympathique

Et au bout de la rue : la place Verlaine avec son puits artésien, un petit square tranquille, plein de bancs et de sièges et la très belle piscine. Piscine construite en 1922-1924, alimentée par le puits dans la nappe de l’Albien (-582 m) chauffée par le chauffage urbain et « les ordinateurs ». Belle piscine Art Déco avec un bassin extérieur pour cette journée estivale. Les plages horaires sont larges, les prix minimes et l’accueil chaleureux. Cela fait très envie. 

En redescendant vers Corvisart, nous détaillons le street-art, il y a même une artiste qui peint un grand mur ; on se congratule, merci pour égayer notre promenade, merci pour les compliments….

 

En face de la station de métro, sous un porche rectangulaire très haut dans un bloc d’immeubles récents des escaliers montent à la butte. La photo est à l’honneur puisque le passage est la rue Atget qui conduit aux jardins Brassaï, espace vert bien caché.

Dernier souvenir attaché à la Butte aux Cailles le souvenir de la Commune de Paris qui fut le théâtre de luttes sanglantes le 25 mai 1971. Une place est nommée Place de la Commune de Paris et un restaurant : Le Temps des Cerises, restaurant coopératif et militant

Niki de Saint Phalle -Jean Tinguely – Pontus Hulten au Grand Palais

Exposition temporaire jusqu’ au 4 janvier 2026

Affiche de l’Exposition – Hon à Stockholm

Exposition d’une collaboration d’un trio : Jean Tinguely (1925-1991), Niki de Saint Phalle (1930 – 2002) , deux artistes et un conservateur de musée Pontus Hulten qui partageait l’« anarchisme joyeux » des deux plasticiens et qui  s’est impliqué pour faire connaître au public les œuvres novatrices et ouvrir les musées à un art ludique et rebelle. 

Gismo ferraiile, roues diverses..

Mieux qu’un mobile qui oscille au vent Tinguely a construit des machines capables de se déplacer, de rouler sur les innombrables roues, de bringuebaler dans un bruit de ferraille. Sculpture cinétique bruyante.

Gismo parade dans les rues de Paris

 

Méta-matic

Méta-matic est une machine créative, sur le rouleau s’inscrit à l’encre le résultat des tressautements, une vidéo montre que les œuvres dessinées  par la machine sont distribuées aux passants.

Tinguely : Le Bal des pauvres

L’exposition du Grand Palais présente ces machines de Tinguely animées pendant quelques secondes. Il suffit d’attendre . Certaines se mettent en marche à grand fracas comme le Bal des pauvres où casseroles et gamelles s’entrechoquent et où la jambe du mannequin ne déhanche. Au mouvement s’ajoute le bruit qui deviendra carrément infernal sur des machines plus volumineuses pour finir avec cet Enfer

l’Enfer

Pontus Hulten a rencontré Tinguely dès 1954 et a donné toute sa visibilité à cette œuvre cinétique au Musée de Stockholm, le Moderna Museet dont il est conservateur pour l’exposition « Rörelese i konsten«  Le mouvement dans l’art(1961).

Nana de Niki de Saint Phalle.

  C’est là qu’il offre à Niki de Saint Phalle en 1966, l’espace pour « Hon-en kathedral » , la sculpture géante de la Nana enceinte allongée  qui accueille le public entrant dans son vagin dans une exposition d’art moderne (des reproductions). Pour la construction de la statue gigantesque Pontus Hulten a mis la main à la pâte, une vidéo raconte cette aventure et toute une salle est consacrée à Hon, affiches, croquis préparatoires et même un  morceau de la géante qui a été démantelée depuis. 

En 1977 Pontus Hulten vient à Paris pour la conception du Centre Pompidou dont il devient directeur et qui accueillera plusieurs expositions majeures  « Le Cocrodrome de Zig& Puce » (1977) « Exposition Niki de Saint Phalle » (1980) et une rétrospective Tinguely (1988-1989).

Jean jacques Rousseau dans la série des Philosophes

Après le décès de Tinguely en Suisse en 1991, avec Niki de Saint Phalle, il réalise le Musée Tinguely à Bâle. 

Une salle entière est consacrée au Cyclop de Milly-la-Forêt que j’ai vu à plusieurs reprises. Il faut le voir sur place pour mieux se rendre compte. CLIC  Comme la Fontaine Stravinsky(1983) œuvre commune  de Niki de Saint Phalle et Tinguely.

Niki de Saint Phalle : King Kong (1962)

Les réalisations de Niki de Saint Phalle sont très variées, violentes et provocatrices comme les Tirs documentés par des vidéos d’époque et deux tableaux résultats de ces tirs. le film de Céline Salette (2024)  Niki CLICdonne des clés pour interpréter cette violence . J’avoue ne pas aimer cette peinture à a carabine.

Accouchement rose

Comme Tinguely, elle assemble des objets de récupération mais sans le mouvement . Ses constructions sont souvent dérangeantes comme cet accouchement rose agglomérant des poupées et jouets, monstres et fibres. King Kong montre la ville de New York menacée par des avions de guerre tandis que les masques des puissants de l’époque Kennedy, Castro, le Général de Gaulle etc…

Inquiétant ce couple ?

Jamais d’autre que toi – Rupert Thomson

“Masculin, féminin, tout ça je peux faire. Mais neutre – c’est là que je me sens à l’aise. Je ne me laisserai pas enfermer dans un rôle ni mettre en boîte. Jamais. J’aurai toujours le choix.”

J’ai « rencontré » Claude Cahun la première fois à l’Exposition Pionnières CLICau musée du Luxembourg. Une deuxième fois sur un podcast de RadioFrance qui raconte la Résistance surréaliste de Claude Cahun et de Suzanne Malherbe, sa compagne sur l’île de Jersey CLIC contre l’occupant nazi. Dernièrement, un documentaire sur Arte leur est consacré.

Avant notre départ pour Guernesey j’ai cherché un livre pour nous accompagner. Certes, l’action se déroule à Paris et à Jersey, île voisine. Mais l’occupation allemande sur Jersey et Guernesey ont marqué l’histoire de ces deux îles jusqu’aujourd’hui encore. 

Jamais d’autre que toi raconte l’histoire d’amour de Lucie Schwob et Suzanne Malherbe qui commença à l’adolescence, à Nantes pour durer toute leur vie. La narratrice est Suzanne. 

« Je ne nous considère pas comme des lesbiennes, dit-elle. Nous sommes simplement deux personnes – deux personnes dont il se trouve qu’elles s’aiment. — Nous sommes des femmes dont il se trouve qu’ elles s’aiment, dis-je. — Le genre n’a rien à voir. Je t’aimerais quoi que tu sois. Homme, femme, hermaphrodite…” 

Au tout début du XXème siècle, l’homosexualité féminine était complètement ignorée et non pas réprouvée comme l’homosexualité masculine. C’est donc en toute bonne foi que le père de Lucie Schwob confie Lucie, anorexique et dépressive, à la garde de Suzanne Malherbe de deux ans plus âgée. Les deux jeunes filles partent ensemble en vacances et partagent leur quotidien sans problème. Elle seront encore plus proches, demi-soeurs quand la mère de Suzanne épouse le père de Lucie. 

Artistes toutes les deux, Lucie est poète, Suzanne plasticienne. Elles inventent leur vie, se créent des identités, changent de nom Lucie devient Claude, Suzanne, Marcel. Elles jouent avec les apparences physiques

. Claude se rase le crâne, adore être prise pour un homme. Toutes deux se photographient dans des mises en scène androgynes ou carrément surréalistes.

Signé Moore

Elles fréquentent les surréalistes :

« André Breton, Robert Desnos, Philippe Soupault… C’est plus tard seulement que j’ai pris conscience de ce que signifiait ce dont j’avais été témoin ce soir-là – non de la naissance du surréalisme, sans doute, mais d’un aperçu du mouvement dans sa petite enfance. »

Nous ne fîmes néanmoins aucune tentative pour nous joindre à eux. […] il nous semblait que le mouvement était dominé par des hommes apparemment peu disposés à prendre les femmes au sérieux, ou incapables de le faire, et qui considéraient l’homosexualité avec méfiance, voire dégoût. En outre, nous n’étions pas réellement intéressées par l’affiliation.

Jamais d’autre que toi est un roman historique racontant la vie artistique et littéraire à Paris , on croise aussi Michaux, Gertrud Stein, Marguerite Moreno et des acteurs de théâtre un peu oubliés, Foujita, Dali…

A l’approche de la Seconde Guerre mondiale, Lucie qui a déjà souffert de l’antisémitisme pendant son enfance pressent le drame qui se noue et les deux femmes vont chercher un refuge à Jersey. 

. Nous allions partir à Jersey, avec ses plages idylliques, ses vallons et ravins verdoyants, son délicieux isolement. Des amis viendraient de temps en temps nous rendre visite, mais nous aurions l’intimité et la paix. Notre vie serait tranquille, nous ferions des photographies. Nous nous aimerions

La paix? c’était sans compter l’invasion des îles anglo-normandes par les nazis qui les fortifièrent en les transformant en véritable bastion. Et les deux femmes deviennent un réseau de Résistance à elles toutes seules.

Plus tard, j’appris que les Allemands avaient un nom pour les gens comme nous, qui refusaient de reconnaître leur présence. Ils nous appelaient les “fantômes”. Comme il était curieux, me disais-je, qu’ils aient pensé à inverser ainsi les choses. Nous les traitions comme s’ils n’existaient pas et pourtant, d’une certaine façon, c’étaient nous qui étions devenus invisibles.

Elles agissent avec leurs talents : les mots et les dessins, rédigeant des tracts illustrés très impertinents dans un allemand parfait que possède Suzanne. Elle font croire que des séditieux sont infiltrés dans les troupes allemandes. Elles collent leurs tracts dans les endroits judicieux jusque dans les poches et les chaussures des officiers allemands. Elles vont même jusqu’à afficher une banderole dans le cimetière autour de l’église comparant la grandeur de Jésus à celle de Hitler. Provocations dans le plus pur surréalisme!

Dénoncées, elles sont incarcérées en 1944 et condamnées à mort. Un suicide raté leur sauvera la vie, leur épargnant la déportation.

Claude Cahun photographiée  par Suzanne avec l’aigle nazi dans la bouche.

Des personnalités remarquables, une histoire passionnante.

A lire, même si vous ne vous embarquez pas pour Jersey!

Tous Léger au Musée du Luxembourg

Exposition temporaire jusqu’au 20 juillet 2025

Yves Klein/Fernand Léger Forêts

Visiter une exposition comme jouer à faire des paires!

Les arbres bleu Klein rencontrent la forêt aux arbres bleus de Fernand Léger. Tout au long de la visite, je continue le jeu des correspondances

Arman – Birds (1981)  accumulation de pinces métalliques  formant une nuée  d’oiseaux, murmuration solide

Birds d’Arman figure près de la Composition de deux oiseaux de Fernand Léger. Correspondance, dialogues anachronique : Léger est mort en 1955, il n’a pu voir les oiseaux d’Arman. Et pourtant cela fonctionne très bien

Fernand Léger : composition avec deux oiseaux (1940)

L’exposition Tous Léger propose un dialogue entre l’école des Nouveaux Réalistes et l’œuvre de Fernand Léger qui a ouvert la voie en peignant la réalité urbaine dans sa trivialité. La première partie est consacrée aux Cinq Eléments : Air, Eau, Feu, Terre auquel on ajoute la Couleur. Fernand Léger enregistre les mutations de l’époque moderne tandis que les Nouveaux réalistes poussent la critique de la surconsommation, de l’obsolescence programmée, la gestion des déchets.

La vie des objets

May Wilson : Untilted

Ces accumulations de d’objets du quotidien May Wilson correspondent à cette critique comme les objets piégés de Spoerri, l’accumulation des pinces métalliques d’Arman et les ciseaux de Niki de Saint Phalle pris dans le plâtre

Niki de Saint Phalle Ciseaux/ Fernand Léger

« pour moi la figure humaine, le corps humain n’ont pas plus d’importance que des clés ou des vélos. C’est vrai. Ce sont paour moi des objets valables plastiquement et à disposer selon mon choix »

« il n’y a pas de beau catalogué, hiérarchisé. Le beau est partout, dans l’ordre d’une batterie de casseroles sur un mur blanc aussi bien que dans un musée… »,

Fernand Léger

Lichtenstein Interior with chair

Fernand Léger a séjourné longtemps aux USA et a exercé son influence sur Lichtenstein

Lettres – tampons – affiches

Cette section s’organise autour de Métro Arts et Métiers de Villeglé qui trône au centre de collages encadrés par les tampons et cachets d’Arman 

Fernand Léger – L’Homme au chapeau bleu

Continuons le jeu des paires avec le Chapeau bleu de Spoerri cachant les œufs d’un éventuel larcin qui correspond au tableau de Fernand Leger

Martial Raysse Nissa Bella

 

toujours le jeu  avec Nissa Bella de Raysse avec le Petit témoin au visage vert de Niki de Saint Phalle

Niki de Saint Phalle Le petit témoin

Acrobates et cyclistes rapprochent Niki de Saint Phalle de Léger 

Léger a beaucoup peint des cyclistes célébrant ainsi les congés payés.

Niki de Saint phalle : Footballers

La couleur dans l’espace est le thème de la dernière salle où les oeuvres monumentales de Fernand Léger sont confrontées au Jardin des Tarots et au street-art de Keith Haring tandis que Miles Davis très coloré tient la vedette. 

Miles Davis et Keith Haring

David Hockney 25 Do remember they can’t cancel the spring à la Fondation Vuitton

 

CHALLENGE LE PRINTEMPS DES ARTISTES 2025

par La Boucheaoreille 

Exposition temporaire jusqu’au 31 août 2025

A Bigger Grand Canyon 1998

Préparez-vous à en prendre plein les mirettes, plein de surprises de salle en salle, et quand vous croirez que vous avez tout vu, il y en aura encore!

La visite commence chronologiquement avec les débuts de David Hockney à Bradford (Angleterre) dans les années 1955 – 1963. L’homosexualité est encore un délit condamnable.

We two boys together clinging (1961)

Œuvre queer, exploration sur un vers de Whitman, manifeste pour son identité gay. 

Pacific Coast Highway

Dans le début des années 60, Hockney découvre la Californie, peint des piscines (célébrissimes) Bigger splash,et nous livre une Amérique très colorée comme le Grand Canyon ou la Pacific Coast Highway et d’autres paysages joyeux. j’ai été éblouie par cette salle!

Christopher Isherwood et Don Bachardy (1968)

Portraits et doubles portraits occupent la section suivante. Un mur est couvert d’une série de portraits, en fait deux séries, l’une d’elle est sur fond vert et bleu, l’autre sur fonds blancs.

Série de portraits

Il peint ici ses proches, membre de sa famille, assistants, amants et amis. Quel changement d’ambiance, déjà une surprise en pénétrant dans cette salle aux murs sombres. Des autoportraits nous révèlent aussi le peintre.

Autoportraits (ils font aussi partie d’une série, j’ai sélectionné arbitrairement ces trois-là)

Retour dans le Yorkshire (1997 …)

On pénètre dans une nouvelle salle et encore une ambiance radicalement différente. Nous voici en pleine nature, à observer les arbres et surtout la succession du temps et des saisons.

Winter timber

Le fond de la très grande salle est occupé par une composition géante : 50 panneaux ajustés bord à bord montrent l’arrivée du printemps dans une forêt. De loin, on ne distingue qu’un arbre, en s’approchant c’est un bosquet.

Bigger Trees near Warter (2007) au début du printemps

50 huiles sur toiles sont peintes sur le motif et l’assemblage est précisé par le travail sur ordinateur. Il ne dispose pas d’un atelier assez vaste pour une œuvre de 12 m de long!

A l’opposé 25  dessins au fusain et crayon montre l’arrivée du printemps 2013. Il réalise aussi des aquarelles.

Dessins photographiques 2018

Une salle présente des bouquets de fleurs peintes à l’IPad ainsi que les grandes compostions panoramiques utilisant aussi bien la photographie que l’IPad et la peinture. Je n’ai pas été séduite par ces fleurs informatiques et je n’ai pas bien compris la technique utilisée.

Moon Room

Nous découvrons la salle sombre, comme une salle de projection : va-t-on voir un film? Pas du tout ce sont des tableaux de nuit tout à fait impressionnants. j’ai adoré cette ambiance nocturne!

Quatre ans en Normandie (2019 -2023)

220 pour 2020 images pendant le confinement

Les images de Normandie sont très plaisantes mais j’ai le souvenir de l’immense fresque exposée récemment à l’Orangerie. L’effet de surprise est donc moins pressant pour moi.

Au niveau supérieur, Hockney se confronte à d’autres artistes, entre autres, Munch,  Picasso dans une peinture guerrière qui ne m’a pas convaincue, un sermon sur la montagne qui ne m’a pas plus plu, et une annonciation….Sans doute sous le doute après 2 heures de visite attentive, j’ai perdu beaucoup de mes capacités d’émerveillement. C’est le problème dans les très grandes expositions de la Fondation.

J’aurais eu bien tort de ne pas m’arrêter dans la salle des opéras dont les décors et costumes ont été réalisés par Hockney. Des coussins permettent de s’allonger confortablement, des bancs, et on se laisse envahir par les spectacles projetés sur  tous les murs et le plafond. Des rideaux s’ouvrent entre chaque représentation, des personnages, des papillons parcourent l’espace et on se laisse immerger dans Turandot, Rakes Progress, La Flûte enchantée, l’Enfant et les Sortilèges…et j’en oublie.

Encore une merveilleuse surprise. Quand on croit que c’est fini, il y en a encore.

 

 

E. Boudin à Marmottan

CHALLENGE LE PRINTEMPS DES ARTISTES2025

par La Boucheaoreille 

Exposition temporaire jusqu’au 31 Août 2025

Esquisse de Trouville

C’est toujours avec plaisir que je retrouve Boudin familier et encore surprenant. Voyages en Normandie, à Honfleur, Trouville, Le Havre…et pourtant des tableaux inconnus puisqu’il font partie de la collection Guyonvarc’h. 

« Trois coups de pinceau d’après nature valent mieux que deux jours de travail au chevalet »

Déclare celui qui est « le père de l’impressionnisme » qui, néanmoins à cause de la météo normande capricieuse et changeante, termine un tableau à l’atelier. Il rencontre Claude Monet âgé de 16 ans, encore lycéen mais déjà caricaturiste, et l’emmène peindre en plein champ

Claude Monet caricaturiste : Anglais à moustache 1857

A la Ferme Saint Siméon se réunit un cercle d’artistes Jongkind, Monet et Boudin

A la Ferme Saint Siméon – De gauche à droite Jongkind, Emile van Marcke, Claude Monet Achard

Boudin : de papetier-encadreur à artiste peintre, autodidacte, il subit les influences de la peinture néerlandaise et de l’Ecole de Barbizon. Il peint des scène maritimes et rurales et rencontre au début peu de succès. La Fête dans le bassin de Honfleur est refusée au Salon 

Fête au Bassin de Honfleur

Scènes de plage – Longchamp au bord de mer

Trouville : scènes de plage

En 1858 le Duc de Morny découvre Deauville . Boudin invente la « scène de plage ». 1870, les familles de Claude Monet et de Boudin se retrouvent à Trouville. 

Toute une section est consacré à la Bretagne

marché en Bretagne

Autant qu’aux paysages et aux marines, Boudin s’intéresse aux gens, aux costumes et coutumes : marché, sortie de messe….

Port de Brest et débarquement des marins

J’ai été bluffée par ce tableau du Port de Brest, ciel dramatique, silhouette des voiliers et à droite le débarquement des marins. En regardant bien on voit dans le coin gauche les goélands…multitude de détails qui captent mon attention. Il peint une mer turquoise très lumineuse au Croisic,

Pendant la guerre de 1870 Boudin se réfugie en Belgique, il peint « de Dordrecht à Bordeaux » , Etaples, Berck, Saint Valéry sur Somme offrant tout un panorama des ports du littoral y compris en Méditerranée. En 1893 il fait un bref séjour à Venise. 

Rouen : pont Corneille 1896

Cette exposition élargit le champ des peintures de Boudin qui n’a pas peint que la Normandie, même s’il l’a très bien peinte.

Suzanne Valadon à Beaubourg

CHALLENGE LE PRINTEMPS DES ARTISTES 2025

par La Boucheaoreille 

Exposition temporaire jusqu’au  26 mai 2025

Autoportrait « il faut être dur avec soi, avoir une conscience, se regarder en face »

Maria, modèle à 14 ans, a posé pour les peintres connus de l’époque. Toulouse Lautrec la peint de face, nue, sur un fauteuil , La grosse Marie, qui regarde le spectateur d’un air de défi. C’est lui qui change son prénom en Suzanne, à cause de Suzanne et les vieillards. Ses dessins sont remarqués par Degas qui lui ouvre son atelier, lui enseigne la gravure et l’utilisation du papier calque. 

Utrillo pensif

Après une série d’autoportraits l’exposition la situe parmi les tableaux de ses contemporains: Cézanne : Cinq Baigneuses, Puvis de Chavanne, REnoir, Degas, Henner, Matisse. 

Gilberte, nue se coiffant (1920)

Le thème de la femme à sa toilette est à la mode. Suzanne Valadon, de modèle est devenue peintre n’hésite pas à représenter des nus, femmes et hommes. Elle s’est peinte, torse nu à 66 ans, sans complaisance. Sans complaisance, encore, elle peint les rides qui sillonnent le visage de sa mère

Portrait de famille : Utrillo et sa grand mère.

En 1909, elle rencontre André Utter 23 ans, un ami de son fils. Elle peint Adam et Eve nus et se lance dans de grande compositions

le lancement des filets

Dans les années 1920, Suzanne est devenue une peintre reconnue à qui on commande des portraits.

Portrait de Lily Wharton

j’aime beaucoup l’attention prêtée aux décors, aux couleurs fauves , aux arabesques des tissus colorés un peu à la manière de Matisse.

Portrait de Mme Levy

A côté des portraits, Suzanne peint aussi des natures mortes, gibier et fruits, et de beaux bouquets de fleurs . Une nature morte aux poissons de Mela Muter est tout à fait remarquable. 

Mela Muter ; nature morte

Ma préférence va à ses portraits de femmes, le plus souvent fortes, actives loin des figures conventionnelles et des canons de beauté que les hommes prêtent aux femmes

Catherine allongée sur une peau de panthère

Paris noir – Circulations artistiques et luttes anticoloniales 1950-2000 Centre Pompidou

CHALLENGE LE PRINTEMPS DES ARTISTES 2025

initié par La Boucheaoreille 

Exposition temporaire jusqu’au 30 juin 2025

Sekoto autoportrait

Une exposition très riche aux œuvres très variées  et aux thèmes passionnants. Pas très facile cependant : de nombreux artistes ne sont pas connus du « grand public« , plasticiens, écrivains, musiciens et cinéastes se croisent, font parcours ensemble.

Baldwin par Beaufort Delaney

Pour les écrivains c’est plus facile : deux grandes figures Baldwin et Edouard Glissant. Ce dernier sert d’axe central autour duquel tournent les différentes sections aussi bien, le Retour vers  l’Afrique avec Césaire, Senghor et le concept de négritude, nous conduisant à la section Paris-Dakar-Lagos et, toujours en partant de Glissant on parvient à la Caraïbe, à la mémoire de l’esclavage, Antilles françaises, Cuba. 

Umbral : Wilfredo Lam (Cuba)

On peut aussi choisir un parcours musical :  de nombreuses œuvres ont pour sujet la musique et les musiciens. Jazzmen américains mais africains aussi

Cotton club

Entre Cotton Club et Saint Germain des prés, Amstrong, Duke Ellington, mais aussi Auric…j’ai aussi bien aimé les musiciens béninois de Paul  Ahyi

Paul Ahyi : Les Musiciens

Une autre piste serait celle des luttes anticoloniales et révolutionnaires

josé Legrand : sans titre 1975

le grand diptyque de José Legrand, un peu dans le style d’Ernest Pignon-Ernest commémore les massacres de mai 1967 en Guadeloupe, évènement peu connu en métropole que j’ai découvert récemment en passant à Pointe-à Pitre .

Georges Corran : Délire de Guerre et paix

Et pourquoi pas, laisser de côté tout concept intellectuel et ne pas se laisser séduire par la beauté picturale de tableaux colorés, de matières variées, de tableaux, tapisseries ou sculptures

Victoire Ravelonanosy Repiquage du Riz à Madagascar

Découvrir des plasticiens originaux, des personnalités marquantes comme Delanney, Sekoto Wilfredo Lam, José Castillo..

Gotène- Congo : Femme perdue au cimetière

Impossible pour moi de donner une version totale de la visite tant elle a été surprenante. 

 

Banlieues Chéries – Musée de l’histoire de l’Immigration -Porte Dorée

AU-DELA DU PERIPHERIQUE

Nanterre : Laurent Kronental « les yeux es Tours »

Banlieues chéries tente de donner une image positive de la « Banlieue« 

pour commencer, définissons ce concept de banlieue : historiquement  « à une lieue du ban » , un espace mis sous la protection de la ville »

Chronologiquement, Banlieues douces-amères, commence du temps de Zola qui décrit la Banlieue comme une campagne où les Parisiens viennent  s’amuser dans les guinguettes, canoter sur la Seine. Ces banlieues douces sont illustrées par deux tableaux de Monet et un de Jongkind à Argenteuil. En vis-à-vis un film Le Croissant de Feu (2021) de Rayane Mcirdi ICIfilmé à Asnières dans le quartier des Mourinoux à l’occasion de la destruction de la barre d’immeuble Les Gentianes.

Atget

Entre la campagne et les rénovations urbaines, un siècle et demi d’histoire : La Zone : bande inconstructible, zone de tir à canon, devant les fortifications, est occupée par des « zoniards » ou des « zoniers » vivant dans la précarité aux portes de Paris. Cette Zone fut immortalisé par les photographies d’Atget (1913 1927), de Chifflot. Puis l’habitat précaire s’est étendu en immenses bidonvilles comme celui de Nanterre dans les années 1960 clichés de Pottier et Monique Hervo

Bidonville de Nanterre

De nombreuses photographies en Noir et Blanc présentent aussi les habitants  dans une salle s’intitulant De l’intime à l’Esprit de Quartier

Des familles posent :devant l’objectif de Patrick Zachmann camerounais, russes ou ukrainiens, grecs ou vietnamiens. En face de cette exposition de photos de famille, des intérieurs souvent coquets sont reconstitués avec des meubles vernis, de douillettes chambres à coucher…

Banlieues engagées

les banlieues rouges des les années 20, des pavillons se construisent sans conforts, et les communistes prirent la défense des « mal lotis ». De ces années 1924 -1925 , l’exposition présente les croquis de Le Corbusier, de quartiers de maisons individuelles toutes identiques modulaires . 

maquette de Nanterre

Les maquettes m’ont beaucoup intéressée, j’aurais même aimé en voir plus! La Cité de la Soie à Vaulx-en-Velin et surtout les maquettes de Nanterre. Ces tours-nuages ou Tours Aillaud ont également inspiré Laurent Kronental 

Jurg Kreienbühl : Cimetière de Nanterre

Au chapitre, Les luttes en héritage une chronologie des luttes sociales est illustrée par des affiches

Police personne ne bouge

1979, grève au foyer Sonacotra de Garges les Gonesse

année 80 : âge d’or du rock

1983 marche contre le racisme

1990 : le rap rythme les émeutes urbaines

2000 émeutes de Clichy Montfermeil (Zyed et Bouna)

Les plasticiens de banlieue colorent leurs images. Ils s’approprient la ville et se représentent . Je retrouve des artistes que j’ai rencontré par ailleurs Mohamed Bourouissa (photos) et les broderies de Cindy Bannani qui ont pour thème la Marche de l’égalité de 1983 également présentées au Palais de Tokyo, ici elle sont installée sur la trame de keffieh .

Cindy Bannani

l’Exposition part aussi dans l’analyse des déplacements (RER B) et de la rénovation urbaine.

Beaucoup de thèmes  sont abordés. Beaucoup d’œuvres intéressantes, surtout les photos. Cependant la scénographie est plutôt confuse, je peine dans l’accumulation. J’aurais préféré moins d’informations mais plus d’œuvres marquantes. Peut être la plage de temps aurait dû être réduite, ou peut être aurait-on plutôt du choisir un thème moins vaste?