Geraci – Petralia Soprana – Petralia Sottana

CARNET SICILIEN 2016

Le chêne de Geraci
Le chêne de Geraci

La statale SS113 court en corniche au bord de la mer à l’est de Cefalù jusqu’à S Ambrogio, village construit au dessus sur une pente très raide. La route de Castelbuono passe sous le viaduc de l’autoroute de Messine. Je remarque les frênes dont on tire un  sucre de la sève la manna qui entre dans la composition des fameuses brioches de Fiasconaro.

A la sortie de Castelbuono,  direction  Geraci, la route s’élève  en nombreux virages avec des points de vue magnifiques sur la mer. Les oliveraies sont souvent laissées à l’abandon. Plus on monte, moins il y a de vergers. Les chênes-lièges remplacent les oliviers. On les a écorcés pour le liège. L’un d’entre eux est désigné comme « chef d’œuvre naturel » ou « monument »: Le chêne de Geraci vieux d’ au moins 400ans. Les sommets culminent vers 1500m. Ils semblent tout proches. Sur les crêtes,  est-ce Pétralia, Geraci  ou tout simplement des rochers ? Les bois ont cédé la place aux prés vert vif égayés par les massifs jaunes de genêts en pleine floraison. Au loin on entend le coucou. Sur les bords de la route, des fleurs multicolores : cistes roses et coquelicots. Dans les prés des asphodèles.

Geraci : clocheton couvert de majolique
Geraci : clocheton couvert de majolique

A l’entrée de Geraci, comme partout, des immeubles hideux. On les oublie vite en atteignant le centre historique par une rampe le long des maisons qui semblent faire corps avec la falaise : 3 ou 4 étages de maison de pierre brune – du grès, semble-t-il –les même que pour les pavés des ruelles. A la base de la rampe, une fontaine sous une arche de pierre est adossée à la paroi. En face une petite église est chapeautée d’un cône de majolique multicolore.

les hommes de Geraci sur la piazza
les hommes de Geraci sur la piazza

Quelques centaines de mètres plus haut, la Piazza del Poppolo est comprise entre deux grandes églises : la chiesa Sta Maria Major, la plus grande, très sobre et l’Eglise de la Sainte Trinité qui possède de curieuses ouvertures grillagées comme des moucharabiehs renflées vers le bas comme les balcons prévus pour les robes à panier des dames. Des vieux messieurs se tiennent à la fontaine curieusement installée en angle. Pour monter au château on emprunte une rue étroite, pavée,  très pentue. Je suis étonnée d’y rencontrer des voitures(vieilles Pandas)Cette « rue principale » se nomme, comme de juste, la Via Roma. Les ruelles qui la coupent sont la Via dei Greci, dei Arabi, des Saraceni…Après 15mn de montée je découvre l’ancien donjon des Vintimiglie(avant qu’il ne préfèrent s’établir à Castelbuono)vraiment très ruiné, un souterrain, rien à voir en dehors du magnifique panorama.

Geraci : l'ancien chaâteau des Ventimiglie
Geraci : l’ancien chaâteau des Ventimiglie

Deux villages sont nommés « Petralia » : Petralia Soprana, le plus haut village des Madonie (1160m) Petralia Sottana, un peu plus bas.

Petralia soprana
Petralia soprana

Des belvédères de Petralia Soprana , on peut découvrir le sommet enneigé de l’Etna. Le village n’a pas été touché par l’urbanisation. Un mardi matin, hors saison, c’est le désert. Ce qui permet de s’aventurer en voiture sans crainte. En face de l’Office de Tourisme un bar est ouvert, en revanche la place de l’Hôtel de Ville est en chantier avec des palissades. Nous débouchons sur une charmante placette nommée Quattro canoli ornée en son centre d’une jolie fontaine à quatre vasques arquées (canoli ?). Un peu plus bas la placette est minuscule avec une église aussi minuscule.

petralai quattro Canoli
petralai quattro Canoli

Descendant à l’étage inférieur, on se gare sur la « grande » place devant la Chiesa Madrice SS Pietro e Paolo, église blanche précédée d’une loggia à arcades. Autant Géraci est brune, autant Petralia est blanche d’un calcaire qui se cisèle bien. Dans deux niches jumelles se trouvent les deux statues de Pierre et de Paul. L’intérieur de l’église est blanc et or, sobre, point de folie baroque ici. Un majestueux escalier occupe un côté de la place et conduit à la curieuse église ronde S Salvatore qui fut avant une mosquée, hélas fermée. Le porche 17ème siècle très élégant est un peu incongru.  Ici aussi s’élevait un château, je remonte la via Castello sans trouver les ruines.

Petralia sottana
Petralia sottana

C’est l’heure de déjeuner, nous n’avons pas emporté de pique nique,  nous pensions déjeuner de spécialités locales.  Sur les menus de Castelbuono, j’avais remarqué risotto aux champignons, spaghetti aux cèpes….Hélas c’est mardi et non dimanche ; Pétralia n’est pas touristique comme Castelbuono. Tout ce que nous trouvons ce sont de misérables parts de pizzas desséchées, l’une rouge (jambon blanc, tomates, mozzarella) l’autre jaune recouverte d’une garniture indéfinissable où je crois reconnaître des rondelles de pommes de terre.

Sur la route, joli aperçu des toits et de la  coupole d’une église baroque de Petralia Sottana. Dans le village d’en bas, il y a plus d’animation qu’en haut : c’est la sortie de l’école. Les parents venus en voiture bloquent la rue principale. Nous en avons un peu assez du gymkana dans les ruelles et cherchons le chemin du retour. Si on trouvait un  sentier de randonnée ce serait parfait !

Mais il faut sortir de Petralia ! Oubliant que nous avons un GPS nous demandons à une dame très gentille qui nous renvoie « en haut ». Passent les carabinieri  « Où voulez-vous aller ? » – « Castellana Sicula ». Le carabinier est perplexe. « suivez-nous ». Ils sont bien aimables, nous les suivons par un itinéraire compliqué dans la campagne passant par de nombreux hameaux non rrépertoriés sur ma carte, un pont romain…pourquoi se déroutent-ils si loin ? Peut être ne sont-ils pas très occupés ? Après une grande descente à vive allure (les carabinieri roulent nettement au dessus des limites permises) un gros bruit se fait entendre. On a crevé ! Les aimables policiers reviennent donnent des coups de bottes dans les pneus « les pneus sont très bien ! ». Mais le bruit continue : les freins. La jante est toute noire.

A Castellana Sicula, arrêt devant une gelateria  Où se trouve le garage le plus proche ? (j’apprends le mot correct « Autofficina ». la serveuse lève les yeux au ciel. Avant 16h, il n’y a rien. Après, peut être !On cherche le mecano qui se trouve en face de la Station d’essence. En attendant pique-nique sur le muret en face de l’autofficina. La pizza ne passe pas ; La panne nous a coupé l’appétit. Téléphone à Firefly qui nous dit de changer les pastille et d’apporter la ricivuta. (un loueur sérieux serait arrivé avec une voiture de rechange. Le mécano est très gentil, pour 45€ et en une demi-heure il fait le changement après avoir envoyé son fils chercher les pastille dans une autre garage.

Fin du tourisme ; on suit les directives de Madame GPS.

Consolation : un magnifique coucher de soleil.

Castelbuono

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la place de Castelbuono
la place de Castelbuono

L’autoroute  de Messine est impressionnante avec la succession des tunnels. On passe sous Cefalù dans la montagne pour trouver à la sortie de la galerie un viaduc sur une étroite vallée. Combien de temps sommes nous restées dans les tunnels mal éclairés ? Sans doute très peu mais le parcours a paru interminable. La route de Castelbuono s’élève dans une colline boisée de magnifiques chênes. Frênes aux folioles lancéolés. Vigne aussi, on voit des coopératives viticoles à l’entrée du village. Les oliviers en revanche sont grands mais à moitié desséchés.

Castelbuono : piazza et fontaine
Castelbuono : piazza et fontaine

Castelbuono est un village médiéval entouré d’une périphérie de quartiers modernes d’immeubles quelconques et une couronne de belles maisons dispersées dans la verdure. Le tut fait une petite ville plutôt qu’un village. Qu’est-ce qui distingue un village d’une petite ville ? Négligeant la ville moderne nous allons directement au Centre Historique – piétonnier, bien sûr -. Le problème est de trouver une place de parking pas trop bas. La police municipale veille et déloge la Fiat 500 d’une place « handicapé » disponible malgré la carte avec des explications vaseuses. « c’est une place pour le lundi, le mardi …mais pas le dimanche » s’il avait dit que c’était pour un handicapé-résident on aurait mieux compris.

Castelbujono chiesa madrice
Castelbujono chiesa madrice : polyptique

Pendant que nous descendons la Via Sa Anna les cloches tintent d’un son aigrelet, presque une clochette pour appeler à la messe. Nous nous précipitons avant que l’office ne commence dans la Chiesa Madrice vecchia – belle église 15ème précédée d’une loggia Renaissance à belles arches en ogives. Deux jeunes filles avec des guitares et un groupe d’enfant forment une chorale ; Le temps qu’elles s’accordent que les voix s’échauffent et répètent, nous pouvons aller et venir. Je remarque d’abord un magnifique polyptique au dessus de l’autel, aux nombreux panneaux verticaux enchâssés dans des dorures. Sur les piliers ronds et lisses se trouvent des fresques ainsi que sur un mur. Dans une chapelle le retable sculpté est baroque mais en mauvais état. Un enfant de chœur tire sur une chaînette la clochette. La messe commence. Nous nous retirons discrètement non sans nous étonner de la proportion masculine de l’assistance.

castelbuno chiesa madrice vecchia : fresques
castelbuno chiesa madrice vecchia : fresques

La place de l’église est ornée d’une belle fontaine. En bas les touristes font la queue aux stands de dégustation des deux magasins Fiasconaro, pâtissier fameux qui a su adapter la recette milanaise du panettone au goût sicilien qui est tartiné d’une pâte à la noisette. C’est excellent mais je préfère acheter des minicanoli et minicassate.

La via Umberto 1 est bordée de boutiques pour touristes tandis que sur la Via Roma sont installés les notables (plaques de cuivre signalant des dentistes, médecins, avocats). Les restaurants ont installé des tables dans des ruelles. Par le climat frais d’avril, en altitude, la salle serait  plus appropriée. Je regarde les menus : la plupart des plats sont garnis de champignons, dont l’air est parfumé. Plus haut, un magasin bio vend des paniers entiers de champignons géants blanc-beiges à lamelles(genre de grands pleurotes). Le musée d’histoire naturelle est fermé pour cause de conférence ;

Le château

Castelbuono : château
Castelbuono : château

Le château est une grosse bâtisse carrée où s’encastrent des tours latérales cassant l’aspect cubique par des ajouts irréguliers.

marionnettes
marionnettes

Au rez de chaussée une exposition temporaire « tra i sentieri dei Ventimiglia di Mimmo Cutichio » présente des marionnettes comme celles que nous avons vues à Palerme, chevaliers en armures et casque empanaché, belles dames, dragons, un paysan et son âne rappellent un environnement campagnard. Les Ventimiglie régnèrent  sur les Madonie pendant des siècles. Les toiles naïves présentées dans les autres salles figurant une fête médiévale, un château fort ou la campagne sont probablement les décors de scène des marionnettes. Une salle « archéologique » raconte l’histoire du château ; il fut bâti au 13ème siècle sans fonction militaire. C’était plutôt une tour de guet et de contrôle, la colline entière était propriété d’Eglise. Fin 13ème/début 14ème on édifia des fortifications. Les murailles englobaient la piazza Castello jusqu’à l’arche qu’on peut encore voir. En 1439 ; le marquis de Geraci déménagea pour s’établir à Castelbuono emportant avec lui les relique sde Sta Anna. En prenant des notes j’avais omis ce détail – ce qui était une erreur. Si le château n’a pas d’histoire en tant que forteresse, les reliques, elles, ont suscité la construction de 17èm siècle a très belle chapelle décorée par Serpotta au 17ème siècle. Le déclin du château commença dès le 18ème siècle et deux séisme en 1818 et 1820 lui causèrent des dommages. Les vitrines n’offrent guère à voir si ce n’est une cruche vernissée.

Le 2ème étage est occupé par la Pinacothèque rassemblant des collections d’art moderne et contemporain mais rien n’a vraiment retenu mon attention en dehors de deux tableaux de paysans en armes avec drapeau italien et drapeau rouge, dominante jaune peut être des moissons. Au dessus se trouve le Trésor de la Chapelle Palatine. Ces trésors ne m’attirent pas vraiment, je traverse d’abord la salle distraite à pas pressés. Et j’ai bien tort ! Les vêtements sacerdotaux ou destinés à l’autel sont d’une grande beauté et d’une grande finesse surtout une très grande cape aux tons délicats d’orange et de jaune au décor floral et un « tapis » d’autel brodé de petites perles de corail rose(fin 17ème )formant un bouquet de pivoines. Je reviens donc sur mes pas pour regarder l’argenterie et découvre la curieuse masse d’argent, symbole du pouvoir dans les processions.

 

La chapelle Palatine Sa Anna est la plus belle surprise. Elle est entièrement recouverte de stucs, putti, feuilles d’acanthe, volutes, jeunes hommes dévêtus, femmes (vêtues). Au sommet de l’autel, un aigle bat des ailes curieusement. Les angelots font des acrobaties, l’in d’eux se cache les yeux dans un linge. cliquer ICI pour plus de détails

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Dominique Fernandez consacre un chapitre à Serpotta et aux putti :

« Ce goût du mouvement, cette virtuosité pur rendre l’instable, le fugace, le précaire le désignent comme un surdoué de la famille baroque. Et expliquent sa prédilection pour les putti tout petits qui ne tiennent pas en place et ne savent que jouer »

Toujours ce monde blanc, blafard, sans couleurs dont la matité spectrale tranche avec l’animation et l’enjouement des petits galopins »

Hasard ? je tombe sur le chapitre « Les mystères du Rosaire » le lendemain de ma visite à la chapelle Palatine. Si j’avais lu Fernandez avant j’aurais été encore plus attentive. A chaque voyage en Sicile, à Rome, Fernandez est le meilleur des guides. J’aurais mieux été inspirée de relire le Radeau de la Gorgone avant le départ.

Réserve Naturelle des Madonie

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Castelbuono au ceur du massif des Madonie
Castelbuono au cœur du massif des Madonie

Autre but de notre visite à Castelbuono : la nature sauvage de la Réserve Naturelle du Parc des Madonie. Au début je suis déçue de l’étendue des constructions autour de Castelbuono. Nous cherchons un coin tranquille pour le déjeuner et il nous faut plusieurs tentatives au dessus de S. Guglielmo et Liccia pour trouver un endroit tranquille avec une belle vue.

Cascade
Cascade

Le sentier D part de Pizo Foca en direction de la Casa Gonato jusqu’à Vallone Canna (3.5km/1h20 – 145m de dénivelée) Ce sentier n’est est pas vraiment un : c’est une petite route carrossable entre les grillages et les barbelés tout neufs. Cette manie sicilienne de tout grillager m’agace même si on a pratiqué des passages pour piétons au dessus des grillages à la manière britannique. Pourquoi enfermer de la lande de genêts et des broussailles ? Peut être à cause des vaches et des chèvres qui paissent ? Cela ne me rassure pas parce qu’il y a aussi des chiens. Il semble qu’il n’y ait pas 1m2 , Sicile qui soit accessible au passant. On grillage, on installe un magnifique cancello pour garder des chardons ?Je marche dans la lande odorante qui embaume le genêt. Dans le creux du vallon bruisse une petite cascade. Plus haut les sommets s’élèvent à 1420m au P. Canna et même 1900m au Mte Ferro juste derrière. On se sent en montagne. Juste avant d’arrive au Vallone Canna, un curieux tunnel protège la route, plafond de béton soutenu par des piliers, ouvert sur un côté. On y a répandu de la paille et cela sent très fort la bouse. Sans doute les vaches viennent s’y abriter, de la brûlure du soleil ou de la pluie et du vent ?

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Bien qu’on soit dans un parc naturel, le sentier est peu balisé. Qu’en est-il des autres sentiers plus longs dans la montagne ? En revanche il y a des panneaux explicatifs. L’un d’eux raconte l’introduction du châtaignier en Sicile par les Romains, le nom de « châtaignier » viendrait de la ville grecque de Kastanis en Asie dans le Pont Euxin.

A Cefalù nous faisons un petit détour par le port où je trouve un petit café bien sympathique avec la Wifi pour avoir quelques nouvelles.

Cefalù : le gîte des oliviers et première découverte de la ville

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Cefalù
Cefalù

GITE DES OLIVIERS

Notre gîte est situé dans une grande maison qui s’ouvre sur une très vaste terrasse orientée à l’ouest, d’où on devine la mer. La terrasse est partagée par des treillis de bois légers sur lesquels courent des lianes (bignonia) . Nous avons une grande table et une cuisine extérieure avec même un four à pizzas. Fauteuils en osier, chaises longues jardinières fleuries de pétunias jaunes et rouges.

L’appartement est petit mais bien aménagé. Dans la cuisine, il y a tout le nécessaire et même des provisions :sucre, sel, café, biscuits et lait pour le petit déjeuner. Dans la salle, une table ronde, un canapé et la télé. La chambre est grande et claire. Le lit King Size prend presque toute la place. Simplicité, bon goût, confort.

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le gîte des oliviers

Marina a cueilli pour nous des mandarines, et nous propose d’aller nous servir dans le verger en nèfles et citrons…De la terrasse on voit la mer, au loin des montagnes bleutées, derrière les oliviers la silhouette de pins parasols magnifiques. Seul bémol : le bruit continu de l’autoroute et de la statale et le train de temps en temps.

Nous ne prenons même pas le temps de vider les valises, déjeunons sur la terrasse et partons explorer Cefalù. La ville est très animée. Ce week end, ce sont les jours de la Terre Earth’s days. Un concert est programmé à 16h sur le rocher mais nous ne serons pas dans les temps. Avec la carte « handicapé » nous forçons le passage dans les rues piétonnières. Pas question de s’arrêter! Nous trouvons une place payante  au parking le long de la plage .

Cefalù : plage
Cefalù : plage

Le lungomare est occupé par des stands écolos : voiturettes électriques, panneaux photovoltaïques, chauffe-eau solaire. Sur une petite scène un  groupe de rock joue de la musique très fort. Pour les îles éoliennes, au mis d’avril,  les bateaux ne partent pas de Cefalù mais de Milazzo (100 km en autobus) Pour compenser cet inconvénient, l’agence fait une ristourne.( 50€ pour Vulcano et Lipari 65€ jusqu’à Stromboli avec retour de nuit.) C’est cher pour être trimballée en car.  cette formule ne nous plait pas.

A l’Office de Tourisme, je me procure un plan de Cefalù. Pas de renseignements. Ils sont trop occupés à inscrire les participants à la course à pied de demain (10km dans les rues de la ville).

A la Maison du Parc de Madonie, j’achète une carte (3€) avec une foule de renseignements sur les ressources touristiques de chaque village, les itinéraires pédestres, dénivelée, temps de parcours…On peut obtenir ces informations sur Internet.  En l’absence de Wifi, je ne peux rien télécharger.

Cefalù
Cefalù

Ces formalités accomplies, je flâne sans but précis dans les ruelles occupées par les boutiques : souvenirs (variables) alimentation de luxe (comme toujours en Italie), belles boutiques de mode et bijouterie, pendillocheries indiennes aussi (c’est selon le budget !). Ces commerces touristiques finissent  par m’agacer. La même marchandise se vend à Santorin, Concarneau, Lindos ou Capri. La mode, les contrefactions aussi. En dehors de deux ou trois rues commerçantes il y  a des coins charmants : une petite plage dans un coin entre les maisons avec une dizaine de barques colorées dessinant un port miniature. Les vagues battent les rochers noirs et se brisent en embruns mousseux par l’encadrement d’une porte disparue sur la digue. Une arche où s’est installé un violoniste. Un circuit architectural avec QR-codes ne me tente pas. Je laisse mes pas me porter au hasard. Je découvre les « mégalithes », grosses pierres de fortifications grecques, Cefalù/kephalas, la tête/le rocher. Une petite église de marins a son parvis directement sur la mer.

La cathédrale Normande  et ses deux clochers carrés surmontés de pointes, ressemble plus à une forteresse qu’à une église. Elle est ouverte pour un mariage. Le bedeau trie les visiteurs, shorts et épaules nues sont rejetés. Je ne vais pas bien loin. Une cordelette barre le passage aux étrangers à la noce. Arums décorant les bancs, invités très habillés (robes longues mais pas de chapeaux). J’entrevois de loin les mosaïques dorées du chœur, le Christ Pantocrator sans pouvoir m’approcher.

les murs de Cefalù
les murs de Cefalù

18h, promenade sur le sable de la plage qui est bondée.

Pour les courses,  Marina   a recommandé ARD à Lascari. (Ard pour Hard Discount, l’Italien supprime les H). Grande surface de bonne tenue avec une belle poissonnerie, une boucherie et un bon choix de légumes.

De Bagheria à Cefalù : Tour Normande

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la Tour Normande
la Tour Normande

 

Comme rien ne nous presse,  nous continuons sur la Statale 113 en bordure de mer – inaccessible, cadenassée derrière des maisons et des jardins ou si elle est dégagée, le parking est impossible. Une tour carrée s’élève sur un petit promontoire. Une flèche  « Torre Normanne », une petite route s’élève dans la colline pour aboutir à un grand hôtel. Le cancello est ouvert, nous en profitons, au pire on dira qu’on voudrait réserver pour plus tard. La vue est stupéfiante sur toute la Baie. La vue s’étend au-delà de Palerme. Nous reconnaissons les gros rochers aperçus de l’avion. Plusieurs crêtes se découpent .Les maisons s’entassent  – minuscule cristaux de sucre blanc – Plus proches de nous, de beaux pins parasols et des eucalyptus ; encre plus près, un arbre de Judée. Je m’installe sur la murette pour croquer un dessin panoramique qui déborde rapidement sur la feuille de gauche à l’arrière du dessin précédent.

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Termini Imerese s’annonce avec une sorte de pipeline qui s’avance dans la mer sur une passerelle. Cheminées, raffinerie, la plage de sable n’a rien d’accueillant : plastique, bouteilles…pourtant un couple s’y promène en maillot, serviette sur les épaules. Termini Imerese n’est pas qu’une vaste zone industrielle. C’est aussi une ville ancienne bâtie autour d’une terrasse très agréable avec une vue dégagée, des palazzi, une église monumentale, un corso où les vieux (et les moins vieux) bavardent en groupe, debout sur le bord du trottoir. Nous demandons la route de Messine, la « statale ». on nous renvoie pour un tour de ville ; comme toute ville italienne, les rues étroites sont à sens unique et nous aboutissons de l’autre côté du Corso en face du groupe que nous avons interrogé. Ici aussi, un grand panneau de marbre signale qu’ici, Garibaldi a fait un discours (c’est mieux qu’à Palerme ou on raconte qu’il a fait la sieste).

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Le téléphone sonne. Le père d’Andréa nous donne rendez vous d’ici 30 minutes à la station ENI à l’entrée de Cefalù. C’est Marina, la maman qui nous attends, nous suivons sa voiture sur la SS113 jusqu’à ce qu’elle quitte brusquement la route pur un chemin invisible dans les oliviers.

Bagheria : villa Palagonia

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la villa des monstres
la villa des monstres

Nous pensions passer la matinée à Palerme. L’énervement dans les embouteillages nous a épuisées. Nous redoutons une réédition pour sortir de la ville. Dès 8h30, nous voilà parties en passant par la Gare, puis en direction du port et de la mer où nous trouvons la SS113 qui traverse des quartiers modernes puis suit la côte. Un véritable marché est installé en bord de route. J’achète des oranges (4kg pour 2€, 1kg de nèfles1€) .

Grands immeubles, usines : le littoral n’est pas très avenant.

Sciascia dans Todo Modo m’a donné envie de visiter le Musée Guttuso, Villa Catholica à Bagheria. J’avais préparé ma visite sur Internet, horaires,  adresse,  programmé le GPS. Déception : la Villa Catholica est fermé pour restauration.

Villa Palagonia

villa Palagonia
villa Palagonia

Dominique Fernandez consacre un chapitre entier dans Le Radeau de la Gorgone à la villa et au Prince qui l’a fait décorer, ainsi qu’aux illustres visiteurs, entre autres Goethe (LA VILLA DES MONSTRES p. 126 – 153). Nous l’avions visitée autrefois, la revoir a été un plaisir. Malgré les nuages la lumière est favorable et je m’amuse à photographier les personnages grotesque, les musiciens, les danseurs, les monstres qui ornent le mur d’enceinte de la villa. Je m’attarde sur un gambiste emperruqué, sur deux dragons…Dans les jardins fleurissent jasmin, agrumes dont les senteurs se mêlent ou alternent – un enchantement. Citronniers et orangers portent des fruits mûrs. Buisson de strelitzia, les corolles blanches des arums sous les grands arbres.

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La façade est précédée d’un imposant escalier et de bancs de pierre surmontés de curieux médaillons, bustes de  personnages qui semblent sortir de la muraille. Une photo de l’un de ces bancs orne la couverture du livre de Lampedusa, le Professeur et la Sirène.

L’entrée ovale est peinte en trompe-l’œil grisaille et paysages en teintes pastels qui semblent être vus par une fenêtre, de fausses colonnes semblent soutenir des moulures dessinées. Au dessus de la porte menant à la galerie des glaces une maxime prévient que la vie est courte et que chacun doit s’en souvenir en contemplant sa propre image dans les miroirs.

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Cette salle est spectaculaire avec ses murs plaqués de marbres précieux de différentes couleurs ; Des bustes et des têtes surgissent du mur dans des médaillons. Visages blancs et draperies pourpres, habits gris et manches jaunes. Des volutes baroques de marbre blanc s’enroulent sur le mur rouge. Une frise court à la limite des marbres et des glaces. Des oiseaux semblent s’être perchés entre des vases contenant des bouquets de fleurs. Les « miroirs » semblent être minéraux de grands rectangle de micas ou d’ambre. Peut être sont ils simplement patinés. Ils recouvrent le plafond en voûte reflétant une lumière très particulière.

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Je m’attarde d’autant plus que le gardien a prévenu que toutes les villas de Bagheria sont fermées ainsi que le site de Solunto où nous devions passer.

 

Palerme (3) Quattro Canti, Cathédrale, et les alentours…

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Quattro Canti
Quattro Canti

Nous rentrons par le Corso V Emanuele jusqu’au Quattro Canti  – clin d’œil aux Quattro Fontane  de Rome. Les Quattro Canti  de Palerme sont plus spectaculaires et plus théâtraux, plus grands et surtout plus dégagés. Allégorie des saisons, Rois d’Espagne, saintes et fontaines. Dominique Fernandez en donne une plaisante description.

fontaine de la Vegogne
fontaine de la Vegogne

Quand j’arrive à la Cathédrale,  le ciel s’est chargé, il fait tout gris et les merveilles de marqueterie dans la pierre, de ciselure des motifs qui m’avaient tant plu sous le soleil ne sont pas à leur avantage. Je m’étais occupée à dessiner les motifs variés pour mieux les étudier. J’avais tout mon temps. J’ai retrouvé la colonne lisse de marbre gris qui porte un médaillon en forme de tapis de prière avec une calligraphie arabe. Signature de l’artisan arabe ou souvenir de la domination sarrasine ?

la Cathédrale de Palerme vue des toits
la Cathédrale de Palerme vue des toits

Résolument, je paie une visite sur les toits qui ne commence que 20 minutes plus tard. En attendant je lis les biographies des rois de Sicile enterrés dans des sarcophages de porphyre – tradition byzantine. Longue montée des hautes marches en colimaçon. Belle récompense : la vue sur les toits et les coupoles de Palerme.

cathédrale de Palerme
cathédrale de Palerme

Où ai-je pêché l’information erronée que le Palais Royal aurait été ouvert jusqu’à 19h ? Quand j’arrive peu après 17h la billetterie est fermée. Je cherche sans trouver San Giovanni degli Eremiti où j’avais passé une délicieuse après midi dans les jardins à dessiner les coupoles rouges.

Je rentre en flânant dans les ruelles. Au hasard je découvre une impasse où vivent des Africains, un palais occupé par des demeures très misérables qui me rappellent La Havane. Ailleras j’arrive dans une réunion familiale, un deuil. On a sorti les chaises des maisons, dans une impasse ; sur l’une il y a un cadre avec le portrait de la défunte bien en évidence, les couronnes de fleurs de l’enterrement sont debout contre un mur. Tout le monde est en noir. J’arrive au marché de l’Albergheria : avalanche d’artichauts, pyramides d’oranges, tas de fèves dans leurs grosses cosses, fraises…Une voiture se fraie un chemin entre les étals (comme nous ce matin). Je me gare et fais tomber par mégarde des boîtes de chaussures qui empiètent sur la rue et m’excuse auprès du marchand imperturbable.

Retour à Alessandra. La wifi est faiblarde. J’espérais capter le Monde.fr auquel je suis abonnée. J’arrive tout juste à lire les gros titres et les alertes dans ma boîte mail.

19h30 je descends acheter quelque chose à manger. Dominique ne peut pas grimper les étages à nouveau. Dans le quartier, j’ai le choix entre Indien ou Pakistanais, ou peut être un poulet halal à la broche. La Via Maqueda est déserte alors qu’il fait encore jour. Dans la rue quelques femmes indiennes en sari sur le pas de la porte des boutiques, des hommes très bruns à la chevelure épaisse et aux grosses moustaches qui bavardent sur le trottoir, et des touristes en short égarés, perdus dans leur Guide du Routard ou dans l’étude du plan de Palerme. Où sont les Siciliens ? Peut-être habitent-ils d’autres quartiers ?

Palerme  byzantine, arabe, normande, espagnole et italienne absorbera-t-elle ces migrants d’Afrique ou d’Asie comme les envahisseurs précédents. Elle professe la multiculturalité jusque dans les plaques des rues sera-t-elle plus accueillante que le reste de l’Europe. Les Siciliens se rappellent qu’ils étaient les immigrants à la génération précédente en Amérique, en Belgique ou simplement dans le Piemont.

Je termine la soirée lisant dans le Radeau de la Gorgone, la vie de Frédéric II Hohenstaufen qui repose dans un sarcophage de porphyre que j’ai vu tout à l’heure.

Palerme – déjeuner vers la Cala?

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Le Génie de Palerme
Le Génie de Palerme

Pour déjeuner,  les jeunes de l’hôtel ont recommandé d’aller vers la Cala.  Le mot « cala » évoque un petit port sympathique. Nous traversons le quartier de la Kalsa que je connais mal. Les  plaques de rues Via Divisi et Via Calderai portent des inscriptions en hébreu. Nous sommes dans l’ancien quartier juif.  L,a synagogue à proximité, a pour nom moschita (la mosquée). L’Inquisition a fait disparaître la communauté juive depuis longtemps. J’apprécie cette initiative, comme à Mazara del Vallo , valorisant le multiculturalisme. Juifs ou Arabes, Normands, maintenant, Indiens et Pakistanais qui tiennent boutique via Maqueda. Autour de notre hôtel, j’ai compté au moins 5 gargotes indiennes. J’espère que pour eux aussi, le multiculturalisme affiché rend la vie plus douce.

DSCN6679 - Copie
balcons arrondis pour les belles robes

Traversée la via Roma, on tournicote dans des rues étroites et calmes où les beau balcons en ferronnerie témoignent d’un passé plus glorieux que les façades lépreuses. Par hasard nous arrivons à la fontaine du Génie de Palerme  tout petit sur sa rocaille moussue. Par la via Alloro nous débouchons sur la belle Piazza Marina  et au Jardin Garibaldi planté d’énormes ficus aux racines aériennes spectaculaires comme celles des fromagers, et l’entrelacs des autres racines aériennes qui entourent le tronc comme une dentelle de lianes. Un peu plus lin, on entend le tintement des  mâts métallique des voiliers. Nous avons atteint la Cala. Une rue passante en fait le tour. Pas de restaurants, quelques bars avec salle en intérieur, des gelaterie, rien de bien alléchant !

Piazza marina nous choisissons une terrasse chic : Gulu. Les involtini sont de minuscules ballotins de veau aussi épais que du papier à cigarette contenant une délicieuse purée parfumée au fenouil  si chacun pèse 20g cela ne nourrit pas ! Heureusement Dominique a choisi des spaghettis à la boutargue bien servis qu’elle partagera.

salon chinois
salon chinois

Juste derrière le Palazzo Mirto est ouvert à la visite. Pas de souvenirs historiques marquants, ni de chefs d’œuvres extraordinaires. Juste un palais princier de Palerme ! Pour imaginer ce qui se cache derrière les murs, cette atmosphère de richesse. Le Guépard (en moins fastueux). Luxe désuet, accumulation de plusieurs siècles de collections de porcelaine, de tapisseries de soie de meubles précieux, de livres. Des portraits de famille, des photos aussi. Un ravissant salon chinois tendu de soie  des meubles laqués de noir. Un grand salon est décoré de soieries brodées. Le grand panneau sous le baldaquin représentant  La Prise de Jérusalem selon Le Tasse est spectaculaire. Il y a aussi un très grand tableau représentant une bataille avec des turcs et plein de détails insolites. Boudoir pour les dames,  fumoir pour les messieurs. Nous avons déjà vu cela en Sardaigne il y a quelques temps ….

fontaine rocaille
fontaine rocaille

J’aurais dû lire Le Professeur et la Sirène de Lampedusa et les Souvenirs d’enfance de Fulco qui se déroulent aussi dans des palais palermitains,  avant le départ et non pas au retour. J’aurais mieux apprécié cette visite !

Privé de Titre – Andrea Camilleri

CARNET SICILIEN

privé de titre

Camilleri est le père de Montalbano, commissaire favori des nombreuses lectrices (et lecteurs) du Viaggio d’Eimelle .

Auteur prolixe (une centaine d’ oeuvres,  quand même!), il est aussi conteur de l’histoire de la  Sicile . La Couleur du soleil, met en scène le Caravage en Sicile. . La Révolution de la Lune raconte un inter-règne après le décès inopiné du Vice-roi espagnol(1670), un peu plus tard Le Roi Zozimo, le règne d’un sicilien…. Mon  » premier lu, il reste mon préféré. L’Opéra de Vigata  (1870), la Concession du Téléphone , la secte des Anges (1901), se déroulent dans une Sicile où fait irruption la modernité.

Privé de Titre se réfère à la période de l’arrivée au pouvoir de Mussolini. Camilleri s’est inspiré de deux épisodes réels : la mort d’un jeune fasciste dans une rixe qui opposait des fascistes et un maçon communiste et la visite du Duce à Caltagirone quelques années plus tard qui fut à la « fondation » d’une ville fantôme Mussolinia.

Comme dans la Concession du téléphone , Camilleri fait alterner de nombreux dialogues, souvent en dialecte traduits de manière pittoresque par Quadruppani, les pièces officielles des procès verbaux de l’enquête, il ajoute ici des articles de différents journaux siciliens fascistes ou non et fait même une reconstitution cinématographique précise de la scène du crime.

palermeropra degli pupi

« R – Comme je suis borgnicieux, j’étais à la traîne et les deux particuliers allaient m’agrapper quand je me suis souvenu des marionnettes. 

Q – Expliquez vous.

R – C’est pas l’embarras. Vous avez vu au théâtre de marionnettes, dans la légende de Roland, une scène où un preux fait semblant de s’ensauver poursuivi par un Maure, puis tout à trac il s’arrête, se retourne et escoffie d’un coup d’épée le Maure qui n’en peut mais. Eh bien j’ai fait pareil. Ils me sont tombés dessus; je me suis arrêté, et hop, je me suis retourné…. »

 

Cette variété des styles est un plaisir renouvelé. Surtout quand il décrit des scènes de foules complètement cocasses. On rit beaucoup à la lecture de ce roman.

« Citoyens!

Par ce tract nécessairement

anonyme nous voulons vous poser une question.

Un fasciste tué par un autre peut-il être appelé « martyr » Ou bien est-ce

une simple victime privée de titre et donc inexistante

comme martyr? Pensez-y »

Roman policier ou politique? Les deux, bien sûr. Même si la scène du crime a été analysée en détail, même si le meurtrier a avoué l’homicide, il restera jusqu’au bout des zones d’ombres et des doutes savamment distillés. Vrai ou faux témoins? On ne saura jamais  vraiment qui ment. Des pièces à convictions disparaissent du greffe. De nouveaux éléments arrivent théâtralement au tribunal, à point avant la plaidoirie de la défense…

Mussolinia

Ce qui m’a le plus amusée, c’est la comédie de la visite de Mussolini à Caltagirone, posant la première pierre d’une ville fantôme. C’est grandiose!

« quelques jours avant Noël 1930, les habitants de Caltagirone, ébaffés, apprirent par un livre publié aux éditions Sonzogno que la forêt de Santo-Pietro abritait une ville dont ils ignoraient tout. Les chasseurs comme les ramasseurs de champignons qui connaissaient la forêt comme leur poche jurèrent que cette ville n’existait pas.

Mussolonia 2

[…]Non seulement Caltagirone a sa ville satellite, sa ville-jardin, mais maintenant elle a même les pieds dans la mer…. »

Arrivée à Palerme – premières promenades

CARNET SICILIEN 2016

Notre balcon donne sur la via Maqueda
Notre balcon donne sur la via Maqueda

L’arrivée à Palerme en voiture est une véritable catastrophe. Le GPS nous balade sur Tukory embouteillée, puis dans le marché aux puces, et même au milieu du marché de l’Albergharia. Il nous dicte de tourner dans les sens interdits. La via Maqueda est piétonnière…nous n’avons pas de plan détaillé de Palerme, il faut donc faire confiance au GPS. Les Siciliens forcent le passage, aucune idée de la notion de priorité. On frôle l’accident à chaque instant. « faites demi-tour dès que possible » répète en boucle Mme GPS. On tourne à droite, à gauche, on revoit la même église, les mêmes atlantes, les abords du palais royal, à trois reprises. Personne ne connait la rue Divisi encore moins l’Hôtel Alessandra. Nous tournons depuis une heure et demie. Dominique épuisée sur le bord de la crise de nerfs,  envisage sérieusement de quitter Palerme sur le champ  (nuit d’hôtel déjà payée).

via divisi
via divisi

L’Hôtel Alessandra occupe le coin de la via Divisi et la Via Maqueda, au 2ème étage. Deux étages d’un palazzo font au moins 4 d’un immeuble ordinaire. A la réception deux garçons, une fille très gentils nous cèdent la place de parking devant la porte. Un souci de moins ! Le couloir conduisant aux chambres est princier, une véritable galerie des glaces murs peints à fresque. La chambre est moins fastueuse, mobilier disparate, mais tout le confort : télévision, climatisation salle de bain fonctionnelle.

Somptueux escalier et glaces de notre palais
Somptueux escalier et glaces de notre palais

 

Premier objectif : les métopes de Selinunte au musée Salinas. Je remonte à pas pressés la via Maqueda jusqu’au teatro Massimo, tourne Via Cavour puis Via Roma. Derrière la Poste mussolinienne je cherche dans les petites rues la piazza dell Olivella tout à fait charmante. Le musée archéologique occupe un ancien couvent avec deux cloîtres, le petit très clair, très élégant possède une belle fontaine ave un triton (souvenir de la fontaine Barbieri de Rome) accompagné d’une tortue vivante. A l’arrière un jardin verdoyant occupe le grand cloître. Aujourd’hui, le musée est gratuit. Je me réjouis trop vite. le Musée est en restauration. Les métopes de Selinunte sont invisibles. En guise de consolation, une exposition sur la nourriture : de grands panneaux illustrés, la nourriture préhistorique, les Phéniciens à table, les Grecs…Beaucoup à lire, peu à voir : des reproductions d’amphores et autre vaisselle cassée. Mon temps est compté à Palerme. Je rentre à grands pas.