Mazara del Vallo Normande et baroque

CARNET SICILIEN 

piazza della Repubblica
piazza della Repubblica

Cap à l’ouest sur la même route SS115 perchée sur une série de viaducs élancés et aériens qui enjambent des vallées creusées par de petits fleuves côtiers,  cultivées surtout de vignes agrumes et aussi de blé. Curieusement on fait pousser les fèves entre les rangées des oliviers. Après Castelvetrano nous empruntons l’autoroute jusqu’à Mazara del Vallo. Le trajet nous a paru très court.

L'arc normand
L’arc normand

Le centre de Mazara est piétonnier. Nous garons la voiture proche du Corso Umberto 1er, la rue chic ornée de palmiers au milieu de la chaussée et de très belles potiches en majolique ou en mosaïque colorée. La céramique est une des spécialités de la ville. Les potiches sont toutes différentes, l’une d’elles est ornée de calligraphie arabe.  Les bancs sont aussi recouverts de carreau de majolique aux motifs très contemporains, et graphismes épurés. De belles boutiques de vêtements chics, et chaussures, bordent le Corso qui mène à l’Arc Normand, seul vestige du château normand du comte Roger qui libéra Mazara en 1072 de la domination arabe. Après le 16ème siècle, les souterrains du château servirent de prison. Le Palais fut démoli en 1880 pour faire place à un jardin public lungomare. Devant la fenêtre en ogive : « l’arc », un mince jet d’au dans un bassin est entouré de rocaille. Les énormes ficus aux larges troncs et aux branches sinueuses forment une sorte de coupole de verdure aux entrelacs gothiques. Il doit faire bon l’été de s’y reposer. Aujourd’hui, le vent rafraîchit l’air et la mer est démontée, hérissée de crêtes blanches ; nous préférons les bancs au soleil à la place ombreuse.

jardin lungomare
jardin lungomare

Très ensoleillée ; en revanche la Plazza de la Repubblica située entre la Cathédrale, le Palais épiscopal, le séminaire épiscopal d’un côté et le Musée diocésain et l’église du Couvent Santa Catharina. Au centre se trouve la statue de San Vito. Les arcades se déplient sur deux niveaux. La coupole est vernissée, turquoise. La place a de l’allure !

sur le porche de la cathedrale le Comte Roger piétine le sarrazin
sur le porche de la cathedrale le Comte Roger piétine le sarrasin

A 9h30, la Cathédrale est ouverte, une troupe de scouts s’affaire. Chacun s’installe pour la messe dominicale. Nous saisissons l’occasion pour entrer. La cathédrale normande du 11ème siècle a été remodelée au 18ème siècle. Au dessus du portail le bas-relief (15ème s) représente Roger à cheval piétinant un sarrasin.

intérieur de la Cathédrale : barroquissime!
intérieur de la Cathédrale : barroquissime!

L’intérieur de l’église est baroque, très baroque. Le plafond aux tons pastel est entièrement peint à fresque tandis que les hautes fenêtres éclairant une nef très lumineuse blanche ornée de grisaille et or, sont encadrées de sirènes et de putti en trompe-l’œil.

087 - CopieLe chœur est spectaculaire avec un autel entièrement revêtu d’argent ciselé et sculpté surmonté d’un baldaquin extraordinaire : des angelots y sont suspendus et s’accrochent en acrobates au plafond. Un enfant alpiniste semble assis dans une nacelle tandis qu’un tout petit s’accroche aux franges. Sous le baldaquin, sur un rocher six saints personnages sont en oraison sous un ciel doré.

putti alpinistes
putti alpinistes

Une très belle croix de bois est suspendue sous la coupole aussi très lumineuse. Nous nous déchaînons à tout photographier avant que l’office ne commence. Nous sortons sous le carillon des cloches qui sonoriseront le film où Roger piétine le sarrasin.

DSCN6491 - Copie

La Via du XX septembre conduit à la Place du Plébiscite, où une église ruinée « resti della chiesa S Ignazio » est une rotonde, sur un plan octogonal,  qui a perdu sa coupole : 16 colonnes rondes et lisses groupées deux à deux, précédent 7 chapelles et le portail. Face à la porte le chœur est plus profond. Des décors baroques subsistent : stucs, angelots, guirlandes et feuillages, chapiteaux très ouvragés….Une grosse masse de lierre occupe tout le haut d’une alcôve, des rameaux dégoulinent formant des festons vivants. En face, un figuier est accroché au mur et pousse la tête en bas tandis que des plantes herbacées font des touffes un peu partout.

Agrigente vallée des temples (2)

CARNET SICILIEN 2016

083

Temple d’Hercule (fin VIème siècle)

Un peu plus loin – après la villa du Capitaine du capitaine Hardcastle – le temple d’Hercule dresse ses huit colonnes remontées à l’initiative du capitaine. A l’intérieur, le chaos est impressionnant de blocs taillés ;parfois un peu d’enduit blanc subsiste sur un tambour.

Tombe de Theron
Tombe de Theron

Une route coupe le site qu’une passerelle enjambe. On voit à l’extérieur le petit mausolée carré – la Tombe de Théron – peinte par Jean-Pierre Houel (Louvre). Une ambigüité plane sur l’identité de Théron : un romain ou le tyran d’Akragas au 5ème siècle ?

Déjeuner au Doric Café, d’une belle salade et d’arancini (15€ pour deux avec un verre de vin blanc). Du café, on jouit d’une très belle vue sur le Temple de Junon.

Temple de Zeus Olympicos

Télamones (8m)
Télamones (8m)

Du plus gros temple dorique d’occident il ne reste qu’un chaos de blocs impressionnants dont les chapiteaux donnent l’échelle. Des  télamones (atlantes)  de huit mètres soutenaient l’architrave, trois gisent par terre , reconstitués. Le temple fut construit après les victoires sur les Carthaginois du tyran Theron (488-472). Les télamones furent interprétés comme le symbole des barbares carthaginois vaincus. Les ruines servirent de carrière au 18ème siècle pour la construction du môle de Porto d’Empédocle.

Pour se faire une meilleure idée des dimensions, il faut pénétrer à l’intérieur. Diodore de Sicile écrivit qu’il ne fut jamais achevé et qu’il en manquait la toiture. Selon lui, il servit de forteresse aux Romains pendant la première guerre puniques. Que représentaient les arceaux gravés sur de nombreux blocs ?

Temple des divinités chtoniennes

 

De la période archaïque à l’époque impériale des fêtes s’y déroulèrent : les cérémonies à Coré – fille de Démeter enlevée par Hadès – étaient nocturnes comme le témoignent les lampes retrouvées sur les lieux. Elles commémoraient la régénération de la nature dans les cycles agricoles. Les thermophories se déroulaient sur trois jours. Le premier jour, les femmes faisaient une procession, le second était jjour de jeûne. Des porcelets femelles étaient sacrifiés et jetés dans des cavités des autels (on les récupérait ensuite pour fertiliser la terre). Le troisième jour, Kallighenia clôturait le jeûne par un banquet.

En 2005, des fouilles permirent de découvrir une galerie souterraine rejoignant la Kolymbethia (belle piscine) où maintenant un  jardin est installé, très odorant. Des panneaux préviennent les allergiques aux fèves de ne pas s’y aventurer. Ce n’est as l’allergie qui ma retenue (j’avais très envie d’y descendre) mais le manque de temps et la radinerie. Il faut acheter un billet supplémentaire et comme je ‘avais plus le temps j’ai préféré m’abstenir plutôt que de bâcler la visite.

 

Temple des Dioscures

temple des Dioscures
temple des Dioscures

De l’autre côté de la Plateia, grande place colonisée par les mauves rases en fleurs, les quatre colonnes de l’angle Nord-Ouest sont les seules restantes du Temple des Dioscures.

Nicolas de Stael : Agrigente
Nicolas de Stael : Agrigente

Lors du trajet du retour j’ai baissé les vitres pour me rassasier du parfum des orangers. A Sciacca, nous décidons d’adopter un autre supermarché : Conad. Suivant les panneaux publicitaires nous faisons le tour de la ville pour nous trouver au sommet de la colline sous la muraille. Plutôt que de se ravitailler en grande surface, mieux vaudrait essayer les petits commerçants. Dominique gare la voiture en deuxième file et reste dedans (il y en a d’autres). A Sisa, je ne trouve que les confitures et yaourts du petit déjeuner. La viande se trouve chez le boucher (préparations très alléchantes), les légumes au Fruta e verdura, les œufs chez le crémier. Chaque boutique spécialisée offre des produits de qualité incomparable pour des prix minimes. Vive le petit commerce encore bien vivace en Sicile ! Mais quel casse-tête de faire les courses en voiture !

Agrigente : la vallée des temples (1)

CARNET SICILIEN

Agrigente Vallée des Temples
Agrigente Vallée des Temples

73 km,  itinéraire  pour  Sciacca  par le Cap San Marco, les lidi de Sciacca, et le port. la route SS115 est  un  prodige de travaux publics –  galeries et ponts se succèdent dans un relief escarpé de défilés calcaires et de calanques. Les crêtes déchiquetées se superposent  à l’horizon tandis que les versants raides sont très verts. Dans les creux, à l’abri des paravents, les vergers d’agrumes alternent avec les oliveraies. Le parfum des fleurs d’orangers me transporte. Je ne l’ai pas identifié tout de suite. Cette odeur familière, entêtante, m’a assaillie, me rappelant des souvenirs anciens, profondément enfouis. Dès que j’ai fait la relation entre les vergers et ce parfum j’ai ouvert grand la fenêtre pour le laisser entrer et m’en enivrer. On vend des oranges sur le bord de la route.

Porto Empédocle  monte la garde avec ses cheminées d’usines à rayures rouge et blanches, ses hauts HLM en rangs serrés, sa cimenterie et son port, à l’entrée d’Agrigente. Quelle idée de donner le nom du philosophe à une telle excroissance du XXème siècle ! Nous passons devant la maison de Pirandello – il faudrait que je lise ses pièces.

La Cité des temples est un centre commercial en verre, autre verrue du XXIème siècle cette fois.

Plus loin, le marché propose les poissons de la pêche locale, artichauts et pommes de terre.

Temple de Junon
Temple de Junon

A l’entrée du Temple de Junon le parking est ombragé. Du temps d’Akragas, la ville grecque, l’avait sûrement nommé temple d’Héra en Sicile et en Italie les noms latins paraissent si naturels que je me plie à la coutume locale. Un conférencier d’un groupe d’allemands annonce que les dénominations des temples sont fantaisistes et qu’il eût été plus rigoureux de les nommer avec des lettres comme à Sélinonte. Construit en 450-440 av. JC, il fut incendié par les Carthaginois en 406. Des traces rouges de l’incendie subsistent sur les pierres brunes de la calcarénite locale. Une conférencière anglophone dont le groupe est assis sur l’autel d’Héra décrit les sacrifices. Selon elle, de nombreuses traditions et coutumes viennent de l’Antiquité grecque : la lune de miel serait un mois où on consommerait du miel, les anciens grecs ne lançaient pas du riz mais des céréales avec les grains rouges de grenade, symbole de fertilité,  pour célébrer les mariés…

la muraille d'Akragas et les acanthes
la muraille d’Akragas et les acanthes

Derrière le temple de Junon, un chemin longe la muraille défensive d’Akragas qui suit une crête rocheuse, défense naturelle de la cité longue de 12km, percée de 9 portes et passages secrets. Les amandiers sont déjà chargé de grosses amandes.

A l’époque romaine tardive, les murailles ne furent plus entretenues, des zones artisanales et des nécropoles s installèrent dans les cavités ( Arcosolia).

les togati
les togati

On a installé récemment deux statues de marbre trouvées  non loin de là : les Togati – personnages revêtus de toges,  de l’entourage de l’empereur.

En face du Temple de la Concorde, presque par hasard, en descendant une allée conduisant aux quartiers hellénistiques, je découvre le complexe paléochrétien de la nécropole Casa Pace, installée dans une ancienne carrière de pierre, Latomie Mirabile, les hypogées sont disposés autour d’une placette circulaire fleurie de bleu et de violet avec des acanthes sous les oliviers. Sous mes pas, craquent les coques d’amandes. Un gros caroubier se tient à l’entrée de la placette fermée par une rangée de figuiers de barbarie. Le parfum de la fleur d’oranger semble concentré dans ce cercle mystérieux. Personne ne viendra troubler cette visite romantique, comme une méditation. La Bibliothèque Paléochrétienne dans une belle maison ancienne à étage précédée d’une placette de galets, est fermée ; A l’arrière, les arbres de Judée commencent leur floraison. Dans un grand verger d’olivier, les allées du Cardo, de la Via dei Sepolari ainsi que les cardines sont figurées par des allées. Il faut imaginer à la place des arbres les maisons d’Akragas. Un peu plus loin se trouvent les quartiers hellénistiques.  Des rectangles creusés témoignent de fouilles archéologiques.  Après une longue montée sans avoir trouvé la villa des Mosaïques, je me lasse. Je ne croise qu’une Italienne hystérique qui répète « There is no exit ! » et un couple qui flâne en photographiant les fleurs. Le site est vaste. Dès qu’on s’éloigne des temples les plus fameux, on peut se promener comme en pleine campagne.

Temple de la cncorde
Temple de la cncorde

Le Temple de la Concorde tire son nom d’une inscription trouvée à proximité « Concordiae Argentorum sacrum » . Bâti de 440 à 430, il fut transformé en basilique chrétienne Pierre et Paul, ce qui lui a permis de rester état de conservation exceptionnel. Je pense au Parthénon avant Morosini qu’on tâche de remonter, chantier qui s’éternise. Cette Concorde en calcarénite jaune est difficilement imaginable en blanc comme la petite maquette de la cafétéria, blanche avec des décors bleus et rouges. Des filins métalliques interdisent l’accès au temple. Il y a partout des caméras de surveillance et les environs sont nettoyés, propres, balayés trop civilisés. Sur une  longue allée « via sacra » circulent des bus électriques, des trottinettes et des processions de touristes. Nous étions venues autrefois le matin et revenues au coucher du soleil. Ce n’est sûrement plus permis. Devant le Temple de la Concorde, une grande statue de bronze : Icare tombé (2011) d’Igor Mitoraj. Ses ailes me l’avait fait prendre pour un ange.

Icare tombé
Icare tombé

En face un panneau signale « il ritorno de la Capra Girgentana » chèvre aux cornes imposantes torsadées, verticales, chèvre Markhor falconari, dont on a importé un spécimen d’Afghanistan.

DSCN8495 - Copie
la chèvre d’Agrigente et ses cornes torsadéees

Arrivée à Palerme, Sciacca et le gîte

CARNET SICILIEN 2016

Arrivée àPalerme
Arrivée à Palerme

Vol Transavia 6h50 – 9h10

Le paysage se découvre au dessus de la Côte Italienne.   Je parviens pas à identifier les îles. Baie de Naples peut être ? Juste avant l’arrivée, les sommets des volcans éoliens émergent de la brume. Un soleil éclatant éclaire les rochers déchiquetés.

Suivant la troupe des touristes, nous montons à bord de la navette des loueurs de voitures jusqu’à un bâtiment – construit près des parkings  – qui héberge Europcar, Avis, Sixt…point de Firefly.  Je téléphone. La navette prend l’autoroute puis circule dans la campagne. Notre loueur est installé à l’écart de la  station balnéaire de Cinisi. Deux jeunes siciliens essaient de nous persuader de contracter leur assurance. La voiture est une Fiat 500 noire au toit ouvrant « On vole beaucoup de ces voitures en Sicile » insiste-t-il. Il inspecte méticuleusement les égratignures de la carrosserie. La voiture brille et semble neuve, elle affiche 51.000km au compteur. Selon le GPS, nous devrions arriver dans un peu plus d’une heure à Sciacca par l’autoroute.

DSCN6436 - Copie
notre carrosse : une Fiat 500

Le temps est splendide. La  frange blanche des vagues ourle l’eau bleue du Golfe de Castelammare que l’autoroute longe de loin. Nous tentons une première sortie au Montelepre. Dès la sortie, nous nous perdons dans des impasses aux noms de fleurs via Azalea, via mimosa…Sans carte, nous tournons en rond. Le GPS repère « faites demi-tour dès que possible… ».  Disciplinées, nous retournera sur l’autoroute jusqu’à la bifurcation avec la direction de Trapani et celle de Mazara del Vallo. La tentation de sortir du ruban d’asphalte est très forte. Vers Calatafini nous renouvelons une sortie, au hasard avec les vagues souvenirs de 2004.

Négligeant Ségeste (je le regretterai : nous avions vu le temple sous un ciel gris, le soleil de ce matin l’aurait mis en valeur). Nous suivons les panneaux vers la Route de Palerme à Sciacca et tortillons dans les collines entre Gibellina, Poggioreale, La Contessa et Sambuca villes que nous ne voyons jamais.

Nous sommes fascinées par les fleurs : jaunes, les crucifères géantes, genre de moutarde sauvage aux très petits pétales, anthémis jaune d’or éclatant…plus basses, les taches bleues  des liserons, des chardons, étonnantes, ces nappes pourpres couvrant de grandes étendues. Les coquelicots ont des corolles surdimensionnées, presque aussi grand que des pavots. La terre est noire et grasse. Les collines sont surtout plantées de vigne et d’olivier. Quelques vergers de pêchers commencent à fleurir rose. Les pentes raides sont couvertes d’une herbe verte très vif. On croise des chiens blancs, au loin quelques moutons.

DSCN6439 - Copie
dans la gloire du printemps

Notre itinéraire tortueux nous fait sans doute perdre beaucoup de temps et de carburant mais c’est un grand plaisr de parcourir la Sicile dans la gloire du printemps ;

Enfin nous avons rejoint la g Palerme-Sciacca, trouvé  un café à une station service et acheté des pizzas : une part de verte (roquette, champignon fromage) une rouge (tomate, jambon et saucisse en rondelle). Gastronomie basique pur un pique-nique dans un chemin.

A 14h nous sommes à Sciacca, le rendez- vous est à 16h. Première visite de Sciacca : au premier abord, des immeubles de ciment, peu attirants, la ville ancienne est difficile d’accès en voiture, nous descendons au port.

le port de Sciacca
le port de Sciacca

Café en terrasse à une gelateria « Charlie Bar » .La glace aux noisettes est la spécialité de la maison. Je viens de lire dans Le radeau de la Gorgone de Dominique Fernandez que les Siciliens étaient des taiseux. Cela ne se vérifie pas du tout ici . Des marins ou pêcheurs traversent la route pour retrouver les copains, embrassades et conversations très, très sonores. Je ne comprends rien, entre eux, ils parlent sicilien. La pause tranquille est écourtée dans cette cacophonie.

Le Corso Vittore Emanuele -la plus belle artère de la ville – conduit à l’Hôtel de Ville dans l’ancien collège des Jésuites,  derrière une grande terrasse dominant la mer, ornée d’une rangée de ficus.

Nous suivons la voiture de la fille de la propriétaire dans des routes très tortueuses dans la campagne. La mer brille, un peu  plus bas. La route s’achève brusquement : nous descendons à pic pour découvrir le lotissement bien caché dans la verdure.

Giusi nous confie le trousseau de nombreuses clés, celles du portail, de la porte et celles des grands portails enfermant le lotissement de la route et de la plage. Les Siciliens enferment tout. La règle est de refermer derrière soi les portails si on les a trouvés fermés.

DSCN6622 - Copie

Notre maison est ronde : un petit dôme de ciment chaulé de blanc avec quatre ouvertures arrondies munies de volets de bis. La petite coupole blanche évoque une soucoupe volante ou Starwars. Très basse, elle s’intègre très bien dans la végétation. De notre terrasse on devine le haut de celles des voisins immédiats sans imaginer qu’il y a de nombreuses habitations. La coupole est précédée d’un très grand auvent soutenue par deux colonnes crépies de blanc. Au sol, un beau carrelage et une table de mosaïque avec un banc de jardin. La courette est tapissée de cailloutis blanc. Le long des murets blancs on a disposé des yuccas qui se découpent sur la mer. L’autre côté est bordé de thuyas ébranchés jusqu’à 1.80m. En face, six beaux palmiers. Une petite terrasse d’angle donne sur la mer. Des plantes grasses poussent dans de grosse poteries ; l’environnement est original.

L’intérieur de la maison ronde est divisé en une grande salle à manger cuisine, l’autre moitié est divisé en une salle d’eau et la chambre. Le carrelage en damier bleu et blanc est joli, le reste de la décoration hétéroclite ?

Je suis ravie, le nom « bungalow » m’avait fait craindre le pire, mobile-home ou caravane…

la concession du téléphone – Camilleri

LIRE POUR LA SICILE

 

camilleri la concession du téléphone

Je suis toujours étonnée de la variété des sujets et des styles des œuvres de Camilleri. En plus de la série policière qui met en scène le commissaire Montalbano, il a écrit des romans historiques : le Roi Zozimo, la Révolution de la Lune, la Secte des Ange, romans baroques, bouffonneries qui m’ont fait mourir de rire, une biographie du Caravage….toutes les époques, mais toujours en Sicile.

1891, Filippo Genuardi fait la demande de concession du téléphone. C’est déjà le premier propriétaire en Sicile d’un quadricycle à moteur. Le livre commence par un échange de courriers entre Genuardi et les autorités. Étrange roman  qui alterne courriers -« choses écrites » et « choses dites » : dialogues.

Cette demande d’installation du téléphone parait suspecte à tous, aux autorités qui traquent les agitateurs politiques, à son beau-père qui finance l’entreprise de son gendre, les mafieux tirent les ficelles  des autorisations des propriétaires qui doivent donner leur accord pour la pose de poteaux sur leur terrain….

S’il s’agissait seulement de la concession du téléphone, ce serait déjà bien embrouillé. D’autres intérêts entrent en compte. Un ami de Filippo Genuardi n’a pas acquitté ses dettes de jeu…Et Pippo est un chaud lapin, ses histoires  compliquent ses relations avec le curé et les bien pensants….

Camilleri dresse un tableau drolatique et amer de sa Sicile . J’ai plus souri que ri. Il réserve de belles surprises et rebondissements. Même si j’ai eu du mal à identifier tous les personnages au début, je me suis bien amusée.

Le Parrain – Francis Ford Coppola (DVD)

CARNET SICILIEN

Corleone
Corleone

 

Quand je suis allée à Corleone je n’avais jamais vu le Parrain. Grave lacune que j’ai réparée dès notre retour! Extraordinaire Marlon Brando! En revanche vu très peu de Sicile et beaucoup de violence. Au moins maintenant je comprends un peu mieux ce que Mafia veut dire même si c’est la Mafia à l’ancienne où les hommes d’honneur refusent de tremper dans les narcotiques et semblent se contenter des salles de jeu – péché véniel!

Cinema Paradiso – Giuseppe Tornatore (1988) DVD

CARNET SICILIEN

cinéma paradiso

De retour de Cefalù, j’ai emprunté le DVD à la médiathèque pour retrouver le décor du film. J’ai reconnu le port, dans une merveilleuse scène de cinéma de plein air avec des spectateurs dans les barques des pêcheurs. J’ai reconnu le château de Castelbuono, pas Lascari où l’on a aussi tourné.

J’ai surtout vu un très beau film d’apprentissage où Toto, enfant orphelin et pauvre trouve le rêve dans la cabine d’Alfredo le projectionniste, l’amitié et l’affection et un métier.

Un grand film d’amour pour le Cinéma! Malheureusement je ne suis pas assez cinéphile pour reconnaître les séquences des classiques du cinéma, ni les répliques célèbres, ni les baisers que le curé voulait tant censurer.

 

 

Une Enfance sicilienne – Fulco di Verdura – Edmonde Charles-Roux

LIRE POUR LA SICILE

fulco di verdura

Ces souvenirs d’enfance rédigés des décennies plus tard par Fulco Di Verdura – célèbre joaillier qui a travailla pour Chanel raconte les souvenir d’un enfant dans une famille d’aristocrates palermitains de 1904 à 1913. Strict contemporain de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, l’auteur du Guépard dont je viens de lire le récit autobiographique Les lieux de ma première enfance dans le Professeur et la Sirène, je pourrais reprendre en copié/collé sa phrase introductive :

« que le lecteur s’attende donc à une promenade dans un Paradis terrestre et perdu »

Lire ces deux ouvrages traitant de sujets si similaires pourrait paraître redondant. Et pourtant je ne me suis pas ennuyée du tout! Même s’ils se déroulent dans des décors analogues, même si le cérémonial de la sonnette était le même….

Lampedusa a écrit un bref récit tandis que Fulco s’applique à faire revivre les moindres détails de son existence et de celle de ses proches. Le goût du pittoresque se manifeste dès la description des essences du jardin. Quelle saveur que ce dangereux « pampaleone » – lion du désert – acide à grincer les dents, qui s’avère être un simple pamplemousse! Quelle attention pour décrire les animaux familiers, chiens, chevaux babouins, et même un bélier vindicatif et un âne tirant un charreton!

L’enfant a grandi sous les fresques, les portraits des rois de Sicile, normands, angevins aragon, ou espagnols bourbons ou Savoie. Ses décors étaient ceux des chevaliers normands de l’Opera dei Puppi, ou des charrettes siciliennes:

« depuis que les chevaliers normands avaient conquis la Sicile et initié ses habitants aux beautés de la chanson de geste, cela faisait près de neuf siècles qu’ils refusaient toute autre forme de poésie. 

Si son éducation était plus que fantaisiste et erratique, il a acquis le goût du beau à l’opéra où la représentation d‘Aïda à 7 ans lui a fait complètement perdre la tête. A l’occasion, Fulco démonte toutes les conventions sociales régissant les places du téatro Massimo .

Attentif aussi à tous ceux qui l’entouraient : domestiques, cuisiniers ou gouvernantes il les décrit avec bonheur. Attentif aux coutumes, aux fêtes et aux cérémonies religieuses ce livre est un véritable document sur la vie de cette époque. Le chapitre Fêtes et Morts témoigne de coutumes purement siciliennes.

On apprend beaucoup à la lecture sur l’histoire de la Sicile, sa famille a fréquenté Garibaldi et tout est prétexte pour donner une leçon d’histoire, médiévale ou moderne.

C’est une Sicile un peu étrange qu’il nous dévoile avec ses personnage mythiques, la vieille fille à marier, le prêtre ietatore , la vieille dame morte d’avoir ingéré la pasta con le sarde introduite clandestinement….

N’imaginez pas cependant que ces nobles vivaient hors du tmps, ils avaient le téléphone, les enfants des gouvernantes anglaises, étaient abonnés au meilleures revues de Paris et chaque année faisaient un tour d’Europe…A la fin, la grand-mère fait l’acquisition d’une automobile, que nous ne verrons pas rouler!

Dans la postface Edmonde Charles-Roux fait une biographie rapide de Fulco di Verdura et de sa carrière. Elle montre aussi les correspondances entre les usages à Palerme au début du 20ème siècle et ceux à la cour des Bourbons à Caserte au 19ème siècle.

Seul bémol : la présentation de la couverture par Grasset qui introduit une confusion dans le rôle d’Edmonde Charles-Roux. D’ailleurs, Babélio s’est trompé attribuant à cette dernière le nom d’auteure;

 

Le Radeau de la Gorgone -Dominique Fernandez

CARNET SICILIEN

le radeau de la gorgone

Un grand merci d’abord à Mireille qui m’a fait la surprise de l’envoyer! L’ambiance de la page Facebook « Il Viaggio »  d‘Eimelle est plus que chaleureuse, il y règne gentillesse, solidarité, et émulation!

C’est une relecture,(la troisième) Le Radeau de la Gorgone a accompagné  chacun de mes voyages en Sicile, comme le Piéton de Rome m’a permis de préparer mon dernier voyage à Rome et la Rhapsodie Roumaine notre tour de la Roumanie…

Dominique Fernandez est un merveilleux passeur. Sa grande culture, son style, les photographie de Ferrante Ferrandi, font de cet ouvrage un compagnon de voyage parfait. Sa sympathie qui n’exclue pas la critique envers les Siciliens d’aujourd’hui comme d’hier, est presque de la tendresse. Richesse aussi des informations, à la troisième lecture je fais des découvertes.

J’ai eu l’insigne plaisir de visiter Agrigente dans des circonstances ressemblant à son récit : douceurs du couvent et homme de peine avec son balai qui nous a ouvert l’église et commenté en sicilien et en bégayant – » trop baroque, certains aiment…. » Ses lignes m’ont accompagnées dans la découverte des stucs de Serpotta (j’ai même découvert par moi-même à Castelbuono une chapelle décorée par Serpotta dont il ne parle pas)…..

DSCN6714 - Copie

Sans parler de la Villa Palagonia « LA VILLA DES MONSTRES » à laquelle il consacre un chapitre entier très érudit.

Merci Monsieur Fernandez d’avoir enchanté

 

 

Le Professeur et la Sirène – Giuseppe Tomasi di Lampedusa

LIRE POUR LA SICILE

professeur-et-la-sirene-tea-9782824902166_0

Le Professeur et la Sirène est un recueil de trois nouvelles, et un texte autobiographique : Les Lieux de ma première enfance. Bassani présente ce livre dans une longue introduction.

L’auteur du Guépard raconte ses souvenirs d’enfant,  le plus ancien de 1900 associé à l’assassinat du roi Humbert, puis 1908 avec le tremblement de terre de Messine, le passage de l’ex-impératrice Eugénie à Palerme, c’est un témoignage de la vie en Sicile au début du 20ème siècle dans l’aristocratie sicilienne.

« que le lecteur s’attende donc à une promenade dans un Paradis terrestre et perdu »

Il passe en revue les lieux de son enfance La Casa Lampedusa disparue dans les bombardements de 1943, palais immense dans une rue du vieux Palerme qui s’appelait Via Lampedusa. Le départ par le train à Santa Margherita – une des maisons de campagne dans la vallée du Belice – est décrit comme une véritable aventure en train, en voiture à cheval! La vie à la campagne, la demeure, mais aussi les parties de campagne, les traditions villageoises sont racontées avec brio. la famille possédait aussi un château où ils n’allaient jamais, et une villa à Bagheria.

La Matinée d’un métayer raconte l’ascension sociale de Baldassare Ibba,  roturier qui devient propriétaire terrien en grignotant les domaines des aristocrates qui les vendent pour soutenir leur mode de vie princier. La fin de l’Ancien Régime bourbonien..

 Le bonheur et la Loi se déroule dans un milieu social beaucoup plus modeste. Il raconte le Noël d’un employé qui se fait une fête de rapporter à la maison un panettone.

J’ai beaucoup aimé  Le Professeur et la Sirène, une longue nouvelle mettant en scène deux Siciliens à Turin, en 1938, un jeune journaliste et un helléniste de grande renommée. Deux personnages que tout sépare et que la nostalgie de la Sicile réunit. Un jeune viveur, de bonne famille Corbera di Salina « le seul exemplaire survivant de la famille. tous les faites et péchés, toutes les redevances inexactes, les dettes impayées, toutes les Guéparderies, en somme étaient concentrées en moi seul » et un vieil érudit, intraitable sénateur, arrogant, misogyne. Une amitié se nouera cependant nourrie d’oursinades et de vin de Sicile. Grand style!