Le Paris de la Modernité 1905 – 1925 au Petit Palais

Exposition temporaire jusqu’au 24 avril 2024

Severini Bal Pam-Pam

Le Paris de la Belle Epoque et le Paris des Années Folles, entre les deux : La Grande Guerre. 

Modigliani : tête de femme

Paris, pendant ces deux décennies, était le rendez-vous des artistes du monde entier :  L’Ecole de Paris rassemble aussi Picasso, Chagall, Soutine, Pascin, Kikoin,  Modigliani, Van Dongen, Nathalia Gontcharova, Michel Larionov, Foujita,sans oublier les sculpteurs Lipchitz, Czaky, Zadkine, Chana Orloff. Zadkine. 

Tête de pierre de Czaky et marin de Lipchitz

Tous ces étrangers venus manger le pain des bons français?

les révolutions artistiques se succèdent : la naissance du cubisme avec Picasso et Braque. Picasso expose les Demoiselles d’Avignon en 1907, 1908, premier message radiophonique, 1909 Blériot traverse la Manche/

Picasso Femme au Pot de moutarde

Une salle présente de grands tableaux cubistes colorés comme L’Oiseau Bleu de Metzinger, chauvine, je note que le nantais Metzinger était adepte de l’Abbaye de Créteil. 

OIseau bleu Metzinger

1909 aussi les Futuristes italiens sont à Paris avec ce magnifique et impressionnant Bal Pam-Pam de Severini, remarqué par Apollinaire.

Un aéroplane figure en face de la roue de Cycle de Duchamp qui expose déjà ses ready-made.

L’Oiseau de Feu

Autre révolution artistique : Le Sacre du Printemps et les Ballets Russes  qui se produisent dans le Théâtre des Champs Elysées ouvert en 1913. On peut voir à ‘exposition des costumes de scène des ballets russes, un portrait de Stravinsky et de Noureev. Autres ballets : les ballets suédois et le curieux ballet Parade mis en scène par Cocteau, costumes de Picasso, musique de Satie (1917). le cheval fabriqué par Picasso pour deux danseurs est exposé

La Grande Guerre est présente dans l’exposition aussi bien des tableaux représentant les horreurs des destructions que d’autres présentant les tirailleurs sénégalais ( Vallotton) ou soudanais (Mela Muter)

Marie Vorobieff (Marevna) : La mort et la femme

Nombreux artistes s’engagèrent y compris ceux qui n’étaient pas de nationalité française.

Dans le Paris des Années Folles (1920) la vie artistique continue le mouvement Dada et les Surréalistes se développe avec Picabia, Tzara Man Ray et Max Ernst

Foujita deux amies
Tamara de Lempicka deux amies

Comme l’avait montré l’exposition Pionnières au Luxembourg, les thèmes lesbiens ou transgenres sont abordés et les femmes artistes très actives.

Van Dongen : Josephine Baker

Les ballets Suédois et la Revue Nègre ont laissé des images comme le ballet Les Mariés de la Tour Eiffel sur des musiques des compositeurs du groupe des six (Auric, Honegger, Darius Milhaud, Poulenc et Germaine Taillefer). Charlot inspire Fernand Léger pour un Charlot cubiste. mais j’ai surtout été bluffée par les décors de Fernand Léger pour la Création du Monde

Fernand Léger : la Création du monde

l’Exposition s’achève sur l‘Exposition Arts Décoratifs 1925

A la cour du Prince Genji – 1000 ans d’imaginaire japonais au Musée Guimet

Exposition temporaire jusqu’au 25 mars 2024

poétesse

Le dit de Genji est un poème écrit au 11ème siècle par la poétesse Murasaki Shikibu roman se déployant en 54 livres racontant les intrigues amoureuses du prince Genji et de son fils illégitime. Plusieurs centaines de personnages interviennent dans le poème. Chacun des livres a un titre très poétique évoquant souvent une plante: Clos de Pawlonias, Belle-du-Soir, L’Œillet,  le Prunier ou un épisode Le Banquet sous les fleurs, la Barrière, Feu de brasier...La mue de la Cigale, Les Papillons, Les Lucioles…

paravent

Ce poème a été l’inspiration de toute une iconographie, illustrations du texte, estampes, motifs décorant des objets précieux comme ces boites à secrets

Boite à secrets laquée

écritoires, même palanquins …

L’exposition présente des rouleaux calligraphiés du poèmes avec les illustrations à différentes époques

Illustration du manuscrit à la feuille d’or

D’autres illustrations plus tardives sont des gravures d’une finesse incroyable.

Genji illustration : gravures

Des estampes plus colorées sont, pour le néophyte, incompréhensibles parce que le titre du tableau correspond au titre du poème, parfois un clin d’oeil, un détail

Le spécialiste verrait les techniques évoluer, pourrait analyser les différentes scènes de cour. Je me suis contentée d’être émerveillée par la finesse du tracé, la variété des thèmes, les nuances de couleurs, le raffinement.

On entre dans un manga, les vignettes sont peintes sur le sol et les murs, un dessin animé raconte un épisode du Dit du Genji version-manga.

Rouleau tissé par Itaro Yamagushi épisode de la barrière

Puis, brusquement nous changeons d’univers, entrons dans les filatures de soie sans transition. Un film présente le Maître Tisseur Itaro Yamagushi (1901-2007) qui a consacré 25 ans de sa vie à tisser 4 rouleaux de soie sur plus de 30 m de long illustrant le Dit de Genji d’après des rouleaux peints de l’époque de Heian époque où a été écrit le poème par des moyens modernes (machine Jacquard, analyse numérique) . Ces rouleaux ont été offerts au Musée Guimet et présentés dans la suite de l’exposition. 

Rouleau tissé par Itaro yamagushi

la fin de l’exposition est étonnante, on initie le visiteur à une visite olfactive : des perles de parfums sous une cloche distillent les senteurs des différentes saisons.

Murakashi Shikibu, la poètesse

Rothko à la Fondation Vuitton

Exposition temporaire jusqu’au 31 mars 2024

Une  exposition-phare de la rentrée 2023, très courue en tout cas.

J’étais impatiente de découvrir Rothko : un podcast m’avait présenté le personnage et avait fait un parallèle avec Nicolas de Staël dont l’exposition m’avait enthousiasmée. Depuis Soulages je n’ai plus de préjugés défavorables envers les monochromes et les tableaux très abstraits. 

Rouges vibrants, jaunes éclairants, malgré la foule, la visite est un régal.

Rothko : contemplation

Les débuts, années 30, figuratifs et expressionnistes  occupent deux grandes salles  : portraits et scènes urbaines m’ont bien plu.

Rothko entrance to the subway

Avouant des difficultés à représenter la figure humaine sans la mutiler il abandonne vers 1939 pour une nouvelle aventure : l’invention d' »un mythe contemporain«  en puisant dans les mythologies antiques pour répondre à la barbarie qui régnait en Europe

Rothko : Antigone

Fuyant les Allemands, les Surréalistes, Breton en tête sont à New York et inspirent la peinture de Rothko.

A partir de 1948, les Multiformes deviennent tout à fait abstraits, perdent leur titre, la signature et leur assignation.  A partir de 1949 il peint une superposition de rectangles colorés

Dans les salles suivantes on baigne dans la couleur sans chercher de sens, seulement le plaisir de la lumière dans les jaunes et les oranges, .

Vers 1956, les couleurs s’assombrissent

Une installation est saisissante la Rothko Room de la Tate Gallery : 9 toiles de très grand formats conçues pour être ensemble dans une lumière faible : le spectateur doit se sentir immergé dans la couleur. Une animatrice intervenant là explique que Rothko aurait été impressionné à Florence par la Bibliothèque Laurentienne de Michel-Ange et aurait imaginé une sorte de trompe-l’oeil

Rothko room tate Gallery
Rothko room Tate Gallery

la suite de l’exposition est un peu monotone, une suite de très grands tableaux, très colorés. La foule se fait pressante. Il faut attendre 10 minutes pour accéder à une petite salle avec des rouges, peut être sublimes, mais l’impression est gâtée par les selfies que les visiteurs prennent égoïstement.

 

Joann Sfar – La vie dessinée – Salonique « Jérusalem des Balkans » 1870-1920 au MAHJ

Exposition temporaire jusqu’au 12 mai 2024

Nous connaissons tous Le Chat du Rabbin il est à l’honneur dans l’exposition mais j’ai préféré mettre l’accent sur d’autres aspects de l’œuvre de Yoann Sfar. 

Nous découvrons les années d’apprentissage, au lycée Massena de Nice et rencontrons Romain Gary, Charlie Hebdo, Riad Sattouf,…

Sfar s’est emparé du fantastique avec le petit vampire, le Golem,

Il rend hommage aux peintres juifs : Chagall, Pascin, Soutine et réalise même un film sur Gainsbourg, un album consacré au Klezmer …

Belle flânerie dans l’exposition, beaucoup à regarder à lire.

Et en bonus une très belle exposition Salonique

 

Viva Varda ! Cinémathèque

Exposition temporaire jusqu’au 28 janvier2024

Cette grande exposition se tient au 5ème étage de la Cinémathèque dans le Parc de Bercy, prendre son temps pour admirer le bâtiment de Frank Gehry (1994) et s’il fait beau flâner dans le parc.

On entre dans la 1ère section qui présente des portraits et autoportraits de Varda dont on a un peu oublié les images de jeunesse tant la dame à la coiffure bicolore est encore présente dans nos mémoires. 

Les 7 familles d’Agnès la met en scène avec ses familles de Théâtre au Festival d’Avignon, dont elle était la photographe, rue Daguerre qu’elle a abondamment photographié et filmé, en compagnie de cinéastes, Demy, bien sûr mais aussi Godard. Amusant de chercher et trouver (ou pas) les visages de Piccoli, Samy Frey, Depardieu tout jeune, Brigitte Bardot, Sylvia de Monfort, Noiret…et tant d’autres qui ravivent tant de souvenirs. 

Curieuse du monde rappelle un aspect de son œuvre que j’avais oublié : ses films des Back panthers, les Murs peints de Californie, Cuba, Chine,et même Madonna interviewée…

Féministe, joyeuse : L’une chante et l’autre pas est un grand souvenir des années 70, figures de Delphine Seyrig, de Valérie Mairesse, Giselle Halimi . projeté sur un mur la réception de sa palme d’or d’honneur à Cannes et la manifestation d’actrices, réalisatrices pour entendre son discours où Varda expose les chiffres ahurissants  : seulement à ce jour deux femmes palmées et encore pour Varda une palme d’honneur pour l’ensemble de sa carrière et Jane Campion a dû partager la sienne avec un réalisateur-homme. 

J’avis choisi la date de notre visite en fonction de la rétrospective : justement dans la salle Franju se joue Les Glaneurs et la Glaneuse dont j’avais raté la sortie et que j’ai vu avec énormément de plaisir

Du temps de Millet glaneurs et glaneuse se baissaient et amassaient les épis après la moisson. Mais ce sont plutôt des glaneurs de patates que Varda a rencontrés. Société d’abondance qui jette par tonnes les pommes de terre hors calibre, trop grosses, en forme de cœur.Société de misère qui ramasse, Varda donne la parole à ceux qui ramassent pour manger tout simplement. La parole à ceux qui ne l’ont jamais. 

Dans les vignes et les vergers, on ne glane pas, on grappille les pommes laissées sur l’arbre, les tombées, les trop petites, les trop grosses. Dans les vignes, grappillage aussi après la vendange, dans les vignes délaissées non cueillie.

Un avocat en robe rappelle le Droit : le Droit prévoit glanage et grappillage, prévoit les dates, les horaires. Oui c’est légal, prévu par le Code.

Glanage urbain aussi. Fin de marchés, dans les cageots pour les miséreux, mais pas que. Rencontre d’un homme droit dans ses bottes, salarié, intégré qui fait les poubelles par devoir militant. Scandale de ces poubelles de supermarchés pleines de victuailles encore bonnes que certain arrosent d’eau de Javel pour interdire de les consommer. Depuis la sortie du film (2000) c’est maintenant interdit.

Glanage d’objets, ou plutôt accumulation de ce qui pourrait encore servir et qui est abandonné dans la rue. Encore un avocat en robe pour dire le Droit de la propriété de ces objets abandonnés : détournement sympathique de ces objets : collection de frigos devenus œuvres d’art.

Quel joli enchaînement que ce frigo plein de figurines, play-mobiles casqués, manifestation ouvrière enfermée monté juste avant une vraie manif avec drapeaux rouges dans les avenues parisiennes. Un des intervenants de la Table ronde nous fait remarquer ce montage marabout-bout-de-ficelle-selle de cheval…. la manif arrive à Denfert Rochereau, il y a un lion de bronze, lion de pierre d’Arles….Il faut avoir vu le film un bon nombre de fois pour remarquer comment Varda a glané des images sans aucun rapport évident et avoir donné du sens au montage.

mais j’anticipe sur la Table Ronde réunissant quatre spécialistes Nathalie Mauffrey, Sylvain Dreyer, Antoine Compagnon et Pierre-Antoine Burquin. 

Curieusement Antoine Compagnon est surtout venu en tant que spécialiste des chiffonniers du XIXème siècle. Chiffonniers, biffins, ancêtre de ces glaneurs du XXIème siècle. Coïncidence? La rue Mouffetard était le rendez-vous des chiffonniers et un des premiers films d’Agnès Varda est L’Opéra-Mouffe (1958)

les Glaneurs, on comprend, mais la Glaneuse? la Glaneuse c’est Varda, elle même, qui ramasse « au hasard? » des images et des objets pour les réunir au montage. Occasion de mentionner le concept de Cinécriture ou de Roaddocumentary . Des camions, des camions, sur l’autoroute. Quel autre cinéaste s’arrêterait aux camions, encore de ces objets triviaux qui n’ont rien à faire au cinéma…

Et j’ai oublié ses films les plus célèbres : Cléo de 5 à 7 (1962) Sans Toit ni loi(1985)  Visages-villages (2018)..

Une après-midi bien remplie!

Van Gogh à Auvers-sur-Oise. Les derniers mois – Musée d’Orsay

Exposition temporaire du 3 octobre2023 au 4 février 2024

On croit tout connaître de Vincent Van Gogh, et cette exposition donne à voir des tableaux inconnus! Elle raconte une histoire, un épisode de 70 jours, pendant lesquels il a peint 74 tableaux, s’est lié avec le Docteur Gachet, a rédigé une abondante correspondance avec son frère Théo. 

Nous allons découvrir avec son pinceau le charme de ce village à la fin du printemps (il s’installe le 20 mai 1890) et meurt le 29 juillet. Nous allons suivre ses recherches, ses carnets, ses études, ses expérimentations : techniques , couleurs, cadrage, même recherches de format (double-carré) ou de cadres.

champ de blé avec bleuets

Comme j’ai aimé ce champ de blé avec bleuets où les hachures contrastent avec les à-plats de l’horizon!

bouquet de renoncules

Comme il est charmant ce bouquet de renoncule dans une porcelaine japonaise

pluie

japonisant aussi ce paysage de pluie sur ce format double-carré (1 m x 0.5 m) aux étonnantes teintes délavées.

j’attendais des jaunes et des ors, des bleus éclatants et je découvre aussi des verts printaniers. Même deux tableaux sont des monochromes verts.

Bien sûr j’ai tout photographié mais je vous laisse découvrir, vous serez surpris!

Castres – Musée Goya – Musée Jean Jaurès

CARNET OCCITAN

Castres : les bords de l’Agout

C’est avec un plaisir renouvelé que nous parcourons la N612 d’Albi à Castres (47 km) dans la lumière du matin bien que nous ayons fait le même chemin hier. Collines arrondies, douceur du relief, bosquets d’arbres, double rangée de platanes. Avec quelques cyprès on se croirait en Toscane. Et toujours les montagnes bleutées à l’horizon.

Si Albi est une ville rouge, de briques, de construction homogène, Castres est plutôt blanche camaïeu de gris et de beige, belle pierre calcaire pour les demeures bourgeoises. Beau jardin Le Nôtre, avec un théâtre rococo à l’italienne blanc de stuc comme une pâtisserie. Au fond du jardin le classique Palais épiscopal dessiné par Mansart en pierre blonde loge l’Hôtel de Ville et le Musée Goya. Un peu plus lion une balustrade longe l’Agout dont l’autre rive est bordée d’un alignement de maisons colorées aux balcons de bois à encorbellement : anciennes maisons des tisserands, tanneurs et teinturiers qui s’ouvrent directement sur la rivière.

Ce matin, la Place Jean Jaurès est occupée par le marché à mon retour, à midi les restaurants et cafés ont sorti tables et chaises sur les terrasses, je remarque la statue de Jean Jaurès qui est le grand homme de Castres.

Pour rejoindre le Musée Jean Jaurès je passe par des rues piétonnières commerçantes et bien animées. Cela m’amuse de passer par la Rue Emile Zola pour arriver place Flaubert. Pas ou peu de touristes, une petite ville du midi authentique.

Musée Goya

Goya : Corrida

Le Musée Goya est spécialisé dans la peinture espagnole. C’est un musée très moderne, très vaste installé dans le Palais Episcopal, rénové récemment réouvert seulement en avril 2023. Un soin particulier a été apporté à la climatisation (portes qui s’ouvrent devant chaque visiteur et se referment rapidement) et à l’éclairage. Le trésor du musée, Les Caprichos de Goya, gravures sur papier, sont très fragiles.

Picasso Corrida

Au rez-de-chaussée, 3 salles sont dédiées aux expositions temporaires : « Goya dans l’œil de Picasso » (jusqu’au 1er Octobre 2023) . Picasso connaissait très bien l’œuvre de Goya. Tous deux éprouvaient la même fascination pour la tauromachie. Deux salles présentent des gravures des deux artistes. Les sections sont titrées en Espagnol : Suertes, Arena, Muerte, Monstros

Goya chimère

L’expression de la Mort est présente dans l’œuvre des deux artistes. La « Nature Morte à Tête de mouton » est – selon le cartel – « le reflet des horreurs de la guerre. Picasso et Goya ont créé des êtres hybrides, dévorants témoins de leurs angoisses existentielles « 

A l’étage, les collections permanentes d’Art Espagnol sont présentées chronologiquement. Dans al salle du Moyen Age, je suis éblouie par le Retable du Maître de Riofrio. Je passe vite devant les peintures religieuses, reconnais un Velázquez : Portrait de Philippe IV en chasseur. Murillo : La vierge du Rosaire. Une salle entière est occupée par les énormes tableaux de Pacheco : le Christ servi par les Anges et un Jugement dernier avec les têtes des élus formant des nuages baroques et un enfer très pittoresque. Une autre salle est réservée à l’influence des peintres italiens sur la peinture espagnole, en particulier Le Caravage. J’ai bien aimé les statuettes du Massacre des Innocents de Matera comme des personnages de crèche populaire. Je traverse sans m’arrêter les salles des Natures mortes ou de la peinture religieuse pour arriver au fond du couloir aux salles consacrées à Goya. Deux huiles intéressantes : un Autoportrait avec des lunettes et la très grande toile La Junte des Philippines (320×433).

Goya Deplumados

Les Caprichos sont conservés dans une pièce noire. Les gravures ne restent pas longtemps dans les vitrines éclairées, six mois tout                au plus avant de se « reposer » de longues années. Un professeur est entouré d’étudiants. Je profite de cette visite guidée. Le conférencier insiste sur l’aspect subversif des Caprichos qui critiquent la société espagnole. Gravures au vitriol qu’il publiait lui-même. Quand la protection de Manuel Godoy en 1808 lui fait défaut l’Eglise Catholique et l’Inquisition sont une menace pour les gravures que Goya ne peut plus diffuser et qu’il doit détruire. Il offre les plaques au Roi pour les mettre à l’abri j’ai beaucoup aimé l’humour corrosif, la série des ânes avec leurs litres critiques. J’ai admiré la finesse des figures ? Peut-on parler de caricatures ? Malheureusement l’assistance est nombreuse et j’ai peu de temps pour avoir un peu d’intimité avec les œuvres.

Une large partie du Musée est consacrée à la peinture espagnole moderne et contemporaine. Je reconnais un Picasso, Tapiès, bien sûr mais je n’ai plus la disponibilité pour faire connaissance avec des artistes moins connus. Découvert un sculpteur intéressant : Pablo Gargallo dont j’ai aimé son Hommage à Chagall

Jean Jaurès

Je n’aurais pas quitté Castres sans une visite au Musée Jean Jaurès après avoir visité la mine de Cagnac-les-mines (Carmaux prévu demain) et avec Germinal comme livre de chevet. Le Musée Jean Jaurès est un musée à l’ancienne ; beaucoup de panneaux noir et blanc avec des extraits de journaux, des documents photographiques, même son bulletin scolaire à Castres et des papiers au lycée d’Albi où il enseignait la philosophie ; des caricatures aussi de toute la classe politique alliés ou adversaires. Je m’intéresse au personnage d’Emile Combes « le père Combes ». Une vitrine entière est consacrée à l’Affaire Dreyfus. Une autre, plus étonnante, présente ses positions anticolonialistes. De nombreux documents sont photocopiés à destination des visiteurs : j’emporte une feuille racontant son action pendant les Grèves de Carmaux (1893), grève des mineurs (1892-1893) et des verriers (1895)

La virulence des attaques es journaux de Droite et leurs caricatures est étonnantes. Tableaux de ses partisans carricatures d’opposants. Il faudrait tout regarder. Voilà que le musée ferme à midi, on ferme. Ce sera plus un pèlerinage qu’une visite d’étude

Histoires Vraies – MacVal

Exposition temporaire collective jusqu’au 17 septembre 2023

Croa croa croa 1.0.3 collective

Apprécier l‘Art Contemporain n’est pas toujours une évidence pour moi. Parfois, je ne sais même pas trouver l’œuvre dans la galerie, ni le cartel qui y correspond.

Une bâche de toile cirée blanche, une théière perchée, une clé c’est l’installation  d’un plasticien Farès Hadj-Sadok’s, le titre « le Moyen Remplacement » est un détournement de la notion du Grand Remplacement de l’Extrême Droite.  

Mehryl Levisse : Le lectrice

Et ces personnages masqué(e)s, aux tenues bariolées, perché(e)s sur de très hauts talons, déambulant un livre à la main ou couché(e) sur un banc, au genre indéterminé, femmes, travestis, drag-queens? Ce sont les personnages à animer de Mehryl Levisse : installation vivante qui me met un peu mal à l’aise. Ce même plasticien expose aussi des têtes colorées qui ressemblent plus à une œuvre que ces « personnages » muets. Le nom de l’œuvre Le Lectrice (non! ce n’est pas une coquille).

Heureusement, aujourd’hui, Journée du Patrimoine, le MacVal propse des visites guidées et le conférencier (ci-dessus devant le tableau Croa croa croa a choisi de décrypter quelques œuvres emblématiques pour les béotiens de mon genre. C’est l’œuvre d’un collectif de 3 plasticiens qui ont choisi de détourner le logo d’une fameuse marque de commerce en ligne : le résultat peut être interprété comme un vol de corbeaux menaçants comme dans les Oiseaux de Hitchcock, ou ceux de Van Gogh, « matérialisant la menace de l’omnipotence des  GAFAM sur l’humanité ».

Jordan Roger : » burn them all »
Aurélien Mauplot : Moana Fa’a’aro

Jordan Roger : « burn them all » : Au premier plan un château imitant l’univers rose et sucré de Disneyland, des flammes orange s’attaquent à la construction en multiples incendies. Il figure une bataille entre les forces révolutionnaires et réactionnaires de La Maison d’Armaggedon et de la Maison des Uranistas. Cet univers m’est plutôt indifférent. 

Aurélien Mauplot : Moana Faa’a’aro En revanche, au mur, une collection de photographies, objets naturalistes dans des cadres et des boîtes, cartes…figurent un cabinet de curiosité comme l’aurait exposé un des explorateurs de cette île de l’Océan Pacifique, découverte à deux reprises, perdue… symbole de la construction historique des fake-news.

Suzanne Husky : Les Oiseaux semant la vie

Les œuvres sont très variées et nombreuses. J’en ai sélectionné quelques unes. Les Oiseaux semant la vie de Suzanne Husky est une charmante tapisserie, contrepoint à Croa Croa touche optimiste où les oiseaux reconstituent le sol, sèment des graines et survolent un champ d’éoliennes. Suzanne Husky se définit comme éco-féministe. 

Mary Sibande : Her Majesty Sophie

Mary Sibande sud-africaine,  se représente elle-même en un personnage Sophie, robe élégante et tablier de soubrette, archétype de la servante du temps de l’apartheid, rayonnante. Elle  cristallise ainsi l’histoire des femmes, leur colère, leurs causes. 

Régine Kolle – Trahison de Betty Draper

Le grand tableau de Régine Kolle raconte l’histoire de la trahison du psychanalyste qui racontera au mari de Betty ce qu’elle a livré sur le divan. parfaite illustration du thème de l’exposition « Histoires vraies »!

Aurélie Ferruel et Florentine Guédon : S’éclater le gésier

les deux plasticiennes ont construit une improbable motocyclette en fibres végétales accidentée et dont le « gésier » éclaté germe en jolies figures de verre coloré. Métaphore d’une renaissance?

Les œuvres en vidéo sont aussi nombreuses: un improbable Simblic de Sylvie Ruaux m’a fait sourire. un western canadien où les Indiens seraient les vainqueurs, avec un héros/héroïne « Miss Chief Eagle Testickle » … Yan Tomaszewski se filme en trans-coréen , la K-pop me laisse indifférente…

Véronique Hubert : Culture de la Crainte

Arrivée sceptique, je suis sortie ravie de cette visite!

Nicolas de Staël – MAM

Exposition Temporaire jusqu’au 21 janvier 2024

1953 Agrigente

Je me suis précipitée hier, le premier jour de l’Exposition au MAM, 15 septembre, impatiente. Je ne pouvais pas attendre. Grand coup de cœur pour Nicolas de Staël l’an passé à Antibes au Musée Picasso . Pour l’affiche : Agrigente chère à mon cœur, véritable fascination pour la Vallée des Temples où nous sommes retournées plusieurs fois. Enormément d’attente, et aucune déception, énormément d’émotion. 

1953 Agrigente (encore)

Retour sur des tableaux connus que j’ai revus comme des amis retrouvés.

1953 Sicile

Découverte de ceux que je ne connaissais pas.

Eblouissement.

Comme il est juste ce jaune de soufre qui me rappelle les mines de soufre proches d’Agrigente peintes par Guttoso

1948 – Lavis et encre

Rétrospective chronologique qui couvre toute la carrière de Nicolas de Staël depuis ses voyages marocains (1936), ses tableaux abstraits . Ses compositions où les formes se déclinent, s’épurent, s’empâtent dans une salle appelée Condensation

1950 Composition

les tableaux sombres s’éclaircissent. les à-plats épais se fractionnent en tesselles de tableaux mosaïques,

1951 La ville blanche

Mon préféré dans la salle présentant ces Fragmentations est un bouquet de fleurs si transparentes et si épaisses que je les avais prises pour des glaçons

1952 Fleurs

Je zappe les footballers du Parc des Princes archi-connus pour m’intéresser  à une série de marines et de ciels qui s’éloignent complètement de l’abstraction, petits cartons aux formats de poche ou tableaux plus grands. 

1952 Ciel à Honfleur,

ou ces très petits du Lavandou

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Surprise par une très grande composition, théâtrale, symphonique. on se croirait portée sur une scène d’opéra. Illusion. Ce sont des bouteilles

1953 Bouteilles dans l’atelier

Eté 1953, Nicolas de Staël entreprend un voyage vers le sud : Provence sur le conseil de Char, puis Italie et Sicile. je n’ai pas eu la patience de suivre la chronologie pour présenter ces toiles lumineuses.

En 1954, il s’installe à Antibes . Je retrouve les toiles mystérieuses où apparaît une femme, Jeanne, son amante. Simplification des motifs, on dirait presque du Morandi. 

merveilleuse exposition!

 

Françoise Pétrovitch – Aimer.Rompre au Musée de la Vie Romantique

Exposition temporaire jusqu’au 10 septembre

Intriguée par le titre et par l’affiche, j’attendais une occasion pour retourner au Musée de la Vie Romantique. 

L’exposition est logée dans deux salles à l’écart de la maison principale : l’une L’imagination fait le paysage fait alterner des lavis d’encre sur papier représentant des îles imaginaires, désertes et inquiétantes que j’ai appréciées et des personnages : adolescentes le plus souvent au regard éteint derrière des paupières baissées. Cette filles aux chevaux verts est-elle une noyée tirée de l’eau par un personnage dont on ne devine que les mains et les bras? Toutes les filles semblent incapables de tenir sur leurs membres et sont soutenues par des inconnus. Cette évanescence me met mal à l’aise.

A l’étage au-dessus, L’espace entre eux présente de grands tableaux à la verticale, deux diptyques se font face tandis que trois tableaux occupent le mur. On y voit des couples de très jeunes gens qui fument. Ils ne se regardent pas, ne se touchent pas. Ce ne sont pas des portraits, les traits sont impersonnels, souvent les yeux clos. Grande froideur. 

Je ne vois pas le « romantisme » annoncé, mystère de BD ou de publicité!

Les autres œuvres sont dispersées dans les collections permanentes dans la maison d’Ary Scheffer remplies de souvenirs de l’Epoque Romantique : au rez de chaussée on traverse une salle Ary Scheffer avant d’arriver aux souvenirs de George Sand représentée sur divers portraits, une jolie sculpture, les bijoux de George Sand sont dans deux vitrines, on voit aussi des images de Nohant

George Sand peignait aussi : paysages d’aquarelles et dendrites (j’ignorais cette technique). Une salle est consacrée à Pauline Viardot et à sa soeur La Malibran avec divers portraits, une autre à Renan qui épousa la fille d’Ary Scheffer. Une autre illustre le Romantisme : scènes peintes d’Atala de Chateaubriand, de Walter Scott, de Shakespeare, Victor Hugo.…

Parmi ces œuvres fortes, et les très beaux meubles d’époque on a accroché les tableaux que Françoise Pétrovitch a peint exprès pour cette maison : le rose flashe sur les tentures dorées et les meubles patinés par le temps. La figure féminine qui fume est une évocation de George Sand, symétrique une évocation rose et androgyne de Maurice Sand pas en costume contemporain pas plus réussi que sa mère. 

j’ai eu grand plaisir à retrouver les objets authentiques des collections permanentes et comme il faisait très beau, nous avons terminé l’après midi dans le jardin attablées au salon de thé. Un vrai bonheur!