Marchand d’art à Paris et à New York, Durand-Ruel fut le soutien des impressionnistes et s’intéressa à leurs héritiers, Gustave Loiseau, Henry Moret, Maxime Maufra, Georges d’Espagnat, Albert André qui étaient liés avec lui par un contrat d’exclusivité.
Georges d’Espagnat : Crique au Lavandou (choisi pour l’affiche de l’exposition)
L’exposition à la Maison Caillebotte présente ces cinq peintres que j’ai le grand plaisir de découvrir. L‘exposition Vollard au Petit Palais est construite un peu dans le même esprit, réunissant autour de la personnalité d’un collectionneur et marchand d’art une pléiade de peintres. j’ai toujours beaucoup d’intérêt à admirer des Picasso, Chagall, Matisse… mais j’avais envie de découverte. Les Postimpressionnistesprésentés à Yerres sont peut-être de moindre envergure mais je n’en connaissais aucun et j’aime les nouveautés et les surprises.
Gustave Loiseau, Maxime Maufra et Henry Moret occupent le niveau haut. peinture héritière des Impressionnistes, le plus souvent des paysages mais surtout des marines. Ces trois peintres se connaissaient et se sont retrouvés à Pont-Aven où ils ont rencontré Gauguin
Gustave Loiseau : Les Roches Vertes
J’ai beaucoup aimé les couleurs des paysages bretons de Henry Moret
henry Moret : Goulphar, Belle-Île
ainsi que ses personnages ayant une certaine parenté avec les bretons et bretonnes de Gauguin
Henry Moret : les Moissonneurs
Toujours des sujets bretons avec Maxime Maufra
Maxime Maufra : la Récolte du Goémon
On descend un escalier pour découvrir une toute autre ambiance avec Georges D’Espagnat, on quitte la Bretagne, les paysages marins pour des portraits, des enfants
G d’Espagnat : la Gare de Banlieue
ainsi que des couleurs chatoyantes comme la Crique au Lavandou ou l’après midi d’automne
G d’Espagnat :Après midi d’automne
Aussi coloré et décoratif, le travail d’Albert André a su nous séduire
Albert André : la femme aux paonsAlbert André : la Tonnelle
Albert André : la Femme en Bleu
Je ne pouvais pas rater cette exposition féministe et très originale.
Le cartel présentant les œuvres précise que ces créations sont faites directement à partir de la vie quotidienne et des activités domestiques. La Sphère privée s’étend à la créativité et à la politique.
In the power of my hands – Tapisserie faite avec des nattes de cheveux artificiels
En effet ces plasticiennes utilisent les textiles, la terre, et même les tresses de faux cheveux des coiffures africaines . Mais j’ai aussi été bluffée par la modernité de ces œuvres qui utilisent largement la photographie et la vidéo.
« Mombathiseni de Bullieweze Siwani – il faut entendre les vagues des vidéostextileDyptique de Njideka akunyali Crosby
Les techniques utilisées sont souvent métissée, composites avec surimpression photographiques et très sophistiquées. l’artiste nigériane vit à Los Angeles,.
Ana Silva : broderies sur sac
Ana Silva, Angola, a brodé des femmes en fines broderies sur de la toile à sac servant à emballer des vêtements de seconde main arrivant en Afrique : dénonciation de la surconsommation de l’industrie de la mode.
D’autres œuvres dénoncent les violences faites aux femmes, ou l’impossibilité de représenter le sexe féminin.
Reinata Sadimba : Femme en train d’accoucher
j’ai beaucoup aimé la vidéo de Wura Natasha Ogunju(USA/Nigéria) dont est tirée l’affiche de l’exposition : Will I still carry water when I am a dead woman? Des femmes au visage masqué mais à la tenue courte, short ou robe courte trainent des bidons dorés qui les entravent. Elles défilent dans les rues d’une ville nigériane dans l’indifférence des passants.
Comme le titre en anglais l’indique, ces artistes viennent presque toutes de l’Afrique anglophone, Afrique du Sud, Nigéria, Zimbabwe sauf Angola. C’et une région de l’Afrique que je ne connais pas du tout et j’ai été très dépaysée.
Vollard, collectionneur, marchand d’art mais aussi éditeur, s’installa à Paris en 1890. Il achetait à un prix modique des ensembles d’œuvres de jeunes artistes d’avant-garde et les vendait dans l’Europe entière et en Amérique.
Portrait de Vollard par Cézanne
Vollard sut s’entourer et collaborer avec les plus grands : Renoir,Gauguin,Toulouse-Lautrec mais aussi les Nabis, Bonnard, Vuillard, Maurice Denis, Emile Bernard, Picasso, Marc Chagall….et j’en oublie…
Toulouse-Lautrec : l’Estampe originale
Cette exposition est l’occasion de découvrir des estampes . un mur est occupé par 22 estampes des « peintres graveurs » aussi divers que Fantin-Latour, Munch, ou moins connus comme Ker-Xavier Roussel (que j’ai bien aimé)
Baigneurs de Cezanne
Picasso fit 100 estampe de la « suite Vollard »
Picasso Minotaure
Il illustra aussi L’Histoire Naturelle de Buffon
Picasso : Histoire Naturelle de Buffon
Vollard était aussi éditeur de « Beaux Livres » c’est la partie de l’exposition qui m’a le plus intéressée. Le premier livre d’artiste, en 1900, fut Parallèlement de Verlaine illustré par Bonnard. On peut le « feuilleter » virtuellement sur un écran
Parallèlement de Verlaine illustré par Bonnard
la collaboration avec Bonnard s’est prolongée avec l’illustration des Pastorales de Longus Daphnis et Chloé ainsi que Dingo d’Octave Mirbeau.
Odilon Redon , la Tentation de Saint Antoine
Maurice Denis, L’Imitation de Jésus Christ
Ballade des pendus Villon
j’ai beaucoup aimé les illustrations d’Emile Bernardpour les Oeuvres de François Villon, L’Odysséeet Les Fleurs du Mal. Et bien sûr, Chagall pour els Ames mortes et les Fables de La Fontaine
Chagall Le meunier son fils et l’âne
Cette exposition n’est peut être pas spectaculaire, mais il y a tant à voir! Et surprise, en sortant j’ai découvert un orchestre baroque : clavecin, violon, flûte et deux chanteuses qui ont interprété Lully, Rameau J.J. Rousseau (et oui, il a composé un petit opéra) entrecoupés de chants populaires: Le Pont d’Avignon, Frère Jacques...et rond et rond petit patapon....
Exposition temporaire prolongée jusqu’au 26 Juillet 2021
Paul Signac – Opus 176 (1886)
Admirateur des impressionnistes et de Claude Monet, Paul Signac, autodidacte devient peintre et va avec Seuratutiliser une nouvelle technique pointillisteou de « division des tons » pour fonder un mouvement que le critique Fénéon qualifiera de Néo-impressionnisme.
signac paul
L’exposition LES HARMONIES COLOREES au Musée Jacquemart-André présente les œuvres de Signac mais aussi des artistes néo-impressionnistes comme Cross, Pissaro, Achille Laugé et Maximilien Luce, Van Rysselberghe
Achille Laugé : L’arbre en fleur
Tout d’abord, nous étudions les recherches de couleurs, la palette éclatante de Signac, les complémentarités des couleurs, l’utilisation de couleurs pures qui ne doivent pas se mélanger mais se rehausser, s’exalter. On parle parfois de pointillisme ; à y voir de plus près, ce ne sont pas des points (il y en a comme les points orange de l’Opus 176 qui rehaussent les barques bleues ou les arbres verts) mais il y a aussi ces virgules roses et bleues, éclairant la mer de Saint Briac
paul signac balises, Opus 210
parfois le peintre choisit de croiser les touches, parfois de jouer le mosaïste avec des touches carrées ou rectangulaires qui ressemblent à des tesselles. Cette exigence de couleurs pures suppose un travail préparatoire. Si la peinture sur le motif, comme les impressionnistes, est le début du tableau celui-ci sera accompli en studio. l’exposition présente donc de nombreuses études préparatoire, huiles en large touches très colorées et petits format, ou grands lavis à l’encre de Chine de la taille du tableau définitif en couleur.
Signac : Mont Saint Michel 1897
La visiteuse peut prendre son temps pour observer les détails de la technique qui varie selon le temps.
Après son séjour à Saint Tropez en 1892, Signac pratique l’aquarelle. Il peint un très bel éventail de Venise. Il utilise l’aquarelle pour peindre sur le motif, et réalise un reportage complet des ports de France, du port de guerre de Toulon, aux petits ports de pêches bretons, des ports de Saint Nazaire. le dessin est très soigné, la couleur n’est plus le sujet principal et parît accessoire.
paul Signac : Villefranche
et pour le plaisir : Cross
Cross
et bien sûr, comme toujours à Jacquemart-André une vidéo permet de d’approfondir la visite avec un commentaire éclairé.
Chagall, Modigliani, je les aime tant que je ne raterais pour aucun prix une exposition qui leur est consacrée. D’ailleurs, dans l’exposition du MAJH, je vais naturellement les admirer.
Zak : marionettistes
Cependant, ce sont les moins connus, ceux que je découvre dont j’ai envie de parler. Zak, que je ne connaissais pas du tout, Jules Pascin portraitiste et dessinateur
Jules Pascin : Alfred Flechtheim en toréador 1925
Kremègne, découvert au musée de Céret, dont l’œuvre est variée
Kremègne
Et les sculptures de Lipchitz et de Chana Orloff qui me touchent énormément.
Lipchitz : marin à la guitare
et cette maternité si tendre
Chana Orloff : maternité
Nombreuses découvertes et plaisir de retrouver des œuvres connues.
Toutefois, le propos est L’école de Paris qui aurait réuni pendant plusieurs décennies une foule d’artistes juifs, russes ou polonais, hongrois, tchèques, allemands, venant de toute l’Europe, fuyant le numérus clausus des universités russes, les pogromes, la pauvreté ou tout simplement attirés par la vie artistique de Montparnasse ou des ateliers parisiens.
Indenbaum : La Ruche
Ecole? c’est paradoxal parce qu’il n’y a pas eu une seule école, ni un style particulier, parce que chacun a trouvé son atelier :le Bateau lavoir, la Ruche, qui fut peinte à plusieurs reprises par Kremègne et Indenbaum, qui accueillit Soutine, Modigliani, Brancusi (la liste est si longue…).
Artistes Juifs ou Cosmopolites? Sûrement les deux, quand Paris était une fête!
Chagall : Apollinaire et Cendrars
Cependant ces artistes juifs, artistes reconnus et célèbres durent aussi subir l’antisémitisme de certaines élites. L’exposition met en évidence la renaissance d’une conscience juive avec la parution de revues juives de langue française.
Les mots de la fin sont ceux de Chagall : un long poème en Yiddisch et en Français « Pour les Artistes martyrs « (1950)
Exposition temporaire prolongée jusqu’au 25 juillet 2021
Nina Villers : Portrait de Madame Soustas laçant son chausson
Si on a oublié certaines d’entre elles, ce ne sont pas des artistes mineures. De leur temps elles étaient célèbres, parfois riches, des peintres reconnues. Elles ont investi les peintures de portrait, de genre, parfois d’histoire, de paysage. L’exposition leur rend honneur dans leur diversité et les fait sortir de l’oubli.
Elizabeth Vigée Lebrun : autoportrait 1800
Elizabeth Vigée Lebrunest sûrement la plus connue de nos jours. en 1783 époque elle est admise à l’Académie ainsi que Adélaïde Labille-Guiard.
Pour ma part je me suis surtout intéressée aux autoportraits afin de mieux les connaître. Elles se représentent au travail.
marie-Guillemine Benoist : autoportrait
l’enseignement de la peinture et des Beaux arts se faisait dans des ateliers réputés
l’atelier de Leon Coigniet : Catherine Caroline Cogniet-TheveninAutoportrait : Louise Duvidal
j’ai bien aimé cette petite fille.
L’enfant à la poupée : Anne Geneviève Greuze
je ne livre ici que mes tableaux préférés, il y en a beaucoup d’autres!
Après la lecture de l’Invention de la Natured‘Andréa Wulf, des Arpenteurs du monde deDaniel Kehlmann, Terre Prodigieuses Créatures de Tracy Chevalier visitercette exposition était une évidence. Pendant le confinement, je suis passée sur les quais de Seine devant le Musée d’Orsay fermé, avec une rage terrible à l’idée que la date de clôture approchait et que ces accrochages sans visiteurs étaient un véritable gâchis.
Les Origines du monde à Orsay, sûrement pas une coïncidence, on pense immédiatement au célèbre tableau (qui d’ailleurs figure en fin de l’exposition). L’Invention de la Nature est datée – selon le prologue – d’un « long XIXème siècle » allant de la Révolution à La Première Guerre mondiale, parfaitement à sa place à Orsay.
Le Paradis terrestre et la Création d’Eve
Prologue: les récits bibliques fondateurs de la Genèse et du Déluge sont illustrés par des tableaux plus anciens d‘Isaak van Osten : Le Paradis terrestre et la Création d’Eve et Breughel . Plus récent : Après le Délugede Philippo Pazzi(1864) où l’on voit les animaux quitter l’arche de Noé/ Egalement une très belle gravure repliée en accordéon représentant les différentes espèces.
Philippo Polizzi (1864) Après le Déluge. les animaux quittent l’Arche (détail)
2. Nommer les espèces : les Cabinets de Curiosités furent en vogue dès le 16ème siècle – « modèles en miniature de la Nature Universelle »ilsfurent la possession des aristocrates et préfigurèrent les collections naturalistes.
Anne Vallayer-Caster 1769 Panache de mer Lithophytes et mollusques
Collectionner, classer Linné (1707-1778); Buffon (1707 -1788)aspire à un inventaire mais délaisse les classements en recherchant « les causes naturelles ».
Cabinet de Curiosités : oiseaux exotiques
3. Immensité et diversité du monde
La nature comme spectacle : un diorama montre la tournée de Zarafa, la girafe de Nubie (1827)
Diorama : Zerafa la girafe nubienne
1741 Clara, rhinocéros, fit « Le Grand Tour « de l’Europe en 12 ans et fut célébrée en peinture ou sur différentes représentation comme cette horloge monumentale
Clara le rhinocéros
les animaux exotiques inspirèrent les artistes comme les lions de Delacroix
Détail de la Chasse aux lions de Delacroix
ou le tigre dévorant un gavial de Barye
Barye : Tigre dévorant un gavial
Dans les collections j’ai admiré ces cires botaniques de Louis-Marc-Antoine Robillard des fruits exotiques restés frais à travers les siècles!
Dattes, anones et calamondins de cire
Trois expéditions emblématiques : le Voyage en Australie (1800 -1804) de Nicolas Baudin; L’expédition de Humboldt et Bonpland(1799-1804) et Darwin sur le Beagle (1832 -1835)
Humboldt et Bonpland
Et c’est là que l’émotion arrive : dans une vitrine se trouve deux spécimens de feuilles(Cordia sebestene Cuba Oreopanax de l’herbier de Bonpland,
!coupe géologique par Humboldt et carnet de terrain de Bonpland
son carnet de terrain d’une très fine écriture au papier que je n’arrive pas à déchiffrer sous la vitre, une coupe géologique des Andes de Humboldt et une esquisse des principales hauteurs des deux continents dressée par Goethe! Les biographies de ces deux savants restent vivantes dans mon esprit, je n’aurais jamais rêvé m’approcher de si près des originaux. Je retrouve Humboldt plus loin dans la peinture de la serre tropicale de palmiers de Frédéric- Guillaume III construite sous les directives de l’explorateur.
Palmeraie de Guillaume III à l’Ile aux Paons
4. Antiquité de la Terre : fascination pour la géologie. Emotion encore devant l’édition ancienne des Principes de Géologie de Lyell et devant une coupe stratigraphique de Cuvier et Brongniart. la salle est ornée de tableaux à l’huile représentant des sujets géologiques dont l’éruption du Vésuve et un très étrange paysage de glaciers sur un lever de soleil avec un ours blanc qui se détache sur la crête
Au delà de l’Homme (1894) Briton Rivière
Essor aussi de la paléontologie et mode des dinosaures. Je trouve en cherchant bien le nom de Mary Anning, j’aurais aimé que l’exposition l’honore plus. Bien sûr en majesté un os de dinosaure, et un sujet sur la reconstitution de l‘iguanodon à Cristal Palace (1853) avec l’invitation à un dîner de gala dans le ventre de l’animal préhistorique. Projections de film sur le thème des dinosaures dont la jolie et ancienne animation (1914) de Gertie le Dinosaure
Reconstitution d’un paysage du Dorset
Quelques aquarelles illustrent le voyage du Beagle mais curieusement Darwin apparait dans un champ inattendu : la psychologie avec l’étude des émotions faciales des chiens et des enfants.
L‘Evolution et les arbres de la phylogénèse occupent un mur entier mais c’est le tableau de Kupka qui m’a le plus étonnée
Kupka : Anthropoïdes
J’ai oublié Les Trésors de la Mer
Argonaute, pieuvre
Et toute une série de dessins les plus fins et les plus décoratifs qui soient
pour arriver à la série des radiolaires et des méduses de Haeckel
Haeckel : radiolairesHaeckel : méduses
Non seulement Haeckelest un scientifique de premier plan mais il a inspiré les artistes de l’Art Nouveau : architecture, décoration….Une collection de vases de Gallé rend compte de cette influence
Gallé : vase avec coquillage et algues
La fin de l’exposition est moins axée sur les sciences et plus sur la création artistique avec les chimères et même avec Odilon Redon et Böcklin un glissement vers le fantastique.
Spectaculaires statues de basalte, délicates sculptures de jade, haches polies, et même ballon de caoutchouc pour des jeux de balle rituels.
Découverte d’une civilisation dont j’ignorais jusqu’au nom.
personnages de jade (environ 12 cm de haut)
Malheureusement, en vacances scolaires, il y avait foule, des familles avec des enfants, des provinciaux en vacances….J’ai un peu bâclé la visite, incapable de prendre des notes et de me concentrer. Je me contenterai de faire une galerie de photos.
J’ai quand même noté que les Olmèques formèrent la première grande civilisation du golfe du Mexique datée de 1700 à 400 avant JC avec San Lorenzo et La Venta et Tres Zapotes pour capitale. La terre humide a digéré tous les matériaux organiques, le bois, les ossements, il ne reste donc que la pierre (et les balles en caoutchouc) ainsi que les pyramides d’argile.
Le jade que j’avais découvert à San Jose Costa Rica fut aussi associé à des objets cérémoniels symbolisant fertilité, eau et éternité. Il était extrait au Guatemala.
Plus récentes que les Olmèques, la civilisation Huastèque a aussi laissé des statues magnifiques, très sophistiquées de pierre volcanique ou de céramique.
Les expositions du Musée des Impressionnismes de Giverny sont toujours très intéressantes. Ce musée moderne est aussi très agréable, très discret contre la colline dans l’écrin naturel d’un jardin contemporain aux couleurs automnales, créé en 1992 par le paysagiste Mark Rudkin. Jusqu’en 2006, le Musée des Impressionnismes était le « Musée Américain » créé par le mécène américain Daniel J Terra et administré au décès de ce dernier en 1996 par la Fondation Terra que se retira de la gestion au profit de la Région Normandie et d’autres instances françaises. Cette exposition de la Collection Terra est, en quelques sortes, un retour aux sources.
Bricher : TLeCity of St Paul sur le Mississipi
L’Atelier de la Nature fait allusion à la démarche des peintres américains, comme plus tard les Impressionnistes de sortir des ateliers pour aller peindre dehors sur le motif. Cette exposition retrace un demi-siècle de peinture américaineaccompagnée de magnifiques photographies, toujours sur le thème du paysage.
Bricher : Hudson River at West point
Hudson River School regroupe les peintres Sanford Robinson Gifford (1823-1886), Martin Johnson Heade(1819-1904) Alfred Thomson Bricher(1837-1908). La peinture est loin de l’impressionnisme mais elle donne une représentation précise de la Nature. Le Crépuscule au Mont Hunter de Gifford, peint quelques temps après la Guerre de Sécession magnifie le paysage américain, les arbres coupés dans la clairière témoigneraient de la conscience (déjà!) de l’emprise de l’homme sur la nature.
Crépuscule à Mont Hunter (détail de la Clairière)
Whistler : l’art pour l’art « la nature n’a pas toujours raison »
Whistler : Variations en Violet et en vert
La section suivante est presque entièrement consacrée à Whistler (1834 – 1903),peintre américain, certes, mais qui a beaucoup voyagé et qui fut plutôt basé à Londres où il a peint ces variations en Violet et en Vert, plutôt japonisantes par le format vertical et surtout par les kimonos des femmes du premier plan. Japonisante aussi sa signature, un papillon dans un cartouche qu’il a également appliqué sur le cadre. Ce tableau est mon préféré de toute l’exposition.
Whistler : Battersea (lithographie)
Ces lavis brumeux subtils subirent les critiques de Ruskin il s’en suivi un procès en diffamation (1878) qui ruina Whistler. Whistler partit à Venise où il fit une série de très belles gravures
Whistler à VeniseWhistler : La Plage à Marseille
Les Américains à Giverny : Paysages d’émotion
Twachtman : Route près de Honfleur
La section suivante de l’exposition est beaucoup plus proche de l’Impressionnisme que nous connaissons. Les américains sont venus à Barbizon et peignent des paysages de Normandie ou de Bretagne.
Metcalf : l’Epte
Sept puis dix peintres américains s’installèrent à Giverny et peignirent le paysage de colline
Breck, à l’école de Monet a peint une série de meules : « Etudes d’un jour d’automne n°1 à 12″ : où trois meules se trouvent sous un éclairage changeant selon l’heure. Son tableau de 1892 Brouillard et soleil matinaux peint de retour en Amérique fut un succès
Breck : Brouillard et soleil matinaux
Une salle montre des série de tableaux fleuris colorés et plaisants mais qui n’ont pas retenu mon attention.
Une femme Lilla Cabot Perry s’installa à Giverny à l’hôtel Baudy et au fil d’une vingtaine d’annes et fréquenta Monet. Avec son mari critique d’art elle joua un rôle important dans la diffusion de l’Impressionnisme aux Etats Unis.
Lilla Cabot Perry
Cette exposition, très complète se termine par des tableaux plus modernes avec Chase et Homer
HOmer : Nuit d’été
Quant à nous, nous avons imité les peintres en déjeunant à l’ancien hôtel Baudry : excellent repas, nous pouvons recommander l’omelette (très bien garnie) et la salade landaise et la promenade dans le parc à flanc de la colline
Albrecht Altdorfer (1480 – 1538)de Ratisbonne , proche des humanistes fut le chef de file du « style du Danube » selon la présentation de l’Exposition. L’exposition chronologique commence par les Jeunes années et le style en formation où les œuvres d’Altdorfer sont mises en regards avec les maîtres qui l’ont influencé : Dürer (1471 – 1528)de Nuremberg, Cranach (1472 – 1553) Mantegna (1431 – 1506) et d’autres italiens.
St François recevant les stigmates et St Jérôme en pénitent
Ces deux petits tableaux de style miniaturistes sont exposé à côté de deux gravures de Dürer et de Cranach dont la composition est très voisine. Si Altdorfer s’est peut être inspiré de Dürer celle de Cranach est postérieure. De même une Vierge aux longs cheveux d’Altdorfer est très proche de celle de Dürer.
Le rêve de Pâris
A côté des sujets religieux, ou inspirés de la mythologie, comme Vénus et Cupidon ou l’Allégorie nettement inspirée par les Quatre Muses de Mantegna et le Rêve de Pâris, Altdorfer aime représenter des couples d’amoureux
Couple d’amants dans un paysage
Chastes amoureux dans un champ de blé
couple d’amoureux dans un champ de blé
Quelquefois, il est plus grivois avec ces lansquenets lutinant des amoureux
Deux lansquenets et un couple d’amoureux
A propos de lansquenets cela me fait penser à la Farnesina!
Lansquenets avec des plumes sur le casque aussi dans le cortège de Maximilien, oeuvre géante de 139planches, frise de 80 m de long;
cortège de Maximilien
j’ai adoré ces gravures ou dessins, parfois rehaussés de gouache. On pourrait rester des heures à observer tous les détails. Heureusement que les visiteurs qui doivent réserver un créneau de visite, Covid oblige, ne sont pas nombreux. Il y a même des gravures minuscules comme cette histoire sainte
Passion du Christ
habile dessinateur et graveur, Altdorfer est aussi peintre
Crucifixion
Peintre aussi de batailles (on pense à Uccelo)
Bataille de Charlemagne contre les Avars aux abords de Ratisbonne
Comme j’aurais aimé voir le chef d’œuvre de la Bataille d’Issos que livra Alexandre contre Darius. Elle est restée à Munich mais une étude détaillée sur un grand écran nous la fait connaître.
Altdorfer et Dürer ont aussi peint et dessiné des paysages ce qui était une nouveauté. mon préféré est ce Val D’Arco de Dürer qu’on peut contempler aussi longtemps pour découvrir les détails du village sur l’épaulement.
Dürer : Val d’ArcoAltdorfer : paysage
La présence d’épicéas est récurrente dans les paysage d’Altdorfer
Altdorfer : paysage (avec épicéa)
Une bien belle découverte que ce Maître de l’école du Danube! et une belle exposition avec en prime, Dürer, Cranach, Mantegna…26