Depuis notre visite au Château de By j’attendais avec impatience cette exposition. Un billet d’un blog que je suis avec beaucoup d’intérêt m’avait un peu irritée : avec condescendance le blogueur comparait les peintures de Rosa Bonheur aux illustrations des anciens calendriers des Postes. J’étais donc pressée de voir les tableaux de Rosa Bonheur dont je n’avais vu que des photos ou des copie.
labourage
j’ai aimé l’attention que Rosa Bonheuraccordait aux animaux et au monde rural : charbonniers, laboureurs, bergers, marchands de bestiaux. le monde rural est décrit avec minutie et exactitude. Même si parfois les couleurs font un peu « chromos » (surtout dans les barques d’Ecosse).
Berger des Highlands
Le tableau qui l’a rendu célèbre en France, à Londres et en Amérique : le Marché aux chevaux exposé à New York n’a pas fait le voyage mais la copie londonienne si, toute une salle montre les différentes gravures, études pour ce chef d’œuvre
le marché aux chevaux
je ne vois aucune « miévrerie » dans la course musclée des percherons ni dans les attitudes des maquignons
course des chevaux sauvages fuyant l’incendie
Le tableau américain des chevaux sauvages est le contrepoint du précédent : impression de liberté de ces animaux sauvages.
Cerfs dans la brume
les cerfs de la forêt de Fontainebleau sont aussi peints dans toute leur majesté comme ces bisons menacés par les « blancs usurpateurs »
Bisons
La personnalité de Rosa Bonheur transcende son talent de peintre. Même si la peinture animalière n’est pas à la mode, sa figure de femme libre, défenseure des animaux, des Indiens, qui a adopté le pantalon quand les femmes n’y avaient pas droit, qui a vécu au grand jour avec une femme toute sa vie, en font une icone très moderne. En passant lire le petit livre de la collection féministe la petite ixe.
De Munch, je ne connaissais que le Cri célébrissime sinon la neige fraîche sur l’avenue vu à Marmottan en compagnie de Hodler et Monet (2016).
la neige fraîche sur l’avenue
Munch n’est pas le peintre d’un seul tableau, son œuvre est abondante et diverse. Diverse par ses thèmes : portraits, paysages, décors de théâtres, affiches, projets décoratifs de grands formats pour l’université de Kristiania. Diverse aussi par les techniques : il maîtrise la peinture et toutes sortes de gravures. Diverse aussi par les styles : influencé par l’impressionnisme, symboliste à la fin du XIXème siècle, puis expressionniste … Cependant l’impression qui domine est une inquiétude qui culmine avec le Cri et qui se dissipe rarement. Inquiétude et parfois morbidité sont récurrents.
Désespoir Humeur malade au coucher du soleil
Trois versions de Près du Lit de mort sont accrochées : 1895, 1915 une version monumentale expressionniste
Près du lit de mort 1915
orphelin de mère très jeune, il perd sa sœur à 14 ans. mais c’est la version gravée que je trouve la plus réussie
Ses portraits de femmes sont aussi inquiétants, dépeintes parfois en vampires. Les titres Angoisse, Jalousie sont aussi dans cette veine.
Le Vampire
Cette femmes aux cheveux roux semble l’inspirer. Est-ce la Nouvelle Eve dépeinte par les peintres de la fin du XIXème siècle, une Eve tentatrice ou Mélisande de Pelléas et Mélisande?
Le Baiser est aussi un de ses thèmes de prédilection. Baiser-fusion aux visages blafards qui se confondent. C’est aussi le sujet de ses gravures
Baiser gravure
J’ai beaucoup aimé les gravures, une vidéo (3 minutes) explique les techniques développées par Munch, gravure sur cuivre, eaux fortes, lithogravure, gravure sur bois avec une utilisation de « puzzle »quand il découpe une partie de la plaque de bois ce qui permet l’impression avec différentes couleurs. Il utilise aussi les veines du bois pour des effets intéressants.
la Madone
Heureusement la morosité n’est pas toujours de mise et certains tableaux sont colorés comme les jeunes filles sur le pont
jeunes filles sur le pont
Un mécène lui commande un décor pour une chambre d’enfant : le résultat ne semble pas approprié :
Danse sur la plage
Pour ses autoportraits, au choix Autoportrait après la Grippe Espagnole ou
Nuit blanche Autoportrait au tourment intérieur.
Quand il se peint avec son modèle, il n’est pas plus gai!
Heureusement, dans ses projets de fresques décoratives pour l’Université de Kristiania il propose des projets colorés et plus sereins
Eblouie! Impressionnée par les immenses diptyques, triptyques, polyptyques éclatants de couleurs qui explosent et emportent tout.
J’ai adoré ces jaunes chaleureux qui évoquent des tournesols
Je suis captivée comme au spectacle d’un feu d’artifice. Je m’arrête pour détailler les traces des coups de pinceaux, des coulures, des reliefs, parfois des grosses taches épaisses (j’aime moins).
Difficile de mettre des mots sur ces sensations violentes. D’ailleurs, Joan Mitchell ne donne que de très rares indices pour une analyse ou une description. Rares références de lieux ou de circonstances.
No birds
No Birds est une allusion àVan Gogh: même champ de blé mais pas de corbeaux comme dansLe Champ de blé aux corbeaux . Joan Mitchell est à Vetheuil non loin d’Auvers-sur-Oise.
.
J’ai beaucoup aimé les jaunes, mais Mitchell sait aussi varier les couleurs et les techniques : j’ai imaginé des prés, des champs dans ces à-plats rectangulaires, imaginé des fenêtres sans qu’aucune indication n’y fasse allusion.
Vétheuil
ici, dans cette salle où les toiles de Joan Mitchell dont confrontées à celles de Monet, le cartel précise qu’il s’agit bien de la vue de sa terrasse de Vétheuil. La mise en scène de cette confrontation est réjouissante!
Joan Mitchell et Monet : l’heure des bleus
Entre saule et nymphéas, les tableaux de Joan Mitchell s’insèrent parfaitement, se répondent. Accrocher un tableau face aux nymphéas pourrait être dangereux. Et bien non! Mitchell prend sa place en face du Maître de Giverny qui aurait pu être son voisin à cinquante ans près.
Monet : Pont Japonais
Le Pont Japonais frôle l’abstraction. Il figurait auprès des Peintres abstraits américains dans l’exposition à L’Orangerie en 2018 :Nymphéas : l’abstraction américaine et le dernier Monet .
Occasion aussi de découvrir un jardin de Monet que je n’avais jamais vu
Monet : Maison de l’artiste vue du jardin
ainsi que des hémérocalles, des agapanthes de toute beauté. Quelques fois j’ai des doutes, cet arbre est-ce Monet ou Mitchell?
Impressionnante, la série de la Grande Vallée ; dix immenses tableaux peints en 1983-1984
La Grande Vallée
J’ai volontairement photographié les visiteurs pour donner une idée de l’échelle.
la Grande Vallée
Une exposition réjouissante. Laissez-vous séduire par cette explosion de couleurs et de sensations!
Attention! Exposition très courue : réserver le créneau de visite à l’avance!
Le Palais Galliera est le Musée de la Mode, assurance de voir les robes et les bijoux de Frida Kahlo plus que ses œuvres (très peu de tableaux, plutôt des photographies de ses tableaux).
J’avais été impressionnée par l’Exposition à l‘Orangerie en 2013 et j’avais lu Diego et Frida, le livre de Le Clezio CLIC.
Récemment j’ai aussi lu Rien n’est noir de Claire Berest, biographie colorée CLIC
L’exposition Frida Kahlo au-delà des apparences apporte un autre regard se focalisant sur la personnalité de l’artiste plutôt que sur ses œuvres. Occasion, également, d’admirer de merveilleux portraits de son père d’abord qui était photographe et de photographes de renom comme Gisèle Freund,Man Ray , Murray et d’autres
Portrait de famille, Frida Kahlo est habillée en garçon
Frida Kahlo a joué avec son image et avec l‘apparence de genre, valorisant son côté masculin, ses sourcils épais et sa moustache qu’elle a parfois exagéré. C’est un aspect que je découvre ici.
La galerie des portrait la présente avec Diego Rivera, bien sûr, mais aussi avec d’autres artistes. Son exposition à Paris est l’occasion de fréquenter les surréalistes. Le rôle d’André Breton ne le présente pas à son avantage, plutôt un sale type misogyne, tandis que Duchamp l’a aidée.
Murray
L’exposition présente des objets de la Casa Azul qui se sont trouvés enfermés 50 ans après sa mort. Objets très intimes comme flacons de parfums, médicaments, trousse de couture….Ainsi que les robes mexicaines merveilleuses.
Ce sont précisément les tenues qu’elle portait sur les photos présentées ici.
Frida Kahlo a tiré de son handicap, une inspiration créatrice . Elle cachait sa jambe mutilée sous ses longues jupes mais elle en faisait état en le mettant en scène dans de nombreux tableaux figurant l’accident, sa colonne vertébrale et ses corsets, ses fausses-couches. Ses prothèses et corsets occupent une salle de l’exposition, certains sont peints, véritables œuvres d’art
Florence Arquin : Frida Kahlo en corset
Autre facette de la vie de Frida Kahlo : l’engagement politique. Bien que Trotski ait logé à la Casa Azul, elle s’est représentée peignant le portrait de Staline assurant de sa fidélité au communisme. On voit aussi sa critique des riches Etatsuniens : elle n’omet pas de représenter les files d’attente à la soupe populaire même si elle a beaucoup apprécié son séjour américain.
Costume traditionnel mexicain avec le Resplandor cérémonies religieuses. Eisenstein dans son film Que viva Mexico! a filmé ces coiffesREsplandor Haute Couture
Enfin, l’influence de Frida Kahlo sur la Haute Coutureest importante : Jean -Paul Gaultier a dessiné des hauts s’inspirant des corsets orthopédiques de Frida Kahlo. Karl Lagerfeld a fait défiler Claudia Schiffer maquillée avec l’uni-sourcil de la peintre. couleurs et broderies des robes mexicaines se retrouvent sur les modèles de Haute Couture, sans parler de la collerette traditionnelle mexicaine.
C’est ainsi que s’ouvre cette exposition sous-titrée « Un fauve à Vienne » qu’on associe volontiers aux acteurs de la Sécession viennoise (Klimt et Schiele) mais aussi aux expressionnistes par la crudité du dessin, l’expression des portraits où les mains et le regard intense traduisent le caractère du sujet
Le joueur de Transe
Oskar Kokoschka excelle dans les portraits et l’exposition du MAM les a mis en valeur en choisissant un petit nombre et en accrochant sur un mur blanc ou noir. Il a aussi peint des paysages et comme ses contemporains a illustré des livres, fait des séries de gravure. Deux peintures aux sujets religieux m’ont étonné comme le Saint suaire et Véronique ou une étrange Annonciation.
Véronique et le suaire
Original ce dessus de cheminée, image de mariage dans le style de la Renaissance
Hans et Erica Tieze portrait de mariage à la mode Renaissance
Ses portraits sont très intéressants
Carl Moll
Si les portraits dominent, l’œuvre viennoise est variée comme les séries de gravures et dessins très fins des cycles graphiques , ses collaborations avec la Presse Der Sturm d’Adolf Loos, ses illustrations et affiches, les éventails offerts à Alma Mahler avec qui il a entretenu une relation amoureuse et fait des voyages.
Träumenden Knaben (illustration)
Engagé militaire dans la Grande Guerre, il fut deux fois blessé. On le voit en photo avec son camarade le peintre hongrois Rippl Ronaï. Il a également fait des pastels et des dessins de guerre.
les années de Dresde (1916-1923)
Blessé, réformé il fait une dépression et il est soigné dans un centre de convalescence près de Dresde.
Autoportrait au chevalet
Sa peinture devient plus colorée, moins empâtée avec plus d’à-plat
Diptyque Hans Mordersteig et Carl Georg
Voyages et séjour à Paris
Dans cette section sont accrochés des paysages colorés de Marseille, Annecy. Il voyage en Afrique du Nord : beau portrait Le Marabout de Temocine. Il exécute aussi des séries d’animaux : chevreuil, lion, tortues géantes ou Poissons sur une plage de Djerba
Poissons sur une plage de Djerba
Résistance à Prague
mais sa peinture n’est pas appréciée, 5 de ses tableaux sont décrochés du Musée de Dresde et il s’exile à Prague. Sa peinture figurera dans une exposition nazie d’Art Dégénéré.En 1937 il se représente lui-même en artiste dégénéré dans une attitude en même temps de tristesse et de défi
Autoportrait en Artiste Dégénéré (1937)
Exil en Angleterre (1938-1946)
Les peintures que je retenues sont des allégories politiques comme L’Anschluss
Anschluss: Alice au pays des merveilles
ou le Crabe
le Crabe
Sur une plage britannique le crabe monstrueux cache une scène de noyade
L’oeuf rouge
tandis que dans l’oeuf rouge les accords de Munich sont mis en scène avec ma figure colossale de Mussolini, Hitler grimaçant, la France, un chat indolent et la Grande Bretagne détourne le regard.
un artiste européen (1946-1980)
Autoportrait 1969
Il s’établit en Suisse et reprendra sa nationalité autrichienne en 1975. Il continue à peindre et dessiner (suite lithographique de pan sur un thème de Hamsun
Cette très belle rétrospective m’a fait découvrir un peintre dont je ne connaissais que ses oeuvres viennoises de jeunesse.
J’avais découvert Garousteau Musée de laNature et de la Chassedans une présentation du tableau Diane et Actéonqui m’avait bien intéressée CLIC
Pinocchio
Je ne connaissais pas la vaste production du peintre et cette rétrospective au Centre Pompidou a été une surprise. : elle retrace son œuvre sur une quarantaine d’années et se répartit sur plus de 18 salles (+ la chronologie). Il faut prévoir une bonne après-midi et peut-être, comme moi, vous fatiguerez avant la fin ; ce qui est dommage parce que les œuvres les plus récentes sont passionnantes.
EN CHEMIN LE PASSEUR S’INVITE DANS LES SALLES OBSCURES DU PALACE
Garouste, avant d’être un peintre reconnu à part entière se consacra à la décoration et au décor de théâtre. Il construisit une installation La Règle du Jeu avec des objets, des piquets figurant des personnages, un masque, des énigmes. Une série de tableaux ayant aussi pour titre La Règle du Jeu représente une comédie policière, dispersant les énigmes comme au Cluedo. J’ai passé un peu trop de temps à chercher les indices…
Adhara
Après les décors on en arrive avec de très grands formats à des peintures impressionnantes: dans une atmosphère sombre, deux personnages, l’un d’eux, yeux bandés l’autre accompagné d’un chien, semblent dédoublés : sont-ils Le Classique et l’Indien, figures récurrentes à cette époque? D’autres tableaux sombres, gris ou bruns ont des titres lourds de significations, Constellations, Orthros et le Classique.
Orthros et le classique
Orthros est le chien bicéphale, psychopompe, dit le cartel je remarque une grande maîtrise dans le dessin. En même temps je cherche à mobiliser les souvenirs de la mythologie grecque, sans succès. Un autre tableau s’appelle Orion, encore une constellation, encore de la mythologie. Colomba, encoreune constellation mais aussi des allusions littéraires à Prosper Mérimée, et à Henry James avec l’Image dans le le Tapis.
Garouste nourrit sa peinture de clins d’oeil, un Déjeuner sur l’herbe est composé de deux femmes habillées et d’un homme nu. Dans la Chambre rouge, encore une inversion aux codes habituels : l’homme git sur le lit alangui tandis que la femme est debout.
La chambre Rouge
Personnages à l’antique (lutteurs) et nature morte géante avec un énorme vase bleu qui revient à plusieurs reprises dans la série de tableaux. La couleur violente fait apparition dans les années 1985. Le Commandeur, sa statue renversée sont aussi des sujets de la série. La salle suivante nous plonge dans l‘Enfer de Danteavec des allusions à Delacroix avec le bateau qui conduit Dante et Virgile
Dante
Inspirée de Rabelais, La Dive Bacbuc, une curieuse installation cylindrique, peinte aussi bien dehors qu’à l’intérieur, visible par des œilletons.
Don Quichotte et les livres brûlés
Cervantès aussi : un portrait de Quichotte avec la figure de J. M. Ribes
Le théâtre de Don Quichotte
On voit maintenant les ânesqui vont peupler nombreux tableaux. Ânes bibliques ou non
Balaam 2005L’ânesse et la Figue
l »âne et les ânesses figurent dans nombreux tableaux y compris dans Le Pont de Varsovie et les ânesses
le Pont de Varsovie et les ânesses 2017
Comme j’ai beaucoup de sympathie pour les ânes je les ai photographiés!
A partir de 1990 Garouste s’intéresse à l’hébreu, aux épisodes bibliques mais aussi au Talmud et au Midrach. Il Illustre la Haggadah de Pessah et la Meguilat Esther.
Meguilat Esther
Une grande trilogie prend pour sujet Pourim : les masques m’avaient fait penser à Venise avant que je ne lise le titre,
Pourim
Nombreux tableaux sur des thèmes juifs, aussi bien bibliques que plus modernes comme les portraits de Kafkaque de rabbins. Celui qui m’a touchée c’est la sculpture de Jonas : une arche avec une voile sur des vagues qui contient dans un tiroir secret 4 chapitres du livre de Jonas pliés en leporello (livre accordéon) en hébreu, français, phénicien, yiddisch, latin, allemand.
Jonas
A vrai dire, je suis arrivée fatiguée et saturée dans ces dernières salles aux thèmes juifs qui sont très intéressantes et j’ai regretté de ne plus être assez concentrée pour m’y consacrer plus sérieusement.
D’abord l’écrin : toutes les glaces et les dorures de cet Hôtel de la Marine restauré.
Collection Al Thani
Comme un coffre-fort secret, comme la grotte d’Ali Baba, « sésame ouvre-toi!« , le trésor s’ouvre sur mon passage, d’abord quasi obscurité, dans la salle noire brillent des centaines de petites étoiles, fleurettes dorées suspendues en guirlandes légères et brillantes. Des vitrines éclairées sur des socles noirs, très sobres contiennent les plus beaux chefs d’œuvres façonnés, pour certains dans la nuit des temps, de toutes provenances.
Contemplatrice d’étoiles – Anatolie (3300-2500 av JC)
Ma préférée est la Contemplatrice d’étoiles de marbre blanc qui ressemble aux idoles cycladiques. Son nom vient de l’étrange posture de la tête horizontale vers le ciel alors que sa silhouette suggère la fertilité. Beauté absolue, vieille de 5000 ans.
Ours affectueux Chine han (206 av .JC -25 apr. JC)
Le petit ours doré qui se gratte derrière l’oreille faisait partie d’un groupe de quatre poids pour tenir un tapis. Il est craquant.
J’ai aussi admiré le Rhyton cerf(ci-dessus) la tête rouge en forme de masque de la Reine Hatshepsout. Dans cette pièce on voit aussi un masque mexicain incrusté de jade (200-600 apr. JC) qui voisine avec la coupe de vin de Jahangir (1607-168) finement ciselée de plusieurs calligraphies persanes.
tête de sumérien en quartzite
La galerie des têtes va de la Sumer antique à l’Egypte avec une princesse amarnienne, Sérapis et le Nigéria,
africain Nigéria
en passant par un masque du Guatemala, ou un dieu hindou d’Asie Centrale.
Buste d’Hadrien
Le buste d’Hadrien qui a appartenu à Frédéric II de Hohenstaufen est-il une sculpture romaine restaurée au XIII ème siècle, une lettre retrouvée attesterait l’antiquité de la tête de cornaline alors que l’armure d’apparat serait médiévale? la série se termine par deux têtes africaines de toute beauté.
gabon
la collection Al Thani se poursuit par une galerie des trésors d’une richesse inestimable : or, argent, vaisselle, bijoux des trésors macédoniens de Pella, d’Asie Centrale et Iran avec en ensemble de vaisselle sassanide, ou du Tibet
Service incrusté de turquoises (tibet)
ou de jade Olmèque.
Exposition temporaire Gulbenkian
Lalique
Dans le cadre de l’année France-Portugal, une partie des collections du Musée Gulbenkian est présentée ici rassemblant aussi bien des objets rares, des manuscrits anciens, ou des reliures précieuses du XXème siècle, des textiles ottomans ou japonais, de la vaisselle islamique; des porcelaines chinoises et des tableaux de Dürer, Watteau ou Guardi.
Plat chinois
Tous ces objets sont exceptionnels et rivalisent de finesse. mais l’accumulation de l’éclectisme nuit à la visite. Il faut beaucoup de concentration pour admirer chaque œuvre individuellement et je ne comprends pas toujours pourquoi le plat émaillé voisine avec la tunique du pharaon.
Toutes ces richesses m’étourdissent un peu.
Ces collectionneurs richissimes : Gulbenkian, magnat du pétrole et Al Thani de la famille régnante du Qatar font partager au public leurs collections. C’est magnifique mais il manque un peu de cohérence, de pédagogie surtout pour l’échantillonnage de Gulbenkian. La présentation de la collection Al Thani est au contraire scénographiée selon une intention affichée : montrer l’universalisme de la beauté et l’ouverture d’esprit qatarie. Le conservateur, dans une vidéo promet des nouvelles présentations avec des objets en réserve, le public aura des surprises. Et de toutes les façons je reviendrai visiter les appartements Louis XV!
Sally Gabori peint son île, l’île de Bentick, au nord de l’Australie. Aborigène de la tribu kaiadilt, elle a quitté son île natale pour vivre sur l’île Mornington où est établie une mission presbytérienne. 1945 – 1947, Diverses catastrophes naturelles dont un ras de marée chasse les Kaiadilt. Ils ne peuvent y retourner que 50 ans plus tard et ce n’est qu’en 2004 que les droits territoriaux des aborigènes sont reconnus.
Sally Gabori Nyinyilky
En 2005, âgée de 80 ans, Sally Gabori peint pour la première fois. D’autres femmes kaiadilt se lancent également dans la peinture et réalisent avec elle des peintures collectives très colorées que j’ai beaucoup aimé
Sally Gabori & al : Sweers Island
Il faut imaginer la taille : plus de 6m de long de ces peintures éclatantes de couleurs. Abstraction ou figuration? Les titres sont des lieux de l’île. La médiatrice parle de peinture cartographique, topographique. Sally Gabori nous emmène dans un voyage enchanté où elle figure un lagon, une source, une rivière. Il faut se laisser emporter dans ces lieux, imaginer les murets de pierre, pièges à poisson, les mangroves et se laisser conter la légende fondatrice de la Morue de roche, le Dibirdibi qui a creusé la terre avec ses nageoires et dont le foie s’est transformé en source d’au douce….
Dibirdibi country
Pour mieux imaginer l’échelle j’ai photographié un personnage
L’exposition Modernités portugaises présentée à la Maison Caillebotte de Yerres s‘inscrit dans le mouvement lancé par Pessoa : Orpheuavec la création du modernisme portugais influencé par le cubisme et le futurisme inspirant Amadeo de Souza-Cardoso que j’avais découvert dans une belle rétrospectiveau Grand Palais .
Amadeo de Souza-Cardoso : le prince et la meute
Cette nouvelle exposition me permet de découvrir d’autres peintres portugais dans la même mouvance
Jose de Almada Negreiros : autoportrait en groupe(1925)Eduardo Viana : La Révolte des Poupées(1916)
les relations entre les artistes portugais et la peinture de Paris sont étroites : le couple Delaunay séjourne dans le Minho. Dans la continuité de l’orphisme, de nombreuses correspondances se font entre les artistes : dans la salle j’ai du mal à identifier les différents peintres
Amadeo de Souza-Cardoso : chanson populaire russe
j’aurais facilement attribué à Sonia Delaunay cette chanson populaire russe
Beaucoup plus cosmopolite qu’on ne l’imaginerait, le Portugal accueille le couple moderniste formé par Arpad Szenes et Vieira da Silva
Arpad Szenes : conversation
Ces artistes qui s’exilent pendant la seconde guerre mondiale au Brésil (Arpad Szenes est juif). leur production est extrêmement diverse aussi bien pour les thèmes que les techniques. J’ai bien aimé les tableaux de Vieira da Silva utilisant de petites touches comme des tesselles de mosaïques
Vieira da Silva : Carnaval de Rio
Une dernière salle est consacrée au surréalisme avec Cesariny
Je ne connaissais pas du tout Eugène Leroy j’avais juste vu les affiches dans le métro et je n’étais pas convaincue. C’est l’article dans le blog des Lunettes rouges qui a attiré mon attention. Et j’ai passé une matinée, fascinée.
L’exposition est thématique, des œuvres d’époques différentes se côtoient, certaines portent une date, certaines deux, le tableau a été revisité peut être vingt ans plus tard.
Leroy Valentine
Même modèle. Evolution dans le tableau qui a subi des empâtements
Leroy Valentine
Face aux portraits de Valentine ceux de Marina. Le modèle disparait sous les couches de peinture. Une femme blafarde émerge
Une démarche analogue s’applique à la section suivanteAprès les Maîtres
Leroy 1943 : La Parabole des Aveugles
Si les tableaux présentés ici sont loin de l’académisme, Leroy connaît les peintres, s’en inspire, les revisite. En 1943 sa peinture est ici très figurative. il ne copie pas le tableau de Breughel, on voit encore les personnages.
Leroy : La Ronde de Nuit d’après Rembrandt
On ressent une parenté dans l’éclairage, l’atmosphère. Il faut prendre du recul Giorgione est aussi revisité dans le Concert Champêtre – thème qui occupe toute une section .
Leroy Le concert Champêtre
le Concert Champêtre a tant de relief que je m’approche, essaie de l’aborder de profil par la tranche comme une sculpture.
Nus
Leroy : Les Trois Grâces
Avec les Trois Grâces toute une série de nus, debout, couchés, assis « bleus », « jaune »
Leroy Nu bleu
D’une sorte de magma de couleurs émerge une figure blafarde. Je m’assois sur le banc pour les voir surgir avec plus de netteté. Ces silhouettes informes au premier regard semblent venir vers moi.
Portraits
Leroy : autoportrait
Une grande salle est remplie de têtes, autoportraits : tableaux très sombres qu’il faut apprivoiser. Ils sont très expressifs. Un regard ébahi, halluciné sort de l’ombre, le haut du visage caché.
Fleurs, arbres, paysages
Les fleurs sont très colorées. Un rouge vif jaillit du tableau. J’ai proféré les arbres et les troncs.
Crucifixions
Leroy Crucifixion
Peintes autour des années 50, elles sont plus figuratives et moins épaisses.
Après toutes ces séries sombres la suite de l’exposition se trouve dans de grandes salles blanches avec un éclairage zénithal. De nombreux petits paysages , ciels et marines sont alignés. Les paysages sont frais et lumineux. On ne croirait pas qu’ils sont l’œuvre du même artiste. Tous sont datés des années 50 ou 60.
L’exposition se poursuit dans ces salles très claires mais déclinent encore de grands tableaux très épais, empâtés, encroutés avec beaucoup de brun et de noir. Retour à Giorgione et à Vénus. j’ai choisi la Vénus jaune
Venus jaune 1992
C’est une exposition surprenante. Il faut du temps et de la disponibilité pour se laisser attirer par cette peinture difficilement lisible, peu aimable. Elle incite à la méditation : Il faut laisse le sujet venir au spectateur.