Une exposition très riche aux œuvres très variées et aux thèmes passionnants. Pas très facile cependant : de nombreux artistes ne sont pas connus du « grand public« , plasticiens, écrivains, musiciens et cinéastes se croisent, font parcours ensemble.
Baldwin par Beaufort Delaney
Pour les écrivains c’est plus facile : deux grandes figures Baldwin et Edouard Glissant. Ce dernier sert d’axe central autour duquel tournent les différentes sections aussi bien, le Retour vers l’Afrique avec Césaire, Senghor et le concept de négritude, nous conduisant à la section Paris-Dakar-Lagos et, toujours en partant de Glissant on parvient à la Caraïbe, à la mémoire de l’esclavage, Antillesfrançaises, Cuba.
Umbral : Wilfredo Lam (Cuba)
On peut aussi choisir un parcours musical : de nombreuses œuvres ont pour sujet la musique et les musiciens. Jazzmen américains mais africains aussi
Cotton club
Entre Cotton Club et Saint Germain des prés, Amstrong, Duke Ellington, mais aussi Auric…j’ai aussi bien aimé les musiciens béninois de Paul Ahyi
Paul Ahyi : Les Musiciens
Une autre piste serait celle des luttes anticoloniales et révolutionnaires
josé Legrand : sans titre 1975
le grand diptyque de José Legrand, un peu dans le style d’Ernest Pignon-Ernest commémore les massacres de mai 1967 en Guadeloupe, évènement peu connu en métropole que j’ai découvert récemment en passant à Pointe-à Pitre .
Georges Corran : Délire de Guerre et paix
Et pourquoi pas, laisser de côté tout concept intellectuel et ne pas se laisser séduire par la beauté picturale de tableaux colorés, de matières variées, de tableaux, tapisseries ou sculptures
Victoire Ravelonanosy Repiquage du Riz à Madagascar
Découvrir des plasticiens originaux, des personnalités marquantes comme Delanney, Sekoto Wilfredo Lam, José Castillo..
Gotène- Congo : Femme perdue au cimetière
Impossible pour moi de donner une version totale de la visite tant elle a été surprenante.
Guo Pei – 5 robes brodées de fil d’or 15 personnes et 5 années de travail
De soie et d’or, costumes d’apparat, de pouvoir, de noces, ou d’Eglise, d’Orient en Occident, fils d’or, brocarts, lamés ont voyagé et l’exposition du Quai Branly emmène le visiteur pour un voyage éblouissant.
maroc
Mais attention, prévoir du temps, l’exposition est très riche, riche de l’or, bien sûr, mais riche en thématiques, le fil d’or et les techniques du travail de l’or, et les brodeuses au travail. Un parcours chronologique au fil du temps, de la Préhistoire à l’invention du lurex qui imite le fil métallique.
Tunisie : Robes de noces
Un voyage d’Ouest en Est, du Maghreb au Pays du Soleil Levant.
Arabie Saoudite
Comme le fil d’or a souvent été mêlé au fil de soie, des digressions à Madagascar où on a essayé de filer la soie des araignées, et au Cambodge avec les petits cocons de soie jaune.
Non, ce n’est pas de l’or, mais des cocons de soie jaune cambodgienne
Et comme s’il fallait encore en rajouter, les mannequins habillées des robes prestigieuses de Guo Pei ponctuent le parcours.
Guo Pei : Manteau traîne de l’Himalaya – 25 personnes y ont travaillé
Les techniques de broderieset tissages sont tellement variées qu’il est impossible de les résumer. Des pépites battues pour obtenir des bractées (feuilles d’or) dès la préhistoire, aux lamelles d’or collées à de la baudruche et découpées en rondelles, au fil tréfilé, puis enroulé … j’ai été fascinée par la vidéo montrant 6 femmes nouant dans leur doigts le fil que la maîtresse aplatissait en un galon précieux.
Broderie chinoise
Combien de points variés dans cette broderie chinoise?
Nanterre : Laurent Kronental « les yeux es Tours »
Banlieues chéries tente de donner une image positive de la « Banlieue«
pour commencer, définissons ce concept de banlieue : historiquement « à une lieue du ban » , un espace mis sous la protection de la ville »
Chronologiquement, Banlieues douces-amères, commence du temps de Zola qui décrit la Banlieue comme une campagne où les Parisiens viennent s’amuser dans les guinguettes, canoter sur la Seine. Ces banlieues douces sont illustrées par deux tableaux de Monet et un de Jongkind à Argenteuil. En vis-à-vis un film Le Croissant de Feu (2021) de Rayane Mcirdi ICIfilmé à Asnières dans le quartier des Mourinoux à l’occasion de la destruction de la barre d’immeuble Les Gentianes.
Atget
Entre la campagne et les rénovations urbaines, un siècle et demi d’histoire : La Zone : bande inconstructible, zone de tir à canon, devant les fortifications, est occupée par des « zoniards » ou des « zoniers » vivant dans la précarité aux portes de Paris. Cette Zone fut immortalisé par les photographies d’Atget (1913 1927), de Chifflot. Puis l’habitat précaire s’est étendu en immenses bidonvillescomme celui de Nanterre dans les années 1960 clichés de Pottier et Monique Hervo
Bidonville de Nanterre
De nombreuses photographies en Noir et Blanc présentent aussi les habitants dans une salle s’intitulant De l’intime à l’Esprit de Quartier
Des familles posent :devant l’objectif de Patrick Zachmann camerounais, russes ou ukrainiens, grecs ou vietnamiens. En face de cette exposition de photos de famille, des intérieurs souvent coquets sont reconstitués avec des meubles vernis, de douillettes chambres à coucher…
Banlieues engagées
les banlieues rouges des les années 20, des pavillons se construisent sans conforts, et les communistes prirent la défense des « mal lotis ». De ces années 1924 -1925 , l’exposition présente les croquis de Le Corbusier, de quartiers de maisons individuelles toutes identiques modulaires .
maquette de Nanterre
Les maquettes m’ont beaucoup intéressée, j’aurais même aimé en voir plus! La Cité de la Soie à Vaulx-en-Velin et surtout les maquettes de Nanterre. Ces tours-nuages ou Tours Aillaud ont également inspiréLaurent Kronental
Jurg Kreienbühl : Cimetière de Nanterre
Au chapitre, Les luttes en héritage une chronologie des luttes sociales est illustrée par des affiches
Police personne ne bouge
1979, grève au foyer Sonacotra de Garges les Gonesse
année 80 : âge d’or du rock
1983 marche contre le racisme
1990 : le rap rythme les émeutes urbaines
2000 émeutes de Clichy Montfermeil (Zyed et Bouna)
Les plasticiens de banlieue colorent leurs images. Ils s’approprient la ville et se représentent . Je retrouve des artistes que j’ai rencontré par ailleurs Mohamed Bourouissa (photos) et les broderies de Cindy Bannani qui ont pour thème la Marche de l’égalité de 1983 également présentées au Palais de Tokyo, ici elle sont installée sur la trame de keffieh .
Cindy Bannani
l’Exposition part aussi dans l’analyse des déplacements (RER B) et de la rénovation urbaine.
Beaucoup de thèmes sont abordés. Beaucoup d’œuvres intéressantes, surtout les photos. Cependant la scénographie est plutôt confuse, je peine dans l’accumulation. J’aurais préféré moins d’informations mais plus d’œuvres marquantes. Peut être la plage de temps aurait dû être réduite, ou peut être aurait-on plutôt du choisir un thème moins vaste?
A la sortie de l’Exposition Artémisia Héroïne de l’Art à Jacquemart André j’ai téléchargé cette biographie, j’ai découvert à l’ouverture du fichier qu’il s’agissait d’un pavé (660 p. en édition de poche) et qu’un cahier d’illustrations très complet était fourni -cela aurait été mieux sur papier.
Gros livre, très dense qui s’ouvre comme une galerie de tableaux, une succession de scènes théâtrales très baroques, très spectaculaires avec les funérailles d’Orazio Gentileschi, le père, à Londres, l’exécution de Béatrice Cenci(souvenir de Stendhal) et les funérailles de Prudenzia, la mère d’Artémisia. Un peu grandiloquent, peut-être? Je pense aux Judith, Cléopâtres, ou Suzanne. Artémisia ne fait pas dans la légèreté!
De tout temps, l’art a servi de signe extérieur de richesse. Mais, entre les mains des mécènes du XVIIe siècle, les peintres et les sculpteurs sont devenus monnaie d’échange, instruments de propagande, armes de chantage. [… tel génie qu’a réussi à s’attacher l’un] ou l’autre des potentats. Bref, en cette année 1639, l’art est devenu la pierre angulaire du pouvoir ; et l’artiste, son outil. […] la possibilité de s’immiscer dans toutes les cabales d’une cour étrangère ? Rubens, Vélasquez – émissaires, ils l’ont été tous deux. Comme le fut Orazio Gentileschi.
Rome, à l’aube du XVIIème siècle concentre de nombreux artistes qui terminent les décors de Saint-Pierre, décorent les palais prestigieux des Borghèse, Le Caravage obtient la commande de Saint-Louis-des-Français, Le Cavalier d’Arpin, Saint-Jean-de Latran. L’émulation, la concurrence, la jalousie n’adoucissent pas les mœurs. Artémisia grandit dans l’atelier de son père Orazio Genteleschi, peintre reconnu. Elle va broyer les couleurs, tendre les toiles, et apprendre tous ses secrets. Et la lectrice découvre la « cuisine « des pigments et des teintes. Comment peindre à fresque en ne disposant que de sept heures pour accomplir le travail de la journée.. Et ce n’est pas l’aspect le moins intéressant de ce livre.
Épées, poisons, poignards. Amazones, pécheresses, séductrices, Marie-Madeleine, Galatée, Esther et Bethsabée, toutes se débattent entre l’amour, la mort et la liberté. Toutes s’affranchissent. Toutes triomphent.
Histoire de viols, Meetoo à Rome, Beatrice Cenci, parricide, violée par son père. Prudenzia, la mère d’Artemisia peut-être abusée par Cosimo Quorli. Artemisia violée par Agostino Tassi, l’ami de son père, qui était chargé de lui apprendre la perspective et le dessin. Tassi bon peintre était un personnage peu recommandable. Il avait promis le mariage à Artémisia alors qu’il était déjà marié. Orazio le traîne en justice. Procès retentissant que l’écrivaine étudie en détail.
Tu ne peux pas tout avoir, lui avait crié Orazio, tu ne peux pas avoir l’amour de ton époux et la perfection de ton art!…Non, tu ne peux pas tout avoir : le bonheur ici-bas et l’immortalité
Déshonorée par le viol, Artemisia doit se marier à un peintre florentin de peu d’envergure. Elle quitte Rome et son père pour Florence où elle remporte un grand succès. A la cour de Cosme II de Médicis, il règne une vie intellectuelle intense et raffinée. Artémisia, arrivée illettrée apprend la musique, la poésie, expose au Palais Pitti décroche des commandes officielles.
Minerve
Artemisia voyage, s’installe un temps à Venise, puis à Naples métropole presque aussi peuplée que Paris, sous la domination espagnole. La vie artistique y est aussi très violente. Les échafaudages des peintres étrangers s’effondraient, les couleurs de leurs fresques s’effaçaient . Trois artistes faisaient régner la terreur, à leur tête Juseppe de Ribera (dont j’ai vu l’exposition l’hiver dernier au Petit Palais ICI
Pendant ce temps, Orazio Gentileschi est à Londres. A ma grande surprise, je découvre que les peintres jouaient un rôle politique inédit : celui d’espion. Le peintre avait l’oreille des souverains quand ils peignaient leurs portraits. Ils apprenaient des secrets d’état en ce temps de Guerre des Trente ans. je croise Buckingham et Mazarin (souvenirs d’Alexandre Dumas) .
Difficile d’énumérer tous les sujets abordés dans ce gros livre.
La relation père-fille, transmission mais aussi rivalité, occupe une bonne partie de l’histoire. Qui est le meilleur peintre, le père ou sa fille?
Les histoires d’amour d’Artémisia qui était de caractère passionné….
Roman historique ou livre d’Histoire? Dans le dernier quart du bouquin, Alexandra Lapierre fournit une abondante bibliographie. Surtout elle raconte ses cinq années de recherches pour aboutir à la rédaction du livre. Elle cite en Italien et même en latin les archives. Pour illustrer les rapports entre les artistes elle cite les libelles injurieux et va même jusqu’à établir une liste des insultes et gestes grossiers en cours au début du XVII ème siècle. Ambiance! Très instructif.
J’ai donc fait la connaissance d’une artiste exceptionnelle, mais aussi une plongée dans le monde artistique italien (mais pas que) de l’époque.
Artemisia Gentileschi : Autoportrait en joueuse de luth
Artemisia Gentileschi (1593 -1653)
Née à Rome, fille d’un peintre reconnu Orazio Gentileschi, elle apprend la peinture dans l’atelier de son père. Dès l’âge de 16 ans, elle signe sa première œuvre majeure Suzanne et les vieillards présentée dans l’exposition de Jacquemart André, mais interdite à la photo. Victime d’un viol de la part d’un collaborateur de son père, Tassi, elle subit aussi la torture au cours du procès que son père intentera à Tassi. Après son mariage elle s’installe à Florence où elle obtiendra de nombreuses commande. Rome, Florence, Londres…Artemisia, de son temps avait une clientèle internationale. Curieux qu’elle soit tombée dans l’oubli!
Esther, dans un tableau avec Assuérus
Dès qu’on entre dans l’exposition, on est frappé par la taille des tableaux, la vigueur des personnages. Ce n’est pas ce qu’il convient d’appeler un « ouvrage de dame« . Artemisia joue dans la cour des grands. Elle choisit les sujets en vogue à l’époque : Antiquité avec Ulysse,Minerve, Cléopâtre, sujets bibliques : , Assuérus et Esther, David et Goliath, Judith et Holopherne. Et surtout aucune mièvrerie. Ses Judith sont aussi terribles que celles du Caravage
Judith et Holopherne
Artemisiaa sûrement rencontré le Caravage que fréquentait son père. Elle a pu admirer ses tableaux dans les églises de Rome. Sa peinture est dans son sillage. Elle est presque aussi cruelle que lui. La parenté entre son style et celui du Caravage a été déjà évoquée dans une exposition à Jacquemart André ICI où elle était très présente – en tout cas ses tableaux m’avaient bien plu puisque j’avais illustré le post avec . Notons que c’est Le Caravage qui s’auto-portraiture avec un luth . Un tableau présenté ici est inspiré par Caravage, peint par Artemisia puis copié par un anonyme de son atelier….
Judith et sa servante
Têtes coupées, exécution avec un poinçon pour Yaël et Sisera, on pourrait presque écrire que la dame ne fait pas dans la dentelle. Et bien si! elle peint merveilleusement bien les tissus, drapés, et dentelle des pourpoints des hommes dont elle fait le portrait.
Cléopâtre
Une série de femmes de caractère comme Cléopâtre, ou mythique comme Minerve complète cette impression de femme forte!
Très jeune, (1898 -1900)au cours d’un voyage aux USA, elle s’est essayé à la photographie. L’exposition présente une très belle série en Noir et Blanc.
Elle étudia la peinture à Münich (1902) où elle eut pour professeur Kandinsky qui fut son compagnon jusqu’en 1916. ils voyagèrent en Tunisie(1905), à Paris(1906 – 1907)
1905 Rue de la Verdure Bab El Khadra Tunis
De son séjour parisien, on peut voir au MAM des linogravures
1907 Kandinsky à l’harmonium
Elle a représenté un paysage à Sèvres, à Saint Cloud, d’autres linogravures.
Au cours de son séjour parisien elle a visité des galeries et des collections privées où elle a pu voir des œuvres de Gauguin, Bonnard, Cézanne, Picasso et Matisse.
Portraits Munichois 1908
1908 portrait de garçonnet
son style s’affirme dans ces portraits très proche de l’expressionnisme allemand. En 1909 elle rejoint à « Nouvelle Association des Artistes de Münich » puis le Blau Reiter (1911) avec Kandinsky, Franz Marc et August Macke. J’ai un excellent souvenir de l’exposition à l’Orangerie du Cavalier Bleu ICI
1913 Combat du dragon
J’ai reconnu le Combat du dragon qui y était et qui est également présenté ici. Elle peint à Murnau des paysages que j’ai beaucoup appréciés
1911 rue de village bleu
Mon préféré est cette rue de village bleu.
1910 Nuages du soir
On retrouve le motif des meules de foin dans plusieurs tableaux.
1909 A l’écoute
Certains cadrages comme ci-dessus, « A l’écoute » sont étonnants, ou comme cette nature morte croquée dans un tram ou un train avec les paquets sur les genoux d’une dame dont on ne voit pas la tête .
1929 la sténographe Suisse en pyjama
Elle passe la première guerre mondiale en Scandinavie et retourne dans les années 20 en Allemagne. Elle peint les femmes au travail ou actives
1930 La lettre
De retour à Murnau en 1931
1932 Le Lac gris
Après 1933, le reste discrète, réduit ses apparitions en public mais continue de travailler.
J’ai découvert cette artiste et j’ai beaucoup aimé cette exposition.
Rodolphe II(1552 -1612) fils de Maximilien II, fut Roi de Hongrie, roi de Bohème et Empereur du Saint Empire Romain Germaniqueen 1576, le « plus grand mécène du monde »
Hoffman : Lièvre entouré de plantes (1585) d’après Dürer
1ère partie de l’exposition « Décrire le monde » présente une collection d’aquarelles et dessins ainsi que des livres savants
Hoefnagel : Scarabée éléphant
Ces planches sont de toute beauté et sont digne d’une encyclopédie naturaliste. Le chardonneret s’inspirant aussi de Dürer, taille réelle aquarellé vaut le déplacement. Il y a aussi le livre savant Gemmarium et Lapidarium
Compendium astronomique
En face, c’est la mesure de la Terre et de l’Universqui réunit les astronomes aussi fameux que Tycho Brahe qui tente de concilier l’héliocentrisme de Copernic avec les théories de l’Eglise, et Johannes Kepler qui met en évidence le mouvement elliptique des planètes. on peut voir les calculs de ces savants sur de gros livres. Mais surtout les instruments : sextants, compas, sphères armillaires… décorent les rayons, le compendium réunit en une boîte plusieurs instruments de mesure.
Une salle est appelée Allégorie à l’époque on pensait que la Nature s’exprimait par un langage secret et par la Magie Naturelle qui s’intéressait à l’optique au magnétisme et à l’alchimie.
Castrucci : (1615)Château aux environs de Prague
Trois tableautins en pierres dures décrivent les environs de Prague.
On assiste au Renouveau du Paysage
Deux paysagiste Pieter Stevens et Roelandt Savery s’inscrivent dans la tradition flamande de Breughel faisant attention au moindre détail. Ils dessinent et gravent des paysages forestiers . Dans al scène avec trois chasseurs, ces derniers sont minuscules, il faut les chercher comme les bucherons dans un autre tableau
Pieter Stevens Paysage avec bucherons
Rodolphe II collectionnait aussi les très belles coupes de jaspe, de cristal de roche, d’ambre ou de corne de rhinocéros. Il tournait aussi ces coupes lui-même en corne.
A l’occasion de la restauration de la Maestà et de l’acquisition de La Dérision du Christ, le musée du Louvre a organisé dans la salle Rosa, au bout des salles de peinture italienne, une exposition consacré à Cimabueet à la peinture italienne du XIIIème siècle.
J’apprécie beaucoup le principe de ces expositions autour d’un chef d’œuvre en le situant dans son contexte « Revoir le Pierrot de Watteau » ou « Revoir Van-Eyck » m’avaient enthousiasmée. Prendre son temps à étudier un tableau, comprendre comment il a été peint, dans quelles circonstances, quelle histoire, quels précurseurs, quelles influences. Une leçon d’Histoire de l’Art. Peu de touristes viennent perturber la visite. Ce matin, calme sérénité et échanges polis. Une dame est même venue proposer son bic 4- couleurs parce que mon stylobille faisait des caprices et que je râlais toute seule.
Cimabue (1240 à Florence – 1302 à Pise) de son nom Cenni di Pepo
L’exposition s’ouvre sur les lignes de Dante et un manuscrit sur parchemin, puis sur la biographie que Vasarilui a consacré en 1568. La Vierge et l’Enfant de Botticelli entra au Louvre en 1802 sous le nom de Cimabue, pourtant on reconnait le style de Botticelli!
Vierge à l’enfant – vierge Kahn
Au XIIIème siècle, l’Italie était fascinée par l’art byzantin. Les peintres italiens copiaient les icones. Sur une Maesta ancienne, le peintre a ajouté du relief pour imiter les icones byzantines. La Vierge Kahn ci-dessus aurait été peinte à Constantinople pour être exporté et offerte par l’empereur Michel VIII Paléologue.
Sainte Catherine d’Alexandrie – Maitre de Calci – Pise
Sainte Catherine d’Alexandrie, de l’Italien Maître de Calci(1225-1260) est représentée comme les icones.
Une carte montre L’Italie et la Méditerranée avec les échanges de biens et culturels : De Constantinople, provenaient les icones, la soie, les épices, de même d‘Alepet d’Antioche, royaumes croisés latins jusqu’en 1268.
Des pays arabes, Damas, la Tunisie,des céramiques islamiques (façade de l’église de Grado)et l’Andalousie on importait céramiques et soieries, comme la Dalmatique tissée d’or et de soie. On retrouve les motifs d’écriture arabe sur le cadre de la Maesta.
Atelier Nicola de Pisano (1267) Tombeau de St Dominique – Les 3 acolytes (marbre)
Cette écriture arabe décore la bouteille de forme orientale sur la sculpture des trois acolytes. Un échantillon de Lapis-lazuli, en provenance d’Orient est présenté, il donne les bleus de la Maestà.
les Années 1280 période d’effervescence artistique
Cimabue invente une peinture plus vivante, moins figée que celle des icones byzantines mais il n’est pas seul à la fin du XIIIème, le Siennois Duccio di Buoninsegna et les autres peintres de son atelier font aussi preuve d’inventivité. Je remarque les gestes (gesticulations) de l’Enfant qui appuie sa main sur la joue de sa mère, joue à tirer son voile, tend ses bras vers l’autre main
J’ai du mal à distinguer la peinture du Duccio de celle de Cimabue dans les panneaux de bois de la Flagellation et de la Dérision du Christ, dernière acquisition du Louvre
Cimabue : Dérision du Christ
Une vidéo zoome sur la Maesta restaurée dont on peut admirer tous les détails, les picots sur les nimbes, les plumes de anges, et les bizarres crochets des diadèmes
Détail des anges de la Maestà
Pour avoir des dorés plus dorés, il vous faudra aller voir l’exposition.
Et pour finir le merveilleux Giotto qui était le voisin de la Maestà sur le jubé de l’église des Franciscains de Pise
Exposition temporaire à l’Institut du Monde Arabe jusqu’au 02 novembre 2025
Un patrimoine en exil 2006, 529 œuvres rejoignent Genève pour une exposition. Elle devaient constituer le futur musée archéologique de Gaza.
Cette exposition s’inscrit dans une démarche de préservation des trésors culturels du monde. Dans le même esprit, j’avais beaucoup apprécié l’exposition Cité millénaires – Voyage virtuel de Palmyre à Mossoul à l’IMA en 2018 ICI
Dromadaire chargé d’amphores
Les images de Gaza sont désolation et ruines, on n’imagine pas que sous les décombres une histoire très riche se cache. Gaza, oasis, à la limite du désert et de la mer, fut selon Strabon la plus grande ville de Syrie. Elle est entrée dans l’Histoire avec Thoutmosis (1504 – 1450). Au mur, une immense carte incluant la Méditerranée et l’Arabie montre les routes commerçantes convergeant vers cette cité maritime.
Des ancres de pierre, des anneaux d’amarrage témoignent de cette vocation maritime dès l’Age de Bronze. Egyptiens, Hittites, Philistins, Nabatéens y convergèrent. Alexandre de Macédoine livra bataille pour la conquérir. De la période hellénistique l’exposition présente une série d’amphores et une jolie statue d’Aphrodite (ou Hécate)
97 av. JC, Gaza est conquise par un royaume Juif puis laissée à l’abandon. En 61 av. JC, Pompée s’en empare et construit une cité romaine. De cette époque témoignent de très fines lampes à huile
Cupidon lance ses filets dans les vagues
Au IVème siècle s’installent. le monachisme se développe avec le monastère de Saint Hilarion, l’église Saint Porphyre.
Une belle mosaïque occupe le centre de la pièce avec des motifs d’animaux exotiques, girafes, éléphants, béliers, aigle et des grappes de raisin séparant les médaillons.
631 : la ville est conquise par les armées musulmanes, la population étant majoritairement chrétienne avec de petites communautés juives et samariennes.
Gaza : une ville commerçante balance romaine, pièces de monnaie et trésor de pièces agglomérées
Les Croisades 1149 et 1187 induisent une nouvelle période de violence.
Les Mamelouks l’occupent (1260 – 1279).
En 1516 Gaza devient ottomane
Gaza au début du XXème siècle
La deuxième partie de l’exposition contient des photographies anciennes de l’Ecole Biblique et Archéologique française de Jérusalem (1905-1922). Elles montrent les monuments et surtout une campagne paisible ainsi que les monuments.
Au centre de la pièce, des photos récentes en couleur (2022 à 2025) Certaines témoignent des destructions récentes. Le Qasr al Basha, siège du pouvoir mamelouk était le musée depuis 2010. Bonaparte y a passé trois jours;
Photo émouvante de la cérémonie de Noël célébrée dans l’église orthodoxe Saint Porphyre le 7 janvier 2025.
Une vidéo en images de synthèse reconstitue le monastère Saint Hilarion.
Enfin au mur on voit la cartographie des sites archéologiques bombardés.
C’est à l’occasion de la visite de l’exposition Art Dégénéré au Musée Picasso ICI que j’ai découvert de roman graphique : un véritable chef d’œuvre!
Un podcast à signaler : les Midis de Culture « Deux filles Nues » de Luz ICI
Deux Filles Nues est le nom d’un tableau peint en 1919 par Otto Mueller(1874-1930) qui a subi les tribulations des tableaux de l’Art dégénéré selon les critères nazis. Il est actuellement accroché à Cologne.
C’est donc une histoire vraie.
La BD commence avec le making-of du tableau qui s’élabore sous nos yeux : plus de blanc que de couleur sur les premières pages. Il faut l’intervention d’un ramasseur de champignons. Au premier tiers du livre, Otto Mueller meurt…mais le livre est loin d’être fini. Le sujet, c’est le tableau et non le peintre. Acquis par un collectionneur juif, il se retrouve avec d’autres sur les murs.
La vente aux enchères de l’Art Dégénéré
Là, il faut être très attentif , la BD est beaucoup plus sophistiquée qu’il n’y paraît au début. Tous les éléments du décor ont leur importance : les autres œuvres accrochées correspondent à de réels tableaux. Il y a même les titres à la fin, sauf que Luz nous a fait une sorte de blague : il a supprimé les numéros des pages. On sait qu’il y a un Emil Nolde p. 101, mais on ne sait pas où est la page 101 et ainsi de suite. Avec un peu d’efforts, on a une véritable exposition de la peinture allemande, expressionnisme, die Brücke etc
Autre lecture : l’histoire de la montée du nazisme ne se trouve que très partiellement dans les bulles de texte. C’est dans la rue, par la fenêtre qu’on voit se dérouler manifestations, violences et déprédations.
Fond noir : la nuit, la rue est éclairée et les incendies de la Nuit de Cristal l’illuminent. Ces pages noires sont d’une grande force et d’une grande beauté.
Le même procédé se retrouve quand le tableau est exposé dans les expositions d’art dégénéré. Regardez bien par la fenêtre.
Les voyages en train sont aussi très impressionnants. Comme l’invasion des cafards…
Ce n’est pas un livre d’une seule lecture. Il faut le feuilleter, y revenir, l’étudier.
Je vais avoir beaucoup de mal à m’en séparer et à le rendre à la médiathèque.