Ribera au Petit Palais – Ténébres et Lumière

Exposition temporaire jusqu’au 23 février 2025

Saint Jérôme et l’ange

Jose Ribera (1591 -1652) est né en Espagne, il arrive à Rome en 1605 juste avant la fuite du Caravage en 1606, en 1616 Ribera part à Naples. 

Plus sombre et plus féroce que le Caravage, sa peinture est présentée comme « ténébrisme et extrême férocité du réalisme ».

Allégorie des cinq sens : l’odorat

La présentation du Petit Palais adopte l’ordre chronologique, avec les premières salles de sa production romaine puis napolitaine. On entre dans la première salle tendue de rouge où sont accrochés de grands portraits de philosophes, mendiant et deux tableaux des Allégories des cinq sens. 

Un philosophe

Le philosophe ci-dessus est un  modèle que le peintre fera souvent figurer dans ses compositions : avec son crâne chauve, rond, ses oreilles décollées. Je m’amuse à le chercher et à le retrouver au cours de l’exposition.

Une autre série est celle des Apostolados, les Apôtres, même format, même posture sur un fond le plus souvent très sombre avec un éclairage oblique.

Saint Barthélémy (je retrouve le chauve)

De grands tableaux sur des thèmes religieux sont très construits, éclairage clair-obscur caravagesque

Le Reniement de Pierre

le Reniement de Pierre me fait penser à un  tableau de Caravage à Saint Louis des Français.

Jésus et les docteurs

A côté des grands tableaux religieux, une série de portraits des Apôtres, un cycle des saints martyrs  et des Philosophes. Les grands penseurs sont représentés en haillons témoignant peut-être de la richesse intérieure contrastant avec l’aspect extérieur.

Esope

Ribera s’intéresse aux marges de la société, prend pour modèle la plèbe napolitaine, une gitane, les scugnizzi de Naples.

Le pied-bot

 

Grand tableau en pied d’un couple de barbus, l’un d’eux est une femme allaitant un enfant. Cette femme a vraiment existé. Un autre tableau très marquant est l’enfant au pied-bot. Goût pour les infirmités, les monstruosités.

martyre de Saint Bartélémy

Ribera fut aussi un virtuose de la gravure. Certaines caricatures témoignent aussi du goût du burlesque, qui annonce Goya. Certaines études de martyres ont été croquées sur place s’inspirant  des tortures de l‘Inquisition active à Naples, alors espagnole. Un monsieur dans l’exposition a montré bruyamment sa réprobation, Non! d’après lui « l’Inquisition ne torturait pas, ne mettait pas à mort ». Saint Barthélemy après être crucifié est même dépecé, un tableau  représente l’arrachement de la peau. 

Apollo, et Marsyas

La plupart des tableaux illustrent des sujets religieux mais le peintre ne s’est pas interdit les grandes compositions mythologiques. Le supplice de Marsyas grimaçant s’apparente aux souffrances des martyrs. le Silène ivre est aussi monstrueux.

Certains tableaux sont plus clairs, plus souriants, colorés. Deux grands paysages dans les bleus sont agrestes, paisibles, de minuscules pêcheurs tirent des filets, un homme allume un feu… Décidemment, le peindre a plusieurs cordes à son arc!

C’est donc une bien belle et riche exposition. En introduction, un podcast de RadioFrance : des Midis de Culture

 

 

La chine des Tang- une dynastie cosmopolite (7ème-10ème S.) Musée Guimet

Exposition temporaire jusqu’au 3 mars 2025

De la Chine des Tang j’ai  des souvenirs de lectures anciennes de la série des enquêtes du juge Ti de Robert Van Gulik,.

Palefrenier et cheval

La dynastie Tang (618 -907) marque une époque de prospérité, de calme. marchands et commerçants circulaient librement. Les prisons étaient vides. Une population de 50 millions d’habitants se répartissait sur un territoire allant de la Chine orientale à l’Asie Centrale.

Deux cavaliers poterie vernisssée

Les chevaux sont très présents dans l’exposition, chevaux indispensables dans les conquêtes militaires. En 665, 700.000 chevaux étaient élevés dans les fermes d’Etat. Rapides et puissants, ils étaient originaires d’Asie Centrale, de la vallée de Ferghana (actuel Ouzbékistan).

Joueuses de polo

Même les dames montaient à cheval, certaines étaient même joueuses de polo. L’exposition montrant la mode féminine avec de jolies statuettes en céramique montre qu’elles ne dédaignaient pas le costume masculin avec un caftan et des bottes.

Cavalière

Ces céramiques donnent une représentation très vivante de la vie à l’époque des Tang. Fan des tanagras grecs, je suis conquise par ces statuettes chinoises.

Cheval hennissant

La capitale Chang’an comptait 1 million d’habitants et sa densité dépassait celle de Byzance . Construite selon un plan régulier, les 110 quartiers se répartissaient de chaque côté d’une large artère. Deux marchés irriguaient la ville en marchandises provenant de tout l’Empire mais aussi de Corée, Japon, Perse et Indes. La Route de la Soie entretenait les échanges avec Byzance. 

Chamelier et chameau

Cette ville cosmopolite se trouvait à La Croisée des pensées et des religions : Confucianisme et Taoisme y étaient les plus répandues avec le Bouddhisme

Gardien du temple : chimère

D’autres cultes étaient pratiqués comme le Zoroastrisme, le Manichéisme. Il y avait une église chrétienne de nestoriens. 

Musiciennes et danseuses

La vie culturelle était raffinée, avec musiciens, comédiens, magiciens. l’exposition présente des services pour l’alcool, ou la vaisselle pour le Service du Thé

Service à thé miniature

C’était aussi un monde très lettré, on a dénombré 50.000 poèmes qui ont été calligraphiés. Les artisans travaillaient des matériaux précieux rares comme l’argent, le lapis-lazuli, le jade, le verre venait de Byzance.

On a représenté les étrangers dans cette ville cosmopolite, les marchands sogdiens de la route de la Soie, les étrangers au nez pas du tout asiatique comme le personnages ci-dessus, même un personnage à la peau noire…

Musicien sur son chameau

 

Revoir le Pierrot de Watteau au Louvre

Pierrot intitulé autrefois Gilles, fut  peint par Watteau (1684-1721) découvert en 1826,dans la collection de Vivant-Denon, entra au Louvre en 1869. 

Le tableau a fait l’objet d’une restauration et cette exposition le présente nettoyé, agrandi, accompagné de commentaires, de vidéos et de tableaux soit peints par Watteau soit traitant du sujet de la comédie italienne au XVIIIème siècle ou plus tard.

Pierrot et le Théâtre comique

Arlequin Empereur de la Lune – Gillot

Deux troupes officielles officiaient à Paris : La Comédie Française dont le personnage-vedette était Crispin, valet manipulateur et La Comédie Italienne avec Arlequin et Pierrot. La Comédie Italienne fut interdite par les édits de 1697 et de 1716 : elle avait déplu par des plaisanteries ayant offensé les élites. Des comédies privées jouaient un répertoire burlesque pendant les foires sur des tréteaux en extérieur et dans des parades. 

Le tombeau de maître Arlequin soldat gourmand – Gillot

Watteau originaire de Valencienne vint à Paris en 1702 et, en collaboration avec Claude Gillot était spécialisé dans les représentations du théâtre à l’italienne.

Watteau et la conception de Pierrot

Watteau : Pierrot

On a supposé sans preuve que la toile avait servi d’enseigne dans un café tenu par un ancien acteur spécialiste du rôle de Pierrot. 

la postérité de Pierrot

Après 1721 un nouveau personnage triomphe dans les parades devant les salles de théâtres : Gilles, valet grossier.

Arlequin et Pierrot Derain

Evolution du personnage de Pierrot 

Un acteur de génie Debureau joua une pantomime au Théâtre des funambules avec une tenue blanche, campant un sombre Pierrot repris par Sarah Bernhardt 

Sarah Bernhard dans Pierrot l’assassin – Photo Nadar

Au XXème siècle

Picasso, Derain, Juan Gris ont peint leurs Pierrot. J’ai bien aimé celui d’Alberola

Le clown d’Albérola

On assiste aussi à la projection d’une séquence des Enfants du Paradis qui s’est inspiré de Debureau

Barbara Chase-Riboud au Palais de Tokyo et au Louvre et Porte Dorée

Exposition temporaire

Quand un nœud est dénoué, un dieu est libéré

Barbara Chase-Riboud

Barbara Chase-Riboud est à l’honneur cette année à ParisSon œuvre se déploie dans huit musées parisiens prestigieux, dont Le Louvre, Orsay, le Quai Branly…

Ses sculptures trouvent leur place parmi toutes les installations du Palais de TokyoSes sculptures noires, colonnes doubles ou stèles, s’alignent dans une pièce noire . Sur les cimaises, des tableaux blancs, textiles. Fils noués qui accompagnent les grandes colonnes  noires et lisses. Ces bronzes rendent honneur aux femmes noires et aux luttes pour les droits civiques. 

Prise au dépourvu je n’ai rien compris à cette installation monumentale.

En revanche, j’ai beaucoup aimé, dans la petite salle attenante, l’écoute  de ses poèmes lus en anglais avec texte bilingue projetés sur l’écran From Memphis and Peking.  Textes évoquant les voyages à travers le monde, des villes, peut-être adressées à son mari la photographe Marc Riboud. 

Barbara Chase-Riboud est l’auteure de La Virginienne qui relate l’histoire d’amour de l’esclave Sally Hemings et de Thomas Jefferson, 3ème Président des Etats Unis.

Plus je recherche, plus Barbara Chase-Riboud m’intrigue. Deux podcasts ont occupé ma matinée de marche en forêt. Le premier des Midis de Culture est centré sur l’exposition actuelle

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-midis-de-culture/barbara-chase-riboud-artiste-plasticienne-70-ans-de-creation-enfin-celebres-1268651

et le second, d‘Affaires culturelles est plus ancien.

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/affaires-culturelles/barbara-chase-riboud-est-l-invitee-d-affaires-culturelles-6002190

Cette rencontre sur YouTube permet de mieux la connaître

Barbara Chase Riboud au Louvre

Et comme la personnalité de cette artiste m’a beaucoup intéressée, je me suis précipitée au Louvre pour voir 3 autres œuvres.

Colonne d’or sous la Pyramide du Louvre

En majesté, sous la Pyramide s’élève fièrement la colonne dorée. Mise en évidence dans un emplacement d’honneur,  voire…La pyramide est beaucoup plus grande qu’on ne l’imagine. Vue du dessous, elle est presque invisible. D’ailleurs, je suis passée sans la voir à ma visite précédente au Louvre. Il existe bien un escalier qui permettrait de l’approcher, interdit aux visiteurs. Trop loin pour pouvoir vraiment apprécier le travail du bronze à la cire perdue.

La Cape de Cléopâtre

Barbara Chase Riboud a visité dans sa jeunesse l’Egypte et ce voyage a beaucoup compté pour elle. La Cape de Cléopâtre est exposée dans le Département des Antiquités Egyptiennes. Pour parvenir à la statue, il faut parcourir toutes les salles et c’est un véritable plaisir de redécouvrir les statues, objets, instruments de musique…Tout à côté du plafond astronomique de Dendara. 

Découverte entre les granites sculptés: la Cape de Cléopâtre

Le lit de Cléopâtre se trouve dans la Salle des Caryatides dans le département des Antiquités Grecques. Il me faut donc retourner sur mes pas, retraverser les salles égyptiennes, descendre de nombreuses marches, en remonter autant parcours initiatique? 

Salle des Caryatides

Le lit de Cléopâtre est aussi constitué de plaquettes carrées de bronze mais elles sont mats. Ces sculptures sont accompagnées par les vers tirés de l’Opéra Portrait of a Nude Woman as Cleopatra, publié en 1987.

Lit de Cléopâtre

Non loin de là,  l’Hermaphrodite est couché sur son lit de marbre.

hermaphrodite endormi

Barbara Chase Riboud dans le Salon des Laques au Palais de la Porte Dorée

Le salon des Laques du palais de la Porte Dorée

j’ai continué ma poursuite des sculptures de Barbara Chase Riboud

Alors que j’avais été déçue de la mise en scène au Louvre, ici les sculptures Zanzibar noir et Zanzibar doré sont mises en majesté.

Zanzibar noir rehaussé de soie rouge
Zanzibar doré dans le Salon des Laques

les deux stèles s’accordent parfaitement avec les laques noires et les panneaux dorés, les œuvres se répondent.

Il reste encore cinq musées pour découvrir le reste de l’exposition. Je visiterai sans doute Orsay, Le Musée Guimet, le Quai Branly d’ici la mi-janvier mais cela fera l’objet d’un autre billet!

Myriam Minhidou – Praesentia au Palais de Tokyo

Exposition temporaire jusqu’au 5 janvier 2025

Myriam Minhidou est une plasticienne franco-gabonaise que j’ai découverte récemment au Musée du Quai Branly CLIC . J’avais été impressionnée par l’exposition Ilimb l’essence du deuil : le « serpent » musical qui réagissait au passage du visiteur, les larmes de sel sculptées, les instruments traditionnels m’avaient parlé.

Services

J’étais donc impatiente de voir plus d’œuvres dans les grandes salles du Palais de Tokyo. J’ai été désarçonnée par la diversité de la présentation.

 Objets, rituels, présence du corps de l’âme et de la mémoire dans notre relation au monde sans cesse déséquilibrée

peut-on lire sur la feuille de présentation.

Aer bulla

Je suis perdue dans des notions étranges comme la « Transsudation » ou les « mondes subtils » ou « Dechoukaj »

les vidéos m’ont mise très mal-à-l’aise Folie et La robe envolée

Je suis ressortie avec un  sentiment très mitigé, avec l’impression d’avoir raté cette rencontre.

 

Tituba – Qui pour nous protéger? au Palais de Tokyo

Exposition temporaire jusqu’au 5 janvier 2025

 

 

Tituba est l’héroïne du roman de Maryse Condé : Moi Tituba, sorcière noire de Salem (CLIC)

Cette exposition collective expose les livres de Maryse Condé . Onze artistes sont invitée, entre France, Caraïbes, Grande Bretagne et Etats Unis :

 Naudline Pierre, Abigail Lucien, Rhea Dillon, Miryam Charles, Monika Emmanuelle Kazi, Naomi Lulendo, Inès Di Folco Jemni, Liz Johnson Artur, Tanoa Sasraku, Claire Zaniolo, Massabielle Brun
Il sera question de deuil, de rituels, de sorcellerie peut être, de femmes caribéennes sûrement. 
Tituba qui pour nous protéger, Naudline Pierre (USA)

j’ai beaucoup aimé la vidéo (10’33) de Myriam Charles d’origine haïtienne, vivant à Montréal, à la mémoire d’une jeune fille assassinée. L’écran est troué d’un cercle dans lequel s’impriment des images plus intimes : la chambre de la jeune fille alors qu’hors cadres on voit des images de nature tropicale. Une marche funèbre est chantée en créole « Pakité m’égaré »

Liz Johnson Artur expose des photographies des manifestations à Londres de Black Life Matters

Installation étrange de parpaings émaillés construisant murs et barrières dans la pièce. Une armoire couchée en biais contient de la vaisselle en cristal cassée.

Naomi Lulendo présente 3 photographie au fond presque noir, clair obscur : Potomitan, Nuit Noire, Ombre portée (impossible à photographier avec mon téléphone. 

Le montage photographique de Claire Zaniolo montre des images de Guadeloupe. 

Massabielle Brun

Un ensemble, un peu étrange, envoûtant.


 

Figures – Malala Andrialavidrazana – Palais de Tokyo

Exposition temporaire jusqu’au 5 janvier 2025

Figures : fresque entière

Malala Andrialavidrazana est une artiste franco-malgache, architecte de formation. 

Figures est une fresque de 58 m x5 m conçue exprès pour la grande verrière du Palais de Tokyo. Elle est réalisée par collages numériques à partir de de 2000 sources d’images : cartes d’Atlas anciens, billets de banque  principalement. D’ailleurs, le titre Figures se comprend au sens anglophone de « chiffres », des montants des billets qui circulent. Figure, c’est aussi le visage d’un personnage emblématique comme Mobutu et son léopard qui symbolise aussi la ruse et l’autorité dans la culture swahilie. 

Mobutu, le léopard et l’idole pop

Dans le collage ci-dessus, le léopard zaïrois saute sur l’idole pop.

Cartes de géographie et bateaux qui relient les continents, qui ont transporté les esclaves, tout cela évoque une circulation mondiale, une mondialisation des marchandises et des personnes. Tous les personnages de la fresque sont en mouvement.

mondialisation

Ponts et barrages relient les continent. On imagine des univers africains, d’autres asiatiques. Et toujours  personnages et animaux bougent, nagent rament. Figures peut aussi évoquer les personnages célèbres comme Charlot, Cadet Roussel, La Semeuse et son bonnet phrygien et même Ramsès II sur son char, arlequin qui symbolise la fourberie, les navigateurs européens dont les « découvertes » sont synonymes de pillages, exploitation, esclavage et extractivisme.

Ramsès sur son char mais que vient donc faire l’orignal et la moto?

En cherchant bien, je découvrirai Nelson Mandela (billet de banque) , la frise de l’Evolution, une tortue tractée….

La semeuse

On pourrait rester des heures à détailler les personnages, à imaginer des circulations. Une dame me montre une minuscule souris sur une balançoire. Pour mieux identifier personnages et symboles trois écrans interactifs donnent des explications. Chacun se promène à sa guise.

Je suis étonnée par le nombre d’enfants très attentifs, d’adolescents de jeunes adultes. L’ambiance est très décontractée et ne ressemble pas à celle des expositions de l’Orangerie, Orsay ou le Luxembourg. Il y a aussi beaucoup plus d’espace.

 

Olga de Amaral – Fondation Cartier

Exposition temporaire jusqu’au  16 mars 2025

Olga de Amaral est une artiste textile colombienne née en 1932 à Bogota. Elle a étudié à l’Académie des Arts de Cambrook (Michigan) qui s’inscrit dans le mouvement Arts and Crafts et dans l’école du Bauhaus apportant une attention particulière au design et aux arts déco. Traditionnellement les femmes étaient orientées vers les textiles (comme Anni Albers ou Sophi Taeuber avant elle). Avec son mari Jim Amaral, ils fondent une entreprise de textiles décoratifs Telas Amaral.

Dans les années 1960 Olga de Amaral expérimente nombreuses techniques de tissages. Elle incorpore à la laine du lin du coton mais aussi du crin de cheval et même de l’or ou du plastique. Elle expose en 1967 à La Biennale internationale de tapisserie à Lausanne. 

Riscos en sombra

Elle souhaite que ses œuvres soient détachées des murs pour être appréhendées comme des sculptures autour desquelles on peut circuler plutôt que des tapisseries garnissant les murs. A cette occasion, une médiatrice (passionnante) évoque la « querelle de Lausanne » opposant les cartonniers et les tenants de l’art textile plus moderne CLICUn autre médiateur, toujours à propos de la biennale de Lausanne fait allusion à l’aspect genré de la tapisserie qu’on associe à un art féminin. Cette visite à la Fondation Cartier a été passionnante grâce aux commentaires très nombreux des médiateurs. De nombreuses visites guidées sont également proposées.

Brumas

La petite salle du rez-de-chaussée est occupée par les Brumas qui sont des installations suspendues d’environ (190x90cm) en lin, gesso(apprêt) , peinture acrylique et papier japonais.  Ce sont des représentation de la pluie fine colorées de motifs géométriques. La série des brumas a déjà été exposée à la Fondation Cartier en 2018 dans l’exposition Géométrie du Sud CLIC que j’avais beaucoup appréciée. Les Brumas jouent sur le volume et sont vraiment à la limite de ce qu’on imaginerait qualifier de tapisserie. 

brumas

la Grande salle est occupée par des tapisseries monumentales Muro en rojos et Gran muro qui sont des assemblages de sorte de tuiles tissées évoquant les murs de briques ou même les feuilles mortes. 

Gran muro

On les a présentées avec de gros rochers d’ardoise pour souligner le lien avec le paysage. Le titre de la section de l’exposition est Tisser le paysage. D’autres oeuvres sont faites de bandes tissées entrelacées ou reliées entre elles enroulées figurant les lianes de la forêt ou même des falaises escarpées

Lianas

Ces bandes jouent avec la lumière, j’ai pensé à Soulages à cause de cela. strates de textile, lianes…

Cenit patchwork doré

D’autre inspirations viennent de l’Or des Indiens précolombiens comme l’or des autels baroques des églises. Utilisant d’autres techniques, de bandelettes plus fines pouvant être dorées à la feuille d’or, elle compose des panneaux somptueux : plutôt rouge d’un côté dorés de l’autre

Cenit (côté doré)

Elle joue aussi avec les traditions précolombiennes, les nœuds qui étaient un véritable code,

En gris e rozado

Traditions mystérieuses qui garderont sans doute leurs secrets.

Olga de Amaral ne s’interdit aucune matière, ni même la matière plastique, la feuille d’argent ou le palladium…

paisage de calicanto

La dernière salle  ressemble à un sanctuaire avec ces stèles dorées d’un côté noires de l’autre  : le coton tissé est recouvert d’une épaisse couche de gesso doré ou revêtu de peinture acrylique. La série des Estelas comporte 70 pièces qui évoquent des mégalithes et des sites archéologiques précolombiens.

Estelas

 

J’en suis sortie éblouie

 

 

 

 

 

 

 

 

Révélation ! Art contemporain du Bénin à la Conciergerie

Exposition temporaire jusqu’au 5 janvier 2025

Prince Toffa , et un peu plus loin sur la photo lui répond un personnage dans une robe et une traine j’aide jacinthes des eaux dans la lagune de Ganvié

Pour une Révélation! Bénin, c’en est une dans le magnifique cadre de la Conciergerie. 

Replaçons l’exposition dans son contexte : celui de la restitution des   trésors du Palais d’Abomey en novembre 2021. Mati Diop a réalisé le film Dahomey sur ce sujet CLIC Film très politique qui mettait en scène la statue-vedette mais surtout les étudiants béninois. Les 26 trésors rendus furent exposés à Cotonou au sein de l’Exposition Révélation! Cette exposition a également fait le voyage à la Martinique. J’ai également de très bons souvenirs de la visites de ces Palais des Rois du Dahomey CLIC

De face Le Roi Béhanzin et sa suite – roméo Mivekanin
A droite appliqué sur toile de Yves Apollinaire Pédé : suite royale

Je n’avais aucune idée de la richesse de l’art contemporain béninois. je savais qu’on dit que le Bénin est le « Quartier Latin de l’Afrique » cette expression est illustrée à l’entrée du parcours par une installation mêlant livres et revues à des affiches et des sculptures primitives. 

Yves Apollinaire Pédé : Legba

On entre dans la première section thématique : Des Déesses et des Dieux 

les principales divinités du Vodun sont présentées par les toiles appliquées de Yves Apollinaires Pédé et les peintures ressemblant aux fresques de Cyprien Tokoudagba qui ont participé à la restauration des bas-reliefs du palais d’Abomey

le vodun et son panthéon Cyprien Tokoudagba

Cette salle est sonorisée avec la voix d’Angélique Kidjo Yémandja (tiré de Three Yoruba songs de Philip Glass). A la suite des gravures et aquarelles de Hector Sonon, je découvre les tableaux de Julien Sizogan : un véritable coup de cœur pour son Epiphanie des initiés célébrant un syncrétisme étonnant : dans une église aux voûtes romanes, un évêque accueille une foule colorée où des femmes arborent des tenues chamarrées tandis qu’une des Revenants, masques et costumes occupent la moitié de la nef, des musiciens nus ou presque se tiennent au bas du tableau 

Julien Sinzogan : Epiphanie des initiés

Dans une salle noire l’installation multimédia de Eliane Aïsso m’a fascinée un long moment : une quinzaine d‘Assen(plateaux métalliques) sonorisés diffusent les paroles projetées aux murs où sont accrochées de très belles photographies en noir et blanc. Chaque Assen raconte son histoire, parlant de descendance et de réincarnation. 

Julin Sinzogan : Le Retour des esprits

La salle suivante réunit des bateaux, voiliers, pirogues et même les caravelles du Retour des Esprits. Ce tableau m’évoque la traversée de la Traite des Esclaves.

Aston – Le Voilier du temps

Le Voilier du Temps exprime des préoccupations plus contemporaines écologiques. En s’approchant, je constate que les voiles sont des sièges en plastique, des douilles d’ampoules sont tassées sur son bord. Tout le voilier est confectionné avec ces déchets domestiques que l’Europe envoie en Afrique. 

Louis Oke-Agbo : la pirogue de la reconnaissance

la pirogue de la reconnaissance exploite une autre thématique.

Gou

Traversant l’exposition de nombreuses sculptures balisent le voyage

Sébastien Boko : voyageur et voile en bois

la section thématique suivante s’appelle : Des Reines et Rois

On y voit la grande photo de Behanzin et sa suite (plus haut), le Prince Tofa descendant du dernier roi de Porto Novo. 

Dominique Zincpé : Déesses et Princesses

Déesses et Princesses introduisent la troisième thématique Des Femmes et des Hommes. Les Reines  ne sont pas oubliées : Tassi Hangbé fut l’unique reine du Dahomey (1708-1711) et fut la fondatrice des Agodjies (Amazones) dont on voit de belles sculptures mais ma photo est floue. 

Moufouli Belio : Reine des Agadjies

Moufouli Belio née en 1987 s’est intéressée à rendre visible le corps féminin et à la déconstruction du patriarcat. 

Marcel Kpoho : Kondo le requin

Un aspect original m’a interpellée : la grande utilisation du recyclage dans les matières utilisées. Kondo le requin est fait de lanières de pneus, Le Prince Toffa est revêtu de bouteilles en plastique vert, ses colliers sont des capsules de nescafé, le voilier d’Aston est entièrement fait de récupération, sans oublier les personnages de fil de fer ou les masques métalliques de Charly d’Almeida. 

Une très belle exposition. Un article du Monde signale que de nombreux plasticiens de premier plan ont été omis. Le Bénin est donc bien riche!

 

Figures du Fou du Moyen Âge aux Romantiques au Louvre

Exposition temporaire jusqu’au 3 février 2025

Fou jouant de la cornemuse –  Cathédrale de Bois-le-duc, Pays Bas, 1510-1520 – outre pleine de vent mélange du sacré et du profane

 

L’ordre chronologique s’impose mais différents thèmes sont abordés:

marginalia

Au Moyen âge ,  aux marges du monde, Monstres et Marginalias

chimère

Chimères et hybrides, êtres étranges dans les pavés des abbayes, dans les vitraux, les gargouilles, les boiseries , dragons bipèdes,

Au commencement, le Fou et Dieu

le Fou est l’incarnation de celui qui refuse Dieu. on le retrouve avec ses attributs dans la lettrine de la lettre D du psaume 52.

Egalement dans la parabole des Vierges sages et des Vierges folles.

La Vierge folle laisse éteindre la lampe, renverse la cruche dans l’idée que son insouciance et sa paresse conduit à l’oubli de Dieu.

 

par une étrange inversion Saint François d’Assise est le « jongleur de Dieu » oubliant sa bonne position sociale pour parler aux oiseaux.

La figure du Juif se mêle à celle du fou dans l’antisémitisme croissant du XIII et XIVème siècle

 

le Fou d’Amour

Aristote et Phyllis gravure Maître MZ Allemagne vers 1500

le Philosophe Aristote est transformé en bête de somme, fouetté par la belle Phyllis ce qui implique le pouvoir des femmes sur les hommes : une inversion de l’ordre habituel. Des manuscrits sont exposés illustrés avec la Folie de Lancelot, celle de Tristan…la folie de Roland dans l’Arioste. Le maître E. S. s’est fait une spécialité de la dénonciation de la folie de l’amour.

Tapisserie La Collation Tournai 1520 Dans le jardin d’Amour, le fou accoudé à la fontaine perturbe la scène

un nouveau personnage lubrique s’introduit dans le Jardin d’amour avec des gestes obscènes

Le Fou devient symbole de la Luxure

le fils prodigue chez les courtisanes

le thème du Fils prodigue est répandu avec le Vieil Amant

Des objets de la vie quotidiennes comme des moules à confiseries ou des porte-serviettes dénoncent l’amour charnel

Porte-serviette fou enlaçant une femme

Le fou à la cour

la sagesse royale trouve son antithèse dans le fou ou le bouffon, simple d’esprit ou au contraire plein d’esprit. on se souvient de Kunz, le fou de Maximilien er ou de Triboulet le fou du bon roi René d’Anjou. Le fou s’amuse, participe aux tournois et aux jeux.

Amman : joute des compagnons

Les fous figurent aussi sur la très belle marqueterie du Banc d’orfèvre du prince Electeur Auguste de Saxe qui est une pièce magnifique.

le Fou en ville : il mène la danse du Carnaval ou de la Fête des Fous entre Noël et Epiphanie. Présent dans des pièces de théâtres écrites pour Mardi Gras. Musique et danse dans les figurines des danses mauresques avec ses attributs spécifiques : la marotte en guise de sceptre, les grelots, le capuchon à oreilles d’âne.

Danse mauresque

le Fou partout

Erasme : Eloge de la Folie « C’est bien la pire folie que de voulir être sage dans un monde de fous » (1511) 

Bosch : la nef des fous

Deux ouvrages : l’Eloge de la folie et la Nef des fous annoncent la Réforme protestante dénonçant la décadence de l’Eglise. Les illustrations de Dürer, Bosch et Brueghel

J Bosch Extraction de la pierre de folie

Pour Bosch comme pour Brueghel, le fou passe au second plan et devient témoin de la folie des êtres humains.

Brueghel le jeune : Les Proverbes flamands

Eclipse et métamorphoses du fou au XVIIème et XVIIIème siècle

le fou prend de nouvelles silhouettes avec Don Quichotte ou les personnages de la Commedia del Arte.

Vers la fin du XVIIIème siècle et le romantisme, le fou revient avec Füssli : portrait de Till Eulenspiegel, et Lady Macbeth ou Goya où le sommeil de la raison engendre des monstres

XIX ème siècle : Naissance de la psychiatrie et romantisme

un très grand tableau montre le Dr Pinel, médecin en chef de la Salpêtrière. toute une série de tableaux historiques mettent en scène la folie de Jeanne de Castille, Jeanne la folle ou celle de Charles VI ainsi que les exorcismes censés chasser cette folie. 

Courbet : l’Homme fou de peur

Le fou tragique est une figure romantique, Le roi Lear, Lady Macbeth, Quasimodo, Rigoletto . La visite de l’exposition se termine avec la projection de films de Notre Dame de Paris et de Rigoletto.