Du côté de chez Swann – Combray, en famille

CHALLENGE MARCEL PROUST AVEC CLAUDIALUCIA

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« Tous ces souvenirs ajoutés les uns aux autres ne formaient plus qu’une masse, mais non sans qu’on ne pût distinguer entre eux – entre les plus anciens, et ceux plus récents, nés d’un parfum, puis ceux qui n’étaient que les souvenirs d’une autre personne de qui je les avais appris – sinon des fissures, des failles véritables, du moins ces veinures, ces bigarrures de coloration, qui, dans certaines roches, dans certains marbres, révèlent des différences d’origine, d’âge, de « formation ». »

Du côté de chez Swann est raconté par un narrateur-enfant d’un âge indéfini ou plutôt l’accumulation de souvenirs des beaux jours passés à Combray  avec ses parents, grands-parents, des deux soeurs de la grand-mère dans une belle maison avec un jardin agréable propice à la rêverie et à la lecture.

Affection et tendresse indéfectible (ou presque) de la mère dont le baiser du soir, s’il est empêché par une visite, devient un manque insoutenable. 

Vie bourgeoise qui n’est troublée que d’évènements minuscules,

« Le monde se bornait habituellement à M. Swann, qui, en dehors de quelques étrangers de passage, était à peu près la seule personne qui vînt chez nous à Combray, quelquefois pour dîner en voisin »

qui se présentait en toute simplicité et dont ils ne soupçonnait pas le rang social

un des membres les plus élégants du Jockey-Club, ami préféré du comte de Paris et du prince de Galles, un des
hommes les plus choyés de la haute société du faubourg Saint-Germain.

L’ignorance où nous étions de cette brillante vie mondaine que menait Swann tenait évidemment en partie à la réserve et à la discrétion de son caractère, mais aussi à ce que les bourgeois se faisaient de la société une idée un peu hindoue et la considéraient comme composée de castes fermées où chacun, dès sa naissance se trouvait placé dans le rang qu’occupaient ses parents et d’où rien à moins d’un hasard d’une carrière ou d’un mariage inespéré, ne pouvait vous tirer pour vous faire pénétrer dans une caste supérieure »

Combray est  un monde clos, immobile où tout le monde connaît tout le monde. Seul, un pêcheur inconnu restera pour l’enfant un mystère insoluble. Un monde étriqué  où le moindre incident, le retard d’une paroissienne à la messe, pourra fournir un sujet de distraction pour la journée entière à la tante Léonie immobilisée dans sa chambre à l’étage. A la frange de cette société figée, conservatrice, l’aristocratie représentée par la Duchesse de Guermantes, fait rêver le narrateur. Les mauvaises fréquentations de la fille du professeur de piano Vintheuil sont sujet de ragots. Un autre défaut rédhibitoire, le snobisme fera exclure Legrandin

« trouvé en un instant lardé et alangui comme un Saint Sébastien du snobisme »

« Et certes cela ne veut pas dire que M. Legrandin ne fût pas sincère quand il tonnait contre les snobs. Il ne
pouvait pas savoir, au moins par lui-même, qu’il le fût, puisque nous ne connaissons jamais que les passions des autres, et que ce que nous arrivons à savoir des nôtres, ce n’est que d’eux que nous avons pu l’apprendre. »

 

Avec une précision d’horloger ou d’entomologiste, les rouages psychologiques sont analysés : les rapports complexes de maîtresse à domestique qui lient la Tante Léonie grabataire à Françoise, cuisinière, dame de compagnie, intendante qui, elle-même entretient des liens pervers avec la fille de cuisine.

Préjugé de cette fin du XIX, l’antisémitisme, pas virulent mais acide : le Grand-père détecte les Juifs dans les fréquentations du narrateur et fredonne des airs connus, allusifs. « Aucun sentiment malveillant » note l’enfant, voire..

Zola, dans mes lectures précédentes, avait brossé, tableau par tableau, une fresque du Second Empire, Proust dessine une esquisse impressionniste de cette bourgeoisie respectable, plutôt bienveillante mais d’une étroitesse d’esprit étouffante.

Le cœur à rire et à pleurer – Souvenir de mon enfance – Maryse Condé

GUADELOUPE

LECTURE COMMUNE Pour rendre hommage à Maryse Condé qui nous a quitté récemment, je propose une lecture commune de son œuvre. récapitulation le 23 mai, chacun.e peut choisir de lire un ou plusieurs livre. 

Dans cet ouvrage, Maryse Condé nous raconte son enfance à Pointe-à-Pitre De sa naissance, en temps de carnaval : 

« Quand les premiers coups de gwoka firent trembler les piliers du ciel;, comme si elle n’attendait que ce signal-là, ma mère perdit les eaux »

jusqu’à son départ pour la classe d’hypokhâgne à Paris et ses études à la Sorbonne.

Comment devient-on écrivaine? Ce récit d’apprentissage ne répond pas vraiment à cette question.

Dernière née d’une fratrie de 8, Maryse grandit dans une famille de fonctionnaires, sa mère est institutrice

« Dans notre milieu, toutes les mères travaillaient, et c’était leur grande fierté. Elles étaient pour la plupart
institutrices et ressentaient le plus vif mépris pour les tâches manuelles »

Son père, âgé est un ancien fonctionnaire. Ses parents font partie d’une certaine élite privilégiée. Ils font régulièrement le voyage en Métropole où ils se sentent parfaitement intégrés. Maryse est bonne élève à l’école bien fréquentée. On ne la laisse pas rencontrer les enfants de classe sociale inférieure. Elle parle le « Français de France », et non pas le créole. Deux incidents lui font prendre conscience de la « Lutte de classe » (comme est intitulé le troisième chapitre) quand elle se trouve persécutée par un petit garçon inconnu, qui veut venger sa bonne, injustement renvoyée. L’autre incident concerne une petite blondinette au nom aristocratique de Anne-Marie de Surville, rencontrée au jardin public, qui, sous prétexte de jeux va la battre :

« je ne veux plus que tu me donnes des coups. Elle ricana et m’allongea une vicieuse bourrade au creux de
l’estomac : — Je dois te donner des coups parce que tu es une négresse. »

Santino, son grand frère, rebelle lui déclare que leurs parents sont « aliénés ». 

Cette notion d’aliénation est au centre des réflexions de Maryse

« Une personne aliénée est une personne qui cherche à être ce qu’elle ne peut pas être parce qu’elle n’aime pas
être ce qu’elle est. À deux heures du matin, au moment de prendre sommeil, je me fis le serment confus de ne
jamais devenir une aliénée. »

« Mes parents étaient-ils des aliénés ? Sûr et certain, ils n’éprouvaient aucun orgueil de leur héritage africain. Ils l’ignoraient. »

« Comme ma mère, il (son père) était convaincu que seule, la culture occidentale vaut la peine d’exister et il se montrait reconnaissant envers la France qui leur avait permis de l’obtenir. »

Ce n’est que beaucoup plus tard, étudiante à Paris, qu’elle cherche à connaître les écrivains antillais  sous l’instigation d’un professeur communiste, Joseph Zobel et Aimé Césaire

« Aux yeux de ce professeur communiste, aux yeux de la classe tout entière, les vraies Antilles, c’étaient celles
que j’étais coupable de ne pas connaître. Je commençai par me révolter en pensant que l’identité est comme un
vêtement qu’il faut enfiler bon gré, mal gré, qu’il vous siée ou non. Puis, je cédai à la pression et enfilai la
défroque qui m’était offerte. »

En conclusion de cette expérience:

« J’étais « peau noire, masque blanc » et c’est pour moi que Frantz Fanon allait écrire. » 

 

La bonne élève ne fera pas les brillantes études à Fénelon ni même à la Sorbonne, elle rencontrera des étudiants haïtiens et africains et se consacrera plutôt au militantisme politique. 

Elle est pourtant très jeune consciente de sa capacité à toucher avec ses écrits : un texte écrit pour sa mère, lu le jour de son anniversaire, la  touche tellement _ pourtant femmes forte – jusqu’aux larmes. Elle regrettera de l’avoir fait pleurer mais mesurera le pouvoir des mots. Premier exercice de l’écrivaine?

J’ai beaucoup aimé ce livre qui m’a fait connaître l’auteure, bien différente de ce que j’avais imaginé à la lecture de Traversée de la mangrove ou Moi, Tituba sorcière qui mettaient en scène des esclaves ou descendants d’esclaves dans un monde de contes et de sorcellerie. 

Les Pestiférés – Marcel Pagnol

LECTURE COMMUNE

la Partie de Cartes façon Street Art au Panier à Marseille

Avec Si on bouquinait et Nathalie

Il y a tout pile 50 ans, le 18 avril 1974, décédait Marcel Pagnol . Patrice de Si on bouquinait a eu l’idée de célébrer cet anniversaire par une lecture commune. Il a choisi Jean de Florette 

Rejoint par Nathalie qui vient de terminer un livre sur la Peste de 1720 à Marseille et qui a lu Les Pestiférés

J’avais oublié la date de la lecture commune. C’est le matin-même, sur FranceMusique que j’ai reconnu la voix de Pagnol qu’il fallait deviner. Et que je me suis rendue compte que je serai en retard pour la Lecture Commune. 

Le soir-même j’ai téléchargé Les Pestiférés qui est une longue nouvelle (67 pages, le chapitre 9 Du Temps des Amours) que j’ai lu dans la foulée, d’une traite et avec grand plaisir. 

« Il y a tant de maladies qui nous viennent par les navires ! dit le capitaine. Je connais cent sortes de fièvres, et c’esttoujours la même chose : une grande chaleur de la peau, des plaques rouges, des plaques noires, du pus, des vomissements, et on n’y comprend rien… Quand il en meurt beaucoup, on dit que c’est la peste, et ceux qui restent meurent de peur. – Surtout à Marseille ! »

Une placette, à flanc de coteau, bordée de maisons bourgeoises et de quelques boutiques. Maître Pancrace, médecin très estimé va organiser la petite communauté composée de notables pour survivre à l’épidémie de Peste qui a ravagé Marseille en 1720. Le Capitaine, Marius Véran, armateur enrichi par la Traite Atlantique, Maître Passacaille, le notaire, Maître Combaroux drapier fort riche, mais aussi fort dévot. En plus des notables, les commerçants, Romuald, le boucher, Arsène, mercier-regrattier, Félicien le boulanger. Et bien sûr, des femmes, des enfants, des vieillards.

Pancrace, dès le début de l’épidémie, alerte ses voisins. il revient du port où 3 portefaix sont morts dans les infirmeries. Dès qu’il est sûr que c’est bien la peste, il rassemble les hommes, ses voisins, leur fait part de la nouvelle.

Les premières mesures sont plutôt simples : brûler tous les effets qui auraient pu être en contact avec la maladie, et se laver soigneusement au vinaigre. Il organise le confinement:

« Enfin, tous ceux qui auront été obligés de quitter notre placette pour aller à leurs affaires devront dès leur retour prendre un bain d’eau vinaigrée et se savonner du haut en bas, très consciencieusement. Ce sont des précautions peu obligeantes, mais qui suffiront à nous préserver, du moins pour le moment. »

Pour survivre, il faut aussi mettre en commun les provisions, fabriquer des lotions avec des herbes médicinales : rue, menthe, romarin et absinthe macérées dans le vinaigre donnent le Vinaigre des Quatre voleurs détruisant les insectes qui propagent la contagion.

« J’allais justement dire, s’écria Pancrace, que dans toutes les épidémies les ordres religieux cloîtrés n’ont même jamais entendu parler du fléau qui faisait rage autour de leurs couvents. Eh bien, mes amis, nous allons suivre leur exemple, qui est fort peu honorable pour des moines qui devraient tout sacrifier à la charité chrétienne, mais qui convient parfaitement à des citoyens chargés de famille. »

Toute la communauté va vivre cloitrée à l’image des religieux.

Seul le drapier dévot va désobéir pour suivre la messe comme chaque jour malgré les injonctions de Pancrace

« je vous déclare, dit le docteur, qu’il faut renoncer à la messe pour quelques temps. Le Bon Dieu qui nous voit saura bien que ce n’est pas par manque de zèle : il n’ignore pas, en effet, qu’une église, comme d’ailleurs tous les lieux de réunion, est un très dangereux foyer de contagion. »

Il reviendra avec la Peste mais n’entrera pas.

Désinfections, confinements, surveillance, utilisation d’eau non contaminée. Cela nous rappelle quelques souvenirs.

Quand la ville sera tellement ravagée que seul le feu peut lutter contre la contagion, il leur faudra fuir le quartier.
Mais je ne vous racontera pas comment, il faut bien ménager un peu de surprises!

Cette Peste de 1720 est très célèbre, au Château d’If une plaque rappelle que le capitaine du navire responsable de l’épidémie, y fut enfermé.

Et pour revenir à la Célébration des 50 ans de la mort de Pagnolj’ai écouté sur l’appli Radio-France un excellent podcast où Fernandel raconte Pagnol cinéaste. LES NUITS DE FRANCE CULTURE : Marcel Pagnol raconté par Fernandel – dimanche 14 avril 2024 CLIC

Challenge A la Recherche du temps perdu …et plus de Proust si vous le voulez bien

LECTURES COMMUNES

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Il est toujours temps de lire Proust !

Miriam : « J’ai lu Proust étant adolescente et il est temps de faire une lecture adulte? J’aime bien me lancer dans l’aventure d’une lecture intégrale »

Claudialucia : « Personnellement  je m’étais initiée à Proust quand j’étais au lycée; je n’avais pas aimé et j’en étais restée là ! Enfin pas vraiment ! J’ai essayé d’entrer par la petite porte, en lisant beaucoup autour de Proust et de larges extraits.

Mais peut-on rester en dehors toute sa vie de ce monument de la littérature
française quand on aime comme nous l’aimons tous la lecture, amis blogueurs ? Certes, Proust intimide mais les incursions que j’ai faites dans ses œuvres m’ont bien persuadée qu’il n’est pas rébarbatif et même qu’il a beaucoup d’humour. »

Donc si vous ne faites pas partie de CQLD : de Ceux Qui Le Détestent : Anatole France : « la vie est trop courte et Proust, trop long », rejoignez-nous : Miriam dans son blog Carnet de voyage et notes de lecture et Claudialucia dans Ma Librairie.

La recherche du temps perdu

Il est toujours temps de lire Proust ! C’est en partant de cette affirmation que nous vous proposons un défi : lire A la recherche du temps perdu du premier au dernier volume.

A partir du mois d’Avril 2024, lançons-nous dans la lecture des sept volumes de Marcel Proust dans l’ordre : 1) Du côté de chez Swann 2) A l’ombre des jeunes filles en fleurs 3)Le côté de Guermantes 4)Sodome et Gomorrhe 5) La prisonnière 6) Albertine disparue 7) Le Temps retrouvé

Si j’en crois Keisha, La Proustolâtre, il faut se donner une décennie pour les lire et recommencer ! Bon, on va y arriver un peu plus vite, j’espère ! Mais sans pression! Du coup nous ne mettons pas de date pour clore notre défi. L’important est donc de participer au moment où l’on a envie et d’arriver au bout.

On peut s’inscrire pour cette Lecture commune ou préférer la faire en solitaire car il n’est pas question que cela devienne un marathon et chacun pourra choisir de rejoindre la LC ou de lire à son rythme.

Du côté de chez Swann pour le 15 Mai

Les livres autour de Marcel Proust

Pour ceux et celles qui ont déjà lu La Recherche et qui veulent nous
accompagner, pour tous ceux qui veulent approfondir leur lecture, nous
présentons aussi une liste non exhaustive de livres à lire autour de Marcel Proust et il y en a pour tous les goûts. On les lit quand on a a envie, au rythme que l’on préfère. Et là aussi vous mettez un lien et le logo en direction de vos blogs. Nous proposerons de temps en temps une récapitulation de vos participations.

Proust roman familial – Laure Murat

L’herbier de Marcel Proust de Dane Mc Dowell (Editions Flammarion) Claudialucia ICI

Le manteau de Proust Lorenza Foscini(Quai Voltaire)Claudialucia ICI

Les enquêtes de Marcel Proust : Pierre-Yves Le Prince –  Editions Gallimard Claudialucia ICI
La madeleine et le savant Balade proustienne du côté de la psychologie cognitive André Didierjan  Keisha ICI Claudialucia ICI

Un humour de Proust avec Denis Podalydès et Jean-Philippe Collard Concert-Lecture Claudialucia ICI

La petite cloche au son grêle  Paul Vacca : ( à propos de Marcel Proust)

A la recherche de Robert Proust Diane Margerie – Flammarion Claudialucia ICI

 Le musée imaginaire de Marcel Proust  Tous les tableaux de A la recherche du temps perdu Eric Karpeles keisha ICI

Proust et les autres Christian Péchenard –  Proust à Cabourg, Proust et son père –  Proust et Céleste (Edition La petite vermillon) Keisha ICI

 Proust contre La déchéance de Jospeh Czapski ( Les éditions Noir sur
blanc ) Keisha ICI

Dictionnaire amoureux de Proust Jean-Paul et Raphaël Enthoven (Plon Grasset) Keisha ICI

Chercher Proust Michaël Uras (livre de poche ) Keisha ICI

Une saison  avec Marcel Proust de René Peter  (Editions Gallimard)

Une jeunesse de Marcel Proust Evelyne Bloch-Dani (Editions Stock)

Un été avec Marcel Proust  Antoine Compagnon...(Editions des Equateurs)

Le Proustographe Proust à la recherche du temps perdu en infographie de Nicolas Ragonneau (Editions Denoël)

Le grand monde de Proust Dictionnaire des personnages de la Recherche du temps perdu de Mathilde Brézet  (Editions Grasset)

Monsieur Proust souvenirs de Céleste Albaret (Editions Laffont)

L’important c’est de nous dire quand vous publiez votre billet en mettant un
lien dans le blog de Miriam et de Claudialucia. vous trouverez d’autres logos chez Claudialucia.

Perspective(s) – Laurent Binet

RENTREE LLITTERAIRE 2023

Quelle plaisir, cette aventure dans Florence, 1557  en compagnie des plus grands. Roman épistolaire où les plus grands correspondent : Cosimo de Medicis le Duc régnant (1537-1569), Catherine de Médicis reine de France et Piero  Strozzi, maréchal de France…pour les politiques mais surtout, Michel-Ange Buenarroti fort occupé à peindre la Chapelle Sixtine mais sollicité, Benvenuto Cellini dont on connaît le Persée, Giorgio Vasari, moins connus, Bronzino , Allori et Bacchiacca (Francesco d’Ubertino). A tous ces artistes illustres s’ajouteront un page, le chef de police du Bargello, un broyeur de couleurs…et d’autres comparses, y compris des religieuses assez retorses…

Enigme policière : Jacopo da  Pontormo est retrouvé assassiné au pied des fresques de la chapelle qu’il décorait depuis de nombreuses années dans un secret jaloux. Vasari, dépêché par le Duc et chargé de l’enquête découvre une anomalie, le mur a été repeint. Seul un artiste de talent a pu commettre le meurtre. Florence regorge d’artistes!

A ce meurtre, se mêle une affaire gênante pour les Médicis : Pontormo a peint un portrait de Maria de Medicis, fille du duc, dans une position compromettante. Il s’agit de faire disparaître le tableau.

Les deux affaires s’entremêlent, l’affaire du tableau semble prendre beaucoup plus d’importance que la découverte de l’assassin du vieux peintre.

Et pour compliquer le tout deux religieuses fanatiques, partisanes de Savonarole, mais se piquant de peinture sont mêlées à l’affaire du tableau.

Une révolte des petites mains de la peinture, broyeurs de couleurs, préparateurs des fresques, etc… s’organise. Exclus des corporations, ils tiennent des réunions secrètes….

La lectrice s’y perd un peu, mais s’amuse beaucoup en faisant de nombreuses incursions avec le smartphone dans les tableaux et fresques maniéristes. Quel plaisir de découvrir les œuvres dont il est question dans le livre.

Les péripéties autour du tableau sont rocambolesques, caché dans le cadre du lit de Cosimo, suspendu à une corde pour franchir le poste de garde de la Seigneurie, transporté dans l’inondation de l’Arno…c’est un vrai roman d’aventure.

Et voici que Vasari, pris dans une embuscade qui a mal tourné est forcé de se défendre avec une arbalète et qu’en tendant le carreau, il découvre (re-découvre) …la Perspective (?) et assène à son correspondant – Michel-Ange) toute une leçon d’histoire de l’art, de Masaccio à Uccello en passant par Brunelleschi. Echappant de peu à la mort, menacé par un Scaroncolo (oh Lorenzaccio!), il trouve le temps de faire de la théorie. Jouissif!

« C’est en vain que tu tends ton arc si tu ne sais pas où diriger ta flèche » – et moi je savais à cet instant! je déclenchais mon tir, et le carreau d’arbalète, suivant une trajectoire parfaite que mon esprit avait calculé et qu’une main invisible avait tracée dans l’air vint se ficher exactement entre ces deux yeux. Il bascula en arrière, le coup de feu se perdit dans le vide, et j’eus l’impression que la détonation me réveillait d’un long rêve d’une seconde.

Mais je n’avais pas rêvé. je m’étais souvenu de la perspective. Et voilà de quoi je veux m’entretenir, Messire Michel-Ange, mon cher maître. Dans notre soif de trouver une nouvelle manière de peindre pour surmonter, ou plutôt pour contourner la perfection atteinte nos pères et la vôtre, celle de Raphaël et celle de Léonard…..

Je ne veux quand même pas divulgâcher…et vous laisser le plaisir de vous perdre dans ces aventures et d’apprendre tout sur la peinture maniériste!

les blogueuses et blogueurs ont été nombreuses (x) à donner leur avis : Claudialucia,

Nathalie, 

eimelle

et j’en oublie sûrement que j’invite à se faire connaître….

Au Bonheur des Dames – Emile Zola

LES ROUGONS-MACQUART t11

Valloton Bon marché

 

« de l’autre côté de la rue, ce qui la passionnait, c’était le Bonheur des Dames, dont elle apercevait les vitrines, par la porte ouverte. Le ciel demeurait voilé, une douceur de pluie attiédissait l’air, malgré la saison ; et, dans ce jour blanc, où il y avait comme une poussière diffuse de soleil, le grand magasin s’animait, en pleine vente. Alors, Denise eut la sensation d’une machine, fonctionnant à haute pression, et dont le branle aurait gagné jusqu’aux étalages. Ce n’étaient plus les vitrines froides de la matinée ; maintenant, elles paraissaient comme chauffées et vibrantes de la trépidation intérieure. Du monde les regardait, des femmes arrêtées s’écrasaient devant les glaces, toute une foule brutale de convoitise. Et les étoffes vivaient, dans cette passion du trottoir : les dentelles avaient un frisson, retombaient et cachaient les profondeurs du magasin, d’un air troublant de mystère ; les pièces de drap elles-mêmes, épaisses et carrées, respiraient, soufflaient une haleine tentatrice ; tandis que les paletots se cambraient davantage sur les mannequins qui prenaient une âme, et que le grand manteau de velours se gonflait, souple et tiède, comme sur des épaules de chair, avec les battements de la gorge et le frémissement des reins. »

Le personnage principal est bien sûr le magasin qui grandit au dépend des commerces du quartier, gonfle, respire, séduit….

Deux figures traversent le roman : Octave Mouret qui était le commis du magasin et qui a épousé Madame Hardouin, la veuve du propriétaire dans Pot-Bouille. Déjà, dans ce roman, il avait pour projet d’agrandir Au Bonheur des Dames, d’acheter la boutique voisine. Au début de Au Bonheur des Dames, ce n’est plus une boutique mais un bazar et le simple commis est devenu un capitaine d’industrie qui risque tous ses bénéfice pour faire grossir l’affaire.

« Vois-tu, c’est de vouloir et d’agir, c’est de créer enfin… Tu as une idée, tu te bats pour elle, tu l’enfonces à
coups de marteau dans la tête des gens, tu la vois grandir et triompher… Ah ! oui, mon vieux, je m’amuse ! »

Denise débarque de Valognes, à peine vingt ans mais mûrie par la responsabilité de l’orpheline sur ses deux jeunes frères. Son oncle, Baudu possède une boutique en face du Bonheur des dames. Il ne peut l’embaucher mais sera une bonne référence. Les débuts de Denise comme vendeuse ne sont pas faciles. Moquées par ses collègues, il lui faut une volonté de fer pour tenir bon. Denise a du caractère. Elle saura imposer ses compétence et gravir la hiérarchie malgré jalousies et cabales. Elle ne se laissera jamais aller à se laisser entretenir. Quand à la morte saison, elle se retrouve renvoyée du magasin, elle trouve de l’aide chez les petits commerçants du quartier mais elle comprend qu’ils sont condamnés à court terme. Mouret lui donne une deuxième chance. Il est fasciné par la personnalité droite et irréductible de Denise….

Le lecteur aura droit à un véritable cours de commerce, ou de marketing.  . On pourrait imaginer le dépérissement des commerces de Centre ville concurrencés par les grandes surface. Mouret a tout inventé, les promotions, les soldes, les évènements, la publicité. On voit émerger la société de consommation. Les femmes sont choyées pour les pousser à acheter plus. Du côté du personnel, la productivité est mesurée avec des primes à la clé, dortoirs et cantine sur place, vendeurs et vendeuses sont sur place, paternalisme et surveillance.

Passionnant et encore actuel!

Autre Etude de Femme – Balzac

LECTURE COMMUNE BALZAC

Balzac

Ces rendez-vous mensuels autour d’une nouvelle ou d’un roman de Balzac m’enchantent. Lors de la dernière lecture Claudialucia avait reproché mon laxisme vis à vis de la misogynie de l’auteur. Au temps de Meetoo, on devient exigeante! J’ai tendance à pardonner beaucoup à Balzac parce qu’il m’amuse beaucoup. Le titre Autre Etude de Femme me laisser craindre encore des débordements. Promis je serai vigilante!

L’auteur nous entraîne dans une soirée mondaine, au dîner qui ne compte que des convives choisis, quand les langues se délient et que les confidences s’échangent.

« Le souvenir d’une de ces soirées m’est plus particulièrement resté, moins à cause d’une confidence où l’illustre de Marsay mit à découvert un des replis les plus profonds du cœur de la femme, qu’à cause des observations auxquelles son récit donna lieu sur les changements qui se sont opérés dans la femme française depuis la triste révolution de juillet. »

De Marsay conte un amour de jeunesse pour une femme du monde un peu plus âgée qui l’a guéri de la passion amoureuse…. et dont la conclusion est encore peu amène :

« Il y a toujours un fameux singe dans la plus jolie et la plus angélique des femmes !
A ce mot, toutes les femmes baissèrent les yeux comme blessées par cette cruelle vérité, si cruellement formulée. « 

La conversation continue par la déploration de la perte de l’image de la femme du monde d’avant la Révolution : la grande dame

« L’éventail de la grande dame est brisé. La femme n’a plus à rougir, à médire, à chuchoter, à se cacher, à se
montrer. L’éventail ne sert plus qu’à s’éventer. »

et plus loin :

« Autrefois une femme pouvait avoir une voix de harengère, une démarche de grenadier, un front de courtisane audacieuse, les cheveux plantés en arrière, le pied gros, la main épaisse, elle était néanmoins une grande dame ; mais aujourd’hui, fût-elle une Montmorency, si les demoiselles de Montmorency pouvaient jamais être ainsi, elle ne serait pas une femme comme il faut. »

Une femme comme il faut!

Qu’est-ce donc qu’une femme comme il faut dans la fin des années 1830?

La femme comme il faut paraît tout ignorer pour tout apprendre ; il y a des choses qu’elle ne sait jamais, même quand elle les sait.

[….]
la science encyclopédique des riens, la connaissance des manèges, les grandes petites choses, les musiques de
voix et les harmonies de couleurs, les diableries angéliques et les innocentes roueries, le langage et le mutisme, le sérieux et les railleries, l’esprit et la bêtise, la diplomatie et l’ignorance, qui constituent la femme comme il faut.

Balzac m’a perdue avec sa « femme comme il faut« . Si au moins il avait bâti une bonne intrigue, une histoire bien cynique, bien noire…Pour une fois, et c’est très rare, je m’ennuie. Je me suis lassée de ces conversations oiseuses, les souvenirs d’ancien militaire après la Bérézina ne m’ont pas captivée.

Comme si de rien n’était… Alina Nelega – des femmes

LE MOIS DE L’EUROPE DE L’EST /ROUMANIE

Pour ce mois de mars 2023, j’ai pris un peu d’avance dans mes lectures puisque nous serons aux Antilles.

« Notre Conducator – notre lumière divine,/Source nourricière prenant ses eaux/De Maramures et de Bucovine/ Grand timonier, chêne majestueux », Nana s’applique à appuyer sur les mots »

J’ai découvert  deux livres roumains récents Comme si de rien n’était de Alina Nelega et Iochka de Christian Fulas. L’action dans les deux ouvrages se déroule pendant l’ère Ceausescu en Transylvanie. Il m’a semblé que Comme si de rien n’était était le pendant féminin de Iochka qui mettait en scène des hommes isolés dans une vallée sauvage, très portés sur la boisson tandis que leurs fantasmes sexuels portaient sur une notion très primaire de la femme, putain, mère ou sainte ; ce qui m’avait un peu énervée. 

Que vienne le temps des varices et des poils sur le visage pour que personne ne s’excite plus en voyant ses seins
tombants – là elle sera enfin libre et moche. Mais elle ne sera toujours qu’une femme, objet digne de mépris
parce que les femmes n’ont pas le droit d’être moches, seuls les hommes peuvent puer,

« Voyons, les femmes n’ont pas accès à la fierté, à l’honneur et au courage, elles doivent être juste sensibles, délicates et vulnérables, autrement ce ne sont pas des femmes mais des hommes, et ça c’est pas permis, elles sont élevées pour pleurer et pleurnicher, pour demander aide et protection, pour montrer leurs émotions tandis qu’eux, ces braves et honorables individus, eux ils ont le droit de se soûler au lieu de pleurer et peuvent même, à la limite, donner des coups de poing pour se défouler. »

Au contraire Comme si de rien n’était est une histoire d’amour lesbien. Depuis le lycée, en 1979, Nina et Cristina s’aiment. Elles font du théâtre. Nina vient d’un milieu privilégié, sa mère est journaliste et son père architecte. Cristina est la fille d’un officier tankiste et d’une enseignante et vit sur pied beaucoup plus modeste. L’année suivante Nana sera prise dans les études de théâtre à Bucarest tandis que Cristina poursuivra des études de lettres se marie à Radu, le frère de Nana, accouche d’un fils. . Si Nana réussit sa carrière d’actrice, la vie est plus dure pour Cristina professeur de roumain dans un collège provincial qui doit batailler pour se nourrir convenablement et ne pas dévier de la ligne et du conformisme du Parti. 

« Alors la conscience de Parti elle connaît – donc le type a pas envie de la piquer, ni de la violer, ni de la manger,
il veut juste qu’elle lui prête son studio l’après-midi et le soir pendant deux semaines pour pouvoir surveiller des activités suspectes dans son immeuble, son couloir et l’étage du dessus. »

Un chapitre Le Poulet montre toutes les difficultés pour échapper à la faim et à la surveillance de la Securitate. Elle se trouve, plus tard,  mêlée à un incident qui lui vaut des ennuis avec les autorités : elle doit se soumettre à l' »organe« 

« Organes internes, organes génitaux, organes des sens – et à côté de ça, il y en a un autre, un Organe qui est au- dessus de tous les autres qui contrôle le foie, l’estomac, le cerveau – les cerveaux lui sont tous subordonnés, il faut obéir à l’Organe, aux ordres de l’Organe, l’Organe tout-puissant, le plus fort, qui décide de tout, l’Organe vous voit, l’Organe vous entend, l’Organe vous protège et il vous punit si vous avez fauté, l’homme a besoin de l’Organe, l’homme n’est pas seul dans l’univers, l’Organe est partout, comme le vent et la pluie, on ne peut pas lui résister, on ne discute pas avec l’Organe »

Après bien des péripéties, les deux amies se retrouvent, partent en vacances ensemble mais la vie n’est pas facile. Cristina ne rédige pas le livre qu’elle a commencé depuis l’adolescence, elle ne peut pas assumer toute la vérité et la médiocrité  de son existence et finalement se brouille d’avec Nana.

Nana , lors d’une tournée en Serbie de sa compagnie va passer à l’Ouest. le roman se termine avec la chute du mur de Berlin, on connait la suite  en Roumanie. Se retrouveront elles?

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt le témoignage d’une femme sur le quotidien de la vie en Roumanie au temps des Ceausescu. Témoignage politique mais surtout regard de femmes sur la vie quotidienne dans les privations matérielles et de liberté. Comment faire quand surviennent les règles en voyage et que le coton est introuvable? Comment faire quand envoyer un simple télégramme à sa voisine lui demandant de « vider la poubelle » parait à la postière un message subversif?

Un roman dense et riche, que je recommande.

 

 

Les Abeilles d’hiver – Norbert Scheuer

LES FEUILLES ALLEMANDES 2022

J’ai trouvé ce titre dans le blog Et si on bouquinait et dans celui de Dominique A sauts et  à gambades et je les remercie pour avoir recommandé ce livre qui est un coup de cœur!

Des abeilles, il est beaucoup question par ces temps d’extinction des insectes et  troubles par de guerres. J’ai donc lu Les Abeilles grises de Kourkov récemment primé Médicis étranger – récompense bien méritée. L’Amas ardent de Yamen Manaï , L’Apiculteur d’Alep de Christy Lefteri. Ces ruches sont-elles une métaphore de société idéale pacifiée, industrieuse, douce comme le miel pour une humanité déchirée? L’apiculteur un modèle de sérénité dans le monde troublé par la guerre?
Les abeilles sont aussi les sentinelles de la nature, les ouvrières de la pollinisation. Leur destruction ayant pour conséquence celle des récoltes et finalement de l’humanité? 

Dans Les Abeilles d’hiver se mêlent trois histoires.

 

J’ai toujours été un marginal, peut-être à cause de la maladie qui, déjà, a fait de moi un marginal dans ma
jeunesse, me coupant de la vie dans mon village natal.

Depuis la guerre, il n’y a presque plus de médicaments, surtout pour quelqu’un comme moi qui, pour la
Volksgemeinschaft, n’a aucune valeur et qui, d’après l’idéologie du régime, est un parasite qui devrait être
supprimé.

L’histoire de l’apiculteur, Egidius Arimond, épileptique que les nazis ont stérilisé, évincé du métier d’enseignant de Latin et de Grec et qui n’a échappé à l’élimination physique que grâce à l’influence de son frère glorieux aviateur, héros de la Wehrmacht. Exclu de la guerre, il consacre sa vie à ses ruches et passe le reste de son temps dans la bibliothèque de sa ville où il donne des leçons particulières de latin et traduit des manuscrits médiévaux. Pour se procurer l’argent nécessaire à l’achat de ses médicaments indispensable pour éviter les crises, il est aussi passeur pour des Juifs cachés qui fuient vers la Belgique proche. Passeur pour de l’argent, mais aussi parce que c’est un homme juste qui traite avec bonté les fugitifs. 

La tâche des abeilles d’hiver qui vivent maintenant est de garder au chaud la nouvelle génération de larves
attendue au printemps, de les protéger, de les nourrir et d’assurer ainsi la survie de la colonie. Pendant la saison
froide, elles maintiennent la température dans leur ruche à environ vingt degrés, ce qui est juste assez chaud pour les empêcher de geler, elles et leur reine.

[…]

les abeilles d’été butinent si inlassablement qu’elles meurent d’épuisement au bout de quelques semaines et sont ensuite systématiquement remplacées par une nouvelle génération.

Histoire des abeilles. Le lecteur apprend de nombreuses notions sur la vie des ruches au cours des saisons, les soins qu’on leur apporte, les dangers.

ruches dans troncs à l’horizontale!

 

Histoire d’un moine, le bénédictin Ambrosius, venu d’Italie avec des abeilles italiennes, ancêtre de l’apiculteur qui a écrit sur des parchemins des notes précieuses conservées dans le monastère. Il raconte le difficile périple à travers des Alpes d’une caravane transportant des manuscrits précieux et le coeur embaumé de Nicolas de Cues, un proche conseiller du pape. Les écrits du moine conservent aussi des observations sur l’apiculture au 15ème siècle.

Je voudrais me souvenir du chant de mes abeilles. Mais chaque fois que j’essaie, il se transforme en grondement et en sifflement de chasseurs-bombardiers. J’ai peur de ne plus pouvoir sortir un jour de cet autre monde dans
lequel j’ai atterri.

[…]
vais voir les abeilles, je mets à nouveau mon oreille contre les ruches et je les entends fredonner très doucement, chaque ruche a une mélodie différente, qui lui est propre. Elles vont bien, les bombardements ne semblent pas les déranger du tout.

 

A ces trois aspects,  on pourrait aussi ajouter le thème des avions de guerre qui fascinent Egidius. Son frère, l’aviateur lui sauve la vie et les deux frères se sont toujours intéressés à l’aviation. D’autre part, le village de l’Eifel où se déroule le roman est bombardé ces années 1944 et 1945. Les bombardiers sont donc un élément du quotidien des habitants. Ce thème ne m’a pas passionné même si le contexte de la guerre est essentiel au déroulement de l’histoire.

Le roman est un journal intime que rédige Egidius, les écrits médiévaux sont aussi des feuilles d’un journal. J’ai beaucoup aimé le ton de confidences, précis employé par Egidius qui mêle ses démêlés avec le pharmacien et ses relations avec les femmes du villages, ses crises d’épilepsie et sa vie quotidienne.

Livre sensible, complexe dans le contexte de la fin de la Deuxième Guerre, historique et naturaliste.

la Maison Allemande – Annette Hess – Actes Sud 2019

LETTRES ALLEMANDES 2022

 

Pour commencer ces Feuilles allemandes, j’ai cherché un livre récent.

Annette Hess, la romancière, est née en 1967 à Hanovre est une scénariste pour des séries historiques. 

La Maison Allemande se déroule à Francfort en 1963 au moment du « second procès d’Auschwitz ». A sa parution en Allemand en 2018, il a connu un grand succès et fut traduit dans de nombreuses langues. Dans une interview Annette Hess reconnait que la thématique d’Auschwitz est très populaire actuellement et qu’elle a fait bien  attention à ne pas tomber dans cette littérature d’Auschwitz faisant appel à un certain voyeurisme qu’elle qualifie de « kitsch« . 

La Maison allemande est le nom du restaurant des parents de l’héroïne. Eva Bruhns est traductrice polonais-allemand, elle est amoureuse d’un riche commerçant qu’elle doit présenter à ses parent. C’est aussi une jeune fille naïve qui ignore tout du passé de sa famille quand elle est appelée comme interprète au procès qui va s’ouvrir. 

Son fiancé et sa famille ne sont pas favorables à l’engagement d’Eva comme interprète pour des raisons diverses : Jürgen, le fiancé, ne veut pas que sa femme travaille, même avant le mariage, il lui ordonne de renoncer à ce projet. Ses parents savent qu’elle risque de découvrir l’histoire sombre de la famille qui  a participé à l’Holocauste et n’en a rien raconté. D’ailleurs, selon l’auteure, en 1963, 70 % des Allemands s’opposaient à la tenue du Procès d’Auschwitz; préférant faire silence sur ce passé gênant.

Traduisant les témoignages, Eva prend conscience de l’horreur, des images lui reviennent, elle se trouvait, petite fille aux portes du camp.

Ce roman, tout en délicatesse, montre comment elle prend connaissance des faits que les accusés nient avec vigueur. Eva s’implique de plus en plus dans le procès et découvre ainsi une nouvelle volonté, une personnalité qui lui permet de s’affranchir de son avenir de femme au foyer soumise à son riche mari. De même, elle s’affirme en quittant la maison familiale pour mener une existence indépendante.

Difficile pour elle d’admettre que ses parents ont participé au « système » nazi, comme beaucoup de leur génération.