Shlomo le kurde – Samir Naqqash

 

Comment ai-je trouvé ce livre? D’après les algorithmes d’Amazon ou les propositions de Babélio? Le titre m’a interpellé : Shlomo , prénom juif, suivi de kurde. Les Kurdes (à part mes petites élèves) je  ne les connais que d’après la télévision (guerres en Irak ou en Syrie et politique turque).  De leur culture, juste un film : My sweet Pepperland. J’étais donc très curieuse du Kurdistan. L’auteur m’était inconnu, Samir Naqqash, né à Bagdad en 1938 – mort en 2004 en Israël, écrivain juif de langue arabe, considéré par Naguib Mahfouz comme « l’un des plus grands auteurs à écrire en arabe aujourd’hui« .

Enchevêtrement des identités:

 

 

 

 

Au début du livre en 1924, en partance  de Bagdad vers Bombay,  Shlomo se présente :

« Un nasillard bredouillant, un métis, un Kurde juif perse, azéri et bagdadien, un voyageur en route vers l’Inde. Moi! j’étais tout  cela à la fois »

il affirme:

« Je suis Shlomo le Kurde! Un Kurde borné, aussi fort que les montagnes du Kurdistan, aussi résistant que les arbres d’Azerbaïdjan! …un homme pieux, pratiquant, plein de bons sentiments…. »

et à nouveau:

« Je suis un Kurde, borné, mon corps élancé et souple est un cyprès dressé sur la terre du Kurdistan, un chêne que ne peut déraciner même la pire des tempêtes, mon cœur est fait de ces pierres où j’ai grandi, il n’est pas lâche, il ne bat pas à cause de la peur… »

Ce chêne indéracinable a pourtant pris le chemin de l’exil à la fin de la Première Guerre Mondiale une première fois et en 1941, chassé de Bagdad par un pogrom pendant la Seconde Guerre Mondiale 

C’est avant tout un commerçant habile  voyageant de Sablakh dans le Kurdistan iranien, jusqu’à Istanbul, Moscou, Téhéran puis de Bagdad vers l’Inde. C’est un homme honorable à qui on avait délégué la garde de la synagogue de Sablakh. Polyglotte qui servit d’intermédiaire entre la communauté juive et les ruses quand ils occupèrent la ville. 

Multiplicité des langues

Comme juif « le djebali, c’est le nom de l’araméen des montagnes?- C’est la langue des Juifs depuis l’époque où les Assyriens nous ont capturés? […] – Et l’hébreu? – C’est la langue de notre Torah et aussi celle du Midrash »

Il parlait en persan, en kurde et en azéri qui étaient les langues de sa ville. En russe et en turc pour faire du commerce. Installé à Bagdad , il appris l’arabe de Bagdad puis l’anglais, le hindi….Sur sa boutique l’enseigne était « Shlomo le kurde » le premier à avoir importé des vêtements de seconde main, marchandise qu’il avait découverte à Bombay.

Shlomo le Kurde est un personnage! Presque centenaire, il raconte ses souvenirs, ses amours, Esmer et Esther, à Sablakh, il était bigame et cela ne semblait scandaliser personne.

Au delà du personnage de Shlomo c’est l’histoire des persécutions des Juifs, liquidation de la communauté de Sablakh puis du pogrom de Bagdad le Farhoud qui eut lieu le 1 et 2 juin 1941 alors que les Britanniques qui occupaient l’Irak se replièrent et que la population pro-nazi  se déchaîna.

C’est aussi l’histoire de Sablakh (Mehabad)pendant la Première Guerre Mondiale . Petite ville perse aux confins du royaume du Shah-an-shah qadjar, dans les montagnes du Kurdistan, à l’ouest de l’Azerbaïjan iranien, elle était peuplée de musulmans et juifs et chrétiens.

« …personne parmi les sages de Sablakh, pas même ceux qui ressemblaient aux prophètes, n’avait prévu que la belle et paisible Sablakh tomberait elle aussi dans le gouffre de ce maudit conflit, que les deux pinces de la tenaille se refermeraient sur elle – l’empire tsariste d’une part, les Ottomans et les Allemands de l’autre. Une tenaille tyrannique qui allait écraser Sablakh… »

Le Shah avait déclaré la Perse état neutre dans la guerre, ce qui n’empêcha pas les armées du Tsar de venir l’envahir, suivis des alliés ottomans et allemands. La ville fut successivement occupées par les belligérants qui terrorisaient la population locale. Les musulmans soutenaient leur coreligionnaires ottomans tandis que les russes les massacraient. Des luttes fratricides entre les seigneurs locaux envenimaient la situation. Des factions pro-bolcheviks compliquaient encore les alliances. Aux combats sanglants qui se déroulaient,  les hivers rigoureux, la neige, le froid, rendaient la vie encore plus pénible. Vint la famine que l’auteur décrit très vivement, ironie et tendresse, le récit est poignant. Contre tous ces malheurs, les voisins s’organisent, la solidarité est grande. Après 4 années d’enfer, Shlomo devra prendre le chemin de l’exil.

Est-ce parce qu’il a été écrit en arable par un israélien que ce livre majeur est pratiquement oublié?

 

 

 

Jusqu’à la mort – Amos Oz

LITTÉRATURE ISRAÉLIENNE

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Jusqu’à la mort rassemble deux longues nouvelles d’une centaine de pages chacune.

Jusqu’à la mort se déroule en 1096. Guillaume de Touron, à la tête d’une petite troupe de chevaliers et de vilains se dirige vers Jérusalem, Claude-le-bossu tient chronique de cette croisade. Libérer les lieux saints ne semble pas la préoccupation principale des croisés. En permanence, la persécution des Juifs est consignée dans le récit de Claude.

Au le début de l’été, au milieu de la moisson de l’orge, le négociant juif fut l’objet de soupçons. il fut mis à mort en toute justice pour avoir protesté de son innocence avec énergie. Le spectacle du Juif sur le bûcher aurait dû dissiper ‘ennui et l’angoisse qui s’était emparée de nous depuis le printemps….le Juif se consumant, rèussit à tout ternir en proférant une injure typiquement juive à l’adresse du sieur Guillaume[…]Et bien entendu, on ne put châtier le malheureux pour avoir proféré des injures car ces Juifs-là sont de nature à ne brûler qu’une seule fois…. »

Juifs réels ou supposés. Les chevaliers persécutent les Juifs des villages qu’ils traversent et qui se cachent à leur passage. Quand ce sont des commerçants ou un simple colporteur, ils les dépouillent de leur richesse. Une mère et son enfants, dans l’imagination des Croisés deviennent des bêtes sauvages

« une véritable louve extirpée avec son petit de son repaire dans un tas de foin. La juive ouvrait la gueule aux dents blanches pointues qui n’avaient rien d’humain… »

A la suite un pogrom particulièrement terrible où un village est brûlé, même une maison ne renfermant que des livres anciens, la troupe des Croisés rencontre l’hiver , les grandes pluies d’hiver et le froid. Ils perdent de vue l’objectif premier de la libération des lieux saints. Ils vont jusqu’à se soupçonner les uns les autres d’être Juifs…

« quelque chose lui disait que cet endroit lui était étranger et que Jérusalem n’était pas au bout du voyage. …que Jérusalem n’était pas la Cité de Dieu et qu’Andréas était peut être le Juif caché…. »

Équipée hallucinée dont le but ne peut être que la mort.

La seconde nouvelle Un amour tardif  a pour personnage un conférencier vieillissant et solitaire qui va de kibboutz en kibboutz animer des soirée sur le thème des juifs russes persécutés dans les années 50 ou 60, injuriant les Bolcheviks qu’il a bien connu, ayant lui même fait la Révolution en Russie.

Après l’antisémitisme médiéval de la première nouvelle , voici l’antisémitisme politique soviétique, doublé de l’antisémitisme traditionnel russe. C’est donc cette permanence de la haine des juifs qui fait l’unité du recueil de nouvelles. Aussi ce glissement vers la mort de l’arrivée de la vieillesse, de la maladie, la décadence.

Autant le style de Jusqu’à la mort est dépouillé, incisif, autant un amour tardif  fait languir le lecteur. J’ai pensé l’abandonner avant la fin, vraiment démodé et désuet? Qui se souvient de Berl Katzenelson, dont le portrait orne le bureau du vieux conférencier. Qui se souvient que Golda Méir fut Golda Meyerson?

 

 

 

Amos Oz – diverses lectures d’après mes vieux carnets….

LITTÉRATURE ISRAÉLIENNE

 

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Lire le Monde a choisi Amos Oz pour thème de lecture commune.

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Je suis cet auteur depuis très longtemps, depuis Mon Michael (1968)qui est un des rares livres que j’ai lus en VO en hébreu. Il faudrait que je le relise d’ailleurs car j’ai plus souvenance de mes efforts de déchiffrage que de l’histoire.

 

 

 

 

Seule la mer (2002)

amos-ozseule-la-mer_Noté roman, par l’éditeur. Surprise, j’ouvre le livre et découvre des poèmes en vers libres. ! C’est pourtant un roman, très beau. Poésie israélienne, très prosaïque en même temps très littéraire, biblique. Les références au Cantique des Cantiques à l’Ecclésiaste à Job et à la Genèse sont flagrantes. Les amours pudiques, inachevées. J’ai beaucoup aimé.

 

Une Histoire d’Amour et de Ténèbres (2004)

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Je n’ai pas été déçue ! Parfois, rarement, il me semble qu’un livre a été spécialement écrit pour moi. C’est le cas ici. Et il tombe également au bon moment. Je l’ai entamé en même temps qu’Arafat s’est éteint à Paris. Cette lecture me paraît l’antidote à la célébration mortifère de l’ancien dirigeant palestinien. Je ne peux me départir d’un certain scepticisme. Et en tout cas, pas de cette négation totale d’Israël. Sans rien ôter à la grandeur du personnage, j’ai besoin du contrepoids du camp de Shalom Akhshav que représente Amos Oz. Cela pour le contexte politique actuel.

Même dans d’autres circonstances, j’aurais été aussi admirative de ce livre. Tout un univers est ouvert : aussi bien au début l’univers de toute la littérature hébraïque : Agnon, Tchernikowski, Bialik ainsi que tout le contexte du schtetl sans lequel on ne peut pas comprendre la génération des premiers pionniers d’avant la création de l’Etat Juif.

Vilna, Odessa, la Pologne, la Russie du début du 20ème siècle sont magistralement évoqués.

Puis à Jérusalem, je découvre toute une frange de la société lettrée, même érudite, que je soupçonnais sans la connaître : frange révisionniste alors que je ne connaissais que le côté travailliste et haloutsique de la construction du Yechouv. Intéressante évocation de Menahem Begin au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Je n’ai toujours connu que le point vue de  de l’Hashomer Hatzair.

Émouvante évocation des parents de l’auteur. Histoire tragique du suicide de la mère. Comment un petit garçon devient un immense écrivain. Et comment le fils de professeurs de droite devient un kibboutznik !

 

Une panthère dans la cave (1997)

amos-oz-une-panthere-dans-la-caveEcrit avant  : Une Histoire d’Amour et de Ténèbres, mais que j’ai découvert quelques temps plus tard. Dans la même veine que le précédent. Un enfant, en 1947, dans une famille d’intellectuels polonais, se fait traiter par ses copains de « traître » parce qu’il échange des leçons d’hébreu contre des leçons d’anglais avec un sergent britannique. Jérusalem de la fin du Mandat britannique. Lieux et période familiers… il me semble que cette époque fait déjà partie de mon histoire personnelle même si elle se déroule avant ma naissance. Jérusalem des années d’après guerre  m’est moins étrangère que ce qu’elle peut devenir actuellement. L’enfant amoureux des mots, des dictionnaires et des encyclopédies est extrêmement attachant.

 Soudain dans la forêt profonde (2005 en français 2008)

amos-oz-dans-la-foret-profondeUn conte dans un village imaginaire. Les animaux ont disparu. Interdit de les évoquer ou d’imiter leur chant sous peine de réveiller des sentiments mêlés de culpabilité ou de moqueries. Un enfant, un peu simplet, s’enfuie dans la forêt, il revient atteint d’une étrange maladie : il hennit comme un poulain et se coupe de la société des hommes. L’institutrice, vieille fille moquée, tente d’instruire les enfants en leur montrant des images d’animaux. Deux enfants partiront chercher les animaux dans une étrange forêt enchantée.

Après j’ai consigné mes lectures dans mon blog et je colle ici quelques liens:

 

Vie et mort en quatre rimes 

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Dernièrement Judas qui est un très grand livre.  Je suis surprise en relisant mes notes de retrouver le lien avec la panthère dans la cave dans le thème du Traître.amos-oz-judas

Pour la Lecture commune, j’ai cherché un titre ancien que je n’avais pas lu : Jusqu’à la mort (1971) composé de deux nouvelles d’une centaine de pages chacune, la première se passant au temps des Croisades la suivante Un amour tardif ayant pour personnage un conférencier vieillissant dans le mouvement kibboutzique.

Par ailleurs, je ne retrouve plus le billet sur les Scènes de la Vie villageoise (2010).

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Une nuit Markovitch – Ayelet Gandar Goshen

LITTÉRATURE ISRAÉLIENNE

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J’étais impatiente de lire une jeune auteure israélienne (née en  1982) alors que je suis depuis longtemps l’ancienne génération Amos Oz(né en 1939), Grossman(1954) A B Yehoshoua(1936). Présentée comme militante pacifiste par Le Point. Le livre était qualifié de feel good book et les billets des blogueuses et de Babélio étaient élogieux.

Je me suis donc empressée de le télécharger.

Dès les premières pages, j’ai été plutôt décontenancée. Yaakov Markovitch et son ami Zeev Feinberg, héros et anti-héros m’ont paru plutôt caricaturaux. J’aurais pu m’attacher à Markovitch, le personnage fade que personne ne remarque. Zeev Feinberg dont la caractéristique la plus marquante est d’avoir de belles moustaches m’a franchement agacée. Quand au « numéro2″ de l' »Organisation » -copie-collé de Feinberg, il n’a même pas la moustache. Ces beau machos partent sauver des juives en Europe. Quelle Europe? Existe-t-il un pays qui s’appelle l’Europe? Allemagne, Autriche, Pologne…..on ne sait pas. C’est une Europe mythique, dématérialisée. D’ailleurs la Palestine n’est pas mieux lotie. Je sais qu’il y avait un Mandat Britannique, mais on ne rencontre pas un Anglais, des Arabes, on n’en voit que morts. Quant au « village » il n’a pas de nom ni de localisation précise, c’est « le village ». Sans doute dans le nord, puisque Markovitch va voir une prostituée à Haifa… mais  ce village est tellement indéterminé que je n’arrive pas à le visualiser. Quant au village arabe voisin, il n’apparaît que bien tard dans le roman: abandonné.

Même si on veut que le récit soit mythique, plutôt un conte que réaliste, il faut quand même un petit effort de contextualisation.

C’est une histoire – des histoires – d’amour. L’histoire de Markovitch, que le sort lie, pour une traversée à la plus belle femme qui puisse exister, et qui refuse de délier ce sort et reste marié à Bella qui ne veut pas de lui. L’histoire de Sonia, la lionne, à la fragrance d’orange avec Zeev, qui la trompe mais l’aime! Qu’est-ce qu’elle lui trouve?

Histoire de filiations, d’enfants aux géniteurs incertains.

Et que font les femmes là-dedans? Elles ne sont surtout pas des combattantes,   ni des agricultrices (monsieur cultive la terre). Elles aiment, font des bébés et accessoirement Sonia milite – pour l’intégration des femmes, pas pour autre chose, et surtout pas dans la politique. Ce n’est pas le souvenir que j’avais des  pionnières.

Feel good book? moi, il m’a agacée.

 

 

La Figurante – Avraham B Yehoshua

LITTÉRATURE ISRAÉLIENNE

la figurante

Je me suis attachée à l’héroïne du roman : Noga, la harpiste, qui vient pour trois mois occuper l’appartement de son enfance à Jerusalem tandis que sa mère fait un essai dans une maison de retraite à Tel Aviv. L’univers de AB Yehoshua, m’est un peu familier, je suis ses romans toujours avec plaisir.

Plusieurs thèmes traversent le livre. La musique, bien sûr puisque le personnage principal est une musicienne. Jolie interprétation de la Mer de Debussy avec des variations inattendues, la musique comme exorcisme du tsunami, la mer/la mère…Evocation agréable de la vie d’un orchestre, la vie quotidienne, les déplacements, aussi les temps morts des interprètes d’instruments qui ne sont que rarement sollicités comme la harpe.

Le désir d’enfant ou le refus d’en porter joue un rôle croissant à mesure qu’on progresse dans la lecture. Noga, femme libre, la quarantaine, n’a jamais voulu avoir d’enfant. Au début cela paraît très simple, il s’avère que la question est plus complexe…

Le quartier où Noga a grandi, se « noircit » se peuple de plus en plus de juifs orthodoxes, la coexistence entre les laïques et les religieux est-elle impossible? Cette question se pose à Jérusalem. La réponse de la mère de Noga est d’une grande tolérance. Ses voisins orthodoxes sont finalement plus ouverts qu’on ne l’imagine.

Noga, pour meubler les trois mois sans activité, fait de la figuration dans des films. Les épisodes des tournages montrent le milieu du cinéma sans prétention artistique, sans égo des acteurs ni exigences des metteurs en scène. Parmi ses collègues-figurants, une amitié  pourrait  se nouer. Rien n’est vraiment important : Noga dans cette parenthèse provisoire est figurante dans les films tournés mais aussi dans sa vie.

 

Un cheval entre dans un bar – David Grossman

LITTÉRATURE ISRAÉLIENNE

grossman un cheval entre

Le titre un peu bizarre fait allusion à une blague (mauvaise) que Dovelé raconte dans son spectacle. Le roman relate un « stand up » dans une boîte de Netanya. Pas plus que le narrateur – Avishaï, un ancien juge, ami d’enfance de Dovelé – je ne prise ce genre de spectacle. Je suis entrée sans enthousiasme dans le récit.

Au début Dovelé, se pliant au genre, en fait des tonnes, interpelle des spectateurs, les provoque , gesticule, trépigne, gigote  sur le mode grivois, même vulgaire

« Dis-moi, poupée, ça te paraît normal? je suis là à me casser le cul à te faire marrer et tu envoies des textos »

Alors qu’il s’acharne sur une petite dame au maquillage trop rouge et à la coiffure un peu ridicule, il découvre (?) que cette dame était sa voisine du temps de son enfance

« tu es l’enfant qui marchait sur les mains »

« le public fasciné par ce qui se déroule devant lui : le tissu de la vie qui se métamorphose en une bonne blague »

Des blagues, c’est cela que le public vient chercher!

« merci d’être là, on va passer une soirée d’enfer! »

Et là, il en fait des tonnes, « Minute qui est resté à la maison pour cogner sur les Arabes? Comme cela, au débouté, vous venez rigoler avec nous, vos dédommagements pour l’évacuation des implantation, c’est maintenant! »

C’est trop! Dovelé continue sur cette veine démagogique et me met mal à l’aise. Heureusement que je connais Grossman et que je lui fait entière confiance! « Cela vous dit de boucher les puits palestiniens pour le petit déjeuner, braves gens? » le public le suit avec enthousiasme. Mais la bonne fée est lunatique « C’est nous qui allons chanter Biladi, biladi…« Le public cogne sur les table, siffle.

L’humoriste change de registre, il sait reconquérir son public, raconte des blagues. C’est ce que les spectateurs attendent….

Un stand up comme une psychanalyse. C’est aussi cela le spectacle : du sentiment, des émotions. Là encore, Dovelé en fait beaucoup. Il livre en pâture son enfance, son père, le coiffeur qui recyclait aussi des textiles, sa Maman qui a passé la Guerre cachée dans un wagon en Pologne….les berceuses en yiddish…Il en arrive à l’épisode le plus intime : son premier enterrement. Peut on faire rire avec un enterrement? Apparemment oui, même si c’est difficile et risqué. Le public suit encore « ap-plau-dis-sez la mort! » « Et presque toute « l’assistance hurle et bat des mains en rythme« .

La deuxième partie du livre prend une nouvelle tournure. On oublie le comique, le récit est poignant. Une partie de l’assistance déserte la salle. On suit l’enfant – « l’orphelin » – dans la camionnette qui l’emmène à l’enterrement  sans qu’il ne sache lequel de ses parents est décédé. Les blagues sont pathétiques. Pourquoi l’humoriste se livre-t-il ainsi?

J’ai préféré Une femme fuyant l’annonce qui est un livre magnifique mais Un cheval entre dans un bar m’a scotchée.

 

 

Judas – Amos Oz – l’éloge de la traîtrise?

LITTERATURE ISRAELIENNE

Judas
couverture de l’édition en portugais

Merci à Babelio et aux éditions Gallimard de m’avoir permis de lire en avant première Judas d’Amos Oz avec le plaisir de la la découverte!

Amos Oz est un auteur que je suis depuis longtemps. J’ai toujours plaisir à me plonger dans son univers. Judas se déroule à Jérusalem dans l’hiver 1959-1960. La ville est encore divisée. Le souvenir de La Guerre d’Indépendance et du siège de Jérusalem est encore présent.

Schmuel Asch est étudiant. Il rédige un mémoire sur Jésus dans la tradition juive. Son amie vient de le quitter, son père, de faire faillite. Il trouve un travail singulier : tenir compagnie à un septuagénaire infirme, Wald, quelques heures en soirée, lui faire la conversation, lui servir du thé… en l’échange du gîte et du couvert. Dans la maison règne Atalia, femme belle mais étrange, qui fascine Schmuel.

Schmuel est un garçon sensible mais véléitaire, maladroit, révolutionnaire, solitaire. J’ai mis du temps à m’attacher au personnage « révolutionnaire de pacotille, tout juste bon pour le café du commerce… » . Son histoire d’amour pour Atalia, plus âgée que lui, indépendante qui joue de son pouvoir de séduction, ne m’a pas intéressée. Ce genre d’histoire ne mène à rien, Wald l’avait prévenu dès le début.

Un des thèmes de ce roman est la perception de Jésus par les Juifs au cours des siècles et les rapports entre le christianisme et la judéité de Jésus. Controverses moyenâgeuses perverses auxquels les rabbins et érudits doivent se soumettre…

« Ce qui ne m’empêche pas de me demander ce que seraient devenus le monde et les Juifs s’ils n’avaient pas rejeté Jésus. Je n’arrête pas de penser à celui qui l’a livré à ses ennemis pour trente pièces d’argent. Cela vous paraît logique à vous?Judas était riche et possédait des terres à Kerioth, paraît-il. Trente pièces d’argent! Trois fois rien. Le prix moyen d’un esclave.

Le personnage de Judas : le traître, dans la tradition chrétienne, le Juif, lui paraît essentiel. Que Jésus soit juif ou pas, n’est pas le plus important dans le rejet des Juifs par les Chrétiens, c’est plutôt l’identification des Juifs à Judas, le traître. L’hypothèse de Schmuel est que Judas est au moins aussi important que Jésus dans la naissance de la nouvelle religion.

Ce serait lui qui aurait orchestré la crucifixion croyant  que le  miracle aurait lieu qui persuaderait toute l’assistance,  et tout Jérusalem, de la mission de Jésus. Judas aurait eu trop confiance. Plus que Jésus lui-même, qui ne voulait pas aller à Jérusalem.

En revanche, Shealtiel Abravanel, le père d’Atalia, est un personnage original et passionnant dont on découvre l’identité et les idées au cours du roman. Schmuel va mener l’enquête aux archives pour comprendre comment ce dirigeant sioniste a disparu de l’actualité à la veille de la résolution de l’ONU donnant naissance à l’Etat d’Israël. L’unanimité s’est faite autour de Ben Gourion pour la partition de la Palestine et la création d’un Etat juif. Unanimité sauf Shaltiel Abravanel contraint de démissionner. Abravanel, le traître, qui s’est cloîtré dans la maison où travaille Schmuel.

« Ils l’appelaient traître parce que, en 1947 et même en 1948, en pleine guerre d’indépendance, il ne démordait pas de l’idée que la décision de créer un Etat juif constituait une erreur tragique. »

Le thème du traître met en parallèle Judas et Shaltiel Abravanel. Encore faut-il définir la traîtrise!

« Il écouta Schmuel s’étendre sur le mot « traître » qu’il fallait plutôt interpréter comme un titre d’honneur. »

Traîtres, le Général de Gaulle, qui a donné l’indépendance aux Algériens? Le prophète Jérémie? Abraham Lincoln?, les officiers allemands qui tentèrent d’assassiner Hitler? Théodor Herzl fut accusé de traîtrise parce qu’il avait envisagé la création d’un Etat Juif hors de Palestine. Même Ben Gourion quand il accepta la partition du pays en deux états…..

Ce livre s’inscrit aussi dans une réflexion sur la création de l’Etat Juif, remet en causse une unanimité aussi bien dans la Communauté juive que dans le concert des nations à l’ONU en 1947-48.

Abravanel : « Après de longues années de discussions avec ses amis en Palestine et dans les pays voisins, il était parvenu à la conclusion que la principale préoccupation des Arabes tournait autour de la supériorité des juifs en matière de compétence, de technologie, d’ingéniosité et de motivation[….]d’après lui, il redoutait moins le petit embryon sioniste que le géant destructeur qu’il contenait en germe… »

Abravanel, qui se disait sioniste et qui avait travaillé dans les institutions sionistes du temps du Mandat britannique  en arrivait à une remise radicale de la notion d’Etat :

« Abravanel ne croyait pas à l’idée d’un état. Pas même binational. ni à une confédération judéo-arabe. Pour lui, un monde morcelé en une centaine de pays avec des postes-frontières, des barbelés, des passeports et des drapeaux, des armées et des monnaies différentes était une illusion archaïque, primitive, meurtrière, un anachronisme qui ferait long feu…. »

Les idées d’Abravanel, si décalées, si minoritaires, peuvent elles trouver un écho actuellement? Le roman qui se déroule il y a plus d’un demi-siècle, ne le dit pas.

Le dernier jour d’Yitzhak Rabin – Amos Gitaï

le dernier jour d'Yitzhak2h33, d’une enquête minutieuse avec images d’époque (images de caméras de surveillance  auxquelles nous nous sommes malheureusement habitués),  reconstitutions avec sang, et sirènes , auditions des témoins, interrogatoires répétitifs….archives de télévisions.

L’enquête ne cherche pas le coupable. Nous le connaissons, Yigal Amir ne nie pas le meurtre, il le revendique. Le faits, non plus, l’assassinat s’est fait devant foule de témoins.

L’enquête de la Commission officielle cherche à établir les défaillances du système de sécurité. Qui a été négligent? La police, les services secrets, la garde rapprochée, le chauffeur. Tous seront interrogés sous nos yeux. Le juge pointilleux lève des contradictions dans leurs discours, met en évidence des failles. Jamais le contexte politique ou religieux ne sera analysé. Ce n’est pas faute d’avoir été questionné par les témoins. La Commission n’enquêtera pas là-dessus. Ce n’est pas sa mission!

Et pourtant alors, comme maintenant, la question importante est celle-ci: qu’est-ce qui a permis et même légitimé aux yeux de certains l ‘assassinat de Rabin?

Comment la violence inouïe qui régnait alors dans la rue, avec appel au meurtre, cercueil promené publiquement, menaces ouvertes, n’avait-elle aucune part dans les causes de l’assassinat.

Violence y compris dans l’enceinte de la Knesset, où l’opposition ne laissait pas le Premier Ministre s’exprimer. Délégitimation du gouvernement démocratiquement élu. Analogie avec Pétain…appels à la résistance.

Violence de la colonisation

Condamnations religieuses,  malédictions d’un autre temps. Je n’aurais jamais imaginé qu’au XXème siècle une malédiction proférée par quelques barbus pût aboutir. Quoique au 21ème….Cela rend ce film encore plus nécessaire!

Non ce n’est pas un thriller comme la bande-annonce le suggère. Ce serait plutôt un opéra funèbre.

Amos Gitaï a construit le documentaire, il le dit lui-même,  comme un architecte. Ce n’est pas un documentaire-télé mais une oeuvre magistralement construite. En ouverture, une longue interview de Shimon Peres trouve son symétrique avec les mots de la fin de la veuve, Lea Rabin. Habilement entremêlées les images d’archives et la fiction, le sang qu’on ne voit jamais à la télévision, présent comme dans un film, qui heurte et nous choque. Lancinantes les phrases du juge. Les longueurs ne sont-elles pas voulues?

Ma première émotion a été de retrouver a voix de Rabin inoubliable.

Tsili – Aharon Appelfeld

LITTÉRATURE ISRAÉLIENNE 

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Dans le Garçon qui voulait dormir, les Partisans,et... Appelfeld puise dans son expérience personnelle, sa vie errante dans les forêts de Bucovine ou d’Ukraine au cours de la Seconde Guerre mondiale. Pas plus que dans les romans précédents, il n’écrit d’autobiographie. Il s’agit de fiction. Le témoignage est celui d’un romancier qui met en scène des personnages romanesques complexes avec leur histoire propre. Depuis que je suis cet auteur je n’ai aucune impression de répétition ou de redite. Bien sûr, le décor change peu : forêt, marais et montagne mais l’histoire est différente. Richesse de l’âme humaine et de cette humanité juive, finesse de l’observateur qui ne se limite pas aux archétypes et fait surgir des personnalités.

Tsili, fillette de 12 ans, peu éveillée, est peu douée alors que ses aînés cherchent à réussir socialement par une bonne éducation et des concours. La famille n’est pas pratiquante, un vieil homme l’ initie aux rudiments de la religion puisque l’école est pour elle un échec. Alors que la menace se précise pour les Juifs en 1942, on la laisse garder la maison tandis que le reste de la famille prend la fuite . 

Tsili

Livrée à elle- même Tsili découvrira seule les moyens de survie. Tantôt, elle sera sauvageonne dans la forêt, tantôt, elle sera servante de paysans à qui elle cachera ses origines juives.

Dans la forêt, elle rencontre Marek homme marié qui a fuit les camps. Une vie commune s’organise dans un abri qu’il a creusé. Un jour Marek descend de leur montagne :

« L’homme n’est pas une taupe, cette position couchée est déshonorante »

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Il ne remontera plus. Tsili porte un  enfant de lui. La guerre prend fin et Tsili rejoint les colonnes de réfugiés qui traversent l’Europe avant d’arriver à la mer où ils embarquent vers la Palestine. La fin du roman conte leur errance. Tsili est devenue une femme. 

J’aurais dû lire le livre avant d’aller voir le film d’Amos Gitaï qui n’est pas une adaptation du roman. Plutôt une illustration, une inspiration, comme la chorégraphie qui lui sert de prologue. Oeuvre minimaliste. Tsili est figurée d’abord comme sauvageonne puis comme errante. Amos Gitaï n’a rien retenu de la servante battue par les paysannes, ni de la mendiante, de celle qui troque des vêtements contre la nourriture. La bande sonore raconte plus que les images. Bruits de fusillades. Bruits de la forêt. Il faut également être attentif à la langue, alternance de yiddish et d’Allemand, russe aussi.

Tsili film d’Amos Gitaï

TOILES NOMADES

Tsili

Je suis une fan inconditionnelle d’Amos Gitaï et de Aharon Appenfeld qui a écrit le roman  Tsili. Il fallait donc que je voie le film. Mais peut être aurais-je dû lire le livre avant. J’aurais sans doute mieux suivi cette oeuvre a-typique. Amos Gitaï sait raconter une histoire en utilisant les canons du cinéma habituel. Il peut aussi produire une installation avec des vidéos comme celle dédiée à son père avec le documentaire Lullaby to my father qui m’avait beaucoup émue.

Le générique de Tsili est une chorégraphie, une jeune fille (Tsili?) danse sur fond noir en chemise de nuit blanche. Long plan-séquence. Je sais que ce ne sera pas un film d’action, plutôt un film contemplatif. Tsili vit dans les bois, dans ces forêts où étaient les Partisans  d’Appenfeld. Elle mange des baies, se fabrique un nid. Visuellement il ne se passe rien, en revanche la guerre est présente dans la bande sonore. C’est autant un film à écouter qu’à regarder.  Arrive un jeune homme, Marek, qui essaie de nouer un dialogue, offre du pain, leurs rapports sont très étranges. Scène de viol. Tsili ne veut pas. Très pénible pour moi. Succède une scène très tendre où les amants dorment dans un nid de branchages. Compliqué : Tsili est joué par deux actrices aux longs cheveux mais qui ne se ressemblent pas; Pourquoi? 

 

Une colonne de réfugiés marche vers la mer. La mer Noire ou la Méditerranée. Ils s’abritent sous un hangar.

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Puis suivent des images d’archives. Des enfants de diverses communautés d’Europe Centrale, prises avant la guerre. Très émouvantes.

Il faut que je lise le livre!

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