Donne-moi encore cinq minutes – Yonatan Berg – l »antilope

LIRE POUR ISRAËL

Découverte d’un écrivain israélien pour un premier roman se déroulant dans une implantation  religieuse. Né dans une colonie, Yonatan Berg livre un point de vue tout à fait nouveau pour moi . Il appartient  à une nouvelle génération d’écrivains, nés après que j’ai quitté pour la dernière fois Israël.

Yonatan Berg arrive à  vaincre mes réticences en racontant parallèlement deux histoires celles de  deux amis d’enfance Bnaya et Yoav qui ont choisi deux voies opposées.

Yoav a quitté la colonie très jeune (comme l’auteur) , il a couru le monde à la recherche d’expériences. Il mène une vie laïque à Tel Aviv plutôt vaine, entre soirées arrosées et rave parties où circulent toutes sortes de substances. Pendant la rave, un très mauvais trip lui rappelle un drame passé, à l’armée, une opération qui a très mal tourné qui s’est soldée par la mort du terroriste qu’ils poursuivaient dans son village mais aussi celle de Segal, l’officier responsable. Ce souvenir le poursuit jusqu’à l’obsession longtemps après que l’effet des drogues se sont  estompées.

Bnaya semble beaucoup plus équilibré dans la vie toute tracée d’un juif religieux, marié, père de famille, enseignant. Ses journées sont rythmées par les prières, l’étude, la vie communautaire de l’implantation, sa femme et ses enfants. Rien ne viendrait troubler cet équilibre si l’Implantation n’était pas menacée d’expulsion. Par hasard, il découvre la violence d’un groupe de jeunes qui refusent l’expulsion et ne sont prêts à aucun compromis. Mélange de sérénité d’un shabbat qui commence – et de  violence cachée. Prise de conscience d’une menace et d’une remise en question de ce mode de vie. d’une faille  entre une « bande d’excités unis par un secret et le sentiment d’être le fer de lance de leur communauté » et ceux qui sont prêts à quitter l’implantation. Bnaya est rempli de doutes, il hésite à se confier à sa femme, il affronte sans l’avoir cherché, les extrémistes, dans sa communauté mais aussi dans le lycée où il enseigne.

Bnaya comme Yoav vivent un trouble intense.

Alors que les discours monolithiques des religieux semblent exclure le doute, Bnaya voit se creuse un fossé entre son ancienne vie et la crise qui se profile. Yoav cherche à expier une faute.  Seule la réparation lui rendrait son équilibre psychique. mais réparer quoi? auprès de qui? du père de Ségal? du père du Palestinien abattu?

Yonatan Berg raconte la vie de ces deux jeunes gens déchirés sans prendre parti, sans donner de solution. Pour cet auteur qui a vécu la vie de ses héros, on peut imaginer qu’il a donné beaucoup de lui-même dans chacun des deux.

Cinq minutes pour changer d’avis?

 

 

 

Aucun rêve n’est impossible – Shimon Peres

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

Aucun rêve n'est impossible par Peres

Merci à Babélio de m’avoir donné l’occasion de lire cet ouvrage! Merci aux éditions BakerStreet de me l’avoir offert!

Des trois Prix Nobel de la Paix 1994, à a suite des accords d’Oslo, Arafat, Rabin et Peres. Ce dernier est peut être le moins connu, n’ayant pas eu la destinée tragique des deux autres.

Cette autobiographie est une leçon d’histoire qui commence en 1934, quand l’enfant quitte le  Shtetl pour s’établir avec ses parents en Palestine, suivant le Rêve d’Herzl, et le rêve de ses parents. Premier rêve qui va se réaliser! Elle se termine en 2016, » après 70 ans de service public » . 

A la veille de son décès en septembre 2016, Pérès signe ses mémoires; sans fausse modestie, avec un optimisme étonnant.

7 chapitres distincts, 7 rêves, 7 épisodes dans ces mémoires qui sont faciles à lire et passionnants, rédigés plus comme une série d’aventures que comme une analyse géopolitique.

Aventure d’un enfant qui choisit la vie de pionnier dans un kibboutz, désireux d’apprendre, d’agir, qui a la chance de rencontrer le père fondateur : David Ben Gourion d’être remarqué par lui et de faire carrière dans le sillage du grand homme dans ce qui va devenir le Mapai.

Aparatchik? Pas vraiment, plutôt aventurier.

Sa première aventure sera de rechercher des armes pour la Haganah à la vaille de l’Indépendance. Doter d’une armée moderne l’Etat qui se sent menacé avant même d’être proclamé n’allait pas de soi. Il fallait détourner l’ embargo des pays occidentaux. Ne parlant même pas l’anglais, Shimon peres s’envole pour New York et se trouve embarqué dans une aventure rocambolesque au dessus de la jungle dans un avion en feu….

Quelques années plus tard, il dote Israël d’une aviation en récupérant de vieux coucous. On sait que l’aviation et l’industrie israélienne vont devenir performants. Pérès s’attribue l’initiative de ce rêve aéronautique.

Autre rêve : Dimona et la dissuasion nucléaire. Pour accéder à la technologie atomique, Peres fera le détour par Paris. Détour à Sèvres où Français et israélien mettent au point l’opération de Suez 1956!

L’opération Entebbe : « l’audace est une vertu » est un autre chapitre cette vie d’aventurier. Peres narre par le menu les préparation de cette opération risquée à laquelle personne ne croyait. C’est sûrement le chapitre auquel j’ai le moins accroché.

Étonnant rêve d’un  dirigeant socialiste, ancien kibboutznik : faire une « nation-start-up » exploiter toutes les ressources de la technologie pour amener Israël à la pointe des recherches scientifiques.  La croyance optimiste dans les bienfaits de la science aussi bien de l’informatique que des nanotechnologies. Cela m’a étonnée de la part d’un homme autodidacte et plus très jeune, ait la curiosité de chercher la technologie qui pourra faire briller l’industrie israélienne.

Le dernier rêve, est la poursuite de la paix.  Recherche d’une paix séparée avec la Jordanie d’abord puis soutien au processus d’Oslo.Le rêve est loin d’être réalisé, pourtant Peres présente les accords d’Oslo comme un succès.

J’ai lu avec beaucoup de plaisir cette biographie  sans oublier le regard très partial et l’autosatisfaction qui traverse sa vision. Parler de la guerre d’Indépendance sans un regard pour les Palestiniens, soutenir le nucléaire sans une critique pour sa capacité de nuisance, ne jamais mentionner la colonisation….

Rêves impossibles réalisés, peut être, mais peu de considération pour les conséquences!

 

 

 

Les enfants du Ghetto : je m’appelle Adam – Elias Khoury

PALESTINE

« C’est l’histoire de l’agneau qui n’a pas renâclé lorsqu’il est mené au sacrifice. C’est l’histoire des enfants du ghetto. »

« Non je ne cherche pas à mettre en parallèle l’Holocauste et la Nakba, je déteste les comparaison de ce genre et j’estime que le jeu des chiffres est haïssable, nauséabond même. »

Cette lecture est d’une actualité criante. Pas seulement parce que ce livre vient de sortir en Français. Surtout à cause de ce qui se passe à Gaza.

Le titre est ambigu, le  mot « ghetto » fait penser à  Varsovie. Ce n’est pas anodin, ni fortuit :  le héros du roman joue avec cette ambiguïté.  Le ghetto du livre est celui de Lod. Evidemment, Lod évoque l’aéroport, j’ignorais qu’en 1949 un ghetto fut mis en place pour parquer les Palestiniens. J’ignore beaucoup de choses en ce qui concerne la guerre d’Indépendance d’Israël, et encore plus sur la Nakba. La version officielle serait que les Palestiniens  auraient fui pour revenir avec les armées  arabes victorieuses.

Noter que ce livre est un roman et  pas un témoignage historique. L’auteur prend d’ailleurs des précautions vis à vis des historiens. Le narrateur était un nourrisson en 1949 qui ne peut que rapporter les paroles qu’il a entendues plus tard, paroles qui se contredisent parfois. Cependant, le contexte historique est très documenté et cite de nombreux auteurs israéliens comme Yizhar, Tom Seguev, Ilan Pappé ainsi que les auteurs palestiniens, Edward Saïd ou Mahmoud Darwich, pour les plus connus.

C’est un roman très riche qui intègre différents thèmes en cahiers séparés. Comme d’autres romans libanais(j’ai lu l’an passé Hakawati de Rabih Alameddine) l’auteur cherche les origines de la littérature arabe dans la poésie médiévale. L’évocation du poète dans le coffre est présentée comme un conte.

« En effet, la poésie n’est pas uniquement le registre des Arabes, elle est aussi le réservoir de leurs contes sans lequel il n’y a pas d’histoires, et sans celles-ci, la poésie rétrécit et s’anéantit… »

C’est un conte mais  aussi une critique littéraire : Adam, le narrateur,  est un universitaire israélien spécialisé dans la littérature arabe. Il cite Taha Hussein  discutant les rapports de la langue à la poésie anté-islamique et au Coran.

Dans les chapitres suivant, Adam renonce au conte,: il rédige ses mémoires:

« je ne suis entré dans aucun coffre comme mon cher poète, mais je constate maintenant que j’ai vécu toute ma vie dans le coffre de la peur et que pour en sortir, il me fallait le briser, non seulement l’écrire… »

Adam, arabe israélien,est un personnage complexe. Son manuscrit relate la quête de son identité et raconte l’histoire du ghetto de Lod.

« Et j’avais réussi. j’étais un israélien comme les autres. Je n’avais pas dissimulé mon identité palestinienne, mais je l’avis remisée dans les ghetto où je suis né. J’ai été le fils du ghetto qui m’a accordé l’immunité de Varsovie – mais c’est une autre histoire… »

Je ne vous raconte pas les aventures de l’enfant, à vous de les lire…

C’est un livre passionnant qui donne envie de lire  les auteurs qu’il cite ainsi que les Portes du Soleil du même auteur. J’ai téléchargé Khirbet Khizeh et je me suis empressée de le relire (en anglais, disponible en version numérique, cela ne va pas me faciliter le travail pour les citations). Et j’ai fait toute une liste des autres!

Douleur – Zeruya Shalev

LITTÉRATURE ISRAÉLIENNE

Avec un titre pareil : Douleur, on ne s’attend pas à une bluette, ni à un de ces feel-good-books, nouvelle catégorie de livres que je fuis.

Iris a été victime dix ans plus tôt d’un attentat à Jérusalem. Ne vous attendez pas à un livre sur le terrorisme,  aucun voyeurisme  du genre de celui qui s’étale à longueur de journée à la télévision. On neconnaîtra pas ni l’identité des terroristes, ni leurs revendications. Ce n’est pas le sujet. S’il y a culpabilité, c’est plutôt les membres de la cellule familiale qui l’endossent, si le gamin n’avait pas traîné aux cabinets, si la gamine n’avait pas réclamé une coiffure sophistiquée, si le mari avait conduit les enfants à l’école ce matin là, Iris ne se serait pas trouvée au mauvais endroit, au mauvais moment…..

Le corps brisé, Iris mettra de longues années à se reconstruire. Dix ans plus tard la douleur est telle qu’elle retourne consulter. Et qu’elle reconnait dans le médecin, Eithan, son premier amour. Douleur est un livre d’amour. L’amour sous différentes facettes, premier amour adolescent, amour conjugal raisonnable et routinier, amour-passion, amour maternel, filial. Tous ces amours se conjuguent, se contrarient, s’additionnent.

La douleur d’Iris, est elle celle de son corps meurtri? Ou celle de la rupture à dix-sept ans qui l’a plongée dans une profonde dépression?

Zeruya Shalev dissèque avec une précision d’entomologiste les rapports familiaux. Elle démonte les ressorts de la psychologie d’une femme mûre avec son passé familial, ses déceptions et ses réussites professionnelles. Déjà, à la lecture de Ce qui reste de nos vies (2011 en hébreu, 2014 Prix Fémina), j’avais ressenti le livre comme agaçant, à la manière d’un fruit trop vert, trop acide. J’ai lu deux fois Théra qui s’attache plus au séisme de la rupture d’un couple qu’à l’archéologie de Santorin. Deux lectures loin d’être aimables, et pourtant deux très bons livres.

Zeruya Shalev met en scène le quotidien plutôt banal, elle n’oublie ni les repas, ni les contingences professionnelles. Iris est une amoureuse, mais c’est surtout la directrice d’une école qui cherche à réconcilier la multiculturalité, une fille dont la mère devint gâteuse, la mère d’un grand adolescent, la mère d’une jeune fille enrôlée dans une secte…L’auteur nous fait sentir la complexité et construit une intrigue addictive, comme dans un thriller haletant. Cédera-t-elle à la passion ou à la routine conjugale? arrivera-t-elle à renouer le dialogue avec sa fille?

j’ai lu le gros livre (400 pages) presque d’un trait.

Lire aussi la chronique de Dasola

 

Nous étions l’avenir – Yaël Neeman

ISRAEL

Yaël Neeman est née au kibboutz Yehi’am et raconte son

enfance et son adolescence.

Je suis incapable de’écrire un billet objectif.

J’ai passé l’année 1973 à Yehi’am. C’est dans la salle à manger de Yehi’am que nous avons appris le début de la Guerre de Kippour , devant un tcholent, nous ne jeûnions pas… j’ai sûrement croisé Yaël…Ce livre remue tant de souvenirs.

Cette lecture  fait revivre ce temps-là, il mesure aussi l’oubli après 45 ans.

« Pour nous autres, les enfants, les gens les plus importants étaient parfois différents de ceux qui étaient immortalisés par l’histoire officielle du kibboutz, consignés dans le Livre d’Or ou dans les œuvres commémoratives. Dès notre enfance, nous savions que dans notre kibboutz, comme dans tous les kibboutzim depuis le Lac de Tibériade jusqu’au Néguev, il existait un système de rotation qui permettait le roulement des postes « supérieurs » très demandés comme secrétaire du kibboutz, secrétaire économique.

Nous n’avions pas compris à l’époque, ni d’ailleurs plus tard que cette rotation ne s’appliquait pas aux autres postes; par exemple personne ne postulait au poste de blanchisseuse, personne ne convoitait le travail de Sisyphe des éplucheuses de pommes de terre…. »

De confronter aussi les points de vue si différents, entre les enfants nés au kibboutz, les « enfants du rêve » et les nouveaux immigrants nourris d’idéologie et de rêve, venus du Mouvement de jeunesse de France… Étrange qu’une si petite société de moins de 500 habitants, en principe tous politiquement très proches,  partageant la même salle à manger, les mêmes pelouses, qui travaillant ensemble, soit formée de couches aussi hétérogènes qui se mélangeaient assez peu. Je n’ai que très peu de souvenirs d’avoir vraiment discuté avec les adolescents, les Hongrois nous étaient assez étrangers, ils avaient aussi leurs préjugés vis-à vis de nous….Nous vivions en cercle très étroit et très fermé, les enfants aussi d’après le livre qui ne partageaient pas leurs secrets, ni avec les adultes ni même avec les enfants plus âgés.

Étrange de n’avoir rien soupçonné de la vie sociale des maisons d’enfants, mes rapports avec eux se limitaient au pliage du linge, au lavage du sol et à la distribution des repas…

J’avais un point de vue radicalement opposé des rapports familiaux. Ceux qui n’avaient pas d’enfants n’osaient pas troubler les retrouvailles quotidiennes parents-enfants. Je considérais ces moments comme très privilégiés et je trouvais un véritable mimétisme entre les grands et les petits (les grands, débarrassés de toute corvée d’éducation ou plutôt d’élevage, n’avaient que les bons côtés de leurs enfants). Yaël Neeman n’est pas de cet avis, elle raconte son enfance dans le groupe et parle avec beaucoup de détachement de ses « parents biologiques ».

J’avais idéalisé l’éducation scolaire sans contrainte. Yaël démythifie l’enseignement, tout au moins secondaire où ils n’apprenaient pas grand chose.

Tout occupés que nous étions à notre « intégration« , nous sommes passés (ou tout au moins moi) à côté de nombreuses choses. Je suis heureuse d’apprendre maintenant l’histoire complète de Yehi’am, de savoir comment on a transformé en un jardin ce qui n’était que rocher stérile.

J’ai retrouvé quand même beaucoup de souvenirs (y compris les mauvais comme le dentiste de Nahariya que je détestais au moins autant que les enfants), le travail des champs, les avocats, les bananes.  Le travail comme un accomplissement, comme but ultime. Les 35 heures étaient vite dépassées : 8 heures au moins chaque jour, plus les corvées à se partager, les animaux, les vaisselles le samedi, les urgences au moment des récoltes…. Cela fait au moins 82 heures et les RTT jamais prises. Les jours passés à l' »appartement » de Tel Aviv avec les sorties. Le cinéma, les efforts de mes camarades français pour élever la vie culturelle, reconnus par Yaël.

Moi aussi, j’ai déserté l’utopie, pour d’autres raisons..

« La beauté de notre kibboutz était indescriptible. Il était impossible de s’y habituer. Nous pensions que nous n’en étions pas dignes, tout comme nous n’étions pas dignes du système. Qui pourrait dire non à une tentative de fonder un monde meilleur, un monde d’égalité et de justice? Nous n’avons pas dit non. Nous avons déserté…. » 

Fontanelle Méir Shalev

LIRE POUR ISRAËL

« Nous avons un grand-père sénile, doté de quatre filles âgées : l’une rampe dans le jardin à la recherche de scarabées, la deuxième s’est exilée en Australie, la troisième vit en recluse chez elle et la dernière ne quitte pas son lit et son mur d’action. 

Nous avons également Gabriel, son « Bataillon des Amants », et « A la Belle jardinière » la pépinière de Michael – c’est moi – et d’Alona…. »

Résultat de recherche d'images pour "fontanelle meir shalev"La tribu des Yoffé ne manque pas d’originalité! Il y a aussi un violoniste, un génial bricoleur…..

Je me suis perdue avec délectation dans leur domaine. J’ai pris un grand plaisir à découvrir les secrets de cette saga  sur 4 générations, depuis la fondation du village par le colosse David Yoffé jusqu’aux enfants  très urbains. J’ai souri à leurs manies spécifiques comme de dîner de soupe brûlante, de couper la miche de pain tenue contre la poitrine….

J’ai aimé ce récit qui se déroule en larges cercles, comme ceux que décrit le circaète au dessus du jardin, en deux occasions : pour l’anniversaire du petit Michael, 5 ans, scène fondatrice pour le narrateur, puis l’aigle revient pour la clôture du livre, bouclant la boucle. Cercles ou spirales, le narrateur conte des épisodes souvent séparés par des décennies.

Certains font partie de la légende familiale et se sont passés avant sa naissance. J’ai eu du mal à situer les personnages qui ont des surnoms. Fontanelle est le surnom secret de Michael. Il m’a fallu bien 150 pages avant d’identifier chacun par son nom et surnom.  Mais cela n’a aucune importance.  Je me retrouve dans l’univers de Shalev en terrain familier. J’ai lu deux fois Que la terre se souvienne à chaque fois avec autant de plaisir, La Meilleure façon de grandir et Ma grand mère russe et son aspirateur américain. 

« Jadis nous habitions une colline plate et dénudée. Un homme venu d’ailleurs déposa la femme qu’il portait sur ses épaules. Ensemble ils dressèrent une tente, bâtirent un poulailler, acquirent des vaches, une jument et une mule, délimitèrent le terrain; creusèrent des canaux d’irrigation et défrichèrent les marais. Par la suite, ce lieu devint un village, puis un bourg, et vu que dans les petits pays, comme chez les animaux de petite taille, leur cœur bat à toute vitesse et le temps se hâte dans les veines, il suffit de trois générations pour que naisse une petite ville aux jolies maisons, aux rues proprettes, aux trottoirs pavés… »

C’est donc l’histoire mythique des pionniers qui défrichaient, de leurs fils qui combattirent pour l’Indépendance et dans les guerres qui suivirent, et des héritiers qui firent du village une petite ville.

Elle raconte aussi des épisodes méconnus  de la Palestine comme cette colonisation allemande des Templiers chassés par les Anglais. N’osant pas y croire, j’ai bien trouvé sur Wikipédia les trace de Waldheim.

L’auteur s’attaque aux intégristes qui ne sont pas religieux mais végétariens! Hannah, la végétarienne militante pourrit la vie autour d’elle. Comme quoi, sur cette terre convoitée par toutes sortes de religions, celle des végétariens n’est pas à négliger!

« Cette conception globalisante du monde à coups d’arguments à l’emporte-pièce est l’apanage des fanatiques de tous bords : ceux qui croient au principe de la récompense et du châtiment, comme les prédicateurs et autres moralisateurs dont elle constitue l’arsenal…. »

J’ai aimé cette relation charnelle à la nature qui les entoure, j’ai pris mon temps pour chercher des images des plantes évoquées que je ne connaissais pas : savez ce qu’est un quiscalier?J’ai aimé le sauvetage des plantes endémiques, le sauvetage des bulbes des immenses tapis de narcisses, de glaïeul de cyclamens ou de coquelicots, asphodèles et renoncules qui couvraient autrefois les collines avant que l’agriculture moderne avec herses et désherbants ne les tue sans parler de l’urbanisation, de la construction des routes….Michael ramasse aussi les graines et les sème pour faire une surprise à un client sympathique de la jardinerie.

C’est une histoire d’amours, amours singulières parfois….

Et surtout c’est très drôle. l’humour de Shalev me fait pouffer:

« Il pensait qu’il fallait faire quelque chose pendant que l’eau du thé bouillait et ne pas attendre bêtement en se tournant les pouces. « as-tu une idée du temps qu’on perd en attendant que l’eau bouille dan une vie? Cela se chiffre en années »

 

Qui a tué Arlozoroff? Tobie Nathan

LIRE POUR ISRAËL

 

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J’ai terminé il y a peu de temps, Ce pays qui te ressemble qui se déroule au Caire de 1925 à 1956 et qui m’a beaucoup touchée. J’ai lu il y a quelques mois 613 vrai-faux polar ethnologique juif qui m’a fait beaucoup rire. Qui a tué Arlozoroff? m’a tout de suite attirée.

Pour moi, Arlozoroff, c’était le nom d’une rue de Tel Aviv. Je n’avais jamais eu la curiosité de me renseigner sur le personnage. La fait que le meurtre d’Arlozoroff soit une énigme non résolue ne pouvait que m’intriguer. Et puis, la période du Yichouv, avant 1933 (Arlozoroff a été tué le 16 juin 1933), m’intéresse. Rien n’était encore joué, le Foyer juif promis par Balfour était encore une notion assez vague. Nombreux sionistes n’avaient pas encore privilégié l’option d’Etat juif et certains pensaient à un état bi-national. Arlozoroff était proche de ces derniers. C’était aussi un personnage important engagé dans des tractations avec les puissances européennes. C’est donc une histoire qui m’intéresse vraiment.

Qui a tué Arlozoroff? Les hypothèses, autrefois ont divisé la classe politique, les Révisionnistes (extrème droite) voulaient-ils se débarrasser d’un personnage opposé à leur nationaliste étroit, à gauche, lui reprochait-on des compromis avec l’Allemagne? Les Arabes voulaient-ils le faire disparaître? Toutes ces hypothèses politiques sont envisageables.

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Tobie Nathan envisage un point de vue très différent. Arlozoroff aurait eu une relation passionnelle avec la femme de Goebbels, et ce dernier (ou cette-dernière) auraient fomenté le crime. Il développe cette hypothèse dans ce gros roman sous forme d’enquête d’espionnage que mène Moreno, un journaliste juif d’origine égyuptienne, qui a vécu à Tel Aviv et qui est basé à Paris. Moreno n’enquête pas directement sur la mort d’Arlozoroff mais sur celle d’un personnage très trouble. Le Shinbet, les autorité françaises, les polices allemandes sont sur ses traces….

Cela aurait pu faire un livre d’espionnage palpitant (dixit le 4ème de couverture). C’est plutôt un roman historique qui s’attarde beaucoup à Berlin dans les années 30 en racontant la montée du nazisme. Ce qui est aussi très intéressant. Malheureusement le personnage central se trouve être Magda, la future femme de Goebbels, ancienne maîtresse d’Arlozoroff. Elle est belle, intelligente, charmante, cultivée….antipathique en diable. Les toilettes, les voitures de luxe, les fantaisies sexuelles de la belle m’ont lassée. l’auteur aurait dû faire plus court!

En revanche, j’ai regretté ne pas en apprendre plus sur Arlozoroff et sur ses collègues. mais ce n’était pas le sujet.

Un bon livre donc, mais trop de longueurs sur les histoires de coeur, et de sexe, dont on se serait passé. Où est passé l’humour dévastateur de Tobie Nathan qui m’avait tant fait rire?

Jérusalem – Alexandra Schwartzbrod

Merci à Babélio, dans le cadre de la Masse Critique et aux éditions Tertium de m’avoir fait découvrir cet ouvrage.

L’auteur, Journaliste à Libération, correspondante à Jérusalem de 2000 à 2003, nous livre son témoignages sur cette période où se déroula la Deuxième Intifada (septembre 2000),  la construction du mur de séparation et les années suivantes. Pendant cette première décennie on a assisté à la disparition des témoins majeurs : Arafat  (2004) et Ariel Sharon(2006- coma, 2014 décès), l’affaiblissement du Travaillisme israélien. Dans son  livre, on évoque encore le processus de paix, le siège de Ramallah. L’auteur, journaliste rencontre des personnalités intéressantes. Elle se déplace dans le cadre de ses reportages dans les camps palestiniens comme dans les colonies israéliennes.

Cependant le petit livre de 125 pages n’est pas un livre d’histoire. L’auteure livre ses impressions plutôt qu’une analyse politique structurée.

Ce n’est pas non plus un portrait littéraire de la ville, ni le regard d’un promeneur. Peu de descriptions, si on connaît la ville, on reconnaît les quartiers,les rues , mais les indications sont plutôt vagues.

En revanche, on fait des rencontres sympathiques : Batya Gour, Zeruya Shalev, Michel Warschawski et Marek Halter…

Un petit livre sympathique pour passer une soirée à Jérusalem!

Livres contre critiques

Chrétiens d’Orient à l’IMA – 2000 ans d’histoire

EXPOSITION TEMPORAIRE A L’INSTITUT DU MONDE ARABE

jusqu’au 14 janvier 

Plaques d’ivoire 6ème et 7ème siècle

Exposition importante couvrant 2000 ans d’histoire et tout le Moyen Orient, de l’Egypte à l’Anatolie, du Liban à l’Arménie……réunissant des pièces d’une valeur inestimables, certaines prêtée par des communautés et couvents. Grande variété aussi des objets, mosaïques et chapiteaux, icônes, manuscrits et textiles sans oublier les photographies et même des films…Chacun y trouvera ce qu’il cherche.

Bible arménienne enluminée

Pièces antiques des premiers chrétiens et objets liturgiques. Une étude très exhaustive présente  les courants du christianisme avec les influences, les conciles, les théories qui les différencient: christianisme alexandrin, nestorien, arménien, melkite, maronite…. La naissance du monachisme, des stylites aux monastères du désert égyptien occupe une salle entière.

icône

Après la Conquête Musulmane au 7ème siècle, les Croisades au 11ème, et la Constitution de l’empire Ottoman, les influences se mêlent, les cultures s’hybrident, se répondent. Les objets s’échangent : objets de la vie quotidienne fabriqués par les artisans chrétiens pour les dignitaires musulmans,  ou gravure des commerçants turcs à la Foire de Beaucaire.

maquette des lieux saints à destination des pélerins

Une Bible polyglotte en sept langues, imprimée à Paris par l’orientaliste Savay de Brèves, ambassadeur à Constantinople 1591-1614 – publiée de 1620 à 1645 permettait aux érudits de comparer la version hébraïque du texte sacré à sa traduction grecque, syriaque, copte, araméenne….J’ai été aussi très impressionnée par la lettre de Soliman à François 1er accordant les capitulations.

Détail du rideau d’autel en coton de madras

Un rideau d’autel de la chapelle arménienne de Jérusalem est en coton de Madras, venant d’Inde, illustrant le rôle des chrétiens dans le négoce des textiles dans la région et surtout à Alep…

Difficile de ne pas évoquer dans l’histoire récente, les persécutions :  le Génocide Arménien ainsi que les massacres des Syro-Chaldéens au début du 20ème siècle. Une exposition photo des Pénélopes, femmes attendant un  mari, un fils disparus, un film libanais…

 

 

 

 

Un meurtre à Jerusalem – Arnold Zweig

JERUSALEM 1929

« El Kouds », dit l’Arabe portant la main au front;

Le Grec cherchant le Christ, « Hyerosolyma » ;

« Yerouchalaïm » te nommons nous, fils prodigues de Sem ;

mais les jeunes peuples te saluent, ceinte d tes remparts,

D’un rayonnant « Jerusalem »

Arnold Zweig (1887-1968) en butte à l’antisémitisme du Reich émigra en Palestine dans les années 1930.  Après la  Seconde guerre mondiale il préféra construire le socialisme en RDA où il fut un écrivain reconnu.

Le sort s’est acharné sur son ouvrage Un Meurtre à Jérusalem écrit à Jérusalem, : publié en Allemagne en décembre 1932, il fut saisi dès avril 1933 pour être brûlé et passa donc inaperçu à sa parution. Ce n’est qu’en 1956, en RDA qu’il fut réédité mais défiguré par la censure communiste. Il ne put être publié dans son intégralité qu’en 1994. C’est pourtant un livre remarquable qui mérite de sortir de l’inconnu.

Roman policier comme le suggère le titre?  Certes, il y a une victime, le poète De Vriendt, qui a abandonné le sionisme pour l’orthodoxie. Il y a un policier, Irmin, des services secrets de sa Majesté, qui cherchera le coupable par devoir et aussi par amitié.

Roman historique :  le meurtre a lieu à la veille des émeutes en Palestine 1929 qui ont fait 133 victimes juives et 110 arabes.

Jaffa street during the 1929 disturbances

Roman politique : toutes les composantes de la politique sont ici analysées avec beaucoup de précision.

 Les britanniques  ont Mandat sur la Palestine, et  maintiennent l’ordre avec un minimum de troupes, jouant des rivalités entre juifs et arabes., n’intervenant que fort peu dans les émeutes pour protéger les Juifs.

On assiste à la réunion des cheikhs et des dignitaires arabes, véritable tableau. Les fellahs dépossédés  bien par les propriétaires terriens qui vendent leurs terres, ne sont pas oubliés.

La communauté juive est encore plus hétéroclite,  religieux agoudistes et sionistes s’opposent .Les juifs orthodoxes sont prêts à composer avec les dignitaires arabes pour limiter le pouvoir des sionistes. Même parmi les sionistes on distingue, les socialistes, ouvriers et kibboutznikim, et les nationalistes d’une part.  Russes et Allemands ont des réactions différentes…sans parler des communistes qui prônent l’unité des travailleurs arabes ou juifs. Des discussions sans fin analysent toutes ces nuances et font ressortir les différences.

Roman philosophique le poète,  De Vriendt est un personnage complexe. Pour certains, orthodoxes, c’est un dévot. Sa relation homosexuelle avec le jeune Seoud à qui il prodigue des cours le comble et le fait douter. Ses poème peuvent apparaître comme des blasphèmes

En vérité, c’est Toi le Prince des Ténèbres

Toi qui quand je suis né, m’as condamné à mort,

et lorsque grimaçant, je girai dans ma tombe, 

De quel secours sera que Tu sois éternel

Qui a tué De Vriendt? Est-ce un crime d’honneur de la famille de Seoud, Irmin, le policier britannique l’avait averti de la menace. Est-ce un crime de rôdeur, de voleur, des arabes bien sûr, les voleurs ne pourraient être juifs, « sauf peut être au Kurdistan? ». Est-ce un crime politique, des jeunes nationalistes ne peuvent lui pardonner sa trahison, puisqu’il  s’oppose aux sionistes, prêt à s’allier au Mufti… Un terrorisme juif s’attaquant à des Juifs paraît inconcevable, et pourtant….

C’est en tout cas un roman fort bien écrit. Chaque chapitre est un véritable tableau, décor personnages sont décrits avec soin et précision. le décor n’est jamais oublié, ni le climat, chaleur oppressante de la journée, recherche de la fraîcheur…. ni la nature. Ode magnifique aux paysages, montagnes de Jérusalem, Mer Morte, Carmel….

Le récit des émeutes est saisissant, vues par les juifs religieux comme un pogrom, par l’anglais, avec un certain flegmatisme, occasion de bravoure par les jeunes nationalistes, aussi fraternisations inattendues entre Juifs et arabes qui entretiennent des relations de bon voisinage. Humour et ironie ne sont pas absent même dans les moments tragique, comme ces protestations américaines qui réclament des navires de guerre britanniques dans « la rade de Jérusalem »…

C’est un vrai chef d’oeuvre à redécouvrir!