Exposition temporaire du 14 septembre – 2 décembre 2018
affiche
Novembre, c’est Paris-photo! je regrette cette année Photo-Quai qui était une belle déambulation au Quai Branly, j’étais fidèle à cette manifestation.
De l’autre côté de la Seine, cette exposition de Ron Amir, photographe israélien, annoncée par cette belle affiche colorée, un peu énigmatique. « Quelque part dans le désert » est composé d’une trentaine de très grandes et belles photographies couleur accompagnées de vidéos dépeignant la vie de demandeurs d’asiles érythréens et soudanais dans le centre de détention de Holot dans le Néguev.
On est accueilli par une longue vidéo (20′) où le photographe fait le portrait d’Africains avec une belle voiture blanche. Photo de groupe, ou portraits individuels. Ron Amir photographie « à l’ancienne » avec une chambre sur un trépied et un rideau noir (un blouson) et des plaques de verre. Il prend tout son temps pour mesurer la lumière. La prise parait interminable. Les sujets s’agitent un peu. Il faut les recadrer. Les spectateurs de la vidéo s’impatientent un peu. Temps étiré, temps de l’attente. Les Africains ont leur temps, certains sont en Israël depuis 12 ans. Une autre vidéo dure plus de 20 minutes, il ne se passe rien. Un comptoir est installé, un barman prépare du café. Passer le temps.
four
Sur les photos, la présence des hommes est « en creux« , aucun portrait, des traces de leur présence, la construction d’abris, de cuisines, un four, une mosquée tracée au sol avec des cailloux alignés.
Ces photographies sont soignées, grandes, belles. Pourtant rien n’est aimable. Ce n’est pas un désert photogénique. Plutôt un désert désolé. D’ailleurs, ni canyon, ni dune. Quelques arbres, tamaris ou acacias qui donnent un peu d’ombre. Un four creusé dans le sol, une cuisine avec 3 foyers de pierres, un banc, des bouchons de plastique, des pots de peinture…récup…
Dans cette désolation, dans cette solitude, au milieu de nulle part, une vie sociale s’organise. Ce n’est pas tout à fait le vide. Des hommes le peuplent. On ne les voit pas, on les devine.
Ce n’est pas un reportage dans l’instantané, un oeuvre d’art dans le long terme. Des échange entre le photographe et les Africains, que je n’ose pas nommer migrants. Ils ne bougent pas. Où iraient-ils? On leur interdit d’aller en ville. La frontière est bouclée.
Autre lieux, mais encore le Néguev, cette exposition à la Maison des Arts de Créteil : PROMISE ME A LAND de Clément Chapillon
Découverte d’un écrivain israélien pour un premier roman se déroulant dans une implantation religieuse. Né dans une colonie, Yonatan Berg livre un point de vue tout à fait nouveau pour moi . Il appartient à une nouvelle génération d’écrivains, nés après que j’ai quitté pour la dernière fois Israël.
Yonatan Berg arrive à vaincre mes réticences en racontant parallèlement deux histoires celles de deux amis d’enfance Bnaya et Yoav qui ont choisi deux voies opposées.
Yoav a quitté la colonie très jeune (comme l’auteur) , il a couru le monde à la recherche d’expériences. Il mène une vie laïque à Tel Aviv plutôt vaine, entre soirées arrosées et rave parties où circulent toutes sortes de substances. Pendant la rave, un très mauvais trip lui rappelle un drame passé, à l’armée, une opération qui a très mal tourné qui s’est soldée par la mort du terroriste qu’ils poursuivaient dans son village mais aussi celle de Segal, l’officier responsable. Ce souvenir le poursuit jusqu’à l’obsession longtemps après que l’effet des drogues se sont estompées.
Bnaya semble beaucoup plus équilibré dans la vie toute tracée d’un juif religieux, marié, père de famille, enseignant. Ses journées sont rythmées par les prières, l’étude, la vie communautaire de l’implantation, sa femme et ses enfants. Rien ne viendrait troubler cet équilibre si l’Implantation n’était pas menacée d’expulsion. Par hasard, il découvre la violence d’un groupe de jeunes qui refusent l’expulsion et ne sont prêts à aucun compromis. Mélange de sérénité d’un shabbat qui commence – et de violence cachée. Prise de conscience d’une menace et d’une remise en question de ce mode de vie. d’une faille entre une « bande d’excités unis par un secret et le sentiment d’être le fer de lance de leur communauté » et ceux qui sont prêts à quitter l’implantation. Bnaya est rempli de doutes, il hésite à se confier à sa femme, il affronte sans l’avoir cherché, les extrémistes, dans sa communauté mais aussi dans le lycée où il enseigne.
Bnaya comme Yoav vivent un trouble intense.
Alors que les discours monolithiques des religieux semblent exclure le doute, Bnaya voit se creuse un fossé entre son ancienne vie et la crise qui se profile. Yoav cherche à expier une faute. Seule la réparation lui rendrait son équilibre psychique. mais réparer quoi? auprès de qui? du père de Ségal? du père du Palestinien abattu?
Yonatan Berg raconte la vie de ces deux jeunes gens déchirés sans prendre parti, sans donner de solution. Pour cet auteur qui a vécu la vie de ses héros, on peut imaginer qu’il a donné beaucoup de lui-même dans chacun des deux.
Le Luth d’ébène – une enquête de Léon le Protospathaire
Polar byzantin!
Savez vous ce qu’est un Protospathaire? et un spathaire? un stratège? un silentiaire? un tourmarque? Titres, grades des dignitaires de l’Empire byzantin confèrent une poésie et un mystère pour le lecteur moderne. Et la Césaréebyzantine est la Césarée d’Israël, ou Césarée d’Antioche, ou Konya en Cappadoce?
Dépaysement garanti.
Dans le temps, l’action se déroule en mai 832. Léon, le Protospathaire est envoyé en ambassadeur auprès du calife de Bagdad. Il fait étape à Césarée, arrive en plein drame et propose d’aider le gouverneur à faire la lumière sur la disparition d’une jeune fille.
Je ne vous raconterai pas l’intrigue, ni les subterfuges, masques et déguisements. Sachez seulement que vous allez pénétrer dans des casernes, un bordel, un monastère, un bazar aux tapis….que vous allez vous perdre dans les subtilités de la bureaucratie byzantine, dans les querelles théologiques, les identités mouvantes….et j’ai bien aimé cela.
« Juste en face, sur la côte d’Asie Mineure, des petites lumières clignotent. Juste en face, nous avons laissé des maisons bien rangées, des pécules sous clé, des couronnes de noces dans l’iconostase, des aïeux dans les cimetières. Nous avons laissé des enfants, des parents, des frères et des sœurs. Morts, mais sans tombe. Vivants mais sans toit Rêves hantés? Et dire que là, juste en face, hier encore, c’était notre patrie!
Dans la nuit , qui semble ne jamais vouloir finir, les silhouettes familières glissent une à une Les Kirlis, Chfket, Kérim effendi, Chrukru bey, Dali dayi, Edavié….Ils ne peuvent plus rien pour nous. Tout est perdu!
Gling, glang, le tintement sonore des grelots. Les pas nonchalants du chameau qui porte sur ses bosses les couffins et les besaces, les sacs de raisins secs, de figues, d’olives, les balles de coton et la soie, les jarres et les tonneaux, l’huile de rose, le raki, les trésors de l’Anatolie. Tout est fini!
Chamelier! Petit bêta, avec tes culottes bouffantes et ton œillet à l’oreille, arrête : ce n’est pas la peine que tu mettes ta main en porte-voix ; ta chanson triste n’arrive plus jusqu’à notre cœur. […]
On est devenu des brutes. On a sorti les couteaux et on s’est tailladé le cœur. Pour rien. »
Ainsi se termine, par l’exil l’histoire de ces paysans grecs qui cultivaient près d’Éphèse, d’Izmir, le tabac, les raisins et les figues depuis des générations, sur les bonnes terres qu’ils avaient défrichées avec l’aide de leurs voisins turcs. Grecs, Turcs mais aussi Arméniens, Francs, Italiens, nomades Yorüks formaient une mosaïque de populations qui se côtoyaient depuis toujours.
Le héros du livre Manolis Axiotis est fils de ces paysans. Plus éveillé que ses frères, il est parti à Izmir apprendre la vie de commerçant. Le roman commence comme un roman d’apprentissage. Manolis raconte la vie des champs et la vie de la grande ville.
Éclate la Grande Guerre, les Grecs ne sont pas envoyés au front mais dans des bataillons de Travail disciplinaires. Manolis raconte le typhus, la faim, les conditions terribles mais il s’évade. Rien ne semble entamer le moral ni la bonne entente, chaque fois, Manolis est tiré d’affaire par des turcs au bon cœur.
Quand « Les Grecs sont arrivés » la tragédie de la guerre Gréco-turque annonce la Grande Catastrophe. Au début, c’est la fête, on se réjouit de la fin de la Grande Guerre, de l’arrivée des Alliés de l’Entente et dans leur sillage de l’armée grecque. Mais c’est le début d’une guerre sans merci, une guerre où Manolis perdra tout. Patriote grec?
La rencontre avec Drossakis, Crétois instruit et progressiste, lui ouvre les yeux. Il lui fait comprendre que c’est la responsabilité des Grand Puissances, dépeçant l’empire ottoman, si la Grande Catastrophe a déchiré l’Asie Mineure. Celle des Allemands d’abord attisant les conflits entre Turcs et Grecs. Puis celle des vainqueurs qui ont encouragé l’armée grecque pour « reconquérir Constantinople » puis abandonnant les réfugiés à Smyrne qui brûlait. Les bateaux alliés auraient pu les évacuer, ils ont assisté à la tragédie sans intervenir. Drossakis lui fait aussi relativiser la notion de « patrie » ; ne pas confondre le peuple et la patrie.
J’ai beaucoup aimé ce livre. Je l’ai trouvé sur le blog Présent défini qui en livre une analyse très intéressante et très complète ICI.
la maison d’édition Cambourakis offre tout un panorama de la littérature grecque, au format poche et à petit prix notamment les œuvres de Kazantzakis qui étaient devenues introuvables
« Yussuf Nassi, je vous concède le gouvernement de Naxos ainsi que les îles de Paros, d’Antiparos de Milo, de Santorin et autres îles de l’Archipel, peuplées ou inhabitées…. »
Le 19 octobre 1566, le sultan Sélim anoblit le juif Joseph Nassi, né au Portugal Joào Miguez, Juan Miguez pour les Espagnols, commerçant de la Maison Mendez, Grand Argentier du Roi de France sous le nom de J Miques,….baptisé catholique au Portugal, marrane exilé aux Pays Bas, revenu au judaïsme à Istanbul, ayant entrepris la reconstruction de Tibériade…..
Le Duc de Naxos –ne m’était pasinconnu. Catherine Clément, dans la Senora raconte l’épopée de la famille Mendez, l’exil des Marranes, du Portugal, à Anvers puis à Venise et Ferrare, Istanbul et même en Palestine. Elle tisse aussi les relations entre les riches marchands et banquiers de la famille Mendez, négociants d’épices, banquiers des rois. Joseph Nassi est le neveu de Dona Gracia – la Senora – qui a permis d’aider les marranes exilés à rejoindre l’empire ottoman, à transférer leurs biens et capitaux chaque fois que cela était possible.
J’ai lu deux fois la Senora la dernière foisen revenant de Ferrare …toujours avec autant de plaisir.
Catherine Clément a mis le projecteur sur Dona Gracia, tout en racontant la vie de Joseph Nassi.
Georges Nizan a choisi Joseph Nassi et s’est plus attaché aux relations diplomatiques et politiques, aux intrigues politiques et politiciennes. Il conte par le détail les complots à la cour de Sélim, le sultan, rivalités entre le Grand Vizir Sokolu et les Pachas, et amiraux. Il s’est aussi attaché à mettre en lumière les relations très troubles entre la Porte et les Rois de France; un peu trop en détail, à mon goût, je me suis perdue dans les différents ambassadeurs et émissaires francs. Il a aussi analysé les rapports de force, les alliances et les retournements d’alliance entre l’Espagne et Venise et comment la conquête de Chypre par les Ottomans, à laquelle Joseph Nassi a travaillé, a abouti à la catastrophe pour les Turcs que fut Lépante.
Naxos et la citadelle vénitienne
De retour de Naxos, j’ai cherché dans cet ouvrage comment ce duc de Naxos avait gouverné son Dûché. Il en est assez peu question. Joseph Nassi a déposé le Duc de Naxos Jeacques Crispo dont le gouvernement était précaire sur une population locale grecque orthodoxe mécontente et hostile aux latins; Puis il a délégué son pouvoir et l’affermage des impôts à son homme de confiance Francisco Coronello. Le Dûché de Naxos était plus un titre honorifique qu’un réel pouvoir politique.
Je me suis un peu égarée dans les méandres des intrigues des puissances méditerranéennes. J’aurais préféré que l’auteur resserre un peu son propos, surtout à propos du recouvrement de la dette du roi de France qui est un détail mineur. Je me suis un peu ennuyée vers la fin.
Merci à Babéliode m’avoir donné l’occasion de lire cet ouvrage! Merci aux éditions BakerStreetde me l’avoir offert!
Des trois Prix Nobel de la Paix 1994, à a suite des accords d’Oslo, Arafat, Rabin et Peres. Ce dernier est peut être le moins connu, n’ayant pas eu la destinée tragique des deux autres.
Cette autobiographie est une leçon d’histoirequi commence en 1934, quand l’enfant quitte le Shtetl pour s’établir avec ses parents en Palestine, suivant le Rêve d’Herzl, et le rêve de ses parents. Premier rêve qui va se réaliser! Elle se termine en 2016, » après 70 ans de service public » .
A la veille de son décès en septembre 2016, Pérès signe ses mémoires; sans fausse modestie, avec un optimisme étonnant.
7 chapitres distincts, 7 rêves, 7 épisodes dans ces mémoires qui sont faciles à lire et passionnants, rédigés plus comme une série d’aventures que comme une analyse géopolitique.
Aventure d’un enfant qui choisit la vie de pionnier dans un kibboutz, désireux d’apprendre, d’agir, qui a la chance de rencontrer le père fondateur : David Ben Gourion d’être remarqué par lui et de faire carrière dans le sillage du grand homme dans ce qui va devenir le Mapai.
Aparatchik? Pas vraiment, plutôt aventurier.
Sa première aventure sera de rechercher des armes pour la Haganah à la vaille de l’Indépendance. Doter d’une armée moderne l’Etat qui se sent menacé avant même d’être proclamé n’allait pas de soi. Il fallait détourner l’ embargo des pays occidentaux. Ne parlant même pas l’anglais, Shimon peres s’envole pour New York et se trouve embarqué dans une aventure rocambolesque au dessus de la jungle dans un avion en feu….
Quelques années plus tard, il dote Israël d’une aviation en récupérant de vieux coucous. On sait que l’aviation et l’industrie israélienne vont devenir performants. Pérès s’attribue l’initiative de ce rêve aéronautique.
Autre rêve : Dimona et la dissuasion nucléaire. Pour accéder à la technologie atomique, Peres fera le détour par Paris. Détour à Sèvres où Français et israélien mettent au point l’opération de Suez 1956!
L’opération Entebbe : « l’audace est une vertu » est un autre chapitre cette vie d’aventurier. Peres narre par le menu les préparation de cette opération risquée à laquelle personne ne croyait. C’est sûrement le chapitre auquel j’ai le moins accroché.
Étonnant rêve d’un dirigeant socialiste, ancien kibboutznik : faire une « nation-start-up » exploiter toutes les ressources de la technologie pour amener Israël à la pointe des recherches scientifiques. La croyance optimiste dans les bienfaits de la science aussi bien de l’informatique que des nanotechnologies. Cela m’a étonnée de la part d’un homme autodidacte et plus très jeune, ait la curiosité de chercher la technologie qui pourra faire briller l’industrie israélienne.
Le dernier rêve, est la poursuite de la paix. Recherche d’une paix séparée avec la Jordanie d’abord puis soutien au processus d’Oslo.Le rêve est loin d’être réalisé, pourtant Peres présente les accords d’Oslo comme un succès.
J’ai lu avec beaucoup de plaisir cette biographie sans oublier le regard très partial et l’autosatisfaction qui traverse sa vision. Parler de la guerre d’Indépendance sans un regard pour les Palestiniens, soutenir le nucléaire sans une critique pour sa capacité de nuisance, ne jamais mentionner la colonisation….
Rêves impossibles réalisés, peut être, mais peu de considération pour les conséquences!
« Loxandra vit le jour à Constantinople, du temps du padichah Abdül-Medjid « quela malemort »…-chut Loxandra ! Tu vas nous faire pendre! -Du temps que le padichah Abdül-Medjid, qu’il aille à la malheure ! – Tais-toi enfin ! Tu n’es pas folle de crier si fort? _ Je ne crie pas , voyons, je chuchote ! Quand Loxandra chuchote, ça résonne comme les cloches de Sainte Sophie. […]Vaste est son coeur, son appétit, son ventre. Une grande statue qui va sur terre sur ses grands pieds ; des pieds cambrés, à la cheville légère qui dépassent sous la jupe comme deux socles. une grande statue qui brandit de grandes mains ; des mains de patriarche, des mains orthodoxes, aux doigts longs et bien moulés ; des mains faites pour bénir et pour être embrassées ; des mains qui sentent bon l’encens et le mahaleb ; des mains faites pour offrir : « sers-toi, disent ces mains, mais mange, voyons mange….des mains pour tenir un nouveau-né. Elles sont alors un trône, avec la paume comme un coussin sous le petit derrière qui d’un seul coup l’emporte tout là-haut vers le ciel etc…. »
Depuis que j’ai lu Vacances au Caucasede Maria Iordanidou j’ai cherché Loxandra, malheureusement épuisé. Loxandra est la grand-mère d’Anna, héroïne de Vacances en Caucase que j’ai adoré. heureusement je viens de le trouver d’occasion! Et je n’ai pas été déçue.
Ce roman, raconte l’histoire d’une famille grecque de Constantinople entre 1874 et 1914. Famille nombreuse : Loxandra a élevé les enfants de Dimitros avant de mettre au monde Clio et Alekos, fruits d’une transaction avec la Vierge de Baloukli à qui Loxandra a offert tous ses bijoux. Loxandra est le pilier de la famille, la mère, celle qui invite à des festins, celle qui guérit avec l’eau bénite de Baloukli, qui nourrit chats et chiens, qui invite marchands et veilleur de nuit à partager son café. Générosité et autorité, elle règne sur enfants cousins et sur tout le quartier.
C’est un livre où la nourriture est très présente : tout au long du livre, on savoure les dolmas avec assez d’oignon dans la farce, sans oublier la menthe, on fait frire des anchois, fabrique du halva, du porc au coings auxquels il faut ajouter les pépins du fruit dans la sauce…sans lésiner sur l’huile d’olive….Presque un livre de recettes de cuisine stambouliote. Cette cuisine qui lui manquera pendant son exil athénien!
On se promène dans Constantinople, la Ville, cosmopolite où coexistent turcs, arméniens, bulgares ou kurdes(les bûcherons avec leurs haches). La société grecque est prospère, elle semble installée là depuis Byzance et pour toujours. Toutefois, pendant les quarante ans du livre, la vie change. Loxandra se préoccupe plus de la vie de sa famille et de son quartier que de la politique. Ce livre est aussi un livre d’histoire qui raconte leTraité de San Stefano (1878) qui dépèce la Turquie d’Europe, la guerre greco-turque de 1897 à laquelle participe Epaminondas, un de ses fils, les massacres des Arméniens. Au début du siècle Loxandra part à Athènes, la vie politique est décrite pittoresquement, les rivalités entre les factions régionales montre plus de différence entre crétois ou athénien qu’entre les ethnies de Constantinople.
La vie de tous les jours est racontée avec simplicité ainsi que les traditions millénaires comme l’entrée de Basile à Constantinople, la grenade du jour de l’an ceci en fait un témoignage précieux de la vie grecque à la fin de l’empire ottoman. Le livre se termine avec la Première Guerre mondiale qui va tout bouleverser.
Exposition temporaire jusqu’au 5 Août 2018 à l’Institut du Monde Arabe
l’Inauguration du Canal de Suez
On entre dans l’exposition au son des trompettes d’Aïda, opéra écrit par Verdi pour l’occasion de l’inauguration du Canal de Suez sur un livret de Mariette, le célèbre égyptologue. Puis, on est convié à la grande réception de l’inauguration du canal de Suez le 17 novembre 1869, parmi les milliers d’invités. au centre une maquette des installations et des bateaux, aux murs photographies anciennes d’Arnoux et Zangaki aquarelles de Théodore Frère et des tableaux, projection sur trois écrans de la novembre cérémonie du commentée par Frédéric Mitterrand, en mode Zitrone, Ce qui m’a étonnée, c’est la cérémonie religieuse commune aux chrétiens réunis sous un pavillon tandis que les imams étaient en face sous un autre pavillon. Œcuménisme, du 19ème siècle? Étonnante absence aussi de Victoria qui a boudé cette réalisation franco-égyptienne ainsi que le Sultan Ottoman alors qu’Ismaïl Pacha avait donné la place d’honneur à l’Impératrice Eugénie.
Sésostris III
Les origines du Canal racontent qu’un canal fut creusé dès l’Antiquité par Sésostris III vers 1850 av. J.C. entre le Nil et la Mer Rouge.
Des barques portant le chargement de 300 ânes pouvaient y circuler. En 519 av. J.C. Darius le restaura, ainsi que Ptolémée II, Trajan et en 643 ‘Amr al-‘As, commandeur des croyants. Il fut ensuite volontairement abandonné. Une stèle cunéiforme en granite rose au nom de Darius fut trouvée pendant les travaux de creusement par Mariette et atteste de ce canal antique.
En 1504, les Vénitiens présentèrent au mamelouk un projet de creusement d’un nouveau canal, sans suite.
L’expédition de Bonaparte et l’Inventaire de l’Egypte par les savants qui l’accompagnaient, l’avènement de Mehemet Ali qui a modernisé l’Egypte réactualisent l’idée du percement d’un nouveau canal.
Les Saint Simoniens etProsper l’Enfantin
En 1846 les Saint Simoniensfondent la Société d’Etudes du Canal de Suez. Ferdinand de Lesseps obtint de Saïd Pacha laconcession en 1855 et le chantier débuta en 1859.
la construction du Canal de Suez
La construction du Canal eut d’abord recours à la Corvée : le khédive mit disposition 25000 fellahs qui ne disposaient que d’outils rudimentaires et qui mourraient par milliers. Des photos et un film égyptien montrent les conditions déplorables des hommes qui moururent par dizaines de milliers. Les britanniques dénoncèrent cet esclavagisme et Napoléon III obtient en 1864 l’abolition de la Corvée. En plus du creusement il fallait draguer le canal pour éviter l’ensablement : une maquette de dragueuse à godet est sous une vitrine tandis que des vidéos montrent son fonctionnement.
Dragueuse à godet
Bartholdi qui avait accompagné Gérôme en Egypte, à la suite de sa rencontre avec Ferdinand de Lesseps, inspiré par les statues antiques géantes eut l’idée du projet d’un énorme phare à l’entrée du Canal à Suez portant une paysanne égyptienne brandissant une torche, l’Occident éclairant l’Orient. Cette réalisation ne se fit pas mais inspira la statue de la Liberté réalisée en 1896
projet pour la statue de Bartholdi
Trois villes furent crées ex nihilo : Port Saïd, Ismaïlia et Port Tawfik (Suez). Un grand plan relief de plusieurs mètres de long est dans une vitrine comme la maquette de Port Saïd. Ces villes étaient très cosmopolites peuplées aussi d’Italiens, et de Grecs. Dans les années 1930, des expérimentations architecturales Art Déco sont illustrées par les très belles photos d’Arnoud de Boistesselin
Architecture Art Déco : photo BoistesselinArchitecture Art Déco
Des tableaux montrent le développement du trafic à travers le canal. Deux années-record : 1966 avec 21.250 t dont 75% de pétrole et plus tard 2008, 21.415 t. Entre temps, les conflits régionaux et mondiaux eurent leurs influences sur le trafic. En 1882, l’armée britannique réprime une révolte de l’armée égyptienne, occupe tout le pays et prend sa part dans l’exploitation du Canal.
En 1888, le canal est déclaré neutre et international. Il est , de fait, contrôle par l’armée britannique .
La nationalisation par Nasser
Le discours de Nasser
Le 26 Juillet 1956, Nasser annonce la nationalisation du Canal. Cet événement capital est mis en scène dans l’exposition : un écran double montre d’un côté Nasser et la foule en délire, de l’autre côté de l’écran, sans le son, mais avec les sous-titres, est projeté le film égyptien Nasser56 qui montre les égyptiens partant contrôler le Canal.
La suite de la nationalisation est l‘Expédition militaire Anglo-franco-israélienne d’Octobre/Novembre 1956
1956
Le Pacte secret de Sèvre est affiché au mur. amusant de constater que Britanniques et Français n’ont pas conservé leurs exemplaires du protocole, il ne reste que l’israélien.
la suite de l’exposition détaille les guerres israélo-égyptiennes des Six jourset de Kippour avec des cartes et des témoignages de vidéos : interviews et films égyptiens : dans les « petits rêves » on voit la démission de Nasser à la suite de la Guerre des 6 jours et les manifestations de soutien au Rais de la population.
Le canal du Futur
le 5/8/2014, le Président Egyptien Al-Sissi annonce le creusement d’un deuxième canal. Une nouvelle capitale administrative construite dans le désert entre le Caire et Suez est prévue pour 2019. Je suis très étonnée d’avoir manqué une telle information.
La visite se termine par un film tourné à bord d’un prote-container commenté par Michel Serres qui parle de la Garonne et aussi des nouvelles voies de navigations par les pôles dégagés par le réchauffement climatique…..
C’est encore une exposition passionnante, même si la fin qui raconte l’histoire est présentée de manière un peu aride.
« C’est l’histoire de l’agneau qui n’a pas renâclé lorsqu’il est mené au sacrifice. C’est l’histoire des enfants du ghetto. »
« Non je ne cherche pas à mettre en parallèle l’Holocauste et la Nakba, je déteste les comparaison de ce genre et j’estime que le jeu des chiffres est haïssable, nauséabond même. »
Cette lecture est d’une actualité criante. Pas seulement parce que ce livre vient de sortir en Français. Surtout à cause de ce qui se passe à Gaza.
Le titre est ambigu, le mot « ghetto » fait penser à Varsovie. Ce n’est pas anodin, ni fortuit : le héros du roman joue avec cette ambiguïté. Le ghetto du livre est celui de Lod. Evidemment, Lod évoque l’aéroport, j’ignorais qu’en 1949 un ghetto fut mis en place pour parquer les Palestiniens. J’ignore beaucoup de choses en ce qui concerne la guerred’Indépendance d’Israël, et encore plus sur la Nakba. La version officielle serait que les Palestiniens auraient fui pour revenir avec les armées arabes victorieuses.
Noter que ce livre est un roman et pas un témoignage historique. L’auteur prend d’ailleurs des précautions vis à vis des historiens. Le narrateur était un nourrisson en 1949 qui ne peut que rapporter les paroles qu’il a entendues plus tard, paroles qui se contredisent parfois. Cependant, le contexte historique est très documenté et cite de nombreux auteurs israéliens comme Yizhar, Tom Seguev, Ilan Pappéainsi que les auteurs palestiniens, Edward Saïd ou Mahmoud Darwich, pour les plus connus.
C’est un roman très riche qui intègre différents thèmes en cahiers séparés. Comme d’autres romans libanais(j’ai lu l’an passé Hakawatide Rabih Alameddine) l’auteur cherche les origines de la littérature arabe dans la poésie médiévale. L’évocation du poète dans le coffre est présentée comme un conte.
« En effet, la poésie n’est pas uniquement le registre des Arabes, elle est aussi le réservoir de leurs contes sans lequel il n’y a pas d’histoires, et sans celles-ci, la poésie rétrécit et s’anéantit… »
C’est un conte mais aussi une critique littéraire : Adam, le narrateur, est un universitaire israélien spécialisé dans la littérature arabe. Il cite Taha Hussein discutant les rapports de la langue à la poésie anté-islamique et au Coran.
Dans les chapitres suivant, Adam renonce au conte,: il rédige ses mémoires:
« je ne suis entré dans aucun coffre comme mon cher poète, mais je constate maintenant que j’ai vécu toute ma vie dans le coffre de la peur et que pour en sortir, il me fallait le briser, non seulement l’écrire… »
Adam, arabe israélien,est un personnage complexe. Son manuscrit relate la quête de son identité et raconte l’histoire du ghetto de Lod.
« Et j’avais réussi. j’étais un israélien comme les autres. Je n’avais pas dissimulé mon identité palestinienne, mais je l’avis remisée dans les ghetto où je suis né. J’ai été le fils du ghetto qui m’a accordé l’immunité de Varsovie – mais c’est une autre histoire… »
Je ne vous raconte pas les aventures de l’enfant, à vous de les lire…
C’est un livre passionnant qui donne envie de lire les auteurs qu’il cite ainsi queles Portes du Soleildu même auteur. J’ai téléchargé Khirbet Khizeh et je me suis empressée de le relire (en anglais, disponible en version numérique, cela ne va pas me faciliter le travail pour les citations). Et j’ai fait toute une liste des autres!
Avec un titre pareil : Douleur, on ne s’attend pas à une bluette, ni à un de ces feel-good-books, nouvelle catégorie de livres que je fuis.
Iris a été victime dix ans plus tôt d’un attentat à Jérusalem. Ne vous attendez pas à un livre sur le terrorisme, aucun voyeurisme du genre de celui qui s’étale à longueur de journée à la télévision. On neconnaîtra pas ni l’identité des terroristes, ni leurs revendications. Ce n’est pas le sujet. S’il y a culpabilité, c’est plutôt les membres de la cellule familiale qui l’endossent, si le gamin n’avait pas traîné aux cabinets, si la gamine n’avait pas réclamé une coiffure sophistiquée, si le mari avait conduit les enfants à l’école ce matin là, Iris ne se serait pas trouvée au mauvais endroit, au mauvais moment…..
Le corps brisé, Iris mettra de longues années à se reconstruire. Dix ans plus tard la douleur est telle qu’elle retourne consulter. Et qu’elle reconnait dans le médecin, Eithan, son premier amour. Douleurest un livre d’amour. L’amour sous différentes facettes, premier amour adolescent, amour conjugal raisonnable et routinier, amour-passion, amour maternel, filial. Tous ces amours se conjuguent, se contrarient, s’additionnent.
La douleur d’Iris, est elle celle de son corps meurtri? Ou celle de la rupture à dix-sept ans qui l’a plongée dans une profonde dépression?
Zeruya Shalev dissèque avec une précision d’entomologiste les rapports familiaux. Elle démonte les ressorts de la psychologie d’une femme mûre avec son passé familial, ses déceptions et ses réussites professionnelles. Déjà, à la lecture de Ce qui reste de nos vies (2011 en hébreu, 2014 Prix Fémina), j’avais ressenti le livre comme agaçant, à la manière d’un fruit trop vert, trop acide. J’ai lu deux fois Théra qui s’attache plus au séisme de la rupture d’un couple qu’à l’archéologie de Santorin. Deux lectures loin d’être aimables, et pourtant deux très bons livres.
Zeruya Shalev met en scène le quotidien plutôt banal, elle n’oublie ni les repas, ni les contingences professionnelles. Iris est une amoureuse, mais c’est surtout la directrice d’une école qui cherche à réconcilier la multiculturalité, une fille dont la mère devint gâteuse, la mère d’un grand adolescent, la mère d’une jeune fille enrôlée dans une secte…L’auteur nous fait sentir la complexité et construit uneintrigue addictive, comme dans un thriller haletant. Cédera-t-elle à la passion ou à la routine conjugale? arrivera-t-elle à renouer le dialogue avec sa fille?
j’ai lu le gros livre (400 pages) presque d’un trait.