Laila et Salma partagent un appartement à Tel Aviv. Laila est avocate, belle, indépendante. Salma est DJ et barmaid dans un bar branché. Elles sont joyeuses et libres, boivent des bières, fument des joints et profitent de la vie trépidante de Tel Aviv. Quand Nour débarque dans la colocation avec sa grosse valise et son voile, elle détonne un peu.
Trois filles palestiniennes qui essaient de gagner la liberté et le bonheur, chacune à sa façon.
Laila, courtisée par un collègue juif , ne cède pas à ses avances, elle tombe amoureuse de Ziad, le beau garçon qui revient de New York ils forment un très beau couple mais rapidement Ziad lui demande des compromis inacceptables pour elle.
Nour est fiancée à Wissam, un homme pieux qui ne songe qu’à avancer la date du mariage alors que Nour tient à terminer ses études d’informatique et à obtenir un emploi.
Salma est lesbienne. Sa famille chrétienne de Nazareth, qui paraît tolérante lui présente des prétendants qu’elle refuse.
A chacune, son degré de révolte, sa résistance, ses limites.
Ce n’est pas facile d’être une femme – palestinienne – libre et heureuse même dans la grande ville.
Un film féministe réalisé par Maysaloun Hamoud qui a cherché à faire entendre une nouvelle voix dans l’ambiance des changements annoncés par les Printemps arabes.
Un film produit par Shlomi Elkabetz dédié à Ronit Elkabetz, sa sœur décédée il y a tout juste un an, bouleversante dans le Procès de Viviane Amsallem qu’ils ont réalisé ensemble.
Que pensent les femmes de l’état de guerre permanent qui règne à Gaza?
Comment vivent-elles?
Elles vont chez la coiffeuse, l’esthéticienne, se font maquiller, épiler. Dans le petit salon Christina, elles sont nombreuses. Il y a la mariée, sa mère sa belle-mère. Il y a aussi une divorcée – Hyam Abbas (je suis fan) et puis deux autres groupes de trois femmes, venues, on ne sait pas pourquoi, surtout celle qui refuse d’ôter son voile et qui ne veut ni se faire couper les cheveux, ni se faire épiler, encore moins maquiller… Sans doute pour sortir de chez elles, pour bavarder, médire des maris.
Un lion devant le salon, situation loufoque. L’amoureux de la belle esthéticienne le tient en laisse, une autre faction veut le reprendre. Les rivalités factieuses tournent mal. On se bat avec des armes de guerre….pour un lion.
L’électricité est coupée, la climatisation tombe en panne. Le huis clos devient étouffant.
L’arme de ces femmes : l’humour! C’est finalement très drôle.
J’ai d’abord cru lire un témoignage. Ce n’est que dans la post-face située habilement à la fin du récit, que j’ai découvert qu’il s’agissait d’un roman. Roman poignant.
Saga d’une famille palestinienne originaire de Galilée, contrainte à un premier exil en 1948, à Jenine, puis dispersée quand les hommes prennent les armes en 1967 et poursuivent au Liban.La narratrice s’installe aux Etats Unis.
Famille décimée.
Naqba, Septembre noir, Sabra et Chatila, occupation ordinaire, chaque catastrophe prend son lot de victimes.
Le manichéisme primaire est évité par l’irruption dans l’histoire d’Israéliens proches et mêmes parents. Si l’amitié du jeune palestinien et du juif de Jérusalem dans les années 40 est tout à fait crédible, l’enlèvement du bébé donné à une femme rescapée de la Shoah l’est moins. Les retrouvailles improbables.
Benny Ziffer est un journaliste israélien. Il se revendique aussi comme « levantin » – d’un Levant qui s’étendait d’Athènes au Caire, Istanbul pour métropole, le Français pour lingua franca, la littérature, le cinéma et la peinture pour valeurs.
Ses carnets de voyage nous emmènent successivement au Caire, à Amman et ses environs, à Jérusalem, sur les pas de Mark Twain en Galilée, à Istanbul, à Athènes et même à Paris.
Peu d’attractions touristiques, les touristes sont plutôt considérés avec commisération. Au lieu de visiter les sites et les musées, Ziffer flâne dans les marchés avec une prédilection particulière pour les bouquinistes qui vendent à même le trottoir les livres en français à l’Ezbeqieh ou les suspendent avec des pinces à linge près de Beyazit. Il traîne dans les cafés et les lieux nocturnes du Caire en compagnie de son acolyte Niemand – personne – un Ulysse poète juif qui reviendrait à Ithaque/le Caire- improbable personnage, double imaginaire de l’auteur. Il passe une soirée avec Mahfouz. Nous emmène au cinéma….
A Alexandrie il rencontre le sosie de Cavafy, mais il faut se méfier des histoires qu’on colporte sur Alexandrie. J’en ai fait l’expérience personnelle!
C’est sur la piste d’une phrase de Flaubert qu’il traverse la Jordanie et nous en apprendrons plus sur le verre peint d’Hébron vendu par un arménien que sur le musée d’Amman.
J’ai été étonnée de la porosité des frontières. Ziffer ne se cache nullement d’être israélien. Au contraire, sa carte de presse lui ouvre certaines portes fermées.
Chaque fois, il souligne les parentés, les ressemblances entre les Levantins. Quant aux religions, elles offrent de surprenantes découvertes, Ziffer va à la synagogue au Caire et dans un monastère à Jérusalem. C’est en Israël, qu’il assiste à une cérémonie mystique soufie de derviches tourneurs.
Son récit à Istanbul est plus personnel, il touche de près ses origines familiales, la maison de ses parents, leurs amis. Plus politique aussi, le rapport au sionisme, politique turque aussi.
Et si le Moyen Orient oubliait ses différences pour ne vivre que ce qui rassemble?
Ce gros volume de près de 800 pages est une trilogie : Le Cercle, Ariane, La chauve-souris, trois romans écrits en 1960, 1962 et 1965. Gros pavé riche en personnages et en intrigues, personnages historiques ou personnages fictifs, que l’on retrouve dans les trois épisodes. Une liste des protagonistes est donnée en annexe, p 763 et il convient de s’y référer souvent pour éviter de se perdre, entre les noms, les prénoms, les surnoms et les pseudos pris pour la clandestinité…
Un café à Alexandrie
Stratis Tsirkas donne une version hellénique du Moyen Orient. L’essentiel de l’action se déroule dans la communauté grecque, celle de la Diaspora grecque en Egypte et en Palestine mais aussi au sein de l’armée grecque qui a combattu Rommel et les fascistes aux côtés des britanniques ainsi que les électrons libres qui ont quitté la Grèce alors occupée par les Allemands pour prendre part à la lutte. Evidemment les Services de Sa Majesté sont très présents.
Cimetière britannique El Alamein
J’ai emprunté ce livre (désiré depuis de nombreuses années) à la suite de la lecture de L’Automobile Club d’Egypte d’Alaa El Aswanny et du Colonel et de l’enfant-roide Sinoué,une autre oeuvre comparable serait le Quatuor d’Alexandrie deDurrell qui se déroule dans le même décor mais qui est un peu antérieur. El Aswannya un regard égyptien, tandis quele point de vue de Durrell est britannique.
« Jérusalem, cité à la dérive, Jérusalem cité des réfugiés » Juillet 1942
Deux vers du poète Seféris donnent le titre de cet ouvrage.
Jérusalem, printemps 1941, Tobrouk a été prise par Rommel qui menace le Caire où les autorités brûlent les archives, Juifs et britanniques s’enfuient. La pension tenue par Frau Feldmann réunit cette population cosmopolite : un couple autrichien, une princesse roumaine, un couple de Juifs yéménites, une famille de Juifs polonais, une Tchèque, un commandant de la R.A.F, un Grec cohabitent dans cette maison à la salle de bain unique et sans téléphone.
Que fuit Caloyannis? Il a caché son uniforme et ne sort que la nuit. Déserteur? Espion? Qui sont ces « têtes coupées » ?
Jérusalem est un nid d’espions. Le ministre autrichien qui rêve de la monarchie des Habsbourg, doit rencontrer Von Papen à Ankara est surveillé par l’Intelligence service ainsi que par les Américains, envoyé par les Anglais ou agent double? Tous ces diplomates et militaires sont cultivés, ils citent Hoelderlin, Eliot, Cavafy ou Flaubert. Confidences sur l’oreiller, jeux de séductions ou même simples paris mondains, on boit, on couche beaucoup. Les couples se font et se défont.
Les « têtes coupées » sont les communistes grecs, à leur tête, Le Minus, dogmatique stalinien. Entrés en clandestinité, ils souhaitent noyauter l’armée grecque dont les officiers ont une position ambiguë, des sympathies fascistes ou une allégeance aux Anglais. Le rôle de Manos Caloyannis est de rédiger une gazette Le Combattant imprimant une ligne politique claire. l’urgence est de combattre Rommel.
Décembre 1942; Rommel a été repoussé à El-Alamein. Manos Simonidis, en uniforme, rejoint la brigade grecque dans le désert lybique. Blessé lors d’un bombardement aérien, il est hébergé dans une famille grecque du Caire chez Ariane dans le quartier du « Labyrinthe » où il renoue avec ses activités journalistiques. Le Minus n’est pas le seul dirigeant, d’autres permanents, Fanis, Foteros, Garélas forment un noyau très actif. Curieusement, ils restent presque uniquement dans la communauté grecque et ont peu/pas de relations avec les communistes égyptiens. Cloisonnement du mouvement internationaliste? Un chef du PCF venu de Moscou via Téhéran refuse d’entrer en relation avec les militants locaux et ne se réfère qu’au Minus. Clandestinité, autocritiques, discipline. C’est un véritable document quant au fonctionnement révolutionnaire à cette époque. L’objectif est bien sûr la lutte antifasciste aux côtés des anglais mais aussi le maintien d’une armée grecque révolutionnaire prête à conquérir le pouvoir en Grèce après la libération du pays. Il convient donc de soutenir le moral des troupes tandis que les Anglais préféreraient leur laisser un rôle secondaire et mettre au pouvoir le roi et un gouvernement libéral à sa solde.
Le but des Anglais n’est-il pas de dissoudre l’armée de libération?Une étrange Anabase entraîne une brigade grecque dans une Marche pour l’Euphrate à travers le désert syrien, Alep, Racca..
Alexandrie, automne 1944, Simonidis doit relancer la gazette des marins. la flotte grecque est basée devant le port. L’action clandestine s’organise encore au sien de la communauté grecque. On a l’occasion de rencontrer des personnalités pittoresques, famille originaire de Chios réfugiés après le séisme de 1882. Alexandrie, grecque depuis l’Antiquité, avec ses Bains Cléopâtre, ce poète farfelu qui s’appelle lui-même Alexandre le jeune, où le marchand de légume arabe crie sa marchandise en grec!
Les antagonismes se précisent avec la fin de la guerre. Une ligne politique claire est nécessaire. Les communistes doivent-ils soutenir un gouvernement d’union nationale . la confrontation entre l’armée, la flotte grecque et les forces britanniques devient inévitable. Doit-on encourager les protestations contre les humiliations anglaises ou préserver à tout pris les armées pour la prise de pouvoir en Grèce. la guerre civile s’annonce déjà. La flotte subit l’attaque anglaise.
L’action clandestine devient de plus en plus risquée. les rivalités s’exacerbent : face à face intéressant entre le permanent et l’intellectuel. Des agents anglais réactivent les provocations jusqu’au meurtre. Dans ce contexte difficile Simonidis retrouve une lady écossaise Nancy qui prendra part à l’action….
J’ai été happée dans le tourbillon de ce roman foisonnant, excitant. Difficile pour moi cependant de faire la part du réel, de l’histoire et du romanesque. Et une terrible envie de relire le Quatuor D’Alexandrie de Durrell!
Téléchargé sur ma liseuse à la suite du Talismande Walter Scott,lu immédiatement après l’Orientalisme d’ Edward Said…
Les Croisades n’ont pas été seulement « vues » par les Arabes, elles ont été racontées par des chroniqueurs témoins des évènements. Maalouf puise dans ces écrits pour faire un récit pittoresque de deux siècles d’histoire (1096 – 1291) du Proche Orient. Ce n’est pas un roman historique c’est un livre d’histoire qui se lit comme un roman, avec des intrigues, ds rebondissements, des personnages hauts en couleur, des traîtres et des sultans chevaleresques, des chevaliers barbares, d’autres éclairés, des esclaves et même une sultane d’Égypte….
En Occident, on a l’habitude de numéroter les Croisades, la 1ère celle de Pierre l’Ermite et Godefroy de Bouillon, la 4ème du Doge Dandolo, les 7ème et 8ème avec Saint Louis. Maalouf adopte une autre chronologie : le livre est découpé en six parties l’Invasion (1096 -11oo), l’Occupation (1100-1128), la Riposte (1128-1146), la Victoire (1146-1187), le Sursis (1187-1244), l’Expulsion (1224-1291). Les croisades ne sont pas envisagées en une confrontation religieuse mais plutôt comme un processus de colonisation. Si la religion est invoquée, c’est le djihad qui devra délivrer les musulmans des occupants, et cela ne marche pas très bien.
L’invasion
« En juillet 1096 des milliers de Franj approchent, quelques centaines de chevaliers un nombre important de fantassins armés et des milliers de femmes, d’enfants, de vieillards en guenilles : on dirait une peuplade chassée par un envahisseur »
Comment cette troupe saura-t-elle s’imposer face à l’Empire Byzantin et face aux turcs seldjoukides qui s’imposent face à lui. C’est que l’Orient musulman est divisé!
« depuis 1055, le calife de Bagdad, successeur du Prophète et héritier du prestigieux empire abbasside n’est qu’une marionnette docile entre leur (des Seldjoukides) mains »
Les Seldjoukides ne forment pas un empire centralisé, les différents chefs se jalousent de guerroient. « entre cousins seldjoukides, on ne connait nulle solidarité : il faut tuer pour survire. «
Les Croisés vont profiter de ces rivalités et s’imposer en se taillant des fiefs à Edesse, Antioche , ville où les chrétiens d’Orient sont nombreux, prenant Jérusalem en 1099, assiégeant toutes les villes importantes de la côte : Tyr, Saïda, Tripoli….
La cruauté de la conquête est atroce . Le cannibalisme de Maara (relaté par Walter Scott) atteste de la barbarie des occupants. Jérusalem est saccagé sauvagement sans même épargner les coreligionnaires – Grecs, Géorgiens, Arméniens, Coptes ou Syriens.
« Face au morcellement irrémédiable du monde arabe, les Etats francs vont apparaître d’emblée par leur détermination, leurs qualités guerrières et leur relative solidarité comme une véritable puissance régionale » .
le château fort de Yehiam
Intervient aussi l’influence d’une curieuse secte celle des Assassins qui brouille les pistes.
La Riposte
La première victoire significative (1148) du camp musulman est la débâcle devant Damas de l’empereur allemand Conrad. Le héros de cette période de Victoire est Noureddin, prince intègre et très pieux qui lance une véritable propagande, commandant des poèmes, des lettres, aux mots d’ordres simples
« Une seule religion, l’islam sunnite [….un seul état pour encercler les Franj de toutes parts; un seul objectif, le jihad, pour reconquérir les territoires et surtout libérer Jérusalem »
Suppression des impôts, interdiction de l’alcool (et du tambourin), simplicité des tenues cet islam est rigoriste
« Quel est le chien Mahmoud pour mériter la victoire? » – dit -il de lui-même « De telle démonstration d’humilité lui attireront la sympathie des faibles et des gens pieux, mais les puissants n’hésiteront pas à le taxer d’hypocrisie »
En face se dressent des croisés pas très recommandables comme le Prince Renaud chevalier-brigand d’Antioche « assoiffé d’or, de sang et de conquêtes ».
Le théâtre des opérations militaires va se déplacer vers l’Égypte autour des années 1160. Saladin va succéder à Noureddin au moment où Amaury , roi de Jérusalem lègue son royaume à son fils Baudouin IV, le roi lépreux. Saladin va reconquérir Jérusalem sans effusion de sang, sans destruction, sans haine.
« certes on ne peut reprocher au sultan la magnanimité avec laquelle il a traité les vaincus. Sa répugnance à verser le sang inutilement, le strict respect de ses engagements, la noblesse émouvante de chacun de ses gestes… »
Une nouvelle croisade, la 3ème en 1191 voit débarquer Frédéric Barberousse Richard Cœur de Lion, Philippe Auguste, Conrad de Montferrat qui feront le siège d’Acre que raconte le Talisman de Walter Scott. Je découvre avec étonnement que le roman de Scott est très proche de la réalité historique;
« entre deux escarmouches, chevaliers et émirs s’invitent à banqueter et devisent tranquillement ensemble, s’adonnant parfois à des jeux… »
Maalouf note que « Richard lui-même est fasciné par Saladin. dès son arrivée, il cherche à le rencontrer »mais la rencontre imaginée dans le roman ne se fera jamais.
« les rois ne se rencontrent qu’après conclusion d’un accord. De toute manière, ajoute-t-il, je ne comprends pas ta langue et tu ignores la mienne, et nous avons besoin d’un traducteur en qui nous ayons tous les deux confiance. que cet homme soit donc un messager entre nous. » aurait répondu Saladin.
L’histoire du mariage envisagé entre la sœur du roi d’Angleterre avec le frère de Saladin est aussi véridique. De même la colère de Richard contre le marquis de Montferrat qu’il fera assassiner. Richard doit retourner en Angleterre :
« un mois après la conclusion de la paix; il quitte la terre d’Orient sans avoir vu ni le Saint-Sépulcre ni Saladin ».
Fréderic 2
L’essentiel des affrontements, pendant après 1220 se feront en Égypte. Arrive en 1128, Frédéric II qui a épousé en 1225 Yolande reine de Jérusalem.
« dès son arrivée de Palerme, celui-ci (l’émir Fakhreddin) est émerveillé : oui tout ce qu’on dit de Frédéric est exact! Il parle et écrit parfaitement l’arabe, ne cache pas son admiration pour la civilisation musulmane, et se montre méprisant à l’égard de l’Occident barbare et surtout du pape de Rome la Grande »
A la suite de la crise de Damiette et d’une campagne égyptienne où les armées arabes et franques s’enlisent,
« Frédéric obtient Jérusalem, un corridor la reliant à la côte ainsi que Bethleem, Nazareth, les environs de Saïda. « .
Le dernier épisode, L’Expulsion se fait sous la menace Mongole. En 1248 Louis IX arrive en orient avec l’idée de conclure une alliance avec les Mongols pour prendre le monde arabe en tenaille. Il se lance dans une campagne égyptienne, remportant un succès décisif à Damiette , on lui propose d’échanger Damiette contre Jérusalem mai le roi de France refuse. A la suite de ces guerres, Maalouf note un évènement déterminant pour la région : l’avènement des Mamelouks au pouvoir en Égypte. Un étrange épisode amène au pouvoir une sultane puis Baibars .
J’ai dévoré cette histoire comme un roman. Dans l’épilogue, Maalouf montre que:
« alors que pour l’Europe occidentale, l’époque des croisades était l’amorce d’une véritable révolution, à la fois économique et culturelle, en Orient, ces guerres saintes allaient déboucher sur de longs siècles de décadence et d’obscurantisme »
Le souvenir de ces croisades est encore prégnant dans la région.
« A la veille du 3ème millénaire les responsables politiques et religieux du monde arabe se réfèrent constamment à Saladin, à la chute de Jérusalem et à sa reprise. Israël est assimilé, dans l’acception populaire comme dans certains discours officiels, à un nouvel État croisé. »
Vu sur Mezzo, par hasard, Jérusalem de Jordi Savall, sous-titré Opéra!
Premières vues, je ne reconnais pas Jérusalem mais Fès, que les images de la médina sont belles!
Opéra bâti sur le canevas chronologique : le chofar annonce la ville juive antique. Puis je reconnais du Grec, hellénistique ou byzantine? Les très anciennes mélodies arméniennes succèdent. Arrivent les Croisades. Espagnol, Catalan ou occitan? Les airs andalous sont aussi bien arabes que juifs ou espagnols. Une mélodie bosniaque, paroles en Ladino. parenté de ces musiques du pourtour méditerranéen, culture voisine. Le joueur d’oud est-il juif ou arabe? peut être est-il catalan. Jordi Savall a des airs de poète, de juif errant, de pâtre grec… on ne sent pas l’autorité du chef, seulement le plaisir partagé de la belle ouvrage.Pas seulement pour le plaisir : le chant des morts d’Auschwitz, Treblinka, Maïdanek, me donne des frissons. Quelle musique pourra lui succéder? Les plaintes arméniennes sur la ville d’Ani détruite…
3000ans d’histoire, vu de Jérusalem qui fut juive, grecque, romaine, chrétienne, byzantine, arabe, croisée, mamelouke, ottomane, britannique, jordanienne et israélienne….
Ville du roi David, de Salomon, mais aussi d’Hérode, Godefroi de Bouillon, de Saladin, même de Frédéric II et de Baibars, de Soliman le « second Salomon », puis des Familles palestiniennes Husseini ou Nusseibeh…des mystiques, Messies et faux Messies
Ville du temple détruit par Nabuchodonosor, par Titus, ville de Jésus, d’où Mahomet s’est élevé.
De Jérusalem on peut raconter l’histoire des Perses, d’Alexandre, de Rome ou de Constantinople, celle de l’Egypte des Abassides, aux Fatimides, des Croisades, l’épopée de Bonaparte, celle de Lawrence d’Arabie, les intrigues britanniques de la Première ou de la Seconde Guerre Mondiale; la naissance d’Israël… Montefiore est très bien placé pour raconter Jérusalem : un quartier de la ville porte le nom de son ancêtre.
J’ai eu du mal à accrocher au début, mythe et histoire tellement mêlés que je ne m’y retrouvais pas. mieux vaut relire la Bible, ai-je pensé, ou Flavius Josèphe.
Dès la deuxième partie, je me suis laissé emporter. j’ai beaucoup aimé la galerie de personnages. j’ai découvert des Reines alors que je n’attendais que des héros : Hélène, la première archéologue, mais aussi Eudoxie que j’ignorais, Théodora
Theodora à Ravenne
que j’avais vue à Ravenne, et des Reines Croisées que je ne soupçonnais même pas. J’ai adoré les chevaleresques Richard Coeur de Lion et Saladin, le Roi lépreux…
J’ai aimé rencontrer des érudits comme Maimonides ou le Rambam, Ibn Khaldoun, moins connu Evliya le derviche conteur, des aventuriers. Des missionnaires.
Une époque particulièrement vivante et bien racontée est celle de la Jérusalem cosmopolite, arabe, chrétienne, russe, britannique et juive, mondaine drôle opposée à celle mystique des pèlerins des trois religions.
Bien analysée, la politique britannique, parfois religieuse, parfois très cynique.
A travers les sagas familiales de deux familles, l’une palestinienne, l’autre juive polonaise, l’auteur raconte le 20ème siècle.
Roman historique? L‘auteur s’en défend. Ce n’est pas un roman c’est un livre d’Histoire ou plutôt un livre d’histoires destiné aux élèves et aux enseignants presque un manuel scolaire comme le préface Avraham Burg – Ancien Président de la Knesset. Je ne suis pas sûre que le meilleur moyen d’enseigner l’Histoire soit de raconter des anecdotes. Travailler sur de réels documents est tout aussi vivant. J’ai souvent besoin, d’un bibliographie et d’un corpus de notes pour me sentir en confiance.
Même si j’ai des réserves sur le « roman » dont les personnages trop nombreux et peu étoffés, que j’ai eu du mal à identifier au cours de la lecture, ou pour le style parfois un peu négligé, j’ai été passionnée par la somme d’informations bien amenées.
Les pionniers de Degania et du mouvement ouvrier ont toujours été glorifiés (et chantés) de la tour d’Ezra aux chansons de l‘Hashomer, je n’aurais jamais imaginé les actions de destruction des produits maraîchers arabes sur les marchés. L’auteur qualifie d’apartheid la politique de la Histadrout vis à vis de l’embauche prioritaire juive. De même, j’ignorais tout des mouvements politiques palestiniens pendant le Mandat britannique. Cet éclairage est nouveau pour moi.
Trois pages après la liste des victimes de la Shoah dans la famille Friedman Waraschawski raconte la Catastrophe , la Nakba qui a dispersé la famille palestinienne, terrorisme juif du groupe Stern, opérations militaires et finalement exode…
J’avais oublié Karameh et Septembre noir.
Beaufort et la guerre au Liban sont racontés du point de vue des deux protagonistes.
L’espoir des accords d’Oslo, bouffée d’enthousiasme.
Et pour terminer Rachel, écrasée par un bulldozer pour avoir tenté de protéger des oliviers.
Il est banal d’affirmer que la question de Jérusalem est un des obstacles majeurs aux négociations de paix, que nul n’est prêt à renoncer à la ville sainte pour capitale, et que le partage de la ville, retour à la situation d’avant 1967 serait impossible .
Pourtant, l’auteur l’affirme, Jérusalem n’a pas toujours été le champ de bataille où s’affrontent Juifs et Palestiniens. Une autre histoire, oubliée, s’est déroulée à l’orée du XXème siècle:« Jérusalem 1900 – la ville sainte à l’âge des possibles ». Au tournant du siècle, une municipalité réunissait musulmans, chrétiens et juifs sous l’empire ottoman la cité, pour gérer les adductions d’eau, la voirie, la santé publique, pour moderniser l’urbanisme d’une ville en expansion qui voyait sa population quitter les murailles de Soliman et s’étendre dans les quartiers de la ville nouvelle. La population, toutes confessions confondues, se massait à l’inauguration de la gare, ou d’une fontaine publique, ou de la Tour de l’Horloge. Il y eut même une révolution en 1908 avec le rétablissement de la constitution ottomane, « on s’appelle frère, on s’embrasse, on jure fidélité à la devise jeune-turque « Liberté, égalité, justice, fraternité ».
Jérusalem n’était donc nullement « une province reculée sans loi ni administration. La vie s’y déroulait, dans le carcan de la tradition et au rythme du chameau » comme l’a écrit Tom Segev, distingué historien israélien.
Pourquoi cette histoire a-t-elle été occultée? C’est le propos de l’ouvrage de Vincent Lemire qui administre une magistrale leçon d’histoire.
Il commence par commenter les cartes de Jérusalem communément présentées avec une ville divisée en quatre quartiers correspondant chacun à une communauté: Musulmans, Chrétiens, Arméniens et Juifs. Dans le premier chapitre « Le dessous des cartes » il démontre que ces cartes ne correspondent aucunement au peuplement réel de la ville. Elles seraient plutôt des « cartes touristiques » destinées au pèlerins cherchant les lieux saints dans la vieille ville. Les autochtones utilisaient une toponymie tout à fait différente de celle que présente ces cartes aux 4 quartiers. L’analyse des recensements montre au contraire une grande mixité dans chacun de ces quartiers. Il compare cette utilisation des cartes à celle des plans que les offices de tourisme distribuent aux touristes Chinois ou Japonais à Paris. Le manque de sérieux correspond-il à un présupposé idéologique privilégiant la séparation des communautés?
Le 2ème chapitre montre comment s’est construite la ville-musée à destination des pèlerins au cours du19ème siècle. Étrange invention d’une tombe du jardin – Saint Sépulcre-bis par les Protestants, privés de garde dans le vrai. Archéologie approximative : dans les fouilles du prétoire ou de la via Dolorosa, des monnaies du 2ème siècle après JC trouvées sous les dalles ne troublant pas la foi des croyants.
Ce chapitre reprend les écrits des écrivains-voyageurs. Il s’ouvre sur une citation de Pierre Loti qui « tourne le dos à la ville moderne » qu’il a découverte du chemin de fer. le réflexe folklorisant chez les pèlerins, les touristes et les écrivains n’a rien d’étonnant. Ils viennent chercher les Lieux saints qu’ils connaissent ou croient connaître. Déjà Chateaubriand en 1811 a ce regard empreint de préjugés, vision morbide quand il décrit ce boucher arabe :« à l’air hagard et féroce de cet homme, à ses bras ensanglantés, vous croiriez qu’il vient plutôt de tuer son semblable que d’immoler un agneau », cette scène renvoie à l’idée d’unecité-déicide.
Reconstruire l’histoire de Jérusalem à la lecture des écrivains romantiques est certes plus facile que de consulter les archives écrites en ottoman – graphie et même langue qui a disparu depuis Kémal Atatürk. La perception de l’histoire de Jérusalem doit beaucoup à ces préjugés. L’historien qui s’attache aux sources fiables fait des découvertes très différentes. Même quand il s’agit des lieux saints d’hybridation entre les différentes confessions est courante. L’enchevêtrement entre les traditions religieuses culmine quand il s’agit de la Tombe de David au sommet du Mont Sion, où les Franciscains sont expulsés en 1624 ; leur église est remplacée pour une mosquée entretenant le souvenir de Nebi Daoud, le « prophète juif ». Étrange homophonie entre le nom du Roi Salomon et de Suleyman l’ottoman qui conquit la ville!
Il est aussi important de situer l’histoire de la ville dans le contexte de l’empire ottoman, qui n’était peut être pas aussi décadent qu’on a bien voulu l’affirmer « l’homme malade » . La Palestine était loin d’être « une terre sans peuple » et sans administration. « Orientalisme occidental, sionisme et nationalisme arabe se sont paradoxalement donné la main pour enterrer l’histoire de la Palestine et de la Jérusalem ottomane sous une « légende noire » qu’il est aujourd’hui urgent de revisiter.
L’auteur livre une galerie de portraits d’administrateurs compétents, polyglottes, modernes qui contraste avec les préjugés. Il détaille l’action municipale. Quoi de plus symbolique que cette horloge de 25m construite hors les murs en face de la Mairie neuve qui devait donner l’heure universelle alors qu’autrefois le muezzin, les cloches ou le chofar réglaient les prières des fidèles des confessions diverses!
Un livre passionnant, peut être un pas vers une histoire partagée, et une autre vision politique?
Les polars font voyager la lectrice dans des contrées inaccessibles au tourisme ou dans la face sombre de pays dont il ne montre que l’aspect présentable.
Repéré sur Babelio, j’ai cliqué sur le bouton d’Amazon qui me l’a envoyé illico sur mon Kindle. J’ai commencé à pester que le téléchargement ne s’était pas fait en ne trouvant pas le titre dans ma bibliothèque. J’ai vite compris que The Saladin Murders était le titre anglais. Conseil pratique aux blogueurs (euses), vérifier soigneusement avant de cliquer la langue, ce n’est pas la première mésaventure de ce genre, j’ai déjà téléchargé de l’Espagnol sans m’en rendre compte.
Cette expérience a été tout à fait positive. Je refuse de visionner un film en VF. Pour les livres, je privilégie les éditions bilingues (quand elles existent) mais la lecture de polars ou thrillers en Anglais s’avère parfois plus ardue que prévu. J’ai traîné mon Harraps sur les genoux pour venir à bout du Tailleur de Panama, n’ayant pas prévu l’extension du champ lexical de Le Carré. Quand un mot me manque de temps en temps, je le devine, mais quand il y en a trop, il faut la traduction. Magie de la liseuse : d’un doigt, je sélectionne le vocable inconnu, et voilà que s’ouvre une fenêtre me proposant deux dictionnaires, l’un anglais, l’autre américain, avec explication étymologie, tout le tintouin, de quoi enrichir mon vocabulaire! Plus de dictionnaire pesant (le Harraps, même en version allégée, pèse une tonne), plus d’impasses! en revanche l’option Traducteur est à fuir, contresens assurés!
D’emblée, dès le premier chapitre, le passage du poste frontière d’Israël à Gaza, est glauque, putride, puant l’urine, sinistre à souhait. Ambiance! Et cela ne s’arrangera pas, un khamsin rendra l’air irrespirable, étouffant, le vent de sable durera tout le temps du séjour de Omar Yussef, proviseur du lycée de Bethléem, chargé par l’UNWRA de visiter en compagnie de Magnus Wallender – fonctionnaire suédois – de visiter les établissements scolaires sous le contrôle des Nations Unies. Un des enseignants est incarcéré après avoir soulevé auprès de ses étudiants un problème de corruption. De cette arrestation arbitraire découleront des conséquences inattendues toutes sanglantes, meurtrières. De l’enquête en milieu scolaire, on débouche sur une guerre de factions d’une violence extrême.
Scènes de violence, fusillades, meurtres, tortures, autopsies…. rien ne sera caché . Âmes sensibles, fermez la liseuse! La corruption et la violence sévissent à tous les niveaux. J’ai même eu des doutes sur les intentions de l’auteur qui fait passer si peu d’empathie pour ses personnages. Est-ce vraiment aussi terrible dans la réalité? Ou plutôt était-ce, parce que le roman se déroule dans une guerre des factions de l’OLP avant que le Hamas n’ait remporté le pouvoir. Plus de débauche de whisky que de bigoterie.
Et pourtant je me suis prise à cette lecture, pour connaître de dénouement d’une intrigue bien ficelée et par sympathie pour ce professeur d’histoire palestinien qui cherche à libérer ses collègues, à découvrir le pot au roses. Peu d’occasions de découvrir la couleur locale, le paysage ou la cuisine gazaouie. Omar Yussef est entraîné dans des actions sanglantes sans avoir le temps de souffler. Quand il se réveille d’un cauchemar c’est pour entendre une fusillade réelle alors qu’il croyait rêver.
Et je me prépare à lire les autres livres de la série dans d’autres aventures palestiniennes puisque Omar Yussef est un héros récurrent.