En 1880, Gabrielle vient à Paris étudier la peinture dans l’atelier d’Ernest Hébert. Le 6 novembre ils se marient, elle a 28 ans, lui 63. En 1884, Ernest Hébert prend la direction de la Villa Médicis où ils resteront jusqu’en 1893.
Ernest Hébert – Villa Médicis
Ernest Hébert collectionne les photographies. Il en possède des centaines d’images.
Le 21 juillet 1888, Gabrielle « sort acheter les choses nécessaires pour la photographie »[…]prend des leçons auprès de Cesare Vasari et installe en compagnie du pensionnaire Alexis Axilette, une chambre noire pour développer ses négatifs, tirer et retoucher ses épreuves.
Bosco
Gabrielle tient la chronique de la Villa Médicis, de son architecture, de ses jardins avec une grande attention pour les fleurs, surtout les lys qu’elle inclut dans ses mises en scène comme l’Annonciation (plus haut), elle photographie les visiteurs : Sarah Bernhardt
Sarah Bernhardt
Elle photographie les pensionnaires au travail : le sculpteur Denys Puech, l’architecte Hector d’Espouy. Sans oublier le jardinier, leurs petits chiens. Amusante scène de jeu de saute-mouton des pensionnaires
La muse d’André Chénier – Denys Puech
Ces épreuves sont de très petits formats figurant parfois des véritables tableaux vivants comme l’Annonciation qui rappelle la Renaissance mais dans l’esprit des Préraphaélites. Autre mise en scène: sa soeur jumelle pose pour les Vestales sur l’escalier du Bosco
Vestales sur l’escalier du Bosco
Elle fait aussi de nombreux portraits de son mari à qui elle voue une admiration sans borne. Dans ses écrits elle l’appelle « Alles » (tout)
ERnest Hébert et les enfants des rues, ses modèles
Après avoir quitté la villa Médicis, ils font de longs périple en Italie et en Sicile, en Espagne. Avec bien sûr de très belles photographies. Sa production s’interrompt à la mort d’Ernest en 1908 à la Tronche en Isère où elle se consacrera à un musée à sa gloire. Son œuvre photographique ne sera redécouverte qu’au XXI -ème siècle, par hasard.
Magdalena Abakanowicz (1930-2017) est une artiste textilepolonaise.
Andromède II 1964 laine coton crin de cheval
Dans ses tapisseries, elle s’affranchit du plan du mur pour incorporer des matières originales et obtenir l’impression de relief.
Abakan rouge qui se reflète dans un miroir
A partir , de 1964elle qualifie ses tissages monumentaux suspendus au plafond d‘Abakan. Les personnages qui se reflètent dans le miroir donnent l’échelle de l’œuvre. Ces abakanspeuvent évoquer toutes sortes de chose au spectateur : un volcan, ou un sexe de femme, un paysage….
SculpturesSérie de portraits anonymes (1989-1990)
Série de portraits anonymes (1989-1990)
Autant j’ai aimé ses tissages et abakans, autant j’ai ressenti un profond malaise avec ses personnages de textile . Sculptures et moulages avec de la toile de jute. Masques mortuaires ou non? Rides captées ou exagérées avec les bandelettes?
Quelle danse, quelle procession, quelle fuite pour ces personnages sans tête. Et que font donc ces dos arrondis, accroupis ou assis, courbés. prisonniers ou condamnés. Le malaise augmente quand je m’aperçois que ce sont des coques creuses.
Aucun de ces « humain » ne possède un corps entier, le plus souvent c’est la tête qui est absente. les foules sont encore plus angoissantes
Foule
Foule anonyme, en rang serré, immobile. Qu’attend-elle?
Abakan noir
A l’arrière de l’abakan noir, une série nommée « Paysages » est composée des bas-reliefs de corps humains émergeant de la terre.
paysages
Oeuvres puissantes mais très malaisantes. Magdalena a évacué toute joliesse, toute exigence du « beau ». Comme elle est polonaise, je pense immédiatement à la Shoah, aux charniers, à la boue, aux cendres.
mais j’ai peut-être tout faux; Ces foules sont peut-être celles qui participaient au pouvoir communiste. Aucune indication biographique n’oriente le visiteur vers l’un ou l’autre de ces épisodes dramatiques qu’a vécu la Pologne. Témoignage ou protestation militante. Rien ne nous sera expliqué.
Magdalena Abakanovicz a aussi sculpté le bois et le fer pour des objets encore effrayants. Elle a aussi dessiné des têtes anonymes, et s’est même consacrée à la métamorphose d’une mouche aux dimensions monstrueuses de la même taille que la tête d’homme qui est accrochée sur la cimaise.
J’ai même trouvé réconfortantes les têtes hurlantes de Bourdelle alignées dans le couloir qui conduit à l’espace d’expositions temporaires du Musée Bourdelle. Elles criaient pourtant l’horreur de la guerre
Mourad Merzouki est chez lui à la MAC de Créteil où il fut le directeur jusqu’à l’an passé. Il conserve tous ses fans et c’est devant une salle conquise qu’il a présenté ce nouveau spectacle. Mourad Merzouki nous a habitués à des surprises et ce spectacle en fut une merveilleuse.
Le titre est celui du film de Serguei Paradjanov : Sayat Nova dont on célèbre le centenaire. Quelques images du film sont projetées sur le rideau de scène en introduction. A l’invitation de la metteuse en scène arménienne Saté Khatchatryanse rendit à Erevan, en Arménie et le spectacle est le résultat du dialogue entre le chef d’œuvre arménien et le hip-hop du chorégraphe.
Conception musicale de Hogh Arghun musicien arménien et électro. Costumes de Edgar Manoukian et accessoires et tapis venant d‘Arménie.
Nous partons pour un voyage merveilleux, sur des tapis volants, parmi les manuscrits anciens et livres arméniens (les Arméniens sont très fiers de leur écriture millénaire) . La princesse orientale est inspirée par le film et la bande annonce ci-dessous montre clairement les inspirations du spectacle de danse. On retrouve les livres ouverts, les costumes des prêtres, les grenades.
Ce n’est pas une simple copie de l’œuvre de Paradjanov. Merzouki nous propose des trouvailles dansées comme les jeux de l’échelle et du cadre de tableau.
Les ombrelles tchékoviennes, elles, sont dans le film!
Dragon de danse . Pour la parade de Nouvel An chinois. prisonnier de l’exposition, il ne dansera pas dans les parades sur le pavé parisien
« le dragon est né en Chine il y a plus de 5000 ans au Néolithique. C’est à l’âge de Bronze que le dragon prend la forme qu’on lui connaît. «
« il règne sur les mers, les montagnes ou les cieux, dans les nuages chargés de pluie, là où se concentre l’énergie universelle »
Il contrôle les eaux terrestres et céleste. Il incarne les forces naturelles aussi bien bienfaitrices que destructrices. En effet, il apporte la pluie vitale pour les hommes mais il peut entraîner tempêtes et sécheresses
Entre le dragon-cochon et la vidéo 5000 ans !
Peut-on lire sur le dépliant de présentation de l’exposition – très bien fait !
Dragon dans les nuages (vidéo)
5000 ans, c’est énorme! d’autant plus que l’art contemporain n’est pas oublié avec des vidéos bluffantes de dragons dans les nuages.
Dragon de jade
Le visiteur pourra se perdre (avec délice) dans les thèmes abordés. Symbolique du nombre 9 en Chine : le Dragon est une chimèrecombinant 9 animaux, avec des bois de cerfs, une tête de chameau, un cou de serpent, un ventre de mollusque, des écailles de carpe, des griffes d’aigle, des pattes de tigre et des oreilles de boeuf.
Dragon d’encre sur un rouleau calligraphié
Ou suivre les métamorphoses filmées
ou les rechercher dans ce palais
Une autre visite serait celle des dragons comme symbole de l’autorité impériale, brodés sur des vêtements d’apparat
Broderie d’or sur cape
Le visiteur peut aussi s’attacher aux merveilleux objets de porcelaine, de jade, d’or …le thème du dragon est partout et à toutes les époques.
Il y a aussi des visites pour les enfants qui semblent fascinés. Corollaire, il y a foule le dimanche après-midi (éviter aussi le mercredi).
Prévoyez une belle plage de temps et laissez-vous guider par le hasard des rencontres
Crocodile sarchosaurus imperator galerie de paléontologie
De 1985 à 1990, Philippe Taquetfut le directeur duMuséum d’Histoire Naturelle. Paléontologue, il eut la chance, dès la fin de sa thèse de partir en mission au Niger, dans le désert du Ténéré et d’y découvrir un gisement de vertébrés fossiles. De cette mission il a rapporté un crane de crocodile géant, Sarchosuchus imperator, âgé de 100 Millions d’année. C’est par le récit de cette expédition que commence le livre.
Le squelette porte comme il se doit sa carte d’identité : Sarcosuchus imperator – Broin et Taquet – 1966 – Aptien du Niger. Des milliers de visiteurs dont de nombreux enfants contemplent ébahis cet énorme reptile ressuscité du passé. Souvent, parmi les commentaires une voix malicieuse s’écrie : « Ah ! Sarkozy, l’empereur des crocodiles ! »
Que les lecteurs ignorants de la Paléontologie des vertébrés se rassurent : cet ouvrage n’est pas destiné aux spécialistes. Il est de lecture facile et surtout très amusante.
Une quinzaine de chapitres courts racontent sa vocation de savant, ses rêves depuis l’enfance. Il nous offre une promenade dans le Jardin des Plantes en commentant les arbres remarquables : le Robinier de Robin, planté en 1636, le Sophora du Japon dont on fit cadeau des graines à Bernard de Jussieu, le Cèdre du Liban qui fit le voyage dans le chapeau de Jussieu….
Histoire de la Grande Galerie de l’Evolution, je ne savais pas qu’elle avait fait partie des Grands Travaux de Mitterrand!
Les coccinelles, c’est une autre paire de manches! Un des rôles du Muséum d’Histoire Naturelle est de veiller à la biodiversité et aux zones Natura2000, coccinelles et pique-prunes, firent l’objet d’études savantes pour préserver leur habitat. Histoire cocasse pour les coccinelles qui vivaient sur le Plateau d’Albion
gendarmerie d’Apt : « Allô, monsieur le directeur, pouvez-vous nous éclairer sur la présence de prétendus chasseurs de coccinelles du Muséum dans un lieu hautement stratégique ? – Affirmatif mon brigadier ! Il s’agit bien de chercheurs naturalistes, en mission officielle, qui luttent pour éradiquer les pucerons à l’aide des coccinelles françaises.
Rencontre avec deux savants prestigieux : Théodore Monod et Claude Lévi-Strauss…
C’est un livre distrayant, charmant, et fort instructif que je vous recommande sans aucun bémol.
Pour rester dans le Jardin des Plantesvous pouvez écouter le podcast de Radio France: Le Muséum d’Histoire Naturelle a 400 ans interview de son Directeur actuel ICI
Sheila Hicks est née au Nebraska en 1934, depuis 1964 elle est basée à Paris. Artiste textile, elle a fait de nombreuses expositions. Le Fil voyageur présenté à l‘Atelier Martine Aublet(mezzanine, 3ème étage) présente un nombre restreint d’œuvres, surtout des petits formats. Elle célèbre aussi une collaboration, entre la plasticienne et Monique Levi-Strauss , spécialiste des cachemires et auteure d’une biographie de Sheila Hicks. Une vidéo montre les deux femmes filer le fil voyageur de leur amitié .
La mer – à l’origine horizontale, cette sculpture évoque plutôt une cascade
On entre dans l’exposition en passant devant les cordons soyeux de la Mer – à mon grand regret rien n’indique que la sculpture qui se trouve dans les collections permanentes ne fait partie de l’exposition.
Minime
Les Minimes, comme un carnet de voyage en Amérique Latine tissés au fil des jours, des rencontres avec les tisserands des Andes. A leur côté elle apprend à filer et tisser.
minime
Elle inclue aussi des silex, des pointes de flèche ou les piques du porc-épic
minime porc-épic
Ses œuvres sont présentée en résonnance avec des tissus authentiques : un poncho, une broderie, de bizarres sphères aplaties à fonction funéraire.
Ses techniques sont variées, du tissage sur un métier, simple cadre ou nouage avec ses doigts, utilisant des outils traditionnels, à « quatre lisières« , Sheila Hicks se sent libre pour toutes les expérimentations.
Sheila Hicks improvise sous nos yeux (vidéo)
Symbolique aussi ce cadeau de mariage de son mari chilien, Enrique Zaffartu, un petit cadre et des outils traditionnels
boîte à ouvrage andine
Tapis, poncho, ou tissu arachnéen, le fil voyage et nous fait voyager et rêver
J’ai découvert Eva Jospin en 2021 au Musée de la Chasse et je me suis fait un plaisir de la retrouver dans ce Grand Palais tout rénové et tout propre. Je suis venue à 10h à l’ouverture et m’en suis félicitée : les sculptures sont monumentales mais les détails sont minuscules. Si trop de monde circule on ne peut pas goûter au raffinement des ornementations.
Panorama : une forêt de carton
Une seule galerie, très claire, avec 16 pièces de tailles diverses conduisant au Panorama qui est une sorte de forêt.
chef-d’oeuvre : Arche
Nous passons 4 « chefs d’oeuvres » : Crayère et bassin, Arche, Ninféo, Capriccio et Gloriette qui sont de petite taille et que le visiteur étonné contourne
Crayère et bassin
pour arriver à des monuments de plus grande taille : Cénotaphe et Duomo qui brodent tous les deux sur le thème de la grotte et de la coupole. Une grotte d’aspect naturel, avec rochers, végétation accrochée est surmontée d’une coupole.
Cénotaphe
Des éléments architecturaux sont ajoutés : colonnes, niches, et décors intérieurs comme les stalactites à l’intérieur de la coupole du Duomo
décors de la coupole : stalactites, colonnes, frises…
Sur les bords on découvre des broderies, une cascade de soie
Cascade de soie
si la première promenade de découverte des objets est relativement courte, la visite ne se termine pas au Panorama : une déambulation commence avec la découverte des détails, des textures, des trouvailles sans cesse renouvelées. Ne pas hésiter à venir avec des enfants même petits : à leur hauteur il remarqueront des éléments que les adultes ne voient pas.
grotte marine?
je me suis émerveillée de la variété de textures du matériau unique employé par l’artiste : le carton ondulé en jouant avec les surfaces lisses ou les empilements, les déchirures ou au contraire le découpage en marches, escaliers ou cubes pour construire des édifices qui semblent de brique
unmur : briques ou pierre, edscaliers et colonnes
Comme le jeu des textures ne suffisait pas, Eva Jospin nous offre des surprises : coquillages et éponges pour un milieu de grotte marine
Grotte marine?
on découvre des plantes, des escaliers. J’aurais pu rester des heures à jouer à me perdre dans ces circuits minuscules. Malheureusement à mesure que la matinée s’avance, la galerie se peuple et la foule commence à devenir gênante.
Dans la galerie voisine sont exposés les cartons des vitraux de Claire Tabouret lauréate du concours pour la réalisation des vitraux d la nef de Notre Dame. Je n’avis aucun a-priori sur cette ajoût moderne. J’ai découvert et aimé nombreux vitraux contemporains . Là, déception. Des couleurs criardes. Des grandes plages avec de grands personnages, trop grands, trop réalistes.
Connaissez-vous Otobang Nkanga ? Elle est née au Nigéria en 1974, a étudié à Paris aux Beaux Arts et à Ilé-Ifé, Nigéria. Elle a effectué de nombreuses résidences en Europe et en Afrique et a participé à la Dokumenta14 Athènes/Kassel ainsi qu’à nombreuses expositions dans la monde entier.
Grey zone (photo)
Difficile de classer cette plasticienne qui utilise nombreuses techniques, dessin, photographie, sculpture, tapisserie, céramique, vidéo, danse... et qui les mixe dans des installations spectaculaires. Oups! j’ai oublié la poésie qui est le fil conducteur de certaines installations.
Unearthed série : Abyss
Anglophone, les commissaires de l’exposition n’ont pas jugé bon de traduire les poèmes. Je serai forcée de le faire moi-même, et sans doute maladroitement.
Unearthed série Sunlight
Quatre très grandes tapisseries 350×600 cm forment l’ensemble Unearthed série en textile tufté . (je ne savais pas ce que c’est que le Tufting, il semble que c’est une technique permettant de réaliser tapisseries et tapis en mélangeant différentes fibres, naturelles ou synthétiques en utilisant un pistolet – je viens de découvrir cela sur Internet). Cet ensemble Abyss, Midnight, Twilight et Sunlight est très spectaculaire. Parmi les coraux, trainent des éléments, comme des pièces de membres de marionnettes. Nous allons retrouver ces éléments oblongs, perforés dans d’autres installations.
Alterscape
En face, une série très différente, photo ou collage? Montage ou maquette. Un personnage domine un paysage. De petites maquettes (photos?) de constructions sont posée sur le personnage. On comprend que c’est l’artiste elle même qui est juchée sur une maquette. Elle est même armée de couverts, couteaux pour dévorer la terre
Alterscape :Spilling waste dévorant la terre?
Elle symbolise ainsi l’impact des humains dévorant la terre. Les grandes tapisseries partant des fonds océaniques arrivent sur le littoral ensoleillé montrent des richesses fragiles que l’extraction minière et pétrolière endommagent jusqu’aux abysses, témoins les éléments mécaniques accumulés. A moins que ce soient les ossements des noyés de la traite atlantique, ou des naufrages des migrants.
Shape by morning dew
Tout l’espace est occupé par plusieurs tapis aux motifs géologiques sur lesquels sont étalés des cordages, des colliers de perles de verre, de céramique. Des « phares » (becon) balisent l’installation, ce sont des colonnes de grès alertant sur le réchauffement climatique et le dessèchement des terres. Des sons sortent de grosses sphères,. il est encore question d’extraction minière.
Shape by mornig dew.
aux murs sont des panneaux d’argiles sont gravés des poèmes
loaded tears
turn to rock
slowly drips
A silent force
A red caress
Loaded Tears
Dans cette ambiance calme, dans le salon coloré, on a envie de s’attarder. Un banc s’adosse face aux tapis. Des dames ont apporter leur matériel pour dessiner ou peindre. Je les envie. Je me promène, cherchant des angles pour les photos, les vidéos. je copie les poèmes.
Les installations suivantes seront plus explicites les braa et les jambes des des ouvriers sont suspendus à un mécanisme compliqué, on comprend qu’il s’agit d’extraction minière. Toutes les oeuvres suivantes déclinent ce thème.
la carrière dans les couches stratifiées
Le plus souvent les têtes sont coupées. Seule compte la force mécanique. Sur la série de Pointe Noire (Congo)les dégâts à l’environnement sont figurés
Extraction minière et dégâts sur l’environnement
Souvent le thème de la molécule évoque les minéraux extraits. A la place des atomes, l’artiste a collé des photos ou peint des paysages, le plus souvent dévastés.
Une installation présente une collection de minéraux, cristaux colorés, géodes…
Pursuit of Bling (2014)
Le couple figure sur un fond noir pailleté de cristaux. sur les tablettes, les minerais. Ce thème de l’extraction est largement documenté.
carved to flow
Un peu plus loin, une sorte de forteresse, de château avec tours et enceintes fleure bon le savon. Conçue à Athènes en savon grec, Otobong a fait réaliser 15.000 cubes de savon qui furent vendus pour financer deux initiatives, une pour un centre d’art à Athènes et l’autre pour une ferme organique au Nigéria. Dans une vidéo l’artiste explique le sens.
Je pense à la Terre comme un être, comme notre corps. L’eau, l’air, l’arbre la pierre, la plante sont des êtres comme notre corps
Nous sommes restées très longtemps dans l’exposition et je vous invite à y consacrer une bonne demi-journée.
Condo né à Concord en 1957 est le contemporain de Keith Haring (1958 -1990) et de Basquiat(1960- 1988), il a également travaillé à la Factory de Andy Warhol et bassiste dans un groupe punk.
The Actress (2018)
Cependant, sa production est très riche et surtout très variée. De salle en salle dans l’exposition du MAM le visiteur découvre des facettes de son œuvre.
la première salle Le côté obscur de l’humanité nous introduit dans un univers étrange de couleurs violentes où des visages effrayants sont décomposés un peu à la manière cubiste, yeux globuleux exorbités, cheveux hérissés, dents carnassières qui semblent appartenir à un crâne plutôt qu’à un visage
three armed man
Tous ces personnages semblent crier.
The Fallen butler
Mon préféré est le Fallen Butler.
Après avoir grimpé une volée de marches, on parvient dans une salle très claire où l’ambiance est tout à fait différente : celle du Réalisme Artificiel
The portable Artist 1984
Plusieurs tableaux jouent sur les lettres de CONDO, l’un d’eux Self Creator joue comme un rébus. A la manière de Chirico le visage est anonymisé, sans yeux ni nez ni bouche, lisse.
Clown maker 1984
Certaines dégoulinades font penser à Dali, avant de voir le cartel qui explique le Réalisme artificiel, (interprétation des oeuvres anciennes) j’aurais qualifié cette salle de surréaliste. De nombreux tableaux jouent avec l’histoire de l’art. The portable Artist ci dessus figure le peintre comme un copiste du Louvre.
The executioner (1984)
The executioner serait une réinterprétation de l’enfant bleu de Gainsborough.
Collages et Combinaisons s’inspire plus de Braque et Picasso. The Spanish Hat est un grand collage autour du chapeau de Picasso.
The Spanish Hat
Black Rain est un hommage à Keith Haring dans le contexte de l’épidémie de SIDA avec des coulures noires
Black rain
Dans un couloir sont présentés les dessins de Condo. Si maladresses, graffitis et gribouillages suggèreraient que l’artiste ne saurait pas dessiner, ce cabinet prouve la virtuosité du dessinateur aussi bien que lavis et aquarelles.
les salles suivantes montrent encore la diversité des inspirations, des techniques avec les Peintures de compression et les peintures dessinées
Compression figures féminines
Une autre approche : le monochrome.
Les Peintures noires font référence à Goyaet leur aspect effrayant, aninsi qu’à la chapelle de Rothko.
Peinture noire
Condo sait se renouveler et encore deux autres salles montrent des peintures plus colorées, plus récentes.
Je sors ébahie devant une telle abondance de styles, une telle érudition, l’Histoire de l’Art manipulée avec ironie et humour, la variété des sujets….Toutefois, je suis aussi perplexe. En dehors du jeu, apporte-t-il quelque chose de nouveau?
J’avais envie d’un polar d’une nouvelle série après des lectures difficiles.
Si on considère que Gennevilliers, son port, les bords de la Seine, L’Île Saint Denis, sont le sujet du livre, c’est tout à fait réussi et intéressant. J’aime explorer les coins reculés du Grand Paris, son histoire, ses mutations. J’aime bien les références géologiques des carrières, l’histoire maraîchère un peu ancienne maintenant, les tours et les quartiers du 9-3, avec les chantiers des Jeux Olympiques, grues, darse de Haropa, le port Havre-Rouen- Paris qui exploite également des darses à côté de chez moi à Bonneuil.
En revanche, en ce qui concerne l’intrigue policière j’ai été déçue. Les personnages d’abord ne m’ont guère intéressée. Nora, brillante élève, reçue première de sa promotion est écartée de l’enquête. Est-ce à cause du machisme de ses collègues et de son chef, elle est reléguée à des patrouilles de routines et même placardisée quand elle se rebelle. Son personnage est peu crédible, naïveté adolescente dans sa foi catholique, puis casse-cou et redoutable batailleuse sur le terrain. Ses collègues sont tout aussi schématisés, des flics ripoux, vulgaires. peu de finesse.
L’irruption du fantastique et les invraisemblances m’ont rebutée. Je suis mauvaise cliente pour les maléfices.
Malgré ces bémols, ce polar se lit bien, on tourne les pages pour savoir comment cela va se terminer même si l’intrigue se dévoile assez tôt.