La maison assassinée – Pierre Magnan (folio policier)

Peyruis, le village

– « Clorinde parais un peu voir! Tu sais la Burlière….« , commérage de village!

Ne comptez pas sur ce billet pour découvrir les mystères de La Maison Assassinée! Ce livre, publié dans la collection folio-policier est un roman très noir mais assez peu policier. Les gendarmes n’interviennent qu’après 200 pages et leur intervention est maladroite et leur enquête bâclée.

J’ai été happée par les suspens, surprise, déroutée, étonnée par ces mystères, mais je ne les dévoilerai pas!

Si le Qui? et le quoi? méritent de rester cachés au lecteur. Le Où? et le Quand? situeront mieux l’action.

 

 

 

Quand?

Le premier chapitre se déroule à la fin du 19ème siècle, lors de la construction de la voie ferrée, dans un relais des chevaux de remonte du courrier de Gap. La suite du roman, 25 ans plus tard, en 1920 à la fin de la Première Guerre mondiale dont l’ombre plane sur les populations exsangues.  Gueules cassées, jeunes veuves de guerres, souvenirs atroces des champs de bataille, triste compétition des jeunes femmes pour les rares jeunes gens au village.

le château et son bassin

Où?

Dans les Alpes de Hautes Provence,(qu’on appelait alors les Basses Alpes) entre Sisteron et Forcalquier, dans la vallée de la Durance, rivière encore sauvage, très présente dans le roman. Les villages de Peyruis et de Lurs existent bien. Lurs a été le théâtre d’un crime fameux, bien plus tard en 1952 (affaire Dominici). Le monastère de Ganagobie domine le paysage, au dessus de la ferme de la Burlière – la maison assassiné.

 

.« Et le seul réconfort qu’il tirait de ce clin d’oeil, c’était l’enclume de Ganagobie qui cinglait sous la lune comme un navire de pierre. on ne savit s’il fallait attendre d’elle maléfice ou bénéfice. Ce tribunal de falaise entassées qui camouflait sa menaçante nature sous une benoite forêt de chênes verts, réservait son verdict de toute éternité. »

Les mots de Magnan


Rarement, dans un roman policier j’ai autant buté sur des mots rares. Locutions vieillies, patois provençal, ou  mots des métiers disparus. J’ai deviné la plupart, dans leur contexte, mais pas tous. Qui était donc ce dévoirant avec son air de novi? un compagnon du Devoir, m’apprend le dictionnaire . Le caquois est un bébé, un lardon….La hie du cantonnier est-elle une houe?non c’est un outil pour enfoncer les pavés selon wikipédia? la chavanne, orage ou grêle? Je ralentis mon rythme de lecture pour goûter cette langue riche et étrange. Chez Magnan on ne se blottit pas, on se musse. Le safre.. ».oxyde de cobalt de couleur bleue; verre coloré avec cet oxyde, qui imite le saphir. » dit wikipédia correspond-il au safre provençal?

Richesse aussi des détails de la vie quotidienne de ces villages : les cantonniers,  le travail du boulanger, celui du moulinier:

« Le moulin de Saint-Sépulcre est incrusté sous la roche oblongue d’un saut du Lauzon, dans le pertuis d’une brêve clue qui s’ouvre en calice sur les rondeurs des monts de Lure…. »

Moulin pour presser les olives qu’on cueillera à la Sainte Catherine avec le chevalet à olivade

« Car l’olivier est l’arbre de la douleur. Il n’apporte  la paix qu’à ceux qui le contemple à travers Dieu. Rien qu’à le voir, d’ailleurs, on devrait s’en douter. Tordu, noueux, arqué de toute sa stature voûtée de vieillard rompu à toutes les roueries du temps; on devrait se douter à le voir stoïque sous les frimas, encore chargé de ses fruits… »

Etranges Infers que j’ai identifié un instant à l’enfer alors qu’il s’agit de galettes de pulpe d’olives abandonnées par les paysans au mouliniers.

Provence aussi des herbes, des simples et des tisanes:

« – J’y ai fait tout boire! gémissait Clorinde. L’hysope et la jusquiame – un seul grain – la consude et la salsepareille et le pie-de-poule et la reine-des-mères et le rampochou, tout je te dis! »

Quand l’intrigue est bien troussée, le suspens haletant, les rebondissements imprévisibles, on n’est pas toujours regardant sur le style d’un thriller.  La Maison assassinée a du style, des personnages, un décor,  soignés. Il faut le lire et savoir ralentir la lecture pour en profiter!

Lire aussi dans le blog de JEA l’article à propos de l’œuvre de Magnan

Du sang sur la soie – Ann Perry – Polar Byzantin

POLAR BYZANTIN

prise de Constantinople -fresque roumaine

…. »Je suis byzantine. Cela veut dire que je suis à la fois sophistiquée et barbare. »

déclare Zoé, figure principale de l’intrigue.

« C’est Byzance! »Synonyme de richesse et d’abondance. En ce sens ce roman de 975 pages est sur-abondant. Gros pavé. Riche de reconstitutions historiques de décors exotiques. Les héros nous promènent à Constantinople où se déroule la majeure partie de l’action, mais aussi à Rome, à Venise, Palerme, Jérusalem et même à Sainte Catherine du Sinaï.

Byzantine,  l’intrigue compliquée que devra dénouer la narratrice, médecin.   Constantinople  encore dévastée par la IVème Croisade de  1204, se remet à peine de ses ruines 70 ans plus tard. Les familles impériales, Comnène, Lascaris, Cantacuzène, contestent l’autorité de Michel Paléologue. Les complots et les vengeances se succèdent : poisons et poignards utilisés avec cynisme et cruauté.

prise de Constantinople - fresque roumaine

Byzantines encore les implications religieuses, querelle du Filioque, adoration de l’icône de la Vierge miraculeuse protégeant la ville. Michel Paléologue craignant une nouvelle croisade avec des exactions des Latins, choisit de faire alliance avec le Pape pour se protéger des ambitions de Charles d’Anjou, Roi de Sicile. L’orthodoxie se sent menacée.

Byzantines encore la sophistication des amours, l’intervention des eunuques, la confusion des sexes et des genres.

Constantinople est à la frontière des puissances orientales , la Horde d’Or, les Seldjoukides, les Arabes …Rempart de la chrétienté? ou Carrefour des influences orientales?

C’est donc un roman historique très dépaysant qui raconte une période passionnante pendant que six papes se succèdent à Rome, faisant et défaisant les alliances,  trois doges à Venise, s’achevant avec les Vêpres siciliennes qui remettent en question les rapports de force.

Cependant, dans cette abondance de reconstitutions historiques, le propos se dilue un peu. Roman choral où tantôt la narratrice-médecin byzantine, laisse la parole, aux légats du pape, ou à l’envoyé du doge de Venise. On perd de vue l’intrigue qui doit être élucidée : le bannissement de Justinien Lascaris.

J’ai été toujours intéressée par l’histoire, mais pas tout à fait séduite. Il manque la pointe d’épice, le « je-ne-sais-quoi » qui fait qu’on y croit vraiment, et qui fait la différence entre un Roman Historique et un grand roman.

 

Petite musique de la Mort – Frank Tallis

POLAR VIENNOIS

Vienne 1903, la Belle Époque ! François-Joseph règne encore, Freud est déjà célèbre, Mahler dirige l’Opéra de Vienne.

La cantatrice Ida Rosenkrantz est retrouvée morte allongée sur son tapis. Suicide ou meurtre? Rheinhardt, le policier va enquêter avec son partenaire Max Liebermann, psychiatre.  Les deux amis forment aussi en privé un duo musical: Liebermann au piano accompagne Rheinhardt. Bien entendu, le premier lied évoqué est la Jeune fille et la Mort.

Max Liebermann est ravi d »accompagner son ami à l’opéra pour rencontrer Mahler. Une séance d’hypnose va guérir un célèbre chanteur paralysé par le trac et lui gagner la sympathie du maestro. C’est la finesse d’analyse de Max Liebermann, sa connaissance des mécanismes de l’inconscient qui va faire avancer l’enquête.

Quel plaisir de suivre les deux complices dans Vienne d’alors! Ils nous convient à un parcours touristique, passant par Bergstrasse, le domicile du Docteur Freud, le Naschmarkt, la Hofburg, bien sûr, et même le Pavillon Sécession! Polar musical, comme le ttire l’indique. Max Liebermann en parallèle s’intéresse à la disparition de David Freimark, un musicien oublié dont on ne connait qu’un seul lied. Freimark a-t-il réellement existé?On s’aventure aussi dans le domaine de la peinture, évocation magistrale du baiser de la Fresque Beethoven de Klimt …

Le Maire de Vienne, Lueger en campagne électorale, s’appuyant sur la clique des écrivains antisémite, n’est pas un personnage de fiction. les anecdotes racontées se sont réellement passé!

Ce n’est pas seulement un thriller intelligent, cultivé. C’est aussi une promenade dans Vienne, un peu à la manière de Dona Leon dans Venise.

Le Concile des maudits – Peter Tremayne

POLAR HISTORIQUE

Autun, Augustodunum,  670. Règne des Mérovingiens. Un concile est réuni pour tenter d’unifier les doctrines des églises irlandaises, britanniques, franques, burgondes et romaines.

Histoire méconnue, géographie déconcertante. Clothaire III règne sur la  Neustrie et l’Austrasie, Hibernia (l’Irlande) est divisée en cinq royaumes, les Grandes Invasions ne sont pas encore terminées en Britannia,(Angleterre)  Angles et Saxons chassent les Britons…

Les rivalités éclatent au concile. Un évêque irlandais est assassiné. Sœur Fidelma et son mari le frère Eadulf sont appelés pour enquêter sur ce meurtre. L’intrigue est très bien menée avec d’autres décès suspects, des soupçons de trafics d’esclaves. Il y est aussi discuté du célibat des moines….

On est désorienté par les noms celtes bien difficiles à retenir. L’usage du latin – lingua franca – est aussi un des charmes de l’ouvrage. L’empire romain disparu il y a deux siècles, mais il reste encore de nombreux bâtiments et les noms des lieux: Liger, la Loire, Divio, Dijon.

Une lecture très distrayante! merci àDominique de me l’avoir signalé!

Lire un policier Laotien? Le déjeuner du Coroner – Colin Cotterill

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Un voyage au Laos en projet?

Non, seulement une suggestion d’Amazon lorsque j’ai commandé Le saut du Varan de Bizot!

Séduite ausi par la couverture exotique et désuète d’un pousse-pousse.

Une petite réserve : pourquoi la traductrice a-t-elle choisi de garder l’anglicisme coroner ? médecin légiste aurait mieux fait l’affaire. Après tout Siri Paiboun est un médecin qui a fait ses études à Paris, et  des traces de francophonie subsistent  à l’hôpital de Vientiane où se déroule le roman!

1976, Laos sous gouvernement du Pathet Lao. Le Grand Frère de Hanoï est également très présent. Austérité, idéologie, slogans sous le regard ironique et désabusé d’un vieux (72 ans) combattant, médecin dans la jungle, qui aspire plus à la retraite qu’à contribuer au pouvoir révolutionnaire qu’il a soutenu pendant tant d’année. C’est donc dans l’humour que commence le roman.

Placardisé dans la morgue de l’hôpital de Vientiane avec un trisomique comme adjoint et une infirmière effrontée, Siri fait un piètre coroner. Il préfère soigner les vivants. Jusqu’à ce que la femme d’un dirigeant soit autopsiée ….et enlevée par son mari peu de temps après,  le dossier volé. Intrigué, le héros commence une véritable enquête au…. lycée, seul endroit où subsistent encore des réactifs chimiques.

Et comme sa vocation de détective s’est éveillée, arrivent d’autres clients à la morgue : des vietnamiens, noyés, torturés à l’électricité, présentant de curieuses lésions….

L’enquête qui avait commencé comme un crime domestique (mais dans les sphères du pouvoir) tourne au thriller. On met des bâtons dans les roues, on surveille, on tire sur la porte de Siri. Ce dernier se trouve transporté en avion dans la forêt chez les Hmongs. Et là, nouveau tournant, nous atterrissons en pleine sorcellerie. Siri est-il la réincarnation d’un héros Yeh Ming, vieux de 1000 ans qui a mis en dérouteune armée anamite à l’aide d’une seule corne de buffle?

Les amulettes et les esprits interviendront  maintenant dans les différentes affaires que cherche à démêler Siri. le lecteur est perplexe dans la confusion générale. Violence et bouffonneries vont alors se succéder, explosions et incendies. Mais, curieusement le roman reste bon enfant. Siri n’est pas Rambo, loin de là! le Laos est plutôt tranquille, les pénuries aidant…

Généralement les interventions surnaturelles me rebutent. Curieusement ici, non! Et même je repense au film thaïlandais Oncle Boonmee   dont je n’avais pas du tout apprécié les fantômes. Je le reverrais bien maintenant de retour du Cambodge, après toutes ces lectures asiatiques. Réincarnation et fantômes vont- ils bien ensemble?

En tout cas je me promets de lire les autres romans de Cotterill pour retrouver Siri!

Et puis pourquoi pas un voyage au Laos? Nous avions abordé l’Asie du sud-est par laThaïlande, l’exotisme m’avais enchantée, au Vietnam nous avions retrouvé quelques sensations et découvert toute une civilisation, les Khmers, c’était encore autre chose. Diversité et culture, nous avons encore bien des choses à apprendre.

Lire pour l’Afrique : Moussa KONATE – L’empreinte du renard

Lire pour Voyager/Voyager pour Lire

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Un Policier au Mali

Le commissaire Habib, vieux flic de Bamako est appelé pour une enquête en pays dogon. Occasion de rencontrer les traditions des dogons.  Justement les empreintes des renards permettent au sorcier de prédire l’avenir. Meurtres étranges sur fond de trafics des promoteurs immobiliers, dissolution des traditions remises en causes par les jeunes plus attirés par l’argent facile que par la morale traditionnelle. J’aime bien ces polars ethnologiques. L’enquête est prétexte à raconter le quotidien d’un pays inconnu.