Rhodes: Palais des Maîtres des chevaliers Hospitaliers

palais des Maitres chevaliers Hospitaliers

 

 

La visite du Palais des Maîtres exige de l’énergie et beaucoup de concentration. La Palais est immense et les collections très riches.

Cet édifice a été restauré par les Italiens : une plaque commémore le Roi Emmanuel III, Roi d’Albanie, empereur d’Ethiopie et son ministre Benito Mussolini. Je n’avais encore jamais vu de commémoration de Mussolini!


En entrant dans l’énorme cour de la forteresse, on voit sous les arcades, des Romains. Les statues sont-elles d’origine ou correspondent elles à l’esprit mussolinien qui a présidé à la restauration ?

Cette forteresse devait servir d’abri à toute la population de la citadelle ce qui explique cette taille énorme ; On comprend que les Italiens aient relevé ce palais de dimensions gigantesques. L’escalier de marbre gris qui mène à l’étage est encore plus haut que celui du Palais Pitti.

Au rez de chaussée, une  belle exposition sur l’Antiquité à Rhodes. Je m’attache à observer le moindre détail sur chaque poterie. Si bien qu’à la sortie de l’exposition, j’ai déjà épuisé une bonne partie de mon stock de patience.
Je passe ensuite devant les salles de l’histoire byzantine avec des fresques et de belles icônes. Les vitrines témoignant de la vocation commerciale de Rhodes, présentent des céramiques syriennes et des faïences italiennes.

Quand arrive le tour des mosaïques romaines ornant les grandes salles du premier étage, je suis déjà complètement blasée et je parcours au pas de charge ces salles gigantesques aux plafonds de boiseries et aux pavements remarquables.
A vrai dire, je ne remarque plus rien, je suis saturée !

Rhodes : rues et places charmantes, musée byzantin

rue dees chevaliers

 

 

Quand nous redescendons la rue des Chevaliers, je m’attache plus aux bougainvilliers  rose thyrien ou en mélange de fleurs violettes orange et rouges qu’aux blasons. Les ruelles ont un charme paisible qui repose des musées.

Ne cherchant plus rien, nous trouvons des places charmantes : la Place de Symi et son temple d’Aphrodite bien en ruine, la Place d’Argyrocastro avec l’auberge d’Auvergne. Au centre de cette dernière place se trouve une bien jolie fontaine – un ancien baptistère chrétien du VIème siècle – avec un jet d’eau. Les touristes se succèdent pour s’y faire photographier.

place Argyrokastro

Devant le Musée d’Arts décoratif se trouvent deux bancs à l’ombre. Nous avons eu bien tort de nous y arrêter. Un pigeon bien gras nous a couvert de fiente. Horreur ! Dans une petite loggia je découvre une plaque de marbre représentant un curieux sablier. Dans le coin opposé, une cour avec de la verdure, de noirs cyprès….

Entre l’Auberge d’Auvergne et l’Eglise transformée en Musée byzantin, se trouve encore une autre cour ombragée, fraîche ; c’est là que nous mangeons un gyropita acheté rue Socratous et une glace menthe chocolat.

Le Musée Byzantin est installé dans une très belle église : Sainte Marie du Château .Construite au 11ème siècle, sur le plan de la croix grecque elle devint la cathédrale catholique romaine puis fut transformée en mosquée .On y a installé des fresques provenant d’autres églises. Elles paraissent un peu rapportées. Je suis un peu déçue .

Rhodes : musée des arts décoratifs

assiette iznik

 

Le Musée des Arts Décoratifs place Argyrocastro m’a enchantée.   Décoration d’assiettes, de boiseries de tenture reconstituant un intérieur traditionnel rhodien. Je retrouve les éléments décoratifs de notre gîte : les assiettes colorées suspendues aux murs. Les plus belles viennent d’Iznik qu’on appelle ici Nicée. Je connaissais le concile de Nicée et la céramique d’Iznik mais je n’avais jamais rapproché ces deux noms d’une seule ville. Les broderies rappellent aussi la décoration de notre chambre à Asklipio. Evidemment celles du musée sont magnifiques. On présente aussi des bois ciselés finement ou des panneaux peints en rouge avec des personnages naïfs orientaux avec turbans et pantalons bouffant comme sur les miniatures.

Rhodes : Moni Thari

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Direction Lardos pour un circuit traversant l’île par la montagne, suivant la côte ouest pour revenir par la pointe sud Gennadi et notre plage. Itinéraire mûrement étudié. Le centre de Lardos est charmant. Autour d’un triangle 3 tavernes cachées sous  d’abondantes tonnelles se font concurrence. Chaises de bois, rien de tape-à-l’œil, bien  sympathiques.

La route grimpe ensuite dans la montagne couverte d’une luxuriante forêt de pins. Tant de verdure étonne. Laemnia adossé à la colline est sans concession au tourisme.

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Une flèche indique Moni Thari(le monastère n’était pas au programme)est blotti au creux d’un vallon au milieu de la forêt. Les moines habitent des bâtiments modernes en  ciment à l’écart. L’église de pierre, ancienne, est entourée d’un joli jardin. A l’entrée les albizzias sont en fleurs avec leurs plumets roses sur les feuilles composées fines comme celles des sensitives. L’intérieur de l’église est couvert de fresques bien conservées et très variées. Certains personnages sont facilement identifiables – leur nom est inscrit – certaines scènes sont bien connues comme une Dormition de la Vierge, d’autres moins. Que fait Jésus dans le bateau ? Les vagues sont très réussies, et ces deux femmes dans le jardin ?

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Une allée, sous une tonnelle de vigne, descend à une fontaine blanche décorée d’une fresque d’une madone. L’eau se déverse de bac en bac où nagent les pétales des bougainvilliers.

 

 

Rhodes : piste du kastro


Un écriteau énigmatique « kastro » indique une piste. Quel château ? La Hyundai se comporte bien mais c’est vraiment une petite voiture. Nous avons l’art de partir sur des pistes impossibles. Après un gué, nous retrouvons le goudron. Deux chèvres noires nous précèdent empruntant la route :

–    « Elles courent à 30 km/h »

La route remonte, traverse maintenant des oliveraies et des champs de blé, des pastèques et des melons sont enclos derrière des grillages Au loin, une forteresse se profile au sommet d’une colline. Elle ressemble beaucoup au château d’Asklipio. Mais les chevaliers de Saint Jean n’étant restés que deux siècles sur Rhodes ont du édifier des forteresses de même style. Un nouveau panneau indique « scenic road » (elle passe à Asklipio)…

Rhodes : les chapelles autour d’Asklipio

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Aghios Giorgos

A la recherche de Aghios Giorgos, nous quittons la route asphaltée pour une piste . La campagne est très soignée, équipée de robinets et de tuyaux d’irrigation. De nombreux chemins de terre sillonnent la campagne. Lequel choisir ? La petite église chaulée se voit de loin avec ses deux hauts cyprès. La campagne bruisse des stridulations des cigales. On pousse la grille pour entrer dans une jolie cour barbouillée à la chaux de décorations florales. Chapelle hémicylindrique, toute simple.


nous ne trouverons pas Saint Damien et saint Cosme.

  Nous essayons le « guidage aux cyprès », en vain. Ils cachent une éolienne rouillée mais pas de chapelle. Par les chemins de terre nous retrouvons la route goudronnée.

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Nouvel écriteau, nouvelle chapelle : Virgin Zoodochos Piyi Arosali – jolie chapelle avec trois arcs- boutants sur les côtés. Installée sur une esplanade dans la forêt de pins aménagée avec des barbecues, un abri de cannisses, une fontaine et un beau mûrier. A l’intérieur, une lampe à huile est allumée. D’ailleurs il y a de l’huile pour les lampes, de l’encens, du Tide…

Nous continuons la tournée des chapelles : Saint Zacharias est aussi ouverte : je comprends le fonctionnement des lampes à huile : une boite de mèches d’1,5cm  est  ouverte. On coince la mèche sur un portoir métallique qui flotte sur l’huile dans une coupelle. Il y a aussi de très belles icônes et des lampes suspendues. Ici aussi, « sons et odeurs », stridulation et fragrances des pins, des cystes et de la sauge qui se mêlent.

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La « scenic road »  mène à une forteresse : les hauts murs sont encadrés de deux tours. Nous sommes chez nous à Asklipio. Le château vu de côté est plus impressionnant que du village. Trois heures plus tard, nous voici de retour ! Le circuit prévu est bien écourté.


Nous décidons donc d’aller à la pointe sud de l’île de Rhodes puis de nous baigner à notre plage de Kokiari.

Heureusement les grands hôtels n’ont pas encore poussé sur cette partie de l’île. Mais on construit avec ardeur. Constructions individuelles et anarchiques. C’est le règne du n’importe-quoi-architectural. Des cubes poussent de toutes parts. Certains arborent des teintes vives bien loin du blanc et du bleu habituels en Grèce. Cette urbanisation anarchique m’attriste un peu. Pour l’instant c’est supportable. Mais jusqu’à quand ?

A Gennadi, nous complétons notre collection de chapelles : saint Raphaël, petite église toute neuve avec un toit de tuiles et un clocher évidé en arceau, entourée par une végétation luxuriante : quatre cyprès et des pots de fleurs. Surprise l’église est toute peinte à fresques – un peu neuves mais dans le style traditionnel.


Suite de la piste des chapelles : saint Procope, loin du village, perdu dans un vallon poussiéreux de marnes grises. Trois hommes s’activent : l’un chaule l’extérieur, un deuxième nettoie, brosse en main, un troisième prend soin des icônes.


Nous rejoignons la route vers le sud négligeant les chapelles suivantes. Si on les visite toutes nous n’arriverons jamais à la pointe.

Rhodes : place Hippocratous


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Nous nous sommes donné rendez vous sur la Place des Martyrs Juifs. De la Porte Arnaldo il faut suivre la rue Ermou pour arriver place Hippocratous puis la rue Aristotelou. Ce parcours antique me ravit !
La place Hippocratous est très belle : en son centre une fontaine turque, dans un coin l’escalier de la « Châtellenie ». la rue Aristotelou  est bordée de magasins. Tapis nappes sandales, sandales, éponges sont offerts aux regards donnant à cette rue un air de bazar oriental.

Rhodes : quartier juif

 

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La place des Martyrs Juifs est bordée de beaux restaurants en terrasses et sur les toits aux murs jaunes ocre tranchant sur la verdure. Ce serait une place très agréable si on oubliait le monument : une colonne tronquée de marbre noir : sur chaque face un court texte en hébreu, ladino, italien anglais et français rappelle le souvenir des 1604 juifs de Rhodes et de Kos déportés à Auschwitz. Derrière cette place s’étendait le quartier juif.

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Les visites de l’église sainte Marie du  bourg et de l’Hospice Sainte Catherine tournent court. Sainte Marie du bourg est vraiment très ruinée. Des ogives imposantes permettent d’imaginer les dimensions originelles de l’édifice. Une foule bruyante  se manifeste. Chacun veut se faire photographier devant la base d’une colonne. Un bateau en provenance de Haïfa s’est déversé ici. Comme d’habitude, les Israéliens s’interpellent à haute voix pensant que personne ne les comprend. Nous les retrouvons devant l’Hospice Sainte Catherine fermé. Le gardien bataille avec un nombre incroyable de clés. Enfin la porte s’ouvre sur a salle de réception des Chevaliers pour les hôtes de marque, belle pièce meublée (le pavement en mosaïque est protégé par un tapis). Dès que nous sommes entrées on nous chasse.

–    « Ce sera ouvert demain ! »
–    « demain nous serons loin ! »

Je fais d’abord une visite éclair à la synagogue – gâchée par la présence de ces touristes mal élevés. L‘un d’eux tient en main un livre de prières dans l’autre un téléphone.


Après avoir relu nos guides j’y retourne, bien décidée à visiter aussi le musée, la maison catalane et les rues adjacentes pittoresques passant sous des arches.

La synagogue est très belle très claire : arches romanes peintes, un beau plafond, des lustres aux pendeloques de cristal. Le musée présente des photos et des panneaux illustrés racontant l’histoire de la communauté juive de Rhodes, très ancienne. La présence des juifs est attestée dès le 2ème siècle. La première communauté « Romaine » s’était assimilée aux Grecs, écrivait en lettres grecques et avait adopté de nombreux mots et expressions grecs. Après 1492 , les Juifs séfarades vinrent se réfugier à Rhodes formant une nouvelle communauté. De la cohabitation avec les Chevaliers les panneaux ne disent pas grand-chose si ce n’est que les Turcs en 1522 furent accueillis avec soulagement. J’imagine volontiers que cette communauté eut un sort analogue aux autres de l’empire ottoman à Salonique, en Bulgarie à Istanbul ou ailleurs en Turquie. Toutes les photos du début du 20ème siècle me paraissent familières. A Rhodes aussi, l’Alliance Israélite Universelle avait ses écoles, les sionistes leurs adeptes : Israël est bien proche. Les costumes ottomans sont les mêmes que sur les vieilles photos de famille.  Les clichés n’ont rien d’officiel ; on monte la vie quotidienne, en maillot de bain, en vacances…je suis extrêmement émue. Penser que tout cela a pris fin brutalement comme à Salonique dans une guerre européenne si éloignée de ce décor du Proche Orient !

insomnie

Je ne sais si c’est le ronflement du ventilo, les trois cafés que j’ai pris dans l’après midi ou la peur de ne pas me réveiller au lever du jour avec la porte fermée mais j’ai eu une grande insomnie pendant laquelle revenait le souvenir des Juifs de Rhodes dont j’ai vu les photos. J’ai pensé à Mangeclous, Solal de Cohen à Vidal et les siens de Morin au duc de Naxos et à la Senora… à l’histoire de l’Alliance Israélite qui fait partie de mon roman familial, au livre de Julia Kristeva qui est dans ma valise. J’ai une envie intense de mieux connaître ce monde séfarade où plongent mes racines. Surtout la première partie du 20ème siècle quand la modernité et l’éducation positiviste en tout cas francophone de l’Alliance ont fait irruption dans le monde désuet de l’empire ottoman. Et jusqu’à l’extermination dans les camps où il m’apparaît clairement que le monde a perdu son innocence. Que tous les rêves optimistes d’alors : sionisme, communisme ont trouvé brusquement leurs limites. Ce n’est pas une idée rationnelle, bien sûr. Jamais le monde n’a été sans péché. L’esclavage, l’extermination des Indiens d’Amérique, le génocide arménien… ont sûrement marqué d’autres esprits pareillement.