La petite plage déserte près de Cres

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au marché

A la poissonnerie du petit marché, nous achetons des darnes de poisson, si la poêle avait été plus grande, nous aurions eu le choix entre plusieurs sortes de petits poissons tout frais pêchés . Pour midi, nous emportons un pique-nique  à la plage que nous ont recommandé les français.

le chemin pour aller à la « plage déserte »dans les terrasses

Après la marina, nous contournons les tennis, puis une route de terre monte dans la colline. Des petites terrasses entourées de murettes à claire-voie ont été soigneusement construites par des générations et des générations de paysans. Sur certaines terrasses poussent trois ou quatre oliviers, sur les plus petites, parfois un seul. Je n’arrive pas à imaginer que tout ce travail a été fait uniquement pour des arbres, peut être sous leur ombre y avait il des jardins ? En tout cas, elles sont soigneusement entretenues, les arbres sont jeunes, bien taillés et, dans de grosses cages, on protège des plants récents de l’appétit des moutons ou des chèvres. Quelques figuiers sont couverts de figues presque mûres. Aux branches des oliviers pendent des pièges à insectes en plastique .Les oliviers sont chargés de tout un  mythe, il me semble qu’ils portent toute la civilisation méditerranéenne immuable depuis des siècles. Ainsi les Crétois recelaient l’huile précieuse dans leurs gigantesques pithoï . Cette huile est symbole de vie, richesse de cette terre sèche et brûlée de soleil. La vue sur la rade est somptueuse : au premier plan, les oliviers verts un peu poussiéreux, puis une langue de mer bleu marine éclatant et, resserrée autour de son port, la ville aux toits rouges et aux façades multicolores, comme des jouets, les beaux bateaux blancs.

Le sentier s’engage dans un pierrier inconfortable, il serpente entre murettes, cabanes de pierres sèches écroulées. Heureusement il est bien balisé à la peinture !on ne saurait deviner le passage parmi tous ces cailloux.. J’imagine que nous allons trouver un vrai sentier, non nous poursuivons d’abord entre les jolies terrasses plates où les oliviers adoucissent la descente en fournissant de l’ombre. La pente devient encore plus escarpée, quelquefois la terre ocre donne l’illusion d’un chemin plus facile, ne pas s’y fier, elle est glissante. Nous progressons lentement en s’accrochant aux troncs quand ils sont proches .En s’approchant de la mer nous percevons des éclats de voix : notre plage ne sera pas déserte !

Les envahisseurs viennent de la mer!

 

En effet, dans la petite crique, trois gros bateaux blancs ont jeté l’ancre. Leurs occupants viennent de se lever, une fille se lave les dents à l’eau de mer, une famille prend tranquillement le petit déjeuner à bord, un Apollon bronzé mais complètement nu s’exhibe en figure de proue.. Tandis que nous descendions péniblement notre raidillon, d’autres se sont payé les services d’un bateau taxi : trois italiennes arrivent avec matelas de plage et tout le saint frusquin, et font du bronzage intégral sur un ponton ; nous désertons le nôtre pour réserver un coin à l’ombre sous un olivier. Pressentant que d’autres peuvent arriver.
Les bateaux arrivent tous en même temps, un beau rouge et blanc, danois, un voilier italien (à moteur). Ces belles embarcations n’ôtent rien au paysage, au contraire, c’est plutôt amusant de les regarder manœuvrer. L’équipe italienne n’a pas l’air dégourdie, à cinq, ils installent à grand peine une sorte de vélum destiné à leur faire de l’ombre, ils ne doivent pas souvent hisser les voiles, ceux là ! D’ailleurs, depuis que nous sommes sur l’île, nous n’avons vu personne naviguer à la voiles, les mats sont là pour la décoration.

Notre plage déserte se peuple rapidement, une famille slovène est descendue comme nous par le chemin de chèvres avec bébé, parasol bouée et bateau gonflable, rejointe par le reste de la troupe en canot à moteur. Les hommes enlèvent leurs slips en descendant du voilier. Dominique est furieuse surtout quand un gros lard s’étale sur la table, tout à l’air, cela lui coupe l’envie de se baigner, elle fulmine. Moi, cela ne me gêne pas, je suis bien trop occupée par mes baignades avec ou sans masque, la lecture du Monde et le spectacle des arrivées et des départs.

Un nouveau groupe arrive par mer avec glacière, grill, trois bouteilles de vin et même une guitare. Nous avalons en vitesse notre salade de concombres.
Sauve qui peut
Vers deux heures Dominique qui veut fuir le naturisme commence la remontée seule. J e prends un dernier bain, me rhabille sans acrobaties, puisque tout le monde est à poil, inutile de se cacher ! Je remonte quatre à quatre le sentier, c’est une erreur, après la baignade, je n’ai plus de jambes et. j’arrive en haut de la côte complètement à bout de souffle . Après une pause je continue sur la route à pied pour goûter mieux du panorama et des oliviers.

De retour à l’appartement, le propriétaire et la femme de ménage sont là, il faut patienter pour se doucher. Après la douche, sieste dans l’air conditionné, nous profitons bien de notre joli studio !
C’est un privilège d’avoir une terrasse, je n’en compte que trois aux alentours, la voisine a installé son matelas de plage sur les tuiles. Dès que le soleil baisse, il fait bon . Nous y dînons et lisons en écoutant la musique venant du restaurant de l’autre côté de l’avenue.

Goetz et Meyer – David Albahari (traduit du Serbe)

HOLOCAUSTE (SERBIE)

138 pages, d’un seul tenant,   à peine de la ponctuation, un point de temps en temps. J’en fais une lecture hachée, pour reprendre mon souffle. Le contraire d’un livre léger.

L’auteur enquête sur la disparition de la communauté juive de Belgrade en 1941-1942.  9500 Juifs se sont présentés au recensement. 4000 hommes furent fusillés, femmes, enfants et vieillards conduits au camp de la Foire des Expositions de Belgrade. Du camp, 5000 furent gazés dans un camion conduit par deux sous-officiers : Goetz et Meyer.

De quelle sorte d’hommes étaient Goetz et Meyer? De quelle sorte d’hommes est celui qui, comme eux deux accepte d’accomplir un devoir qui implique la mise à mort de cinq ou six mille âmes? Moi, j’ai du mal à me décider à mettre une mauvaise note à un élève en fin de semestre en fin d’année scolaire n’en parlons pas, mais cette épreuve est dérisoire comparée à celle que devait subir Goetz et Meyer. Et que dire s’ils n’avaient nullement le sentiment d’endurer une épreuve quelconque.

Le narrateur, un professeur juif qui a survécu caché, reconstitue son arbre généalogique. Il recherche les survivants de sa famille, l’identité de ceux qui ont disparu. Mais surtout il s’interroge sur les mécanismes de leur élimination. Comment des gens ordinaires ont pu conduire à la mort des femmes et des enfants? Goetz et Meyer hantent les pensées du professeur peut être plus que les disparus.

Une lecture essentielle mais éprouvante.

Arrivée à Cres

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Cres port

Nous quittons Nézérine à 8 heures. Comme le  voyage n’est pas  long, nous faisons  le détour par Ustrine pour photographier les murettes. L’image du soleil brillant dans les interstices nous avait plu malgré nos soucis hier soir. Le matin, l’impression est différente. Le réseau des murettes dans la montagne est étonnant, mais plutôt vu d’avion.

Une route latérale conduit à la mer. On arrive à un village moderne, plutôt un lotissement de villas avec terrasses. La côte est aménagée avec des escaliers et quelques plates-formes en ciment. A 9h, très peu de baigneurs. L’eau est lisse, immobile, limpide. Je nage le long de la côte d’un côté puis de l’autre. Sans aller bien loin.  Cela me paraît être une expédition. Au fond, je regarde les paquets de posidonies, les algues rigides un peu roses qui font penser à des coraux, d’autres brun clair en forme d’oreilles ou de pleurotes translucides. Même sans le masque je devine les poissons vif argent.

Arrivée à Cres, jolie petite ville touristique

Les rues de Cres



A 10 h nous rejoignons Cres (qui se prononce Tsres). La route s’élève dans les collines, il y a encore des murettes partout. Plusieurs centaines de mètres à nos pieds : un lac oblong lisse d’un bleu turquoise pastel épais, inaccessible. En haut d’une côte, nous découvrons Cres au creux d’une rade fermée avec ses toits de tuile, son petit port bordé de maisons hautes et étroites. C’est une toute petite ville, nous trouvons facilement le «Turist Biro». Dans la queue, des français nous précèdent :  ils rendent la clé d’un appartement. Je leur demande s’ils en sont contents. Sur leur recommandation, nous louons le même. Ils nous invitent à l’apéro sur le port…

Notre studio mansardé

Cres : les toits vue de la terrasse

A midi nous sommes installées dans un studio mansardé tout carrelé de neuf et bien équipé. Tout le charme du logement réside dans sa terrasse qui surplombe les toits de tuiles romaines les bâtiments de la vieille cité sont hauts de trois ou. Quatre étages extrêmement étroits. Les petits toits s’enchevêtrent sans aucun alignement de rue. Les ruelles sont tortueuses, avec des impasses et des courettes. Il y a des rajouts de terrasses, d’appentis, des cheminées surmontées de toutes sortes de mitres, des antennes, des cordes à linge. Tout cet aimable désordre me donne envie de dessiner. Au delà des maisons on aperçoit deux clochers et une grosse tour ronde et plus loin encore les collines couvertes de maquis ou de pinède formant un amphithéâtre naturel.

Cres ; arc de triomphe

Notre immeuble est situé sur la seule avenue de la ville encadrée de larges trottoirs sous une double rangée d’arbres sous lesquels on a disposé des bancs. Aux deux extrémités du cours des arcs de triomphe aux colonnes antiques surmontées du lion de Venise. Au milieu du cours, un monument aux morts moderne à la forme bizarre (peut être une lyre). Cette avenue borde la vieille ville, plus loin les maisons modernes sont clairsemées dans leurs jardins.

Nous sommes conquises et décidons que l’étape sera longue ! Puisque nous pouvons cuisiner nous déjeunons de poisson pané et d’épinards surgelés.

la  plage

Cres baignade

Sans se fatiguer, nous allons à la plage la plus proche. Cela ne démarre pas trop mal, nous nous garons près de l’hôtel, une corniche fait promenade, quelques tamaris donnent de l’ombre. Nous suivons le bord de mer jusqu’au camping. Là c’est l’horreur : le soleil cogne dur, les caravanes sont installées au ras de la digue.. La courte baignade a un but pratique : éviter l’insolation. Elle  ne procure aucun plaisir . Pour sortir de ce guêpier, nous traversons le camping surpeuplé, promenade déprimante. Pour finir, une FKK. Il y a peu d’accès à la mer sauf  aux embarcadères des ferries reliant Cres à l’île de Krk ou au continent.
Nous roulons dans une montagne très sauvage . Près de Cres les murettes enclosent des vignes toutes petites et il y a quelques oliviers. Ensuite le maquis tombe en pente escarpée vers la mer. De la route qui surplombe, on découvre une petite anse où mouillent des voiliers – inaccessibles – des îlots rocheux et les côtes des îles voisines. Puis la route s’arrête net sans prévenir au débarcadère les voitures font la queue. Nous voyons une toute petite route menant à un petit village au loin. Bien difficile d’y accéder, les voitures attendant leur bateau ont formé deux files. Heureusement ils reculent pour nous laisser passer.

Nous découvrons le plus petit port qui soit : un quai de ciment forme une rade rectangulaire, sur les bords un petit coin cimenté. Une femme se bronze allongée sur le ponton . Nous sommes seules à l’eau. L’eau est tiède presqu’aussi chaude que dans les piscines thermales. Je vais vers le large pour trouver la fraîcheur habituelle.  J’ai peur de m’éloigner, nous sommes tellement seules que je crains un piège. Plus loin, la montagne descend en formant des falaises, on se dirait à Madère, notre plage est vraiment la seule plage de cette côte ! Dominique nage avec moi jusqu’à une jolie grotte où des papillons volettent tels des chauve souris.

Vers 4h30 deux jeunes gens descendent des maisons perchées au dessus de nous, puis une petite fille, puis une femme …A cinq heures toute la famille est en bas. Ces gens ne nous dérangent pas, ils nous rassurent. Ici, pour éviter la foule mieux vaudra se baigner le matin tôt ou à l’heure de la sieste. Jusqu’à 4 h tout le monde ferme volets et persiennes.

En soirée

Comme en Italie : la vitrine du glacier

En revanche, le soir on vit dehors, dans les ruelles on a installé des chaises et des tabourets sur le pas des portes, certains dînent ainsi devant leur maison dans la rue, des femmes tricotent ou font de la broderie ?

Toute la jeunesse et les badauds des campings convergent sur la place de l’horloge devant le port. Un petit orchestre sur un podium fait une animation musicale (la danse des canards en Croate,  Macarena). On fait la queue devant les glaciers, toutes les tables des restaurants sont occupées. La foule est si dense qu’il faut que je m’accroche au sac à dos de Dominique pour ne pas la perdre.

Nous filons vers des rues plus tranquilles. Je constate le même désordre dans les volumes et les formes, que dans les toitures : lacis de ruelles, passages inattendus sous des arches, escaliers dérobés, immeuble surplombant toute une rue. Si on observe bien, on découvre de merveilles sculptées : ici une fine colonne, là un blason, ou un porche, deux lions usés par le temps… Il est temps de rentrer si on veut jouir de la terrasse.

Nézérine Osor Ustrine

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Eglise d’Osor

Nézérine

Le soleil se lève sur la montagne, au même moment la cloche de l’église sonne 6 heures, coïncidence « frappante ». Très vite il fait très chaud sur le balcon. Je me replie à l’intérieur quand les cloches carillonnent l’angélus à 6h30.

A 8heures nous partons faire des photos dans les rues de Nézérine, découvrons de nouvelles ruelles en pente qui nous conduisent chez la « voleuse » je regrette mon mouvement d’humeur, nous aurions été si bien ! En face un bateau tout rouillé remplace une digue, de l’autre côté : la plage, si j’avais été en tenue, je me serais bien baignée.

Osor, ville enclose

Osor

Osor est une ville enclose, comme Nin on y entre par un pont (ici il est en fer). Sur la place une curieuse église à façade festonnée en trèfle porte des statues de pierre très blanche tandis qu’au dessus du porche la madone se détache sur du marbre rose. Le campanile est ici aussi érigé à l’écart.. les voitures ne pénètrent pas dans la ville, il y règne une sérénité appréciable. Nous photographions les maisons fleuries.
Baignade dans le port, cela m’amuse de longer les murailles à la nage. Dominique se baigne aussi ;
Pour déjeuner, nous préférons la place tranquille d’Osor à la recherche d’un emplacement problématique dans la campagne. Après un café en terrasse, nous nous installons sous un tilleul bien fourni sur une sorte d’estrade en pierre. Entourée de bancs de pierre autour du puits, pas de fontaine, elles sont rares en Croatie. Il est midi, chacun est chez soi, le « turist biro » est fermé .Il se dégage une impression de calme, nous mangeons un pique nique simple : œufs durs, dolmas et yaourt.

Ustrine, village perché

Sur la carte, une route va à la mer à Ustrine : village perché sur le rebord de la colline. Nous y sommes déjà passées hier soir à la tombée de la nuit ; des murettes de pierre empilées délimitant des parcelles arrondies, laissaient passer les rayons obliques du soleil couchant. Nous pensons à l’Irlande ; sous le soleil de midi, il est urgent de trouver de l’ombre !

A la recherche d’un coin  pour se baigner

Une route, avec un panneau interdisant la circulation automobile descend la pente raide. C’est impressionnant : pas de lacets, un schuss. On retient son souffle, la 205 a de bons freins. Enfin, il le faut ! En bas d’autre véhicules sont garés faisant foi de la carrossabilité de la route. Un petit escalier, une plate-forme cimentée : un accès facile à l’eau, l’endroit rêvé. Bien sûr déjà occupé Des jeunes ont tendu une bâche sur le ponton et jouent tranquillement aux cartes. Des hollandaises très replètes lisent et plongent. Nous trouvons même un arbre qui nous donne de l’ombre. La baignade est merveilleuse, l’eau bleu profond. J’explore à la nage la rive pour chercher un meilleur emplacement, mais il faudrait escalader les rochers avec le parasol. Cette nage à l’aventure me plaît beaucoup. Dominique m’accompagne de l’autre côté, nous découvrons des maisons cachées sous les chênes verts, aucun accès par la route, elles ne sont accessibles qu’en bateau : une jolie plage avec des barques, des zodiacs et un magnifique voilier aux couleurs italiennes. Je fais des essais avec le masque. C’est une des plus belles baignades depuis la Grèce.
Une barque accoste au ponton,  soleil a tourné nous n’avons presque plus d’ombre sous notre arbre, il est 4h et il est temps de rentrer. La montée est aussi impressionnante que la descente, je retiens mon souffle ;
6h30, les cloches sonnent, nous commençons à sentir la fraîcheur. Une barre de montagnes sur le continent apparaît dans le lointain : les sommets de calcaire nu  semblent couverts de neige. La vue est merveilleuse. Au premier plan : une rangée de cyprès et un prunier couvert de prunes jaunes, plus loin de beaux toits de tuile ;
nous dînons sur la plage, des femmes se baignent nues, si j’avais eu une serviette, je les aurais bien imité.

Tour en ville : j’achète une glace et prends en photo les maisons qui se reflètent dans l’eau du port. Au retour, nous nous égarons et découvrons de jolies maisons aux balcons fleuris enfouis sous les lauriers roses et les figuiers.

Croisière, Mali Lošinj, Nézérine

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A bord du ferry : ravitaillement de petites îles

La tempête,

La tempête a secoué le pin toute la nuit, lui arrachant des craquements inquiétants. Nous avons peu dormi. Nous regardons la mer avec inquiétude. Dans le creux de notre baie tranquille, abritée par la presqu’île, la surface de l’eau est toute creusée de vagues. Comment sera la pleine mer ?
Par hasard, j’ai justement retrouvé dans la poche de ma polaire le Mercalm du voyage en Auvergne et je l’ai rangé, bien accessible, dans le filet extérieur de mon sac à dos.

Embarquement

Sur le quai, plusieurs files de voitures attendent l’embarquement. Bien sûr, nous nous trompons de queue. C’est la foire d’empoigne, personne n’est capable de nous renseigner, finalement nous montons avant tout le monde dans le ferry, dépassant par la droite une imposante caravane tirée par une imposante berline immatriculée en Allemagne, sous l’œil furibard du conducteur et les vives protestations de sa femme.
A 8h10 nous avons choisi nos sièges, le départ est prévu pour 9h. J’ai donc le temps de chercher Le Monde et de boire un café. Je fais un tour au pas de course dans la citadelle, pas de Monde.

La traversée

A bord du ferry : croisière d’îles en îles

La traversée est un enchantement. Le vent a molli. Il souffle juste  assez pour nous rafraîchir. Nous naviguons entre les îles allongées, certaines sont plus pelées, la plupart recouvertes d’une végétation très verte. Pins ou chênes verts? On ne distingue pas toujours. Les habitations sont rares. Il nous semble être dans un paradis d’îles désertes. J’avais craint la tempête et le soleil, je suis à l’ombre, tranquille et regarde défiler les voiliers.

Les petites îles

Notre ferry ravitaille trois petites îles : Olib, Silba et Prémuda. Il est attendu à quai par des petites remorques attelées à de minuscules tracteurs qui montent sur le bateau et chargent des caisses d’eau minérales, de bière, de boissons diverses quelques caisses de tomates(on doit plus boire que manger dans ces îles !), Chaque fois les véhicules garés à la poupe doivent libérer le passage aux livraisons. Heureusement que nous sommes garées à l’avant de la cale. Le spectacle est divertissant. On imagine comme le bateau doit être attendu dans ces villages perdus .Des passagers descendent à pied, d’autres montent.

Arrivée à Mali Lošinj

Mali Losinj : port

Les six heures ont passé par enchantement.   Nous parvenons à Mali Lošinj , jolie petite ville dans une rade étroite où stationnent de gros bateaux.
Il nous faut trouver une banque puis une agence de Tourisme. Là tout se complique. L’employé nous fait comprendre qu’il a peu de chambres.  De plus nous souhaitons être en dehors de la ville près de la mer.
Il nous fait un plan, derrière l’aéroport, sur un chemin de terre dans les champs « poljé » rajoute-t-il.

« Tout est complet! »
Nous trouvons l’aéroport, de minuscules avions privés sont posés là, un hangar un bar perdu. Il n’y a même pas une cabine téléphonique. Nous nous engageons dans un chemin et sommes accueillies par une femme, la soixantaine, en maillot de bain qui sort d’une très vieille maison perdue et délabrée ? Elle est désolée : tout est complet.


Une cahute sans eau ni électricité

Pour nous dépanner, elle propose, au dessus de chez elle une cahute sans eau ni électricité et téléphone à son amie Ivana qui loue un appartement moderne près de la mer. Ivana doit venir nous chercher ci.
En attendant, on nous offre un verre d’eau et nous faisons la conversation en italien. La dame nous explique qu’ici c’est le calme « pace » avec la compagnie des chats du chien et des brebis. L’endroit est magnifique, la table est à l’ombre des grenades en fruit, d’un amandier. Autour, de l’herbe sèche, des oliviers, plus loin le maquis et le chemin qui mène à la plage. Je resterais bien ici, même sans confort.

L’appartement d’Ivana
Le mari d’Ivana arrive au volant d’un Alfa rouge, retour à la civilisation. L’appartement est luxueux, la cuisine grande et très bien équipée On arrive à la question des prix 85 DM, c’est raisonnable, mais tout se complique, elle ne prend pas de locataires pour 3 ou4 jours, une semaine c’est le minimum. Nous lui expliquons que nous ne pourrons pas rester aussi longtemps, elle reste ferme.

Il est passé six heures et nous n’avons toujours pas de gîte.
Nous poursuivons vers le nord. Nous sommes très mal accueillies dans un village de vacances.


Tout est complet(refrain)

Mali Losinj  : un gîte idéal?

Nous repérons des chambres à louer. Ici pas d’écriteaux voyants, dans toutes les langues dépassant sur le bord de la route. Ici, on ne racole pas, on n’attend pas le client. Un discret panneau avec 4 lettres SOBE. Il faut rouler doucement pour les découvrir.
Nous frappons à la première porte : oui, il y a une chambre avec une salle de bains et usage de la cuisine. C’est très bien situé dans une maison ancienne, devant la maison, une table et des bancs sous une tonnelle. L’endroit est pittoresque, je vais sortir mes aquarelles. Nous déchargeons les valises, ravies. Je descends pour payer et là tout se complique. La dame m’a montré un panneau en Croate où le prix figurait : 92 kuna, maintenant c’est 120 parce que nous restons moins de 4 jours, j’essaie d’expliquer que nous resterons peut être plus longtemps si l’endroit nous plaît, mais elle ne comprend rien. Je prépare donc 240 kuna pour deux nuits. La dame fait deux tas de 120 kuna et m’explique en allemand rudimentaire que cette somme c’est pour une nuit seulement, 120 par personnes. Là, je me fâche, cette somme qui monte à chaque discussion m’agace. Jusqu’où vont-ils monter ? Nous descendons les valises.

Nezerine : 3 mâts

A l’agence de tourisme « Turist Biro » de Nézérine, on nous propose une chambre pour 260 kuna avec salle de bain à partager assez loin de la mer.
Nous dédaignons cette offre et continuons vers le nord.
A Osor Dominique s’exclame « ici nous allons trouver ! » rien du tout, tout est complet. Il est 8heures passées, la situation devient critique .Les rayons du soleil traversent les murettes de pierre sèche, cela rappelle le Connemara, mais nous ne sommes pas d’humeur à faire de la photo.
Nous retournons à Nézérine avec le papier de l’agence et la trouille que la chambre ne soit plus disponible.
Enfin nous montons les bagages dans une chambre blanche toute entière occupée par un lit immense, une grande armoire en bois clair, genre chambre d’un hôtel un peu vieillot .Le balcon a une jolie vue.  Nous n’avons pas l’usage de la cuisine, la dame sert des petits déjeuners payants.
Je tire les leçons de notre aventure, je me suis emballée trop vite au petit port ? Le prix était seulement de 120kuna avec l’usage de la cuisine et la salle de bain et il y avait surtout la belle tonnelle. La dame n’était pas une « voleuse ». Simplement, elle parlait trop mal l’allemand et moi je ne comprends pas le Croate. Les prix sont officiels, affichés, l’augmentation tout à fait légale.
Nous aurions gagné une soirée agréable, en plus de tout le reste.

En voyage, rester cool !

7
Nous avons dîné sur le bord de la mer à la nuit tombante, puis nous nous promenons dans le village. Juste en face de chez nous une belle maison à la façade rouge sombre arbore le lion de Venise sculpté au dessus du porche. Des ruelles en pente conduisent à une placette occupée par deux terrasses de café et un placier. Toutes les tables sont occupées. On se croirait en Italie. Sur le bord de mer, l’animation est encore plus grande : tout le monde déambule, le port est occupé par de gros bateaux. Les restaurants chics sont pleins.
Cette île est vraiment très différente de celles que nous avons vues dans la région de Zadar. Elle est ravissante. La moindre maison mérite une photographie, soit pour ses bougainvilliers, ses balcons ou ses vieilles tuiles romaines. Le tourisme est très « haut de gamme » : peu de campeurs, des yachts, pas de fast-food ou de supermarchés, de jolis restaurants de poisson, des pizzerias. Les touristes de l’Est, Tchèques, Polonais et Hongrois ont disparu, les Allemands sont plus discrets. Ici, les touristes sont Slovènes et Italiens. Ici tout le monde parle Italien. L’Italie est une garantie de bon goût, mais aussi de vie chère. Plus de saucisses immondes ni de pâtés horribles, au supermarché : du salami et du jambon cru. Plus d’indice non plus de conflit récent, des grosses voitures . Ile privilégiée, tourisme de longue date. Dommage que notre budget soit un peu serré pour y rester longtemps..

 

Toute une histoire – Hanan El-cheikh – Babel

LITTERATURE LIBANAISE

« Un matin j’ai trouvé sur une chaise une couronne de roses artificielles et une robe de mariée blanche. J’ai poussé des hululements et j’ai couru chez la voisine Emm Fawzi pour lui demander de me cacher dans son armoire, sous son lit, dans sa mansarde[…]

– pauvre petite…On dirait un insecte qui se débat dans une toile d’araignée sans savoir qu’il est trop tard[…]

Je ne sais combien de mains s’y sont prises pour me faire enfiler cette robe blanche. Elle avait beau être de soie fine et douce, je sentais comme des épingles qui me piquaient tout le corps. Je me suis tellement débattue que j’ai réussi à m’échapper pour courir vers le réchaud de kérosène et me barbouiller le visage de suie. Ensuite je me sui jetée sur les casseroles et me suis noircie le cou de la même manière,  comme j’avais vu faire ma mère qui venait de perdre son enfant à Nabatieh. J’ai tiré sur ma robe de toute force et me l’ai arrachée. Puis je me suis enroulée dans un sac de jute en poussant des hurlements. Je me suis précipitée vers la fenêtre de la cuisine, mais on m’a tirée vers l’arrière pour m’empêcher de sauter et j’ai dégringolé sur le carrelage. J’ai continué à glapir, sangloter et me frapper le corps jusqu’à ce qu’Ibrahim m’entraîne dans la chambre ou Abou Hussein m’attendait…. »

Le récit des noces de Kamleh m’a rappelé le mariage des Impatientes de Djaïli Amadou Amal que j’ai lu récemment. Kamleh, fiancée sans le savoir à 11 ans, mariée de force à 13, à son  beau-frère après le décès de sa sœur, afin d’élever ses neveux, « âne de somme  » ne se laissera pas enfermer dans le rôle de la victime. Kamleh est maline et déborde d’énergie. Elle n’a aucun scrupule à voler son mari pour acheter friandises et fleurs pour tenir salon. Elle lui ment effrontément pour aller au cinéma ou rejoindre son amant. Elle a un amoureux, un poète, étudiant, qui l’aime sincèrement. Elle n’éprouve aucun remords à jurer sur le Coran. 

Kamleh,  intelligente, inventive, une vraie conteuse orientale,  est analphabète. Elle charge donc Hanan, sa fille  – écrivaine – du récit de sa vie.

« Chaque fois que je publiais un  roman ou une nouvelle, elle faisait : « tu paries que mon histoire est plus belle? »

C’est donc l’histoire d’une libanaise chiite,  née à Nabatieh, petite campagnarde allant glaner les grains de blé, ramasser mauves et chicorées pour ne pas mourir de faim. Kamleh découvre Beyrouth et la liberté qu’elle gagne de haute lutte entre mensonges et entourloupes. Le cinéma égyptien lui sert d’école. Très jeune elle découvre l’amour. C’est un roman d’amour passionné. Kamleh cumule le rôle de bonne à tout faire chez ses beaux-frères, de vendeuse ambulante, de mère de nombreux enfants. Et elle trouve le temps de tenir salon, d’inviter ses voisines….

Plus tard, elle sera la femme d’un fonctionnaire important. Mais le Liban change avec le temps, révolutions, guerres civiles…

Finalement, elle suivra ses enfants éparpillés entre l’Amérique, Londres, Dubaï.

Je ne vous raconterai pas l’histoire, il faut le lire : chaque chapitre est un conte oriental exotique à découvrir.

 

 

 

 

Zadar et ses environs au sud

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L’embarquement des ferries à Zadar

Aux premières heures de la matinée nous filons aux bureaux de la compagnie de navigation. Le ferry pour Mali Lošinj n’est pas quotidien mais hebdomadaire, seulement le mardi. Justement, nous projetions de partir mardi ! Reste t il de la place ? L’employée téléphone, demande la longueur de la voiture. Evidemment, je ne la connais pas mais je lui assure que la voiture est petite. C’est bon ! je passe à la caisse : 211 Kunas seulement ; je tombe des nues, j’avais calculé 4 fois plus, avec les prix du prospectus .Ce mystère s’éclaire facilement : le montant était indiqué en Lires italiennes, ce qui expliquait le nombre inquiétant de zéros.

La réserve ornithologique

Nous allons ensuite explorer un lac 30 km au sud de Zadar qui est aussi une Réserve ornithologique. La route côtière est toujours aussi fréquentée, ce qui nous confirme que la croisière est une idée de génie !  Elle traverse une zone industrielle très laide puis longe une mince pinède. Les stations balnéaires se succèdent ensuite, les campings, le club Med …

Au feu!

Juste avant d’arriver le trafic se ralentit et s’arrête. Un barrage ? ou le feu ? En effet une épaisse colonne de fumée s’élève de la gauche. Ce ne sont que des travaux. Encore une bonne raison de remonter la côte en ferry !

Le lac

Le lac a une belle couleur vert pastel un  peu laiteux, il se trouve dans un écrin (un écran !) de roseaux qui interdisent l’approche. la Réserve Ornithologique a prévu quelques sentiers d’accès pour l’observation, mais la promenade tourne court après quelques dizaines de mètres. Il n’est pas encore midi, trop tôt pour le pique-nique.

La plage du club Med

A  sortie d’une pinède nous trouvons une jolie anse rocheuse enfermant une minuscule plage de sable avec l’eau la plus transparente qui soit . Bien sûr, on n’est pas seules ! Sur le sable et dans l’eau peu profonde jouent des enfants. Dominique se pose sur un rocher tandis que je pars à la nage vers le large pour explorer les environs. Des gens arrivent par le haut de la pinède sur des rochers abordables. Il faut convaincre Dominique !
Je n’ose pas insister trop. L’expérience de la plage nudiste me fait adopter un profil bas, je ne veux pas deux jours de suite prendre des initiatives qui ne conviennent qu’à moi. C’est vraiment dommage, l’endroit est magnifique, le plus beau depuis notre arrivée en Croatie.
Nous retournons à l’étroite pinède coincée entre la mer et la route. Il y a du monde, mais pas trop. Nous y passons un bon moment à nager, nous sécher au soleil puis à lire à l’ombre. Nous observons aussi les évolutions d’un petit hydravion qui vient pomper l’eau pour éteindre un incendie de forêt.
Dernière soirée à Rovinjska : bon dîner avec de la viande et des épinards, dernière lessive. Puis encore une fois, la digue illuminée. Le vent s’est levé, de gros nuages menaçants viennent de la montagne.

209 rue Saint-Maur – Paris Xè – autobiographie d’un immeuble – Ruth Zylberman

LECTURES COMMUNES AUTOUR DE L’HOLOCAUSTE

C’est l’histoire d’un immeuble parisien.

C’est l’histoire d’une enquête menée par Ruth Zylberman, écrivaine et cinéaste.

……s’agirait juste de choisir. Un immeuble. Un seul. Un immeuble avec lequel je n’aurais aucun lien et dont,
pourtant, je saurais tout. Je le filmerais, je l’écrirais aussi peut-être….

carte qui venait d’être éditée par l’historien Serge Klarsfeld et un géographe lyonnais : la carte des enfants déportés de Paris entre 1942 et 1944. Une carte de Paris comme je n’en avais jamais vu :

De retour chez moi, j’ai vérifié les noms associés à cette adresse sur la carte aux points rouges. Il y avait les noms de neuf enfants.

Neuf enfants déportés depuis un même immeuble, c’est beaucoup, mais ce nombre ne me surprend pas
vraiment : le 209 est grand, même si je ne sais pas encore combien de locataires y vivaient exactement. Surtout,
la rue Saint-Maur était au cœur du Yiddishland – Belleville,

Son enquête commence dans deux directions : histoire de la rue Saint-Maur et de l’immeuble, lui-même et recherche des enfants arrêtés, enfin  des habitants du 209 jusqu’à aujourd’hui.

le chemin de Saint-Denis, pas encore devenu rue Saint-Maur, (qui) menait, au Moyen Âge, de l’abbaye de Saint-Denis à celle de Saint-Maur-des-Fossés.

En 1840, l’emplacement du 209 n’était qu’un jardin. Avec les grands travaux du baron Haussmann on construisit un immeuble de rapport. Autour d’une cour, quatre bâtiments de six étages où s’installent des locataires modestes, des artisans avec leurs ateliers. Ce quartier ouvrier fut déjà en 1848 un « foyer d’agitation et un fief d’opposition au Second Empire« . Elle retrouve une photographie de la barricade de la rue Saint Maur le 25 juin 48, la tradition insurrectionnelle  s’est transmise pendant la Commune de Paris. Au XXème siècle, l’immeuble se peuple de juifs polonais, tailleurs, coupeurs, tricoteurs, presseurs….Souvent communistes.

Comme tant de juifs exilés de sa génération, il avait laissé derrière lui la tradition et la religion de ses parents
pour adopter la nouvelle foi en un monde meilleur.

Mais tous ceux-là avaient quitté la Pologne parce que c’était un État fasciste. Et puis la France, c’était le paysdes droits de l’homme, de la Révolution… dans leur esprit… comme ça devrait être dans l’esprit de tous les Français. »

Après la guerre, les anciens occupants déportés retrouvent (ou  non) le 209. Plus tard, d’autres locataires, portugais, algériens, marocains prennent le relais. l’immeuble se dégrade,  victime de squatteurs avant d’être mis en vente par appartements et rénové par une nouvelle population plus aisée qui regroupe les logements, transforme les chambres en lofts et vastes appartements.  Gentrification.  L’écrivaine fait un véritable travail d’archéologue, retrouvant au niveau des parquets les vestiges des anciennes cloisons.

L’essentiel de la recherche de Ruth Zylberman s’oriente autour des rafles du Vel d’Hiv. Elle retrouve des témoins et reconstitue la population d’alors

reconstitutions

Avec des meubles d’une maison de poupées, elle stimule la mémoire des survivants, maintenant des vieillards, mais enfants à l’époque. Tous ne désirent pas se souvenir et ont effacé toute trace de leur enfance au 209 quand ils ont perdu leurs parents, trouvé une famille d’adoption, parfois loin aux Etats Unis, en Australie.

Cette quête me fait penser à celle de Mendelsohn dans les Disparus. Comme lui, elle le conduit en Israël, en Amérique, en Australie..

Elle fait rencontrer les anciens voisins après des décennies, rencontre très émouvante. Une communauté de voisins se dessine. Solidarités : au quotidien comme dans les circonstances exceptionnelles des arrestations. Une famille cache les voisins juifs alors que le fils combat sous l’uniforme de la Wehrmacht. La concierge a convenu d’un code indiquant l’arrivée de la police en balayant la cour d’une certaine façon. Des rumeurs et commérages…Des accents resurgissent. Enormément d’émotions!

lire aussi le billet de Keisha ICI

Pag

MITTELEUROPA – un mois à travers l’AUTRICHE, la HONGRIE et la CROATIE

lapiez

Pag est une très longue île parallèle au continent. On y accède par un pont bombé en ciment.
Les vieilles, habillées en noir en jupe froncée et en grand fichu noir qui leur cache le visage à la mode turque, vont à pied à la messe. Nous avons déjà vu les mêmes vieilles à Harkany aux bains, peut être étaient elles Croates ?

Lapiez
L’île est désertique : le calcaire est nu ; de loin les falaises sont blanches, de près la patine est grise comme à Superdévoluy .Des figures d’érosion en lapiez font des arêtes pointues.

La saline

pag : marais salants

Une petite dépression occupe le centre de l’île, remplie de roseaux géants. Sur la carte un lac est indiqué : c’est une saline en activité avec des bacs rectangulaires. Une usine immense l’exploite, mais curieusement, en cette saison tous les rectangles sont remplis d’eau et on ne voit pas de tas de sel ni même ne croûte de sel à la surface.

la petite ville de Pag

Au milieu de l’île, la petite ville de Pag est ancienne. Comme Zadar ou Nin, elle est enclose dans ses murs de pierre et gardés par de jolies portes. A l’intérieur, les ruelles sont si étroites que le soleil ne pénètre pas. Certaines maisons portent de jolies sculptures, des balcons de pierre. Les dalles sont glissantes comme
à Zadar.

Dimanche : la messe

Sur la place de l’église nous prenons un pot. C’est l’heure de la messe, il y a affluence, l’église est peine, le portail ouvert, certains assistent debout .Impossible de visiter l’intérieur. pas de photos de l’extérieur de l’église romane : des échafaudages cachent la façade. De jolis anges se détachent sur le ciel bleu. Nous achetons Le Monde –encore un luxe appréciable- et des beureks comme en Turquie -et un feuilleté à la cerise.

Trouver une plage!

Il est temps de trouver une plage. Ce n’est pas facile sur cette île rocheuse. La route domine la mer à 100 m d’altitude, nous roulons dans une colline pierreuse où seuls dépassent des murets de pierres sèches délimitant d’improbables parcelles désertes. Nous descendons dans un village. Surprise ! Les chênes verts bordent la côte. Miracle ! L’eau est accessible. Une famille vient tout juste de libérer un emplacement bien plat à l’ombre d’un magnifique chêne vert. Je suis enchantée ! Des naturistes se baladent à poil, bon augure ! Les plages naturistes sont toujours moins fréquentées que les autres !
Dominique voit tout cela d’un autre œil : les naturistes lui gâchent la baignade. Elle se retranche sous notre chêne et y restera toute l’après midi sans bouger en observant les aller et venues des hommes et des femmes à poil.
Pourtant on aurait pu passer une très belle journée : l’eau est délicieuse. Je passe des heures avec mon masque à observer dans les rochers une faune très intéressante .Dominique a une idée géniale : elle découvre dans nos prospectus une liaison maritime entre Zadar et une île près de Rijeka qui shunterait toute la route à camions en corniche. Au lieu de s’énerver en conduisant nous allons faire une croisière!

Barrage de police

Le retour est retardé par une péripétie : au pont, les policiers ont monté un barrage et vérifient les identités et ouvrent les coffres des voitures. Nous n’avons pas nos papiers. Que va-t-il arriver ? Rien, quand vient notre tour, on dit au policier « Papir, Zimmer,Rovanijska » de l’air le plus bête possible et il nous laisse passer.
Le soir sur la digue, nous envisageons avec enthousiasme notre nouveau projet. Dominique souhaite tellement  le réaliser qu’elle est prête à allumer un cierge à notre petite chapelle de la plage. Malheureusement, il y a du monde

L’invention de la Nature – les Aventures d’Alexander von Humboldt – Andrea Wulf (2)

LES HERITIERS

Il me faudrait beaucoup plus de deux billets pour rendre compte de ce livre passionnant. Le premier présente Alexander von Humboldt ce deuxième, le cortège des savants, naturalistes, poètes, politiques qui se sont inspirés des travaux de Humboldt. 

Darwin (1809-1882)

Darwin est certainement le plus célèbre de tous. Sa Théorie de l’Evolution développée à partir de du voyage du Beagle(1839) et l‘Origine des Espèces (1859) est un apport majeur à l’histoire des sciences. Darwin découvrit la Relation Historique  de Humboldt étudiant à Cambridge en 1931. 

Il était comme « obsédé » par Humboldt et à la suite de ce dernier projetait un voyage au Canaries sur les pas de son ainé. Quelques mois plus tard, Darwin a l’opportunité d’embarquer sur le Beagle en tant que « gentleman naturaliste ». L‘expédition avait pour objectif une circumnavigation autour du globe afin d’effectuer le calcul des longitudes. Pas d’escale à Tenerife mais à Santiago , la plus grande île du Cap Vert où il découvre la végétation tropicale et le roches volcaniques comme son illustre prédécesseur. Pendant son voyage en Amérique du Sud il lit Humboldt et se fait envoyer lses derniers livres parus. 

Humboldt et Darwin avaient tous les deux la rare faculté de se concentrer sur les plus petits détails – une
parcelle de lichen, un petit coléoptère –, puis de prendre de la distance pour les considérer dans leur contexte et
établir des comparaisons. Cette flexibilité d’échelle et de point de vue leur donna une approche tout à fait
nouvelle du monde.

en 1839, Le Voyage du Beagle rendit Darwin célèbre. Il y parlait de plantes, d’animaux et de géologie, mais aussi de la couleur du ciel, de la lumière, de la tranquillité de l’air et de la brume dans les lointains – à grands coups de pinceau, comme un peintre. À la manière de Humboldt, Darwin notait ses émotions au contact de la nature, tout en fournissant des données scientifiques et des informations sur les peuples
rencontrés. »

LYELL (1797 -1875)

Lyell 1840

Peut être moins fameux que le précédent, sauf pour les étudiants en géologie qui connaissent le Principe de l’Uniformitarisme (ou Actualisme) Contemporain de Humboldt, il se sont rencontrés à Paris où ils ont échangé à propos de l’invention de Humboldt des Isothermes. Charles Lyell a également voyagé pour étudier les volcans. Ses travaux furent publiés dans les Principes de Géologie. 

l‘idée centrale des Principes de Géologie était que la Terre s’était façonnée très lentement par de minuscules changements ; selon lui elle ne s’était pas formée par de soudaines catastrophes comme les tremblements de terre ou inondations comme on le pensait en général 

Darwin s’est aussi appuyé pour Lyell dans ses études lors du voyage du Beagle. 

THOREAU (1817 – 1862)

Philosophe et naturaliste, ce n’est pas un scientifique, plutôt un poète. Selon Wulf, Walden n’aurait pas été le livre qu’il est sans Humboldt. 

Viennent ensuite les biographies de deux Américains que je ne connaissais pas

George Perkins MARSH (1801 -1882)

John Perkins Marsh fut un économiste américain, linguiste et diplomate  qui a envisagé l’influence de l’homme sur la nature encore sauvage américaine :

Des lacs, des étangs et des rivières autrefois très poissonneux avaient vu disparaître toute vie dans leurs eaux,Marsh fut le premier à en donner la raison. La surpêche était en partie responsable, mais surtout la pollution industrielle.

Comme Humboldt, Marsh tenait en partie pour responsable la pratique de l’agriculture de rapport, comme le
tabac et le coton . […]Marsh en concluait qu’un régime végétarien était plus écologiquement responsable qu’un régime carné.

Il écrivait le plus vite possible, dans l’urgence, parce qu’il sentait que les hommes devaient changer très vite leur
manière de faire si on voulait espérer sauver la Terre des ravages de la charrue et de la hache. « Je me dépêche,
écrivit Marsh au rédacteur en chef Si rien ne changeait, la planète serait réduite à « une surface dénaturée, en proie aux excès climatiques 

Dans Man and Nature, Marsh passait les exemples en revue, donnant de multiples illustrations de l’influence de
l’homme sur les rythmes de la nature : quand, par exemple, un chapelier de Paris avait mis à la mode les chapeaux en soie, ceux  en fourrure ne s’étaient plus vendus – ce qui, par ricochet, avait eu un effet bénéfique sur les populations de castors très fragilisées du Canada,

Ce qui fait écrire qu’il fut le « premier écologiste »

 

John MUIR (1838 -1914) 

C’est un pionnier de l’écologie cherchant à protéger la nature encore préservée de la Vallée de Yosemite en Californie, sous le statut de Parc National.

En 1860 il rédigea L’Homme et la Nature en s’inspirant des idées de Humboldt et de Thoreau

Le réel impact de Man and Nature ne se fit pas sentir avant plusieurs dizaines d’années mais le livre influença
beaucoup d’Américains qui devaient devenir des figures importantes des mouvements de préservation et de
défense de la nature. John Muir, le « père des parcs nationaux »,

Ernst HAECKEL(1834-1917) 

radiolaires

 

« Parfois, Haeckel rentrait de ses longues promenades chargé de lierre dont il tressait des couronnes pour orner le
portrait de Humboldt accroché au mur de sa chambre »

Haeckel est encore un naturaliste allemand de la tradition de Humboldt, né à Postdam, mort à Iéna. Comme Humboldt, Darwin, Lyell ou Marsh, il est parti des laboratoires pour aller vers la nature sur le terrain. Moins loin que les premiers, il fera ses découvertes en Italie. Parti étudier poissons et mollusque à Naples, c’est en Sicile qu’il va faire ses découvertes.  Dans un seau d’eau de mer, sous le microscope il observe des merveilles de symétrie, de délicatesse et de fantaisie : les radiolaires qu’il dessine, un œil rivé à l’oculaire, l’autre au papier à dessin. Radiolaires et méduses offrent des géométries fascinantes qui vont inspirer les créateurs, architectes ou décorateurs de l’Art Nouveau. La maison de Haeckel est elle-même Villa Medusa.

Haeckel illustra ce travail zoologique de ses propres mains, livrant des dessins d’une exactitude scientifique
parfaite, mais aussi d’une remarquable beauté.

Le dessin était pour Haeckel la seule vraie méthode pour comprendre la nature.

 

Comme ses prédécesseurs, Haeckel allie la science la plus sérieuse et la plus pointue (comme la classification de  Protozoaires) à l’émotion artistique. 

Pendant que Haeckel travaillait à Die Radiolarien, il lut un livre qui devait de nouveau bouleverser sa vie :
L’Origine des espèces. Haeckel fut extrêmement frappé par la théorie de l’Evolution.

Haeckel est aussi l’inventeur du nom « écologie »

l’Oecologie, ou « écologie » . Le terme était tiré du mot grec « maison » – oikos – appliqué au milieu naturel.
Tous les organismes terrestres vivaient ensemble dans un même lieu comme une famille occupe le même foyer.
Et comme les membres d’une famille, il arrivait qu’ils entrent en conflit ou qu’ils s’entraident.

[…]
L’écologie, disait Haeckel, était « la science des relations d’un organisme avec son environnement »

Comme Humboldt, Haeckel fit le voyage de Tenerife et rencontra Darwin en route. Il mis ses pas dans ceux de Humboldt, au sommet du Teide puis visita Lanzarote. Après ce voyage il repartit souvent en Egypte, en Inde, au Sri Lanka en Indonésie collecter des spécimens et surtout dessinant…

 

Je me suis surtout attachée à tout ce cortège de savants, j’ai négligé les politiques comme Jefferson, Madison, Simon Bolivar. J’ai oublié de parler de la grande leçon d’histoire qui s’est déroulée pendant la longue existence de Humboldt, de 1769, qui est aussi l’année de naissance de Napoléon, à l’Unité Allemande sous la direction des rois de Prusse… j’aurais aussi pu développer l’indépendance des colonies espagnoles, les sentiments anti-esclavagiste et anticolonialistes….mais cela devrait faire l’objet d’un autre billet.