SOUVENIRS ENTOMOLOGIQUES

» Ce fut une soirée mémorable. Je l’appellerai la soirée du Grand-Paon. Qui ne connaît ce superbe papillon, le plus
gros de l’Europe, vêtu de velours marron et cravaté de fourrure blanche ? Les ailes, semées de gris et de brun,
traversées d’un zigzag pâle et bordées de blanc enfumé, ont au centre une tache ronde, un grand œil à prunelle
noire et iris varié, où se groupent, en arcs, le noir, le blanc, le châtain, le rouge-amaranthe [….]Or le 6 mai, dans la matinée, une femelle quitte son cocon en ma présence, sur la table de mon laboratoire aux
bêtes. Je la cloître aussitôt, tout humide des moiteurs de l’éclosion, sous une cloche en toile métallique.
D’ailleurs, de ma part, aucun projet particulier la concernant. Je l’incarcère par simple habitude d’observateur,
toujours attentif à ce qui peut arriver.Bien m’en prit. Vers les neuf heures du soir, la maisonnée se couchant, grand remue-ménage dans la chambre
voisine de la mienne. À demi déshabillé, petit Paul va, vient, court, saute, trépigne, renverse les chaises, comme
affolé. Je l’entends m’appeler. « Viens vite, clame-t-il ; viens voir ces papillons,Combien sont-ils ? Une vingtaine environ. Ajoutons-y l’appoint des égarés dans la cuisine, la chambre des
enfants et autres pièces de l’habitation, et le total des accourus se rapprochera de la quarantaine. Ce fut une
soirée mémorable, disais-je, que celle du Grand-Paon. Venus de tous les points et avertis je ne sais comme,
voici, en effet, quarante amoureux empressés de présenter leurs hommages à la nubile née le matin dans les
mystères de mon cabinet….. »
Pendant des années, nous avions étudié en classe ce texte suivi du compte-rendu détaillé de toutes les expériences auxquelles le naturaliste s’est livré pour identifier le stimulus attractif. Le récit de ses expérimentations est raconté avec précision et rigueur. Modèle de méthode expérimentale. Les élèves devaient le résumé avec des schémas. Certains faisaient de véritables bandes dessinées. J’ai photocopié celle de Pierre V. et j’ai gardé sa BD dans mes archives précieusement pendant des décennies.
Quelle a été mon émotion quand j’ai pu découvri Saturnia pyri, hier au cimetière de Créteil, à l’ombre et dans la fraîcheur d’une chapelle familiale. La conservatrice du cimetière qui l’avait repéré et qui nous l’a montré avait fait une photo avec sa main pour donner l’échelle.

Surprise, le papillon n’est plus seul : ils sont deux, accouplés. A côté de la tombe pousse un cerisier, tout à fait favorable pour y installer la ponte.
Ce n’est qu’aujourd’hui, alors que je suis retraitée que j’ai le plaisir de cette rencontre avec le papillon vivant!

Les Souvenirs entomologiques de Fabre sont facile à télécharger (en plus c’est gratuit). Je vais les relire. C’est un livre délicieux!
Pour des renseignements détaillés et récents sur cliquer ICI un article qui raconte l’élevage de ce papillon géant.
Wikipédia bien sûr
et le blog de Lequet
A-t-il profité du calme du cimetière fermé pour cause de confinement? Profité aussi de ce que la Ville de Créteil a banni les phytosanitaires?

























Deuxième essai : 7€93 encore des coquilles, mais moins Une typographie bizarre centrée. Ce n’est pas confortable à lire.

