Le Grand-Paon – Jean-Henri Fabre : Souvenirs entomologique L7-chXXIII

SOUVENIRS ENTOMOLOGIQUES

Surprise! les deux papillons accouplés!

 

 » Ce fut une soirée mémorable. Je l’appellerai la soirée du Grand-Paon. Qui ne connaît ce superbe papillon, le plus
gros de l’Europe, vêtu de velours marron et cravaté de fourrure blanche ? Les ailes, semées de gris et de brun,
traversées d’un zigzag pâle et bordées de blanc enfumé, ont au centre une tache ronde, un grand œil à prunelle
noire et iris varié, où se groupent, en arcs, le noir, le blanc, le châtain, le rouge-amaranthe [….]

Or le 6 mai, dans la matinée, une femelle quitte son cocon en ma présence, sur la table de mon laboratoire aux
bêtes. Je la cloître aussitôt, tout humide des moiteurs de l’éclosion, sous une cloche en toile métallique.
D’ailleurs, de ma part, aucun projet particulier la concernant. Je l’incarcère par simple habitude d’observateur,
toujours attentif à ce qui peut arriver.

Bien m’en prit. Vers les neuf heures du soir, la maisonnée se couchant, grand remue-ménage dans la chambre
voisine de la mienne. À demi déshabillé, petit Paul va, vient, court, saute, trépigne, renverse les chaises, comme
affolé. Je l’entends m’appeler. « Viens vite, clame-t-il ; viens voir ces papillons,

Combien sont-ils ? Une vingtaine environ. Ajoutons-y l’appoint des égarés dans la cuisine, la chambre des
enfants et autres pièces de l’habitation, et le total des accourus se rapprochera de la quarantaine. Ce fut une
soirée mémorable, disais-je, que celle du Grand-Paon. Venus de tous les points et avertis je ne sais comme,
voici, en effet, quarante amoureux empressés de présenter leurs hommages à la nubile née le matin dans les
mystères de mon cabinet….. »

 

Pendant des années, nous avions étudié en classe ce texte  suivi du compte-rendu détaillé de toutes les expériences auxquelles le naturaliste s’est livré pour identifier le stimulus attractif. Le récit de ses expérimentations est raconté avec précision et rigueur. Modèle de méthode expérimentale.  Les élèves devaient le résumé avec des schémas. Certains faisaient de véritables bandes dessinées.  J’ai photocopié celle de Pierre V. et j’ai gardé sa BD dans mes archives précieusement pendant des décennies.

Quelle a été mon émotion quand j’ai pu découvri Saturnia pyri, hier au cimetière de Créteil, à l’ombre et dans la fraîcheur d’une chapelle familiale. La conservatrice du cimetière qui l’avait repéré et qui nous l’a montré avait fait une photo avec sa main pour donner l’échelle.

un papillon géant presque de la taille d’une main

Surprise, le papillon n’est plus seul : ils sont deux, accouplés. A côté de la tombe pousse un cerisier, tout à fait favorable pour y installer la ponte.

Ce n’est qu’aujourd’hui, alors que je suis retraitée que j’ai le plaisir de cette rencontre avec le papillon vivant!

Les Souvenirs entomologiques de Fabre sont facile à télécharger (en plus c’est gratuit). Je vais les relire. C’est un livre délicieux!

Pour des renseignements détaillés et récents sur cliquer ICI un article qui raconte l’élevage de ce papillon géant.

Wikipédia bien sûr

et le blog  de Lequet

A-t-il profité du calme du cimetière fermé pour cause de confinement? Profité aussi de ce que la Ville de Créteil a banni les phytosanitaires?

Borgo Vecchio – Giosuè Calaciura – Sellerio

LIRE POUR PALERME

Ce court roman, une centaine de pages, est traduit en Français et édité par Noir et Blanc. Par inadvertance j’ai téléchargé la version italienne. J’ai pensé qu’un petit livre se lirait plus facilement. C’est sans compter la richesse du vocabulaire et le style dont j’en ai goûté la saveur en ayant recours plus que de coutume au dictionnaire.  Cette lecture lente m’a permis de passer un bon moment à Palerme que je connais un peu et qui me fascine.

Gemito

Tragique et burlesque.

Innocence du regard des deux enfants Mimmo et Cristofaro qui sont plongés dans une réalité sordide d’une violence sans limites où le vol, le chantage les coups, le meurtre font partie de la vie ordinaire. Couteau et pistolet sortent facilement de leur cachette.  Carmela, la pieuse putain, enferme sa fille dans une sorte de cage sur le balcon pour recevoir ses clients. Le quartier résonne des plaintes de Cristofaro que son père bat quand il est ivre.

Gemito : ils sont napolitains mais j’imagine un air de famille avec Mimmo et Celeste

 

Il est pourtant plein de vie, ce vieux quartier près du port. L’auteur nous fait sentir la proximité de la mer, l’odeur du pain, les effluves de la viande, des légumes du marché. Il se prépare à la fête paroissiale attendue avec impatience. L’auteur passe de l’action d’un véritable thriller à des moments de contemplation et de tendresse. Tendresse et naïveté de Nana, la jument, confidente des enfants.

Un concentré de poésie, d’action, de tendresse, un roman très noir aussi!

Le Chemin des Roses de Servon à Yèbles

BALLADES EN ÎLE DE FRANCE

le buissons d’églantines qui bordent le chemin

Le Chemin des Roses est un parcours piétonnier ou cyclable sur l’emplacement de la voie ferrée du Train des Roses qui reliait Verneuil-l’Etang à la Gare de la Bastille. Elle fut ouverte  en 1853 et achevée en 1892. Ce « train horticole » transporta jusqu’à 85 tonnes de roses pour le seul mois de juillet 1900. La guerre de 14-18 mit fin à ce transport, les pratiques horticoles ayant changé. Le trafic voyageurs fut fermé en 1953, et le fret dans les années 80.

Les gares de Mandres-les Roses ( sur la Tégéval), de Brie-Comte Robert bordent encore la voie, celle de Grisy- Suisnes loge un petit Musée de la Rose  avec une jolie roseraie et celle de Coubert, un musée ferroviaire( je ne les ai jamais vus ouverts en semaine,seulement le dimanche). Le parcours est jalonné de panneaux explicatifs et de plans. Après Soignolles et Solers on passe l’Yerres qui est une rivière assez large. Sur le pont une plaque de marbre commémore un accident ferroviaire qui endeuilla le transport de troupes en 1918. Il faut faire un détour pour passer de l’autre côté du TGV, la campagne devient plus agricole et la promenade se termine au village de Yèbles, joli village briard. 

le chemin des roses ombragé

C’est donc un parcours bien plat, facile, sur une piste confortable en cailloutis blanc entre les haies ou les arbres d’essences variées. Les plus plaisants sont les acacias et les sureaux fleuris au mois de mai. En juin on pourra goûter aux cerises acides. Et par temps de canicule, il y a des parcours ombragés. La voie ferrée était bien isolée de la RN 19 qu’on ne coupe qu’une seule fois.

la cueillette des fraises

Un petit détour, quelques centaines de mètres après avoir traversé la route, on aboutit à un rond-point décoré d’une botte d’asperges. Un chalet vend des asperges en saison. De l’autre côté de la RN 19 se trouve la Cueillette de la Grange de CoubertOn peut y cueillir des fraises ou d’autres fruits selon la saison, des salades, des choux, des épinards, radis, pommes de terre courgettes, aubergines ou tomates plus tard dans la saison.

les pivoines sont de toute beauté

Il y a aussi des fleurs. Les pivoines étaient de toute beauté. Il faut apporter son matériel (sécateurs et couteaux) et,ses emballages (covid oblige). Des brouettes sont à disposition. Les fraises hors-sol sont faciles à cueillir mais pas extraordinaires au goût. Les prix sont comparables à ceux ce la grande distribution, la fraîcheur incomparable en plus et le plaisir de cueillir soi-même surtout pour les familles avec des enfants. Les asperges sont vendues en bottes, les cueilleurs massacrant les pousses et ne coupant que les bourgeons. Elles sont délicieuses! 

une gare du chemin des roses

Pratique : Parking facile à Servon derrière Léon de Bruxelles et La Criée, le départ est tout proche, parking facile également à l’ancienne Gare de Brie Comte Robert. En revanche la ballade est longue pour un aller/retour pour le retour il existe un autobus 21 se renseigner des horaires ou prévoir deux voitures.

 

Construire un feu – Jack London

CHALLENGE JACK LONDON

J’ai lu d’un  trait ce recueil de nouvelles se déroulant dans le Grand Nord. Alaska ou Canada?

En tout cas un No mans land où la loi écrite n’est pas encore arrivée et ou règne la force brutale du Grand Froid et de la Mort. Terre d’hommes rudes bravant le froid, la solitude, la douleur.

 

Magie de la neige,  des fleuves gelés ou en débâcle…Fièvre de l’or. Fièvre de l’alcool aussi qui conduit à faire des folies. j’ai été séduite par cette écriture, envoûtée. 

Hommes solitaires dans l’immensité froide. Hommes et chiens. Je me suis bien amusée de la  nouvelle Spot ou deux aventuriers courageux sont tyrannisés par leur chien. Juste retour des chose dans un monde où le chien est surtout un esclave.

Monde viril? Certes. Deux belles figures féminines apparaissent : Braise d’Or et surtout la squaw El-Sou. 

Domination de la nature : le froid fait sa loi, en-dessous de 50° F, interdit de partir seul. Le Yukon aussi exécute les condamnations des assassins et des voleurs qui lui sont confiés par le juge. Traîtrise de la neige. La nouvelle Construire un Feu qui donne son titre au livre est ma préférée. J’ai été éblouie par le style.

les grandes eaux du printemps avaient, sous les sapins, amassé un dépôt de bois mort. Il y avait de fines herbes
sèches et de menues brindilles, et aussi des tas de branches et de bûches de toutes dimensions. Il commença donc
par étaler et ranger sur la neige un certain nombre de grosses bûches, pour servir de foyer à son feu et empêcher
la jeune flamme de se noyer dans la neige fondue. Puis il opéra comme précédemment, en grattant une allumette
sur un petit morceau d’écorce de bouleau, et en alimentant la flamme, tout d’abord avec des touffes d’herbes
desséchées et des brindilles. Accroupi sur la neige, l’homme procédait méthodiquement et sans hâte, avec la
pleine conscience du danger qu’il courait. Graduellement, à mesure qu’elle grandissait, il jetait à la flamme des
bouts de bois de plus en plus gros. Il était certain de réussir ainsi.[…..]
L’homme sentait, sur toute la surface du corps, sa peau se refroidir. Mais la vie n’était pas entamée en lui. Le feu
commençait à flamber superbement. Le moment approchait où il allait pouvoir l’alimenter avec de grosses
bûches. Alors il enlèverait ses chaussures et, pendant qu’elles sécheraient, il réchaufferait ses pieds au brasier,
non sans les avoir au préalable selon le rite coutumier, frictionnés avec de la neige. Non, sa vie n’était pas
entamée.

Lire aussi le billet de Claudialucia,

et celui de Kathel mais qui concerne plus la BD de Chabouté

Se déplacer? Utiliser la Tégéval au temps du coronavirus?

TOURISTE DANS MA VILLE

Avec le déconfinement, les beaux jours, il me vient des envies de bouger. 

Faire chauffer le Pass Navigo? Pas franchement une bonne idée, je n’ai pas d’employeur pour me faire une attestation, il faudrait jongler entre les heures de pointe pour prendre métro, bus ou RER.

Prendre la voiture? C’était si bien le ciel sans pollution, le calme. Doit-on revenir aux embouteillages du « monde d’avant »?

Le vélo est tendance – dit-on on construit des pistes cyclables sanitaires que certains ont nommé coronapistes . Bravo!

signalétique très discrète

Mais pourquoi les cyclistes boudent-ils la tégéval qui est cyclable sur une partie de son parcours (il reste encore à terminer certains tronçons) . Cette après-midi elle était complètement vide. Pas un vélo, pas un piéton sur ce parcours qui doit à terme relier Créteil à Santeny en passant par Valenton, Limeil, Villecresne, Mandre-les-Roses. En un peu plus de 20 km on arrive à Brie-Comte Robert en empruntant le Chemin des Roses qui passe par Servon évitant la RN19 et ses camions. On peut aussi rejoindre à l’autre extrémité Saint Maur en prenant les coronapistes qui longent le TVM et ainsi rejoindre le RER A , ou longer la Marne.

carte tégéval

Pourquoi absolument personne sur cette piste?

Deux hypothèses :

La Première :  personne ne sait qu’elle existe. En effet, elle est absente du plan de circulation des pistes cyclistes sanitaires qui est sur le site du département. Elle a une jolie signalétique vert pâle très discrète (très très discrète) que personne ne remarque.

La Seconde : elle est fermée. Au lieu d’être considéré comme un axe de circulation utile on l’a assimilée aux « parcs et jardins interdits pour cause de confinement ». Bien étrange cette contamination sur une piste complètement vide! mais voilà, le départ est sur la base de Loisir du Lac de Créteil!

Fin du confinement!

11 Mai 2020 : dé-confinement!

 

Après 55 jours de confinement, nous avons enfin le droit de sortir sans attestation, sans la limite d’un kilomètre, ni celle de l’heure permise!

Est-ce la liberté?

Pas tout à fait!

Pour traverser Paris en métro, il faudra ruser entre les « heures de pointe », Pour aller à la campagne  limite de 100 km. Pour les vacances, pas de projet.

 

En l’absence de cinéma, de randonnées, d’expositions….il reste la lecture.

 

Serie CONTAGION: La Peste écarlate de Jack London, Le Samedi de la Terre d’Erri de Luca, L’Année du Lion de Deon Meyer, Le Hussard sur le toit de Giono, La Peste de Camus, Contagions de Paolo Giordano. 

CHALLENGE JACK LONDON   : Marin Eden, La Peste écarlate, Le Peuple de l’Abîme,  Le Vagabond des Etoiles, les Vagabonds du Rail, Construire un Feu

CHALLENGE BALZAC : Pierrette

Série VAGABONDAGES vagabondages de Lajos Kassak , et les deux Vagabonds de London

Série AFRIQUE : Le Temps des Hyènes (Soudan), Tout s’effondre Chinua  Achebe  (Nigéria )

LITTÉRATURE ITALIENNE Le temps des Hyènes Carlo  Lucarelli, Trois heures du matin Gianrico Carofiglio, Canal Mussolini Antonio Perracchi; Le Samedi de la Terre Erri de  Luca, 

LITTÉRATURE FRANCAISE : La Tresse Laetitia Colombani, Tu seras un Homme Pierre Assouline, Un Amour à l’aube Elizabeth Barillé

POLARS : ADN Yrsa Sigurdardottir, La Daronne Hannelore Cayre

FEMMES : La Tresse, Le Silence d’Isra Etaf Rum

Certains livres figurent dans deux rubriques!  Jack London m’a offert les plus belles évasions.

Se poser pour lire, lire pour voyager, lire pour réfléchir….

Une autre évasion : les minuscules voyages dans le quartier  m’ont donné l’occasion de découvrir les floraisons printanières. Je fais des inventaires botaniques au cours de mes voyages. J’ai pris le temps de voir les progrès du printemps. J’ai pris plaisir de découvrir chaque épanouissement, et j’ai éprouvé de regrets de les voir se faner si tôt. Il a fait si beau et si chaud que chaque jour une fleur en a remplacé une autre. En mars, les cerisiers blancs furent supplantés par les pompons roses des cerisiers japonais. Narcisses, muscaris et tulipes ont donné leur floraison tandis que pensées, primevères et giroflées mêlés étaient plus durables.Les iris existent sous multiples couleurs et variétés.  Mi-avril, azalées, rhododendrons ont explosé. Senteurs des lilas, puis des acacias. Ensuite, fleurirent les cistes, et en mai vint le temps des roses. Maintenant ce sont les sauges de toutes variétés, coquelicots et bleuets, pavots dans les jardins. Les  inflorescences des lavandes attendront encore un peu.

Jamais je n’aurais pensé avoir tant de joie des massifs que les jardiniers de la Ville de Créteil installent chaque année. jamais je n’avais autant photographié les fleurs. Une fleur par jour sur la page FaceBook….

Le temps suspendu a été celui du printemps, de la floraison et je l’ai goûté comme par surprise.

 

 

 

La Peste – Camus

CONTAGION

Hartung

« les fléaux, en effet sont une chose commune, mais on croit difficilement aux fléaux lorsqu’ils vous tombent sur la tête. Il y  a eu dans le monde autant de pestes que de guerres. Et pourtant pestes et guerres trouvent les gens toujours aussi dépourvus. »

la Peste fait partie de ces classiques que tout le monde a lu ou croit avoir lu, étudié au lycée….une évidence en période d’épidémie. L’ai-je vraiment lu dans mes études? Peut-être, je me souviens de ces rats qu’on ramassait à la pelle, mes souvenirs n’allaient pas plus loin. Lecture de circonstance donc.

Comme aujourd’hui, l’épidémie fut abordée avec incrédulité : les grandes épidémies ne concernent pas une ville moderne au milieu du XXème siècle, Moyen Âge, contrées asiatiques lointaines….Qui penserait à la peste? Le vieux docteur Castel qui a fait une partie de sa carrière en Chine

« Seulement, on n’a pas osé donner un nom, sur le moment. L’opinion publique, c’est sacré : pas d’affolement, surtout pas d’affolement. »

[….]

« quelques cas ne font pas une épidémie et il suffit de prendre des précautions »

Une fois, la peste identifiée et admise, il faudrait prendre des mesures. Un sérum existe mais

« Savez-vous, lui dit ce dernier que le département n’a pas de sérum? »

Et comme le sérum mettra du temps à arriver de Paris, au lieu de peste  on parle de « fièvre à caractère typhoïde« , il convient d’attendre….

A l’allure où la maladie se répand, si elle n’est pas stoppée, elle risque de tuer la moitié de la ville avant deux mois. Par conséquent; il importe peu que vous l’appeliez peste ou fièvre de croissance. Il importe seulement que vous s’empêchiez de tuer….

Atermoiements, contestation de l’efficacité du sérum (qu’on n’a pas), cela ne vous dit rien?

On va installer des salles « spécialement équipées« , des quarantaines…..jusqu’à ce que la ville entière soit isolée du monde et que les habitants soient réduits à être séparés, exilés, prisonniers. Tout l’art de Camus est de faire vivre ce monde séparé, d’analyser les réactions des personnages. C’est un roman et non pas une étude épidémiologique!

Les personnages sont vivants, divers avec des occupations diverses et des préoccupations bien à eux. Le Docteur Rieux est happé par son travail à l’hôpital, mais il entretient aussi des relations de camaraderie voire d’amitié avec ses collaborateurs.

s’agit pas d’héroïsme dans tout cela. Il s’agit d’honnêteté. C’est une idée qui peut faire rire, mais la seule façon de
lutter contre la peste, c’est l’honnêteté.

Grand, le bureaucrate sort de ses obsessions depuis que la peste a donné un sens à son travail.

Cottard va tirer profit de l’épidémie, c’est un personnage assez mystérieux dont le secret restera caché.

En somme, la peste lui réussit. D’un homme solitaire et qui ne voulait pas l’être, elle fait un complice. Car
visiblement c’est un complice et un complice qui se délecte. Il est complice de tout ce qu’il voit, des
superstitions, des frayeurs illégitimes, des susceptibilités de ces âmes en alerte ; de leur manie de vouloir parler
le moins possible de la peste et de ne pas cesser cependant d’en parler ;

Rambert veut fuir à tout prix pour rejoindre la femme qu’il aime…..

Les personnages secondaires sont, eux-aussi, bien individualisés . On s’attache à chacun d’eux. 

Une interrogation, cependant : Oran se trouve bien en Algérie? Comment se fait-il que Camus n’ait animé que des Européens? les plus exotiques sont d’origine espagnole. Rien que des catholiques! Les Arabes et les Juifs étaient-ils vaccinés ou transparents aux yeux des colons?

A lire et à relire, même en dehors de l’épidémie. Un grand livre, mais tout le monde le sait

Les vagabonds du Rail – Jack London

CHALLENGE JACK LONDON

Par la lecture, je vagabonde beaucoup, avec London et Kassak….

« De temps à autre, dans les journaux, magazines et annuaires biographiques, je lis des articles où l’on m’apprend,
en termes choisis, que si je me suis mêlé aux vagabonds, c’est afin d’étudier la sociologie. Excellente attention
de la part des biographes, mais la vérité est tout autre : c’est que la vie qui débordait en moi, l’amour de
l’aventure qui coulait dans mes veines, ne me laissaient aucun répit. La sociologie ne fut pour moi qu’un
accident : elle vint ensuite, tout comme on se mouille la peau en faisant un plongeon dans l’eau. Je « brûlai le
dur » parce que je ne pouvais faire autrement, parce que je ne possédais pas dans mon gousset le prix d’un billet de chemin de fer, parce qu’il me répugnait de moisir sur place, parce que, ma foi, tout simplement…. »

Les vagabonds du rail est un texte autobiographique assumé. Pendant ses tribulations, dès sa jeunesse, London prenait des notes, une sorte de journal. Contraint à mendier sa nourriture et quelque monnaie, il « rétribuait  » ses bienfaiteurs en racontant sa vie et en distrayant les braves gens qui voulaient bien lui offrir un oeuf, un thé… De ses années de vagabondages, l’auteur a donc appris l’art d’être conteur.

« Le hobo doit être un artiste et créer spontanément, non d’après un thème choisi dans l’épanouissement de sa propre
imagination, mais suivant le thème qu’il lit sur le visage de l’individu qui ouvre la porte : homme, femme ou
enfant, bourru, généreux ou avare, enjoué ou méchant, juif ou chrétien, noir ou blanc, qu’il ait ou non des
préjugés
[…..]
Poussé par l’inexorable nécessité, on acquiert le don de convaincre et de faire naître l’émotion sincère, qualités
qui sont l’apanage des bons romanciers. »

London raconte avec beaucoup de vivacité comment il se débrouille dans les villes, comment il grimpe à bord des différents trains, et comment il déjoue la surveillance des employés de la compagnie de train ou des policiers (taureaux). Ses aventures sont amusantes, mais j’ai fini par m’ennuyer un  peu. 

En revanche quand il est incarcéré pour vagabondage 30 jours à Niagara Falls, son analyse du fonctionnement carcéral est passionnant. Débrouillard, il arrive à tirer profit des failles de surveillance et parvient à entrer dans les réseaux de trafics lucratifs.

Nous n’étions, après tout, qu’une imitation de la société capitaliste : nous prélevions sur nos clients un lourd
tribut. C’étaient des services rendus dont nous tirions avantage ; cependant il nous arrivait parfois d’obliger notre
prochain sans le moindre esprit de lucre.

J’ai été très intéressée par ce témoignage qui complète le récit du système carcéral dans le Vagabond des étoiles (quoiqu’il s’agissait de condamnés à des peines lourdes et non pas de simples vagabonds)/ 

Un troisième volet concerne les relations que les vagabonds entretenaient entre eux, solidarité et parfois concurrence (surtout quand il s ‘agit de monter à bord d’un train). J’ai été très étonnée d’apprendre que dans les années 1890, il existait une « armée industrielle de Kelly« , bataillon de chômeurs ou de vagabonds. l’expression armée industrielle de chômeurs est un concept de Marx. Deux mille vagabonds ont traversé Les Etats Unis. Les villes traversées par cette « armée » les aidaient à arrêter des trains (pour les voir débarrasser la ville) et leur fournissaient parfois des repas (pour éviter des pillages). Alors que la compagnie ferroviaire refusait de prendre à son bord l’armée de Kelly, on affréta des bateaux sur la rivière Des Moines et le Missouri. Là aussi, la débrouillardise de London fit des merveilles dans le passage des rapides ou des bancs de sable ainsi que dans le pillage provisions que les villages mettaient à la disposition de l’armée de Kelly.

Une nouvelle occasion de rencontrer London, peut-être pas son chef d’oeuvre mais un bout de route ensemble!

Un lien vers l’article de Lilly

 

 

Le Vagabond des Etoiles – Jack London

CHALLENGE JACK LONDON

Confinement: pas de librairie, pas de médiathèque.

Téléchargeons!

Le Vagabond des étoiles

 

Premier essai 0.99€. Illisible! il manque des lettres :   mots étranges, vais-je jouer aux devinettes?

 

 

 

Le Vagabond des étoiles  Deuxième essai :  7€93 encore des coquilles, mais moins Une typographie bizarre centrée. Ce n’est pas confortable à lire.

Au confinement comme au confinement!.

Avant que Claudialucia n’initie le challenge, je pensais que London – auteur de l’Appel de la Forêt et de Croc-blanc écrivait de romans d’aventure et de nature sauvage, lectures jeunesse. Une Fille des Neiges pouvait entrer dans cette catégorie. La Peste Écarlate, une dystopie…Martin Eden, un roman d’apprentissage plutôt autobiographique changent de ton. Le Peuple de l’Abîme est un reportage social, autre facette de l’oeuvre finalement très diverse.

le Nomade des étoiles a pour titre américain The Star Rover et anglais The Jacket. C’est encore une oeuvre originale qui ne ressemble pas aux précédentes, roman fantastique ou témoignage, dénonciation de traitements cruels en prison.

Ô mes concitoyens, ô vous qui tolérez tous ces chiens pendeurs, vous qui les payez et leur permettez de lacer en votre nom des malheureux dans la camisole de force, laissez moi vous expliquer un peu de quoi il s’agit, car vous l’ignorez sans doute. Alors vous comprendrez comment, à force de souffrances, je me suis, vivant, enfui de cette vie, et devenu maître de l’espace et du temps, j’ai pu m’envoler hors des murs de ma géhenne, jusqu’aux étoiles. 

La dénonciation de l’isolement « la cellule solitaire » de la camisole de force « jacket » et très accessoirement de la peine de mort m’ont énormément touchée.

Ces pratiques cruelles sont difficilement imaginables, il faut le talent de London pour que le lecteur ressente la douleur du condamné, la barbarie de la prison californienne. Témoignage ou fiction? Darrell Standing, Ed Morell et Oppenheimer ont-ils véritablement existé ou sortent-ils de l’imagination de London? Les conditions de détention sont décrites avec réalisme. On imagine le prisonnier jouer avec les mouches, communiquer avec les cellules voisines en frappant de petits coups d’un alphabet secret, le laçage de la camisole est impressionnant. A la suite de la parution du Vagabond des Etoiles,  la punition de la camisole de force fut abolie  en Californie.

Oui, durant deux cent quarante heures. Cher et douillet concitoyen, sais-tu que ces deux cent quarante heures équivalent à dix jours et dix nuits? Tu hausses les épaules, en déclarant que nulle part dans le monde civilisé, dix-neuf cents ans après la venue du Christ ont lieu de telles horreurs. Je ne demande pas de le croire. Je ne le crois pas moi-même.  Je sais seulement que je les ai subies à Saint Quentin et que je leur ai survécu. 

J’ai été moins sensible à l’aspect fantastique du roman. Pour supporter la douleur intolérable de la camisole de force sur des délais très longs le condamné « s’évade » par la pensée de son corps en catalepsie. C’est ainsi que libéré de son corps il explore les étoiles. Catalepsie? Expérience de mort imminente? Je suis assez incrédule.

Darrell s’évade de sa cellule, dans l’espace (les étoiles) et dans le temps. Il retrouve ses vies antérieures, soldat romain de l’entourage de Pilate à Jérusalem, enfant dans une caravane de pionniers dans la conquête de l’Ouest, marin hollandais échoué en Corée, naufragé solitaire sur un îlot rocheux. Si on considère chacune de ses « vies » comme des nouvelles aventureuses, ou des contes.  Certains récits sont très réussis. J’ai vibré pour la migration des chariots dans les terres des Mormons, la soif des migrants,  l’attaque des Indiens. La survie du Robinson sur son îlot m’a aussi transportée. En revanche, les tribulations coréennes m’ont agacée et les épisodes bibliques m’ont laissée froide. Je ne crois pas à la réincarnation ou la métempsycose. A l’époque de la rédaction du roman, certaines personnes pourtant très sérieuses d’adonnaient au spiritisme. Même Victor Hugo faisait tourner les tables. je suis complètement imperméable à ces pratiques et même cela m’agace.

Evidemment cela ne doit pas préjudicier de la valeur littéraire d’un livre. London transporte le lecteur même si le fond de l’histoire est peu réaliste. Les incursions de London dans le domaine fantastique sont une nouvelle preuve du génie de l’auteur.

voir l’article de Claudialucia

et celui de Lilly

Diotime et les lions – Henry Bauchau – Actes Sud

CONTE ANTIQUE

Lions Géants

Henry Bauchau sait raconter des histoires, mythes, légendes avec son style envoûtant. Je l’avais suivi avec Oedipe sut la Route et Antigone, je cherchais depuis longtemps Diotime et les lions.

Grecque ou Perse?

 

Diotime est fille de Kyros et petite fille de Cambyse. Kyros est-il Cyrus, le Roi des Rois, fondateur de l’empire Perse qui s’étendait jusqu’à l’Indus? Mais il y a eu au moins deux Cyrus et deux Cambyses…Il ne faut peut être chercher à coller à l’histoire et rester dans le domaine de la poésie. La mère de Diotime, elle est grecque. Des Grecs, elle cultive la modération et la mesure humaine contre la folie des Barbares. Diotime est un prénom grec.

Les Lions

Cambyse et Kyros, ont pour anciens ancêtres les lions et chaque année les hommes se livrent à une chasse rituelle, les lions jouent aussi un rôle initiatique. Pour faire partie de la tribu et épouser Diotime, Arsès, le grec devra affronter un lion dangereux et puissant.

Diotime, adolescente suit Cambyse qui lui apprend à monter à cheval, à chasser au faucon. Elle veut participer à la chasse rituelle, malgré l’interdit traditionnel qui exclue les filles et malgré l’opposition de sa mère. Sous le patronage de Cambyse elle brave les interdits….

La chasse est violente, sang, danse, bûchers….Ce très beau texte tragique va inspirer théâtreux et danseurs qui en, tirent des spectacles dont je n’ai vu que les extraits de Youtube.