Château de Chantilly sans le tourisme de masse

BALADE EN ÎLE DE FRANCE dans la limite des 100 km….

Contre mauvaise fortune, bon coeur!

Si la Covid nous empêche de rêver aux destinations lointaines, elle élimine  cars et troupeaux du tourisme de masse qui envahit les sites les plus fameux. Occasion de les voir au calme.  Roissy/Charles-de-Gaulle se trouve au repos : une petite heure de route de Créteil.

Le château : histoire

Par une matinée radieuse, j’arrive à l’ouverture (10 h) pour découvrir le château qui se reflète dans les douves. Le château originel a été démonté à la Révolution. Le Duc d’Aumale(1822-1897), Henri d’Orléans, fils de Louis-Philippe, le reconstruisit  de 1875 à 1885. C’est donc une construction splendide mais relativement récente. Le Connétable Anne de Montmorency (1493-1567), ou plutôt sa statue équestre accueille le visiteur et rappelle le passé ancien. Les jardins datent du Grand Condé et le Parc et le Canal furent dessinés en 1671.

Musée Condé

Une de mes préférées : Simmonetta Vespucci

Le Duc D’Aumale était un grand collectionneur d’art. Il a installé à Chantilly un riche musée de peinture qu’il a légué à condition qu’on le laisse en l’état et qu’il soit ouvert au public. L’ensemble reflète la personnalité du Duc d’Aumale : homme de guerre, les peintures orientalistes rappellent son rôle dans la conquête de l’Algérie et la prise de la Smalah d’Abd-El-Kader (1843), son intérêt pour l’histoire avec des portraits de famille ainsi que son goût pour la peinture italienne. La peinture du XIXème siècle est bien sûr à l’honneur.

Horace Vernet : Le parlementaire

Loin des expositions modernes qui mettent en scène les tableaux de façon pédagogique, les collections couvrent les murs sur plusieurs registres selon la fantaisie du collectionneur plutôt que suivant un ordre chronologique ou un classement par peintre. C’est un jeu pour le spectateur de chercher les œuvres et de choisir celles qui lui parlent.

En période de Covid, pas d’audioguide, l’application sur le smartphone  n’est pas très pratique. Dans chaque salle un grand carton résume l’essentiel qu’il ne faut pas manquer. Impossible de transcrire tout ici, je me borne à citer ce qui m’a plu le plus.

Vierge de Miséricorde Quarton & Villate

Le Cabinet de Giotto réunit des œuvres italiennes. Je n’ai pas trouvé le Giotto mais j’ai beaucoup aimé La Vierge de Miséricorde (1453) d‘Engherand Quarton et Pierre Villate sur fond doré et la Mort de la Vierge (1335) de Maso du Bianco.

Mort de la Vierge Maso di Banco

Une surprise totale : la porcelaine blanche de Chantilly, très fine, souvent à fins motifs bleus

Porcelaine à décor floral sur des pots de crème

mais aussi d’inspiration chinoise

 

J’ai adoré le cabinet des Clouet 90 portraits de petit format ;tous ne sont pas de Clouet.

La Galerie des Peintures avec son éclairage zénithal rassemble de nombreux tableaux de grand format : Louis XV de Rigaud, Richelieu de Philippe de Champaigne un grand Caracci, des Poussin, Preti, Rosa et encore des orientalistes : Delacroix, Vernet, Bonaparte visitant les Pestiférés de Jaffa  de Gros, Des Enfants turcs de Descamps…..

Un tableau très célèbre : les Trois Grâces de Raphaël. Je suis étonnée de découvrir un si petit tableau : les reproductions ne donnent pas l’idée de la taille. Plus loin une exposition est consacrée aux dessins de Raphaël . Très moderne et pédagogique : elle montre les dessins des maîtres de Raphaël : le Pérugin et Pinturicchio ainsi que l’évolution de ses dessins quand le maître aborde Florence et Rome.

 

 

Singerie
Raphaël enfants chevauchant un sanglier

 

Je traverse de très belles salles meublées, une Galerie des Batailles qui ne me retient pas, mais je m’arrête bluffée par la Grande Singerie attribuée à Huet : les panneaux sont peints très finement d‘allégories des Arts .Cela m’amuse de constater qu’à l’époque, Art de la Guerre, Art de la Chasse rivalisaient avec l’Art de la Musique, de la Géographie et la Chimie…..

La bibliothèque est spectaculaire. en ce moment se trouve une exposition Fables et bibliophilie où sont exposés de très précieux fabliers de La Fontaine, Erasme; Esope, ainsi qu’un curieux fablier oriental Kalîla-wa-dimna

Carrefour des empereurs dans le Petit Parc

Après cette longue visite j’ai eu plaisir à m’aérer dans les très beaux jardins. Ce Parc est composé de plusieurs parties. Le Petit Parc a de belles allées bordées de charmilles, c’était un endroit récréatif décoré de statues, d’urnes de pierre et contenant une curiosité charmante : un Jeu de l’Oie à taille humaine ; chaque case du jeu est figurée par une dalle gravée au numéro de la case. J’y retrouve le puits, la prison, l’hôtellerie. J’y imagine des après-midi joyeuses.

Le hameau

Plus loin un hameau, comme à Trianon. on peut y déjeuner ou y goûter. L’assiette de fraises à la crème Chantilly m’aurait convenu! Des tables et des bancs sont aussi prévus pour le pique-nique.

Retour en longeant le Canal où l’on observe toute une faune aquatique. Un héron peu farouche, un tadorne casarca (anatidé brun) ont attiré mon attention. Un temple de Vénus est éloigné de la rive. Le jardin anglais.Les parterres à la française de buis ont souffert de attaque de la pyrale mais semblent se refaire une santé.

Et pour finir : une glace à la fraise surmontée d’une belle crème Chantilly!

Lire l’article de Matatoune

 

Sous la Même Etoile – Dorit Rabinyan

LITTÉRATURE ISRAÉLIENNE

Tablzau Hassan HJourani

Sous la même étoile est paru en hébreu en 2014. Roman d’amour mettant en scène une israélienne juive et un palestinien, il a fait l’objet d’un scandale – « menaçant l’identité juive, et favorisant les mariages mixtes », il a été retiré du programme des lycées. Ce scandale a assuré au livre un succès phénoménal en Israël comme à l’étranger. 

 

Je lis rarement les critiques et les dédicaces pour garder la surprise. J’ai eu tort. J’aurais appris dès le début du livre que l’amoureux de la narratrice a vraiment vécu, ‘Hilmi, dans le roman , fut le peintre Hassan Hourani dont la fin tragique a été racontée dans le livre largement autobiographique .

La narratrice, Liat – traductrice – vient étudier un semestre à New York. A l’automne, elle rencontre ‘Hilmi , un peintre palestinien. Les deux amants vont vivre une véritable passion pendant le très long hiver new-yorkais. Amour partagé, intense,  mais secret, provisoire. La date de la séparation est fixée dès le début, à l’expiration du visa et au retour de Liat en Israël.

hassan Hourani

Liat cache cette liaison à sa famille. Au risque de blesser ‘Hilmi, elle lui demande même de « disparaître de sa vie dix minutes » le temps d’une conversation téléphonique hebdomadaire le soir du Shabat avec ses parents.

Dorit Rabinyan

Liat et ‘Hilmi vivent leur amour au présent, à New York, leur langue commune est l’Anglais. On pense à une idylle de vacances adolescente. Ils ne sont pas naïfs pour autant : ils évoquent librement la situation politique, l’occupation israélienne de la Palestine. ‘Hilmi a fait de la prison à 15 ans. Liat ne fait pas mystère du fait qu’elle a fait son service militaire. Liat défend la solution à deux états, comme les israéliens de gauche tandis que ‘Hilmi et ses frères soutiennent que seul un état binational est réaliste (à l’aide de la démographie palestinienne et de sa natalité plus forte).

Dans le froid nord-américain de cet hiver si long et si enneigé, les deux « moyen-orientaux » rêvent de soleil, de Méditerranée. L’auteure donne une description vivante de New York, pages très évocatrices. Quand elle rentre à Tel Aviv, au début de l’été elle emporte le lecteur dans une

Tel Aviv l’insouciante, la prétentieuse, la fainéante. Avec ses milliers de cafés toujours bondés, avec ses mille races de chiens[…]Tel Aviv l’élégante, préoccupée d’elle-même, qui se reflète dans les vitrines de ses boutiques de luxe. Tel Aviv qui n’est que soif de plaisir, débordante de vie, encombrée de jeunes dès l’arrivée des vacances d’été[…]Tel Aviv la douce, la désinvolte avec ses vastes terrasses….

La perspective la plus spectaculaire sur Tel Aviv et la côte,  la plus originale est apportée par le film que le frère d’Hilmi lui envoie, filmé de la terrasse du 9ème étage de l immeuble de Ramallah occupé par sa famille. 

Depuis Ramallah, l’œil de la caméra arrive droit sur les immeubles de verre et les gratte-ciels de Tel Aviv. Et moi, d’ici, je reconnais la partie supérieure cd la Tour de la Paix. Je discerne même la cheminée de Reading …Les immeubles de la Kirya […]Et dans le même frisson qu’hier, je suis envahie par la pensée de ma famille : la pensée de mes proches et amis là-bas. Où étaient-ils pendant que depuis Ramallah, Marwan filmait? Cette situation me renvoie au jour où, âgée de six ou sept ans, je m’étais tenue à la fenêtre de l’appartement des voisins pour scruter en cachette l’intérieur de notre propre cuisine […]

Car ce renversement apparaît des plus singuliers ; nous voir de l’extérieur, postés à la fenêtre des voisins et nous voir comme le côté caché d’un miroir. D’ici – de New YOrk – voir ce qui leur apparaît depuis Ramallah par delà les collines d’obscurité. Me voir à leur place, sur le balcon, comme sur quelque mont Nevo. Voir quotidiennement Israël, les banlieues de Tel Aviv, notre existence telle qu’elle se déroule de l’autre côté, une existence aussi confiante qu’inconsciente, et qui semble, d’ici, privée de réflexion lumineuse….

La citation est, certes longue mais c’est ce point de vue qui m’a le plus intéressée, cette coexistence étrange de chaque côté de la Haie Vive (Gader Haya)qui est le titre en version originale. Cette Haie est peut être une allusion  au mur de béton qui sépare Juifs et Arabes et qu’on est en train d’ériger au moment où se déroule l’action (2003). Cette séparation, clôture le 20 mai, date du retour en Israël de Liat, est aussi implicite dans le titre hébreu et Borderline le titre en anglais alors que le titre français Sous la même étoile n’y fait aucune allusion.

Ce titre français, un peu gnan-gnan et le rapprochement avec la tragédie de Roméo et Juliette ont quelque peu pollué ma lecture dans les premiers chapitres. Je suis un mauvais public pour les romans d’amour. Pendant la première partie je me suis demandée où l’auteure voulait en venir : Liat refuse de tomber amoureuse, et, en même temps, elle ne vit que par sa relation à ‘Himli . A part quelques visites à des amis, elle n’a de vie que dans l’ombre de son amant. On ne la voit ni étudier, ni travailler. Mon intérêt ne s’est éveillé que dans leurs confrontations. Au fur et à mesure de la lecture, je me suis passionnée pour leurs divergences et ce qui les unissait, moyen-orientaux dans le froid américain et je n’ai plus lâché la lecture jusqu’au dénouement final. 

Balade facile de Sucy-en-Brie à Boissy-Saint Léger

BALADES EN ÎLE DE FRANCE

Suivant le GR 14, c’est une petite randonnée facile  (13 km) que j’ai beaucoup de plaisir à faire.

Accessible de Paris par le RER A de la Gare RER de Sucy-en-Brie retour toujours en RER A à Boissy-Saint Léger. En cas de défaillance (travaux estivaux) sur le RER A, Métro ligne 8 jusqu’à Créteil-Pointe-du Lac et Autobus 393 (en site propre très fréquent et rapide) retour par les Bus 21, 23 ou K en gare routière de Boissy  reliant Créteil et la ligne 8.

Le sentier est très bien balisé (rouge et blanc) .

La balade est décrite sur l’itinéraire 13 du Topoguide PR Le Val de Marne : les chemins de la découverte. 

De la Gare de Sucy  prendre la Rue Montaleau bordée de petites résidences et de très jolis pavillons, certains cossus avec tourelle, tourner à gauche dans la Rue de Sévigné et prêter attention aux pavillons de meulière caractéristiques de la banlieue parisienne au début du XXème siècle. Se laisser guider par les balises rouge et blanches dans d’étroites sentes entre les jardins.

 

On atteint une agréable placette pavée et fleurie de roses trémières, contourne un petit étang, franchit un petit pont sur le Morbras (Moulin de Touillon) pour monter au Parc du Morbras (parc départemental, vérifier les horaires d’ouverture qui varient selon la période de l’année. Le Morbras est un affluent de la Marne qui prend sa source à Pontcarré dans la Forêt d’Armainvilliers, traverse La Queue-en-Brie, Ormesson et se jette dans la Marne à Bonneuil. C’est un joli ruisseau qui serpente au bas du Parc arboré et fleuri, soigné et tondu pour certaines parties, prairie sous des arbres fruitiers vers le haut.

Après la sortie du parc, on traverse une route assez passante (autobus 308 De Villiers/marne à Créteil) , on franchit la rivière en limite de Sucy/Noiseau pour trouver une coulée verte le long du petit Ru de la Fontaine de Villiers que tondent deux vaches.

Le sentier entre alors dans la Forêt Notre Dame entre Noiseau et Sucy , il traverse aussi des zones construites de pavillons plus récents avant de s’enfoncer plus dans le bois sur le Chemin des Gueules Noires. A un carrefour en étoile de plusieurs allées blanches, ne pas oublier de tourner à droite (balisage discret) pour trouver plus loin l’Allée Royale. 

Après une centaine de mètres sur une route tranquille, on trouve le Parking du Centre Aéré de Boissy et on pénètre dans le Parc de Grosbois planté de très beaux arbres.

Pour rejoindre le métro, le GR14 contourne le village en passant par le château du Piple. A la sortie d’une allée de marronniers on a une vue étendue sur Créteil et même Paris. On arrive devant une église et on descend sur la Gare.

C’est donc une randonnée facile à faire en toute saison ;ombragée et près de l’eau par temps de canicule, fleurie au printemps dans les jardins et le Parc du Morbras, et même sous la pluie car les allées sont bien entretenues et pas trop boueuses. L’été préférer manches longues et pantalons : on pourrait être embêté par les moustiques et les tiques dans la Forêt Notre-Dame.

Bonne promenade!

L’Exil est mon pays – Isabelle Alonso – Ed. Héloïse d’Ormesson

Je connaissais l’auteure, Isabelle Alonso, de l’émission de télévision de Ruquier autrefois à 19 h. Ce livre lui ressemble, sympathique, drôle, avenante.

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Troisième roman, de l’auteure.  La narratrice est une petite fille, née en France dans une famille de républicains espagnols. Angel, le père, communiste, métallo, grand lecteur de journaux, a fait la Guerre Civile et des années de prison. La mère, Libertad, est la parfaite mère au foyer, composé de 4 enfants, deux garçons et deux filles. La petite fille parle espagnol à la maison, français à l’école.  Ils ont obtenu la nationalité française et paradoxalement c’est ce qui leur permet de passer des vacances à Madrid.

Lecture facile, agréable, un peu convenue, sans surprise.

Vingt-quatre heures de la vie d’une femme – Stefan Zweig

 

Stefan Zweig ne m’a jamais déçue.  Je le retrouve toujours avec bonheur. Biographies, souvenirs dans le Monde d’hier (qui est mon préféré) romans ou nouvelles, chaque fois je m’émerveille de la finesse de son écriture, de la profondeur de l’analyse psychologique, de l’esprit bienveillant  . 

 

 

 

 

Ainsi donc, tout jugement moral serait complètement sans valeur, toute violation des lois de l’éthique, justifiée. Si vous admettez réellement que le crime passionnel, comme disent les Français n’est pas un crime, pourquoi conserver des tribunaux?

[…]

A coup sûr, les tribunaux sont plus sévères que moi en ces matières ; ils ont pour mission de protéger implacablement les mœurs et les conventions générales : cela les oblige à condamner au lieu d’excuser. mais, moi, simple particulier, je ne vois pas pourquoi de mon propre mouvement j’assumerais le rôle de procureur Je préfère être défenseur de profession. j’ai plus de plaisir à comprendre les hommes qu’à les juger. 

Raoul Dufy casino de Nice

Vingt-quatre heures de la vie d’une femme est un  court roman presque une nouvelle. Cette petite centaine de pages (126 pages) est un concentré de passion, passion amoureuse, passion du jeu, déception aussi. Dans une pension sur la Riviera, autour de la table d’hôtes la petite société se déchire autour du scandale qu’a provoqué la fuite de Henriette, femme mariée avec un jeune homme qu’elle connaissait à peine. Le narrateur s’érige en défenseur d’Henriette. Son attitude est remarquée par une vieille anglaise qui choisit de lui confesser un  secret ancien: les vingt-quatre heures de sa vie,  inoubliables, qu’elle a gardées enfouies dans son existence rangée. 

Vingt-quatre heures d’une densité incroyables, comme celle d’un diamant au cours desquelles une veuve tranquille connaîtra l’excitation du jeu de la roulette, l’abandon dans une chambre d’hôtel borgne, la rédemption, la générosité, l’enthousiasme d’une journée radieuse de la Côte d’Azur, la déception….Chacun de ces sentiment est admirablement figuré : du joueur nous verrons les mains et cela suffira pour deviner le gain ou la perte, la transfiguration du jeune homme aura pour cadre une chapelle…

Je n’irai pas plus loin, pour que vous ayez le plaisir de la découverte.

Les aventures Miraculeuses de Pomponius Flatus -Eduardo Mendoza traduit par F Maspéro

POLAR BURLESQUE ET ANTIQUE

Après une série de lectures épidémiques dans la Contagion du Covid, des livres tragiques, voici une bouffonnerie pour sourire maintenant que l’horizon s’élargit. 

De Mendoza j’ai beaucoup aimé La Ville des Prodiges qui est un livre passionnant  racontant Barcelone,et  beaucoup ri avec La Grande Embrouille et le Mystère de la Crypte ensorcelée deux polars brindezingues, moins aimé le labyrinthe aux olives de la même veine que les deux précédents. 

Les Aventures Miraculeuses de Pomponius Flatus pourraient être qualifiés de polar biblique. L’action se déroule aux temps de l’enfance de Jésus, à Nazareth. Le détective, Pomponius Flatus,est un philosophe romain affligé de désordres intestinaux (flatus comme flatulences) à la recherche d’eaux thermales curatives dans les provinces asiatiques de l’Empire romain. 

A peine débarqué d’une caravane nabatéenne, il rencontre une légion romaine qui doit rétablir l’ordre en Palestine et qui l’accompagne jusqu’à Nazareth. Pomponius est contacté par l’Enfant Jésus : on va crucifier Joseph, accusé de meurtre. C’est Joseph, le charpentier, qui doit fabriquer sa croix. Pour sauver Joseph, il faut chercher le coupable.

A propos de Joseph : 

« …une rumeur persistante selon laquelle Joseph, veuf d’un certain âge, a contracté des fiançailles avec une très jeune
personne nommée Marie, laquelle, presque aussitôt, présenta des signes non équivoques de grossesse….. »

« Dieu a dit : « Tu ne tueras point », et j’ai été fidèle à la volonté de Dieu. Je suis d’un naturel peu porté à la
violence. Une fois, j’ai douté de l’honnêteté de mon épouse et j’ai été sur le point de lui donner une raclée. »

L’humour de Mendoza est ravageur. J’ai ri aux éclats aux détournements des Ecritures et souri aux allusions (parfois bien appuyées) mythologie greco-romaine, histoire romaine, et surtout références à l’histoire sainte et même aux fables de la Fontaine. Une lecture jouissive.

Kupka : crucifixion

Quelques « perles » pour vous donner envie d’en lire plus :

A propos de la « victime » qui s’est fait passer pour assassiné :

« Voilà bien, en vérité, une idée originale, admis-je. Être enterré trois jours et ressusciter au bout du troisième. Qui
pourrait croire une chose pareille ? « 

A propos de Jésus que Pomponius prétend vouloir adopter pour le protéger en en faisant un citoyen romain :

« Je ne veux pas être citoyen romain, dit Jésus. De plus, j’ai déjà un père. Et un autre, putatif. Je n’ai pas besoin
d’un troisième. Et enfin, dire des mensonges, c’est offenser Dieu. »

Je pourrais multiplier les exemples de références bibliques ; Mendoza s’inspire aussi de la culture gréco- latine

A propos de Cave canem , écriteau reproduit en grec, hébreu :

Ce doit être un chien très dangereux, pour mériter un avertissement aussi pléonastique,

pas très fin mais cela m’a fait rire :

Et comme il n’y avait rien d’autre de disponible, j’ai opté pour me masturber en lisant La Guerre des Gaules.

le bruit court que le désordre règne à Nazareth, le prix du terrain dégringolera, et cela, par Hercule, nous ne
pouvons le permettre. 

son nom complet était Judas Ben-Hur, qu’il n’avait rien à voir avec les mouvements séparatistes et que son unique
passion était les courses de chars.

Je me suis bien amusée, à vous de le lire!

L’Amour de la Vie – Jack London

CHALLENGE JACK LONDON

Cette nouvelle est dans la même veine que Construire un Feu. Dans l’Arctique,   la nature sauvage est plus puissante que l’homme qui doit déployer des efforts surhumains pour survivre. Survivre seul est une gageure. Dans Construire une Feu, le héros affrontait le froid intense de l’hiver polaire. L’Amour de la Vie se déroule en été, l’homme abandonné par son compagnon Bill, blessé marche péniblement. Il est torturé par la faim; à cours de munitions il ne peut pas chasser et se trouve en concurrence avec les animaux. Les caribous abondent, sa carabine ne lui sert à rien, les étangs sont poissonneux mais il doit pêcher avec ses mains. Il est réduit à la condition animale. Un loup malade le suit.

La vie était là, tout autour de lui, mais c’était de la vie forte, résistante et pleine de santé. Il savait bien que le
loup malade s’attachait aux pas de l’homme malade dans l’espoir que l’homme mourrait le premier. Le matin, en
ouvrant les yeux, il remarqua le loup qui le regardait avec des yeux envieux et affamés.

mais chaque fois, la vie est plus forte, l’homme s’attache à la vie même s’il s’affaiblit. On comprend le titre « L’amour de la vie »

Pourtant la vie qui l’habitait le poussait en avant ; il était très fatigué ; mais cette étincelle de vie refusait de
mourir.

Cette expérience à la limite de la mort, me fait penser à un autre roman de London : Le vagabond des Etoiles quand, prisonnier de la camisole de force, le héros entrait en catalepsie et que la vie « quittait » son corps.  

suivit la trace de l’autre homme qui s’était traîné et arriva bientôt à… quelques os fraîchement nettoyés, dans un
endroit où la mousse spongieuse était marquée par les traces de pattes d’un grand nombre de loups. Il vit un petit
sac bien bourré, en peau d’élan, le frère du sien, et que les dents aiguës avaient déchiré. Il le ramassa malgré le
poids qu’il représentait pour ses doigts faibles. Bill l’avait porté jusqu’au bout, ha ! ha ! C’est lui qui pourrait
rire de Bill ; il survivrait et porterait le sac au bateau sur la mer éclatante. Son rire était rauque et horrible comme
un cri de corbeau, et le loup malade hurlant lugubrement se joignit à lui. L’homme coupa court à son hilarité.
Comment pouvait-il rire de Bill, s’il s’agissait bien de lui, si ces os si blancs, si rosés et propres étaient Bill ?

Une lecture éprouvante, magnifique. 

Pour une analyse plus détaillée lire le blog de Claudialucia ICI

et celui de Maggie

Maître Cornelius – Balzac

LECTURE COMMUNE 

Nous continuons ensemble l’exploration de l’oeuvre de Balzac, si diverse.

Comment classer ce court roman, une nouvelle médiévale, fantastique, romantique ou réaliste?

Deux histoires s’entremêlent : l’histoire d’amour entre  la fille naturelle de Louis XI mariée au sinistre et jaloux Comte de Saint-Vallier et un gentilhomme aventureux et les rapports entre le roi Louis XI vieillissant et Maître Cornelius, son torçonnier, collecteur d’ impôts.

L’épithète tortionnaire, restée au Palais, explique assez bien le mot torçonnier qui se trouve souvent écrit
tortionneur.

La maison de Maître Cornélius est voisine de celle du Comte, leurs toits se touchent presque. L’amoureux rejoindra sa dame par les toits. Rocambolesque!

Le morceau de bravoure est le portrait de Maître Cornélius, l’avare qui vit avec sa sœur, une véritable sorcière dans leur maison verrouillée de partout, pleine de pièges et de chausse-trappes.

« De chaque côté de cette porte se trouvait une figure encadrée entre les deux barreaux d’une espèce de meurtrière.
Il avait pris d’abord ces deux visages pour des masques
grotesques sculptés dans la pierre, tant ils étaient ridés, anguleux, contournés, saillants, immobiles, de couleur
tannée, c’est-à-dire bruns ; mais le froid et la lueur de la lune lui permirent de distinguer le léger nuage blanc que
la respiration faisait sortir des deux nez violâtres ; puis, il finit par voir, dans chaque figure creuse, sous l’ombre
des sourcils, deux yeux d’un bleu faïence qui jetaient un feu clair, et ressemblaient à ceux d’un loup couché dans
la feuillée, qui croit entendre les cris d’une meute. La lueur inquiète de ces yeux était dirigée sur lui si fixement,
qu’après l’avoir reçue pendant le moment où il examina ce singulier spectacle, il se trouva comme un oiseau
surpris par des chiens à l’arrêt… »

J’ai été surprise, amusée mais ce ne sera pas l’oeuvre de Balzac que je préfère.

Lire le billet de Claudialucia et de Maggie

Americanah – Chimananda Ngozi Adichie

LIRE POUR L’AFRIQUE : NIGERIA

C’est un pavé de 675 pages qui va vous faire voyager : au Nigéria pays d’origine de l’auteure, aux Etats Unis, voir le titre, et en Angleterre, autre destination prisée par les Nigérians. 

C’est un roman d’amour. Amour  indéfectible de Ifemelu pour Obinzé depuis les années de lycée et de fac, amour contrarié quand les deux amoureux sont séparés. Se retrouveront-ils? 

Cher Noir non américain, quand tu fais le choix de venir en Amérique, tu deviens noir. Cesse de discuter. Cesse
de dire je suis jamaïcain ou je suis ghanéen. L’Amérique s’en fiche. Quelle importance si tu n’es pas « noir »
chez toi ? Tu es en Amérique à présent. Nous avons tous nos moments d’initiation

C’est un livre qui fait réfléchir sur deux thèmes : le racisme et l’émigration. Ifemelu découvre le racisme quand elle s’installe aux Etats Unis. Elle découvre qu’elle est noire ce qui ne l’avait jamais préoccupé en Afrique. Elle découvre les Afro-Américains dont la personnalité s’est construite dans un monde où la couleur de peau est déterminante. Considérant le problème de l’extérieur, elle écrit un blog sur ce thème avec un angle d’attaque original. 

Comme elles sortaient du magasin, Ifemelu dit : « J’attendais qu’elle demande si c’était celle qui avait deux
yeux ou celle qui avait deux jambes. Pourquoi n’a-t-elle pas simplement demandé : “Était-ce la fille noire ou la
blanche ?” » Ginika rit. « Parce que nous sommes en Amérique. On est supposé ne pas remarquer certaines
choses. »

Elle fait aussi sauter les préjugés en ce qui concerne les migrations. Aucun misérabilisme dans cette histoire : les Nigérians du roman qui émigrent aux USA ou en Grande Bretagne ne sont ni des crêve-la-faim, ni des réfugiés politiques. Ils ne sont poussés vers le monde occidental ni par la guerre, ni par la misère. Ce sont des étudiants parfois très diplômés, anglophones venant de milieux universitaires, recherchant leur avenir dans les meilleures universités (Princeton, Yale, Oxford…) et se retrouvant nettoyer les WC (Obinzé) ou à garder des enfants illégalement rencontrant les pires difficultés pour s’intégrer et faisant des compromis qu’ils n’auraient jamais fait au Nigéria. Le miroir que l’auteure reflète une société raciste même quand elle s’en défend. Elle change notre regard. Celui-là qui campe dans la jungle de Calais, est peut être plus diplômé que nous? Et ces médecins dans les services d’urgence Covid, n’ont-ils pas souvent des noms à consonance étrangère?

Alexa, et les autres invités, peut-être même Georgina, comprenaient tous la fuite devant la guerre, devant la
pauvreté qui broyait l’âme humaine, mais ils étaient incapables de comprendre le besoin d’échapper à la
léthargie pesante du manque de choix. Ils ne comprenaient pas que des gens comme lui, qui avaient été bien
nourris, n’avaient pas manqué d’eau, mais étaient englués dans l’insatisfaction, conditionnés depuis leur
naissance à regarder ailleurs, éternellement convaincus que la vie véritable se déroulait dans cet ailleurs, étaient
aujourd’hui prêts à commettre des actes dangereux, des actes illégaux, pour pouvoir partir, bien qu’aucun
d’entre eux ne meure de faim, n’ait été violé, ou ne fuie des villages incendiés, simplement avide d’avoir le
choix, avide de certitude.

Le retour au pays n’est pas toujours évident. Les années passées aux USA ont imprimé leur marque sur l’héroïne qui se fait appeler « Americanah  » par une amie d’enfance. Une nouvelle identité, un nouveau départ.

Non, sur la vie. La race ne compte pas tellement ici. En descendant de l’avion à Lagos j’ai eu l’impression
d’avoir cessé d’être noire. — Tu parles. »

J’ai aussi découvert le Nigéria, proche du Bénin que je connais un peu, mais si différent. Le pays le plus peuplé d’Afrique, un pays anglophone marqué par la colonisation britannique, dont les élites sont aussi fascinées par la culture américaine, qui parle un « anglais » nigérian bien individualisé. J’ai alors regretté de lire ce livre en traduction :  j’ai raté les comparaisons entre les vocables british et les américanismes. Encore une richesse du roman!

J’ai dévoré ces 675 pages lues sans arrêt alors que j’avais deux rendez-vous de lectures communes.

 

Le Grand-Paon – Jean-Henri Fabre : Souvenirs entomologique L7-chXXIII

SOUVENIRS ENTOMOLOGIQUES

Surprise! les deux papillons accouplés!

 

 » Ce fut une soirée mémorable. Je l’appellerai la soirée du Grand-Paon. Qui ne connaît ce superbe papillon, le plus
gros de l’Europe, vêtu de velours marron et cravaté de fourrure blanche ? Les ailes, semées de gris et de brun,
traversées d’un zigzag pâle et bordées de blanc enfumé, ont au centre une tache ronde, un grand œil à prunelle
noire et iris varié, où se groupent, en arcs, le noir, le blanc, le châtain, le rouge-amaranthe [….]

Or le 6 mai, dans la matinée, une femelle quitte son cocon en ma présence, sur la table de mon laboratoire aux
bêtes. Je la cloître aussitôt, tout humide des moiteurs de l’éclosion, sous une cloche en toile métallique.
D’ailleurs, de ma part, aucun projet particulier la concernant. Je l’incarcère par simple habitude d’observateur,
toujours attentif à ce qui peut arriver.

Bien m’en prit. Vers les neuf heures du soir, la maisonnée se couchant, grand remue-ménage dans la chambre
voisine de la mienne. À demi déshabillé, petit Paul va, vient, court, saute, trépigne, renverse les chaises, comme
affolé. Je l’entends m’appeler. « Viens vite, clame-t-il ; viens voir ces papillons,

Combien sont-ils ? Une vingtaine environ. Ajoutons-y l’appoint des égarés dans la cuisine, la chambre des
enfants et autres pièces de l’habitation, et le total des accourus se rapprochera de la quarantaine. Ce fut une
soirée mémorable, disais-je, que celle du Grand-Paon. Venus de tous les points et avertis je ne sais comme,
voici, en effet, quarante amoureux empressés de présenter leurs hommages à la nubile née le matin dans les
mystères de mon cabinet….. »

 

Pendant des années, nous avions étudié en classe ce texte  suivi du compte-rendu détaillé de toutes les expériences auxquelles le naturaliste s’est livré pour identifier le stimulus attractif. Le récit de ses expérimentations est raconté avec précision et rigueur. Modèle de méthode expérimentale.  Les élèves devaient le résumé avec des schémas. Certains faisaient de véritables bandes dessinées.  J’ai photocopié celle de Pierre V. et j’ai gardé sa BD dans mes archives précieusement pendant des décennies.

Quelle a été mon émotion quand j’ai pu découvri Saturnia pyri, hier au cimetière de Créteil, à l’ombre et dans la fraîcheur d’une chapelle familiale. La conservatrice du cimetière qui l’avait repéré et qui nous l’a montré avait fait une photo avec sa main pour donner l’échelle.

un papillon géant presque de la taille d’une main

Surprise, le papillon n’est plus seul : ils sont deux, accouplés. A côté de la tombe pousse un cerisier, tout à fait favorable pour y installer la ponte.

Ce n’est qu’aujourd’hui, alors que je suis retraitée que j’ai le plaisir de cette rencontre avec le papillon vivant!

Les Souvenirs entomologiques de Fabre sont facile à télécharger (en plus c’est gratuit). Je vais les relire. C’est un livre délicieux!

Pour des renseignements détaillés et récents sur cliquer ICI un article qui raconte l’élevage de ce papillon géant.

Wikipédia bien sûr

et le blog  de Lequet

A-t-il profité du calme du cimetière fermé pour cause de confinement? Profité aussi de ce que la Ville de Créteil a banni les phytosanitaires?