Turner : paintings and watercolours Tate’s Collections – Jacquemart-André

EXPOSITION TEMPORAIRE

Coucher de soleil à Venise

Rétrospective Turner, 70 tableaux, aquarelles et huiles en 8 salles par ordre chronologique.

Même si je suis séduite par le coloriste, le peintre de la lumière d’une modernité stupéfiante, il faut reconnaître le dessinateur précis qui a commencé sa carrière comme dessinateur d’architecture.

Stourhead vu du lac

Devant ce paysage brumeux il faut prendre son temps. La lumière surgit dans le creux de la vallée dans un ciel gris bleu. Si on est attentif on découvre une habitation sur le bord du lac, la silhouette fantomatique d’une tour carrée, donjon ou clocher? Au premier plan dessin d’une grande finesse d’un groupe d’arbres roux. Deux personnages,  deux paysans avec leurs attelages labourent.

Chateau de Carnavon

le château de Carnavon est plus classique, plus 18ème siècle, par beau temps, il recèle toutefois au premier plan une surprise pour qui se donne la peine de chercher : un barde gallois donne un concert à un groupe de personnages

le barde gallois du château de Carnavon (détail)

Turner, paysagiste a voyagé et peint des paysages pittoresques, en Grande Bretagne d’abord quand les guerres napoléoniennes l’empêchent d’aborder le continent. Il peint la Tamise et les environs avec une grande prédilection pour les ponts…

Gorges de Gordale Scar

Ce défilé pittoresque est particulièrement bien rendu. Si on s’approche, on voit le troupeau.

J’ai adoré le phare de Shields, un très petit tableau bleu

phare
Scarborough

Quelle finesse dans cette marine!

Dès que la paix revient sur l’Europe Turner fait de nombreux voyages, en France, de Normandie à Chamonix, en Suisse et en Belgique

Glacier à Chamonix

Paysages pittoresques peints soigneusement de retour à l’atelier ou ébauches colorées qui me séduisent. Et bien sûr, l’Italie, Rome, Venise!

Venise quartier de l’Arsenal
Banditi

Une surprise que ces Banditi à l’étape ou en embuscade. Turner ne peint pas de portraits rarement des personnages et pourtant!

J’aurais pu photographier ses huiles si particulières, fourmillant de personnages dans la série de Didon et Enée ou les toiles aux grands masses colorées qui ressemblent aux aquarelles. Mes tableaux préférés sont des ébauches comme ce phare et épave 

Phare et épave

Un début dans la vie – Balzac

LECTURES COMMUNES BALZAC

Un début dans la vie Honoré de Balzac

Incipit : 

Les chemins de fer, dans un avenir aujourd’hui peu éloigné, doivent faire disparaître certaines industries, en modifier quelques autres, et surtout celles qui concernent les différents modes de transport en usage dans les environs de Paris. […]Nos neveux ne seront-ils pas enchantés de connaître le matériel social d’une époque qu’ils nommeront le vieux temps?

Et bien moi, je suis enchantée de découvrir ce nouvel opus de la Comédie Humaine : roman d’apprentissage comme le titre Un début dans la vie le laisse entendre : Oscar Husson, 17 ans à la fin du lycée, fils posthume d’une ancienne gloire du Directoire tombée mariée à un fonctionnaire, s’en va à Prêles rejoindre Moreau, régisseur du domaine du Comte de Sérisy, qui le protège. A peine sorti de l’adolescence, par vanité, il commet un impair qui compromet son avenir. On ne donne pas cher du futur de ce benêt sans ambition ni caractère, sans nom  ni fortune, naïf et influençable. Son oncle lui donne une seconde chance : il fera son Droit et et son apprentissage dans l’étude d’un notaire. Son avenir semble assurer quand il commet une nouvelle bévue. Lâché par ses protecteurs à quelques jours de la conscription, il sera soldat!

Le personnage est falot. Le lecteur devine de loin ses bévues. L’intérêt du roman est ailleurs : dans les intrigues compliquées autour des propriétés du Comte de Sérisy de leur gestion par Moreau qui s’est passablement enrichi. Ce dernier deviendra marchand de biens, on devine les spéculations et magouilles. On voit aussi comment, à travers les régimes qui se sont succédé : Révolution, Directoire, Empire, Restauration, et finalement Monarchie de Juillet, les fortunes et les influences se font et se défont, ascension sociale ou déchéance. Qui aurait deviné que le balourd fermier Léger deviendrait un propriétaire influent, que Pierrotin qui conduisait lui-même son « coucou » tiré par des chevaux poussif deviendrait un entrepreneur, un Monsieur?

« Oscar est un homme ordinaire, doux sans prétention, modeste et se tenant toujours, comme son gouvernement, dans un juste milieu. Il n’excite ni l’envie ni le dédain. C’est un bourgeois moderne. 

Paris, février 1842″

Ainsi se termine l’histoire.

Balzac est un analyste et un peintre fabuleux quand il décrit les rouages de la société et ses contemporains au travail dans leur décor familier. J’avais adoré les descriptions de l’atelier du peintre dans la Vendetta, l‘étude de notaire dans le colonel Chabert, les spéculations de la Maison Nucingen.

La pièce de choix se trouve dans les voyages entre Paris et Beaumont. le roman commence dans une voiture hippomobile modeste, le coucou de Pierrotin et se termine dans la diligence de ce dernier une décennie plus tard. Je jubile en découvrant l’installation des voyageurs, en écoutant les conversations, en imaginant les paysages de la Seine-et-Oise et de l’Oise, paysages que j’ai traversés en train, ou parcourus à pied. J’imagine leurs transformations dans les deux siècles qui séparent 1820 de 2020!

Certains sautent les descriptions dans les ouvrages de Balzac. J’en redemande!

Lire également le billet de maggie

 

 

L’Appel de la Forêt – Jack London – 10/18

CHALLENGE JACK LONDON

J’ai retrouvé dans la bibliothèque familiale ce gros livre de poche (445 p.)rassemblant 14 nouvelles HISTOIRES DU PAYS DE L’OR avant L’APPEL DE LA FORÊT court roman éponyme. Très jeune,  j’ai lu L’Appel de la Forêt, j’en avais gardé un  bon souvenir mais, quelque peu,  imprécis. 

L’ensemble se déroule dans le Klondike et le Yukonau temps de la Ruée vers l’Or comme dans le recueil de Construire un Feu qui m’a éblouie. J’en redemande et admire la capacité de l’auteur à construire des histoires toutes différentes avec des personnages variés : mineurs creusant et lavant à la battées, voyageurs sur des trajets d’une difficulté inimaginable, vieil homme qui a déjà vécu une autre ruée vers l’or et qui réalise son rêve de faire fortune, spéculateur qui transporte mille douzaines d’œufs alors que la famine règne chez les chercheurs d’or. Hommes jeunes, aventuriers chevronnés ou novices, indiens autochtones, chiens,ours. Tout un monde! Dans cet environnement viril (et parfois, il faut le dire, misogyne) une belle figure :  celle de l’indienne Jees-Uck.

L’Appel de la Forêt est d’un autre calibre. Le lecteur s’attache au héros : Buck qui est un chien. Tout le roman s’organise autour des tribulations de l’animal qui est un personnage à part entière. Chien de luxe en Californie, chien magnifique, il est volé par des trafiquants qui le vendront pour un bon prix dans le Grand Nord comme animal de trait. Buck n’est pas seulement une bête hors norme physiquement, il est aussi capable de s’adapter à sa nouvelle condition. Il saura gagner sa place de chien dominant, par sa force, sa férocité, mais surtout son intelligence. Il change de propriétaires jusqu’à ce qu’il trouve le maître à qui il donnera tout son amour canin, sa fidélité. 

London n’humanise pas le chien. C’est bien un chien parmi les hommes et parmi ses congénères. Ses réactions sont celles d’un chien même si à force de vivre dans la nature, il ressent la proximité des loups. Un chien avec un instinct de chien, mais aussi avec une intelligence exceptionnelle.

Dans l’épilogue Le chien, ce frère dit « inférieur », London se défend de « maquiller la nature« comme l’ont accusé ses détracteurs. Il démontre que les chiens possèdent, en plus de leur instinct inné, une réelle intelligence, une capacité d’apprendre de nouveaux comportements, de s’adapter à un environnement inconnu. Sa démonstration la plus convaincante concerne la capacité de son chien de le berner ou de réagir avec discernement quand l’homme cherche à le moquer ou à le tromper. 

Tissot (1836-1902)- l’ambigu moderne – Au Musée D’Orsay

Exposition temporaire jusqu’au 13 septembre 2020

The ball on shipboard

James Tissot, le plus anglais des peintres français est un artiste que j’ai découvert lors de l’exposition Impressionnistes à Londres au Petit Palais et dans l’Exposition Second Empire à Orsay. Cette exposition fait une belle suite à celle des Peintres anglais au Luxembourg qui présentait de très beaux portraits de Reynolds et de Gainsborough.

J’ai eu la surprise, dans cette rétrospective de découvrir des aspects très différents de cet artiste très éclectique qui a traversé la seconde partie du 19ème siècle en exprimant de nombreuses facettes.

Questions d’influence

Faust rencontre Marguerite

Au début de sa carrière, je découvre des tableaux dans la mouvance historiciste à la manière des maîtres anciens du Quattrocento italien comme Carpaccio ou des Allemands,Cranach et Holbein. Tissot illustre Faust remis à la mode par Gounod (1859). On constate l’attention prêtée aux décors, à l’architecture. Dans la même veine, une danse macabre.

Voie des fleurs : danse macabre

Dans le style de Carpaccio, ce départ du fils prodigue de Venise. Le Thème du fils prodigue est cher à Tissot qui le reprendra beaucoup plus tard, à la veille de son retour d’Angleterre.

une autre influence exotique : le Japon qui vient de s’ouvrir à l’Occident(1853). Tissot est un des premiers japonisants

Grande japonaise au bain

Peinture orientaliste : regard d’un occidental . le modèle n’est pas japonais. En revanche le kimono attire tous les soins du peintre. Tissot est fils d’un négociant en textile et excelle à peindre les tissus, les drapés, dentelles…

Tissot portraitiste de la bourgeoisie du Second Empire

Portrait ds deux soeurs

Dans ce grand tableau où les personnages sont à taille humaine, le peintre démontre son savoir-faire. Ce serait presque une « publicité » pour attirer les commandes. J’ai bien aimé les portraits d’enfants, moins Le cercle de la Rue Royale et le portrait de famille du marquis de M, trop convenus.

Portrait des 4 enfants du banquier Gaillard (détail)

Après la Commune de Paris, comme nombreux artistes, il émigre à Londres. Anglophile de toujours, il peint la bonne société anglaise avec parfois une touche d’ironie et d’humour comme dans Too early où il moque ces invités arrivés trop tôt à un bal aux attitudes embarrassées.

Toute une salle représente les loisirs nautiques sur la Tamise, simple canotage avant un pique-nique entre les navires des docks, ou fête à bord d’un yacht luxueux, quand des allusions grivoises ne s’en mêle,nt pas comme le jeu de mots entre le HMS Calcutta (Quel cul t’as)

Gallery of HMS Calcutta

A Londres, Tissot tombe amoureux de Kathleen, son modèle

Autumn

Toute une salle dans les tons de bruns montre Kathleen, dans des parcs, des jardins. Tuberculeuse, elle décède en 1882 et après sa mort Tissot revient en France.

Avant son retour, il fait une série de 4 tableaux sur le thème du retour du fils prodigue (époque moderne). Tableau très personnels où l’on croit retrouver le père du peintre et Kathleen cousant

Retour du fils prodigue : départ

A Paris, Tissot a un projet ambitieux autour d’un cycle sur la Parisienne : La Femme à Paris qui aurait illustré des textes littéraires de Daudet, Maupassan, Zola et d’autres. Mal accueilli par la critique, le projet avortera.

la femme à Paris : chars

Vers la fin de sa vie il se consacre à la peinture religieuse, illustre la Vie de Jésus et la Bible, voyage en Terre Sainte et s’intéresse aux débuts du cinéma. On peut voir trois extraits de films d’inspiration religieuse d’Alice Guy, Olcott et Griffith

Le Séminaire des Assassins – Petros Markaris – Seuil

LIRE POUR LA GRECE

Plaisir renouvelé que de découvrir une nouvelle enquête du Commissaire Charitos dont je suis les aventures, la carrière et la vie familiale depuis maintenant de nombreuses années. Avec lui, je sillonne Athènes dans sa Seat souvent bloquée dans les embouteillages légendaires, et j’y prends plaisir au point de ressortir le plan d’Athènes ou de demander les trajets à Googlemaps.

Ses romans font l’état des lieux de la situation économique et politique de la Grèce contemporaine. Certains sont regroupés dans la Trilogie de la Crise, les plus anciens se réfèrent à l’histoire plus ancienne, régime des Colonels et luttes antifascistes. Volontiers critique envers la bureaucratie qui paralyse souvent les réformes nécessaires. Adriani, la femme de Charitos représente la tradition, les coutumes religieuses et le bon sens populaires. Lambros Zissis, l’ancien communiste retraité dans l’humanitaire rappelle une gauche encore vivante. Katerina, la fille avocate et Phanis, médecin, figurent une nouvelle génération. Le Séminaire des Assassins a pour cadre les universités athéniennes.

« nous avons affaire à un acte terroriste impliquant du parathion, monsieur le ministre, dit le chef, alors nous
pouvons être fiers. La Grèce aura gagné une fois de plus le premier prix d’originalité. « 

« Voilà qui renforce l’hypothèse terroriste, dit-il. La plupart des terroristes, en Grèce du moins, ont fait des études
supérieures. »

Je ne spoilerai pas en dévoilant l’enquête. Trois professeurs, ministres, secrétaires d’état, sont assassinés les uns après les autres. Le commissaire et son équipe vont avancer dans le brouillard de ce milieu fermé où le scandale doit être évité à tout prix.

Ma chère Adriani, dit Aryiro, tu es un vrai cordon-bleu. Ce repas est un poème.

L’héroïne, à mes yeux, est bien Adriani et sa cuisine. Les touristes seront peut être surpris d’apprendre que moussaka, salade grecque et côtelettes d’agneau servis dans les restaurants pour touristes de Plaka ou des bords de mer, ne forment qu’une infime partie de l’ordinaire des Grecs qui préfèrent les légumes farcis, les feuilletés aux poireaux, épinards ou herbes des montagnes qui n’ont pas d’équivalent chez nous, les ragoûts..

 à table, je vois les légumes farcis annoncés, mais aussi des aubergines imam. En entrée, des betteraves à l’aïoli
accompagnées de maquereau fumé.

.Je me délecte des spécialités d’Adriani et de ses amis. Zissis se débrouille aussi. Kostas qui aime les brochettes est raillé par les véritables amateurs.

Je chercherai les opus de Markaris que je n’ai pas encore lus et dès que j’aurai mis la mains dessus, je serai transportée à Athènes. Et toujours avec le sourire (ou franchement le rire aux éclats car j’apprécie aussi l’humour de l’auteur.

Mourir en scène – Christos Markogiannakis – Albin Michel

LIRE POUR LA GRECE

Un détour livresque par Athènes!

J’étais impatiente de découvrir cet auteur et une série policière nouvelle. Un peu trop impatiente!

L’intrigue se déroule dans le milieu du spectacle ; pas de bouzouki, ni de folklore. L’artiste Neni Vanda est la « Star grecque absolue« , version pop. Aucune allusion à la musique grecque traditionnelle que je prise. Ce sont des shows à grand spectacle à grand renfort de technologie. C’est au cours de la soirée d’adieu, spectacle qui devait être une apothéose avec une scène flottante face à la plage, que Neni Vanda trouve la mort assiste sur un trône jaillissant des flots portant un bouquet de fleurs sous les acclamations des fans.

Le commissaire Markou interrogera classiquement la famille de la vedette très impliquée dans la carrière de la chanteuse, ses imprésarios successifs, frère et sœur qui gèrent aussi les placements financiers, le président du fan-club qui manage aussi les réseaux sociaux, le garde du corps. Rien que de très banal . La personnalité de l’enquêteur est terne,  « le fait de n’avoir aucun goût bizarre ou illicite le condamnait à ne pas être un personnage littéraire ». Sa vie est au travail. On ne lui connaît ni famille ni amis, à peine des collaborateurs. Ses seules distractions : la lecture de romans policiers et l’opéra, notamment la Callas. 

L’intrigue est originale, bien conduite. Le livre se lit bien mais ne laissera pas de souvenirs marquants.

Heureusement que Pétros Markaris vient de publier en français un nouvel opus Le séminaire des assassins. Il me tarde de retrouver le commissaire Charitos, la cuisine d’Adriani, le embouteillages dans les rues d’Athènes, ses collaborateurs et son regard aigu sur la société grecque.

 

Rien n’est noir – Claire Berest

FRIDA KALHO 

Ce n’est pas ma première rencontre avec Frida Kalho dont j’avais vu la très belle exposition avec Diego Rivera à l’Orangerie voila quelques années. A la suite de celle-ci j’avais lu l’excellente biographie des deux peintres par Le Clezio. Episode  de la vie de Trotski dans l’excellent livre de Padura : L’homme qui aimait les chiens

Claire Berest a écrit Gabriële biographie de Gabriële Buffet-Picabia, racontant avec talent la vie de Gabrieële qui vit fréquenté tout ceux qui comptaient dans l’Art de l’époque. 

Je ne crois pas en Dieu, je crois en Picasso ! Et vous verrez que les œuvres murales prendront le relais des fresques
des églises

Je me suis donc embarquée avec grand plaisir dans Rien n’est noir. Cette biographie est écrite sous le signe de la couleur.

Toutes les nuances de Bleu pour les années de jeunesse, de l’accident à la rencontre avec Diego. Bleu d’acier pour l’accident. Bleu roi la rencontre avec le plus grand peintre mexicain. Bleu outremer : le corps brisé. Bleu ciel, le ciel de son lit …Bleu égyptien, bleu ardoise, bleu safre….

Rouge les années américaines (1930 -1932) les succès des murales de Diego, les succès mondains, mariage,  rouge le sang rouge de la fausse-couche, la douleur de cet avortement, rouge politique celui de la Révolution. Rouges, les tromperies de Diego, homme à femmes…

Les tromperies de Diego ne sont pas un sujet, c’est un éléphant dans la pièce. C’est l’éléphant d’el Elefante qui
s’installe de force dans la cuisine en terre cuite de Fridita et fait tomber toute la vaisselle par terre avec sa large
trompe incontrôlable. Trompe-Tromperies. Ce n’est pas le bon terme d’ailleurs, pour tromper il faudrait
dissimuler au moins. Avoir un souci de la mise en scène. Gratifier l’autre d’un suspense.

Jaune les années 1933-1940, Jaune safran, jaune piquant, jaune beurre frais, jaune sable de la séparation, qui passe finalement à un jaune réséda, jaune tiède et âcre, du départ pour l’Amérique puis Paris, voyages seule, sans Diego. un jaune qui sent l’amertume, le manque même si Frida connait ses plus grands succès…jaune flash et j’en passe! Jaune ciel de Paris, les surréalistes, Marcel Duchamp, jaune du divorce….

 tu te souviens, Diego ? En vérité, rien n’a de couleur devant mes yeux, si je ne partage pas les visions avec toi,
c’est un gris qui s’abat, et qui étouffe même les chants des perroquets, il n’y a plus de contours, c’est pour toi
que je peins, 

Noirs les chapitres de la fin , noirs et gris cendres de la maturité, de la douleur qui ne la quittera jamais vraiment, noir de la mort.

J’ai aimé ces pages colorées. J’ai aimé les descriptions précises de certains tableaux. Claire Berest sait décrire la passion qui a animé toute la vie de Frida, passion amoureuse pour Diego, mais aussi passion pour la vie, la peinture. immense appétit de vivre, même si cette vie fut douloureuse, Passion comme celle du crucifié?

 

Les Lumières de Tel Aviv – Alexandra Schwarzbrod – Rivages/Noir

LIRE POUR ISRAËL

Anticipation et dystopies ne sont pas mes lectures favorites. L’histoire et la géographie  me suffisent ; les mondes imaginaires m’intéressent rarement. Néanmoins, depuis contagions, épidémies et confinement je me suis tournée vers des récits d’anticipation. 

Dans un futur non précisé, la géopolitique a suivi des tendances qu’on devine aujourd’hui. Sous l’effet des nationalismes, les états se sont fracturés : Tel Aviv a fait sécession du Grand Israël ultra-orthodoxe sous protection des Russes

La société israélienne s’était réfugiée dans la religion quasiment sans s’en rendre compte. Lassés par la querelle
sans fin avec les Palestiniens, épouvantés par l’arrivée des djihadistes aux portes du pays puis par les guerres
fratricides des pays arabes, déboussolés par la perte d’influence de l’allié américain et la montée en puissance du
partenaire russe, de nombreux jeunes en quête de valeurs s’étaient enfermés dans l’étude de la Torah.

En revanche les laïcs – les Résistants – se sont concentrés à Tel Aviv :

La cité côtière était devenue un vaste caravansérail où les laïcs de tous horizons, juifs en majorité mais aussi
chrétiens et musulmans, venaient retrouver l’utopie des premiers kibboutznikim

Pourtant, Tel-Aviv n’était pas le premier exemple de sécession dans le monde. La Californie venait de se séparer
du reste de l’Amérique, on y vivait désormais en autosuffisance au sein de communautés qui tentaient de raviver
l’esprit hippie et le folklore des années 1970. L’Écosse, la Catalogne, le Pays basque mais aussi le Tyrol….

Le réchauffement climatique n’était plus un chiffon rouge mais une réalité, les pays du Sud étouffaient et ceux du
Nord se cadenassaient pour bloquer l’afflux des réfugiés.

Le monde était devenu une succession de murs et de cloîtres. On ne se voyait plus, on ne se parlait plus.

 

Un nouveau mur parfaitement étanche sépare les Ultra-religieux des Résistants de Tel Aviv. Tandis que les Israéliens se consacrent à la prière, leurs alliés russes protègent le Grand Israël et lui fournissent un arsenal de drones programmés pour tuer les fugitifs ou les infiltrés.

Des robots tueurs ? Je pensais qu’il s’agissait juste de nous équiper de drones sophistiqués. Cela signifie que la
décision de tirer ne dépendra plus des humains ?

Haïm, un conseillé du Premier Ministre prend la fuite juste avant la mise en fonction de ces drones-tueurs dotés du pouvoir d’éliminer sans intervention humaine,  grâce à l’intelligence artificielle. Révolté par ce procédé, il veut confier les plans de la surveillance électronique aux Résistants de Tel Aviv. Son successeur Isaac aura les mêmes problèmes de conscience.

Les Arabes palestiniens ont été déportés du Grand Israël, Moussa et Malika se cachent dans des grottes. Ils se joindront à Ana, la femme de Haïm pour fuir vers Tel Aviv. Il est urgent qu’ils rejoignent l’autre côté avant que les drones ne soient activés. Nous suivrons donc l’exode de ces fuyards.

Avec l’arrivée de Haïm à Tel Aviv, nous découvrons la cité utopique, multiculturelle et égalitariste, féministe. Privée de ressources financières les habitants sont retournés à la débrouille et  au troc. Expérience chaleureuse mais non dénué de conflit. Des extrémistes de la laïcité « ni voile ni perruque » menacent la paix civile. Le flic Eli (arabe malgré ce prénom qui sonne juif) est chargé d’une mission secrète et doit passer le Mur…

C’est donc un thriller avec une histoire d’amour où Ana joue une rôle central. Si l’analyse politique m’a intéressée, je suis moins convaincue par la psychologie des personnages. La personnalité d’Ana ne m’a pas parue crédible et celle des personnages masculins un peu simpliste.

 

DUBUFFET, ARTISTE ET COLLECTIONNEUR D’ART BRUT – Céline Delavaux – Seuil jeunesse

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

merci à Babélio et au éditions du Seuil pour ce joli cadeau!

Un beau livre d’art pour les petits et les grands.

Les petits apprécieront cette présentation d’un artiste tout à fait accessible dans un format maniable avec un texte simple, clair pas du tout intimidant.

1ère partie : JEAN DUBUFFET ARTISTE

Une double page par chapitre une page bleue et blanche : texte sur le bleu, très abordable en même temps précis et passionnant, images sur le blanc, en couleur

Les têtes de chapitre IMITER LES ENFANTS, TRITURER LA MATIÈRE? REDÉFINIR LA BEAUTÉ, COLLER ET ASSEMBLER, JOUER AU PUZZLE…..sont évocateurs pour arriver à l’intrigant HOURLOUPER LE MONDE

2ème partie : JEAN DUBUFFET COLLECTIONNEUR D’ART BRUT

même principe : une page orange , une blanche et des titres accrocheurs

CRÉER DERRIÈRE LES MURS, DEVENIR LE ROI DU MONDE? FAIRE FEU DE TOUT BOIS…..DÉFAIRE LE PORTRAIT

il s’agit de saisir ce qu’est l’Art Brut, de débusquer la création artistique là où on ne l’attend pas, donner envie de créer avec les matériaux les plus divers.

Les grands liront avec attention les textes passionnants, le livre est un bel objet mais pas que…

closerie Falballa Périgny-sur-Yerress

Une exposition à Pompidou avait montré l’étendue et la variété de l’oeuvre de Dubuffet. Elle m’est familière parce que j’aime la promenade sur les bords de l’Yerres qui longe la Closerie Falballa à Périgny-sur-Yerres, et par la statue monumentale à Vitry-sur-Seine en face du MacVal. Ce livre rétablit les aspects originaux et moins bien connus de la production de Dubuffet.

 

 

Les Aigles Endormis – Danü Danquigny

MASSE CRITIQUE DE BABELIO  – SÉRIE NOIRE – ALBANIE

L’Albanie est source d’inspiration pour les romans noirs!

De mémoire, citons Six fourmis noires de Sandrine Colette, Les assassins de la Route du Nord d’Anita Wilms, et les polars de Fatos Kongoli.

Avec ses traditions de vendetta, son code d’honneur ses villages isolés,ses montagnes sauvages, la violence trouve tous les ingrédients pour un roman de la Série noire! C’est aussi un des derniers pays à l’écart de l’Union Européenne qui  fournit  un exotisme dépaysant. Le pays des Aigles.

Les Aigles endormis se déroulent à Korcë. Le narrateur, Arben, et ses amis d’enfance, assistent à l’écroulement du régime d’Enver Hoxha dont l’oppression paranoïaque rendait toute initiative personnelle impossible. Aux règles absurdes d’Hoxha, succède un état où il n’y a plus de règles et toutes transgressions deviennent possibles.

Les grandes « restructurations économiques » censées muter la société en modèle de capitalisme triomphant en avaient laissé plus d’un sur le carreau. Avec l’accès à la propriété et la liberté d’entreprendre, l’Albanie découvrait leurs corollaires, les quatre cavaliers de l’Apocalypse : la compétition, le chômage, la précarité et la prédation. Nous participons activement à la dernière

Avec la fuite des hommes vers l’Eldorado de Grèce ou d’Italie se sont d’abord organisés des réseaux de passeurs. Passeurs de travailleurs clandestins, puis contrebande de toutes sortes de marchandises « tombées du camion », drogue, enfin passeurs de femmes et proxénétisme. Les réseaux mafieux s’organisent. Aucune règle, aucun code d’honneur : la loi du plus fort, la violence pure des règlements de compte.   Quand la contrebande ne suffit plus viennent les plus grandes des arnaques : les pyramides. Certains sont de vrais méchants, d’autres seulement faibles se laissent piéger. Arben imagine qu’il pourra émigrer quand il aura accumulé un pactole. On n’échappe pas aussi facilement à l’emprise des mafias….

Vingt ans plus tard, Arben rentre en Albanie venger la mort de Rina, sa femme. Le roman se construit avec des retours en arrière entre sa jeunesse et 2017. La violence extrême règne encore.

musée archéologique de Korçë13

Coups, sang, tueries se succèdent jusqu’à l’écœurement. Rien n’est épargné au lecteur. Réalisme ou complaisance? Pour pimenter le récit, l’auteur parsème le roman de mots et d’expression en albanais. Il aurait été bien aimable de fournir une traduction et une transcription phonétique.

Clichés ou regard objectif? Je sors de cette lecture avec  l’impression mitigée d’une plongée dans la noirceur où je n’ai pas retrouvé l’Albanie que nous avons visitée.